Tahar Benjelloun-watch: Touche pas à mon porc

APTOPIX MIDEAST EGYPT SWINE FLU

Les grandes douleurs étant muettes, on n’aura guère entendu l’académicien (l’Académie Goncourt pour l’instant) Tahar Benjelloun pérorer sur les victimes palestiniennes des massacres israëliens à Gaza il y a déjà quelques mois de cela (je n’exclue pas qu’il se soit prononcé là-dessus, mais je n’en ai eu aucun écho). Entre une préface à un livre de l’islamophobe franco-iranienne Chahdortt Djavann et une tribune sur la sexualité des talibans, son agenda a été trop pris ces derniers temps.

Il aura fallu la propagation de la grippe porcine et la réaction du gouvernement égyptien – sur pression de son parlement, il a décidé de l’abattage de tout le cheptel porcin du pays – pour que notre Tahar national sorte de son douloureux silence. La cause en valait la peine, et les choses sont dites telles qu’elles devaient l’être, n’en déplaise à la dictature de la bien-pensance islamo-gauchiste. C’est donc dans les colonnes de Rue89.com que Tahar Benjelloun dispense un peu de ses denses lumières à un monde plongé dans les ténèbres de l’obscurantisme et de la haine.

Si la consommation du porc par les chrétiens n’est pas une obligation rituelle au même titre que sa non-consommation par les juifs et les musulmans, elle n’en constitue pas moins un marqueur identitaire et confessionnel marqué – et ce ne sont pas les organisateurs de soupes populaires au lard qui me contrediront. On aura connu Tahar Benjelloun plus circonspect lorsqu’il s’agissait de défendre la pratique à fondement rituel (même s’il n’y a pas un consensus absolu là-dessus) du port du voile – il était en faveur de la loi française de 2004 d’interdiction du hijab à l’école – mais il faut croire soit que la cause animale lui soit particulièrement chère, soit qu’il soit moins risqué médiatiquement de défendre en France des porcs égyptiens que des adolescentes voilées.

Concernant les relations confessionnelles entre coptes et musulmans sunnites en Egypte, on ne prétendra pas qu’elles sont marquées au seul sceau de la félicité et de la béatitude (voire l’intéressante analyse du regretté Alain Roussillon, "Visibilité nouvelle de la « question copte » "), et on connaît des minorités mieux représentées au sein des instances dirigeantes de leur pays que les coptes égyptiens, qui comptent six députés (dont seulement un élu au suffrage universel, cinq d’entre eux ayant été nommés par le président Moubarak, comme le relève The Arabist) sur les 444 de la chambre basse, soit péniblement 1,5% de l’assemblée élue, alors que la part des coptes dans la population égyptienne oscille selon les estimations officieuses (1) entre 6 et 25% (les islamo-gauchistes noteront cependant que c’est mieux en tout cas que la proportion de maghrébins au sein de l’Assemblée nationale française – 0%).

Or donc, voilà ce fieffé gouvernement égyptien qui décide de l’abattage de tous les porcs du pays. Certains doutent du bien-fondé de cette décision du point de vue sanitaire, à commencer par notre épidémiologue national, Tahar Benjelloun:

l’Etat décida d’abattre des bataillons de porcs alors qu’aucune preuve n’a été apportée sur l’éventualité d’une contamination de l’animal à l’homme en Egypte

Les porcs constitués en bataillon, la guerre de civilisation peut commencer. Car c’est bien connu: si l’abattage d’un cheptel suite à une pandémie a lieu sur des bases rationnelles et scientifiques au Royaume-Uni et en France, chacun sait que les arabo-musulmans n’agissent de la sorte que par suite à leur lourd atavisme de haine confessionnelle.

Cet atavisme a néanmoins besoin de maîtres d’influence occultes, tirant les ficelles de derrière les coulisses. Notre politologue nous apprend ainsi que ce sont les islamistes, dont on connaît la haute estime que leur voue le pouvoir égyptien, qui seraient derrière ce génocide porcin:

Ce fut sous la pression des Islamistes qui ne ratent pas une occasion pour créer des difficultés au gouvernement que l’Etat décida d’abattre des bataillons de porcs alors qu’aucune preuve n’a été apportée sur l’éventualité d’une contamination de l’animal à l’homme en Egypte. Ce fut par précaution et aussi pour éviter les critiques et les manifestations des islamistes.

Une façon aussi de discriminer la minorité copte et de faire croire que la grippe, comme le sida, est une punition que Dieu envoie à ses sujets qui s’égarent ! C’est ainsi que l’islamisme accumule des petites victoires en vue d’une prise de pouvoir un jour.

On notera au passage la perversité de ces islamistes, n’hésitant pas, les bougres, à créer des difficultés à leur gouvernement en attendant de le . On ne peut également que souligner leur entregent – la confrérie des frères musulmans a apparemment réussi à satelliser l’Organisation mondiale de la santé, bastion salafiste bien connu, instrumentalisant en passant le politiquement correct:

Du coup, l’Organisation mondiale de la santé a changé le nom de cette maladie, d’une part pour ne pas vexer le Mexique, et d’autre part pour ne pas embarrasser les pays musulmans. Elle s’appelle la grippe « H1N1 influenza A ». C’est technique, c’est scientifique et c’est surtout consensuel.

