Le rapport du Rwanda sur le rôle de la France dans le génocide de 1994 – "On ne veut pas donner l’impression qu’on accorde trop d’importance à ce rapport"

Bravo à Radio France Internationale, radio publique sous contrôle gouvernemental français (et chaque lecteur du Canard Enchaîné sait que ce contrôle n’a pas grand chose à envier à celui exercé sur Al aoula ou 2M), qui publie sur son site le rapport officiel de la commission d’enquête du gouvernement rwandais sur le rôle du gouvernement français de l’époque dans le génocide des tutsis de 1994 (1). Pour ceux qui auraient vécu sur une autre planète depuis, le rôle de la France dans le soutien au régime génocidaire qui perpétra le génocide rwandais de 1994 est sur la place publique, et n’est pas seulement évoqué par le gouvernement rwandais, loin de là.

J’ai déjà effleuré cette question précédemment, et n’ai pas le temps de développer plus avant cette question maintenant, mais quelques remarques:

1. En 1994, la France était en cohabitation – Mitterrand (PS) président, Balladur (RPR) premier ministre, et des personnalités comme Alain Juppé (RPR, ministre des affaires étrangères), François Léotard (UDF, ministre de la défense) et Hubert Védrine (PS, secrétaire général de la présidence de la République) étaient profondément impliquées dans le dossier rwandais. D’où l’unanimité entre droite et gauche gouvernementale pour ne pas trop creuser le dossier – tant le PS que l’UMP (qui a absorbé l’UDF et le RPR) sont impliqués, et les personnalités qui l’étaient sont toujours présentes. D’où la réaction officielle et officieuse française:

Bernard Kouchner a refusé tout commentaire personnel. "On ne veut pas donner l’impression qu’on accorde trop d’importance à ce rapport et attiser la polémique", explique l’entourage du ministre. L’Elysée n’a fait aucune déclaration politique et renvoyait sur les spécialistes techniques du dossier. Seul le ministre de la défense, Hervé Morin, s’est exprimé, dénonçant sur Radio France Internationale, jeudi matin : "Un procès insupportable pour la mémoire des militaires français" qui "ont sauvé des milliers de vies humaines dans des conditions abominables". (Le Monde du 7 août 2008)

Entre parenthèses: on peut comprendre que Hervé Morin, actuel ministre de la défense, juge ces accusations de complicité de génocide insupportables: il était en 1994 membre du cabinet du ministre de la défense d’alors, François Léotard. On notera d’ailleurs que ce dernier, dont le rôle dans cette affaire en tant que ministre de la défense est assez exposé, signe des chroniques régulières dans Tribune Juive, qu’on n’aurait pu croire plus sourcilleux dans le choix de ses collaborateurs, surtout s’ils sont accusés – pas personnellement dans le cas de François Léotard, mais en tant que responsable ministériel de l’armée française – de complicité de génocide, surtout que ce magazine a consacré quelques articles quand même au génocide rwandais…

2. L’écho médiatique et politique de ce rapport est faible, et pas seulement en France – aucune réaction par exemple, à ce jour, de Human Rights Watch, d’Amnesty International ou de la FIDH, plus loquaces sur le Soudan. Pour la France, c’est comme l’écrit le blog du Monde diplomatique, "à Paris, en ce 5 août, les chaînes de télévision évoquent des faits divers avant de consacrer, en milieu de journal, quelques secondes aux questions soulevées sur la responsabilité de Paris dans le génocide de 1994". Comme l’écrit Colette Braeckman, éminente spécialiste belge de la région:

Les faits relatés dans le rapport publié à Kigali sont cependant d’une telle gravité et ils sont étayés par une telle quantité de témoignages précis que cette affaire mérite meilleur traitement que le mépris ou le déni. Une analyse indépendante devrait porter sur plusieurs points : outre la matérialité des faits elle devrait examiner le contexte politique dans lequel le réquisitoire a été publié, ainsi que les points d’ombre et les omissions du document.

