54,8% au Liban, c’est une défaite électorale

Avec 53,06% des suffrages exprimés contre 46,94% pour Ségolène Royal, Sarkozy s’est vu tresser les lauriers d’une victoire éclatante. Aves 52,92% des suffrages exprimés contre 45,66% pour John McCain, Barack Obama a remporté ce qui a été décrit comme un triomphe.

Au Liban, récemment, le bloc dit du 8 mars, qui regroupe principalement le Hezbollah, Amal de Nabih Berri et le Tayyar de Michel Aoun (mais également quelques autres groupements de moindre importance, comme ceux du maronite et pro-syrien Sleimane Frangié, le druze Talal Arslane et son Parti démocratique libanais et enfin le Tashnaq arménien) a recueilli 54,8% des suffrages exprimés. Et malgré ça, le bloc dit du 14 mars, autour de Saad Hariri (Moustaqbal), Samir Ja’ja (Forces libanaises), Amine Gemayel (Kataeb/Phalanges), Walid Jumblatt (PSP) et quelques autres, a pu remporter 71 des 128 sièges en jeu, le bloc du 8 mars en remportant seulement 57. Soit dit en passant, et vous ne risquez pas de le lire de sitôt dans la presse occidentale, c’est le bloc pro-occidental qui recule lors de ces élections, perdant un siège et le bloc du 8 mars en gagnant un (voir l’excellente présentation sur les résultats des élections libanaises faite par Richard Chambers de l’IFES), comme le souligne également Philippe Edmond.

Un tel résultat ferait passer les élections présidentielles étatsuniennes de 2000 pour un modèle d’exemplarité démocratique, mais il est parfaitement conforme à la logique du système électoral et institutionnel libanais, gangréné par le sectarisme, avec une démocratie de façade se résumant à des élections qui ne se jouent guère sur les programmes mais sur les identités confessionnelles, claniques et régionales (pour un pays aussi petit que le Liban ça peut étonner, mais les clivages régionaux sont très présents et viennent s’ajouter aux clivages sociaux et confessionnels – ces derniers étant gravés dans le marbre de la loi et de la coutume constitutionnelle).

Parmi les commentaires, on aura lu que le bloc du 8 mars, dont le Hezbollah, aurait perdu car Michel Aoun aurait été désavoué par l’électorat maronite/chrétien – le Hezbollah aurait été plombé par Aoun. Le désaveu est effectivement cinglant: le Tayyar de Michel Aoun a remporté dix sièges, ce qui en fait le premier parti chrétien (même s’il ne se décrit pas officiellement comme tel), devant les Forces libanaises du soudard Samir Ja’ja, en deuxième position avec cinq sièges. Si on se rapporte aux sièges par confession (pour une explication plus fouillée sur la répartition des sièges par confession, voir plus bas), on notera que le bloc du 8 mars autour d’Amal, du Hezbollah et du Tayyar a remporté 19 sièges maronites contre 16 au bloc du 14 mars autour de Hariri, Ja’ja, Gemayel et Jumblatt (même si ce dernier semble désormais avoir un pied en dehors du 14 mars), soit un gain de trois sièges pour le 8 mars comparé au résultat des élections de 2005. Parmi les sièges des autres confessions chrétiennes, la répartition est resté stable au sein des arméniens, alors que le bloc du 14 mars a gagné trois sièges parmi les autres confessions chrétiennes (grecs orthodoxes, grecs catholiques, évangéliques et divers) aux dépens de celui du 8 mars. L’étude des chiffres est claire: c’est au sein des électeurs dits musulmans que le bloc du 8 mars a perdu des sièges (un siège en moins par rapport à 2005), ce qui traduit la tension sectaire sunnite-chiite… Encore une chose que vous ne lirez pas dans la presse (même si Deen Sharp du blog Lebanese Elections 2009 a tenté de démystifier quelque peu le résultat ces élections)!

Résumons donc: la Constitution libanaise confessionnalise les postes de députés et induit une sur-représentation du nombre des parlementaires chrétiens par rapport aux parlementaires musulmans; la loi électorale de 2008 répond à la revendication chrétienne que les députés d’une confession soient le plus possible désignés par les seuls électeurs de leur propre confession; l’inscription sur les listes électorales ne reflète pas la réalité démographique du pays, notamment à Beyrouth, dans un sens défavorisant tout particulièrement les chiites – et malgré ça, l’alliance du 8 mars Hezbollah/Amal/Tayyar aouniste remporte une majorité de suffrages et une minorité de sièges. Vous comprendrez donc aisément qu’on en parle guère dans les médias ou blogs mainstream, et pourquoi il me faut vous en parler un peu plus après le saut de page.

Quelques remarques donc sur le système électoral libanais:

1- Commençons par le commencement: le système constitutionnel libanais, bien qu’il s’en défende formellement (1), est fondé sur le confessionnalisme. La coutume constitutionnelle – guère contestée – veut ainsi que le président soit toujours issu de la communauté maronite, le premier ministre de la communauté sunnite et le président de la Chambre des députés de la communauté chiite. De fait, mis à part le Parti communiste libanais et le Parti social national syrien, les partis – où ce qui en tient lieu – sont tous à base confessionnelle. Cependant, et ce point est important, les rivalités politiques sont parfois plus vives au sein même des communautés qu’entre elles, et l’opposition musulmans contre chrétiens souvent retenue par médias et observateurs occidentaux est erronnée, comme le montre avec éclat la composition respective des blocs du 8 mars et du 14 mars.

2- Tous les sièges parlementaires, sans aucune exception, sont confessionnalisés. On est donc pas député de Beyrouth, mais député maronite, sunnite ou chiite de Beyrouth. Pour bien comprendre, prenons un exemple: la liste des candidats pour les trois circonscriptions (19 sièges au total) de la capitale libanaise. Ces sièges sont officiellement attribués aux communautés présentes dans chacune des circonscriptions, en fonction de leur poids démographique supposé.

Tout cela est bien évidemment chimérique:  il y a belle lurette – 1932 très exactement – que les recensements au Liban ne recensent plus les Libanais selon leur appartenance confessionnelle – principalement parce que les chrétiens en général (et les maronites en particulier) ainsi que les sunnites n’y ont guère intérêt, puisqu’il est de notoriété publique que les chiites sont passés de la troisème communauté confessionnelle à une première place (2). La répartition des 128 sièges de la Chambre des députés étant fixée selon l’article 24 Constitution à parité entre chrétiens et musulmans – soit 64 sièges chacun (3) – et la réalité démographique étant très nettement en faveur des musulmans (au sens politique libanais, ce terme regroupe outre chiites et sunnites également les alaouites et les druzes, et ils composeraient 60% de la population), la personne la moins ouverte aux choses de l’esprit conclura que les communautés musulmans sont sous-représentées au parlement avec 64 sièges alors qu’ils pourraient prétendre à 77 si une pondération démographique stricte s’appliquait.

Revenons-en à notre exemple beyrouthin – les 19 sièges sont répartis comme suit:

1ere circonscription, 5 sièges: 1 arménien orthodoxe, 1 arménien catholique, 1 maronite, 1 grec orthodoxe, 1 grec catholique

2eme circonscription, 4 sièges: 2 arméniens orthodoxes, 1 sunnite, 1 chiite

3eme circonscription, 10 sièges: 5 sunnites, 1 druze, 1 chiite, 1 évangélique, 1 grec orthodoxe, 1 "minorités" (catégorie résiduelle regroupant notamment juifs et protestants)

Il y a donc confessionalisation des sièges de députés.

