Srebrenica? Pourquoi Srebrenica?

Dans Le Figaro, Serge Klarsfeld, ex-chasseur de nazis et militant émérite du souvenir du génocide juif, accessoirement père d’Arno, s’exprime sur la déliquescence du camp d’extermination d’Auschwitz, en Pologne. Devenu musée en plein air, les baraques et chambres à gaz menacent ruine, et Klarsfeld réclame une aide financière de l’Union européenne pour financer les travaux de réhabilitation du camp, la Pologne ne pouvant assumer seule cet effort. Jusqu’ici, rien de très exceptionnel, et on aurait du mal à ne pas partager ce souci de maintien en état d’un lieu d’histoire.

Là où j’ai tiqué c’est ce passage suivant:

Ne pensez-vous pas qu’il vaudrait mieux mettre de l’argent ailleurs que dans la restauration de ce lieu de mort ?

Faut-il arrêter de jouer des tragédies pour ne regarder que des comédies ? On n’a qu’à mettre Eschyle, Sophocle et Racine à la poubelle et ne jouer que «Bienvenue chez les Ch’tis» ! On ne peut pas faire des comédies sur tout ! Et l’histoire avance à coups de tragédies. Je suppose qu’à Srebrenica, on ne fait pas du camping sur la fosse commune non plus!

Pourquoi mêler Srebrenica, ce génocide dont les victimes furent exclusivement musulmanes, à cette cause? Et pourquoi le faire d’une façon qui laisserait entendre, vu la question posée ("Ne pensez-vous pas qu’il vaudrait mieux mettre de l’argent ailleurs que dans la restauration de ce lieu de mort ?"), que Srebrenica serait privilégiée par rapport à Auschwitz? Privilégiée, Srebrenica? Vraiment?

Pendant que le Maroc fait du zèle anti-iranien…

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Larbi l’a relevé, la diplomatie marocaine semble désormais plus zélée à accourir au secours d’Israël et de Bahraïn que de sa propre intégrité territoriale, le tout dans une incohérence assez prononcée. La récente mini-crise entre l’Iran et Bahreïn a fait suite aux déclarations certes inacceptables d’un officiel iranien – Ali Akbar Natiq Nouri, connu au Maroc, ex-président du parlement iranien et conseiller du Guide suprême,  l’ayatollah Ali Khameneï – selon lesquelles Bahraïn serait la quatorzième province iranienne – précisons que si la dynastie régnante de Bahraïn est sunnite, la majorité de Bahraïnis est chiite. Tous les pays arabes ou presque ont fort justement réagi à cette déclaration, indéniablement provocatrice comme l’a souligne Abdelbari el Atwan, le célèbre rédacteur en chef d’Al Qods al Arabi.

La crise semble passagère, l’Iran officiel s’étant démarqué des propos de Natiq Nouri: Ahmedinejad a adressé un courrier personnel à l’émir bahraïni Hamad bin Isa al-Khalifa, le ministre de l’intérieur iranien a réitéré les assurances de Téhéran quant à l’importance de bonnes relations avec Bahraïn (tout en rappelant l’existence d’un litige frontalier avec les Emirats arabes unis au sujet de trois îles dans le Golfe occupées par l’Iran en 1971, sous le Shah), le ministre des affaires étrangères iranien, Manouchehr Mottaki, a rencontré son homologue bahraïni Sheikh Khaled bin Ahmed Al-Khalifa pour insister sur la nécessité d’améliorer les rapports bilatéraux, Ali Larijani – secrétaire du Conseil national de sécurité iranien – a qualifié la déclaration de son compatriote d’irresponsable,et enfin Mahmoud Ahmedinejad lui-même a assuré le ministre des affaires étrangères bahraïni de la volonté de Téhéran d’améliorer les relations bilatérales, qualifiées d’amicales et fraternelles. Une conférence de presse commune a été tenue à cette occasion à Téhéran, avec déclarations lénifiantes en abondance – les deux ministres des affaires étrangères ont déclaré l’affaire close.

Mais elle ne l’est pas encore pour le Maroc: le Maroc a sorti l’artillerie lourde – message personnel du Roi à l’émir du Bahraïn, exprimant la solidarité absolue du Maroc avec Bahraïn, convocation de l’ambassadeur marocain à Téhéran par le ministre iranien des affaires étranngères, puis convocation logique au MAEC de l’ambassadeur iranien à Rabat – mais après, c’est l’escalade – l’ambassadeur marocain en Iran a été rappelé à Rabat pour consultations, le 25 février, le jour même où le ministre bahraïni des affaires étrangères Sheikh Khaled bin Ahmad al-Khalifa et l’émir de Bahraïn parlaient tous deux d’un renforcement des relations avec l’Iran…

Sur le fond, le Maroc a absolument raison d’être intraitable sur le principe de l’intégrité territoriale, pour des raisons tellement évidentes qu’il est inutile de s’y attarder. Mais sa manière de manifester son attachement à ce principe est particulièrement maladroite dans son suivisme.

Alors que Bahraïn et Iran ont surmonté le cap et que les missions et visites de haut niveau se multiplient entre les deux pays – il est vrai que Bahraïn dépend grandement du gaz naturel iranien – le Maroc, plus chiite que l’ayatollah Khomeiny, se retrouve avec une relation déteriorée avec l’Iran, pays qui émerge de plus en plus comme étant le pivot du Golfe au même titre que l’Arabie séoudite. Ca n’a rien d’un hasard: on se rappelle le "complot sioniste-khomeiniste" dénoncé par feu Hassan II au lendemain des émeutes de 1984, le glacis instauré par Téhéran qui reprochait au Maroc d’avoir accueilli le Shah lors de son périple d’exil, et qui en rétorsion décida de reconnaître le Polisario, et le soutien marocain – comme de tous les pays arabes sauf la Syrie – à l’Irak dans sa guerre d’agression contre l’Iran. La mort de Khomeiny allait notablement améliorer les relations: s’il ne semble pas possible de savoir si l’Iran est revenu sur sa reconnaissance du Polisario, les visites de haut niveau se sont succédées entre les deux pays, déjà dans les années 90. Mais la dépendance marocaine vis-à-vis des Etats-Unis et de l’Arabie séoudite d’une part, et l’exacerbation de la rhétorique anti-iranienne à Washington, Tel Aviv et Riyad d’autre part, ont amené le Maroc à durcir son approche.

On notera que cette tentative maladroite étatsuno-israëlo-séoudienne de mobiliser l’opinion sunnite arabe contre les chiites en général et l’Iran et le Hezbollah en particulier est un fiasco spectaculaire – à preuve un récent sondage de WorldPublicOpinion.org, portant notamment sur la position de l’opinion au sein de plusieurs pays musulmans au sujet de la présence de bases militaires étatsuniennes dans le Golfe persique, dont le but déclaré serait bien évidemment de "protéger" les pays de la région contre la prétendue menace iranienne:

Asked specifically about the US naval forces based in the Persian Gulf, there is widespread opposition across the Muslim world, though it is strongest in the Middle East. Eight Muslim publics were asked "Overall, do you think having US naval forces based in the Persian Gulf is a good idea or a bad idea?" On average, 66 percent said it was a bad idea; only 13 percent called it a good idea. Opposition was largest in Egypt (91%) and among the Palestinians (90%), followed by Turkey (77%), Jordan (76%), Azerbaijan (66%), and Indonesia (56%). In Pakistan opposition was lower (a 45% plurality) but only 1 percent said it was a good idea; a remarkably high 54 percent did not provide an answer. Nigerian Muslims were the only public with a positive view—54 percent said US forces in the Persian Gulf are a good idea and 31 percent a bad idea.

On se rappelle aussi l’invraisemblable tentative du ministre de l’intérieur, Chakib Benmoussa, d’impliquer le Hezbollah – et donc l’Iran dans l’esprit de ceux qui sont sensibles à la rhétorique anti-iranienne – dans la toute aussi invraisemblable affaire du réseau Belliraj (c’est pas tant Belliraj lui-même, qui ne semble pas être une enfant de choeur, que la partie politique du réseau qui est invraisemblable), et la mise en cause de personnes du fait de leur conversion au chiisme ("Certains membres d’Al Badil Al Hadari avaient une certaine proximité avec le mouvement chiite"). On se rappelle la réunion l’automne dernier à Sharm el Sheikh où des pays arabes dits "modérés" (c’est-à-dire alliés ou dépendants des Etats-Unis) auraient tenu un discours belliqueux vis-à-vis de l’Iran, quelques semaines avant la guerre sanguinaire d’Israël contre Gaza – le Maroc était représenté à cette réunion, de même que Bahraïn. On peut également relever la propagande sécuritaire (voir également ici) sur les conversions au chiisme au Maroc, percues comme un risque sécuritaire.

Comme avec l’affaire du rappel de l’ambassadeur marocain au Vénézuela, officiellement motivé par le soutien accordé au Polisario par Caracas mais en réalité probablement conçu comme un geste supplémentaire d’allégeance perpétuelle aux Etats-Unis et à Israël (le Vénézuela venait de rompre ses relations diplomatiques avec Israël quelques jours auparavant), le Maroc fait preuve d’un zèle maladroit dans son suivisme – qui n’en est pas un, puisque le disciple va plus loin que le maître. Ainsi, jamais Bahraïn n’a rappelé son ambassadeur de Téhéran durant cette mini-crise. Ce n’est pas la première fois que la diplomatie marocaine fait montre de son insigne faiblesse: on se rappelle tous le vaudeville pignonesque du rappel de l’ambassadeur marocain à Dakar suite aux déclarations d’un leader d’un parti d’opposition – de manière cruelle, le ministère des affaires étrangères sénégalais rappela dans un communiqué que l’ambassadeur du Maroc à Dakar n’était pas accrédité auprès de l’opposition sénégalaise mais auprès du gouvernement sénégalais…

Pendant ce temps, les grandes personnes parlent et agissent. On lit ainsi que la Syrie et l’Arabie séoudite enterreraient la hache de guerre, alors que la guerre du Liban en 2006 et celle de Gaza récemment n’ont fait que renforcer l’axe Téhéran/Damas/Doha face à l’axe Le Caire/Amman/Riyad. Le numéro 2 du Hezbollah, Naïm Kassem, a ainsi accordé un entretien au Figaro avec des déclarations intéressantes: 

Les États-Unis cherchent ouvertement à établir des liens avec la Syrie pour tenter de l’éloigner de l’Iran et affaiblir son soutien au Hamas ou au Hezbollah. Je crois que tout cela relève de l’illusion. Ce qui se passe sur la scène régionale met au contraire en lumière les succès enregistrés par cet axe du refus. Le rapprochement en cours entre l’Arabie saoudite et la Syrie en est un exemple. Ceux qui ont parié sur le projet américain dans la région sont contraints de revoir leur position.

