MAP, Israël, même combat

On pourra reprocher tout ce qu’on voudra à la MAP, sauf de ne pas préserver la sensibilité et la délicatesse de ses lecteurs marocains. Ainsi, si dans le reste du monde l’actualité relative à Robert L Bernstein, fondateur étatsunien de Human Rights Watch (HRW) concerne sa toute récente tribune pro-israëlienne dans le New York Times, dans laquelle il accuse assez comiquement Human Rights Watch de ne pas être assez à la traîne d’Israël, au Maroc, les critiques sont filtrées par la MAP, sans doute pour ne pas choquer son lectorat à l’idée qu’un ennemi (Bernstein) de mon ennemi (HRW) se trouverait être un grand ami d’Israël.

Voyons tout d’abord la dépêche de la MAP:

Le fondateur de Human Rights Watch ne se reconnaît plus dans les méthodes de travail de cette ONG (New York Times)
Dernière modification 21/10/2009 12:16 ©MAP-Tous droits réservés

Washington – Le fondateur de Human Rights watch (HRW), Robert L. Bernstein, a affirmé ne plus se reconnaître dans les méthodes de travail de cette ONG, appelant l’organisation à retrouver "dans l’humilité" ses principes fondateurs.

"En tant que fondateur de Human Rights Watch, son président pendant 20 ans et actuellement son président d’honneur, je me vois contraint de faire une chose que je n’aurais jamais imaginée: me joindre publiquement à ceux qui critiquent cette organisation", a écrit M. Bernstein, dans une tribune publiée mardi dans le New York Times.

Il a ainsi déploré le fait que cette ONG se soit écartée de sa mission essentielle liée à la défense des libertés.

"La résurrection de Human Rights Watch en tant que force morale au Moyen-Orient et dans le monde passe par un retour, dans un esprit d’humilité, à sa mission initiale", a-t-il souligné. Si l’ONG échoue dans cette entreprise, a-t-il mis en garde, sa crédibilité sera sérieusement mise à mal et son rôle important dans le monde sera réduit de manière significative.

Mue par la volonté de clarifier la mission liée à la promotion des droits de l’homme, Human Rights Watch, a rappelé son fondateur, s’était évertuée depuis sa création à faire le distinguo entre les mondes démocratique et autocratique en empêchant ce dernier de se présenter comme étant "un équivalent moral" au premier.

"Quand je me suis retiré en 1998, Human Rights Watch était active dans pas moins de 70 pays, dont la plupart étaient des sociétés fermées", a-t-il dit.

Robert L. Bernstein, qui a débuté sa carrière professionnelle dans le monde de l’édition pour se consacrer ensuite à la promotion des droits de l’homme, a déploré que dans son action, aujourd’hui, cette ONG oublie "de plus en plus fréquemment de faire la distinction entre les sociétés ouvertes et les sociétés fermées".

Fondée en 1978,Human Rights Watch, dont le siège est à New York, dispose de représentations dans plusieurs régions de par le monde.

L’ONG internationale s’était fixée pour mission la défense des droits de l’homme en luttant contre la discrimination et l’oppression notamment en temps de guerre.

La MAP aura réussi un petit miracle: alors que les mots "Israel" et "Israeli" reviennent huit fois dans la tribune de Robert L Bernstein publiée par le NY Times, et qu’il est directement question d’Israël dans 8 des 12 paragraphes de cette tribune, et que Bernstein défend la guerre israëlienne contre Gaza de décembre 2008/janvier 2009, rien de tout cela ne filtre dans la dépêche de la MAP. Prenons la première citation de Bernstein dans la dépêche de la MAP:

En tant que fondateur de Human Rights Watch, son président pendant 20 ans et actuellement son président d’honneur, je me vois contraint de faire une chose que je n’aurais jamais imaginée: me joindre publiquement à ceux qui critiquent cette organisation.

Dans l’original, cette phrase est immédiatement suivie par les deux phrases suivantes, qui expliquent la critique publique qu’il émet:

Human Rights Watch had as its original mission to pry open closed societies, advocate basic freedoms and support dissenters. But recently it has been issuing reports on the Israeli-Arab conflict that are helping those who wish to turn Israel into a pariah state.

Deuxième citation de la MAP:

La résurrection de Human Rights Watch en tant que force morale au Moyen-Orient et dans le monde passe par un retour, dans un esprit d’humilité, à sa mission initiale. Si l’ONG échoue dans cette entreprise, a-t-il mis en garde, sa crédibilité sera sérieusement mise à mal et son rôle important dans le monde sera réduit de manière significative.

Cette phrase correspond à la conclusion de la tribune de Bernstein, précédée de huit paragraphes critiquant le regard critique de HRW sur Israël en général et sur sa guerre contre Gaza en particulier.

Troisième citation de la MAP:

Mue par la volonté de clarifier la mission liée à la promotion des droits de l’homme, Human Rights Watch, a rappelé son fondateur, s’était évertuée depuis sa création à faire le distinguo entre les mondes démocratique et autocratique en empêchant ce dernier de se présenter comme étant "un équivalent moral" au premier.

Par rapport à la tribune originale de Bernstein, la MAP a supprimé la référence à l’Union soviétique et à la Chine:

That is why we sought to draw a sharp line between the democratic and nondemocratic worlds, in an effort to create clarity in human rights. We wanted to prevent the Soviet Union and its followers from playing a moral equivalence game with the West and to encourage liberalization by drawing attention to dissidents like Andrei Sakharov, Natan Sharansky and those in the Soviet gulag — and the millions in China’s laogai, or labor camps.

Quatrième et dernière citation directe de la MAP:

Quand je me suis retiré en 1998, Human Rights Watch était active dans pas moins de 70 pays, dont la plupart étaient des sociétés fermées. (…) [D]ans son action, aujourd’hui, cette ONG oublie "de plus en plus fréquemment de faire la distinction entre les sociétés ouvertes et les sociétés fermées".

Ceci correspond au quatrième paragraphe de la tribune de Bernstein,qui ne mentionne pas Israël (c’est la dernière à ne pas le faire) immédiatement suivie de huit paragraphes mentionnant Israël. Aucun des huits paragraphes suivant n’est cité, ni d’ailleurs le titre de la tribune de Bernstein, "Rights Watchdog, Lost in the Mideast" ("Chien de garde des droits de l’homme, perdu au Moyen-Orient"), ni d’ailleurs le motif principal invoqué par Bernstein pour justifier son dépit. Je suis bien évidemment convaincu que tous les contempteurs de la presse (indépendante) marocaine, qu’on peut lire à longueur de commentaires sur la blogoma, ne manqueront pas de réclamer les foudres de la déontologie et de la loi contre les fonctionnaires ("journalistes") de la MAP.

 Pour des approches moins déconnectées de la réalité de la tribune de Bernstein, voir les posts suivants:
- KABOBfest, "Background on Bernstein/NGO Monitor attack on HRW" et "Do Palestinians have (only) human rights?";
- Angry Arab, "It is now officail: Human Rights Watch calls on Israel to fight wars";
- Economist.com, "A note on Jewish literary style";
- Andrew Sullivan, "The Assault On Human Rights Watch" et "The Assault On Human Rights Watch, Ctd";
- Phil Weiss, de Mondoweiss, "Can you imagine the Times Op-Ed page running pieces supporting the Haditha massacre in Iraq?" et "‘NYT’ continues to justify dropping white phosphorus on school children";
- le courrier des lecteurs du NY Times au sujet de la tribune de bernstein, "Crossfire: A Rights Group and Israel"

Quant au fond, les reproches faits à HRW pour son anti-sionisme primaire supposé sont franchement hilarants – voir notamment mon billet "Human Rights Watch a du mal avec le Liban – et surtout avec Israël" ou Angry Arab. Mais c’est surtout le scandaleux communiqué de HRW du 22 novembre 2006 qu’il faut retenir, dans lequel HRW critiquait le fait pour des civils palestiniens de se constituer boucliers humains à proximité de domiciles de résistants palestiniens soupçonnés d’être visés par des tentatives israëliennes d’assassinat:

Palestinian armed groups must not endanger Palestinian civilians by encouraging them to gather in and around suspected militants’ homes targeted by the Israel Defense Forces (IDF), Human Rights Watch said today.

Les critiques contre ce communiqué avaient été si intenses (de Norman Finkelstein, Jonathan Cook, Helena Cobban, d’ONG palestiniennes, de l’International Solidarity Movement et enfin de citoyens scandalisés) que HRW s’était vu contraint, un cas unique dans les annales, de sortir un second communiqué clarifiant son premier et tentant très maladroitement de revenir en arrière, comme l’avait noté Helena Cobban:

We regret that our press release below (“OPT: Civilians Must Not Be Used to Shield Homes Against Military Attacks”) gave many readers the impression that we were criticizing civilians for engaging in nonviolent resistance. This was not our intention. It is not the policy of the organization to criticize non-violent resistance or any other form of peaceful protest, including civilians defending their homes.

Khalid Naciri: pour punir Le Monde de qualifier le Maroc de pays liberticide, on a du interdire Le Monde

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Khalid Naciri a retrouvé sa forme olympique du mois d’août – jugez-en, dans une déclaration à l’AFP relative à l’interdiction du Monde des 22 et 23 octobre en raison de la publication de caricatures de Plantu sur la monarchie:

Interdiction du Monde: le Maroc n’est pas un "pays liberticide" (ministre)
lemonde.fr 23.10.09 | 14h40

Le ministre marocain de la Communication Khalid Naciri a affirmé vendredi que le Maroc n’était pas un "pays liberticide" mais qu’il avait été "contraint et forcé" de bloquer la distribution au Maroc du journal Le Monde daté des 22 et 23 octobre.

"C’est contraint et forcé que j’ai été obligé d’interdire l’entrée au Maroc" du journal Le Monde, a-t-il déclaré à l’AFP. "Nous ne pouvons accepter ce qui est une atteinte directe à nos sentiments, une démarche présentant le Maroc comme un pays liberticide", a ajouté M. Naciri, joint au téléphone à Stockholm où il représente le Maroc à la 4-ème édition des Journées européennes du développement (JED).

"Les propos du Monde nous ont profondément choqués", a souligné Khalid Naciri, également porte-parole du gouvernement.

Les autorités marocaines ont bloqué jeudi la distribution du Monde qui a publié, dans son édition datée du jeudi 22 octobre, une caricature jugée "irrespectueuse" de la famille royale.

Le Monde daté du 23 octobre a également été interdit à la vente au Maroc pour des raisons similaires.

Dans son numéro du 22 octobre, Le Monde a publié à la "Une" un dessin du caricaturiste Plantu montrant une main sortant de l’étoile à cinq branches du drapeau marocain et tenant un crayon dessinant un personnage coiffé d’une couronne, tirant la langue et avec ce qui ressemble à un nez de clown.

"Procès au Maroc contre le caricaturiste Khaled Gueddar qui a osé dessiner la famille royale marocaine", dit la légende accompagnant cette caricature.

La distribution au Maroc du Monde daté du 23 octobre a été bloquée "dans la même logique" car contenant la caricature dessinée par Khaled Gueddar.

Cette caricature avait été publiée par le quotidien Akhbar Al Youm dans son édition datée des 26-27 septembre et fait actuellement l’objet d’un procès au Maroc, intenté par le ministère de l’Intérieur et le prince Moulay Ismaïl, cousin du roi Mohammed VI.

Je crois qu’il est nécessaire ici de décortiquer le raisonnement de Khalid Naciri, pour ceux qui ne seraient pas familiers de la lecture du Tractatus Logico-Philosophicus de Wittgenstein:

  1. Le Monde accuse le Maroc d’être un pays liberticide.
  2. Or, le Maroc n’est pas un pays liberticide.
  3. Cette accusation est inacceptable.
  4. Pour cette raison, c’est contraint et forcé que le Maroc fait interdire Le Monde.

Si vous arrivez à l’étape n°4 sans néanmoins comprendre la logique sous-jacente du raisonnement, ne vous en faites pas: vous n’êtes pas le seul.

Rétroactes:
- "Khalid Naciri, ou le post-communisme à la marocaine", (11 août 2009);
- "Question à Khalid Naciri: Sharon Stone, nihiliste sublimée ou sincère?", (9 août 2009);
- "Comical Khalid, néo-makhzénien sublimé" (6 août 2009);
- "Khalid Naciri lance un appel aux “nihilistes sincères”, “les yeux dans les yeux”", (6 août 2009);
- "X-files – the Moroccan connection: la filière usfpéiste se confirme", (29 février 2008)

Adieu Ali, je t’aimais bien tu sais

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On se rend compte qu’on vieillit quand à commence à enterrer oncles et grands-parents, voire un cousin. Je viens de perdre mon oncle Ali, mort subitement d’une crise cardiaque en tenant la main de son fils Yassine qu’il était venu chercher à l’école. Outre Yassine, Ali laisse derrière lui une veuve, Naïma.

Après des périodes difficiles, il s’était marié sur le tard, la cinquantaine passée, avec une collègue de travail, et avait eu son fils, qu’il chérissait et élevait en père consciencieux à qui la vie n’avait pas toujours réservé des moments roses. Mort hier après-midi, sa disparition a choqué sa nombreuse fratrie (onze frères et soeurs au total), car il était l’un des plus jeunes, et avait connu des moments difficiles, voire très difficiles. Fortement entouré par la famille depuis son mariage, il se contentait comme des millions d’autres de mener sa petite vie avec sa femme et son fils sans embêter personne et en ne pensant qu’à sa famille et à la nécessité d’affronter les difficultés de la vie quotidienne et les questions sur l’éducation et l’avenir d’un enfant dans un monde qui ne donne pas toujours envie. Fan de foot et ayant vécu en Allemagne, nous échangions toujours quelques mots en allemand puis des nouvelles sur telle ou telle compétition lorsque nous nous rencontrions. Il était dénué de la moindre méchanceté, en dépit d’épreuves qui auraient pu le rendre dur ou cynique. On regrette le temps non passé, les invitations déclinées, les mots dits ou non dits, quand c’est trop tard – il ne faut pas perdre le sens des priorités, et la famille en est une.

انّا للہ و انّا الیہ راجعون

Pour les inconditionnels d’al ousboue al faras et des chatons de l’Atlas

Les partisans de la semaine du cheval et des constantes civilisationnelles cosubstantielles à la personnalité marocaine, laquelle est ancrée dans ses traditions ancestrales mais ouverte sur l’Autre, peuvent respirer: la campagne nihiliste aura beau souffler de toutes ses forces, rien n’ébranlera la Haute Sollicitude dont bénéficie le glorieux patrimoine équestre marocain. Deux absences me turlupinent cependant à la lecture du programme de vette manifestation placée sous le Haut Patronage Royal:

Le public pourra découvrir et apprécier diverses facettes du cheval et de l’art équestre, à travers les galeries, les expositions (peinture, oeuvres d’art, manuscrits) et les stands organisés pour l’occasion, dont ceux des Forces Armées Royales, de la Garde Royale, de la Gendarmerie Royale, de la Sûreté Nationale, des Forces Auxiliaires, de la Fédération Royale marocaine des sports équestres et du Complexe Royal des sports équestres et Tbourida de Dar Essalam, outre les espaces dédiés aux régions.

Les amis de l’ordre auront noté avec effroi l’absence de stands de la DGED et de la DST – rien de grave j’espère? Heureusement que la sensibilité artistique des FAR permet de calmer de telles anxiétés: "Les FAR participent avec une exposition et une présentation sur la cavalerie et les métiers équestres".

Dans le même ordre d’idées, les fans du foot marocain et de son équipe nationale seront rassurés d’apprendre que les mauvais résultats de l’équipe nationale sont dûs à tout le monde sauf aux quatre entraîneurs de l’équipe nationale agissant sous la houlette de Hassan Moumen, que Dieu multiplie sa progéniture: un agent de joueurs, Youssef Hadji (que Dieu flétrisse son pied droit), voire sans doute la presse indépendante, mais certainement pas à l’ex-entraîneur du FUS de Rabat, présidé par Mounir Majidi, que Dieu lui prête longue vie, et dont le président de la Fédération royale marocaine de football, Ali Fassi Fihri, frère du ministre des affaires étrangères et mari de la ministre de la santé tout en étant neveu du premier ministre, est membre du comité directeur. On notera par ailleurs que dans un effort louable d’étendre son assise populaire aux anciens élèves du lycée Descartes, le site officiel du FUS n’existe qu’en langue française.

Accommodements raisonnables

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Il m’arrive souvent de chambrer le Canada sur Twitter, en raison de ses nombreuses atteintes aux droits des personnes en matière notamment de terrorisme (songez à Maher Arar) et de son alignement aveugle sur l’interventionnisme étatsunien. C’est surtout parce que le Canada, tout comme les Pays-Bas (Pim Fortuyn, Geert Wilders, Ayaan Hirsi Ali) et le Danemark (Dansk Folkeparti), voire même le Royaume-Uni, symbolise parfaitement cette étonnante dérive d’un certain libéralisme vers un autoritarisme fondé sur l’atlantisme, la lutte anti-terroriste et la xénophobie (et plus particulièrement l’islamophobie). Ce qui caractérise ce libéralisme autoritaire c’est qu’il est éclectique: il pourra ainsi être en pointe en matière de parité hommes/femmes ou des droits des homosexuels, tout en votant avec enthousiasme des lois liberticides, des invasions ou bombardements de pays étrangers (de préférence musulmans) et comporter un discours et une pratique de plus en plus xénophobe ou islamophobe.

Mais dans certains cas, le libéralisme initial a encore de beaux restes: c’est malgré tout le cas du Canada, célèbre pour sa tolérance qui va jusqu’à défendre le droit pour un élève sikh de porter son poignard rituel, le kirpan, en classe (décision du 2 mars 2006 de la Cour suprême du Canada dans l’affaire Multani c. Commission scolaire), mais dont la principale contribution au multi-culturalisme est sans conteste la notion d’accomodement raisonnable.

Voici une définition officielle de ce concept:

Accommodement raisonnable
Arrangement qui relève de la sphère juridique, plus précisément de la jurisprudence; il vise à assouplir l’application d’une norme en faveur d’une personne menacée de discrimination en raison de particularités individuelles protégées par la loi.

Une commission canadienne, présidée par le célébrissime philosophe québecois Charles Taylor ainsi que par son collègue francophone Gérard Bouchard à l’instigation du premier ministre du Québec Jean Charest, s’est ainsi penchée sur la question après des réunions publiques généralement assez déprimantes pour les tenants du multi-culturalisme. Appelée officiellement la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles (CCPARDC) et officieusement la commission Taylor-Bouchard, cette commission était chargée d’apporter une réponse à la conciliation des identités religieuses, ethniques et linguistiques différentes au Québec. Un volumineux rapport final ainsi qu’une série d’études spécifiques ont couronné ses travaux, y compris 37 recommandations concrètes. Pour leur mise en oeuvre, par contre, on repassera.

Cette notion est bien sûr d’actualité non seulement au Québec ou au Canada, mais aussi en Belgique – le militant des droits de l’homme Henri Goldman appelle sur son blog  la Belgique - où une vague de mesures inspirées par la laïcité à la française, très différente du principe de neutralité reconnu par la Constitution belge – à s’inspirer des accommodements (ou aménagements) raisonnables à la québecoise plutôt que de la loi scélérate d’interdiction du voile adoptée en France:

de toute façon, nous n’échapperons pas à un débat serein sur ce qu’on préfère appeler, dans la tradition juridique européenne, des « aménagements raisonnables » |2|. Ce concept appartient désormais pleinement au droit communautaire de la non-discrimination, tel qu’il a été transposé en droit belge par la loi « anti-discrimination » du 10 mai 2007. Ces nouvelles dispositions étendent dans une large mesure les dispositifs de lutte contre les discriminations raciales à d’autres motifs : l’âge, l’orientation sexuelle, l’état civil, la naissance, la fortune, les convictions religieuses, philosophiques ou politiques, la langue, l’état de santé actuel ou futur, un handicap, une caractéristique physique ou génétique, le sexe, la grossesse, l’accouchement, la maternité, le changement de sexe, en plus des critères « classiques » de la nationalité, de la prétendue race, de la couleur de peau, de l’ascendance et de l’origine nationale, ethnique ou sociale |3|.

Ce droit distingue classiquement deux formes de discriminations, selon qu’elles sont directes (c’est-à-dire qu’elles visent directement une ou plusieurs catégories de personnes) ou indirectes. Dans ce cas, la discrimination n’apparaît pas parmi les buts visés d’une disposition apparemment neutre poursuivant un but légitime, mais il en résulte pourtant un désavantage particulier pour certaines personnes relevant d’une catégorie reprise par la loi. Dans certains cas, il est possible de changer la disposition pour supprimer la discrimination sans nuire au but poursuivi. Dans d’autres, c’est impossible.

C’est ici qu’intervient la notion d’aménagement raisonnable : on examine s’il est possible de supprimer cette discrimination par des dispositions particulières s’appliquant aux personnes victimes des discriminations indirectes. Et c’est ici que les discussions commencent, car certains aménagements proposés peuvent relever de ce qu’on appelle une « contrainte excessive ». Par exemple, des personnes handicapées en chaise roulante ne peuvent accéder par leurs propres moyens au sommet du beffroi de Bruges, ce qui constitue incontestablement une discrimination indirecte à leur égard. Mais l’aménagement qui pourrait faire disparaître cette discrimination – la construction d’un ascenseur parallèle à la tour – est à l’évidence une contrainte excessive à cause de son coût exorbitant et parce qu’elle défigurerait un monument historique. Mais tous les aménagements n’ont pas cette évidence, d’où un large champ de débats.

Et les accomodements raisonnables au Maroc, ça donnerait quoi? Sans doute une abrogation de l’article 222 du Code pénal réprimant la rupture publique du jeûne par une personne notoirement connue pour son appartenance à la religion musulmane, une dépénalisation des relations sexuelles entre personnes du même sexe ou personnes non mariées (article 490 du Code pénal) et la suppression de l’interdiction pour les Marocaines musulmanes d’épouser un non-musulman (article 39 du Code de la famille), sans parler de la question des prénoms berbères. Mais de l’autre côté, l’interdiction de mesures discriminatoires contre les femmes voilées, les hommes barbus ou les chiites.

Je vous l’avais bien dit, cette notion d’accommodement raisonnable est intéressante…

Quand les islamophobes s’entretuent, il ne faut surtout pas les déranger

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Je suis tombé sur un excellent blog, "Gates of Vienna Vs. The World Vs. LGF – An Ongoing Blogging Soap Opera" (GOVVS), consacré aux hilarantes guerres sectaires entre bloggeurs islamophobes, dont les plus connus sont les blogs Gates of Vienna (qui trouve son nom de la bataille de Vienne lors de laquelle fût stoppée l’avance de l’empire ottoman en 1683) et Little Green Footballs, auprès desquels Caroline Fourest, Alain Finkielkraut ou Philippe Val font figure de dhimmis enturbannés. A l’apogée du bushisme, ces blogs étaient relativement influents, notamment auprès de la blogosphère lobotomisée de droite. Très vite, les tensions se sont fait apparaître entre deux philosophies, que dis-je deux ontologies politiques: ceux qui détestent les musulmans et ceux qui détestent les musulmans mais aussi d’autres métèques – reflètant ainsi la cassure au sein de l’extrême-droite française, traversée par deux profonds courants de pensée: ceux qui détestent les juifs plus que les arabes (Jean-Marie Le Pen) et ceux qui détestent les arabes plus que les juifs (Bruno Mégret et Philippe de Villiers).

Je vous passe les détails palpitants de cette guerre de titans de la pensée humaine, qui n’est pas sans évoquer la rivalité Raymond Aron/Jean-Paul Sartre, et vous renvoie à ce bref état des lieux, en vous laissant suivre les nombreux épisodes et rebondissements de cette étape fondamentale du parachèvement de la philosophie des Lumières, dont les concepts principaux sont Eurabia, dhimmitude et bombe démographique:

The Saga Continues
After a "Counterjihad Summit" held in Brussels and sponsored by an offshoot of the blog Gates of Vienna, the Center for Vigilant Freedom, a War of the Blogs has erupted. Centering on the objections of Little Green Footballs Commander in Chief, Charles Johnson, to the inclusion of Flemish separatist party Vlaams Belang in the Summit, this soap opera of posts, rebuttals, accusations, a rather strange rat, and increasingly unhinged comments continues unabated.

At stake, the "moral high ground" of anti-Islamic blogs, the leadership of the same, and the burning question of who will embarrass themselves the most in this exciting battle of the blogs. We will try to chronicle this here, but we will let the players speak in their own words for the most part. The continuation of the struggle will determine itself, to the amusement of most and the consternation of the few.

The Players:

Charles Johnson
Baron Bodissey

Dymphna
Pamela Geller/Atlas Shrugs
Conservative Swede
Christine

Mais vos lectures seraient incomplètes si vous ne passiez pas par le site Loonwatch – the mooslims! they’re here! lequel, comme son nom l’indique, est consacré à traquer les islamophobes (anglophones) sur Internet:

Loonwatch.com is a blogzine run by a motley group of hate-allergic bloggers to monitor and expose the web’s plethora of anti-Muslim loons, wackos, and conspiracy theorists.

While we find the sheer stupidity and outrageousness of the loons to be a source of invaluable comedy, we also recognize the seriousness of the danger they represent as dedicated hatemongers. And so, while our style reflects our bemusement, our content is fact checked and our sources well vetted making sure loonwatch.com is a reliable educational – if entertaining – resource on the rambunctious underworld of Muslim-bashing.
The folks featured on Loonwatch fit two or more of the following definitions:

Loon noun

1. a worthless lazy fellow
2. a person with confused ideas; incapable of serious thought [syn: addle-head]
3. large somewhat primitive fish-eating diving bird of the northern hemisphere having webbed feet placed far back; related to the grebes
Source: WordNet® 3.0, © 2006 by Princeton University.

And so, grab a cup of coffee and join us, won’t you, as we expose the trials and travails of the hatemongers in our midst: loons in the mist.

Petite sélection:
- "At (Civil) War with the Idiots he Created";
- "Anti-Muslim Blogoshpere Runs Amuck: Forced to Eat Crow";
- "The Blog Wars: Charles Johnson Takes on Robert Spencer for Associating with Extremists";
- "Pamela Geller Watch: Craziest Quotes of the Week";
- "Pamela Geller: The Looniest Blogger Ever";
- "Debbie Schlussel and the Great Blog Wars";
- "Robert Spencer Rejected by Academics: Still Supports Geert Wilders"

Les lecteurs qui endurent la lecture de ce blog depuis quelques temps déjà n’auront pas à regretter leur abnégation, puisque je les avais déjà introduit à la philosophie politique de l’islamophobie cybernétique étatsunienne par le biais d’Atlas shrugs (oui, le pseudo est débile, ce qui n’est guère étonnant puisque tiré d’un roman de la psychopathe libertaire Ayn Rand, plus chiante que Raël mais beaucoup plus étudiée et lue aux Etats-Unis que son confrère ne l’est en France, Michel Houellebecq mis à part). Ceci dit, je ne dirais pas non à sa prochaine activité au Texas: "an intimate evening with Pamela Geller"…
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PS: voir aussi LGF Watch – The Original Stalker Site™, premier site à prendre pour cible Little Green Footballs.

"Peut-on, après cela, parler de liberté d’expression au Maroc?"

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Lu dans Mohammed Abdel Jabri, "Positions – témoignages et mises en lumière (n°4): la démocratie au Maroc", Centre de Recherche et de Coordination Scientifiques, Tétouan, 2004, pp. 73-83, 104:

La liberté de la presse au Maroc, entre loi édictée et réalité vécue

Dans leurs déclarations et commentaires, les responsables aiment à répéter, non sans fierté, que la presse au Maroc dispose d’une marge de liberté que lui envient de nombreux pays dans le monde. Jetons donc un regard sur le Code de la presse au Maroc, et essayons d’en analyser les données théoriques et retombées pratiques, afin que le lecteur puisse en juger par lui-même. (…)

Du point de vue juridique, la liberté de la presse au Maroc repose sur un dahir fondamental, celui du 18 novembre 1958 (…) [T]out en semblant – de prime abord, du moins – accorder à la presse une large marge de liberté, le dahir de 1958, considéré comme le statut fondamental régissant ce métier, recèle deux éléments susceptibles de permettre l’abrogation pure et simple de toute liberté prétendue.

Le premier de ces éléments est que le dahir (art. 7) (1) délègue au ministre de l’intérieur le pouvoir de sévir contre tout organe de presse ayant publié une matière qui, de l’avis du ministre, peut constituer une atteinte à l’ordre public (2).

Le second est la trop large acception qu’il accorde au terme "diffamation" (3), lui faisant englober, dans la pratique, tous les mots de la langue susceptibles de recevoir plus d’une interprétation, qui peuvent alors tous servir de prétextes à d’éventuelles poursuites judiciaires. Autrement dit, la presse se trouve soumise à deux pouvoirs: celui de l’exécutif, par le truchement du ministre de l’intérieur, et celui du judiciaire, qui ouvre toutes grandes ses portes devant les différentes poursuites en diffamation. (…)

Comme nous le disions, la presse est soumise, en vertu de la loi, aux pouvoirs conjugués du ministre de l’intérieur et de l’appareil judiciaire. Nous venons de voir combien le pouvoir conféré au ministre est arbitraire, ne dépendant que de ses seules volonté et considérations personnelles.

Le pouvoir judiciaire, lui, revêt de plus en plus les allures d’un pouvoir exécutif indirect. En effet, et depuis l’entrée en vigueur du dahir organisant la liberté de presse, les autorités judiciaires n’ont cessé de se révéler un instrument docile aux mains de l’exécutif. pas une fois, la justice n’aura rejeté une accusation lancée par le pouvoir exécutif à l’encontre d’un organe de presse. Pas une fois, elle n’osera donner aux choses des noms autres que ceux que les responsables de l’exécutif leur auront données. Maintes critiques sincères, se voulant constructives, mais jugées calomnieuses par les gouvernants, verront ce jugement confirmé par la justice, au mépris de toutes les opinions des juristes n’y voyant rien d’autre qu’une simple critique. (…)

Avant donc que de s’interroger sur la liberté de la presse au Maroc, il siérait peut-être de se demander d’abord si la justice, dans notre pays, jouit elle-même d’indépendance. (…) Face à cette dépendance de la justice et cette hégémonie du ministre de l’intérieur, la liberté de presse n’est plus qu’un mot creux, dénué de tout sens. Quant aux procès intentés contre les organes de presse, ils ont de plus en plus l’air de mauvaises comédies. (…)

Peut-on, après cela, parler de liberté de presse au Maroc?

Face à l’inadmissible pouvoir conféré au ministre de l’intérieur, lui permettant de saisir et de suspendre les publications; face à la soumission du judiciaire à l’exécutif, et à l’absence de toute institution représentative au sein de laquelle l’opposition aurait pu s’exprimer, peut-on prétendre que la presse dispose au Maroc de la moindre marge de liberté? Comment cela saurait-il être, quand le seul moyen de survie pour la presse consiste à ne jamais déplaire aux gouvernants, c’est à dire à taire tout simplement la voix de l’opposition?

Une application partiale de la loi

Par ailleurs, le Code de la presse ne s’applique qu’aux journaux s’exprimant au nom de l’opposition. Jamais le pouvoir exécutif ne poursuivra en justice aucun de ses propres organes, même quand il leur arrivera de publier une matière qui aurait certainement valu à At-tahrir (4) un procès retentissant. (…) La liberté de presse au Maroc est donc et restera un mythe, tant qu’aucune réalité tangible ne viendra confirmer le contraire.

Mais peut-on vraiment parle de liberté d’expression dans notre pays? La réponse est bien évidemment par la négative, étant donné que la loi régissant le métier du journalisme n’offre acune protection à cette liberté. Le ministre de l’intérieur n’a-t-il pas, en effet,, le pouvoir de faire saisir, suspendre ou même interdire n’importe quelle publication, sans avoir pour cela à recourir aux tribunaux ni à aucune autre instance? La loi, elle, en ouvrant la voie aux procès en diffamation, facilite d’autant les poursuites contre les organes de presse. Selon cette loi, toute critique ayant déplu aux gouvernants est susceptible d’être interprétée comme une diffamation, conduisant inluctablement à un procès contre le journal sur les pages duquel est parue la critique. (…) Nous avions déjà établi (…) que notre pays ne jouit d’aucune sorte de liberté d’expression, et que le Code de la presse n’offre aucune protection à cette liberté. De plus, même si la liberté d’expression est garantie par un dahir promulgué par le Chef de l’Etat, cette garantie reste insuffisante, vu que l’abrogation de ce dahir ne dépend que d’une signature du Chef de l’Etat lui-même. La liberté d’expression, si tant qu’il en existe dans notre pays, ne dépend donc, dans le meilleur des cas, que de la volonté d’un seul individu, le tenant du pouvoir personnel

Voici donc ce qu’écrivait le philosophe Mohamed Abdel-Jabri, alors journaliste à At-tahrir, sur la répression contre la presse marocaine des années 1960-62. A l’époque, la répression ne trouvait pas comme prétexte la diffamation alléguée d’un chef d’Etat étranger – Kadhafi – ayant reconnu un mouvement séparatiste marocain, ou une caricature ambigüe, ou l’information subversive selon laquelle le Roi suivrait un traitement à la cortizone, ou le fait de qualifier de consultant mercenaire un consultant franco-belge se réclamant ouvertement de ses liens avec des services de renseignement étrangers, ou un facebooker ayant ouvert un compte FB au nom d’un Prince royal ou enfin la chronique d’un bloggeur critiquant l’octroi arbitraire d’agréments de transport – et je passe sur les très dangereux pique-niqueurs de Mohammedia. A l’époque, existait une opposition résolue, ferme et populaire, ne mâchant pas ses mots:

"Le comité central de l’Union nationale des forces populaires (UNFP), réuni le 14 novembre 1962 à Casablanca; Après avoir analysé la situation créée par le pouvoir absolu de soumettre au référendum une Constitution préfabriquée dans le secret avec la collaboration des techniciens étrangers au service de l’impérialisme et du néo-colonialisme, (…) souligne que l’opération dite du réferendum, dans le contexte du régime du pouvoir personnel et fédoal instauré depuis 1960, est de toute évidence une procédure antidémocratique et une forme d’escroquerie politique; (…) le comité central de l’Union nationale des forces populaires (UNFP) affirme quee le recours à l’opération réferendum, dans les conditions précitées, tend en réalité à faire avaliser une Constitution qui n’est que la codification d’un pouvoir personnel et réactionnaire. (…) Décide de mobiliser tous les militants et les cadres des masses ouvrières et paysannes, afin d’organiser le boycott de réferendum projeté et de soustraire ainsi les masses populaires au chantage auquel les agents du régime entendent les soumettre; fait appel au sentiment de patriotisme et de dignité de tous les citoyens pour opposer un front national au réferendum constitutionnel qui n’est qu’une manoeuvre de mystification et une procédure de fraude politique (cité par André Valentino, "Le réferendum marocain du 7 décembre 1962", in "Sociologie électorale en Afrique du Nord",  Presses Universitaires de France, Paris, 1966, pp. 177-8)

Le Conseil national du même parti n’était pas en reste:

"Le Conseil national de l’Union nationale des forces populaires a tenu une session extraordinaire le 25 novembre 1962 à Casablanca. Le Conseil national a d’abord procédé à l’étude de la Constitution imposée au pays. Il est arrivé à la conclusion que cette Constitution n’est que la codification du régime du pouvoir féodal, absolu et archaïque et une tentative de consolidation des structures pourries existantes (ibid, p. 178)"

Le Conseil national de l’Union marocaine du travail (UMT), réuni le 21 novembre 1962 à Casablanca n’était pas non plus mesuré dans ses propos:

"Le Conseil national (…) déclare que le projet de Constitution n’est que la consécration des structures féodales, à maintes reprises dénoncées par le peuple et la légalisation de la mainmise totale de l’absolutisme sur notre pays. Outre l’équivoque et la duperie, dont le pouvoir entoure son entreprise, il n’a pas hésité à utiliser la pression morale et matérielle, l’intimidation et la menace pour imposer "sa" Constitution aux citoyens. Le Conseil national de l’UMT considère que cette Constitution, qui ne diffère en rien des projets élaborés par le colonialisme et que le protectorat avait vainement essayé d’imposer au peuple marocain, n’est que l’expression du mépris du pouvoir envers la conscience nationale et les masses populaires (…). Cette Constitution qu’on impose au peuple, après sept ans d’atermoiements, au cours desquels la corruption s’est généralisée, l’absolutisme, la collusion avec le colonialisme et le pouvoir personnel ont été érigés en système de gouvernement au Maroc, renforce les fondements de la féodalité, de la réaction et du colonialisme. Aussi, le Conseil national de l’UMT (…) fait appel à la classe ouvrière, avant-garde d ela lutte pour la libération et la démocratie pour qu’elle mette en échec à la fois les tentatives d’intimidation, de pression, de corruption et de charlatanisme, et la manoeuvre pour laquelle on désire enchaîner le peuple marocain et le réduire à l’esclavage (ibid., p. 180)"

Le cheikh al islam Mohamed Ben Larbi Alaoui dénonça quant à lui "le crime ignoble perpétré contre la religion islamique par les promoteurs du projet constitutionnel" (ibid., p. 117).

Dans son livre cité au début, Mohamed Abdeljabri parle d’"autocratie absolue" (p. 54), "pouvoir personnel absolu" (pp. 57, 60, 61), "des régimes corrompus que seules leurs connivences avec le colonialisme protègent de la colère de leurs peuples" (p. 57), "le régime bâti sur le pouvoir personnel a, de tous temps, été un mal, un régime corrompu" (p. 59), "au nom du Roi, maître absolu du pays" (p. 60), "une forme de pouvoir encore plus personnelle et plus réactionnaire que celle instaurée sous Mohammed V" (pp. 67-8), "une démocratie factice, destinée à servir de moyen pour mieux exploiter le peuple et mieux l’abrutir, afin d’en faire une monture docile aux mains des seigneurs féodaux, des idoles et des demi-dieux" (p. 85), "les suppôts du féodalisme, les réactionnaires et les chasseurs de postes" (p. 85), "la démocratie est incompatible avec leur réalité et leur façon de gouverner, ainsi qu’avec leurs considérables – et combien nombreux! – intérêts personnels" (p. 90), "la seule liberté d’expression au Maroc est celle accordée aux commentateurs de la radio de couvrir d’injures le peuple et ses représentants authentiques" (p. 100), "une loi servant toujours les intérêts de ceux qui la promulguent, elle servira le Roi et ses sbires si ce sont eux qui l’auront faite, et servira le peuple si c’est lui, à travers ses représentants élus, qui l’aura élaborée et entérinée" (p. 102), etc.

Voilà donc ce pour quoi étaient saisis et poursuivis militants et journalistes marocains il y a près de cinquante ans, et voici pourquoi d’autres journalistes et militants marocains sont poursuivis aujourd’hui.

(1) Note d’Ibn Kafka: il s’agit en fait de l’article 77 depuis la réforme législative de 2002.

(2) L’article 77 dispose ce qui suit:

Le Ministre de l’Intérieur pourra ordonner par arrêté motivé la saisie administrative de tout numéro d’un journal ou écrit périodique dont la publication porte atteinte à l’ordre public, ou comporte les faits visés à l’article 41 ci-dessus. (…)

L’article 41 réprime quant à lui "d’un emprisonnement de 3 à 5 ans et d’une amende de 10.000 à 100.000 dirhams toute offense, par l’un des moyens prévus à l’article 38, envers Sa Majesté le Roi , les princes et princesses Royaux. La même peine est applicable lorsque la publication d’un journal ou écrit porte atteinte à la religion islamique , au régime monarchique ou à l’intégrité territoriale."

(3) Il faudrait plutôt également par là le terme "offense" visé à l’article 41 du Code de la presse, ainsi que le concept "porter atteinte à" du même article.

(4) At-tahrir fut un quotidien arabophone de l’UNFP, ancêtre de l’USFP.

Blog Action Day: le principal problème du Maroc, l’eau et le réchauffement climatique

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Le principal problème auquel est confronté le Maroc est assez clair: c’est celui des ressources naturelles du pays, en premier lieu, et des conséquences du réchauffement climatique. Ni le makhzen, ni l’islamisme, ni l’article 222 du Code pénal, ni l’intégrité territoriale, ni la liberté d’expression, ni le chômage des jeunes, ni l’éradication du nihilisme ne sont aussi déterminants, car le droit suprême est celui de la vie, et avec un stress hydraulique qui ne va qu’augmenter ce sont des milliers voire millions de Marocain-e-s qui seront menacé-e-s dans leur vie.

Le Maroc est déjà, en temps normal, un pays semi-aride ou aride à 93% de sa superficie, dont plus de la moitié est composée de désert. Le problème de la sécheresse y est structurel depuis l’ère quaternaire, selon le professeur Mohammed-Saïd Karrouk:

Le changement climatique est pour quelque chose en ce qui concerne la brutalité des retours des pluies, mais pas en ce qui concerne les pluies elles-mêmes. Les retours des précipitations pendant cette période, nous les avions connus au cours de quelques périodes passées. Seulement le dernier retour a été très brutal, précoce et très concentré dans le temps. Ce qui a fait que les infrastructures n’ont pas supporté. Ces inondations sont la manifestation d’un problème profondément structurel au Maroc, en l’occurrence la sécheresse. Laquelle s’est installée depuis l’âge quaternaire. En fait, qui dit sécheresse dit plus de chaleur. Ce qui induit plus d’évaporation et donc moins d’eau disponible et de surcroît plus de risques de retour brutal et irrégulier des précipitations.
Il ne faut pas se faire d’illusions, les ressources en eau vont encore diminuer sous l’effet de l’évaporation. Ce qui fait que nous devons affronter un sérieux problème de raréfaction de l’eau à l’avenir, doublé d’un risque d’inondations à chaque fois que les pluies automnales sont de retour. D’où la nécessité de revoir de fond en comble nos habitudes de consommation et d’utilisation de cette ressource vitale qu’est l’eau. Il faut surtout en rationaliser la gestion et veiller à la redistribuer autrement qu’on le fait actuellement. (Le Reporter)

Le réchauffement climatique est certain et il est déjà en cours:

le réchauffement est bien lié aux émissions de gaz à effet de serre, résultat de l’activité humaine, commente Abdelatif Khattabi, enseignant à l’Ecole nationale forestière d’ingénieurs de Salé, au Maroc. On voit bien que toutes les initiatives prises dans le cadre d’une stratégie de développement durable – dont on parle depuis 1992 – n’ont servi à rien. Que ce soit dans les gaz à effet de serre, mais aussi la désertification, la diminution des ressources en eau (El Watan)

Concrètement, le réchauffement climatique pour le Maroc se traduirait par des phénomènes concertés de sécheresse, d’inondations et de désertification: "assèchement des zones intérieures", "sécheresses récurrentes… ponctuées par des orages brusques", "les précipitations tendraient vers une diminution des volumes annuels tout en marquant une concentration dans le temps"; il y aurait "une fréquence de plus en plus élevée des inondations et des sécheresses" (source: Hassan Benaouda et Riad Balaghi, "Les changements climatiques: impacts sur l’agriculture au Maroc", 2009) – bref, ça fait maintenant quelques décennies que le Maroc est en plein dedans.

Les projections pluviométriques sont pessimistes:

Selon le scénario le plus pessimiste, la pluviométrie annuelle baissera de l’ordre de 20% d’ici 2050 et de 40% à l’horizon 2080, à l’exception de la zone saharienne où la baisse sera de 16% en 2080. La baisse de précipitations sera plus importante selon le scénario pessimiste A2. C’est au cours de l’automne et du printemps que la baisse pluviométrique se fera sentir, c’est-à-dire durant les périodes au cours desquelles on enregistre normalement des pics de pluviométrie .De la même manière que pour les précipitations, les températures vont augmenter sur tout le pays. Selon le scénario A2, le réchauffement avoisinera 3°C d’ici 2080 pour les 6 zones agro écologiques du Maroc et atteindra 5°C dans les zones défavorables orientales et montagneuses. Cette augmentation de température entraînera celle de l’évapotranspiration (somme de l’évaporation des sols et de la transpiration des plantes) de l’ordre de 20% d’ici 2050 et 40% à l’horizon 2080, à l’exception de la zone saharienne (9% en 2080).(source: Riad Balaghi, dans Le Matin du Sahara, 2009)

S’agissant des températures, ce n’est guère plus réjoussant: d’une moyenne annuelle de 17,43° C de 1961 à 1990 on passerait à 21,43 à l’horizon 2070-2099 (tandis que les précipations passeraient, entre les mêmes périodes, de 0,88 mm/jour à 0,77 mm/jour) (projection du Center for Global Development).

Certains signes de réchauffement sont spectaculaires, déjà à l’heure actuelle et sans faire de projection sur le futur: ainsi, la période de croissance des céréales est passée, sous l’effet du réchauffement, de 180 jours en 1960-65 dans la région de Khouribga à 110 jours en 1995-2000, tandis que l’indice des précipitations standardisé à la station de Taourirt indique désormais une sécheresse constante depuis 1990 (source: Hassan Benaouda et Riad Balaghi, "Les changements climatiques: impacts sur l’agriculture au Maroc", 2009). La pluviométrie marocaine est en baisse depuis des décennies: la pluviométrie annuelle est en baisse de 15% entre 1971 et 2000, et la sécheresse est au Maroc un phénomène datant d’un siècle au moins, avec des cycles périodiques de 11 ans – sauf que la périodicité, la durée et l’intensité des sécheresses est en hausse (source: Benassi, "Drought and climate change in Morocco").

Ce n’est donc pas une surprise si le Maroc figure sur la liste des douze pays les plus menacés par le réchauffement climatique dressée par la Banque mondiale – mais sans doute est-ce là, comme avec la de l’indice de développement humain (IDH) du PNUD, le fruit d’un complot international visant à ternir l’image de marque du Maroc.

Il dépasse malheureusement les capacités du Maroc à peser efficacement sur sa solution. La désertification et le gestion des ressources en eau sont cependant au moins partiellement gérables à notre niveau, dans le sens où le Maroc peut agir sur l’évolution de ces dossiers. Et c’est là que le bât blesse:

Mohammed-Saïd Karrouk, enseignant climatologue à l’université Hassan II de Casablanca, est encore plus dur : « Les politiques doivent prendre des décisions tout de suite, sans attendre les études des scientifiques, parce que pendant ce temps, nous subissons les effets du réchauffement. On ne peut pas continuer à penser attirer dix millions de touristes alors qu’on doit limiter notre consommation d’eau.»(El Watan)

Les effets du réchauffement seront particulièrement importants en matière agricole, vitale pour le Maroc (les autres pays maghrébins dépendent moins de l’agriculture – 15,2% du PNB marocain contre 8% du PNB algérien par exemple):

La combinaison de ressources en eau et en sol plus limitées entraînerait des effets négatifs sur les potentiels agricoles. Au Maroc, le modèle Cropwat (FAO, 2001) appliqué aux cultures de céréales hivernales et pluviales montre des rendements en baisse de 10 % en année normale à près de 50 % en année sèche d’ici 2020. Avec une fréquence des sécheresses d’une année sur trois à l’horizon 2020, la production nationale accuserait une baisse de 30 %. De son coté, l’Algérie anticipe des réductions moyennes des rendements de 5,7 % à près de 14 %. Le changement climatique touchera également les légumes dont les rendements diminueraient de 10 à 30 % en Algérie, à près de 40 % au Maroc à l’horizon 2030 (Bindi et Moriondo, 2005).(Nathalie Rousset et René Arrus, "L’agriculture du Maghreb au défi du changement climatique: quelles stratégies d’adaptation face à la raréfaction des ressources hydriques ?", 2006)

Et malgré sa dépendance sur le secteur agricole, les caractéristiques géologiques et climatiques marocaines sont défavorables: c’est ainsi que 4% seulement de la superficie du Maroc présente une aptitude élevée à la culture du blé dur, 12% présente une aptitude modérée, 25% une faible aptitude et 59% est inapte à une telle culture. pour 2050, les prévisions sont alarmantes: 2% de la superficie marocaine serait alors hautement apte à la culture du blé dur, 7% serait modérement apte, 20% serait de faible aptitude et 71% inapte (source: Hassan Benaouda et Riad Balaghi, "Les changements climatiques: impacts sur l’agriculture au Maroc", 2009) – en clair, la superficie apte à la culture des céréales baisserait de moitié sous le seul effet du réchauffement climatique, sans même évoquer ici l’urbanisation accrue des zones agricoles.

L’enjeu pour le Maroc n’est pas seulement celui de la survie de son agriculture, mais également de son économie, tant l’agriculture – les agrumes plutôt – joue un rôle vital dans son commerce extérieur et ses rentrées de devises ("Pour le Maroc, il s’agit aussi de maintenir l’exportation de produits agricoles générant une part importante des entrées en devises"). L’agriculture est également la première consommatrice d’eau au Maroc, de très loin devant tous les autres consommateurs: 85% selon l’étude de Rousset & Arrus, précitée.

De fait, le Maroc, aussi aride soit-il, exporte de l’eau: agrumes et tourisme, voilà les principaux consommateurs d’eau au Maroc. Le Maroc vend son eau contre des rentrées en devises, mais que fera-t-il quand son aridité sera telle qu’il ne pourra plus ni exporter des agrumes ni promettre piscines et golfs aux 10 millions de touristes?

Je n’ai pas de réponse à ce dilemme, mais le gouvernement en a-t-il, lui?

 

PS: ce billet entre dans le cadre de la Blog Action Day 2009, consacrée au changement climatique.

Références sur le réchauffement climatique au Maroc:
- le site "Les changements climatiques au Maroc", du secrétariat d’Etat chargé de l’eau et de l’environnement;
- le site de l’ACCMA – Adaptation aux Changements Climatiques au MAROC;
- le site de l’Association pour le contrat mondial de l’eau (ACME) – section Maroc;
- un très intéressant entretien avec Abdellatif Khattabi, coordinateur du projet ACCMA-Maroc (Libération, 2009);
- l’étude de Rachid Firadi "Changement climatique et environnement au Maroc" (2008)
- l’étude "Sécheresse climatique au Maroc durant les dernières décennies" (2008) d’Ali Agoumi et Laïla Stour
- le site du Centre d’Echange d’Information sur la Biodiversité du MAROC
- le Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte contre la Désertification;
- le PAN-LCD (Programme d’Action National de la Lutte Contre la Désertification);

Références globales:
- tout d’abord, le site du Panel inter-gouvernemental sur le changement climatique (IPCC);
- voir ensuite le Portail des Nations-Unies sur le changement climatique;
- la Convention-cadre des Nations-Unies sur le changement climatique a son site;
- l’Organisation météorologique mondiale a son site;
- la Convention des Nations-Unies pour combttre la désertification a aussi son site;
- le Programme des Nations-Unies pour l’Environnement dispose de deux sites, ici et ici;
- le "World Development Report 2010: Development and Climate Change";
- le blog de la Banque mondiale sur le changement climatique, "Development in a Changing Climate – Making our future sustainable";
- les bases du changement climatique sur le site du Pew Center on Global Climate Change;
- le site scientifique Real Climate;
- le site thématique climat du CNRS;
- des ressources et liens suggérés par le site du Blog Action Day 2009 sur le changement climatique;
- la liste des 100 choses de la vie quotidienne qui vont changer avec le changement climatique;

La participation politique des femmes au Maghreb, un thème qui plaît aux occidentaux

Je viens de découvrir l’existence d’un site récemment créé, "Leadership féminin au Maghreb", dans le cadre d’un projet financé par le gouvernement espagnol et mené en coopération avec les Nations-Unies. Son thème est le soutien au développement de la participation politique des femmes:

Bienvenue sur le site du projet UN-INSTRAW / CAWTAR sur « le renforcement du leadership féminin de la participation des femmes à la vie politique et au processus de prise de décision en Algérie, au Maroc et en Tunisie ».

Le projet, vise à interpeller des acteurs femmes et hommes de différents horizons afin de soutenir une approche participative pour un dialogue sur la thématique du projet, prenant en considération les spécificités de la sous-région arabe couverte par le projet mais également les particularités inhérentes à chaque pays.

Bravo, très bien, aucun moyen ni raison de s’opposer à une participation accrue des femmes maghrébines à la vie politique de la Tunisie (encore que certains Tunisiens souhaiteraient sans doute qu’une femme en particulier participe un peu moins à la prise de décision), de l’Algérie et du Maroc (la Libye et la Mauritanie ne sont pas couverts par ce projet). Petit détail: en bonne logique, cela pré-supposerait que les élections maghrébines soient libres et transparentes et la prise de décision démocratique, car à quoi bon augmenter la participation des femmes à des élections truquées ou à une prise de décision autocratique et opaque?

Ne rêvons pas les yeux ouverts: la liberté d’association, la liberté d’expression, l’interdiction de la torture, le droit à des procès équitables, l’indépendance de la justice, tout cela intéresse infiniment moins les partenaires occidentaux des pays maghrébins. Faudrait pas non plus gâcher le dialogue civilisationnel, quand même, et la parité est désormais une question consensuelle (chez les bailleurs de fonds comme chez les pouvoirs maghrébins), contrairement à la démocratisation…

Un petit conseil par ailleurs aux administrateurs du site: le widget "chiffres clés" contient une erreur flagrante s’agissant de l’année à laquelle le droit de vote dans les trois paysa été accordé aux femmes: au Maroc, ce fût en 1960 (les premières élections au suffrage universel du Maroc eurent lieu cette année-là, et il s’agissait d’élections municipales), et non en 1963. Une correction s’impose.

Mohammed VI décore un représentant de l’American Jewish Committee

Une nouvelle qui m’avait échappé: le Roi Mohammed VI a décoré, le 29 septembre passé, Jason Isaacson (sa biographie est ici), directeur des relations internationales de l’American Jewish Committee (AJC) du Wissam Al Arch, principale décoration marocaine.

MAROC ISRAËL – DECRISPATION ? LE ROI DU MAROC ATTRIBUE A JASON ISAACSON DE AJC AMERICAN JEWISH COMMITTEE LE TITRE DE CHEVALIER DE L’ORDRE DU TRÔNE DU ROYAUME
Oct 2009 12
Par IsraelValley Desk
Rubrique: Actualité
Publié le 12 octobre 2009

Le site web du Comité Juif Américain (AJC) rapporte que le souverain marocain a accordé, le 29 septembre, le titre de chevalier de l’Ordre du trône du royaume du Maroc à Jason Isaacson, directeur de gouvernement et d’affaires internationales du Comité américano-juif (AJC).

Selon un site militant anti-israélien: “Isaacson est un fervent supporter et donateur à l’Etat d’Israël. Le site de l’AJC signale qu’Isaacson gère le vaste travail social de proximité diplomatique de l’AJC dans le monde entier et a joué un rôle clé dans le développement des relations coopératives de ce comité avec le Maroc et un certain nombre de Pays arabes dans le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord”.

Quelques jours plus tard, l’agence marocaine MAP rapportait que l’homme d’affaires espagnol, président de la Fondation espagnole Centre Peres pour la paix et de l’assemblée universelle Séfarade, Isaac Siboni, était décoré le 8 octobre à Madrid, du Wissam Al Arch d’ordre d’Officier qui lui a été décerné par le Roi Mohammed VI.

La distinction Royale a été remise à M. Siboni, par M. Serge Berdugo, un juif marocain Ambassadeur itinérant du Roi Mohammed VI, au cours d’une réception à la résidence de l’ambassadeur du Maroc à Madrid.

Natif de Tanger, Isaac Siboni est connu, selon la même source, pour ses actions pour le rapprochement entre Palestiniens et Israéliens, parrainant plusieurs initiatives en vue de favoriser la paix au Proche Orient comme la construction d’écoles en Palestine et l’organisation de matchs de football entre Palestiniens et Israéliens.—

Source: IsraelValley et JSS

L’AJC n’est pas une anodine organisation communautaire, mais un membre éminent de la ribambelle de lobbies qui constituent le lobby pro-israëlien aux Etats-Unis. Il suffit de lire les titres de de leur page d’accueil: on y parle d’Iran, de la politique d’Obama vis-à-vis d’Israël, et du président brésilien Lula, coupable de rencontrer le président et fraudeur électoral iranien Ahmedinejad. L’AJC a d’ailleurs des activités en dehors des Etats-Unis, ayant demandé au Conseil supérieur de l’audiovisuel français l’interdiction d’émettre sur le satellite Eutelsat de la chaîne palestinienne Al Aqsa TV, proche du Hamas. Quant au Centre Peres pour la paix, pour lequel travaille Isaac Siboni - également décoré mais à Madrid (Isaacson l’a été à New York) mais toujours l’ambassadeur itinérant marocain Serge Berdugo, inamovible président du Conseil des communautés israélites du Maroc - il suffit de préciser qu’il est nommé en l’honneur du boucher de Qana, le prix Nobel de la paix et criminel de guerre Shimon Peres.

Inutile de dire que l’AJC s’est gargarisé de cette décoration:

Moroccan King Honors AJC’s Jason Isaacson
AJC September 29, 2009 – New York – Morocco’s King Mohammed VI has bestowed one of his country’s highest honors on Jason Isaacson, AJC’s director of government and international affairs. Isaacson was named a Knight of the Order of the Throne of the Kingdom of Morocco.

The ceremony took place during a dinner in Isaacson’s honor at the New York residence of Ambassador Mohammed Loulichki, Morocco’s ambassador to the UN. Moroccan officials taking part in the ceremony included Foreign Minister Taieb Fassi Fihri and Ambassador-at-large Serge Berdugo. AJC senior leadership also attended.

Through political reform and reconciliation, through its determined stand against extremism, through its continued protection of religious minorities, Morocco has proven again and again its friendship, its strength, its principles,” Isaacson said on accepting the knighthood. “Today, our hopes again are invested in Morocco, and specifically in His Majesty King Mohammed VI, a direct descendant of the Prophet Mohammed — as a beacon of tolerance and moderation, as an unwavering defender of the values that underlie the three great Abrahamic faiths, as a true champion of peace.”

Isaacson manages AJC’s extensive diplomatic outreach around the world, and has played a key role in developing AJC’s cooperative relationships with Morocco and a number of Arab countries across the Middle East and North Africa.

Pour en revenir à cette distinction accordée au nom du Maroc à un éminent lobbyiste pro-israëlien, l’option de l’alliance stratégique (du moins du côté marocain, car l’importance du Maroc aux yeux de l’Etat israëlien est sans doute relativement limité) voulue par l’Etat marocain – bien évidemment sans aucune consultation de l’opinion publique ou des élus du peuple – se confirme. On a eu la rupture capricieuse des relations diplomatiques avec l’Iran, la fermeture de l’ambassade marocaine à Caracas (Vénezuela), sans compter la foultitude de gestes divers depuis des années – tout ceci ne date pas de Mohammed VI, mais il est indéniable que l’on sent désormais un engagement sans faille là où on avait auparavant un jeu d’ombres.

Les commentateurs israëliens qui ont daigné commenter l’événement ne s’y sont pas trompés: pour le journaliste et bloggeur israëlien Jonathan-Simon Sellem (qui précise que Jason Isaacson est "un fervent supporter et donateur à l’Etat d’Israël!"), "Mohamed VI soutient “indirectement” Israël", et il spécule:

Dans certaines maisons diplomatiques, on affirme déjà qu’Israël et le Maroc ont prévu de signer officiellement des accords dans les prochains mois. Reste à savoir quel est le moment idéal pour officialiser les fiancailles.

Le bloggeur marocain cabalamuse note à très juste titre:

It has been speculated that in the absence of a viable Moroccan lobbying group in the United States, AJC, in coordination with the Israeli Communities Council of Morocco, has been assisting the Moroccan government in promoting its political agenda, emblazoning its image, and revitalizing its military procurement efforts. In the absence of tangible diplomatic bargaining chips such as oil or natural gas, a dependable coalition, or a military force to be reckoned with, Morocco seems to be relying on relations with the U.S. and Israel as deterrents to Algeria and Spain. To that effect, it has made substantial concessions putting itself at odds internally, with its citizens, and externally, with other Arab and Islamic nations

Selon la chaîne de télévision iranienne Press TV, l’humaniste et ministre des affaires étrangères Avigdor Lieberman aurait rencontré son homologue marocain Taïeb Fassi Fihri à New York le 24 septembre à New York, afin de discuter d’une normalisation accrue:

As part of Tel Aviv’s efforts to normalize relations with Arab states, Israeli Foreign Minister Avigdor Lieberman has reportedly held talks with his Moroccan counterpart.

According to Israeli media sources, Lieberman had a secret meeting with Taieb Fassi Fihri on the sidelines of the United Nations General Assembly in New York on Thursday.

No details of the meeting have yet emerged.

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