3- La confessionalisation s’est très fortement accrue par l’effet de la nouvelle loi électorale adoptée en 2008 suite à l’accord inter-confessionnel de Doha en 2008, qui avait mis fin au commencement de guerre civile initié par la décision du gouvernement de Siniora (bloc Hariri) de démanteler les installations de communication du Hezbollah, qui avaient été vitales pour ce dernier dans son combat contre l’armée israëlienne en 2006. Cette loi faisait suite à une revendication commune aux acteurs politiques maronites ainsi qu’au patriarche maronite Nasrallah Boutros Sfeir: réduire la taille des circonscriptions électorales, les faisant passer du mohafazat (gouvernorat, équivalent de la wilaya au Maroc) au qaza (district, équivalent des provinces ou préfectures au Maroc). L’enjeu: que les députés chrétiens, au sens de ce qui a été dit précédemment, soient élus par des électeurs chrétiens. Explication: les qaza sont moins multiconfessionnels que les mohafazat, plus grands géographiquement et plus variés dans leur composition confessionnelle. Cet objectif profondément sectaire a fait la quasi-unanimité du camp maronite, de Michel Aoun à Samir Ja’ja en passant par Amine Gemayel. Ce fût là une concession que fit le Hezbollah à son allié Aoun lors de l’accord de Doha.

Résultat des courses, 13 des 26 circonscriptions électorales crées par la loi électorale de 2008 sont mono-confessionnelles – 8 ne comptent que des députés chrétiens (les électeurs chrétiens y étant très majoritaires), et 5 que des députés musulmans (les électeurs musulmans y étant très majoritaires) – au total,  (4). Cela ne signifie pas que ces circonscriptions ne soient pas disputées, puisque les circonscriptions chrétiennes sont les plus disputées de toutes, et que le camp dit musulman est divisé entre sunnites et chiites. Simplement, les candidats n’y seront plus tenus de diluer leur discours sectaire afin d’attirer des électeurs d’autres confessions, et pourront laisser s’y déployer plus librement des propos intolérants ou intransigeants, créant ainsi une émulation entre les candidats à qui se montrera plus maronite/sunnite/chiite que le concurrent.

4- Autre élément important: bien que le Liban n’ait pas de cironscriptions à un siège, le mode de scrutin est un mode de scrutin majoritaire à un tour, comme aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni. The winner takes all, donc. Ainsi, dans la circonscription de Zahlé (7 sièges), le bloc Hariri remporte 100% des sièges avec 53% environ des voix. En sens opposé, à Kesrouan, les candidats aounistes (alliés donc au Hezbollah) obtiennent les 5 sièges en jeu avec 52% des voix. Ceci ne contribue pas à permettre la représentation de voix minoritaires dans les circonscriptions dominées par une confession.

5- Et les électeurs dans tout ça? Comme la plupart des registres administratifs libanais, les listes électorales recensent l’appartenance confessionnelle des électeurs. Le blog Blacksmiths of Lebanon a fait un travail de titan en présentant toute l’information relative aux élections en anglais – je n’ai pas l’ombre d’un soupçon de sympathie pour leur ligne politique, mais leur travail est réellement impressionnant. Il a ainsi produit la liste de l’appartenance confessionnelle des électeurs, circonscription par circonscription (sauf celle de Tyr, dominée par les chiites). Pour nos trois circonscriptions beyrouthines, cela donne:

1ere circonscription: 91.564 électeurs, dont 82.923 chrétiens (91%) et 8.641 musulmans (9%), pour cinq sièges chrétiens

2eme circonscription: 125.183 électeurs, dont 68.047 chrétiens (54%) et 57.136 musulmans (46%) pour deux sièges chrétiens et deux sièges musulmans

3eme circonscription: 314.463 électeurs, dont 49.388 chrétiens (16%) et 265.075 musulmans (84%) pour trois sièges chrétiens et sept sièges musulmans

Au total donc, à Beyrouth c’est un total de 531. 210 électeurs dont 200.358 électeurs chrétiens (38%) et 330.852 électeurs musulmans (62%) qui élisent 10 députés chrétiens (soit un député par 20.036 électeurs chrétiens) et 9 députés musulmans (soit 1 député par  36761 électeurs musulmans), reflétant ainsi de manière éclatante la sur-représentation des chrétiens induite par la Constitution libanaise elle-même.

