Les ouvriers, véritables coupables de leur mort

"Et comment des ouvriers acceptent d’être enfermés en 2008, une époque où le syndicalisme et les protestations se multiplient?" L’Economiste, 28 avril 2008

L’Economiste: "malgré tout, le patronat fait part d’une certaine sensibilité sociale"

"La CGEM vient de donner la preuve de son engagement à s’inscrire dans la dynamique de consensus que notre société inscrit sur son fronton". Le Matin du Sahara, 23 avril 2008

"Malgré tout, le patronat fait part d’une certaine sensibilité sociale". L’Economiste, 21 avril 2008

«La CGEM a accompagné la réflexion menée, notant un accueil très favorable de ce dialogue de la part des patrons. Contrairement à ce que l’on croit, les opérateurs économiques sont loin d’être égoïstes (…)». Aujourd’hui Le Maroc, 16 avril 2008

«Il faut éveiller, dès le primaire, l’âme de l’entrepreneur chez nos écoliers. Nous, contribuables, nous payons pour que les jeunes aillent à l’école, au lycée et à l’université, pas pour qu’ils soient tabassés parce qu’ils veulent un emploi. Vous savez, le Smig est le dernier souci de ces jeunes car ils veulent d’abord un emploi» Bouthayna Iraqui, Aujourd’hui Le Maroc, 16 avril 2008

"Le président de la Commission emploi à la CGEM dit militer pour qu’il y ait une visibilité sur le moyen et long terme. (…) Le président de la Commission emploi met toutefois en garde contre une fuite en avant qui se traduirait par la perte de compétitivité des entreprises". L’Economiste, 15 avril 2008

"Selon des simulations réalisées par le ministère de l’Emploi, «une augmentation du salaire minimum engendrerait des répercussions négatives sur la situation du secteur textile-habillement (…)». L’impact des avantages sociaux sur la compétitivité de la destination Maroc n’a pas été chiffré par le ministère de l’Emploi". L’Economiste, 14 avril 2008

"La vision du patronat dépasse l’horizon étriqué de la considération purement salariale. (…) Outre le SMIG et ses corollaires, la CGEM veut aussi que la loi sur le droit de grève soit appliquée pour mettre fin aux abus". Le Matin du Sahara, 11 avril 2008

"A la pression fiscale exercée sur l’entreprise marocaine s’ajoutent les fortes rigidités du marché du travail. D’après le classement de la Banque Mondiale sur l’environnement des affaires, les deux dimensions sur lesquelles le Royaume accuse en effet le plus large retard en matière de compétitivité sont la fiscalité et le coût de la réglementation sur le marché du travail. (…) En effet, la complexité de la législation liée à la mise en place d’un Code du travail général entrant dans les détails est source d’innombrables contentieux qui, à terme, peuvent handicaper la création d’emplois. (…) En l’état actuel des choses, la rigidité qu’il implique joue un rôle contre-productif dans le champs de la création d’emploi". Livre blanc de la CGEM pour renforcer et consolider le dynamisme de l’économie marocaine, janvier 2008

" La commission prend note des informations communiquées par le gouvernement selon lesquelles la diminution du nombre des visites [de l'inspection du travail] qu’elle avait relevée dans son précédent commentaire s’expliquait par l’opération nationale de départ volontaire à la retraite qui a eu lieu en 2005. (…)

Toutefois, relevant dans les statistiques fournies par le gouvernement pour l’année 2006 que le nombre des visites d’inspection a de nouveau baissé de manière significative (18 852 en 2006 par rapport à 23 478 en 2004), la commission prie le gouvernement d’indiquer dans son prochain rapport l’effectif total d’inspecteurs et contrôleurs du travail en poste à la faveur des recrutements récents, en précisant le nombre et la répartition géographique des agents effectuant des visites. Elle le prie également de préciser de quelle manière il est assuré que les fonctions additionnelles confiées aux inspecteurs du travail, notamment celles ayant trait au règlement des conflits collectifs du travail, ne mobilisent pas, dans une trop grande mesure, les ressources humaines et les moyens qui devraient être principalement consacrés à des activités de contrôle et de conseil. (…)

Attirant l’attention du gouvernement sur les dispositions de la recommandation (no 81) sur l’inspection du travail, 1947, au sujet des modalités possibles d’une telle collaboration, elle le prie de fournir des exemples concrets de domaines et de formes de collaboration entre les fonctionnaires de l’inspection du travail et les partenaires sociaux ainsi que des informations sur leur impact sur l’amélioration des conditions de travail et de la protection des travailleurs dans l’exercice de leur profession. (…)

Suites réservées aux procès-verbaux de constat d’infractions établis par les inspecteurs du travail. La commission note qu’en vertu du Code du travail (art. 539 à 545) les inspecteurs constatent par procès-verbal les infractions à la législation du travail et à la législation en matière de sécurité et d’hygiène du travail. Un exemplaire du procès-verbal établi par l’inspecteur du travail est envoyé à la juridiction compétente. Dans son précédent rapport, le gouvernement indiquait que le ministère de la Justice avait donné des instructions par voie de circulaire (circulaire no 12 du 12 mars 2002) pour assurer le suivi des procès-verbaux, en informant le ministère chargé du travail des suites qui leur étaient réservées par l’appareil judiciaire. En 2005, le gouvernement indiquait qu’en dépit de ces instructions le Département de l’emploi n’avait jamais reçu d’informations à ce sujet. (…)

