Accord de Doha sur le Liban – cherchez l’erreur…

L’International Herald Tribune, qui n’est pas à proprement parler un brûlot antimpérialiste, titre "Lebanon agreement shifts power to Hezbollah":

An agreement reached by Lebanese political factions early Wednesday amounted to a significant shift of power in favor of the militant Shiite group Hezbollah and its allies in the opposition, who won the power to veto any cabinet decision.

The sweeping deal to form a new government promised an end to 18 months of crippling political deadlock here, and underscored the rising power of Iran and Syria, which have backed Hezbollah in a proxy battle against the governing coalition and its American and Saudi allies.

Les fins connaisseurs goûteront le ton nouveau de Walid bey, qui tranche quelque peu avec celui qu’il avait il y a quelques semaines:

"We avoided civil war," said Walid Jumblatt, a key leader of the governing coalition. He added that the agreement calls for a future dialogue on weapons, a clause that he and other government leaders hope will eventually allow them to raise the controversial issue of Hezbollah’s arsenal.

Là où il est permis d’esquisser un sourire c’est quand on lit la réaction de la Médi 1 étatsunienne, à savoir Voice of America, réaction – "US Welcomes Lebanon Agreement" – qui pourrait dérouter de prime abord:

The Doha agreement gives the Lebanese opposition, led by Hezbollah, veto power in a new cabinet and does not call for the Iranian-backed militia to disarm.

But U.S. officials say the deal does end the stalemate over electing a new president, and is far preferable to the possible alternative, a new round of Lebanese civil warfare.

The officials also say that Hezbollah, and by extension its Iranian and Syrian sponsors, sustained political damage in the Arab world when the militant Shiite group attacked government supporters in Beirut earlier this month.

Assistant U.S. Secretary of State for Near Eastern Affairs David Welch told reporters the deal in Qatar is a welcome development, and what he termed a necessary and positive step toward fulfilling the Arab League initiative on Lebanon, starting with the anticipated election Sunday of army chief Michel Suleiman as president.

Comment on dit "shit-eating grin" en arabe?

Pour mémoire, les Etats-Unis ont déclaré Hezbollah organisation terroriste et ont initialement insisté – ce n’est officiellement plus le cas maintenant – pour la mise en oeuvre de la résolution 1559 du Conseil de sécurité appelant au désarmement du Hezbollah. Ils se déclarent maintenant satisfaits d’un accord donnant à ce groupe terroriste un droit de veto au conseil du gouvernement de ses alliés libanais du 14 mars. Yeah, right. On top of it, leur fidèle allié Fouad Siniora, premier ministre libanais en exercice, est quasiment assuré de ne plus être de la partie à compter de l’élection ce dimanche du général Michel Sleimane à la présidence libanaise.

L’amusement de l’observateur va plus loin lorsqu’il lit que le président Bush a reçu le patriarche maronite Nasrallah Sfeïr – "Bush Stresses Support for Army During Talks with Sfeir" – en lui déclarant son soutien à l’armée libanaise, dirigée par le futur président, Michel Sleimane, rangé parmi les pro-syriens, armée qui a globalement été l’alliée objective du Hezbollah lors des quelques jours de guerre civile il y a plus d’une semaine. Le Washington Institute for Near East Policy, un think-tank pro-israëlien, dans une note titrée "Lebanese Crisis Ends: Hizballah Victory or Temporary Truce?", ne s’y trompe pas:

For Washington, these developments should prompt a reevaluation of how it supports the Lebanese government. Since 2005, the administration’s strategy to strengthen Beirut has been primarily to support the LAF: from 2005 to 2008, Washington provided more than $250 million in military assistance to the army, making Lebanon the second largest per capita recipient of U.S. military funding in the world. However, during the crisis, the LAF did nothing to protect the government and national institutions because of the fear that intervention would cause the army to fragment along sectarian lines. Support for the LAF is a long-term project, but will do little in the short run to help U.S. allies in Beirut.