3. La demande, formulée par le procureur de la Cour pénale internationale, d’émission d’un mandat d’arrêt à l’encontre du président soudanais en exercice, Omar Hassan Ahmad Al Bashir, pour crime de génocide qu’il est soupçonné d’avoir commis au Darfour, avait suscité de fortes réserves en Afrique et ailleurs, et pas vraiment quant au fond – il se trouve peu de gens pour défendre la politique gouvernementale soudanaise au Darfour – mais plutôt quant à la forme – les seules personnes poursuivies par le CPI sont africaines – à croire que le reste du monde ne se compose que de l’Islande, du Luxembourg et du Costa Rica, et que ni Irak, ni Afghanistan, ni Tchétchénie, ni Palestine et ni Colombie n’existent… Le rapport recommandant de saisir tant la justice internationale que les justices nationales, y compris européennes, on peut espérer que la justice internationale montrera qu’elle ne sert pas exclusivement à sanctionner slaves et africains…

Le rapport est relativement modéré dans ses recommandations, contrastant avec la gravité de son contenu factuel, en insistant pour que la voie judiciaire soit choisie pour traduire en justice les complices, français et autres, du génocide rwandais:

RECOMMANDATIONS
—————————-
A l’issue de son enquête, la Commission a trouvé que l’Etat français a joué une part active dans la préparation et l’exécution du génocide de 1994. Au regard de la gravité des faits mais aussi après avoir pris en considération le contexte général de la question et sa complexité, la Commission en conformité avec la loi qui l’institue formule les recommandations suivantes :
– La Commission demande au Gouvernement rwandais de se réserver le droit de porter plainte contre l’Etat français pour sa responsabilité dans la préparation et l’exécution du génocide de 1994 au Rwanda devant les instances judiciaires internationales habilitées.
– La Commission recommande au Gouvernement rwandais de trouver un règlement diplomatique de la question avec l’Etat français dans la mesure où ce dernier est prêt à reconnaître l’entière étendue de sa responsabilité dans la préparation et l’exécution du génocide au Rwanda et de prendre les mesures de réparation conséquentes en accord avec le Gouvernement rwandais.
– La Commission demande au Gouvernement rwandais de soutenir toute action individuelle ou collective de victimes qui souhaiteraient porter plainte devant les tribunaux pour le préjudice causé par les actions de l’Etat français et/ou ses agents au Rwanda.
– La Commission recommande au Gouvernement rwandais de faire une large diffusion du présent rapport.
– La Commission demande au Gouvernement rwandais de mettre en place une instance de suivi de la question.

Le mot de la fin:

la politique française au Rwanda a mené au précipice, et Paris ne voudra jamais le reconnaître officiellement (Le Vif/L’Express)

Quelques liens intéressants:
– sur le rôle de la France dans le génocide, l’indispensable livre – à charge – de Jean-Paul Goûteux, "La nuit rwandaise", et le très intéressant site éponyme qui l’héberge
– le rapport de la mission d’information sur le Rwanda de l’Assemblée nationale française – ne vous attendez pas à de la dynamite – il reconnaît des erreurs ponctuelles, mais aucune complicité;
– la très bonne page de présentation succincte de Radio Canada – le Canada s’est intéressé au génocide rwandais par le biais du général canadien Roméo Dallaire, commandant des casques bleus des Nations-Unies qui se retirèrent (!) du Rwanda au début du génocide;
– "La loi et la réalité – Les progrès de la réforme judiciaire au Rwanda": rapport récent et critique de Human Rights Watch;
– le rapport de la Commission indépendante de l’ONU sur les actions de l’ONU lors du génocide au Rwanda;
le site de la journaliste britannique Linda Melvern, auteure de "Conspiracy to Murder. The Rwandan Genocide";
le blog de Colette Braeckman, légendaire journaliste belge, éminente spécialiste de l’Afrique des Grands Lacs (Rwanda, Burundi, RDC);
le rapport de l’OUA sur le génocide au Rwanda;
le site du Tribunal pénal international pour le Rwanda;
le site de la Commission La Commission d’enquête citoyenne pour la vérité sur l’implication française dans le génocide des Tutsi;
des documents sur l’implication française dans le génocide rwandais sur le site de l’Association internationale de recherche sur les crimes contre l’humanité et les génocides (Aircrige);
la page du ministère français des affaires étrangères sur les relations franco-rwandaises

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23 Réponses

  1. Je crois que les francais auront beau se mettre la tete dans le sable, les accusations portees contre leur armee sont tres serieuses pour etre prises a la legeres.

    La question est de savoir, pourquoi la France aurait-il prete la main aux genocidaires? Est ce uniquement pour empecher le FPR -pro rwandais et donc pro americain- d’acceder au pouvoir? ou est ce qu’il y avit une autre raison non avouee?

    Cordialement

    Il y a une peiece du puzzlequi n’est pa claire, ce sont les reels motifs de cette "participation" ou au moins silence francais sur le genocide.

  2. Il y a les liens personnels et politiques forts entre le clan Mitterrand et le clan Habyarimana, mais également – ça m’avait marqué à l’époque, car je résidais en France – un syndrome de Fashoda à l’encontre des tutsis du FPR jugés anglophones (ce qui est vrai) et proches des Etats-Unis. Le FPR était dépeint comme une officine du State Department ayant pour seul but la fin de la francophonie au Rwanda – j’exégère à peine…

  3. Les français ont une responsabilité sûrement grande dans ce génocide. Mais, il y a aussi celle des USA qui avaient des forces stationnées à 30mn par hélico de Kigali et n’ont pas intervenu. Pareil pour l’ONU qui était au courant que quelque chose de très grave se tramait dans ce pays et n’a pas bougé. Pire encore quand le génocide a commencé, les bureaucrates de NY à leur tête le secrétaire général de l’époque Botros Botros Ghali a ordonné à la Minuar de se retirer car leur mandat n’était pas renouvelée.

    Quant à l’accueil réservé à ce rapport par les médias français ou autres, force est de constater que malgré le principe certes noble "tous les humains sont égaux", la réalité est tout autre. La vie d’un américain, suisse, italien ou autres ressortissants d’un pays dit développé vaut bp, énormément. Des pays sont envahis pour les venger ! Celle d’un africain, srilankais, malgache et bien d’autres est quantité négligeable. Mais, c’est d’abord de la responsabilité des dirigeants de ces pays de comprendre qu’il va de leur crédibilité et honneur d’accorder de la valeur à leurs citoyens.

    Et reste une question (qui pour moi est métaphysique) : pourquoi les africains foncent tête baissée dans des querelles et des guerres sans fin ?
    Il y a d’autres pays africains qui sont plongés dans des guerres civiles/ethniques où les ex-puissances coloniales ou nouvelles ne participent certainement pas de près et probablement pas de loin.

  4. Merci enormement IK pour le lien vers le rapport…j’ai vraiment cherché partout sans pouvoir le trouver….

    @une marocaine

    "pourquoi les africains foncent tête baissée dans des querelles et des guerres sans fin ?"

    pour exactement les memes raisons que les asiatiques, les europeens, les americains et les arabes…quelle soit economiques, politique, sociales, ecologique, elle ne sont pas specifique aux africains…et la question a se poser n’est surtout pas metaphysique….

    quand on parle d’autres conflits de part le monde on parle de conflits politique, de lutte de pouvoir, de sentiments nationalistes, d’alliances et d’interets….et quand c’est le cas de conflicts africains on pose a chaque fois des questions "metaphysiques"…et les reponses sont toujours essentialistes, culturalistes, ou toujours reductrice aux frictions ethniques ou tribales….

    il ne faut pas oublier que les deux principales guerres tribales europeenes du 20eme siecle ont fait plus de 112 millions de mort…

  5. une marocaine: "Et reste une question (qui pour moi est métaphysique) : pourquoi les africains foncent tête baissée dans des querelles et des guerres sans fin?" Tu penses à la Gambie, au Sénégal, au Burkina Faso, à Madagascar, au Swaziland, au Cap Vert, au Mali, au Niger, à la Zambie, à la Guinée, à la Tanzanie, au Kenya, au Malawi, au Lesotho, au Ghana, au Togo, au Bénin, à Sao Tomé & Principe, au Botswana et au Guinée Bissau?

    Amine: t’as rien compris, les guerres africaines sont tribales, les européennes sont quant à elles civilisées..

  6. Quelle est la responsabilité de la "siphilisation" dans ces guerres tribales africaines? That is the question…

  7. @ une marocaine

    N’oublions pas une chose, le Maroc fait aussi partie de l’ Afrique, chose que certains ont tendance a oublier, par pan-arabisme ou en raison du sentiment de prroximite ou de volonte de s’arrimer a une Europe de plus en plus fermee.

    Il n’y a pas si longtemps (1905) les Zemmours et les Zayanes se faisaient la guerre dans la plaine du Sais. Dans les annees 10 et 20 du siecle dernier, les tribus du Rif et les Jeballas se faisaient la guerre. Moulay Ali El Rissouli menait des rzzias partout dans le Nord du Maroc, avait meme menace Fez, et controlait la regions de Ksar El Kebir, Larache… et c’est fianalement Mohamed Ben Abdelkrim El Khattabi qui l’ a capture….

    Aujourd’hui sunnites et chiites se font la guerre en Irak, demain au Liban et apres demain peut etre a Bahrain, au Koweit ou en Arabie.

    L’Europe n’est pas en reste, apres 1870, il y a eu deux guerre mondiales et 60 millions de morts rien que pour la derniere. Les proetestants et les catholiques se sont fait la guerre des decennies en Irlande; dans l’ex Yougouslavie, il y a eu des morts par centaines de milliers….

    Tout cela pour dire que les guerres ethniques ne sont pas une specialite africaine du sud du Sahara.

    Cordialement

  8. @ IK,
    Je parle de toutes les guerres qui secouent le continent africain.

    Je ne savais pas qu’il y avait une hiérarche et de prestige SVP dans les guerres !!!

    @ amine
    Prends le cas de la Côte d’Ivoire son président, on ne sait quelle mouche la piquer ou peut être que si, a décrete qu’il faut dorénavant compter avec le principe d'"ivoirité" et bonjour les dégâts.

    Je me pose tout simplement la question car il est indéniable que les ex-puissances coloniales ont laissé des "mines" un peu partout en afrique à commencer par les tracés des frontières. Mais, cette réalité à elle-seule n’explique pas tout concernant les conflits/crises qui secouent l’Afrique de manière continue.

    Dans le génocide rwandais, la France a une responsabilité, la communauté internationale a failli à son devoir. Mais si les rwandais eux-mêmes ne se sont pas lancés dans ce génocide il aurait pas eu lieu. Il y a aussi une responsbailite interne.

    Tu parlais des raisons qui poussent les autres pays et les autres continents à se lancer dans des guerres, je constate juste que partout dans le monde des pays et des régions entières se lancent aussi dans des alliances économiques et politiques. Chose qu’on constate pas en Afrique et je ne parle meme pas des classements des insitutions internationales qui classe l Afrique tout en bas de la liste exception faite de l Afriaque du Sud et il y a des choses a dire sur la politique interne de ce pays. Bref ce continent regorge de ressources au sens large mais malgre cela il est a la traine.

  9. @ Chak;
    Je n oublie pas que le Maroc fait partie de l Afrique comment le pourrai-je. Je sais qu au Maroc par abus de langage on appelle “africains“ tous les subsahariens.

    Concernant le Maroc c est pas pour rien que la France a ete remercie pour sa “pacification“…

    —————————————————-
    Ma question ne cherchait pas a stigmatiser; apparemment c est ce qui a ete compris; l Afrique mais tout simplement a se demander pourquoi on ne va pas au dela de nos differences. Faut pas chercher plus loin.

  10. Aïcha Q: il y a deux travers à éviter – voir dans toute guerre en Afrique une guerre tribale, ou une conséquence de la colonisation – même si cette dernière a en Afrique une responsabilité écrasante dans les conflits frontaliers, lesdites frontières résultant quasi-exclusivement – la frontière algéro-marocaine échappe seulement partiellement à ce travers – de la colonisation.

    une marocaine: bon, j’avais essayé de te faire comprendre indirectement que ta vision globalisante – comme souvent d’ailleurs – n’était pas des plus pertinentes, en te citant le cas de pays africains qui ne sont pas en guerre, mais je vois que c’est raté.

    "Prends le cas de la Côte d’Ivoire son président, on ne sait quelle mouche la piquer ou peut être que si, a décrete qu’il faut dorénavant compter avec le principe d’”ivoirité” et bonjour les dégâts.": Les raisons du conflit ivoirien sont un peu plus complexes que ça, et ne sont en aucun cas le fruit d’une seule personne, même si je n’ai aucune sympathie pour Gbagbo – la notion d’ivoirité date des années Houphouët-Boigny (pas de lui cependant).

    Chak: hear, hear!

  11. @ IK,
    Comme je ne sais pas quand est ce que tu parles au 1er degré et quand est ce que tu parles au second (Cf. tes deux réponses dans le com 5) j’évite le plus possible d’interpréter.

    Quant à ce que tu appelles "ma vision globalisante", si tu veux qu’on détaille pays par pays pourquoi pas faisons-le. Reste que quel que soit l’indicateur hélas dépréciatif/péjoratif : nombre de guerre, de conflits, de famine, de coups d’Etat, d’anlaphabitisation, de gaspillage et la liste est longue, le continent africain, à mon plus grand dam, occupe une place de choix

  12. @ la marocaine

    tu oublies la corruption, la fainéantise, la fourberie, la non-entrée dans l’histoire, la trop forte reproduction engendrant des abus dans la distribution des allocations familiales, les voitures brûlées… euh non pardon, les deux derniers, c’est plutôt dans le 9-3!

  13. MDR ! Oui marocaine, il y a beaucoup de guerres chez les peuples de la foret :D

    Sinon, je vous propose de boycotter le tourisme en France !
    J’appelle de suite RSF.

  14. A mon avis, outre les effets de la contestable théorie de "l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation" énoncée par l’OUA au moment de sa création, ce qui se passe dans certains pays Africains en instabilité chronique, nous renseigne surtout sur l’échec de toutes les politiques économiques et sociales ….et sur la politique "tout court", poursuivies par les gouvernements de ces pays, depuis la fin de la colonisation.

    La colonisation "politique" de ces pays est certes finie, mais une nouvelle colonisation a pris le relais et elle est menée par les nouveaux dirigeants de ces pays.
    Dans ces pays là, la corruption et la ségrégation économique et social s’y exercent toujours mais cette fois par ceux qui, hier, avaient "libéré ces pays" …et ce contre leurs propres frères et cousins.

  15. @ Bint Foucault,
    "J’essaie de ne pas vivre en contradiction avec les idées que je ne défends pas"
    Pierre Desproges

  16. @ la marocaine

    cette expression ne m’évoque rien (c’est vrai que c’est "in" de citer Desproges, mais pas chez moi), et je n’ai aucune leçon à recevoir de quelqu’un qui pense que le Sénégal, le Mali… sont en guerre :)
    Pas grave, je mets ça sur le compte de la chaleur! (qui pourrait d’ailleurs constituer un élément de réponse à ta question "métaphysique")

  17. @ Bint Foucault,
    Décryptage :
    La citation de Pierre Desproges, si concise, résume ma pensée face à ton com. C’était pour répondre au fait que tu me fasses endosser le discours de Sarko écrit pas sa plume j’ai nommé "Henri Guiano" lors de sa visite à Dakar. Ses idées ne sont pas miennes, elles ne l’ont jamais été et ne le seront jamais.
    Fin du décryptage.

    Si cette phrase ne t’évoque rien, c’est dire…
    Comme je suis de très bonne humeur, en partie grâce à ton com, je vais continuer.

    1- je ne me permets jamais de donner de leçons à personne. Ce n’est pas dans mes habitudes. Au contraire, j’essaie tjrs d’apprendre des autres. Par ailleurs, j’ai tjrs aimé partager, on découvre tellement de choses.
    2- "quelqu’un qui pense que le Sénégal, le Mali… sont en guerre" :) )))))))))))))))))))))))))))))))))))))))
    Tu m’as fait penser à une scène que j’ai vécue il y a à peu près 15 ans. J’ai été chez ma meilleure copine. Il y avait sa maman, sa soeur ainée et son frère cadet. Je ne me rappelle plus ce que son frère avait dit à sa soeur. Celle-ci a penché la tête vers sa maman et lui a demandé de vérifier si elle avait quelque chose sur la tête. Sa maman lui a répondu, après vérification, "non ma fille tu n’as rien". Et la soeur continuait d’insister. Sa maman avait beau chercher elle ne trouvait rien. Ma copine et moi ne comprenions pas ce qui l’avait pris. La maman est restée ferme "en dehors de tes cheveux qui n’ont rien de spécial aujourd’hui je te confirme que tu n’as rien". Ladite soeur a fini par lâcher un long soupir de soulagement et d’enchainer "tu me rassures maman je n’ai pas de cornes qui m’ont poussé sur la tête" !!!!!!!!!!!!!!!!! Ma copine et moi qui avaient suivi la scène avec perplexité avons éclaté de rire.
    Ben tu sais quoi, ma soeur a vérifié ma tête à l’instant, on est jamais sûr de rien dans la vie, elle aussi est ferme dans sa réponse "je n’ai rien sur la tête en dehors des cheveux qui ont perdu de densité" (mais ça je le savais déjà). Et pour les espritts tordus je rajoute que récemment j’ai fait un bilan de santé et les radios n’ont rien révélé sous la peau !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
    Cf. la réponse que j’ai faite à IK.
    3- A Paris, il fait pas si chaud que cela.

    Il y a juste quelques minutes, j’ai vu la rediffusion d’un reportage de l’émission "grand angle" consacré aux marocains qui avaient été chassés de l’Algérie suite à la marche verte. Ben tu vois c’est ce genre de décision politique très très connes qui me chagrinent pour l’Afrique car ils engendrent de véritables drames humains. Mais, j’avais remarqué que mes propos te passent par dessus la tête ou à côté des oreilles ! A défaut, d’apprendre quelque chose dans mes échanges avec toi (en dehors de lancer des phrases qui se veulent ironiques et stigmatiser des catégories entières de personnes tout en étant de fière de le faire) je n’ai pas encore lu quelque chose de consistant ou du moins qui tient la route, tu me rappelles de bons souvenirs. C’est déjà ça.
    En tout cas, la force de ton imagination et ta capacité d’interprétation m’impressionnent.

  18. @Bint Faucout, ma voilée préférée
    Tu peux rappeler le traitement réservé par la France aux Français résidents en Algérie après la décolonisation et d’autres événements en Europe, URSS, Russe mnt, Balkans, amérique du sud et même au sein des états-unis, mais laisse tomber :)

    Tu sais que j’ai entendu ta théorie de la chaleur dans la bouche d’un prof consultant lors d’une présentation de commerce internationale. Et l’audience était sensée être d’un certain niveau…mais bon déjà on m’a toléré moi, alors faut repasser pour le niveau du prof ! :D

  19. @ 7didane

    yep!

    cette théorie, je l’ai aussi entendue chez un historien (orientaliste) de ma fac… et MDR ta phrase sur les "peuples de la forêt" :D

    Sinon, je ne me mesure pas aux "rofi3a l’qalam"… c’est pas très "sport" vois-tu!
    Et puis j’ai trop de respect pour l’hôte de ces lieux, donc je m’abstiens!

  20. http://tunisie-harakati.mylivepage.com

    Un rapport qui risque de déranger la France, une affaire qui gêne en haut lieu. Chacun son fardeau, celui du comité de défense de madame Sameh Harakati, c’est de veiller à sa libération rapide.

    http://tunisie-harakati.mylivepage.com

  21. La France au Rwanda, une aventure qui a mal
    tourné * ?

    Après des survivants du génocide des Tutsi, des officiels rwandais, des étrangers qui vivaient au Rwanda, des ONG françaises et étrangères, des chercheurs français et étrangers, des journalistes français et étrangers, des militaires belges, des militaires de la Minuar, etc. la commission Mucyo vient de rendre un rapport accusant également la France d’avoir une part de responsabilité dans le génocide des Tutsi. Cette commission, c’est la nouveauté, utilise largement le témoignage de repentis tueurs interahamwe ou d’anciens militaires rwandais des ex-FAR, génocidaires ou pas.
    "Le ministre français de la Défense, Hervé Morin, a dénoncé jeudi le procès “absolument insupportable" fait aux militaires français, accusés par un rapport rwandais de participation directe au génocide de 1994. "En tant que ministre de la Défense, je n’accepterai pas qu’on dise n’importe quoi sur les militaires français". "J’ai encore en mémoire ce qu’ont pu faire les militaires pour sauver des vies humaines par centaines et par milliers dans des conditions abominables (…) J’ai le souvenir de ce qu’ont fait les Français pour protéger et éviter le drame d’être encore plus lourd", a-t-il ajouté."(JDD, 7 août 2008).

    C’est la réaction habituelle. Tout bon professeur de communication l’enseigne. Dans le cas du Rwanda, les exemples de ce type sont nombreux.

    En octobre 1990, les militaires français ont été envoyés officiellement au Rwanda pour protéger ses ressortissants. “Cette troupe n’a pas d’autre mission que celle-là, et cette mission remplie, bien entendu, elle rentrera en France “ disait François Mitterrand, le 15 octobre 1990 (cité par David Ambrosetti, La France au Rwanda, un discours de légitimation morale, p.80).

    Les 600 ressortissants français qui vivaient au Rwanda au début des années 1990 ont eu pendant trois ans, la meilleure protection du monde, la plus chère aussi. Un peu moins de 1000 soldats français d’élite veillaient sur eux. Aujourd’hui cette affirmation ridicule, semble irréelle, pourtant c’était exactement le discours officiel des dirigeants français de l’époque.

    "Lors d’un colloque organisé par le CERI (Centre d’Études et de Recherche Internationale), le général Quesnot chef de l’état-major particulier de François Mitterrand a nié qu’il y ait eu des contrôles d’identité par des militaires français au Rwanda" (Jean-François Bayart, directeur de recherche au CNRS).

    Après l’attaque du FPR, le 8 février 1993, l’armée française prend le contrôle de Kigali. Du 22 février au 28 mars 1993, une nouvelle opération militaire voit le jour "l’opération Chimère" . Les militaires français du détachement Noroît prennent le contrôle de tous les accès vers Kigali. On peut lire dans “l’ordre d’opération no 3 du 2 mars 1993” du Colonel Dominique Delort, que “les règles de comportement sur les “check-points” prévoient la remise de tout suspect, armement ou document saisis à la disposition de la Gendarmerie rwandaise.” (Rapport de la Mission d’information sur le Rwanda, p.166). Le rapport Mucyo, revient sur ces contrôles, et rapporte plusieurs cas de disparition de rwandais remis à la disposition de la gendarmerie rwandaise par des militaires français, ils ont vraisemblablement été exécutés par les gendarmes rwandais. Ces accusations sont très graves. Elles sont très graves, mais vérifiables. La France est un pays démocratique qui respecte les conventions de Genève. L’armée française a bien entendu, conservé les identités des Rwandais que ses militaires ont livrés à la gendarmerie rwandaise, ceci afin de vérifier que les conventions de Genève ou la convention de New York contre la torture étaient bien respectées. Il faudrait donc qu’une commission enquête auprès de l’armée française pour savoir ce que sont devenus ces “suspects”.

    "La présence militaire française n’est intervenue en rien, à travers les missions qui étaient les siennes, dans la formation des miliciens. […] Le Colonel Jean-Jacques Maurin a confirmé de façon la plus catégorique que jamais au cours des réunions d’état-major auxquelles il avait assisté il n’avait fait allusion devant lui à un équipement de milices. Il s’est même trouvé un officier français pour indiquer : qu’on connaissait l’existence de milices interahamwe mais qu’on ne savait pas précisément ce qu’elles faisaient. Il a relevé le "caractère familial" des milices qui n’étaient pas exclusivement composées de voyous ou de délinquants." (Rapport de la mission d’information sur le Rwanda, p.352-353)

    Encore une fois, les militaires français nient l’évidence, n’hésitant pas à désavouer leur collègue, le sous-officier du GIGN Thierry Prungneault (lire son témoignage dans mon message du 5 août ). Dans son livre, "Aucun témoin ne doit survivre " (p.143), l’ONG Human Right Watch nous dit que des diplomates étrangers basés à Kigali ont été témoins de ces entraînements, dans le parc de l’Akagera, près de Gabiro. Le rapport Mucyo donne aujourd’hui des noms, des dates, des lieux. Il suffirait de vérifier.

    Lors du dépôt des premières plaintes de survivants du génocide contre des militaires français, Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la défense, déclara le 9 décembre 2005 “qu’il est inadmissible que les militaires français puissent être accusés de cette façon et de choses qui la plupart du temps sont farfelues.”

    Les soldats français étaient près d’un millier, entre 1990 et 1993, essentiellement dans et autour du gros village qu’était Kigali, puis 2500 lors de l’opération Turquoise. Ils étaient considérés par leurs collègues militaires rwandais comme des sauveurs auxquels on ne pouvait rien refuser, ces mêmes militaires qui opprimaient devant eux les Tutsi, et en particulier les femmes Tutsi. Les forces françaises seraient donc les seules forces étrangères au monde à n’avoir pas commis de viols en période de guerre ?

    Le pseudo journaliste* Pierre Péan, dans le but avoué de faire taire les nombreuses accusations contre les soldats français, a été obligé de révéler un cas de viol avec actes de barbarie commis au Rwanda fin 1992 ou début 1993. Il évoque le cas d’une jeune rwandaise qui a eu le malheur de croiser la route d’un camion de l’armée française à Kigali. "Deux [militaires français] l’ont violée puis lui ont "travaillé" le sexe à la baïonnette sans que les autres militaires interviennent. Puis l’ont laissée, nue, sur le bord de la route. La jeune fille a été emmenée à l’hôpital de Kigali”. (Noires fureurs, blancs menteurs, page 207, en Post-scriptum !) Péan pour prouver que l’ordre régnait au sein du contingent français, nous dit que les militaires français ont été immédiatement sanctionnés : leur hiérarchie les a renvoyés en France. D’après Péan, aucune poursuite pénale n’a été ordonnée contre ces violeurs, leurs collègues qui ont laissé faire ou leurs supérieurs hiérarchiques. Si cette histoire est vraie, nous serions en présence d’un cas avéré de violation de l’article 4.2)e) du Protocole additionnel II aux Conventions de Genève, lequel proscrit "les atteintes à la dignité de la personne, notamment les traitements humiliants et dégradants, le viol, la contrainte à la prostitution et tout attentat à la pudeur." Anto Furundzija commandant local d’une unité spéciale de la police en Bosnie-Herzégovine, a été condamné à dix ans de prison par le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie dont huit pour ce seul motif. Tous les militaires français ne sont pas des violeurs, loin de là, raison de plus pour punir conformément au droit, les criminels qui salissent en son sein l’honneur de l’armée française.

    L’armée française n’est pas entièrement responsable de ses actions au Rwanda. Elle a reçu des ordres des responsables politiques de l’époque et elle les a accomplis. Officieusement, ces ordres étaient clairs – empêcher le FPR de prendre le pouvoir – même si cela devait passer par le soutien actif à un régime politico-militaire qui a organisé un génocide contre les Tutsi du Rwanda. Le soutien inconditionnel de la France au régime Habyarimana a-t-il stoppé net le 7 avril 1994 ? Ou bien a-t-il été également suivi d’un soutien au gouvernement intérimaire de Jean Kambanda*** pendant le génocide ? Un gouvernement composé dans les locaux de l’ambassade de France au Rwanda, en présence de l’ambassadeur Jean-Michel Marlaud, le 8 avril 1994.

    Alors procès "absolument insupportable" ?

    Je ne peux pas mieux dire que Rémy Ourdan (grand reporter au Monde, auteur d’une excellente série d’articles en 1998, sur le génocide des Tutsi, intitulée au "pays des âmes mortes"):

    “Paris ne peut pas rejeter ces récits sans enquêter en profondeur et sans répondre point par point à chacune des centaines d’accusations. L’enjeu est d’établir avec exactitude les responsabilités dans le dernier génocide du XXe siècle. La France, qui tient et qui a contribué à ce que la lumière se fasse sur le génocide des juifs d’Europe durant la seconde guerre mondiale, ne peut pas refuser de se confronter aux effroyables récits rwandais, au motif que ses dirigeants étaient, disent-ils, animés de louables intentions, et qu’une aventure africaine a mal tourné. “ (Le Monde, 6 août 2008)

    * Rémy Ourdan (Le Monde, 6 août 2008)

    **Pierre Péan avoue lui-même qu’il n’est jamais allé au Rwanda. Aucun journaliste digne de ce nom n’aurait osé écrire un livre sur un pays et sur un génocide, sans s’être rendu une seule fois au moins dans ce pays, et sans n’avoir jamais rencontré une seule victime de ce génocide.

    ***Jean Kambanda qui a plaidé coupable de génocide a été condamné à la prison à vie par le TPIR.

    http://kagatama.blogspot.com/2008/08/la-france-au-rwanda-une-aventure-qui.html

  22. [...] son comparse Dieudonné) s’agissant du génocide juif ou de Pierre Péan s’agissant du génocide tutsi. Herman a ainsi monté le Srebrenica Research Group, entièrement consacré à la négation du [...]

  23. @ Kagatama : c’est du copier/coller ! mais merci quand même car ça m’a aidé :-)

    Est-ce que quelqu’un saurait : Quels sont les acteurs et les enjeux du conflit rwandais ?

    Merci !

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