Cette recherche maladive du consensus afin de ne pas fâcher ces grands enfants de Mexicains et de musulmans, des esprits mal tournés l’auront détectée dans d’autres contextes, où la main sinistre des frères musulmans n’avait jamais posé le pied – ainsi la grippe aviaire a-t-elle été baptisée A(H5N1), sans doute afin de préserver la paix inter-confessionnelle potentiellement menacée par des hordes fanatiques de mangeurs de couscous-poulet. Et c’est avec effarement que l’on peut constater que cette euphémisation – pâle reflet du politiquement correct – par le biais de combinaisons ésotériques de chiffres et de lettres occultant l’éclatante dimension religieuse du problème, dure depuis 1959 au moins…

Il faut dire que l’OMS semble particulièrement infiltrée par les prêcheurs de haine, dont on ne sait pour l’instant s’ils sont chiites ou frères musulmans. C’est ainsi que le plan d’action de l’OMS en matière de grippes pandémiques contient des passages d’une violence inouïe que ne renierait pas un imam salafiste:

Réduire les occasions d’infection chez l’homme, et ce faisant les possibilités qu’un virus pandémique apparaisse (…) Toute stratégie qui réduit le risque que d’autres cas surviennent chez l’homme réduit le risque d’apparition d’un virus pandémique. Dans les conditions idéales, l’élimination complète du virus chez son hôte domestique, à savoir la volaille, éliminerait le risque de pandémie à sa source.

L’élimination complète de l’hôte domestique du virus de la grippe porcine éliminant le risque de pandémie à sa source, on voit là un pilier de la foi salafiste sournoisement glissé dans un document officiel de l’OMS…

S’il vous reste la force intellectuelle d’absorber des idées sur cet abattage porcin en Egypte, je vous conseille The Arabist, qui pose de bonnes questions ("It is fair enough to want to clear these insalubrious areas, but with what compensation for those who will lose their livelihoods? And who will get the extremely valuable land?" – les porcheries informelles visées par les autorités se situent effectivement au centre du Caire, si tant est que cette ville en ait un).

Je m’en voudrais enfin de vous priver de ce coup de tocsin d’un bloggeur helvète:

L’auteur de ces lignes ne consomme pas de viande de porc, mais il ne voit pas pourquoi les gens qui ont cette pratique alimentaire seraient empêchés de poursuivre…
Ne rions pas. Si cela continue, quand on visite un pays arabe ou musulman, il faudrait aussi faire le jeûne du mois de ramadan, s’abstenir de boire de l’alcool ou de se délasser en galante compagnie, ou le faire en cachette…
Pauvres, pauvres Coptes ! Le pape est si près, il pourrait leur rendre visite ou leur envoyer un message de soutien.
Si même l’Egypte cède à cette surenchère, alors adieu la valise. Mais où est le dialogue des cultures ? Et avec qui dialoguer ?

Oui, effectivement, avec qui – les porcs, peut-être?

(1) Le ministère de l’intérieur égyptien dispose sans aucun doute de chiffres exacts pour les plus de seize ans, puisque la carte d’identité nationale égyptienne, obligatoire à compter de cet âge-là, comprenait jusqu’il y a peu obligatoirement la mention de la religion supposée du titulaire…

La traduction est un dur métier quand on n’aime pas le foot

En lisant un article – "Phénomène cacochyme" – de l’excellent revue Agone, consacré à l’écrivain allemand Ernst Jünger, je suis tombé sur une belle coquille de traduction que le traducteur eût pu éviter s’il s’intéressait plus au futebol, discipline dont on ne soulignera jamais assez les vertus intellectuelles.

Je cite:

Nous ne nous risquons pas à répondre à cette montagne de questions, encore moins à nous les poser. En revanche, l’anthroposophe de la culture Wolf von Homburg a eu le culot de prier Jünger en juin 1997 de coucher ses souvenirs de 1974 sur la Porte Sparwasser. Jünger lui a fait répondre par une lettre du 11 juillet 1997 de Langenenslingen-Wilflingen : « Ernst Jünger vous remercie de votre lettre. En ce qui concerne votre enquête auprès d’auteurs, Ernst Jünger n’a de sa longue vie jamais assisté à la moindre partie de football, ni ne s’est jamais occupé du jeu lui-même. Eu égard à la troisième question : il ne peut que regretter qu’on prête à des jeux nationaux des intentions politiques. Amicales salutations, par délégation, Georg Knapp. »

Peut-être est-ce là le secret d’une longue vie : pas de football. Et ne pas prêter d’intentions politiques. Et aussi quelqu’un pour descendre la poubelle et s’occuper de la correspondance.

En VO, la réponse d’Ernst Jünger donne ceci:

Ernst Jünger dankt für Ihren Brief. Was die Autoren-Umfrage betrifft, so hat Ernst Jünger in seinem langen Leben kein einziges Fußballspiel gesehen, noch sich mit dem Spiel selbst befaßt. Er kann es nur bedauern, daß Nationalspiele politischen Wertungen unterlegt werden. Mit freundlichen Grüßen, i. A. Georg Knapp

Pour ceux qui l’ignoreraient, dont le traducteur en cause, "das Sparwasser Tor" n’est pas un monument de Berlin mais plutôt le but légendaire du joueur est-allemand Jürgen Sparwasser marqué le 22 juin 1974 lors du match RDA-RFA 1-0 90 minutes de lutte des classes – lors de la Coupe de monde de 1974, qui se jouait justement en Allemagne de l’Ouest. Sur le mode de "où étiez-vous lorsque vous avez appris l’assassinat de JFK", les Allemands de cette génération se posent la question "Wo waren Sie, als das Sparwasser-Tor fiel?" ("Où étiez-vous lors du but de Sparwasser?") – un livre éponyme est même sorti.

Traduttore, traditore…

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 107 autres abonnés

%d bloggers like this: