Le consulat de France à Marrakech refuse de laisser entrer les voilées? No big deal…

… selon la Cour européenne des droits de l’homme, qui a, dans une décision du 4 mars 2008 El Morsli contre France, déclaré irrecevable une plainte portée par l’outrecuidante épouse marocaine, et voilée, d’un ressortissant français, qui avait cru pouvoir polluer les locaux consulaires de son fichu fichu.

Les faits:

Les faits de la cause, tels qu’ils ont été exposés par la requérante, peuvent se résumer comme suit.

La requérante est de confession musulmane et porte le voile. Elle est mariée, depuis 2001, à un ressortissant français qui réside en France.

Elle expose que le 12 mars 2002, elle se rendit au consulat général de France à Marrakech en vue de demander un visa d’entrée en France afin de rejoindre son mari et que, ayant refusé de retirer son voile afin de se soumettre à un contrôle d’identité, elle ne fut pas autorisée à pénétrer dans l’enceinte du consulat. La requérante présenta alors une demande de visa par lettre recommandée. La délivrance dudit titre de séjour lui fut refusée.

Le mari de la requérante, au nom de son épouse, introduisit alors un recours auprès de la commission de recours contre les refus de visa d’entrée en France.

Le 25 juin 2003, la commission rejeta son recours dans les termes suivants :

« Conformément aux dispositions de l’article 5 du décret 2000-1093 du 10 novembre 2000 relatif à la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France, j’ai le regret de vous informer que la Commission a rejeté le recours que vous avez formé le 1er juillet 2002 visant au réexamen de la décision par laquelle le Consul Général de France à Marrakech a refusé un visa d’entrée en France à [la requérante].

En effet, il appartient à [la requérante] de se conformer à la réglementation en vigueur afin de solliciter dans les formes requises un visa d’entrée en France. »

Le mari de la requérante forma alors un pourvoi en cassation, toujours au nom de son épouse, devant le Conseil d’Etat, dans le cadre duquel il invoqua notamment le droit de son épouse au respect de sa vie familiale et à sa liberté de religion.

Le 7 décembre 2005, le Conseil d’Etat rejeta le pourvoi, jugeant notamment comme suit :

« (…)

Considérant que le port du voile ou du foulard, par lequel les femmes de confession musulmane peuvent entendre manifester leurs convictions religieuses, peut faire l’objet de restrictions notamment dans l’intérêt de l’ordre public ;

Considérant qu’il ressort des pièces du dossier que [la requérante] s’est présentée le 12 mars 2002 au consulat de France à Marrakech en vue de demander un visa, mais qu’ayant refusé de se prêter au contrôle d’identité établi à l’entrée du consulat pour des motifs de sécurité et d’ordre public, lequel exigeait le retrait momentané de son voile, elle n’a pas été admise à accéder au consulat ; qu’elle a alors présenté une demande de visa par lettre recommandée ; que, toutefois, cette demande écrite, qui ne permet pas l’identification de la personne sollicitant le visa, ne peut être regardée comme une demande de visa dans les formes requises pour la délivrance des visas, lesquelles exigent une comparution personnelle du demandeur ; qu’en opposant ce motif pour refuser la demande de visa, la commission, qui n’était pas tenue d’examiner la demande au regard du droit d’entrée dès lors qu’elle n’était pas présentée dans les formes requises, lesquelles peuvent légalement imposer une restriction momentanée au port du voile seule de nature à permettre l’identification du demandeur, n’a ni commis d’erreur de droit ni méconnu l’article 9 de la Convention (…) ;

Considérant que dès lors que [la requérante] refusait de se prêter à cette restriction momentanée afin de permettre un contrôle de son identité, elle doit être regardée comme ayant de son propre chef renoncé à présenter une demande de visa dans les formes requises ; que, par suite, elle n’est pas fondée à se prévaloir des stipulations de l’article 8 de la Convention (…) ; »

Vous partagerez sans doute mon étonnement à ce que la requérante n’ait même pas pu pénétrer dans les locaux du consulat général de France à Marrakech, en raison de son port du voile. On peut se demander si cette exigence prétendument sécuritaire est appliquée systématiquement à toutes les visiteuses voilées du consulat – par exemple les bonnes soeurs des églises et ordres religieux catholiques de la région sud du diocèse de Rabat. On peut se demander également si les mêmes considérations sécuritaires alléguées par le consulat général de France à Marrakech ont cours dans des pays où le port du voile est obligatoire (Arabie séoudite, Iran) ou généralisé (Pakistan, Afghanistan, Malaisie, pays du Golfe), et où les considérations sécuritaires ne sont sans aucun doute pas moindres qu’au Maroc…

Ayant perdu devant le Conseil d’Etat, la requérante – l’épouse voilée à qui le consulat de France à Marrakech avait refusé un visa – a attaqué la France devant la Cour européenne des droits de l’homme, au motif que ce refus avait violé sa liberté religieuse, protégée par l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), ainsi que son droit à mener une vie familiale normale, garanti par l’article 8 CEDH.

Précision pour ceux qui découvriraient le monde merveilleux de la Cour européenne des droits de l’homme (Cour EDH), sachez que cette Cour internationale, sans doute la plus active de toutes, Cour de justice des communautés européennes comprise, filtre les affaires qu’elle juge.

C’est en l’occurence ce qu’elle va faire dans le cas présent: la troisième chambre de la Cour EDH estime ainsi la requête de la requérante irrecevable. La Cour EDH développe son raisonnement en trois étapes de manière classique: la mesure dont se plaint la requérante a-t-elle restreint une liberté ou un droit protégés par la CEDH? Cette restriction a-t-elle été prévue par la loi de l’Etat en question? Si oui, cette restriction est-elle nécessaire dans une société démocratique?

La Cour rappelle que, selon sa jurisprudence, le port du foulard peut être considéré comme « un acte motivé ou inspiré par une religion ou une conviction religieuse » (voir Leyla Sahin c. Turquie [GC], no 44774/98, 10 novembre 2005, CEDH 2005-XI, § 78). En l’espèce, la Cour estime que la mesure litigieuse, consistant à retirer son voile afin de se soumettre à un contrôle d’identité, est constitutive d’une restriction au sens du second paragraphe de l’article 9 de la Convention. Elle constate ensuite que la requérante ne soutient pas que cette mesure n’était pas « prévue par la loi », et elle considère qu’elle visait au moins l’un des buts légitimes énumérés au second paragraphe de l’article 9, à savoir garantir la sécurité publique ou la protection de l’ordre.

Il reste donc à déterminer si cette ingérence était « nécessaire dans une société démocratique » pour parvenir à ces buts, au sens du second paragraphe de l’article 9 de la Convention.

Pour qui a suivi la jurisprudence décevante de la cour EDH en matière de voile, la réponse ne réserve malheureusement aucune surprise – je vous renvoie notamment à l’étude de Tom Lewis, « WHAT NOT TO WEAR: RELIGIOUS RIGHTS, THE EUROPEAN COURT, AND THE MARGIN OF APPRECIATION », publiée dans l’International Comparative Law Quarterly (Vol. 56, avril 2007, pp. 395-414), et que vous trouverez en pièce jointe ici – what-not-to-wear-religious-rights-before-the-echr2:

Nevertheless it is submitted that the very least that can be expected from the courts in their adjudication on such matters is that they use the tools of their trade and conduct a meaningful enquiry into the alleged breach of rights.117 The philosophical basis for religious freedom may be difficult to pin down, but the freedom is nevertheless protected by the European Convention on Human Rights. It is the function of the European Court to protect all the rights set out in the Convention and subject State restrictions of these rights to serious and detailed analysis. It should not adopt the intellectually lazy option of running for the cover provided by the margin of appreciation as a way of avoiding difficult issues. If, as a result of the factors mentioned in Part I of this article, European States do wish to curtail religious manifestation through dress the answer lies in an amendment to Article 9, not in the Court side stepping its duty and as a result bringing the Convention system for the protection of human rights into disrepute. The current approach may justifiably provoke the following question from an individual wishing to manifest her faith by the clothing she wears: « Why do you tell us we have these freedoms when you are so obviously not prepared to protect them? »

Ce n’est pas le moment pour moi de revenir sur la jurisprudence de la Cour EDH en matière de voile et de liberté religieuse, si ce n’est pour rappeler que ses éminents juges n’ont jamais sanctionné, dans les cas concrets soumis à leur appréciation, l’interdiction du port du voile, que ce soit dans l’affaire Dahlab contre Suisse (2001) (décision d’irrecevabilité) ou Sahin contre Turquie (2005).

Je rappelerai à cet égard aux amoureux du Matin du Sahara, des contes de fées et de science fiction que les tribunaux et les juges ne se déterminent pas en apesanteur, comme j’ai eu l’occasion de le souligner dans mon récent billet sur le statut juridique des étrangers non-résidents en droit étatsunien – la Cour suprême étatsunienne a jugé bon de reconnaître certains droits constitutionnels aux détenus étrangers de Guantanamo, en fin de présidence Bush, alors que l’affaiblissement politique de ce dernier peut difficilement descendre encore plus bas…

La Cour EDH (et surtout la défunte Commission européenne des droits de l’homme, supprimée en 1998 ) a elle-même pris des décisions qui ne sont pas enseignées dans les facultés de droit – de l’aval à l’interdiction du Parti communiste ouest-allemand (décision de la Commission européenne des droits de l’homme dans l’affaire 250/57 KPD contre Allemagne) à l’acceptation de l’interdiction professionnelle d’embaucher des communistes (arrêt Glasenapp contre Allemagne de 1986), en passant par l’homosexualité (homosexualité masculine considérée comme « un danger social spécifique [qui]résulte essentiellement du fait que les homosexuels masculins constituent fréquemment un groupe socioculturel distinct se livrant à un net prosélytisme à l’égard des adolescents et que l’isolement social qui en résulte pour ceux-ci est particulièrement marqué« , décision d’irrecevabilité de la Commission européenne des droits de l’homme de 1975 dans l’affaire X. contre République fédérale d’Allemagne).

En l’occurence, la raisonnement de la Cour EDH n’est pas convaincant:

En l’espèce, la Cour ne voit aucune raison de s’écarter de ce raisonnement concernant les contrôles de sécurité imposés à l’accès aux locaux du consulat, parmi lesquels figure l’identification des personnes souhaitant y pénétrer, qu’elle estime sans aucun doute nécessaires à la sécurité publique. En outre, et comme dans l’affaire Phull précitée, la Cour observe que l’obligation de retirer son voile à des fins de contrôle de sécurité était nécessairement très limitée dans le temps. Par ailleurs, quant à la proposition faite par l’intéressée de retirer son voile uniquement en présence d’une femme, à supposer que les autorités consulaires aient été saisies de cette question, le fait pour ces dernières de ne pas avoir chargé un agent féminin de procéder à l’identification de la requérante n’excède pas la marge d’appréciation de l’Etat en la matière. La Cour conclut que la requérante n’a ainsi pas subi une atteinte disproportionnée dans l’exercice de son droit à la liberté de religion.

On voit en effet mal comment la nécessité d’identifier les visiteurs d’un consulat, chose bien normale soit dit en passant, soit interprétée de manière beaucoup plus stricte que la nécessité d’identifier les personnes foulant le territoire français – en effet, jusqu’à plus ample informé, la police française des airs et des frontières ne procède pas au dévoilement obligatoire des femmes voilées, musulmanes ou catholiques, qui se présentent à ses postes frontières. En effet, le hijab permet l’identification des personnes, seul le niqab ou le voile couvrant le visage ne le permettant pas.

On comprend mal aussi comment une telle exigence sécuritaire, visant spécifiquement les femmes, n’ait pas rendu nécessaire la présence d’une employée féminine affectée à titre exclusif à cette tâche – ce n’aurait pas nécessité un effort disproportionné de la part de ce consulat, dont on imagine qu’il n’est pas uniquement composé de préposés masculins.

Ce n’est décidément pas très beau quand un tribunal, chargé qui plus est de sauvegarder les droits de l’homme, subit manifestement beaucoup trop facilement l’air du temps, particulièrement malsain à l’encontre des femmes voilées, et d’elles seules – jusqu’à nouvel ordre, les barbus ne sont pas tenus de se raser avant de pénétrer dans le consulat général de France à Marrakech… On notera cependant avec soulagement que la décision de la Cur EDH n’était pas unanime, mais simplement prise à la majorité.

Deux remarques finales:

1- La CEDH peut être invoquée par des étrangers non-résidents, et ce même pour des décisions prises en dehors du territoire des Etats parties à la CEDH – comme j’ai eu l’occasion de l’écrire, ceci offre un certain contraste saisissant avec la situation aux Etats-Unis, où il a fallu attendre la décision de la Cour suprême du 12 juin 2008 dans l’affaire Boumediene v. Bush pour que les détenus – tous étrangers – de Guantanamo se voient reconnaître certains droits en vertu de la Constitution étatsunienne. Précisons que s’agissant de la CEDH, cette jurisprudence date d’au moins trente ans – cf. décision de la Commission européenne des droits de l’homme du 15/12/1977 dans l’affaire X. contre Royaume-Uni et surtout l’arrêt de la Cour EDH du 23/3/1995 dans l’affaire Loizidou contre Turquie.

2- Le juge français Jean-Paul Costa, vice-président de la Cour EDH, était un des sept juges ayant pris part à cette décision. Il n’est pas un inconnu: fait absolument extraordinaire pour un juge, et qui plus est un juge international, il s’était publiquement immixé dans le débat très polémique qui eut lieu en France en 2003-2004 avant l’adoption de la loi d’interdiction du port du voile dans les écoles publiques afin de garantir – il était bien placé pour le faire – que la future loi d’interdiction n’encourrait pas de risque de censure par la Cour EDH. Ce juge militant (1) peut crier victoire…

(1) Citons, à titre d’exemple, ce passage de l’analyse de Françoise Lorcerie, « L’affaire du voile sous le projecteur de la science politique : une analyse renouvelée de l’affaire en France et de son écho à l’étranger« , publié sur le site d’oumma.com:

Sur ce point, un moment-clé du développement des travaux de la Commission Stasi allait être l’audition de Jean-Paul Costa, en tant que représentant de la Cour européenne des droits de l’homme. Français, ancien conseiller d’Etat, professeur associé à l’université Paris I, bon connaisseur du droit de la laïcité[15], vice-président de la CEDH depuis 2001, Jean-Paul Costa avait exprimé de longue date, lui aussi, son insatisfaction de la jurisprudence courante et la conviction qu’une loi était nécessaire, face à l’islam. Ainsi dans cet entretien de 1995 pour une revue universitaire :

« Il [le Conseil d’Etat] ne saurait à lui seul repenser la laïcité, et si son attitude est généreuse et constructive, elle peut parfois prêter le flanc à la critique d’une certaine naïveté face à l’intolérance croissante de certaines religions ou plutôt de certaines tendances « radicales » au sein de ces religions. [...]

Vous me demandez ce qu’il faut penser de cela [la circulaire Bayrou de la rentrée 1994, proscrivant les « signes ostentatoires »]. J’en pense surtout deux choses : un, que c’est un problème de société, et qu’il faudra bien que le législateur légifère ; et ce n’est ni au Conseil d’Etat ni au ministre, ni aux chefs d’établissements confrontés à une réalité délicate qu’il appartient de tracer les frontières entre la liberté et l’abus de la liberté ; deux, que l’islam est devenu, de loin, la deuxième religion de France, qu’il n’a pas de vrai statut juridique, qu’il est d’ailleurs une religion particulière, respectable comme toutes, mais prosélyte par construction, dans un environnement culturel qui, par tradition, le connaissait mal et peu : bref, il est temps de repenser la laïcité et peut-être la loi de 1905 à la lumière de nouveaux développements »[16].

Devant la Commission Stasi, l’argument de J.-P. Costa est purement juridique. « Si une telle loi était soumise à notre Cour, elle serait jugée conforme au modèle français de laïcité, et donc pas contraire à la Convention européenne des droits de l’homme », déclare-t-il en faisant valoir que la Cour reconnaît la marge nationale d’interprétation des principes généraux des droits de l’homme. Il précise :

Tout en garantissant la liberté religieuse, la Convention reconnaît aux Etats le droit d’ingérence dans ce domaine à la triple condition qu’elle soit prévue par la loi, qu’elle ait un but légitime et que l’intervention soit proportionnelle au trouble qu’elle prétend combattre. (Dépêche AFP)

Ainsi, certains membres du Conseil d’Etat (ne représentant pas nécessairement la sensibilité majoritaire au Conseil, mais les délibérations de cette instance sont tenues secrètes) ont eu un rôle décisif dans le déploiement de l’épisode. R. Schwartz, J.-P. Costa, défendaient l’idée qu’en matière de port du foulard, le Conseil d’Etat prenait ses arrêts par défaut en quelque sorte, faute d’une législation restrictive qu’ils trouvaient politiquement souhaitable. Dans des rôles différents, l’épisode les voit se manifester. Toutefois, ce sont d’autres personnes, familières des milieux gouvernementaux à divers titres tout en étant peu connues du grand public, spécialistes des questions d’intégration, qui ont donné consistance idéologique à la solution prohibitionniste.

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22 Réponses

  1. Une question le voile que cette dame portait/porte était-ce un voile « normal » je veux dire celui qui permet de voir le visage ou bien un « ni9abe » celui qui cache tout et ne laisse apparaitre que les yeux ?

    Sinon, à titre familial, ma mère s’est vu obligé de refaire ses photos d’identité pour sa demande de visa il y a plusieurs mois, tjrs au consultat de France. En revanche, elle est entrée dans le conusltat sans aucun problème. A ce qu’il parait, il est impératif de voir les oreilles sur une photo d’identité ! Elle a donc refait ses photos en ne gardant qu’un foulard très léger sur les cheveux qu’elle a noué autour de sa tête. De retour de chez le photographe, elle m’a dit au tél, je croyais venir demander un visa, je ne savais pas qu’on chercher à me remarier !!! :) ))))))))))

  2. Bonne question: je me suis dit pour ma part que s’il s’agissait d’un niqab, la décision l’aurait révélé, car le niqab rend effectivement toute identification impossible, et c’aurait alors été une demande tout à fait raisonnable fde la part du Consulat que de demander qu’elle le retire.

    Le fait qu’il n’en est pas fait mention, que la décision évoque simplement « le voile » ou « le foulard » implique qu’il s’agit du modèle courant, le hijab. On parle sinon de « voile intégral ».

    Comme toi, je suis à peu près certain qu’il s’agit d’une décision à la tête de la cliente de la part du consulat: il doit bien y avoir des femmes de hauts dignitaires qui portent le voile et qui accèdent sans problème au consulat. Sans compter que je vois mal les consulats de France en Libye, en Syrie, en Egypte, en Iran, au Pakistan, en Indonésie ou en Malaisie refuser systématiquement l’accès de leurs locaux aux femmes voilées – sans compter l’ambassade du Vatican et les bonnes soeurs…

  3. à Paris l’an dernier, c’est au bureau des demandes d’asile qu’il refusaient de laisser entrer les femmes voilées… et pas au nom d’une quelconque mesure de sécurité, au nom de « pas de voile dans un bâtiment officiel »…

    la mobilisation a pu les faire reculer.

  4. En parlant des bonnes soeurs, il est déjà arrivé à Bernadette Chirac alors que son mari était encore président d’intercéder en faveur de l’une d’entre elles afin qu’elle ne se « dévoile » pas pour ses photos d’identité (C.I.N) à la préfecture de Paris. Donc il est clair qu’elles sont soumises à la meme obligation à moins qu’une haute personnalité ne vienne à leur aide.

    J’ai déjà aussi lu une blogueuse marocaine résidante au Maroc se plaindre de ce fait à savoir se « dévoiler » (Nouvelle C.I.N) donc législation marocaine.

    Il est clair aussi que les personnes de sexe féminin (françaises ou étrangéres) susceptibles ou suspectées d’avoir commis un délit sont fouillées (peut etre mises à nu) par des agents de l’autorité française de sexe féminin dans les commissariats français. Donc je ne comprends pas pourquoi le consulat français à Marrackech n’emploie pas des agents de l’autorité française de sexe féminin pour la vérification de l’identité d’une marocaine portant le voile. Ceci par respect d’ordre religieux.

    Pour moi c’est clair, c’est une discrimination et le consulat français dans ce cas précis est dans son tord.

    Courage pour les deux époux !

  5. @ IK,
    Si c’est juste un voile « noraml » l’arbitraire est flagrant dans ce cas-là.
    C’est peut être que le monsieur à l’entrée n’avait pas un bon feeling avec cette dame ! Car ma mère, comme bp de femmes marocaines voilées qui demandent le visa dans les consulats de France, est une citoyenne tout ce qu’il y a de plus simple et normal. Et comme tu dis d’autres pays musulmans on les laisse entrer sans problème.

  6. Qu’ils s’étonnent pas alors qu’on obligent les Occidentales à porter le voile en Iran ou en Arabie!!! A chaque pays ses lois, ou à extremisme, extremisme et demi

  7. Tiens une petite anecdote Mme Aïche Q. :

    L’an dernier quand en prenant l’avion pour un voyage touristique en Turquie, j’ai été à coté d’un allemand qui a vécu avec sa famille en Arabie Saoudite, aux Émirats et un peu en Iran.
    On parlait de Turquie, religion, immigration. Je lui fais savoir que je suis attaché aux valeurs laïques mais j’ai été pas favorable à loi sur « les signes » religieux à l’école française. Lui, il m’a fait la remarque qu’en Allemagne c’st différents et « nous » on mélange parfois tout. La chose qui m’a fait réfléchir c’est quand il a dit, en Arabie Saoudite et en Iran sa femme a été obligé de porté le voile (et ne pas se baigner à la mer, etc. …) pour respecter les traditions, la religion de ces hôtes, chose qu’ils ont fait. Il m’a dit : les musulmans nous demandent de respecter leurs traditions chez eux et chez nous, il n’y a pas un peu d’arrogance ou de l’intolérance dans cette attitude?!

    J’avoue que sa remarque mérite un peu de réflexion …

  8. @ JeL,
    En langage savant on appelle cela l’ethnocentrisme !
    Et effectivement ça mérite réflexion…

  9. Cobab: il y a même eu des cas lors des cérémonies de naturalisation, où des naturalisées voilées (quelle horreur! – attention, ironie) s’étaient vues refuser l’accès.

    momo: au Maroc, c’est vraiment à la tête du client. J’ai vu des femmes voilées sur le passeport ou la CIN, et ai entendu de cas où le flic leur a demandé d’enlever le voile. Généralement, j’ai l’impression que ça ne pose pas ou plus problème.

    une marocaine: effectivement, c’est arbitraire, et ce qui est encore plus choquant c’est que la Cour EDH estime que la plainte est « manifestement » infondée. Femmes voilées, passez votre chemin, la Convention européenne des droits de l’homme n’est pas pour vous!

    Aïcha Q, JeL: cet argument est à la fois vrai et stupide. Effectivement, les Séoudiens n’ont guère à se plaindre de l’interdiction du voile en France, eux qui ne reconnaissent pas non plus la liberté de choisir aux femmes de leur territoire. Et de même, les Français ayant approuvé la loi d’interdiction du voile ne peuvent en aucun cas de plaindre de l’imposition du voile en Iran ou en Arabie séoudite.

    Mais nous autres, qui ne sommes ni Séoudiens, ni Iraniens et ni Français (encore qu’on puisse être Séoudien ou Iranien et contre le voile obligatoire et être Français et contre l’interdiction du voile à l’école), on fait quoi dans cette histoire? Et est-ce que l’autoritarisme et l’intolérance des régimes séoudien et iranien justifie celui de la République française vis-à-vis des voilées? Une intolérance en justifie-t-elle une autre?

    Sur le plan juridique, le raisonnement est encore plus foireux. Outre que s’aligner sur deux des pays les plus régressifs en matière de droits de l’homme n’est pas très cartésien, la liberté religieuse est un droit individuel (et qui peut être collectif) qui n’a pas vocation à être restreint en considération de violations de droits dans d’autres pays.

  10. Rectification :

    Je ne sais pas si elle parle de la C.I.N marocaine ou des photos pour le Visa :(

    En tout cas elle tient à son voile et c’est son droit le plus absolu

    http://7oroufi.hautetfort.com/archive/2008/04/25/touche-pas-a-mon-voile.html#comments

  11. @ IK,
    Apparemment, il n’y a pas que le consulat de France qu’il y a des zelés qui font dans l’arbitraire ! C’est que les voilées ne sont pas en odeur de sainteté « partout » !!!

    DETROIT – Barack Obama a présenté ses excuses personnelles à deux musulmanes de la région de Detroit à qui on a interdit de s’asseoir voilées sur l’estrade derrière le candidat démocrate à la présidentielle américaine lors d’un meeting au début de la semaine.

    Obama a publié un communiqué dans lequel il déclare « avoir contacté » les deux femmes, Shimaa Abdelfadeel et Hebba Aref.

    « J’ai parlé avec Melle Abdelfadeel et présenté mes excuses les plus sincères pour cet incident à l’initiative de volontaires lors de ce meeting à Detroit ». « Les actions de ces volontaires sont inacceptables et ne reflètent en rien les actions de ma campagne. Je suis profondément blessé et je continuerai à me battre contre toute discrimination visant un groupe religieux ou d’origine en particulier. Notre campagne vise à rassembler les gens et je sais gré à Mme Abdelfadeel d’avoir accepté nos excuses et j’espère que Melle Aref et quiconque s’est senti offensé accepteront également ces excuses ».

    Des collaborateurs du sénateur de l’Illinois ont précisé qu’Obama avait laissé un message à Melle Aref.

    Mercredi, Hebba Aref avait expliqué que les deux jeunes femmes avaient été invitées par des volontaires à s’asseoir derrière l’estrade lors d’un meeting de Barack Obama au stade Joe-Louis de Detroit. Mais, a ajouté Melle Aref, ces mêmes volontaires ont dit aux deux femmes que les femmes portant un hidjab, le foulard musulman traditionnel, ne pouvaient pas s’asseoir derrière l’estrade et devant les caméras de télévision. AP

  12. Avis aux admirateurs fanatiques d’Obama au Maroc…

    Obama vient de présenter ses excuses publiques aux intéressées: http://www.minorites.org/article.php?IDA=18703 .

  13. IK: Même pour les citoyens saoudiens ou iraniens vivant en France, est ce que l’intolérance du régime saoudien ou iranien justifie l’intolérance de l’état français vis à vis d’eux?
    j’en doute.. peut-on reprocher à un individu l’intolérance politique de son pays, surtout dans le cas d’une dictature (l’Arabie Saoudite)?

  14. Effectivement, c’est vrai, car les droits de l’homme ne sont pas soumis à une clause de réciprocité.

  15. Ayant souvent traîné mes guêtres au consulat de France à Marrakech, je peux témoigner que les femmes voilées mais dont le visage est découvert peuvent y entrer sans aucun problème, et sans qu’on leur demande de retirer leur voile.

    Et cela quotidiennement (oui, à un moment j’ai dû y passer cinq fois dans la semaine)

    Comment rapprocher ce jugement de mon expérience ?

    Peut être simplement en se souvenant que « le voile » recouvre des réalités variées, y compris et même au Maroc un niquab qui couvre entièrement le visage. Et que dans ce cas, il est effectivement impossible de vérifier l’identité de la personne. Il n’y a pas de mot spécifique en français pour « niquab ». Le mari n’argumente pas que le visage de son épouse était visible, et que le contrôle d’identité était donc faisable.

    On peut d’ailleurs souligner que même l’Arabie Saoudite, pourtant extrêmement respectueuse du voile, a introduit des mesures obligeant les femmes à se dévoiler pour prouver leur identité, et même à le faire devant un appareil photo pour avoir leur propre carte d’identité, le « document familial » étant désormais considéré comme insuffisant. Cette petite révolution au pays du wahabisme venant de la crainte d’actes terroristes commis par des hommes déguisés en femmes.

    Le dévoilement peut aussi être demandé aux frontières. Pusque la photo d’identité doit être « non voilée » (et ça dans tous les pays européens).
    Elle doit aussi être sans lunettes de soleil, et on peut y voir une discrimination à l’encontre des aveugles qui cherchent à dissimuler un visage un peu disgracieux du fait de leur handicap…
    La seule chose qu’on pourrait reprocher au consulat c’est de ne pas avoir installé à l’extérieur du consulat une guérite fermée, avec un prépossé féminin devant laquelle cette femme aurait pu enlever son voile.
    Sachant que cela se passait en 2002, donc à l’époque où le consulat était encore aux pieds de la Koutoubia, et avec à peine un mètre de troittoir complètement recouvert par une queue serrée, ça me parait un peu réaliste.

  16. Marie-Aude: la décision d’irrecevabilité ne précise pas s’il s’agit d’un hijab ou d’un niqab. En l’absence de précision, il faut prendre le mot voile dans son sens ordinaire, c’est-à-dire hijab. Le port du niqab aurait effectivement changé la donne du problème.

    Je l’ai déjà dit, mais je crois que la requérante a été victime d’une discrimination individualisée – je vois mal le consulat de France refuser l’entrée dans ses locaux à toutes les femmes voilées, mais elle s’est vue refuser l’entrée. Quand on veut noyer son chien…

    « On peut d’ailleurs souligner que même l’Arabie Saoudite, pourtant extrêmement respectueuse du voile, a introduit des mesures obligeant les femmes à se dévoiler pour prouver leur identité, et même à le faire devant un appareil photo pour avoir leur propre carte d’identité, le “document familial” étant désormais considéré comme insuffisant. Cette petite révolution au pays du wahabisme venant de la crainte d’actes terroristes commis par des hommes déguisés en femmes« .

    Tu veux dire que l’Arabie séoudite demanderait systématiquement aux femmes de se dévoiler sur les pièces et dans les contrôles d’identité? Tu me permettras d’en douter de la manière la plus catégorique possible, ou de te demander une source de première main – c’est-à-dire officielle – en la matière…

    « Le dévoilement peut aussi être demandé aux frontières. Pusque la photo d’identité doit être “non voilée” (et ça dans tous les pays européens) ».

    Il peut sans doute être demandé dans des cas spécifiques où la suspicion du policier des frontières est éveillée – et alors ce sera sans doute une collègue féminine qui vérifiera. Bcp de choses peuvent être demandées aux frontières, y compris le toucher rectal, mais la plupart d’entre elles sont exceptionnelles. J’ai voyagé plus que la moyenne de ou vers des destinations comportant un nombre important de femmes voilées, et n’ai jamais, même dans cette France hystérique dès qu’il s’agit du voile, assisté au « dévoilement » de passagères voilées – et j’ai pourtant voyagé desfois avec des passagers/passagères sortis droit de Peshawar…

  17. Le fait de refuser a cette dame d’entrer dans les locaux a cause du port du voile (Hijab) et non pas du port du Niqab, est une chose absurde. J’ai ete plusieurs fois au consulat de France a Marrakech, pendant des annees et des annees.. Et la, je peux vous dire exactement quel genre de scene avait pu se produire. La question est beqcoup plus simple que le voile, la securite d’ordre publique, la religion,… Il s’agit tout simplement, apres ce que j’ai temoigne a plusieurs reprises lors des longues heures d’attente; les fonctionaires du consulat francais a Marrakech qui se trouvent a l’exterieur, soit disons, ils controlent les documents et organisent les gens, ils traitent les gens comme des animaux,  » like shit ». Je n’exagere pas. Je peux vous garantir qu’ils l’ont refuse en 2002, probablement pour un motif du genre » bousculade dans le rang, dispute avec le monsieur qui fait entrer les gens. » Refuser pour motif de port de voile, NON. ma mere est voilee, on y va depuis plusieurs annees, personne ne lui a jamais demande d’enlever le voile pour identification, ni a elle ni aucune autre femme.
    Par contre, il y a une agent consulaire, qui se rode a l’exterieur et donne des ordres a ceux qui font entrer les gens, celle-ci, je me rapelle tres bien d’elle, elle est tres vilaine et grossiere, elle traite tres mal les gens et parle d’une facon tres mechante. Celle-ci, j’avais, une fois criee sur tout le monde et a menace de faire sortir les gens .qui etaient deja dans le rang a l’interieur, et fermer les portes et qu’il n’aura plus de visa pour personne ce jour la. et avait ajoute qu’ici est un terroire francais(le consulat)…..I was shocked! Sincerement, les comportements des fonctionaires du consulat de France a Marrakech vis-a vis des postulants,est tres tres humiliant. Donc, cette femme auquel on a refuse d’entrer a cause du voile, etait un faux pretexte pour lui tenir tete, c’est un motif personnel, ni plus ni moins. Ils sont tres racistes, I hate them!

  18. Depuis l’avènement des fameuses lois françaises, les religieuses chrétiennes sont obligées d’enlever leur voiles pour les photos d’identité, cela ne leur porte ni gène ni préjudice quelconque, je ne vois pas pourquoi une musulmane s’offusque de se voir refuser l’entrée d’un consulat pour cause de port de voile. Rappelons que le voile n’a jamais fait partie de la religion, il n’a rien à voir avec l’Islam contrairement à ce que certains veulent faire croire depuis des années, il n’est qu’une simple tradition en vigueur dans le monde entier (même en France au début du 20e siècle) rappelons aussi que l’obscurantisme iranien oblige les femmes à se couvrir alors qu’elles étaient parfaitement libres avant l’époque de Khomeini, à Kaboul aussi les femmes étaient libres de ne rien porter sur la tête. Il suffit que quelques intégristes répètent inlassablement une contre-vérité pour qu’elle finisse par être acceptée par la communauté. J’approuve l’attitude de l’employé du consulat de France. J’ajoute que je vis dans un pays musulman dont j’apprécie l’hospitalité et la douceur de vivre, hélas je constate que l’interpretation par certains d’une religion respectable conduit à des abus et à une hypocrisie regrettables.

  19. Le rapprochement spontané avec l’Iran de Khomeiny est fort à propos, puisque dans les deux pays, France laïque et Iran théocratique, le législateur impose aux femmes une tenue en accord avec l’idéologie d’Etat.

    Sur le fait de savoir si le voile est à motivation religieuse ou non, j’aurais par contre la courtoisie d’en laisser l’appréciation aux intéressées.

  20. Aain, J’aimerai porter a votre connaissance que le port de voile est une obligation religieuse pour les femmes musulmanes et non pas une tradition. Pour mieux comprendre une culture, un peuple ou une religion, il faut la bien connaitre. Pour bien connaitre le pourquoi des choses, il faut lire, chercher et savoir.
    Le port de voile est l’un des elements constitutifs de l’identite et de l’image de la femme musulmane.

  21. Bismi ALLAH
    je viens de découvrir ce blog qui concerne la situation de mon épouse au regard du consulat de France à Marrakech.Je tiens à remercier infiniment l’auteur de ce blog pour l’intérêt qu’il a eu pour cette affaire.De même je remercie tout les lecteurs de ce blog pour leurs compréhensions de ce problème.
    Je dois dire que mon épouse n’a jamais refusé d’enlever son voile pour être identifiée par une femme, d’autant plus que dans le service des visas il n’y avait que du personnel femme .
    Comme vous le savez le service consulaire a été nettoyé suite à ce problème et grâce à Allah

  22. Bismi ALLAH
    Je dois dire que je suis revenu avec mon épouse portant le voile intégral au Cosulat de France à Marrakech après cet événement et suite au remplacement de l’ancien Consul et son équipe, nous sommes rentrés sans problème et nous étions bien reçus.
    Merci à la nouvelle équipe du Consulat de France à Marrakech et qu’ALLAH guide tout le monde dans l’Islam et le respect des musulmans en tant qu’êtres humains comme tout le monde.

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