Rapport annuel sur les activités de l’inspection du travail. Le gouvernement précise que, pour des raisons techniques et financières, il n’existe pas de support d’information diffusant les données statistiques sur l’inspection du travail. Il indique toutefois que le ministère de l’Emploi publie périodiquement sur son site Internet toutes les données, y compris celles portant sur l’inspection du travail. La commission n’a pas réussi à accéder à la page correspondante". Commentaires de la Commission d’experts pour l’application des conventions et recommandations de l’OIT (CEACR), 2008

"Dans le même élan, le label CGEM de responsabilité sociale pour l’entreprise est aujourd’hui opérationnel. Tout adhérent qui portera ce label bénéficiera des contreparties avantageuses de la part l’administration comme d’institutions privées (CNSS, Douane, Crédit agricole…)" Le Reporter, 9 juillet 2007

Les tribunaux anglais, c’est quand même autre chose

L’actualité de ces dernières semaines a comporté deux informations judiciaires intéressantes, touchant éminemment au domaine politique.

Dans un premier jugement, la High Court (comme son nom ne l’indique pas, il s’agit du tribunal de première instance, compétent en matières civiles, commerciales, pénales et administratives, le Royaume-Uni en général et l’Angleterre et le Pays de Galles en particulier n’ayant pas plusieurs ordres juridictionnels, comme la France ou (hélas) le Maroc) a ainsi ordonné la reprise d’une enquête administrative du Serious Fraud Office sur les pots-de-vin d’un milliard de livres sterling versés au prince Bandar Bin Sultan lors d’une série pharaonesque de vente d’armes britanniques à l’Arabie séoudite. Ce scandale avait défrayé la chronique, et surtout la décision du gouvernement britannique d’ordonner la fin de l’enquête administrative pour "raisons diplomatiques". Des ONG britaniques avaient alors décidé d’initier une action en justice contre la décision de ne pas enquêter sur le scandale – et la High Court leur a récemment donné raison.

Le jugement de la High Court du 10 avril 2008 dans l’affaire The Queen on the Application of Corner House Research and Campaign Against Arms Trade v. The Director of the Serious Fraud Office and BAE Systems PLC est dévastateur pour le gouvernement, et plus encore pour le régime cleptocrate et théocratique séoudien. Pour ce dernier, il est révélé qu’il fît des menaces directes contre le Royaume-Uni, ne menaçant non seulement de représailles commercialles, ce qui est de bonne guerre, mais aussi sécuritaires – en clair, la fin de la coopération sécuritaire et la perspective d’attentats terroristes sur le sol britannique ("if the investigation was not stopped, there would be no contract for the export of Typhoon aircraft and the previous close intelligence and diplomatic relationship would cease" – point 4 du jugement). Imaginons un instant que ces menaces aient été proférées par la Syrie, l’Iran, le Vénézuela ou la Corée du Nord… Enfin, sortons de notre songe et poursuivons notre lecture:

Ministers advised the Attorney General and the Director that if the investigation continued those threats would be carried out; the consequences would be grave, both for the arms trade and for the safety of British citizens and service personnel. In the light of what he regarded as the grave risk to life, if the threat was carried out, the Director decided to stop the investigation. (pt. 5)

Face aux menaces séoudiennes, qui mettaient en danger la vie de citoyens britanniques, le gouvernement britannique s’est couché de bonne grâce. C’est ce que constate Lord Justice Moses (rejoint par Mr Justice Sullivan) dans son jugement:

The defendant in name, although in reality the Government, contends that the Director was entitled to surrender to the threat. The law is powerless to resist the specific and, as it turns out, successful attempt by a foreign government to pervert the course of justice in the United Kingdom, by causing the investigation to be halted. The court must, so it is argued, accept that whilst the threats and their consequences are "a matter of regret", they are a "part of life".

So bleak a picture of the impotence of the law invites at least dismay, if not outrage. The danger of so heated a reaction is that it generates steam; this obscures the search for legal principle. The challenge, triggered by this application, is to identify a legal principle which may be deployed in defence of so blatant a threat. However abject the surrender to that threat, if there is no identifiable legal principle by which the threat may be resisted, then the court must itself acquiesce in the capitulation. (pts. 6 & 7)

Lord Justice Moses rappelle que les questions de politique étrangère sont généralement exclues de la compétence des tribunaux:

The separation of power between the executive and the courts requires the courts not to trespass on what Lord Phillips CJ described as one of the forbidden areas, a decision affecting foreign policy (R on the application of Abbasi v Secretary of State for Foreign and Commonwealth Affairs [2002] EWCA 1598 § 106). In a case touching foreign relations and national security the duty of decision on the merits is assigned to the elected arm of government. Even when the court ensures that the Government complies with formal requirements and acts rationally, the law accords to the executive an especially wide margin of discretion (R (Al Rawi) v Foreign Secretary [2007] 2 WLR 1219 § 148). The courts are under no less an obligation to respect and maintain the boundary between their role and the role of government than the executive. (pt. 56)

