Abbas watch: "la démocratie au Maroc en est arrivée à un point de non-retour"

Merci à Najlae, qui m’a fait découvrir un grand moment de philosophie politique, avec l’entretien d’Abbas el Fassi accordé à Jeune Afrique. Passée la difficulté de parodier ce qui est en soi une auto-parodie, voici néanmoins quelques morceaux choisis, outre celui relevé par Najlae:

Pourquoi dès lors a-t-il fallu un mois de tractations et de conciliabules pour former ce gouvernement ?
Il n’y a rien eu de tel. Sa Majesté m’avait dit : « Pas plus de trente ministres. » Au bout de vingt-quatre heures, l’organigramme était prêt. Sans doute a-t-on voulu attendre, pour annoncer le gouvernement, les décisions délibératives des partis de la future coalition et l’ouverture du Parlement. Pour le reste, je le répète : tout est passé par moi. Les instructions du roi en ce sens étaient claires et ceux qui ont voulu me court-circuiter se sont heurtés à un mur.

"Tout est passé par moi" – sauf les ministères dits de souveraineté, concept qui n’a aucune base constitutionnelle:

Un an après votre nomination, ne faites-vous pas le constat quotidien de la singularité – et de la difficulté – d’être le Premier ministre d’un roi qui règne mais qui gouverne aussi ?
Non. Pour une raison très simple. Sa Majesté respecte à la lettre la Constitution, et particulièrement ce qui concerne les prérogatives du Premier ministre, pour lesquelles nous nous sommes battus lorsque nous étions dans l’opposition. Je jouis donc de tous les attributs constitutionnels de ma fonction. Bien entendu, le Maroc n’est pas l’Angleterre. Le roi préside le Conseil des ministres, lequel avalise ou peut émettre des réserves à propos des décisions du Conseil de gouvernement, que je dirige chaque semaine. Je constate avec satisfaction que jamais Sa Majesté n’a renvoyé un seul texte adopté en Conseil de gouvernement, ce qui pourtant entre dans ses prérogatives.
Bien entendu, comme cela se passe en France ou aux États-Unis, par exemple, le souverain a ce que l’on appelle le domaine réservé, plus particulièrement la diplomatie, la défense, la sécurité et les affaires religieuses. Je n’en suis pas tenu à l’écart pour autant. J’y suis associé et demeure toujours informé des grandes décisions.

Toujours informé des grandes décisions, comme chaque lecteur attentif de la presse nationale en somme…

Le hasard faisant bien les choses, Abbas dit n’avoir eu aucune objection à l’encontre des ministres "du Palais", et présente les prérogatives constitutionnelles du Premier quant à la formation de son gouvernement comme une simple courtoisie:

(…) En réalité, même lors du choix des ministres de souveraineté, le roi a eu la courtoisie de me consulter et de recueillir mon avis.

Si vous aviez exprimé une réticence concernant tel ou tel de ces « ministres du Palais », le roi vous aurait-il suivi ?
Je le pense, mais le cas ne s’est pas présenté.

Ca tombe bien, car ses objections contre la composition du gouvernement ont un poids relatif – il n’a ainsi pas pu imposer au Roi la création d’un poste de secrétaire d’Etat à la jeunesse:

Dès le départ pourtant, on a dit : « C’est le roi qui a formé votre gouvernement »…
Faux. La Constitution stipule que le roi nomme les ministres sur proposition du Premier ministre, et c’est exactement ce qui s’est passé. Prenons le cas de mon parti, l’Istiqlal. Sa Majesté a entériné à la fois les portefeuilles et l’identité des détenteurs que nous lui avons proposés. Tous, sauf un. Je souhaitais, pour des raisons d’efficacité politique, la création d’un secrétariat d’État à la Jeunesse rattaché au ministère de la Jeunesse et des Sports, confié à Nawal el-Moutawakil. Cette option n’a pas été retenue.

L’illusioniste est la première victime de ses illusions:

Jouez-vous un rôle dans les affaires extérieures du Maroc ?
Assurément. J’ai représenté Sa Majesté dans divers sommets, et, tout récemment, le souverain m’a chargé de recevoir la secrétaire d’État américaine, Condoleezza Rice, lors de sa visite à Rabat. Rassurez-vous : je ne me sens nullement marginalisé. Le roi tient à ce que tous les chefs d’État qui viennent au Maroc reçoivent son Premier ministre. Qu’il s’agisse du président Sarkozy, du roi Abdallah II de Jordanie…

S’il n’est pas marginalisé donc, ce n’est pas en raison de son rôle intrinsèque dans la formulation de la politique étrangère marocaine, mais parce que "le Roi tient à ce que tous les chefs d’État qui viennent au Maroc reçoivent son Premier ministre".

Sinon, il est lucide: "Sa Majesté est seule maîtresse de son agenda", y compris lorsque cet agenda touche le Conseil des ministres.

Le Conseil des ministres, présidé par le roi, ne s’est tenu cette année qu’en juillet. Six mois sans décision exécutive, n’est-ce pas gênant ?
Ni le gouvernement ni le Parlement n’ont chômé. Pour le reste, Sa Majesté est seule maîtresse de son agenda. Je pense maintenant que le Parlement aura suffisamment de projets et de propositions de lois pour légiférer pendant les deux prochaines sessions.

Sa lucidité sur le pouvoir royal englobe également la constitution du gouvernement – il donne au passage un certificat de bonne vie et moeurs au PJD:

Autre congrès, réussi celui-là, celui des islamistes du Parti de la justice et du développement [PJD]. C’est aussi votre opinion ?
Oui. Le PJD est un parti démocratique dont l’islam est la référence essentielle, mais non exclusive. C’est devenu un parti comparable aux autres, qui respecte la Constitution et la légalité.

Le PJD peut-il être un parti de gouvernement ?
Je le crois, oui.

Vous ne verriez donc pas d’obstacle à gouverner avec des ministres islamistes ?
Personnellement, je ne vois pas d’obstacle de principe. J’ajoute que Sa Majesté a évidemment le dernier mot tant sur le choix des membres du gouvernement que sur la constitution de la coalition gouvernementale. Et puis, il faudrait aussi une délibération de la Koutla et des autres composantes de la majorité.

Par contre, il semble fâché avec les chiffres, en prétendant que l’Istiqlal aurait 270.000 adhérents (à titre comparatif, deux fois plus que le PS français, beaucoup plus que le Labour britannique), soit un ratio d’un adhérent pour deux électeurs (l’Istiqlal a obtenu 494.256 voix dans le scrutin pour les listes locales, et 480.561 dans le scrutin pour la liste nationale), alors que le ratio équivalent pour le PS francçais en 2007 était d’environ un adhérent pour trente/quarante électeurs:

L’Istiqlal, c’est combien de divisions ?
L’Istiqlal est le premier parti du Maroc. Nous avons 270 000 adhérents. Le deuxième parti a 60 000 membres [l’USFP, NDLR].

Et Abbas El Fassi nous fait le récit des masses de militants qui le supplient de se représenter à la tête du parti au prochain congrès alors même que les statuts l’en empêchent:

(…) Certes, je vois que la grande majorité des militants et des différentes instances du parti souhaite que je continue à diriger l’Istiqlal. Mais une chose est sûre : je ne ferai pas campagne.

Que vous disent les militants ?
Ils ont beaucoup de mal à admettre que le secrétaire général qui, pour la première fois depuis cinquante ans, a fait accéder leur parti à la primature ne soit pas réélu sous prétexte que les statuts l’interdisent. À leurs yeux, ce serait une sanction et un désaveu incompréhensibles. C’est leur raisonnement, il n’est pas moins respectable qu’un autre.

Ne pas faire campagne, voilà là le type de promesse qu’on aimerait voir plus souvent dans la bouche des dirigeants de partis…

Mais il revient vite aux fondamentaux de la vie politique marocaine:

Comment qualifier votre relation avec le roi ?
Excellente, fluide, empreinte de respect mutuel. Je fais tout pour être à la hauteur de la confiance royale, comme je fais tout pour être à l’écoute du Parlement. Les échanges téléphoniques entre le roi et moi sont réguliers et il arrive qu’il me reçoive.

Quels conseillers du Palais voyez-vous le plus souvent ?
Abdelaziz Meziane Belfqih, Mohamed Moatassim, Zoulikha Nasri…

Mohammed VI est-il un souverain communicatif ?
Tout à fait. J’ai d’ailleurs toujours en poche un téléphone avec un numéro spécial, qui lui permet de m’appeler à tout moment.

On relèvera là deux circonstances inouïes, inconnues des pays de l’hémisphère nord: il arrive que le chef de l’Etat reçoive le premier ministre, et ce dernier à un téléphone mobile qui permet au premier de l’appeler à tout moment. Si après ça des islamo-gacuhistes prétendent que la démocratie au Maroc en est arrivée à un point de non-retour, c’est à en désespérer de la nature humaine…

Cerise sur le couscous, le dossier social:

Vous avez promis d’être un Premier ministre social. Êtes-vous satisfait de votre bilan en ce domaine ?
Oui. Comment ne pas l’être …

Mais à chaque fois qu’on se croit arrivé au sommet, ba Abbas explose le zénith et défonce le summum:

Vous avez manifestement une relation difficile avec la plupart des médias marocains. Vous l’avez dit vous-même : « Je n’ai pas eu d’état de grâce. » En dehors de la presse istiqlalienne, les journaux ne vous ménagent pas. Pourquoi ?
Je ne sais pas. Je cherche. Peut-être y a-t-il, du côté des organes proches de l’opposition, d’une certaine gauche, une sorte de rancœur historique ou idéologique à l’encontre de mon parti. Peut-être aussi que ma personnalité et ma réussite dérangent ceux qui n’ont pas eu le même parcours que moi.

Et ça continue:

Premier ministre, c’est le couronnement de votre carrière ?
Évidemment. Mais je dois ajouter que je ne l’ai pas cherché. Je ne suis que le produit de la logique démocratique et de la volonté du roi.

Faut-il vous croire ?
Absolument. Tous les postes que j’ai occupés, bâtonnier de l’ordre des avocats de Rabat, ministre, ambassadeur, à nouveau ministre, secrétaire général, Premier ministre, me sont arrivés sans que je les aie demandés : c’est mon destin, et je rends grâce à Dieu.

S’il était logique que le roi choisisse son Premier ministre dans les rangs du parti sorti vainqueur des législatives, il n’était pas obligé de vous choisir vous.
Cette idée selon laquelle un autre Istiqlalien que le secrétaire général pouvait être désigné à la primature n’a existé que dans certains journaux. Je suis travailleur, pour la justice, et certains auraient sans doute préféré quelqu’un d’hésitant et de mollement consensuel. Un journal a même titré : « Tout sauf lui. » Heureusement, ce ne sont pas ces journalistes qui dirigent le Maroc ou nomment les Premiers ministres et les ministres.

Sa carrière, son destin? Le nôtre aussi, hélas…

Et pour clore ce feu d’artifice:

Comment se déroule une journée de travail ordinaire d’Abbas El Fassi ?
Je suis au bureau à 9 h 30. J’y travaille jusqu’à 13 h 30. Je déjeune chez moi, je me repose un peu, puis je retourne à la primature jusqu’à 19 heures. Après le dîner, je signe des parapheurs à la maison, puis je réfléchis sur ce qui va et ne va pas au Maroc. Je note mes pensées sur un petit carnet, tel dossier à ne pas oublier, tel cas à résoudre, et je prépare la journée du lendemain. Je ne me couche pas avant minuit, parfois minuit et demi. En août, j’ai pris cinq jours de vacances sur les dix jours prévus. Vous voyez, je n’arrête pas.

J’ai fait mes comptes: il arrive au boulot à 9.30, rentre bouffer et roupiller à 13.30, repart au boulot sans doute vers 15.00, et rentre chez lui vers 19.00. Ca doit faire en gros 7h30 de travail par jour – allez, disons huit heures si on y inclut sa réflexion et son petit carnet. Je connais des secrétaires à la primature qui ont des journées de travail plus longues…

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23 Réponses

  1. J’ai lu l’interview dans sa totalité,je me suis amusé a découvrir notre PM plus cool,plus sportif; fière de son bilan, marrant :)

    mais le JA n’ont pas eu le courage de lui posé la fameuse question ::

    A quoi sert Abass ?

    faites un exercice de style et proposez des réponses !!

    ma réponse a moi eh bien il sait faire un bon Café :d

  2. M. Elfassi n’arrête pas de battre les records de débilité et de bêtise, il n’a aucune dignité ni morale ni même éthique, toutes ses réponses me font miroité l’image du Maroc des années 80 et 90, lorsque la classe politique était divisée en deux, les lèches-culs et les disparus, vous pouvez bien sur deviner quel camp aurait choisi M Abbas, il incarne à lui seul toutes les contradictions de l’idéologie hassanienne, en somme c’est un pur produit des 50 dernières années au Maroc.

    cela me rappelle une phrase que j’ai lu quelques part sur le net : "les cons osent tous, c’est à cela qu’on les reconnait."

  3. Tu as eu le courage de rendre compte de cet interview de misère !

    Moi j’ai pas pu tellement y avait à dire et redire. Je suis paresseux :D

    On vit dans une époque sandala. Faut avoir le visage mqazdar et pas peur du ridicule pour percer : et c’est le cas sur tous les continent.

    Sauf que Abibss discute brillamment le titre du plus ridicule déclaration au plus grands politiques du monde !

  4. @agharass
    il sait
    -pleurer pendant le congrés du parti istiqlal.
    -arnaquer 30000 jeunes sans trembler du menton (comme dirait Dieudonné).
    -faire de la concurrence à notre chère "moulay" Moustapha el Alaoui.
    -occuper le poste de ministre d’état chargé de …. (personne ne sait).
    -encore faire de la concurrence à Moustapha el Alaoui.
    -développer une mutation génétique qui se manifeste par l’apparition d’une membrane en bois au lieu de la langue.
    -donner des interviews à des médias "peu connues" pour leur complaisance avec les officiels marocains.
    -être fier d’un bilan qui ne lui appartient pas.
    -et enfin … vous avez devinez … faire de la concurrence à notre chère "moulay" Moustapha el Alaoui.

  5. @ el jebli : wawwwwwwwwwwwwwwwww très inspiré toi :)))) ne prend pas mon tutoiement pour un manque de respect ;)
    avec tout ça il doit être très fort le PM :))))

    @ 7didane : chasse tes abeilles et rejoins le clan des vipères :) je sais pas mais t’es devenue trop sensible !!! l’amour est passé par là :)

  6. Citoyen marocain avait consacré un billet à cette interview :
    http://poliquonautemarocain.blogspot.com/

    Sinon, c’est qui déjà Abbas El Fassi ?!

    PS : celui qui me fait le plus marrer quand il parle de Abbas Al Fassi (kaye berrede li al 9aleb :D ) c’est Khalid Jamai.

  7. Une journée de travail ordinaire d’Abbas El Fassi importe peu. Ce que je veut savoir moi, c’est les horaires de travail du roi.

  8. L’interview a sans doute été spécialement concoctée à l’occasion de la réception de Abbas, pour la deuxième fois consécutive en 3 mois, par le Roitelet du Swaziland, Mswati III ! Sérieusement, à l’occasion du premier anniversaire de Abbas à la Primature (comme on dit au Royaume chérifien) ! Un an déjà…depuis le grand fiasco des législatives du 7 septembre 2007…Ah, comme le temps passe vite au Royaume enchanté ! Il faut dire aussi que la date du 7 septembre tombe pile poil avec les célébrations du Roitelet Mswati III pour son 40e anniversaire et les quarante ans de l’indépendance du Swaziland.

    Elle est étrange, quand même, cette sortie médiatique d’un 1er Ministre soi-disant issu d’un parti qui se réclame « nationaliste » et qui se dit « panarabiste », dans un magazine étranger pour parler de la politique intérieure du Royaume chérifien…mais finalement pas si étranger que cela puisqu’il s’agit de « Jeune Afrique »…

    Tout le monde sait que ce magazine est partiellement financé par certains Etats africains, dont le Royaume chérifien est un de ses principaux contributeurs, non seulement en finances mais aussi en chroniques ! Les rédacteurs de ce magazine sont tout le temps mobilisés pour des numéros spéciaux accommodés sur commande…Il n’y a pas de honte à dire cela puisque tous les journaux et les magazines d’infos de l’Hexagone font de même ces derniers temps…En plus, la maison de Béchi Ben Yahmed appartient à tout le monde…aux Africains, aux Nord-Africains…et à Ben Ali le Tunisien, n’est-ce pas ?

    En tout cas, ce magazine est la principale référence des chefs d’Etat africains et autres cercles du pouvoir africain en matière de politique internationale et de diplomatie africaine…

    Voici ce que dit F. Soudan sur son blog à propos de cette interview :

    Paroles de PM

    Par François Soudan, jeudi 18 septembre 2008

    Drôle de semaine, qui m’a permis de croiser, le temps de deux grandes interviews que vous lirez sous peu dans JA, deux Premiers ministres africains aux antipodes l’un de l’autre.

    Le premier est marocain, il a 68 ans et s’appelle Abbas El Fassi. Vu le soir chez lui, après la rupture du jeûne, pour une longue conversation à laquelle assistent son Directeur de cabinet et l’un de ses ministres.

    Depuis un an, « Si Abbas » est l’homme le plus critiqué du royaume. Incompétence, absence de pouvoirs, santé fragile, manque de charisme : tout y passe et cela ressemble parfois à du lynchage. D’une voix douce, sans boire ni bouger pendant deux heures, il se défend pied à pied, mot à mot. Secrétaire général de l’Istiqlal, le premier et le plus vieux parti du Maroc, il s’arcboute sur le passé et il a le cuir épais.

    Non, il ne démissionnera pas. D’ailleurs, au Maroc, un Premier ministre ne démissionne pas. Il ne lit plus les journaux, ne voit plus les journalistes et n’accorde plus d’interviews.

    Autisme ? Courage ? Obstination en tout cas, courage et conviction intime d’être la victime d’une injustice, d’un délit de faciès politique, d’un complot auquel seul le roi ne prend pas part.

    La suite sur le blog de Soudan :

    http://soudan.blog.jeuneafrique.com/index.php/2008/09/18/44-paroles-de-pm

  9. Voici maintenant la dépêche de l’Afp du 7 septembre 2008 relatant les festivités du roi du Swaziland :

    Le roi du Swaziland promet d’améliorer le sort de ses sujets pour les 40 ans d’indépendance

    SWAZILAND – 7 septembre 2008 – AFP

    Le roi du Swaziland Mswati III, dernier monarque absolu d’Afrique, a promis samedi des jours meilleurs à son pays, ravagé par la pauvreté et le sida, lors de célébrations pour son 40e anniversaire et les quarante ans de l’indépendance.

    "Aujourd’hui, nous disons à ce monde en désarroi que nous sommes une nation heureuse en dépit des défis", a déclaré Mswati III, roi d’un pays qui souffre de la famine et d’une économie stagnante dans une région en pleine croissance.

    "Nous célébrons la paix, l’unité et la stabilité de ces 40 dernières années", a-t-il affirmé. "Je suis certain que nous allons relancer l’économie et améliorer le niveau de vie dans les années à venir."

    Ses treize épouses et la reine-mère avaient fait avant lui une entrée resplendissante dans le stade de Mbabane, explosant des jaunes, bleus, rouges noirs et blancs du drapeau swazi.

    Debout dans une BMW de luxe au toit ouvrant, le monarque portant le traditionnel couvre-chef de plumes rouges, emblème de ses fonctions, avait suivi, accueilli par 15.000 invités au cri de "Bayethe" (Vive le roi), tandis que la limousine accomplissait un tour de triomphe.

    Le président contesté du Zimbabwe, Robert Mugabe, lui même salué par une ovation de la foule, mais aussi nombre de chefs d’Etat d’Afrique et d’ailleurs, dont ceux du Rwanda, Tanzanie, Madagascar, Botswana, Ouganda, Malawi, Namibie et Taiwan, figuraient parmi les hôtes d’honneur.

    Le coût de ces célébrations, évalué à plus de 100 millions d’emalangeni (8,7 millions d’euros, 12,8 millions de dollars) a réveillé la colère d’une nation dont les deux tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté et où la faim endémique est aggravée par des années de sécheresse.

    Rares sont ceux parmi les 1,14 million de Swazis qui considèrent l’indépendance de l’ancienne colonie britannique en 1968 comme une date digne de célébrations.

    "Il n’y a rien à célébrer, l’indépendance est seulement un transfert du pouvoir d’un dirigeant colonial à une autocratie traditionnelle", soulignait cette semaine Mario Masuku, leader du Mouvement démocratique populaire (Pudemo, opposition).

    "La résistance du roi à autoriser le changement démocratique et son style de vie extravagant ont ramené le pays des décennies en arrière", avait-il ajouté.

    Le "Lion de la nation", classé parmi les 15 plus grosses fortunes des têtes couronnées dans le monde, selon le magazine Forbes, a importé pour l’occasion des dizaines de BMW et affrété un avion pour huit de ses 13 femmes, parties renouveler leurs garde-robes en Asie et au Moyen-Orient.

    Ce coûteux shopping a provoqué la colère de plus de 1.500 femmes, qui ont exceptionnellement manifesté dans les rues de Mbabane. L’argent aurait pu être utilisé pour acheter des médicaments anti-rétroviraux, soulignent-elles. 40% de la population du pays est séropositive ou malade du sida, soit le plus fort taux de prévalence du monde.

    D’autres manifestations ont précédé les festivités, à quelques semaines d’élections législatives prévues le 19 septembre, dont doit émerger un nouveau gouvernement.

    Les partis politiques sont interdits dans le petit royaume enclavé entre l’Afrique du Sud et le Mozambique, et chaque candidat se présente individuellement. Le roi, qui a succédé en 1982 à son père Sobhuza mort à l’âge de 83 ans, nomme le Premier ministre.

    "Aujourd’hui est un jour triste", constatait un habitant de Mbabane sous couvert de l’anonymat. "Ils ne devraient pas impliquer toute la nation dans une telle gabegie des ressources de l’Etat".

  10. 9h30? Sûr?
    Franchement, ce monsieur doit être conseillé, parce que là, son interview de A à Z n’est pas du tout, mais alors là du tout à son avantage.
    "à chaque fois qu’on se croit arrivé au sommet, ba Abbas explose le zénith et défonce le summum". et ce,sur tous les sujets. ain’t it sad? :(

  11. Citoyen, guess what? notre premier ministre l’aurait rencontré à NY pr l’AG des NU…

  12. Najlae,

    Yes…Yes…

    C’est la ©MAP-Tous droits réservés qui le dit:

    Le Premier ministre offre un dîner en l’honneur des délégations présentes à l’AG de l’ONU

    New York (Nations Unies) 26/09/08- Le Premier ministre, M. Abbas El Fassi a offert, jeudi à New York, un dîner en l’honneur des délégations participant au débat annuel de la 63ème session de l’Assemblée Générale de l’ONU.

    Plusieurs chefs de délégations d’Afrique, d’Europe, d’Amérique et d’Asie ont pris part à ce dîner qui a conclu une journée d’intenses activités diplomatiques.

    Le Premier ministre, indique-t-on, a eu auparavant une série de rencontres bilatérales avec les chefs de délégations axées sur les moyens de promouvoir davantage les relations bilatérales, les dossiers d’intérêt communs, aux plans régional et international, ainsi que sur l’évolution de la question du Sahara.

    M. El Fassi s’est, notamment, entretenu avec les Présidents du Burkina Faso, M. Blaise Compaore, dont le pays assure la présidence du Conseil de sécurité, du Cap Vert, M. Pedro Pires et d’Argentine, Mme Christina Kirchner ainsi qu’avec le Premier ministre de la République de Guinée, M. Ahmed Tidiane Souaré…

    Le Premier ministre, Abbas El Fassi s’est entretenu, mardi au siège des Nations unies à New York, avec le Roi Mswati III du Swaziland…

    Ces entretiens se sont déroulés en présence, notamment de son neveu, ministre des Affaires étrangères et de la coopération, M. Taib Fassi Fihri.

  13. Je trouve son interview bien cohérente !
    Ah critiquomanie quand tu nous tiens… !!!

  14. la MAP a dit que ct son neveu????

  15. Tu parles…la Map n’osera jamais manquer de respect aux grandes familles du Makhzen…surtout à celles issues de l’Istiqlal, le plus grand parti du Maroc donc et de ces familles qui fournissent depuis des siècles l’essentiel de l’élite et le plus gros contingent des cadres du Makhzen !

    Ils ont dit…des élections libres et transparentes et la méthodologie démocratique ! Au pays du Makhzen, la famille El Fassi est le plus grand parti politique et la méthodologie démocratique est faite des alliances familiales. Voici la réalité…Les nominations sont plus le fait d’un lobbying familial que de l’appartenance partisane ou militantisme, compétence, mérite !!! Croire aux urnes et à la démocratie ou croire qu’il existe une multitude de voies d’accès au pouvoir, une diversité de recrutement social des élites, est une pure illusion. Ceux qui contrôlent le Makhzen et qui administrent les grandes entreprises du pays, appartiennent tous à une poignée de familles qui ne dépasse pas la centaine…Les alliances familiales sont de vrais investissements politiques au pays du Makhzn. Ce jeu des alliances familiales favorise depuis l’indépendance le maintien d’une poignée de familles au Pouvoir selon différentes étiquettes politiques…

    Aujourd’hui tout le monde est au courant que le gouvernement du Makhzen est l’unique au monde qui compte le plus de membres issus de la même famille…Le secrétaire général actuel de l’Istiqlal, le 1er Ministre Abbas El Fassi, n’est autre que le cousin et gendre de Si Allal El Fassi, fondateur et président du parti. Le 1er Ministre Abbas El Fassi dont la fille est mariée à son ministre des affaires économiques, Nizar Baraka, petit-fils de Allal El Fassi. Le neveu de Abbas El Fassi, Mounir Chraïbi, est, lui, wali de Marrakech et l’autre Chraïbi Mohamed Rochdi est chef du Cabinet royal de Mohamed VI. Les El Fassi sont également des cousins de Taïeb Fassi Fihri, ministre délégué aux Affaires étrangères et à la Coopération et frère d’Othmane Fassi Fihri, Directeur Général de la société nationale des autoroutes du Maroc et frère de Ali Fassi Fihri, directeur général de l’ONEP. Ce dernier est le mari de Yasmina Badou, actuelle ministre de la santé, fille de Mohamed Badou qui était membre du comité exécutif du parti…

  16. J’ai lu aussi sur JA
    C’est d’une tristesse, affligeant, mais surtout triste.

  17. Citoyen,
    Je pense que Baddou et Fassi-Fihri ne sont plus mariés.

  18. Bonjour Najlae,

    Ah bon…! Depuis quand ?

    Pour de plus amples infos sur le sujet, je te conseille la thèse : « Le Commandeur des croyants. La monarchie marocaine et son élite » de John Waterbury (1975), mais aussi le bouquin très intéressant de Ali Benhaddou : « Maroc : les élites du Royaume » dans lequel il révèle que «sur 339 hommes de pouvoir âgés de 30 à 70 ans et représentant 50 familles les plus riches du Maroc, 17 % sont mariés avec leurs cousines parallèles. 69 % d’entre eux ont contracté un mariage communautaire, une forme déguisée de l’endogamie parentale.» .

  19. Je plongerai dans les bouquins cet hiver, merci.

  20. J’ai beau fouiller cette page, je trouve rien pour contacter Kafka.

    Anyway, voici quelque chose d’interessant pour un prochain billet:

    D’abord, y’a ca:

    http://www.npr.org/templates/story/story.php?storyId=95076174

    Juste apres, cela (coincidence?):

    http://www.daytondailynews.com/n/content/oh/story/news/local/2008/09/27/ddn092608evacweb.html?cxtype=rss&cxsvc=7&cxcat=16

    Et en regardant de plus pres, les gars de NPR trouvent ce qui suit:

    http://www.npr.org/blogs/secretmoney/2008/09/new_details_emerge_about_radic.html

  21. Tiens Benchemsi, le petit fils de la grande famille Boucetta (M’hamed Boucetta étant l’ancien chef de l’Istiqlal), consacre un dossier dans son dernier numéro 345 à « La toile des grandes familles tissée autour du Makhzen » :

    http://www.telquel-online.com/345/couverture_345.shtml

    Certes, le dossier est intéressant et sans concessions…mais les auteurs s’efforcent, quand même à l’ère de l’Obamania au XXI siècle, à justifier l’historique des statuts de certaines familles ou à trouver des excuses pour certaines alliances matrimoniales des familles dites « fassies » !

  22. [...] plus lointain. Les élites sont indispensables au pays …Mais quand une société se trouve avec des élites qui ne sont pas en phase avec la réalité ou qu’elles sont rongées par l’autoritarisme, le clientélisme et la corruption, il faut [...]

  23. [...] Efter att ha lusläst en intervju med premiärminister Abbas El Fassi i Jeune Afrique 2008 räknade Ibn Kafka ut att en normal arbetsdag för denne var sju och en halv timme och avslutade med kommentaren: [...]

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