Le colonel Chabert déchire sa race grave à Slavoj Žižek

Vous avez peut-être entendu parler du philosophe et psychanalyste slovène Slavoj Žižek, ridiculement qualifié par certains de "superstar slovène du marxisme pop". N’étant pas féru de philosophie en dépit de mon penchant pour Kant, je dois avouer n’avoir lu que ses fréquentes tribunes dans les médias et sur le net, remettant notamment en cause les présupposés de l’anti-totalitarisme libéral dont le groupe dit des "nouveaux philosophes" offre une caricature particulièrement cocasse.

Prenons par exemple cet extrait de son ouvrage "Bienvenue dans le désert du réel":

Le vrai choc des civilisations ne pourrait être qu’un choc au à l’intérieur de chaque civilisation. L’alternative idéologique opposant l’univers libéral, démocratique et digitalisé, à une radicalité prétendument "islamiste" ne serait en définitive qu’une opposition, masquant notre incapacité à percevoir les vrais enjeux politiques comtemporains.

Intéressant, voire même séduisant. Mais rien n’est simple avec Slavoj Žižek, qui manie le paradoxe comme Tarek Skitioui ou Mancini le double passement de jambes:

Le seul moyen de nous extraire de l’impasse nihiliste à laquelle nous réduit cette fausse alternative est une sortie de la démocratie libérale, de son idéologie multiculturaliste, tolérante et post-politique.

Vous, je ne sais pas, mais moi, ça me refroidit un peu – pour sortir de la démocratie libérale, multi-culturaliste et tolérante encore faut-il y être entré, ce qui serait un net progrès dans le cas du Maroc.

D’autres de ses textes nécessitent sans doute plus de cellules grises que je n’en ai de disponibles:

This brings us back to the topic with which we began: woman and the Orient. The true choice is not the one between the Near-East masculine Islam and the Far-East more feminine spirituality, but between the Far-Eastern elevation of a woman into the Mother-Goddess, the generative-and-destructive substance of the World, and the Muslim distrust of woman which, paradoxically, in a negative way renders much more directly the traumatic-subversive-creative-explosive power of feminine subjectivity.

Philosopher à coup de marteau? Certes… mais je ne cache pas un certain plaisir à le lire dans sa critique du libéralisme anti-ressentiment du philosophe allemand Peter Sloterdijk (allié pour l’occasion au célèbre commentateur sportif français Alain Finkielkraut).

Vous jugerez donc de mon étonnement en lisant le très long billet (et 311 commentaires, s’il vous plaît) – symboliquement intitulé "Toilet paper, or writing in shit" – titre énigmatique faisant référence au raisonnement expéditif de Žižek selon lequel "Those offended by the caricatures should go to a court and persecute the offender, not demand apologies from the state. The Muslim reaction thus displays the blatant lack of understanding of the Western principle of an independent civil society. What underlies this attitude is the sacred status of writing as such (which is why Muslims are prohibited to use toilet-paper)" –  qui lui est consacré par Le Colonel Chabert, qui déchiquète littéralement l’article de Žižek "The antinomies of tolerant reason", consacré à la réaction de(s) musulmans à l’affaire des caricatures danoises. Le Colonel Chabert démontre de manière convaincante – à première vue pour l’ignare philosophique que je suis – l’ethnocentrisme occidental et suprématiste de Žižek. A lire, pour les insomniaques…

Mécontentement social – le Maroc au bord de l’explosion

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Les quelques remarques fort judicieuses d’un bloggeur et néanmoins ami, de passage fugace au Maroc, m’ont dernièrement ouvert les yeux sur la désastreuse situation économique et sociale du Maroc. Jugez-en:

1- A Mega Mall, si on trouve des Rolex et des Blancpain, pas la moindre Jaeger LecoultreVacheron Constantin ou Audemars Piguet.

2- Les costumes Ermenegildo Zegna au Maroc, impossible d’en trouver. Il faut compter sur les missions à Acapulco, Hong Kong et Johannesburg.

3- Il a eu beau chercher, pas la moindre banque privée en vue.

4- Les chaussures Salvatore Ferragamo, même problème que pour les costards Ermenegildo Zegna.

Mais je m’en voudrais de sombrer dans l’islamo-nihilisme cher au Journal, à l’AMDH et au réseau Belliraj, et terminerai sur une lueur d’espoir: connaisseur des stylos Mont Blanc, qu’il utilise (de préférence en or massif) depuis le collège, mon ami a été heureux de constater que Casablanca comptait au moins deux revendeurs officiels de Mont Blanc. Et dire que je ne lui ai pas encore fait visiter ce petit bout de trottoir du quartier Racine à Casa ou se pressent, côte à côte, les échoppes Tom Ford, Hugo Boss et Weston. La nayda règne quand même à Casablanca… un autre Maroc est – tout de même – possible!

Toute coïncidence etc…

Merci à Amine pour une info intéressante. En effet, la journaliste Catherine Graciet, qui officiait avant au Journal hebdomadaire où elle couvrait le Sahara avec un ton qui n’aurait pas dépareillé chez El Watan, Le Soir d’Algérie ou Liberté, fait désormais officiellement partie de l’organigramme de Bakchich, un petit dernier de la presse on-line française qui vaiut vraiment le détour. Il est vrai que Catherine Graciet fût expulsée du Maroc le 28 janvier 2004, alors qu’elle n’y travaillait pas encore à titre permanent, en compagnie d’une photographe de presse. Motif: elle souhaitait se rendre dans les provinces du Sud afin d’y effectuer un reportage sur la population sahraouie – un rocky horror picture show si vous voulez mon avis – et fût arrêtée à Tarfaya en possession d’une importante documentation séparatiste (ce qui en soi n’a rien de choquant pour un journaliste s’apprêtant à écrire unr eportage sur la situation au Sahara).

Catherine Graciet a auparavant travaillé pour Gri-Gri International, une revue satirique panafricaine, avant donc de passer par le Journal hebdomadaire et de terminer chez Bakchich. On notera qu’elle mit fin à sa coopération avec Gri-Gri en février 2006, en même temps que de futurs collègues de Bakchich tels Nicolas Beau (directeur de la rédaction), Xavier Monnier (fondateur et directeur-adjoint de la rédaction) et Laurent Léger (rédacteur en chef). Elle a co-écrit, en 2006, l’ouvrage "Quand le Maroc sera islamiste" avec Nicolas Beau.

Ceux qui comme moi ont lu Bakchich dès le début n’auront pas manqué les articles au vitriol de la Princesse enchantée, principalement mais pas exclusivement consacrés au Maroc. Qui n’aura pas ricané en lisant l’article colportant une tuyau crevé selon lequel le vrai taux de participation aux élections législatives du 7 septembre 2007 serait non pas 37% mais 5% (et l’article n’employait pas le conditionnel) – si cela était vrai, ce serait une conspiration inter-galactique de l’envergure du réseau Belliraj qui serait nécessaire afin de camoufler les vrais résultats.

Le dernier article de la Princesse enchantée consacré au Maroc date du 2 janvier 2008, et le dernier article à ce jour date du 16 février 2008. Le premier article de Catherine Graciet date du 26 décembre 2007 (sur les relations franco-libyennes) – et le premier sur le Maroc est récent, consacré aux grâces de Fouad Mourtada et Christophe Curutchet. Un des derniers articles de la Princesse enchantée fût consacré au lycée français de Tunis, et un des premiers de Catherine Graciet le fût également, trois semaines plus tard.

 Enfin, Allah ou alem…

Six millions de bonnes raisons de réformer le Code de la presse

Rien n’arrête notre justice, en qui Abdelaziz Laafora a eu raison de faire confiance, sur sa belle lancée. Après avoir condamné Boubker Jamaï et Le Journal à 3 millions de dirhams de dommages-intérêts pour avoir "diffamé" un mercenaire belge de la plume, après avoir condamné Nichane, enfermé Mustapha Alaoui et préservé le Trône de la menace constituée par un jeune facebooker, nos magistrats ont jugé bon de condamner Rachid Nini, directeur de la publication la plus populaire du pays (Al Masae) à 6 millions de dirhams dommages et intérêts pour avoir "diffamé" quatre procureurs de Ksar el Kébir lors du désormais fameux vrai-faux mariage homosexuel dans cette ville l’automne dernier, ainsi qu’une amende pénale de 120.000 dirhams à verser à la Trésorerie générale du Royaume.

Quelques détails amusants ont émaillé ce procès. Tout d’abord, c’est le tribunal de première instance de Rabat – guess what: c’était le même juge, comme par hasard, que celui qui avait condamné Le Journal et Boubker Jamaï ainsi que Nichane – une sérieuse garantie. En outre, alors que les parties civiles résident tous à Ksar el Kébir, c’est le tribunal de première instance de Rabat qui a jugé cette plainte. Mais nous ne sommes plus à quelques détails près… Et je vous passe l’agression violente dont fût l’objet Rachid Nini le 3 février à la gare de Rabat Ville, les agresseurs l’ayant blessé afin de dérober son ordinateur portable. Je ne suis pas certain que cette agression ait un lien avec sa condamnation pour diffamation, les services compétents ayant d’autres moyens moins ostentatoires pour violer l’intimité informatique des administrés.

Mais il ne faut pas tourner autour du pot: cette décision est par essence inique et disproportionnée. Car de quoi s’agissait-il au fond? Rachid Nini avait dans sa chronique quotidienne avancé qu’un des quatre procureurs de la ville – non-identifié, le doute planant dès lors sur tous les quatre – avait assisté à la fameuse fête de "mariage" litigieuse. Rien n’indique – bien au contraire – que Nini ait fondé cette allégation sur une enquête sérieuse. Dès lors, Nini encourait des poursuites au titre des articles 44 alinéa 1, 46  et 47du Code de la presse et de l’édition, relatifs à la diffamation, et plus particulièrement celle commise à l’encontre de fonctionnaires ou dépositaires de l’autorité publique.

Que disent ces articles?

Voici ce que dit l’article 44 alinéa 1 dudit Code:

Toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération des personnes ou du corps auquel le fait est imputé est une diffamation

L’alinéa 3 du même article 44 rajoute ceci:

Est punie, la publication directe ou par voie de reproduction de cette diffamation ou injure, même si elle est faite sous forme dubitative ou si elle vise une personne ou un corps non expressément nommés, mais dont l’identification est rendue possible par les termes de discours, cris, menaces, écrits ou imprimés, placards ou affiches incriminés

L’article 46 traite du cas spécifique de la diffamation de fonctionnaires, mais pour bien le comprendre il faut passer par l’article 45 qui traite de la diffamation de corps constitués, poursuite dont il n’est pas question ici:

La diffamation commise par l’un des moyens énoncés en l’article 38 envers les cours, tribunaux, les armées de terre, de mer ou de l’air, les corps constitués, les administrations publiques du Maroc sera punie d’un emprisonnement d’un mois à un an et d’une amende de 1.200 à 100.000 dirhams ou de l’une de ces deux peines seulement

Nous arrivons enfin à l’article directement impliqué ici, l’article 46 du Code de la presse et de l’édition:

Sera punie des mêmes peines la diffamation commise par les mêmes moyens à raison de leur fonction ou de leur qualité envers un ou plusieurs ministres, un fonctionnaire, un dépositaire ou agent de l’autorité publique, toute personne chargée d’un service ou d’un mandat public temporaire ou permanent, un assesseur ou un témoin à raison de sa déposition. La diffamation contre les mêmes personnes concernant leur vie privée est punie des peines prévues à l’article 47 ci-après.

Traduction pour les non-juristes: la diffamation de fonctionnaires – en l’occurence de procureurs – à raison de leurs fonctions ou qualités est punie par la peine plus sévère de l’article 45, à savoir d’un mois à un an de prison et/ou de 1.200 à 100.000 dirhams d’amende – sans compter bien évidemment les dommages-intérêts – qui ne sont pas plafonnés, contrairement à l’amende – résultant de l’action civile que la victime de la diffamation doit absolument intenter, en vertu de l’article 75, en même que l’action publique. Mais ceci ne vaut que pour autant qu’ils sont mis en cause en raison de leurs fonctions, car s’ils sont mis en cause en raison de leur vie privée, leur diffamation est alors punie comme celle d’un justiciable ordinaire, conformément à l’article 47 qui énonce ceci:

La diffamation commise envers les particuliers par l’un des moyens énoncés à l’article 38 est punie d’un emprisonnement d’un mois à six mois et d’une amende de 10.000 à 50.000 dirhams ou de l’une de ces deux peines seulement.

Comme on le voit, la peine d’emprisonnement encourue est alors réduite de moitié, ainsi que l’amende. Mais comment distinguer la vie privée d’un magistrat de ses fonctions? A titre d’exemple, et le cas s’est posé dans d’autres pays, posons le cas d’un magistrat achetant les services d’une prostituée dans un pays – comme le Maroc – où celà est un délit: cela touche-t-il à sa vie privée, ou cela touche-t-il ses fonctions et notamment le respect dû à celles-ci? Dans le cas présent, ayons à l’esprit que les dispositions répressives du droit pénal doivent s’interpréter strictement, sans recours à l’analogie ou à une interprétation trop large. Dès lors, comme la disposition relative à la diffamation d’un fonctionnaire à raison de ses fonctions est plus sévère que celle relative à la diffamation d’un fonctionnaire à raison de sa vie privée, celle-ci (celle relative aux fonctions) doit être interprétée restrictivement.

Rappelons-nous le fait imputé au(x) procureur(s) de Ksar el Kébir: avoir participé à la fête de "mariage" organisée par un important contrebandier d’alcool de la ville, homosexuel notoire par ailleurs. Cette participation n’avait évidemment rien d’officiel – ce n’est donc pas l’article 46 qui est applicable, mais l’article 47 avec ses peines plus clémentes, et notamment l’amende plafonnée à 50.000 dirhams.

Guess what? C’est tout de même sur la base de l’article 46 du Code de la presse et de l’édition que Rachid Nini semble avoir été condamné – je dis bien semble, car comme souvent il est difficile d’avoir une idée bien claire des détails juridiques via la presse. En effet, si Rachid Nini a échappé à toute peine de prison, il a écopé d’une amende de 120.000 dirhams à en croire la presse (alors que l’article 46 plafonne celle-ci à 100.000 dirhams – encore une anomalie juridique, qui souligne bien l’état de notre justice incapable d’appliquer correctement des règles – le montant plafond d’une amende – d’une simplicité pourtant biblique) – ainsi que d’une gargantuesque amende de 6 millions (6.000.000) de dirhams, record en matière de délit de presse, sachant que les dommages & intérêts standards tournent autour de 30.000 dirhams, selon la défense de Rachid Nini.

Il faut dire que Rachid Nini n’avait pas tenté d’invoquer la véracité des faits allégués – il avait même publié des excuses dans son journal. L’article 49 régit la preuve de la vérité des faits diffamatoires – qui permet à l’accusé d’être innocenté pour le cas où la diffamation vise un corps constitué (article 45) ou un fonctionnaire à raison de ses fonctions (article 46). Par contre, lorsqu’elle vise un particulier ou un fonctionnaire en raison de sa vie privée, l’article 49 alinéa 4 point a) exclut explicitement l’excuse de vérité – il y a alors diffamation même si le fait diffamatoire est vrai. La seule défense pour l’accusé est alors de tenter de montrer que les faits allégués – ici participation à un "mariage" homosexuel – ne portent pas atteinte à l’honneur ou à la considération de la victime. Ici, ce n’était guère possible: assister, pour un procureur marocain, à une cérémonie chez un contrebandier d’alcool notoire (la contrebande d’alcool étant bien évidemment un délit), cérémonie mimant un "mariage" homosexuel (l’homosexualité est également un délit), cela porte bien évidemment atteinte tant à son honneur qu’à sa considération, surtout si l’on prend en compte le contexte local de Ksar el Kébir.

Rachid Nini était dès lors coincé, et il lui était quasi-impossible d’échapper à une condamnation pour diffamation. La seule incertitude juridique était alors la peine. On ne peut nier ici le caractère réel et sérieux de cette diffamation: la réputation des procureurs concernés ne peut qu’avoir été atteinte, tant localement que vis-à-vis de leurs collègues et hiérarchie, par cette allégation diffamatoire dans le premier quotidien marocain toutes catégories confondues, dans une chronique du plus célèbre journaliste marocain, par ailleurs connu pour ne pas s’encombrer de précautions oratoires. Mais le montant des dommages-intérêts est sans aucun rapport avec le dommage réel subi: on doute que les procureurs aient eu à déplorer des pertes financières ou matérielles en raison de cette diffamation, n’étant pas des commercants pouvant subir une perte de clientèle mais des fonctionnaires rétribués par l’Etat. Le dommage moral subi, réel, aurait pu être valablement réparé par quelques dizaines de milliers de dirhams tout au plus.

Le montant retenu, outre qu’il a été fixé par un juge qui a déjà infligé des dommages-intérêts astronomiques au Journal, indique bien la volonté politique – car il va de soi que ce verdict découle d’une volonté politique, tant par le choix du juge que par le verdict – de faire taire Rachid Nini, comme Boubker Jamaï et Ali Lmrabet, ou du moins de lui adresser un très sérieux avertissement, avant revirement éventuel en appel ou en cassation, comme celui adressé à Driss Ksikes, Ahmed Reda Benchemsi et Sana El Aji. Il faut s’en faire une raison: le droit de la presse au Maroc est celui d’une justice politique, et sans doute le premier mot est-il de trop. RSF, et l’International Federation of Journalists ont ainsi dénoncé ce verdict.

Quand Libération, quotidien de l’USFP, idéologiquement opposé à la ligne de Rachid Nini, contestataire et volontiers populiste, se prend à s’inquiéter d’une telle décision, c’est que ça commence vraiment à ne pas tourner très rond (voir dans le même ordre d’idées la réaction de Mounir) :

L’écume du jour
La presse réprimée
Libération, 27/3/2008
Sévère jugement à l’encontre de la publication «Al Massae». Le fait de condamner en première instance, Rachid Nini, directeur de ce quotidien, à s’acquitter de six millions de dirhams en dommages et intérêts au profit de quatre substituts du procureur du Roi, est perçu comme une annonce de mise à mort du journal.
Il est vrai que les lignes éditoriales ne concordent pas, que l’information est souvent traitée différemment, mais l’on ne peut en aucun cas cautionner ce verdict. Au cas où il serait appliqué, il précipiterait la disparition du journal «Al Massae».
Lourde peine donc qui pousse toute une profession à se poser des questions quant aux jugements rendus contre des titres de la presse natinale et des journalistes dans l’exercice de leur fonction.
Les jugements prononcés par les tribunaux, dans ce cas de figure, ne doivent pas être disproportionnées par rapport aux actes commis.
Six millions de dirhams en plus d’une amende de 120.000 dirhams pour la Trésorerie générale du Royaume, voilà des montants qui suscitent la perplexité non seulement des journalistes, mais de toute personne qui considère que notre pays a fait un grand pas en avant en matière de liberté de la presse.
Au lendemain du congrès du SNPM (Syndicat national de la presse marocaine), l’heure est plus que jamais à la solidarité et au soutien. Car il y va de l’indépendance des journalistes et de l’avenir d’une profession qui peine encore à trouver ses marques.

MOHAMED BOUARAB

On comprend dès lors l’initiative de l’OSCE, conjointement avec RSF et plusieurs autres ONG actives dans le domaine de la liberté de la presse, en vue à la fois de dépénaliser le délit de diffamation – mais ici la sanction pénale, l’amende, n’est pas le plus choquant, même si le montant retenu est illégal car dépassant le plafond autorisé, et également de limiter les dommages-intérêts accordés sur le plan civil. Voici ce qu’en dit la recommandation dite de Paris de 2003 de l’OSCE – je ne cite que les points pertinents pour ce cas précis:

Les participants ont convenu que l’usage excessif ou le détournement des lois sur la diffamation et sur l’offense pour protéger les détenteurs du pouvoir ou pour contraindre la presse au silence constituent des violations manifestes du droit à la libre expression et du droit à l’information, et doivent être condamnés comme tels.

Les participants adressent les recommandations suivantes aux gouvernements, aux pouvoirs publics et aux administrations ainsi qu’aux législateurs, aux institutions judiciaires et aux bailleurs de fonds des pays membres de l’OSCE :

Aux gouvernements / fonctionnaires :

- La partie qui prétend avoir été diffamée doit assumer la responsabilité de l’ensemble de l’action en diffamation. Le ministère public ne doit jouer aucun rôle dans ce processus.

- Les pouvoirs publics, y compris les hauts fonctionnaires, doivent accepter tout débat public ainsi que les critiques. Ils doivent restreindre leurs actions en diffamation contre les médias et ne jamais les poursuivre dans le but de les punir.

Aux législateurs :

- Les lois pénales concernant les délits de diffamation et d’injure doivent être abrogées et remplacées, si nécessaire, par des lois civiles. (…)

- Les lois civiles en matière de diffamation doivent être modifiées, si nécessaire, afin d’être conformes aux principes suivants : (…)

- La preuve de la vérité sera une excuse absolue dans les cas de diffamation ; (…)

- Des plafonds modérés doivent être fixés pour les amendes sanctionnant la diffamation. Ces plafonds doivent être établis en fonction de la situation économique de chaque pays.

Aux autorités judiciaires : (…)

- Des mesures de réparation non pécuniaires, y compris des mesures d’autorégulation, dans la mesure où elles réparent le préjudice subi, doivent être préférées aux sanctions pécuniaires.

- Les sanctions pécuniaires doivent être proportionnées au préjudice subi, en tenant compte de tous les remèdes autorégulateurs ou non pécuniaires. Elles doivent avoir pour but de réparer le préjudice et non pas de punir.

- Les lois en matière de diffamation ne doivent pas être utilisées dans le but de mettre les médias en faillite.

On en est très loin au Maroc (qui bien entendu n’est pas membre de l’OSCE et n’est donc pas formellement concerné pas cette recommandation).

Quelques lectures utiles:

- le rapport de 203 pages de l’OSCE de 2005 établissant des tableaux comparatifs sur la législation en matière de diffamation de ses 55 Etats membres

- le site du représentant de l’OSCE chargé de la liberté de la presse

- le site du Committee to Protect Journalists, et notamment sa page de ressources juridiques ainsi que son rapport de 2007 sur les "top ten backsliders" ("les dix pays ayant le plus reculé") en matière de liberté de la presse

- la page de ressources légales de l’International Journalists’ Network

- l’International Freedom of Expression Exchange (IFEX) et sa page consacrée aux lois en matière de diffamation ainsi que celle consacrée au Maroc

- l’ONG britannique Article 19 et sa carte mondiale des lois sur la diffamation ainsi que son rapport de 2000 donnant sa définition de la notion de diffamation – ne pas oublier son remarquable "Freedom of expression handbook" de 1993 ainsi que son "Defamation ABC" de 2006

- l’International Federation of Journalists et son rapport demandant la dépénalisation de la diffamation

- le World Press Freedom Committee et leurs rapports "Hiding from the people: how "insult" laws restrict public scrutiny of public officials", "It’s a crime: how insult laws stifle press freedom" et "Insult laws: an insult to press freedoms"

Ibn Kafka déménage

Voici donc la nouvelle demeure virtuelle d’Ibn Kafka, après deux années passées tant bien que mal ailleurs. Les archives suivront peut-être, si quelqu’un connaît une manière de le démenager qui ne demande pas trois mois à temps plein, je suis preneur.

L’apparence de la page d’accueil est susceptible d’être modifiée.

Pour le reste pas de changement.

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