Mais il rappelle que dans le cas présent, il ne s’agit pas de considérations de politique étrangère, mais de réaction de soumission à des menaces:

The essential point, as we see it, derives from the threat uttered, it is said, by Prince Bandar to the Prime Minister’s Chief of Staff. The nature and implications of that explicit threat have a significant impact on this application. The challenge was originally resisted, in part, on the basis that the Director was entitled to discontinue the investigation as a result of the very grave threats to national and international security (see e.g. Detailed Grounds of Resistance § 10). But there is an ambiguity in the use of the word threat in that context. Threat as used in response to the claimants’ original challenge meant no more than risk. The Director’s decision was taken after assessment of the risk to security. But the grounds of resistance did not mention the fact that representatives of a foreign state had issued a specific threat as to the consequences which would flow from a refusal to halt the investigation. It is one thing to assess the risk of damage which might flow from continuing an investigation, quite another to submit to a threat designed to compel the investigator to call a halt. When the threat involves the criminal jurisdiction of this country, then the issue is no longer a matter only for Government, the courts are bound to consider what steps they must take to preserve the integrity of the criminal justice system. (pt. 57)

Voilà donc la distinction faite par la High Court: si le gouvernement peut parfaitement prendre en compte les conséquences diplomatiques d’une décision d’enquêter sur une affaire de corruption et, sur cette base, décider de ne pas poursuivre l’enquête, il ne peut cèder à une menace directe et spécifique sans menacer l’intégrité du système de la justice pénale. Suit ensuite des développements sur les rôles respectifs du gouvernement et des tribunaux dans le système constitutionnel britannique:

The constitutional principle of the separation of powers requires the courts to resist encroachment on the territory for which they are responsible. In the instant application, the Government’s response has failed to recognise that the threat uttered was not simply directed at this country’s commercial, diplomatic and security interests; it was aimed at its legal system. (pt. 57)

Had such a threat been made by one who was subject to the criminal law of this country, he would risk being charged with an attempt to pervert the course of justice. The course of justice includes the process of criminal investigation (R v Cotter [2002] 2 Cr App R. 29 at § 30 and 31). But whether or not a criminal offence might have been committed, the essential feature is that it was the administration of public justice which was traduced, it was the exercise of the Director’s statutory powers which was halted.

Threats to the administration of public justice within the United Kingdom are the concern primarily of the courts, not the executive. It is the responsibility of the court to provide protection. (…) The rationale for the court’s intervention is its responsibility to protect the rule of law. Simon Brown LJ’s words were obiter but the sources to which he referred establish a well-settled principle. The surrender of a public authority to threat or pressure undermines the rule of law (see Lawton LJ’s emphatic response to those who sought to frustrate the exercise of statutory powers in R v Chief Constable of Devon and Cornwall Constabulary, ex p. CEGB [1982] QB 458,472-3, cited by Simon Brown LJ at p.61). That principle must apply with even greater force where the exercise of statutory powers in relation to the administration of justice has been halted by threats. (pts. 59 & 60)

La leçon de droit constitutionnel devient plus incisive:

The Government’s answer is that the courts are powerless to assist in resisting when the explicit threat has been made by a foreign state. Saudi Arabia is not under our control; accordingly the court must accept that there was nothing the Director could do, still less that the court can do now. Mr Sales said, as we have already recalled, that whilst it is a matter of regret, what happened was a part of life. The court cannot intervene but should leave the Government to judge the best course to adopt in response to the threat.

This dispiriting submission derived from the uncontroversial proposition that the courts in England will not adjudicate upon acts done abroad by virtue of sovereign authority (see Buttes Gas v Hammer [1982]AC 888 at 931G-932F and R v Bow Street Magistrate ex p. Pinochet(no.3) [2000] 1 A.C. 147 at 210).

The legal relationships of the different branches of government, and the separation of powers depend on internal constitutional arrangements. They are of no concern to foreign states (see Lord Millett in R v Lyons [2003] 1 AC 976 at § 105).
Mr Sales’ submission appears to us not to be one of principle but rather one of practicality: resistance is useless, the judgement of the Government is that the Saudi Arabian government will not listen and the authorities in the United Kingdom must surrender. That argument reveals the extent to which the Government has failed to appreciate the role of the courts in upholding and protecting the rule of law.

The courts protect the rule of law by upholding the principle that when making decisions in the exercise of his statutory power an independent prosecutor is not entitled to surrender to the threat of a third party, even when that third party is a foreign state. The courts are entitled to exercise their own judgment as to how best they may protect the rule of law, even in cases where it is threatened from abroad. In the exercise of that judgment we are of the view that a resolute refusal to buckle to such a threat is the only way the law can resist.

Surrender deprives the law of any power to resist for the future. In ex p. Phoenix Aviation, Simon Brown LJ criticised the public authorities who failed to consider what he described as the awesome implications for the rule of law, and the inevitable impact upon the ever more enthusiastic future conduct of the protesters [p.62]. The context of the threat, in the present case, was the investigation of making bribes to foreign public officials, an offence introduced in 2001. If the Government is correct, there exists a powerful temptation for those who wish to halt an investigation to make sure that their threats are difficult to resist. Surrender merely encourages those with power, in a position of strategic and political importance, to repeat such threats, in the knowledge that the courts will not interfere with the decision of a prosecutor to surrender. After all, it was that appreciation which, no doubt, prompted the representatives of the Saudi Arabian government to deliver the threat. Had they known, or been told, that the threat was futile because any decision to cave in would be struck down by the courts, it might never have been uttered or it might have been withdrawn.

Certainly, for the future, those who wish to deliver a threat designed to interfere with our internal, domestic system of law, need to be told that they cannot achieve their objective. Any attempt to force a decision on those responsible for the administration of justice will fail, just as any similar attempt by the executive within the United Kingdom would fail. (pts. 73 à 75, 77 à 80)

Les juges critiquent ensuite la soumission lâche du gouvernement britannique, qui n’a même pas essayé de résister aux menaces séoudiennes:

There is no evidence whatever that any consideration was given as to how to persuade the Saudis to withdraw the threat, let alone any attempt made to resist the threat. The Director did not himself consider this issue. His assessment of the threat and its consequences relied on the advice of others. There is nothing to suggest that those advising him on this issue had made any attempt to resist the threat. They merely transmitted the threat to the Director, and explained the consequences if it was carried out. When this question was raised, in argument, Mr Sales responded that that issue was not one which the defendant had come to court to meet. Moreover, he suggested the court should assume that due consideration had been given as to whether the Saudis might be persuaded to withdraw their threat and as to how its consequences might be avoided.

We are not prepared to make any such assumption. It is not implicit in Mr Wardle’s statement. The defendant and Government were well aware that the accusation was that they had surrendered too readily; it was for them to show not only that the consequences of the threat were dire but that the threat itself could not be mitigated or withdrawn. (…)

No-one suggested to those uttering the threat that it was futile, that the United Kingdom’s system of democracy forbad pressure being exerted on an independent prosecutor whether by the domestic executive or by anyone else; no-one even hinted that the courts would strive to protect the rule of law and protect the independence of the prosecutor by striking down any decision he might be tempted to make in submission to the threat. If, as we are asked to accept, the Saudis would not be interested in our internal, domestic constitutional arrangements, it is plausible they would understand the enormity of the interference with the United Kingdom’s sovereignty, when a foreign power seeks to interfere with the internal administration of the criminal law. It is not difficult to imagine what they would think if we attempted to interfere with their criminal justice system. (…)

The Director failed to appreciate that protection of the rule of law demanded that he should not yield to the threat. Nor was adequate consideration given to the damage to national security and to the rule of law by submission to the threat. No-one took any steps to explain that the attempt to halt the investigation by making threats could not, by law, succeed. The Saudi threat would have been an exercise in futility, had anyone acknowledged that principle. We are driven to the conclusion that the Director’s submission to the threat was unlawful. (pts. 87, 88, 90 et 102)

La conclusion de la High Court est sans appel – au figuré seulement, puisque le Serious Fraud Office a annoncé sa décision de saisir la House of Lords, qui est la cour suprême en Angleterre et au Pays de Galles (et en Ecosse en matière civile):

The claimants succeed on the ground that the Director and Government failed to recognise that the rule of law required the decision to discontinue to be reached as an exercise of independent judgment, in pursuance of the power conferred by statute. To preserve the integrity and independence of that judgment demanded resistance to the pressure exerted by means of a specific threat. That threat was intended to prevent the Director from pursuing the course of investigation he had chosen to adopt. It achieved its purpose.

The court has a responsibility to secure the rule of law. The Director was required to satisfy the court that all that could reasonably be done had been done to resist the threat. He has failed to do so. He submitted too readily because he, like the executive, concentrated on the effects which were feared should the threat be carried out and not on how the threat might be resisted. No-one, whether within this country or outside is entitled to interfere with the course of our justice. It is the failure of Government and the defendant to bear that essential principle in mind that justifies the intervention of this court. We shall hear further argument as to the nature of such intervention. But we intervene in fulfilment of our responsibility to protect the independence of the Director and of our criminal justice system from threat. On 11 December 2006, the Prime Minister said that this was the clearest case for intervention in the public interest he had seen. We agree.

Affaire à suivre donc, et il n’est pas dit que la House of Lords, si elle décide de juger l’affaire, prenne une décision identique à celle de la High Court.

Dans une autre décision récente, la House of Lords a par contre rejeté l’action initiée par les familles de deux soldats britanniques morts en Irak, invoquant par ricochet l’article 2 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) protégeant le droit à la vie afin d’obtenir la création par le gouvernement d’une commission d’enquête indépendante sur les conditions de l’entrée en guerre du Royaume-Uni, et tout particulièrement sur la légalité de cette guerre. La House of Lords a donc décidé dans l’affaire Regina (on the application of Gentle (FC) and another (FC)) v The Prime Minister and others, à l’unanimité des neuf juges, que l’article 2 de la CEDH n’imposait pas l’existence d’un mécanisme permettant de déterminer la légalité d’une participation à une guerre préalablement à celle-ci. Le raisonnement implicite des Law Lords est en fait que la décision d’aller en guerre n’est pas une décision qui est de la compétence des tribunaux, mais d’autres organes constitutionnels – parlement et gouvernement – c’est donc un exemple proche de la théorie dite de l’acte de gouvernement, bien connue en droit administratif français. Une décision qu’on peut difficilement qualifier de décevante, car on ne pouvait raisonnablement s’attendre à autre chose.

"As far as Africa is concerned, there is a journalistic tradition [in France] that consists in limiting information to ethnic clichés, without any analysis worthy of the name"

Tiré d’un entretien bref mais intéressant du défunt Jean-Paul Goûteux, dénonciateur infatigable des génocideurs rwandais et de leurs complices, au Rwanda, en France et ailleurs, et auteur notamment de "La nuit rwandaise: l’implication française dans le dernier génocide du XXe siècle".

As far as Africa is concerned, there is a journalistic tradition [in France] that consists in limiting information to ethnic clichés, without any analysis worthy of the name, and above all of transmitting the terms of French African policy without any criticism. The French media are never interested in any background questions concerning Africa. The image that they cultivate is one of ethnicity and tribalism: that is to say that they only speak of the form and the means of this sort of political manipulation, but not of the manipulation itself.

La France n’est pas seule dans ce cas, et bien d’autres pays européens ou occidentaux, pour peu qu’ils daignent couvrir l’Afrique, reprennent les mêmes travers. Par ailleurs, on le voit, le même schéma de pensée que s’agissant du monde musulman est à l’oeuvre: stéréotypes, essentialisme, immutabilité – un peu comme le disait Sarkozy à Dakar, une Afrique (ou un Orient) en dehors de l’histoire, de la sociologie ou de l’économie, et comprise via le seul prisme ethnique ou religieux.

Un des livres de Jean-Paul Goûteux sur le génocide, "Un génocide sans importance. La France et le Vatican au Rwanda", est d’ailleurs téléchargeable gratuitement sur Internet.

Jean-Paul Goûteux était proche de François-Xavier Verschave, autre militant décédé, qui avait crée l’association Survie qui lui a justement survécu. Leur dénonciation des complicités et complaisance diverses dans le génocide rwandais a été inlassable. Ce dernier collabora notamment à la Commission d’enquête citoyenne pour la vérité sur l’implication française dans le génocide des Tutsi, dont le rapport de 592 pages est d’une lecture effrayante.

Je m’en voudrais de ne pas citer Colette Braeckman, correspondante du quotidien francophone belge Le Soir dans l’Afrique des Grands Lacs depuis plus d’une vingtaine d’années, et dont la connaissance des réalités, des hommes et des forces sociales congolaises ou rwandaises est tout bonnement admirable. Et puisque j’y suis, une mention également pour la journaliste britannique Linda Melvern, qui a longuement enquêté sur les complicités et complaisances internationales lors du génocide rwandais, et donc sur le rôle de la France.

Entre parenthèses, une remarque intéressante – au Rwanda, des prêtres hutus ont été condamnés pénalement pour génocide par le Tribunal pénal international pour le Rwanda, et des religieuses hutues en Belgique et au Rwanda, tandis que la petite communauté musulmane du Rwanda est réputée pour s’être généralement tenue à l’écart du génocide de 1994 (soigneusement préparé), alors que le rôle de la hiérarchie de l’église catholique est écrasant.

Voici ce qu’en dit par exemple le rapport officiel de l’OUA sur le génocide:

Malgré le massacre du Centre Christus, les hiérarchies catholique et anglicane ne cessèrent pas pour autant d’entretenir des relations étroites avec l’establishment Hutu. Elles n’affichaient aucune neutralité dans leurs sympathies. Il n’est pas exagéré de dire qu’elles furent au moins complices du génocide pour ne pas, au cours des années — et même durant le génocide — s’être dissociées catégoriquement de la rhétorique de haine raciale du gouvernement et pour n’avoir pas dénoncé les manipulations ethniques et les violations des droits de l’homme. (point 14.66, p.121)

Comme nous l’avons mentionné plus haut, l’Archevêque de Kigali, un Hutu, était un ferme partisan du mouvement Hutu Power et avait longtemps servi au sein du comité central du MRND, jusqu’à ce que Rome l’oblige à quitter ce poste. Les responsables de l’Église catholique ne firent rien pour décourager les tueries. Lors d’une conférence de presse donnée en juin, plus de deux mois pourtant après le début du génocide, l’Archevêque anglican refusa de condamner le gouvernement intérimaire en termes non équivoques[46]. Lorsque ce gouvernement a fui Kigali vers une nouvelle capitale temporaire, l’Archevêque catholique l’a accompagné. Selon un rapport publié par le Conseil mondial des Églises, les déclarations des dirigeants religieux semblaient souvent avoir été écrites par un relationniste au service du gouvernement intérimaire. (point 14.67, p. 121)

Plusieurs prêtres et pasteurs commirent des crimes de trahison haineux, certain sous la menace, d’autres non. Un nombre important d’éminents Chrétiens prirent part aux tueries, assassinant parfois leurs propres chefs religieux. Des prêtres remirent d’autres prêtres entre les mains des bourreaux. Des pasteurs furent témoins du massacre de leur propre famille par des gens qu’ils avaient eux-mêmes baptisés. (point 14.68, p. 121)

Seule la petite communauté musulmane du Rwandarefusa de se laisser emporter par la folie meurtrière (point 14.70, p. 122).

Il y a cependant, bien évidemment, eu des musulmans génocidaires et des catholiques victimes, et inversement, mais on peut imaginer quelles auraient été les retombées médiatiques et politiques pour les musulmans si des religieux et dignitaires musulmans avaient massivement participé au génocide. Et pourtant, si des critiques – au demeurant peu médiatisées – ont été émises à l’encontre de l’église catholique et du Vatican, on ne peut que constater que les catholiques irlandais, mexicains ou polonais n’ont pas été tenus comptables, et c’est une excellente chose, du comportement de certains catholiques rwandais. Toute ressemblance avec des situations réelles etc…

"Mieux vaut, disait Kant, l’homme politique qui a une morale que le moraliste qui n’est qu’un justificateur de la politique"

C’est de Guy Hocquenghem, dont j’ai lu il y a plusieurs années son magnifique et saignant "Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary", et dont Lenin’s Tomb m’a rappelé dans son dernier billet qu’il était le procureur des fast-thinkers de la Nouvelle Philosophie, assez peu nouvelle et très peu philosophe finalement. Homosexuel militant, gauchiste non renégat, sa plume ne faisait pas de quartier.

Extraits:

Cher et tortueux Glucks,
En gros, comme dirait July, BHL et toi balisez le terrain ; tous deux renégats affirmés du gauchisme, mais lui passé à gauche (après l’épisode giscardien) et toi à Marie-France Garaud (dont tu vins jouer les supporters, à la télé, avant les élections, flanqué de Kouchner). BHL retrouve l’antisémitisme et le fascisme sous l’anarchisme qu’il pourfend et les « philosophies du désir », toi tu déniches l’hitlérisme sous le masque pacifiste. La police des idées est bien faite ; cette surenchère de dénonciations « paradoxales » vole bien au-dessus des différences politiciennes. Complémentarité : BHL, niché dans la gauche, son gagne-pain, comme le ver dans le fruit, déguise, comme les Castro et July, l’apostasie en fidélité (du gauchisme à la gauche) ; toi et les tiens, au lieu du reniement par continuité de façade, proposez le reniement par rupture répétée, la continuité dans le reniement; et c’est au nom de l’autocritique, de l’imprévisibilitéde la pensée selon Mai 68, que tu t’engages à droite. Fidélité contre fidélité, toutes deux factices.

Mieux vaut, disait Kant, l’homme politique qui a une morale que le moraliste qui n’est qu’un justificateur de la politique ; on peut avoir du respect pour l’homme qui s’expose au feu, pas pour le conseilleur en massacre trop sûr de n’être pas payeur, encore moins pour le philosophe qui n’use de sa subtilité que pour légitimer la raison d’État la plus cruelle.

Tu précises, te moquant des utopies tiers-mondistes à propos de « l’exemple néo-calédonien » : « À Dreux [où la campagne de Le Pen bat alors son plein], le slogan “Les immigrés à la mer” est réactionnaire et inhumain, alors que peinturluré sur une ferme dans la brousse des antipodes il devient un mot d’ordre émancipateur. » Explicitons ton ironique sous-entendu : et si c’était le contraire, « les immigrés à la mer » qui était émancipateur à Dreux, puisque ça casse la stupide utopie, et « les Blancs à la mer » véritablement inhumain ?

Le sondage Zogby sur l’opinion publique (qui n’existe pas) arabe en 2008

C’est un sondage périodique intéressant, qui montre notamment que la propagande étatsuno-séoudo-israëlienne présentant l’Iran et son programme nucléaire comme un danger pour les pays arabes unnites ne prend pas vraiment, y compris dans les pays du Moyen-Orient les plus travaillés par le sectarisme: ainsi, 73% des Séoudiens estiment que l’acquisition de l’arme nucléaire par l’Iran serait une bonne chose pour le Moyen-Orient (p. 30 – le chiffre équivalent pour le Maroc, où 750 personnes habitant Casablanca et Rabat ont été interrogées pour ce sondage, est de 37%, avec 35% estimant que les conséquences seraient néggatives et 28% que cela ne changerait rien – ces chiffres marocains indiquent peut-être l’influence des médias français tant sur les personnes interrogées que sur les journalistes marocains).

C’est surprenant, mais le Liban, pourtant très gravement confronté à un conflit sectaire sunnites/chiites, semble beaucoup moins réticent envers l’arme nucléaire iranienne que le Maroc, qui ne connaît aucun conflit sectaire de ce type: 15% des Libanais interrogés (mais on ne connaît pas la répartition confessionnelle de l’échantillon libanais) seulement estiment que l’Iran devrait être contraint à cesser son programme nucléaire, avec 75% d’avis contraires (pour le Maroc, la proportion est de 31% et 68% respectivement, seuls les Emirats arabes unis étant plus réticents, avec 34% et 55%) – sur les pays concernés par ce sondage, aucun ne dégage une opinion majoritairement favorable à l’interdiction du programme nucléaire iranien (cf. p. 33), en dépit de la propagande incessante en ce sens des médias séoudiens, et bien évidemment occidentaux.

Le fiasco de cette propagande est encore plus patent quand on interroge les personnes sondées sur le pays représentant la plus grande menace pour eux: 95% désignent Israël, 88% les Etats-Unis – et seulement 7% l’Iran et 1% la Syrie (p. 89). Idem quand on leur demande leur leader politique favori: le trio de tête, devançant le numéro quatre qui est un surprenant… Nicolas Sarkozy (!?), est Sayed Hassan Nasrallah (26%), Bashar al Assad (16%) et l’inénarrable Mahmoud Ahmedinejad (10%), soit un trio de tête composé de deux chiites et d’un alaouite, dont un non-arabe. Rappelez-vous en quand vous lirez la prochaine fois un journaliste, éditorialiste, "talking head" ou "fast-thinker" dire ou écrire que les arabes et les sunnites se sentent menacés par les Iraniens et les chiites…

Sur le conflit israëlo-palestinien, 73% des personnes interrogées (tous pays confondus) sont favorables à une solution de coexistence de deux Etats, un juif et un palestinien, ce dernier s’étendant sur tous les territoires occupés en 1967 y compris Al Qods (Jérusalem-est), tandis que 19% sont pour la lutte contre Israël même si les territoires occupés en 1967 sont rendus aux Palestiniens (p. 41) – et ces chiffres sont rigoureusement identiques à ceux obtenus auprès des personnes interrogées au Maroc (p. 42) .

Sur toute la région, la Palestine est citée parmi les trois questions les plus importantes par 86% des personnes interrogées (p. 44 ) – ceux qui se complaisent à penser, y compris au Maroc, que l’opinion des pays arabes est lassée de la question palestinienne en sont pour leurs frais.

La vision d’Israël est intéressante, car peu conforme au stéréotype voulant que les arabes soient persuadés de l’existence d’un immense complot judéo-sioniste qui asservirait le monde en général et les Etats-Unis en particulier: ainsi, ils sont 41% à penser que les Etats-Unis et Israël ont des intérêts mutuels la plupart du temps, et 26% à penser qu’Israël est un simple instrument de la politique extérieure étatsunienne, tandis que 24% pensent qu’Israël influence les Etats-Unis en vue d’obtenir son soutien (p. 47).

Sur la politique intérieure palestinienne, c’est-à-dire le conflit entre Hamas, vainqueur des élections législatives de 2006, et autorité palestinienne contrôlée par le Fatah, l’opinion arabe est plutôt favorable au Hamas, du moins lorsqu’elle prend parti ce qui n’est le cas que de 26% des personnes interrogées (8% favorables au Fatah, 18% au Hamas), 37% étant partagés et le reste sans opinion. Le Maroc est le pays où les personnes interrogées sont les plus partagées: 7% favorables au Fatah, 8% au Hamas (p. 53), ce qui traduit peut-être l’hypothèse émise plus tôt d’une plus grande réceptivité du public casablanco-rbati pour à la vision des faits reflétée dans les médias occidentaux. Le Maroc est également le seul pays parmi ceux couverts par ce sondage à avoir une opinion qui estime avec une légère majorité – 24% – que le Hamas est plus responsable de la crise interne palestinienne que le Fatah – 22%.

S’agissant du Liban, 9% des personnes interrogées dans la région sympathisent avec le gouvernement du sunnite Siniora, allié des Etats-Unis et de l’Arabie séoudite, tandis que 30% déclarent sympathiser avec l’opposition composée du Hezbollah, allié de l’Iran et de la Syrie, et de l’ex-général maronite Michel Aoun, 19% déclarant sympathiser avec les deux et 24% avec aucun des deux (p. 58). Au Liban même, l’opposition est relativement parlant majoritaire dans l’opinion (30%), le gouvernement recueillant 24%, tandis que ceux qui sont partagés sont 19% et ceux qui rejettent à la fois le gouvernement Siniora et l’opposition Nasrallah/Aoun sont 9%. Par confession, 83% des chiites soutiennent l’opposition (0% le gouvernement!), mais c’est le seul groupe où elle est majoritaire, les chrétiens étant les plus partagés (25% pour l’opposition, 45 % pour le gouvernement et 26% partagés), tandis les druzes sont les plus favorables au gouvernement (68%, contre 15% pour l’opposition) et les sunnites en même temps les moins favorables à l’opposition (seuls 4% des sunnites le sont, contre 55% pour le gouvernement, mais ce sont également ceux à être les plus nombreux à refuser de choisir – 18% – tandis 21% sont partagés) (p. 59). Le clivage le plus fort semble donc être entre sunnites et chiites…

Le classique du genre c’est l’attitude face aux Etats-Unis: pas de surprise, 4% sont très favorables et 64% très défavorables, avec 11% de quelque peu favorables et 19% de quelque peu défavorables, soit au total 15% d’opinions favorables et 83% d’opinions défavorables (p. 62)… Encore plus intéressant à cet égard est l’affirmation de 80% des personnes interrogées que leur opinion est le fruit de la politique étatsunienne au Moyen-Orient, seul 12% basant leur opinion sur les "valeurs" étatsuniennes (p. 71).

Pour 50% des personnes interrogées dans la région, la contribution étatsunienne à une paix juste en Palestine fondée sur la création d’un Etat palestinien sur tout les territoires occupés en 1967 et ayant Al Qods (Jérusalem-est) pour capitale améliorerait leur opinion des Etats-Unis – au Maroc ce chiffre est de 63% (seuls les Emirats arabes unis font mieux avec 90%) (p. 75).

S’agissant des élections présidentielles étatsuniennes, la position de l’opinion arabe interrogée est d’une indifférence marquée, combinée à du cynisme (c’est également ma position personnelle): 32% estiment que la politique étatsunienne au Moyen-Orient demeurera la même quel que soit le président élu parmi McCain, Clinton et Obama, tandis que 20% ne suivent pas la campagne électorale. Sur ceux qui prennent position, Obama est en tête (18%), avant Clinton (13%) et McCain(4%) (p. 78 ).

Ma thèse sur l’influence des médias français, plus consommés au Maroc que dans les autres pays concernés, sur les opinions des Marocains interrogés ne se vérifie pas en lisant leurs réponses aux médias audiovisuels qu’ils suivent pour les informations internationales (p. 104): 59% regardent Al Jazira, 12% MBC et… 9% les chaînes marocaines! La chaîne d’obédience séoudienne Al Arabiya ne recueille que 3%, Al Manar du Hezbollah 1% et la chaîne étatsunienne Al Hurra 1% – mais je suis surpris de l’absence totale de chaînes françaises voire espagnoles (au Sahara et au Nord) parmi les réponses, ce qui laisse suggérer que les réponses n’étaient possibles que parmi l’éventail de chaînes citées par le sondeur.

Ibn Kafka’s verdict on Gilles Kepel: hung jury

Je suis un garçon obéissant: quand mes parents me disent de voir une émission à la télé, je le fais. Ce soir, j’ai ainsi abandonné un épisode de Law & Order (NY Police Judiciaire) pour Frédéric Taddeï et Ce soir ou jamais sur France 3, le seul talk-show que j’honore de ma présence cathodique. Le thème: Al Qaïda, avec la présence de Dominique Thomas, Gilles Kepel, Mohammad Mahmoud Ould Mohamedou et le débatteur d’extrême-droite Alexandre del Valle.

Autant le dire tout de suite: j’ai été positivement surpris par la prestation de Gilles Kepel, beaucoup plus nuancé et moins idéologique que je ne le craignais. Peut-être était-ce la présence de chercheurs nuancés et maîtrisant parfaitement le sujet (tous trois arabisants par ailleurs, ça nous change des plateaux télé avec experts prononcant Hamas "khamas" ou Hezbollah "khezbollah" – et même Del Valle, que je ne crois pas arabophone, parvenait à sortir des mots arabes sans les écorcher), peut-être était-ce aussi le fait que l’on ne discutait pas du prétendu modèle français d’intégration (on dirait un nom de sketch d’Elie & Dieudonné, mais non, ce concept est utilisé sérieusement par des personnes sérieuses).

Mises à part les saillies de Del Valle tendant à démontrer que les nazis et/ou communistes étaient musulmans et inversement, la discussion fût assez policée, avec des divergences sur les opérations d’Al Qaïda en Irak et les insinuations de Kepel sur la mort supposée de Ben Laden (ça fait sept ans qu’on le dit mort, à intervalles réguliers.

Je me vois donc contraint de réserver mon jugement définitif sur Kepel – je suis sûr que l’attente lui sera insupportable – mais confirme la bonne opinion que j’avais de Dominique Thomas, auteur de "Londonistan", de "Crises politiques en Palestine (1997-2007)" et de "Les hommes d’Al Qaïda", et ancien élève de Kepel, avec une analyse impeccable de la situation palestinienne, et une vision nuancée du phénomène terroriste d’Al Qaïda. Quant à Mahmoud Ould Mohamedou, chercheur mauritanien à Harvard, ça a été une révélation positive: une excellente maîtrise des faits – la communication d’Al Qaïda, et une manière posée de répondre à Del Valle.

L’émission de Frédéric Taddeï est décidément une des rares émissions regardables sur les chaînes généralistes françaises…

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 108 autres abonnés

%d bloggers like this: