Mountadhar al Ziadi, ou la signification de la chaussure dans la culture arabe

Des milliers de gens l’ont déjà commenté, mais on ne s’en lasse pas, n’est-ce pas?

D’une autre perspective:

En tout cas, il m’a été impossible de ne pas penser à Angry Arab et sa longue série sur le rôle de la chaussure dans la culture arabe. Rappelez-vous son irritation – impossible de l’ire un article sur l’Irak ou la Palestine sans y lire que frapper quelqu’un avec sa chaussure est considéré comme une insulte dans la culture arabe:

To throw the shoe, or not to throw the shoe: a cultural dilemma. Don’t you love it when Western reporters explain to their readers differences between their culture and Arab culture? I don’t know about you, but I really love it. Here is from the New York Times: "During the argument, heated words were exchanged and shoes were thrown, a severe insult in the Arab world." So throwing a shoe at somebody is a "severe insult in the Arab world" but not anywhere else? How exotic. Tell me more, o culture experts of the New York Times. So today, I wanted to test this theory. So I got out of my house with a bag of shoes: I started throwing them, shoe by shoe, at my neighbor, aiming at the face. My neighbor laughed, and could only say nice things to me as a good neighbor. He then explained: you see, o Arab neighbor, in our American culture, throwing a shoe at somebody is not an insult at all. In fact, it is taken as a sign of affection. I returned back to my house, having learned about American culture, what I knew not before. Thanks to you, New York Times (and your intelligent and culturally informed reporters).

C’est à se demander s’il n’a pas commandité le geste de Mountadhar al Ziadi (qui a une page sur Facebook). Comme l’a écrit Jews sans frontières:

But today was the day for which Angry Arab has been preparing himself for for at least three years. And finally, it happened!!!

L’essentialisme et son jumeau l’exotisme (le cliché sur la chaussure en est un) sont le refuge des partisans du moindre effort intellectuel: qu’un Arabe jette des chaussures au visage de quelqu’un et c’est un trait distinctif de la culture arabe (bizarrement, quand un Etatsunien lance des chaussures au visage de Richard Perle, c’est un acte individuel); qu’un Arabe jette des chaussures au visage de quelqu’un et c’est là une manifestation de mépris particulièrement insultante dans la culture arabe (comme le dit As’ad Abu Khalil, dans la culture étatsunienne c’est un signe d’affection – ne ricanez pas, une bloggeuse l’a pris au sérieux), contrairement aux autres cultures; qu’un Arabe jette des chaussures au visage de quelqu’un et c’est là le reflet de siècles d’autoritarisme, qui vient aux petits Arabes par le lait maternel.L’action individuelle d’un Arabe est toujours le reflet d’un culture, quasi-génétique et immuable, et non la résultante de circonstances personnelles, de facteurs sociaux, économiques ou politiques. Ca n’a rien de nouveau: déjà, sous la colonisation, la résistance d’un Moha ou Hamou était mise sur le compte de la xénophobie (!) (oui, le fait pour un Marocain de résister à l’occupation française de son pays était considéré comme xénophobe) ou du fanatisme, et pas sur le réflexe nationaliste bien naturel que de vouloir chasser un envahisseur armé.

Je me rappelle d’un cours de présentation en public, où le formateur, un Suédois, avait eu des contacts professionnels avec des pays du Golfe, qui disait que les Arabes ne levaient jamais la voix et parlaient tous doucement (sans doute son interlocuteur arabe d’alors était-il peu volubile -il représentait dès lors 200 millions d’Arabes car, n’est-ce pas, l’individu n’existe pas chez ces gens-là) -il n’a jamais pris la navette Casa-Rabat celui-là. Et un instructeur lors de mon service militaire qui disait que les musulmans n’avaient pas peur de la mort…

Pour en revenir à l’héros de l’année, les Etats-Unis tentent de retourner cette manifestation brute de rejet et d’hostilité, saluée comme telle dans tout le monde arabe, en en faisant un signe de liberté – la liberté résidant dans le fait que Mountadhar al Ziadi n’ait pas été décapité mais simplement présenté devant un juge irakien. "Voilà la liberté" s’est ainsi exclamé le consul général étatsunien à Québec, rappelant le fameux "stuff happens" de Rumsfeld après les pillages massifs à Bagdad en 2005.

Au moins, il sera impossible de parler de l’invasion étatsunienne de l’Irak sans évoquer ce fait d’arme symbolique qui a fait autant pour illustrer la résistance irakienne que tous les IED – pour vous dire, même RSF demande la clémence pour Muntadhar al Zaidi, qui risque 7 ans de prison pour offense à chef d’Etat étranger…

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17 Réponses

  1. Je vais peut être sonner faux, mais peu m’importe : franchement, je n’ai aucune sympathie pour le journaliste Ziadi, qui me parait avant tout un sacré "show-off" avide de glaner un quart d’heure de gloire. Et je ne vois vraiment pas en quoi son geste sert la cause irakienne, si ce n’est déclencher les éructations débiles de "spécialistes de la culture arabe" sur la chaussure et autre émotivité supposée des Arabes, comme tu les critiques si bien, IK. Ce lancer de chaussures est juste un révélateur parmi d’autres de la colère irakienne, et il ne mérite d’être analysé qu’en tant que tel.

    Je suis cependant contre son emprisonnement, considérant qu’eu égard aux circonstances, et notamment à la personne visée (Bush), cela ne vaut pas sept ans de la vie d’un être humain…

  2. Ça a une signification universelle de traiter quelqu’un de chien en lui balançant des chaussures sur la tronche que ce soit chez les Arabes, chez les Blacks, chez les jaunes ou chez la race suprême des Blancs-donneurs-de-leçons.
    Mais ça a une quand même une symbolique particulière cet «attentat» à la godasse, perpétré par un journaliste – dont la vocation n’est pas de balancer ses pompes, mais d’écrire-, à la face de l’ex-crétin-alcoolique de la Maison Blanche, responsable de crimes contre l’humanité, venu se pavaner dans un pays qu’il a ravagé et réduit à feu et à sang.
    Cet épisode n’est pas sans me rappeler cette fameuse histoire : Lorsque le pacha d’Alger Husseïn Dey après une offense publique a touché le bras du consul Deval avec son éventail, l’anecdote a embrasé la France et depuis rempli les livres d’histoire, sous le nom le « coup de l’éventail » servant même de prétexte à la guerre.
    Moralité, puisqu’il faut une morale (essentialistes comme l’aiment certains !!!!) : Qui rentre en guerre pour un coup d’éventail accepte d’en sortir avec un coup de savate.

  3. Dans la même ligne que la chaussure, il y a l’aversion particulière de l’arabe (j’adore le singulier!) aux chiens. On me l’a demandé l’autre jour au déjeuner, et j’ai failli m’étrangler de rage.. bon, il faut que je me calme un peu..
    By the way, je me pose une question: si un espagnol traite le président de "cabrón", on l’aurait traduit par "grand bouc" ou par "salaud" ?

  4. Spy Jones: et alors, s’il a cherché son quart d’heure de gloire il l’a mérité. Essaie de lancer une chaussure à la tête du Roi ou de Sarkozy, et tu auras de la chance si tu n’est pas abattu d’une dizaine de balles par les gardes du corps. C’est par ailleurs un geste symbolique très puissant – se présenter comme libérateur de l’Irak, voilà une chose que Bush ne pourra jamais faire sans se voir rappeler qu’aucun Français n’avait lancé de chaussure à la face d’Eisenhower en 1944.

    La cause irakienne, desservie? Les éructations débiles, on n’y a droit de toutes façons: si ce n’est pas la chaussure et sa signification dans la psyché arabe, c’est autre chose. Mais le monde entier aura désormais symboliquement, plus encore que mille attentats ou cent mille pamphlets de dénonciation, retenu l’appréciation faite part les Irakiens eux-mêmes de la bienfaisante colonisation étatsunienne.

    Aïcha Q: d’autant que Ziari l’a ridiculisé, ce qui est in infiniment plus fort que n’importe quel attentat. Si une image devait définir la calamiteuse et criminelle présidence Bush, ce sera celle-là, plus encore peut-être que le 11 septembre.

    Lhaj: bien vu, et quand un Français traite Sarkozy de pauvre c…, on ne traduit pas non plus littéralement cette expression, qui pourrait alors faire réfléchir des occidentalistes à deux balles sur l’obsession sexuelle qui habite la culture française (je préviens les mal-comprenants qui me feraient l’honneur de me lire que c’est censé être ironique).

  5. comme je l’ai dit chez une bloggeuse
    Buch sort grandit à mes yeux
    car l’esquive est somptueuse, même Mohamed Ali ne l’aurait pas fait…
    Dommage avec une sandala taa lmika, le vitesse sera grande et plus "affective".
    salut l’artiste

  6. Le mythe: non.. une sandala taa lmika est plus légère, aura donc moins d’énergie cinétique, ce qui se traduit par une résistance de l’air sera plus effective ;-)

  7. Le geste de Montather Al-Zeidi valait le coup….même si cela ne constitue hélas qu’une bien maigre consolation pour les innocentes victimes de l’invasion US de l’Irak.

    Oh bien sûr, Montather Al-Zeidi, aurait pu se contenter de poser à GWB quelques questions même virulentes….
    Celui ci (GWB) aurait probablement esquivé les réponses et, dans tous les cas, ces questions seraient vraisemblablement passées inaperçues…dans le monde

    Mais Montather Al-Zeidi qui est d’abord irakien avant d’être journaliste, a choisi le moyen qui lui convenait pour exprimer sa colère et partant celle de tout son peuple contre les guerres américaines dans son pays.

    Car, ce qui est formidable , c’est que, à l’exception des "collabos" (Nouri El Maliki et consorts), tout le peuple Irakien est fier de "son" journaliste" …et ce sans aucune distinction d’ordre religieuse ou quoi que ce soit de ce genre.

  8. http://bougnoulosophe.blogspot.com/2008/12/flying-chaussure.html

  9. C’est probablement la seule arme de destruction massive qu’on aurait pu trouver en Irak. Finalement l’invasion est amplement justifiée.
    On va devoir se déchausser maintenant pour s’exprimer ‘librement’!

  10. Dans quelques semaines, on l’aura oublié et il rejoindra la liste des journalistes arabes emprisonnés, torturés ou tués pour les affronts qu’ils auront commis envers nos civilisateurs. Il n’y a rien d’héroique à ce qu’il a fait, s’il avait réfléchi 2 secondes il se serait rendu compte qu’il se mettait dans la m*** pour des gens qui le regarderaient juste comme une bande de vaches. Et si son geste n’a d’autre symbolique que d’exprimer sa propre opinion, c’est encore plus stupide: 10 secondes de plaisir, 7 ans de torture.

  11. Pour ma part, je ne suis pas près de l’oublier…

    http://bougnoulosophe.blogspot.com/2008/12/un-orientalisme-de-la-chaussure.html

  12. Oublié? Je suis certain que non. Rv dans dix ans.

  13. "Tu dis, tu meurs ! Tu ne dis pas, tu meurs ! Alors dis et meurs!!!

  14. @Shaheen: Le destin du gars a declenche un tumulte au parlement Iraquien aujourd’hui. Il est loin d’etre oublie.

    Le geste en lui meme n’est peut etre pas heroique (en tout cas, pas plus que le collegue qui l’a neutralise). Mais il est difficile de ne pas voir la une vindication de tout les frustres opposant l’interventionisme Americain.

    Son geste exprime bien plus que "sa propre opinion". Il est charge en symbolisme. C’est l’eternel combat de l’opprese face a l’oppresseur, et l’ingenuite et resilience dont il fera toujours preuve.

  15. une manifestation de l’hospitalité irakienne… bush a été reçu en grandes pompes

  16. Cette attaque aux chaussures m’a laissé hilare . C’est vraiment grandiose et mieux que tous les attentats à l’explosif faits à ce jour.

    Pour l’obessession sexuelle dans la culture française au delà du fait que tu ironises il y a du véridique dedans. Parmi les choses qui m’avaient marqué en venant en France fut cette manière de mettre le sexe à "toutes les sauces" surtout dans l’humour et dans la télé. Groaland on est un parfait exemple. Le langage de tous les jours y bp imprégné aussi.
    Faudra-t-il en chercher une quelconque signification ? je n’en sais rien. Mais, le constat est là.

  17. Hugo Chavez : Muntazir Az-Zaydi est un homme courageux

    Le frère du journaliste irakien qui a lapidé le président américain George W. Bush avec ses chaussures et l’a traité de chien, a déclaré que son frère a ses bras et ses côtes brisées ainsi que des blessures aux yeux mais il n’a pas précisé si les fractures ont été causées par les gardes au moment de contrôler le journaliste au cours de la conférence de presse ou non.

    Le président vénézuélien Hugo Chavez a, quand à lui, décrit le journaliste d’homme courageux ; Chavez a rajouté être satisfait que les chaussures n’ont pas atteints Bush mais il a précisé que de larges sourires illuminent son visages quand il regarde la vidéo de l’incident qui a été présentée au cours de la réunion du Conseil des ministres vénézuélien.

    Des organismes internationaux de droits de l’homme et de presse ont appelé à la solidarité avec le journaliste et à exercer des pressions sur le Gouvernement iraquien pour qu’il libère immédiatement le journaliste, d’abandonner toute accusation contre lui et de ne pas le livrer à l’administration américaine.

    http://www.aljazeera.net/NR/exeres/690310D7-51A2-41FB-A175-34678C4CA784.htm

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