J’espère que le MAEC est abonné au Figaro…

ADDENDUM: Ceci m’avait échappé:

La République islamique d’Iran et le Maroc entretiennent pourtant de bonnes relations. Sur le plan politique, l’Iran avait réaffirmé par le biais de Vahid Al Ahmadi, il y a quelques jours, le gel de ses relations avec le Polisario. Le pays des Ayatollahs est aussi l’un principaux importateurs de phosphates marocains.

De mieux en mieux!

PS: Un peu hors sujet, une analyse très juste de Naïm Kassem sur les guerres israëliennes de 2006 et 2008/2009:

Je ne crois pas que dans les circonstances actuelles Israël ait intérêt à une nouvelle guerre avec le Liban. L’offensive sur Gaza a montré que son armée n’a pas tiré les leçons de la guerre de 2006. Il reste incapable de transformer sa puissance militaire en succès politique.

Très juste: si militairement la "victoire" israëlienne à Gaza est sans discussion, le coût politique de cette victoire – qui fait penser aux victoires militaires françaises durant la guerre d’Algérie, indéniables mais sans effet sur le résultat final – est à ce jour négatif, le Hamas étant sorti politiquement renforcé de cette guerre d’agression.

Chapeau, Abdellah Taïa!

Abdellah Taïa, un des écrivains marocains francophones les plus en vogue – sans doute autant pour son oeuvre que pour son homosexualité affichée et assumée – vient de signer une tribune très forte dans El Pais. Le motif: invité à un festival de Cartagena en Espagne, il a été surpris d’apprendre que Nadia Yassine, l’égérie islamiste et républicaine d’Al adl wal ihsan, et Ali Lmrabet, journaliste emprisonné puis interdit d’exercer pour lèse-majesté, avaient été déprogrammés à la dernière minute.

Comme le relève le bougnolosophe, cette alliance de circonstance entre un homosexuel affiché et une islamiste est inédit au Maroc, alors qu’en Europe, la condition minoritaire partagée des homosexuels et des musulmans a amené ponctuellement à des rapprochements. Il faut dire qu’Abdellah Taïa frappe fort: il annule sa participation au festival – une responsable dudit festival aurait également démissionné en guise de protestation- et dénonce la censure – un geste appréciable quand on sait combien un écrivain en début de parcours dépend de ce type de festival. Et sa tribune, intitulée "Qui est Marocain?", n’est pas vraiment un robinet d’eau tiède, contrairement à ce qui sort de la plume d’autres éminents écrivains et poètes marocains francophones:

Après les avoir initialement inclus dans le programme de sa prochaine édition, le prestigieux festival de Carthagena vient d’exclure Nadia Yassine, la fille du Cheikh Yassine (le leader du mouvement islamiste Al-Adala Wa Al-Ihssane), et le journaliste exilé en Espagne Ali Lmrabet. Ils ne participeront donc pas aux débats qui auront lieu à cette occasion autour du Maroc et de ses productions littéraires et intellectuelles. Suite à cette censure inacceptable et incompréhensible, Lola Lopez Mondéjar, l’organisatrice de ces débats, a démissionné du festival. Et c’est pour la soutenir dans cette décision et annoncer mon retrait du prochain festival de Carthagena que j’écris ce papier. (…)

Pour se défendre, le directeur de ce festival a déclaré la semaine dernière dans EL PAIS que moi, Abdellah Taïa, 35 ans, écrivain et premier Marocain à avoir assumé publiquement son homosexualité, je participerai à ce festival et je parlerai donc librement de tout, y compris de ma sexualité.

Qu’est-ce que cela veut-il bien dire ? Que l’homosexuel marocain est bienvenu en Espagne mais pas une femme appartenant à un mouvement islamiste, ni un journaliste qui a eu de gros ennuis avec les autorités marocaines ? Je ne peux pas accepter cela. Je ne peux pas me laisser récupérer de cette façon-là. Je ne veux pas qu’on me donne la parole au détriment d’autres Marocains. Quand j’ai parlé au Maroc de mon homosexualité, c’était une nécessité intérieure (et je n’ai eu besoin d’aucune autorisation, d’aucune bénédiction), c’était avant tout un combat pour accéder à l’individualité, mais pas seulement pour moi.

Ce qui nous manque cruellement au Maroc et nous empêche d’avancer, de nous libérer, ce sont, entre autres, les débats contradictoires. Réels. Pas fictifs, pour la façade, pour donner une fausse image de progrès et de modernité. Malgré le très bon travail de certains médias (TEL QUEL, LE JOURNAL HEBDO, les radios, etc.), ce genre de débat, quand il y en a un, ne touche malheureusement pas tous les Marocains. Et ce n’est pas la décision du festival de Carthagena qui va aider à changer la situation. Décision étrange d’ailleurs : Nadia Yassine et Ali Lmrabet s’expriment régulièrement dans les journaux marocains. Pourquoi les écarter alors ? Mystère. Sont-ils moins marocains que moi ? Moins « fashion » peut-être ?! Plus « dangereux » ? (…)

J’entendais souvent au Maroc des excommunications à propos de tel ou untel qui aurait soi-disant trahi le Maroc et ses idéaux. J’entendais ce genre de phrases : « Il n’est pas Marocain, lui. Il ne l’a jamais été. Il ne le sera jamais. » Aujourd’hui, on entende aussi, de plus en plus, ces autres phrases : « Il n’est pas musulman, un bon musulman, lui. » Un mécréant, alors ? Ces négations dangereuses, et qui détournent l’attention des vrais sujets, sont proférées aussi, malheureusement, par certains intellectuels et artistes. Ces négations n’aident pas le Marocain à se relever pour crier, pour exister.

En mai 2007, j’ai entendu ces mêmes jugements scandaleux à propos des deux frères qui ont commis à Casablanca un double attentat suicide. Après avoir erré presque deux jours dans les rues, ils se sont faits explosé non loin du consulat américain. Ils n’ont tué personne. Juste eux-mêmes. C’était le comble du désespoir dans lequel vit depuis trop longtemps la jeunesse marocaine. C’était un cri du coeur, des tripes. Un appel à la société marocaine. Il n’a pas été entendu. On estimait sans doute que ce n’était pas notre faute, ni notre responsabilité. Normal, ces deux frères n’étaient pas des Marocains. N’est-ce pas ?!

Qui l’est alors ?

Rien à rajouter.

Quand De Defensa écrit un article sérieux sur un faux du journal satirique "The Onion"

The Onion est un journal satirique étatsunien spécialisé dans des "fake news", des nouvelles fausses inventées de toutes pièces dans un but satirique. De Defensa est probablement le meilleur site d’analyse stratégique en français.

Récemment, De Defensa a publié un billet, fort sérieux -"L’antiracisme qui souriait"- et tentant d’analyser le phénomène de l’antiracisme, sur un des articles – hilarant et intitulé "Nation’s Blacks Creeped Out By All The People Smiling At Them" – de The Onion, présenté comme suit:

Le site The onion.com, réputé pour ses informations sur la politique intérieure US, nous fait rapport de cet étrange phénomène le 16 février.

Je comprends fort bien le penchant idéologique jacobin contre le multiculturalisme étatsunien, mais de là à analyser sérieusement un canular… Et pourtant, j’ai vérifié, nous ne sommes pas le 1er avril…

Voilà la différence entre la presse écrite et les sites ou blogs: dans les journaux, à l’exception de L’Opinion, il y a généralement des correcteurs et des rédacteurs en chef qui relisent ce qu’écrivent les contributeurs.

Ibn Kafka in English

J’ai publié mon premier post sur le blog collectif anglophone consacré au Maghreb, "Maghreb in English". Ce blog est l’excellente initiative de Kal de The Moor Next Door.

Ma première contribution est intitulée "Morocco out of touch with the emerging left-wing Latin America".

De l’importance des prépositions en langue anglaise

L’anglais a une réputation – fausse – de langue facile. Seul celui qui ne s’est jamais interrogé sur la bonne préposition à utiliser peut cependant en être persuadé – j’en parlais hier avec Judith Butler.

Aujourd’hui, dans une réunion in English, j’ai ainsi entendu un honorable participant déclarer:

"We have an association dealing with training on female lawyers"

sexy20prosecutor20public20defender20costumes

On or for? Discuss.

Bachir Gemayel, "martyr de la liberté"

L’Orient/Le Jour est le seul quotidien francophone libanais. Il est aussi le journal officieux du patriarcat maronite. Pour savoir ce que pensent les ultras maronites, et notamment les phalangistes et les Forces libanaises, sa lecture est recommandée. La couverture faite par ce quotidien des réactions au discours électoral du patriarche maronite Nasrallah Sfeir (eh oui, le Liban est le pays des deux Nasrallah, Sfeir et Hassan, sans conteste les deux hommes les plus influents du pays) est divertissante. Récemment, le patriarche a en effet alerté ses ouailles – et l’électorat maronite est crucial – sur le danger présenté par l’actuelle opposition parlementaire, donnée favorite pour remporter les prochaines élections législatives, et composée principalement du Hezbollah et du Tayyar (Courant patriotique libre) de Michel Aoun. Pour ceux qui débarqueraient d’une autre planète, Michel Aoun est un-ex général maronite qui incarna pendant quinze ans un résistance farouche contre l’occupant syrien. Le voilà donc allié au Hezbollah, allié stratégique de la Syrie…

Le 8 février, le patriarche maronite Nasrallah Sfeir appelle donc ses fidèles à voter pour l’actuelle majorité gouvernementale – connue sous le nom du 14 mars, du jour en 2005 où la coalition Hariri/Jumblatt/Gemayel/Ja’ja/Chamoun/Eddé (1) appela à manifester contre l’occupation syrienne – en menaçant le pays d’une invasion de sauterelles, des coupures de courant et d’un krach boursier en cas de victoire du bloc du 8 mars (de jour en 2005 ou le bloc Hezbollah/Amal/Aoun manifesta par anticipation contre ceux du 14 mars…):

Le patriarche maronite est celui qui porte une robe longue

Le patriarche maronite est celui qui porte une robe longue

Si le pouvoir tombe dans les mains des forces du 8 Mars, des erreurs historiques seront commises et aurons un effet fatidique sur le pays » (2)

On peut présumer que l’intervention du vénérable patriarche vise surtout l’électorat maronite de Michel Aoun, fortement tiraillé par des tentations sectaires. Ce dernier n’a pas vraiment la langue dans sa poche, et a ainsi répondu: "le patriarche ne parle pas au nom de tous les maronites"… Pour bien faire passer le message, il a boycotté une messe publique tenue par le patriarche, alors que le président (maronite), le premier ministre (sunnite) et le président du parlement (chiite) y assistaient

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Ce qui est vraiment intéressant avec la feuille de chou sectaire qu’est L’Orient/Le Jour – pas un seul journaliste non-chrétien à ma connaissance, mais je peux me tromper – c’est le caractère ouvertement sectaire des déclarations de politiciens – généralement ceux du 14 mars – ainsi que des éditorialistes maison. Petit florilège:

Sortir cette ville des décombres, c’était s’attaquer à une jungle où des hordes armées ont longtemps fait leur loi, assurant des squats à certains, monnayant leur protection à d’autres, partageant avec les chiens errants et les chats échaudés des ruelles fantomatiques mangées de végétation opportuniste. Pour ceux-là que narguait le ballet incessant des grues, il y avait, dans cette reconstruction menée tambour battant, comme un outrage à la civilisation de guerre, un mépris des prérogatives et des acquis des katiouchas et des kalachnikovs. Comme une décision unilatérale d’imposer la paix, qui était en soi une déclaration d’hostilité. Fifi Abou Dib, L’Orient/Le Jour, 12 février 2009

Si "hordes armées" fait ostensiblement référence aux milices de 1975-1990 (le rôle du Hezbollah dans les combats libano-libanais de cette époque fût limité – les combats dont j’ai connaissance opposant le Hezbollah à d’autres milices libanaises eurent lieu en 1987 et opposèrent le Hezbollah à… Amal et l’armée syrienne – this is Lebanon…), la suite fait implicitement référence au Hezbollah. Il faut connaître le racisme social persistant à l’égard des chiites au Liban, longtemps considérés comme des citoyens de seconde zone (3) et ce tant par les chrétiens – surtout maronites – et les sunnites, pour apprécier la référence aux "chiens errants et (…) chats échaudés".

L’infaillibilité du patriarche maronite Nasrallah Sfeïr est un axiome: dans un article intitulé "L’histoire, meilleure réplique aux contempteurs de Bkerké" (4), le journaliste Émile Khoury écrit sobrement et avec retenue que

"Encore une fois, les prosyriens se lancent à l’assaut de Bkerké, bille et Aoun en tête. On ne peut dire que le patriarche n’en a cure, car il a le souci moral de ne heurter aucune sensibilité libanaise. Mais il assume toujours les positions qu’impose la défense des constantes. À l’instar de ses prédécesseurs, gratifiés de la gloire du Liban, selon la formule consacrée. Par le verbe, jamais par les armes, comme certains. Et avec le seul parti pris de la cause nationale. Neutre, Bkerké ne peut l’être quand le sort du pays est en jeu. Ni quand le choix oppose le bien au mal, la liberté à l’esclavage, travesti ou non."

Les mots ne sont pas innocents: l’opposition, c’est-à-dire le bloc du 8 mars, est qualifiée de prosyrienne, sans que le bloc du 14 mars, autour de Hariri, Ja’ja & cie ne soit pareillement qualifié par rapport à ses liens privilégiés avec les Etats-Unis, l’Arabie séoudite et la France. La cause du 14 mars est "la cause nationale", à l’exclusion de la cause du bloc Hezbollah/Amal/Aoun, qui est sans doute anti-nationale ou apatride. Le patriarche maronite "le souci moral de ne heurter aucune sensibilité libanaise", ce qui laisse entendre que ceux qui néanmoins seraient heurtés, au sein du bloc du 8 mars, ne représenteraient pas, eux aussi, une autre sensibilité libanaise, mais plutôt étrangère, sans doute pro-syrienne, pro-iranienne, trop chiite en tout cas pour accéder à la qualité de Libanais.

On peut comprendre dans ce contexte que la lutte contre l’occupant israëlien soit de moindre importance:

[Le patriarche] a toujours demandé que l’armée soit déployée au Sud, tout en exigeant le retrait de l’occupant israélien. Par la voie diplomatique et juridique internationale, car le pays avait payé un prix trop lourd, en représailles dévastatrices, en invasions, pour la résistance armée.

Savourez, je vous prie: "tout en exigeant le retrait de l’occupant israélien. Par la voie diplomatique et juridique internationale, car le pays avait payé un prix trop lourd, en représailles dévastatrices, en invasions, pour la résistance armée" – or le Liban, par le biais de sa résistance, principalement mais pas exclusivement du Hezbollah, est le seul pays arabe à avoir libéré la majeure partie de ses territoires occupés sans négociation avec l’occupant israëlien, dont la déroute en mai 2000 est demeurée mémorable. L’Egypte a récupéré le Sinaï en 1979 au prix d’un accord dit de paix qui en fait le fidèle obligé d’Israël.

Ailleurs, dans le même numéro du jeudi 12 février, décidémment faste, on trouve sous la plume de l’éditorialiste Fady Noun une exaltation de primat religieux sur le politique que ne renieraient pas des disciples de Moqtada Sadr:

Ce qui est bon pour le Liban est bon pour l’Église. Le patriarche l’a dit sous toutes ses formes, au fil des mois et des années, et le synode patriarcal maronite l’a redit sans l’ombre d’une ambiguïté : ce n’est pas le Liban qui est fait pour l’Église, mais l’Église pour le Liban. L’Église est subordonnée à la patrie, dans les affaires humaines : elle en est la servante, dans les limites de sa fidélité à la vérité et des principes moraux qui en émanent. En termes profanes, dans les limites du respect et de la promotion des droits de l’homme communément reconnus, en tête desquels viennent les libertés.
Et le patriarche a jugé, au regard de la vérité et de ces droits, au regard de certaines vérités qu’il garde sans doute pour lui, qu’une victoire du 8 Mars qui lui accorderait la haute main sur les destinées du pays n’est pas bonne pour le Liban.
Le général Aoun a affirmé que le patriarche n’est pas infaillible. C’est un fait. Mais le patriarche n’a jamais prétendu que son avis politique est infaillible. Il l’offre donc pour ce qu’il vaut, en homme libre, en homme qui a veillé en conscience à assumer les responsabilités que Dieu lui a confiées, en un temps de très grandes épreuves, en un temps d’épreuves inouïes. (…)

Combien de fois d’ailleurs n’a-t-il pas été déçu, voire trompé, par son environnement politique, par cette cour de flatteurs qui l’assaille jour après jour, et dont il n’ignore ni les arrière-pensées, ni la ruse, ni les intérêts. En ce sens, sa figure rappelle irrésistiblement celle de certains prophètes de l’Ancien Testament, celle de Jérémie en particulier, continuellement contredit dans sa mission.

Le patriarche n’a certes pas reçu mandat populaire de s’exprimer sur la prochaine consultation électorale. Et il ne cherche certainement pas à se substituer à ceux qui l’ont reçu. Il est là pour éclairer notre jugement, pour jeter sur une situation la lumière de la raison, nous donner un avis aussi dépassionné et objectif que possible, un avis aux antipodes des préférences et des intérêts politiques étroits en jeu.
Nous ferions bien, dès à présent, de décider d’en tenir compte dans les choix électoraux qui nous attendent, même au prix de nos préférences et de nos sympathies personnelles. Gardons à l’esprit les conséquences historiques que nos choix pourraient nous valoir, et dont le patriarche craint qu’elles ne soient désastreuses.

Il n’y a pas que les plumitifs de ce journal paroissal à mériter la postérité – certains des politiciens libanais cités mériteraient un Panthéon à eux tous seuls, à commencer par le soudard Samir Ja’ja des Forces libanaises, héritier politique du phalangiste sanguinaire et sioniste Bachir Gemayel:

Deux soudards, dont un commis le massacre de Sabra et Chatila

Deux soudards, dont un commis le massacre de Sabra et Chatila

De son côté, le leader des FL, Samir Geagea, a appelé les Libanais à participer au 14 février pour rendre hommage à Rafic Hariri, « mais aussi à Bachir Gemayel, René Moawad, Kamal Joumblatt, Hassan Khaled et à tous les martyrs de la liberté ».

Voici à quoi ressemble un martyr de la liberté

Voici à quoi ressemble un martyr de la liberté

Bachir Gemayel, martyr de la liberté? Il est vrai que si Shimon Peres, Menachem Begin et Yitzhak Rabin sont prix Nobel de la paix, pourquoi pas? Mais citer Kamal Jumblatt dans la même phrase que Bachir Gemayel est d’un goût douteux. Voici en effet ce qu’écrit le site des Forces libanaises de Ja’ja sur la vision d’Israël de cheikh Bachir:

To Bashir, as to other non-Moslems and even some Moslems, Israel was a good example of a modern, democratic state and a potential ally for those who were working for free, democratic. western-style states in the Middle East. Toward that end, Bashir initiated communication with the leaders of the state of Israel. This relationship soon became systematic and permanent. And in spite of the unequal partnership–Israel being a strong state and Bashir Gemayel the leader of a Lebanese community only–Bashir always made the effort to work with Israel as an equal. He succeeded in nurturing a good relationship between an independent and free people and an independent and free state.

After Basher’s election to the Presidency, the special relationship he developed became more evident. He was the only leader in Lebanon and the Middle East who could talk about and build upon the relationship between Israel and Lebanon without prejudice. To him, Israel was a fact and any Lebanese regional policy needed to accept Israeli’s existence as a state and consider its historical importance and weight in regional politics. He believed that Lebanon could live in peace with Israel and that such a peace could benefit both states and even help pave the way for a general Middle East peace.

Gemayel saw the 1982 Israeli "Operation Peace for Galilee" as an important development for Lebanon which would not only equilibrate Syrian influence on Lebanese politics, but could also generate a new political dynamic, which, if properly used, could lead to the simultaneous withdrawal of Syrian and Israeli troops from Lebanon. By the summer of 1982, the equilibrium of forces in Lebanon had changed and the Lebanese, he believed, finally had the opportunity to act in their best interest and invest in that change.

A propos de Bashir Gemayel, son frère Amine, qui lui succéda à la présidence libanaise en 1982 et signa un traité avec Israël vite dénoncé, embraye:

« Les Libanais devront voter pour le système qui leur convient le mieux, voire pour un mode de vie », a-t-il ajouté, notant que « de nouvelles coutumes et une culture étrangère à la nôtre sont en train d’apparaître chez nous ».

On peut présumer que ces "coutumes et culture étrangères" sont celles du Hezbollah – encore une fois, les chiites sont présentés comme étrangers au Liban – et non pas celles des salafistes de Tripoli, alliés de Hariri…

La suite:

« Il est grand temps que l’électeur chrétien recouvre son rôle et mette un terme à la marginalisation dont il a été victime depuis des décennies, a poursuivi le chef des Kataëb. Notre parti œuvrera pour que les chrétiens puissent choisir eux-mêmes leurs représentants au Parlement. Les Kataëb sont garants de la présence chrétienne. Nous sommes les principaux partenaires des autres dans le cadre du pacte national, et notre soutien à l’État est inaltérable ». (…)

Amine Gemayel a également déploré les critiques qui ont visé le patriarcat maronite dernièrement. « Le communiqué publié par Bkerké en 2000 a lancé la dynamique du 14 Mars, a-t-il souligné. Le patriarcat est le parrain de la marche vers la souveraineté et ne fait partie de la machine électorale de personne. »

Et le chef des Kataëb d’exprimer enfin la volonté du Saint-Siège, qu’il a visité récemment, que « tous les chrétiens se rallient autour de Bkerké ».

Saad Hariri, fils de Rafiq Hariri, a tenu à donner sa contribution:

Kool and the gang

Kool and the gang

Le patriarche maronite est réellement, comme l’a dit de lui Rafic Hariri, la conscience du Liban

On peut se demander si les cheikhs salafistes, pas toujours hostiles à Al Qaïda, assidûment courtisés par Hariri partagent cette appréciation…

I have a soft spot for patriarch Sfeir...

I have a soft spot for patriarch Sfeir...

(1) Fidèle à son habitude, Jumblatt a retourné casaque et penche pour une alliance avec Amal, l’autre parti chiite, dirigé par le madré Nabih Berri, tout en maintenant son opposition au Hezbollah. This is Lebanon, folks…

(2) Une citation que je livre d’ailleurs à la sagacité de ceux qui affirment que la "chrétienté" – whatever that means – serait par essence laïque, face à un monde musulman par essence incapable de distinguer le politique du religieux.

(3) Il fallut l’émergence du leadership politique de l’imam Moussa Sadr, "disparu" en 1978 en Libye, pour que les chiites deviennent une force incontournable au Liban, où ils constituent selon toute probabilité une majorité relative de la population aujourd’hui.

(4) Bkirké est la ville où siège le patriarche maronite.

X-files/Affaire Belliraj: quelques conseils à Chakib Benmoussa

Vous vous rappelez sans doute de la grande conspiration chiito-salafo-gauchistel’affaire Belliraj, où vendeurs ambulants, leaders de partis politiques et MRE marginaux et délinquants auraient amassé des millions d’euros à des fins terroristes sans jamais commettre d’attentats – les meurtres mis au compte d’Abdelkader Belliraj, le MRE marocain – et informateur de la Sûreté de l’Etat belge – qui serait le cerveau de ce réseau remontent à près de vingt ans. Le réseau a une composition qui ressemble au rêve mouillé d’un éditorialiste du Matin du Sahara: du PSU au PJD en passant par deux mouvement islamistes mineurs, Al Manar et le Hezbollah. Ne manquent à l’appel que Bob Ménard, Ali Lmrabet, Moulay Hicham, le Polisario, l’AMDH et Boubker Jamaï pour que la dream-team soit au complet.

Mais je suis resté sur ma faim: trop peu de sex and drugs pour que cette histoire soit vraiment rock’n’roll, en dépit d’efforts méritoires ces dernières semaines, ayant abouti dans l’implication de Bernard-Henri Lévy comme victime putative du réseau Belliraj. Et c’est en lisant l’excellent Abu Muqawama – comme son nom l’indique, il se consacre à la stratégie et à la tactique contre-insurrectionnelles, COIN selon l’acronyme anglais – que j’ai eu la confirmation: trop forts, ces Etatsuniens. Abu Muqawama n’est sans doute pas loin du compte lorsqu’il écrit que l’article de l’inénarrable tabloïd anglais The Sun a la "Greatest. Headline. Ever." ("Meilleure. Rubrique. De tous les temps") – jugez-en:

Al-Qaeda in gay rape horror

Je passe sur les détails de cette belle co-production étatsuno-anglo-algérienne (la source citée à l’appui de cette rubrique géniale serait un terroriste algérien repenti – du terrorisme ou des viols homosexuels, ce n’est pas clair), sinon pour relever qu’un autre excellent blog, Jihadica, a fait la même remarque, soulignant que The Sun avait diffusé, fin janvier, des "informations" selons lesquelles Al Qaïda au Maghreb islamique (AQIM) serait victime de ou tenterait de manipuler le germe de la peste. Reconnaissons cependant que nos inspecteurs Clouseau ont du pain sur la planche en matière de relations publiques.