Comment se passent donc les élections du point de vue de l’électeur? Le mode de scrutin est un scrutin majoritaire de liste, et les partis ou alliances de partis présentent généralement une liste avec autant de candidats qu’il y a de sièges à pourvoir. En pratique, chaque électeur a autant de voix qu’il y a de sièges à pourvoir, qu’il utilise en cochant le nom d’autant de candidats qu’il veut dans la limite du nombre de sièges à pourvoir dans sa circonscription. Il peut par ailleurs choisir soit de reprendre en bloc toute la liste d’un parti, soit de voter par panachage, c’est-à-dire par exemple – dans le cas de la deuxième circonscription de Beyrouth – pour un parti de la majorité pro-occidentale pour le siège arménien orthodoxe et pour un parti de l’opposition pro-syrienne pour les sièges sunnites et chiites. Donc, et c’est très important de le retenir, si un siège sunnite ne peut être détenu que par un candidat sunnite (5), l’électeur sunnite peut quant à lui voter pour des candidats d’autres confessions et donc désigner ceux qui siégeront en tant députés d’autres confessions. La barrière confessionnelle joue donc au niveau des candidats à la députation, mais pas au niveau des électeurs.

Les partis, à assise confessionnelle, présentent donc généralement des candidats d’autres confessions que la leur, du moins dans les circonscriptions multi-confessionnelles – ce qui explique notamment pourquoi le groupe parlementaire du Hezbollah comporte un sunnite. Par exemple, dans la troisième circonscription de Beyrouth, très majoritairement sunnite (72%), le bloc sunnite Hariri a présenté une liste comprenant des candidats pour chacun des sièges en jeu – donc cinq candidats sunnites, un chiite, un druze, un "minorités", un évangélique et un grec orthodoxe. La logique derrière un tel choix est simple – il s’agit de remporter le plus de sièges possibles, et pour ce faire des candidats multi-confessionnels sont indispensables puisqu’un sunnite ne peut être candidat à la députation pour un poste évangélique par exemple. Le groupe parlementaire du Hezbollah compte ainsi comme dit précédemment un sunnite, celui d’Amal un grec catholique et un druze, et celui du Tayyar de Michel Aoun deux druzes et un chiite (vous trouverez sur le site anglophone d’Annahar un excellent récapitulatif à ce sujet). Mais ceci ne vaut donc pas pour les circonscriptions mono-confessionnelles, soit la moitié – 13 – des 26 circonscriptions électorales libanaises.

6- Les bizarreries électorales libanaises ne s’arrêtent pas là – il me faut également vous parler des bulletins de vote et de l’établissement des listes électorales.

La loi électorale permet en effet le vote sur papier libre, selon une tradition propre au Liban, et ce malgré une tentative d’imposer un bulletin de vote imprimé par les soins de l’Etat comme cela se fait dans le reste de la planète. Vous pouvez inscrire et cocher votre liste de candidats sur une serviette ou un bout de papier, votre vote sera valide. But de cette "liberté" factice: permettre aux candidats de distribuer leurs propres bulletins pré-cochés que l’électeur n’a qu’à glisser dans l’urne, et surtout permettre à ces bulletins distribués par les candidats d’identifier, par des signes distinctifs, l’électeur en question, sans compter les manoeuvres savantes pour imprimer des bulletins imprimés de telle sorte (petits caractères) qu’il devienne impossible pour l’électeur de rayer le nom des candidats pré-cochés (cf. le rapport de Democracy Reporting International, p. 39). Les électeurs marocains, familiers des différentes façons d’acheter des voix, apprécieront en connaisseurs la finesse du système libanais…

L’établissement des listes électorales contient la particularité encore une fois toute libanaise de n’inscrire l’électeur pas sur son lieu de résidence, mais sur son lieu d’origine, voire celui de sa famille – à la date de 1932, date du dernier recensement (6). Ceci explique ainsi qu’il n’y ait que 531. 210 électeurs à Beyrouth, soit environ 17% du nombre total d’électeurs inscrits, alors que Beyrouth rassemble environ la moitié de la population libanaise. De nombreux électeurs vivant ailleurs – y compris à l’étranger – sont donc inscrits dans leur village d’origine ou celui de leurs parents. Cela affecte sans doute la plupart des confessions de la même manière, même si on peut penser que les chiites de Beyrouth sud sont particulièrement lésés, ne représentant que 11% des électeurs inscrits de la troisième circonscription alors que leur présence réelle est plus forte. Ils gonflent cependant les listes électorales – s’ils y sont inscrits – de leur région d’origine. Et la procédure elle-même ne semble pas absolument transparente: ainsi, le nombre d’électeurs inscrits dans les trois circonscriptions de Beyrouth varie selon les sources de 430.000 à 530.000…

Conclusion: si vous pensez que la politique libanaise est compliquée, vous vous trompez lourdement – c’est encore plus compliqué que ça…

Lectures conseillées:

- le blog de Deen Sharp, Lebanese Elections 2009, est un premier arrêt à conseiller, y compris pour ses liens;

- le Democracy Reporting Institute a publié un rapport indispensable – "Assessment of the Election Framework
Election Law of 2008
" – avant les élections sur le système électoral libanais suivant la loi de 2008 – à ne pas manquer!

- le site des élections du gouvernement libanais contient les textes de base (ar, fr,en) ainsi que les résultats détaillés;

- le quotidien chrétien francophone anti-aouniste L’Orient/Le Jour a une page consacrée aux élections, y compris un supplément avec les photos de tous les élus;

- le quotidien arabophone Annahar a une page anglophone consacrée aux élections, avec notamment les résultats ainsi que les élus par circonscription, parti et groupe parlementaire;

- l’indispensable étude de géographie électorale (de 2005) d’Eric Verdeil, "Les territoires du vote au Liban"

- l’International Foundation for Electoral Systems a une page consacrée au Liban. On y trouvera notamment 4 briefing papers sur les élections – "The Constitutional Council", "A Lebanon Political Primer", "The June 2009 Elections: Mapping of Candidates & Lists by District" et "The Lebanese Electoral System";

- le blog collectif pro-14 mars Blacksmiths of Lebanon a un excellent récapitulatif des statistiques électorales libanaises de 2009;

- un autre bon récapitulatif des résultats du vote circonscription par circonscription sur NowLebanon;

- le dossier spécial élections libanaises du site francophone Libanvision;

- le site personnel d’Adam Carr contient notamment les résultats détaillés des précédentes élections libanaises de 2000 et 2005;

- une étude sur le rôle du parlement libanais durant la guerre civile, "Lebanon: Parliament’s Role in a Struggle for Legality, National Reconciliation, Reform and Liberation";

- une excellente analyse de la loi électorale 2008 par la chercheuse Julia Seiermann, publié sur e-ir (International Relations): "Lebanon’s Reformed Electoral Law – is the cup really “half full”?", dans laquelle elle est circonspecte sur les effets confessionnels de la loi électorale 2008:

As we have seen, the 2008 reform of the Lebanese electoral law has drawn to a certain extent on the proposals of the National Commission’s 2006 draft. The fact that out of the superficial aspects of the draft law (such as voting age, campaign regulations etc.), roughly half were adopted and half were rejected by the Lebanese parliament could justify the view that the electoral reform of 2008 was “a cup half full”. Important progress, yet not in all areas, has been made towards more democratic and free elections. However, if one regards the parliament’s decision to reject the core proposal of the draft, a comprehensive reform of the electoral system itself, and to instead restrict itself to merely re-adopting the electoral districts of 1960, it would be more adequate to qualify the 2008 a “drop in the bucket”.

From a theoretical point of view, it might be argued that a rather consociational electoral system, such as the 2008 law, is recommended by renowned scholars such as Arend Lijphart for countries divided along ethnic or sectarian lines and would thus be suitable for a country like Lebanon. However, one has to take a closer look at the Lebanese case in order to evaluate this systemic choice, asking at the same time “What does Lebanon want?” and “What can the consociational system achieve?” Whereas the consociational model is certainly able to stabilize a nation’s political situation, Lebanon (on a long-term perspective) is longing for more: the abolition of confessionalism. Thus, a centripetal electoral system, which aims at fostering cooperation among groups, might be a more appropriate choice for the country than consociationalism. From this point of view, the Commission’s draft, consisting of a sophisticated balance between consociational and centripetal elements, might have been a step towards cautiously abolishing sectarianism, whereas the 2008 electoral law even cements it.

Nevertheless, while the new electoral law might be considered a step backwards on the road to the abolition of confessionalism from a theoretical perspective, practical experience prohibits this premature conclusion. What four post-Civil War elections have demonstrated is that even a more centripetal approach, such as the one governing the 1992-2005 elections, does not automatically lead to a decrease of sectarian politics. Thus, it can be concluded that a theoretical discussion, although providing important insights on the effects of electoral system design, cannot precisely predict a system’s outcomes. For a conclusive assessment of the 2008 electoral law, one consequently needs to await the practical outcomes of the elections it is to govern in 2009 and, eventually, thereafter.

(1) Un des articles les plus comiques de la Constitution libanaise est l’article 95, qui dispose ce qui suit:

La Chambre des députés élue sur une base égalitaire entre les musulmans et les chrétiens doit prendre les dispositions adéquates en vue d’assurer la suppression du confessionnalisme politique, suivant un plan par étapes. Un comité national sera constitué et présidé par le Président de la République, comprenant en plus du Président de la Chambre des députés et du Président du Conseil des ministres, des personnalités politiques, intellectuelles et sociales.

La mission de ce comité consiste à étudier et à proposer les moyens permettant de supprimer le confessionnalisme et à les présenter à la Chambre des députés et au Conseil des ministres ainsi qu’à poursuivre l’exécution du plan par étapes.

Durant la période intérimaire:

A) Les communautés seront représentées équitablement dans la formation du Gouvernement.

B) La règle de la représentation confessionnelle est supprimée. Elle sera remplacée par la spécialisation et la compétence dans la fonction publique, la magistrature, les institutions militaires, sécuritaires, les établissements publics et d’économie mixte et ce, conformément aux nécessités de l’entente nationale, à l’exception des fonctions de la première catégorie ou leur équivalent. Ces fonctions seront réparties à égalité entre les chrétiens et les musulmans sans réserver une quelconque fonction à une communauté déterminée tout en respectant les principes de spécialisation et de compétence.

Inutile de préciser qu’au Liban, le transitoire est éternel… Sans compter que le comité en question n’a à ma connaissance jamais siégé, et que l’alinéa B) supprimant la répartition confessionnelles des fonctions publiques impose que lesdites fonctions seront réparties à égalité entre chrétiens et musulmans…

(2) Une estimation de 1986 due à la CIA donnait 41% de chiites, 27% de sunnites, 7% de druzes, 16% de maronites, 5% de grecs orthodoxes et 3% de grecs catholiques. En 2008, une estimation de la même source sans doute beaucoup plus proche de la réalité donnait 59,7% de musulmans (officiellement, outre les chiites et les sunnites, cette catégorie regroupe également alaouites et druzes), 39% de chrétiens (maronites, grecs catholiques, grecs orthodoxes, arméniens catholiques, arméniens orthodoxes, syriens catholiques, syriens orthodoxes, etc…) et 1,3% d’autres.

(3) Avant l’accord de Taïf de 1989, la répartition était encore plus biaisée en faveur des chrétiens, dotés de 54 sièges, contre 45 sièges pour les musulmans.

(4) Les 8 circonscriptions mono-confessionnelles du côté chrétien sont Beyrouth I (5 sièges et 91% d’électeurs chrétiens), Jezzine (3 sièges et 78% d’électeurs chrétiens), le Metn (8 sièges et 94% d’électeurs chrétiens), Kesrouan (5 sièges et 98% d’électeurs chrétiens), Batroun (2 sièges et 93% d’électeurs chrétiens), Koura (3 sièges et 84% d’électeurs chrétiens), Bcharré (2 sièges et 100% d’électeurs chrétiens) et enfin Zghorta (3 sièges et 88% d’électeurs chrétiens). Sur les 64 députés chrétiens, 31, soit près de la moitié, sont élus dans des circonscriptions où ils n’ont guère besoin de se préoccuper de leurs électeurs non-chrétiens, avec les effets que cela peut entraînter sur leur discours confessionnel.

Les circonscriptions mono-confessionnelles du côté musulman sont Minieh & Donnieh (3 sièges et 85% d’électeurs musulmans, presque tous sunnites), Saïda (2 sièges et 91% de musulmans, les neuf-dixièmes sunnites), Nabatieh (3 sièges et 95% d’électeurs musulmans, presque tous chiites), Bint Jbeil (3 sièges, 88% d’électeurs musulmans, presque tous chiites) et enfin Tyr (4 sièges et d’électeurs musulmans, presque tous chiites). Du côté musulman, 15 députés sur 64 seulement sont élus dans des circonscriptions mono-confessionnelles, soit deux fois moins que le nombre correspondant pour les chrétiens.

(5) Cependant, à en croire le Democracy Reporting Institute, dont le rapport est absolument indispensable pour bien comprendre les enjeux du système électoral libanais, la nouvelle loi électorale, votée en 2008, ne préciserait désormais plus explicitement que le candidat à un siège confessionnel devrait également être de la confession à laquelle ce siège est "attribué":

All seats are reserved for specific confessions. In the past this meant that a candidate could not stand for election in a district if their confession had no seats there. Curiously but positively, the New Law is much more vague on whether candidates must be of the same confession as the seat for which they are running. Of course, it is highly unlikely that someone not matching the confession of a seat would win it. (Democracy Reporting International, "Lebanon: Assessment of the electoral framework – electoral law of 2008", p. 29)

(6) Voir ce qu’en dit Eric Verdeil dans son étude de 2005 "Les territoires du vote au Liban":

Les Libanais sont inscrits à l’état civil et, dès leur majorité, sur les listes électorales de leur village d’origine et non de leur lieu de résidence habituel. Ce village d’origine a été fixé, pour l’essentiel, durant le Mandat français, en particulier à l’occasion du dénombrement de 1924 et du recensement de 1932 (Maktabi, 1999). Dès cette époque, de nombreuses personnes qui n’habitaient plus en permanence dans leur village, en raison de l’exode rural ou d’une émigration plus ou moins définitive, ont eu la possibilité de s’y faire recenser. Les émigrés peuvent rester inscrits et inscrire leurs descendants (mais tous ne le font pas — combien de temps des émigrés définitifs restent-ils libanais? voilà bien une question controversée). Ainsi, l’état civil enregistre une population en partie absente du village, et parfois même absente du pays. Enfin, troisième problème qui résulte à la fois de ces modalités d’enregistrement et de la désorganisation administrative due à la guerre, la mise à jour de ces listes électorales est difficile, et cause toute sorte de contestations lors des élections (Bahout, 1993).

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4 Réponses

  1. Intéressante analyse.

    En plus des campagnes médiatiques bien orchestrées par les experts des sondages préfabriqués et de la propagande machiavélique, il parait que « "les amis du Liban" », les Démocraties occidentales, à leur tête les USA et les Autocraties arabes, à leur tête l’Arabie Saoudite, ont déployé d’autres moyens colossaux qui dépassent grotesquement l’échelle de ce petit pays pour faire échec au camp du Hezbollah et favoriser le clan Hariri, y compris le financement des frais de transport avec le séjour de 2 semaines en « all inclusive » pour les Libanais établis à l’étranger pour pouvoir bourrer les urnes en faveur de ce dernier clan.

    Ils ont essayé par la suite de faire la même chose avec les élections iraniennes pour déstabiliser le camp d’Ahmadinejad, mais les dimensions de l’Iran ne sont pas celles du Liban ! Alors, ils ont tout simplement échoué dans leurs tentatives de renverser les tendances des électeurs iraniens.

    Déçus des résultats et surtout désespérés par la mobilisation massive des Iraniens pour cette élection présidentielle, qui aux yeux du monde entier ou d’au moins ceux des spécialistes crédibilise plus le régime qu’elle ne le pénalise (le taux de participation a dépassé 85 % ce qui peut être considéré comme un referendum ou un plébiscite en faveur du régime), les Manipulateurs « démocrates "deux poids deux mesures" » se tournent désormais vers d’autres méthodes peu catholiques pour semer la zizanie au sein de la nation iranienne et installer le doute dans les esprits de l’opinion internationale pour préparer un autre chaos dans la région déjà meurtrie par plusieurs mégas ou micros chaos !

    Mais il paraît que le régime iranien est solide et bien enraciné dans la société pour ne pas se laisser facilement déstabiliser ou intimider ou perturber par de telles manœuvres !

    Pourquoi ces imposteurs autoproclamés « démocrates "deux poids deux mesures" » ne se posent pas la question : Et si les partisans du Hezbollah sortaient également dans la rue pour contester le dernier scrutin, manifester leur mécontentement et leur désaccord avec l’issue des urnes ?

    Et leur comportement indigne envers le Hamas qui a remporté haut la main les élections législatives à Gaza ?! Ces démocrates ne rougissent pas de leurs flagrantes incohérence et hypocrisie ; dès le lendemain ils se sont retournés contre le gouvernement légitime choisi par les Gazaouis ! Ces élections, qualifiées de libres et démocratiques, ont été supervisées et attestées par ces mêmes « démocrates "deux poids deux mesures" » !

  2. Voici un bel essai d’explication du système politique libanais.
    Malgré tous ses défauts, je pense qu’on ne peut complètement lui reprocher son caractère confessionnel et la surreprésentation des chrétiens.
    Cela illustre le paradoxe de la démocratie majoritaire, qui donne tout au vainqueur, y compris la possibilité d’écraser la minorité.
    Le système libanais a le mérite d’éviter d’imposer aux chrétiens ce qu’ils subissent dans les pays voisins.
    L’irak est un exemple de ce qui arrive à un pays ou une minorité importante se trouve privée de la possibilité d’accèder à une partie du pouvoir et entre en sédition.
    Les "démocraties" européennes sont construites pour que les partis minoritaires puissent tout de même croquer un peu.

  3. Philippe: dans un système confessionnel ou pluriethnique, j’estime effectivement que la Constitution et la loi doivent accorder une protection renforcée aux minorités, y compris du point de vue de la représentation parlementaire. De là à donner à une minorité le droit absolu et indéfini de monopoliser la fonction de chef de l’Etat allié à une surreprésentation parlementaire substantielle, c’est peut-être beaucoup. Ceci étant, je n’ai pas l’impression que les sunnites et chiites en font un casus belli.

  4. En 2000 aux Etats Unis , Al Gore a eu plus de voix que Bush .. mais il a perdu !!

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