Si on ajoute à cette brillante réussite étatsunienne l’annonce officielle de négociations indirectes syro-israëliennes sur un accord de paix, et celle de négociations avec le Hamas, quelques jours après que Bush ait écarté toute négociation avec la Syrie, le Hamas et le Hezbollah dans un discours devant le parlement israëlien, on peut avancer sans risque excessif de se tromper que cette semaine a été très difficile pour les Etats-Unis et ses alliés arabes - pensons notamment à l’Arabie séoudite, éclipsée par un Qatar qui n’a jamais brûlé les ponts avec l’Iran et la Syrie:

So the March 14th alliance appears to have beaten a diplomatic retreat that, while helping Hizbullah to consecrate its armed presence, is likely to spare Lebanon more immediate trouble. Yet the real losers may not be the loyalist camp, which could, conceivably, win another election, but rather its foreign sponsors, especially the United States and Saudi Arabia, which had pushed hard for Hizbullah to be cornered.

Ceci étant, les négociations Syrie-Israël pourraient réserver des mauvaises surprises pour le Hezbollah, du moins selon des analystes proches des Etats-Unis, qui prennent sans doute leurs voeux pour des réalités…

Un autre qui doit avoir passé une mauvaise semaine, c’est Michel Aoun, allié du Hezbollah, qui sait désormais qu’il ne sera sans doute jamais président du Liban…

Enfin, un bon récapitulatif sur l’accord de Doha est disponible sur le site de RFI:

- Une séance du Parlement doit avoir lieu dans les 24 heures suivant la conclusion de l’accord, afin d’élire un président de la République. Il s’agira de l’actuel chef de l’armée Michel Sleimane.

- Un gouvernement d’union de 30 membres doit être formé. Il comprendra 16 ministres de la majorité et 11 de l’opposition. Les 3 restants seront nommés par le président de la République.

- Les parties s’engagent à ne pas démissionner du gouvernement et à ne pas paralyser son action (c’est la stratégie que l’opposition avait pratiquée fin-2006, lorsque ses ministres avaient quitté le gouvernement)

- Interdiction du recours aux armes à des fins politiques

- Adoption de la loi électorale de 1960 (qui n’était plus en vigueur) pour les législatives de l’an prochain. Avec toutefois des amendements concernant le découpage électoral de Beyrouth (la capitale envoie 19 députés sur un total de 128 au Parlement libanais).

- Le nouveau président conduira un dialogue visant à étendre l’autorité de l’Etat dans tout le pays.

- L’autorité sur les forces de sécurité et forces militaires est entre les mains de l’Etat

- Les dirigeants libanais s’abstiendront d’user d’un langage exacerbant les tensions politiques.

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2 Réponses

  1. Deux points:

    – Je serais TRÈS surpris que le Golan soit cédé en entier. Le vrai incitatif coté israélien pour ces négotiations est le scandale dans lequel est empêtré Olmert. Peu de chances donc à ce que ça aboutisse à quoi que soit, c’est probablement encore juste du bruit.

    – Dans le jeu continu qui caractérise les rapports de force au Moyen-Orien, Hezbollah continuera probablement à être sujet à une stratégie de minage, tant qu’il sera perçu comme ennemi par les décideurs US. Sa meilleure contre-stratégie pour garder la main haute serait de travailler patiemment et continuellement à avoir un meilleur alignement des perceptions et intérêts US. Pour ceux qui risquent de crier au traitre à une telle idée, le lobbying et la diplomatie sont toujours une bonne option tant que les lignes de réserve sont claires. Dans un tel cas, le pire que ça puisse couter est son lot de cafés.

  2. Mr. Ibn Kafka,

    Il est facile pour quelqu’un assis confortablement a des milliers d kilometres de dire aux libanais ce qu’ils doivent penser. Vous et vos lectures copy / paste etes a cote de la plaque.

    Vous amis ou idoles du Hezbollah ne sont ni democrates, encore moins des progressistes. Ils ont ete un mouvement de resistance qui a tourne ses armes contre son peuple. Vous ne savez pas ce qui se passe sur le terrain et j’aimerais bien vous voir dans votre pays etre dirige par un parti religieux et puissament arme.

    Alors svp, cessz de faire la lecon aux autres et surtout que vous n’etes pas libanais et personne ne vous a donne autorite pour parler au nom des libanais. Certainement que vous etes un de ces profs de fac qui ont beaucoup de temps a perdre et qui se donnent de l’importance en ecrivant et surtout en faisant du plagiat ou du copier coller.

    Avez vous porte une arme de votre vie? ou est ce que votre resistance, s’arrete devant les ecrans d’ordinateurs? Qu’avez vous fait de concret pour la resistance palestinienne, a part reprendre les idees des autres sur le net?

    Alors, soyez humble et surtout prudent avant de nous servir vos positions ringardes et pseudo gauchisantes.

    Sans rancune

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