Et comme ce qui vient des services étatsuniens ne tarde jamais trop avant d’atteindre les rives marocaines…

Rétroactes:
– "What the f…?", 22/2/2008
– "Vous avez aimé les années de plomb? Vous adorerez février 2008 (Bientôt près de chez vous)!", 26 février 2008
– "Trop de fiction tue la réalité", 26 février 2008
– "La police belge, complice du satanique réseau chiito-salafo-gauchiste?", 27 février 2008
– "X-files – The Moroccan Connection: la filière usfpéiste se confirme", 29 février 2008
– "X-files – The Moroccan Connection: persiflages", 12 mars 2008
-"X-files – The Moroccan Connection: à transmettre à la DST", 13 mars 2008

"North Africa has provided neither sufficient threat nor reward to draw sustained attention"

Lu sous la plume de Jon Alterman dans World Politics Review:

The Arab-Israeli conflict seems to be settling into a standoff between a strong Israel, a weak but unbowed Palestinian community, and Arab governments who feel loyalty to the Palestinian cause but only hostility toward Hamas. The bilateral relationship with Egypt is important but not central, Lebanon no longer fires the imagination of avid democratizers, and North Africa has provided neither sufficient threat nor reward to draw sustained attention. The problems are known, and yet they seem unlikely to go away.

C’est vrai depuis la double présidence de Reagan, ou peut-être celle de Bush 41, lors desquelles la Libye était à l’ordre du jour. Depuis, l’importance du Maghreb est marginale. Bien évidemment, le zèle du vassal marocain fait plaisir à voir vu de Foggy Bottom ou d’AIPAC, et permet de rajouter un pays arabo-musulman à la liste des supplétifs indigènes de Washington, mais cette liste est désormais longue, et la valeur de l’abnégation zélée quoique maladroite du Maroc n’est sans doute plus ce qu’elle était en 1979 par exemple.

L’Algérie? Il y a belle lurette (1997? 1998?) que la guerre civile, désormais de basse intensité, n’intéresse plus personne, et de toute façon les Etatsuniens n’ont jamais été inquiétés. Le gaz? Certes, mais la Norvège et les Pays-Bas en ont aussi, et les Etats-Unis n’en importent pas.

La Tunisie ne compte guère, la Mauritanie guère plus en attendant la confirmation des découvertes pétrolières, et la Libye est un sketch des Monty Python qui n’en finit plus.

Bien évidemment, les Etats-Unis ont des intérêts commerciaux dans tous ces pays, et un accord de libre-échange avec le Maroc. Ce n’est pas ça qui réveillera Barack Obama au milieu de la nuit.

Il est improbable que le conflit du Sahara bouge de manière déterminante: le statu quo n’est pas vraiment en défaveur du Maroc, et le coût diplomatique d’une reprise des combats serait sans aucun doute disproportionnée pour l’Algérie, qui devrait connaître le contrecoup – momentané sans doute – de la chute du prix des hydrocarbures. Le plan d’autonomie devrait continuer à ronronner gentiment, et un référendum marocain sera probablement organisé lors du premier mandat d’Obama afin d’avaliser l’autonomie régionale sahraouie.

Sur le plan sécuritaire, pas de bouleversement, alors que je m’attendais à un embarras marocain: en effet, on aurait pu croire que l’arrivée d’Obama à la Maison Blanche impliquerait la fin des restitutions illégales, notamment au Maroc, qui s’est ainsi rendu utile en torturant ceux que les Etats-Unis lui remettaient à cette fin (voir les rapports du Parlement européen et de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe – le fameux rapport du parlementaire suisse Dick Marty). J’ai été trop optimiste: si Guantanamo sera fermé et ses prisonniers transférés – pas forcément libérés – ailleurs, et les "military commissions" suspendues, les restitutions illégales continueront, et l’administration Obama adopte la même politique que l’administration Bush en matière de secret de ces restitutions illégales. J’en connais à Rabat qui doivent en roter d’aise.

Toutes choses étant égales par ailleurs: chacun des régimes maghrébins étant autocratique, tout changement de personnel à la tête de l’Etat implique plus d’instabilité que dans un régime démocratique. Les forces de la nature pourraient agir les années à venir: Ben Ali est né en 1936, Bouteflika en 1937 et Kadhafi en 1942, et les deux premiers sont entourés de rumeurs de maladies graves – le roi Mohammed VI est par contre né en 1963. Si bouleversement il y aura au Maghreb dans les années à venir, ce ne sera pas dû à Obama.

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