Explosion de Marrakech: pourquoi je ne crois pas à la théorie du complot

Une explosion dans le café Argana place Jemâa el Fnâa à Marrakech ce jeudi 28 avril a fait 16 morts, en majorité des touristes étrangers. Au départ, plusieurs versions ont eu cours: on a parlé initialement d’une explosion au gaz accidentelle:

There were conflicting accounts of how the attack took place. One witness who escaped unharmed told Agence France Presse that a man had entered the cafe and ordered an orange juice before blowing himself up minutes later. Others said a bomber dropped a suitcase before walking out of the building.

« I heard a massive blast. The first and second floors of the building were destroyed, » one local woman told Reuters. « Some witnesses said they had seen a man carrying a bag entering the cafe before the blast occurred. »

The Moroccan interior ministry said early evidence collected from the scene confirmed it was a bomb attack. Other local officials said indications were of a suicide attack and traces of nails were found in one of the bodies at the hospital. Initially, within moments of the explosion, officials had blamed a gas canister catching fire. (The Guardian)

Le témoignage du chercheur français Sébastien Boussois, présent sur place au moment de l’explosion, ainsi que les déclarations officielles du gouvernement marocain, ont cependant vite démenti cette hypothèse.

Tout de suite, les spéculations se sont multipliées sur les commanditaires de cet attentat, à supposer que c’en soit un (dans l’attente des résultats de l’enquête policière, je présumerai que c’en est bien un – plus rien ne semble indiquer le contraire). Le ministre de l’intérieur, Taïeb Cherkaoui, évoque publiquement la piste d’Al Qaïda:

Le ministre de l’Intérieur, M. Taieb Cherqaoui a affirmé, vendredi, que les investigations préliminaires sur l’attentat perpétré dans un café à Marrakech ont révélé que l’engin explosif à été actionné à distance, précisant qu’il ne s’agit pas de l’œuvre d’un kamikaze.

« Il ne s’agit pas d’un attentat-suicide (…) et il parait que l’engin explosif a été actionné à distance. Les investigations sont toujours en cours« , a souligné M. Cherqaoui, qui intervenait lors de la réunion de Commission de l’Intérieur, de la Décentralisation et des Infrastructures à la Chambre des représentants.

Il a ajouté que tout le monde connait la partie qui recourt à ce mode opératoire, notant que la déflagration résulte de l’utilisation d’une matière explosive constituée du nitrate d’aluminium et de deux explosifs TATP, avec ajout de clous de fer. (MAP)

Lors d’un point presse vendredi soir, M. Cherkoui a déclaré que l’attentat de jeudi sur la place Djemaa el-Fna rappelle le « style utilisé d’habitude par Al-Qaida ».

« Il y a le mode opératoire qui suppose une organisation professionnelle car la place Djemaa el-Fna est très surveillée ; le choix de Marrakech, ville très touristique au mode de vie sulfureux [fête, prostitution, etc.] et enfin le restaurant, l’Argana, qui est un lieu de rencontre des étrangers, explique Jean-Yves Moisseron, rédacteur en chef de la revue spécialisée Maghreb-Machrek. L’attentat fait en outre suite à une tentative d’AQMI depuis plusieurs mois d’installer une cellule au Maroc. Il y a eu des arrestations récentes de Marocains au Mali. » (Le Monde)

Un touriste néerlandais affirme avoir vu un « Arabe » porteur de deux grands sacs assis dans le café juste avant l’explosion:

Un touriste néerlandais, John Van Leeuwen, a aidé la police marocaine à dresser un portrait-robot de l’éventuel auteur de l’attentat meurtrier de Marrakech, « un Arabe portant deux énormes sacs« , a-t-il raconté vendredi. Quelques minutes avant l’explosion de jeudi, qui a tué au moins 15 personnes, ce témoin-clef et sa compagne ont fait face à ce homme jeune, qui écoutait sans nervosité de la musique, et la police a recueilli pendant des heures le témoignage du couple. « Il y avait un Arabe dans le café, portant deux énormes sacs, un sac à dos (…) qui mesurait près d’un mètre de haut, et un deuxième sac de sport, également très gros« , a expliqué ce consultant en marketing de 47 ans, joint par téléphone depuis Paris. (Journal du Dimanche)

CORRIGENDUM: un portrait-robot erroné figurait ici. Ne correspondant pas à celui de l’attentat de Marrakech, je l’ai supprimé.

On aurait donc vu deux bombes déposées dans le café par un homme, celles-ci ayant ensuite été déclenchées à distance, à en croire la version officielle.

L’économiste Driss Benali, membre du bureau politique de l’USFP, a estimé que trois commanditaires alternatifs et hypothétiques existent:

  1. al Qaïda;
  2. le Polisario;
  3. des groupes hostiles à la démocratisation du Maroc – Driss Benali ne précise pas qui précisément il a en tête mais on peut présumer qu’il s’agirait de cercles au sein du pouvoir hostiles aux réformes demandées par le mouvement du 20 février;
Je ne partage pas cette analyse. S’agissant d’Al Qaïda, cette nébuleuse – qui n’est plus depuis bien des années une organisation hiérarchique et organisée comme le sont généralement les organisations terroristes – n’a à ma connaissance jamais commis d’attentats au Maroc. Certes, de très nombreux Marocains ont été arrêtés, jugés et condamnés, en Europe ou en Irak, pour avoir participé aux entreprises terroristes de cette organisation (le Maroc a été un centre important de recrutement pour Al Qaïda), et les autorités marocaines ont souvent affirmé avoir arrêté certains de ses membres, notamment en avril 2010 mais aussi bien plus tôt, en 2002. Des observateurs avertis comme le chercheur Mohamed Darif ont certes affirmé il n’y a pas longtemps de ça qu’Al Qaïda considèrerait le Maroc comme un ennemi, mais le même estimait, il y a exactement un an, que « Al Qaïda n’a pas réussi à former des cellules capables de perpétrer des attentats au Maroc« …
En fait, les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca, qui avaient fait 45 morts dont 12 terroristes, étaient le fait d’un groupe terroriste marocain sans attache avérée avec Al Qaïda (« there is no evidence to suggest the attacks that killed dozens of westerners in Casablanca, Morocco, were carried out with the knowledge of al-Qa’ida leadership« , « the Casablanca attack in 2003 was the work of a local Islamic militant group and did not have ties to Al Qaeda, according to an analyst quoted by Reuters« ), la Salafia jihadia – en fait de groupe, il s’agissait également d’une nébuleuse, à l’image d’Al Qaïda, partageant avec celle-ci idéologie et s’inspirant sans aucun doute de ses méthodes d’action – et encore des doutes subsistent-ils sur l’implication réelle de la Salafia jihadia dans les attentats du 16 mai (« c’est un mouvement qui s’est structuré en prison après ces vagues d’arrestations, et les preuves quant à leur culpabilité n’ont jamais été vraiment déterminantes« ).
Il est vrai la branche maghrébine – ou plutôt algérienne – d’Al Qaïda, Al Qaïda dans le Maghreb islamique (AQMI), a diffusé la semaine dernière une vidéo (je crois que c’est celle-ci) où un de ses combattants marocains menaçait le Maroc d’une frappe douloureuse. Cela n’est guère déterminant: AQIM a fait de telles déclarations dans le passé, non suivies d’effet, et à force d’en faire régulièrement arrivera bien le moment où un attentat aura lieu peu après, de manière fortuite ou non – et la déclaration en question ici est vague. Il apparaît de plus que cette vidéo daterait de 2007, selon deux experts français.
Sauf éléments factuels probants, il me semble mieux indiqué de partir du principe qu’il s’agit là d’un attentat mené par un groupe terroriste local, du même type que celui ayant mené les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca. Il apparaît peu probable que ce soit un groupe lié à la Salafia jihadia, dont les dirigeants emprisonnés, tels Mohamed Fizazi, ont été soit grâciés et libérés, soit ont cherché à l’être. La tendance lourde chez les salafistes marocains ces dernières années a d’ailleurs été de s’organiser et de militer pour la libération de leurs camarades emprisonnés.
Il n’est pas anodin que cet attentat ait eu lieu à Marrakech: viser des cibles étrangères dans une ville aussi touristique que Marrakech c’est s’assurer d’un écho médiatique disproportionné au Maroc et à l’étranger. Si on excepte les actes de terrorisme commis durant la lutte pour l’indépendance et les attentats visant personnalités politiques (Mohamed Lyazghi, Omar Benjelloun), le premier attentat terroriste eut lieu à l’hôtel Atlas Asni à Marrakech en 1994, lors duquel deux touristes espagnols furent tués. Surtout, Marrakech est une ville en proie aux tensions sociales, économiques et ethniques exacerbées par le tourisme de masse qui a véritablement défiguré cette ville depuis plus de dix ans. La multiplication d’hôtels, résidences et riads touristiques a rendu l’immobilier hors de prix pour le Marrakchi moyen, de plus en plus exclu des quartiers résidentiels. L’afflux touristique a aussi impacté le coût de la vie, rendant plus chers services et denrées de base. Il faut rajouter à cela la nette ségrégation ethnique qui s’étend insidieusement, riads et restaurants refusant de manière biaisée la clientèle « indigène« , et taxis privilégiant la clientèle blanche. Et ceci sans même mentionner une prostitution tournée vers la clientèle étrangère et répondant à tous ses goûts – enfantine, homosexuelle ou hétérosexuelle. Nul besoin donc d’instructions de Quetta, Peshawar ou du fin fond du Sahel pour qu’un passage à l’acte terroriste soit rendu possible à Marrakech, par des individus gagnés à l’idéologie meurtrière du salafisme radical.
En l’absence d’éléments factuels qui pourraient ressortir de l’enquête policière – le fait que des policiers étrangers (français, espagnols, étatsuniens) y aient été associés doit malheureusement être considéré comme un gage de sérieux, au vu des hallucinantes thèses policières dans d’autres affaires du même type, comme celui du réseau Belliraj – il semble plus prudent de considérer qu’il s’agit d’un attentat commis par une organisation terroriste marocaine. L’existence de liens avec l’étranger devra être prouvée par la suite. De manière étonnante, telle semble être aussi l’opinion de Khalid Naciri, ministre de la communication:
Au lendemain de l’attentat qui a frappé un café sur la grande place de Marrakech, l’identité des auteurs restent inconnus, même si les esprits sont tournés vers Al-Qaïda. « On y pense, raisonnablement, parce que ce sont eux qui sont dans ce genre d’opérations de terrorisme particulièrement meurtrier« , a précisé Khalid Naciri, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement marocain, vendredi sur Europe 1. « Mais je me dois d’ajouter immédiatement que l’enquête ne nous a pas encore permis, à l’heure qu’il est, d’affirmer catégoriquement qu’il s’agit bien d’Al-Qaïda. C’est une hypothèse sur laquelle nous travaillons, mais tant que nous n’avons pas de certitudes, nous ne nous permettrons pas de nous engager dans des accusations éventuellement à l’emporte-pièce. » (Journal du Dimanche)
La deuxième hypothèse alternative, faisant état de l’implication du Polisario, est encore moins crédible. Le Polisario a certes commis des crimes de guerre dans sa lutte contre le Maroc, notamment par les homicides et sévices commis contre les prisonniers de guerre marocains à Tindouf. Il s’en est pris dans le passé à des civils – parmi les prisonniers marocains à Tindouf figuraient des civils. Les événements de Tindouf Laayoune en novembre 2010, où 11 policiers marocains furent tués dans des circonstances atroces, montrent bien que le séparatisme sahraoui n’a rien d’anodin, même si ces atrocités-là ne semblent pas avoir répondu à des instructions émanant du Polisario lui-même.
Les lecteurs qui me lisent depuis quelques temps connaissent mon exécration de l’idéologie séparatiste et de ses tenants, mais le Polisario n’a à ma connaissance jamais commis d’attentat à l’explosif contre des cibles civiles, que ce soit dans les provinces du Sud ou en dehors. Un attentat à l’explosif contre une cible touristique dans le territoire marocain incontesté serait suicidaire politiquement de la part du Polisario et surtout de la part de ses parrains algériens – autant le DRS algérien a pu se permettre quelques libertés en France en 1995, autant elle sait que rien ne lui serait pardonné au Maroc en 2011. Croire un seul instant que l’armée algérienne et son client sahraoui qu’est le Polisario se permettraient de prendre le risque politique et diplomatique de commettre des attentats terroristes à Marrakech c’est prendre ses rêves mouillés pour la réalité.
Mais à l’encontre de mon analyse, on pourrait citer des sources algériennes, comme par exemple les révélations de l’ex-agent du DRS (l’ex-Sécurité militaire) algérien Karim Moulai sur l’implication alléguée de ce service dans l’attentat meurtrier de l’hôtel Atlas Asni à Marrakech en 1994. On pourrait également citer cet article publié sur un site algérien, « Attentat de Marrakech : Pistes de lecture…« , de Djamaledine Benchenouf, qui avance la thèse d’un attentat téléguidé par le DRS algérien dans le cas de cet attentat. Je ne suis pas convaincu.
Reste la troisième alternative, celle d’une manipulation directe ou indirecte par certains décideurs, tenants de la ligne dure face tant aux revendications populaires du 20 février qu’aux islamistes, et que l’évolution récente, marquée par des reculs répétés du pouvoir – libération de salafistes, des condamnés politiques lors du procès du réseau Belliraj, de l’enclenchement d’une révision constitutionnelle, d’une liberté de ton plus grande y compris s’agissant des pouvoirs royaux – contraire. Là encore, en l’absence d’éléments factuels que seule une enquête policière et judiciaire sérieuse et indépendante pourrait confirmer, je suis extrêmement dubitatif.
Certes, on peut comme Khalid Jamaï se poser la question « à qui profite le crime? ». Sauf qu’il n’est sans doute pas d’adage judiciaire ayant envoyé plus d’innocents sur l’échafaud ou en prison que celui-là: outre que tous les crimes ne visent pas un profit, pécuniaire ou non, certains profitent à plusieurs personnes ou groupes, et d’autres ne profitent pas du tout à leur auteur. Rechercher le mobile d’un crime peut certes servir dans la phase initiale d’une enquête policière, mais on le fait surtout lorsqu’on ne dispose pas d’éléments factuels: si l’on dispose par exemple de traces ADN, d’enregistrements audiovisuels ou téléphoniques ou de témoignages précis et concordants, la recherche du mobile est secondaire – après tout, le caractère criminel d’un attentat à l’explosif commis en plein jour dans un lieu public très fréquenté ne dépend pas des intentions ayant animé les auteurs d’un tel acte.
Mais à peine ai-je écrit cela que je dois nuancer: la législation anti-terroriste applicable au Maroc (voir les modifications au Code pénal et au Code de procédure pénale apportées par la loi n° 03-03 relative à la lutte contre le terrorisme) attribue au mobile terroriste, défini comme « l’atteinte grave à l’ordre public par l’intimidation, la terreur ou la violence » (article 218-1 du Code pénal), le statut combiné d’élément constitutif de l’infraction d’acte de terrorisme et de circonstance aggravante légale. Les conséquences pratiques de cette distinction entre l’acte de terrorisme et l’acte criminel normal sont de deux ordres: des différences procédurales, dont une garde à vue portée à 12 jours (!), des perquisitions de nuit et des interceptions des communications sur simple décision du procureur du Roi « en cas d’extrême urgence« ; la compétence d’office de la Cour d’appel de Rabat pour juger des crimes terroristes et surtout l’aggravation des peines prévue à l’article 218-7 du Code pénal. Dans le cas présent, les articles 580, 584 et 585 du Code pénal répriment le fait de détruire volontairement par l’effet de substances explosives des bâtiments habités, fait puni de mort (articles 580 alinéa 1 et 585 du code pénal). L’aggravation de peine prévue à  l’article 218-7 est donc sans effet puisque la peine capitale est de toute façon encourue, que le mobile soit terroriste ou non.
Le makhzen aurait-il donc pu être directement ou indirectement à l’origine de l’attentat de Marrakech, dans une version marocaine de la stratégie de la tension qu’Italiens et Belges connaissent bien? Théoriquement, oui, tout comme le Vatican, la république bolivarienne du Vénézuela ou le Mossad. Il ne s’agissait pas d’une attaque nucléaire, et les moyens utilisés ne nécessitent guère plus que quelques butagaz, des clous et quelques substances chimiques accessibles dans n’importe quelle droguerie. Le mode d’emploi de ce type d’explosifs est probablement accessible en plusieurs langues sur le net, et le nombre de personnes impliquées ne dépasse probablement pas la douzaine, dont toutes n’avaient pas à être informées des détails de l’opération.
Mais ce n’est pas parce que quelqu’un a la faculté théorique de commettre un crime qu’il l’a nécessairement commis – après tout, j’étais théoriquement capable d’assassiner Olof Palme à Stockholm le 28 février 1986 mais je ne l’ai pas fait.
Le makhzen a certes été capable de manipuler la violence d’islamistes radicaux dans le passé: les proches d’Omar Benjelloun en savent quelque chose, lui qui fût assassiné le 18 décembre 1975 par des éléments de la Chabiba islamiya, probablement sur instigation du makhzen. De manière moins sanglante et plus récente, on a vu le makhzen susciter des manifestations à tonalité salafiste contre Le Journal Hebdomadaire d’Aboubakr Jamaï pour sa couverture de l’affaire des caricatures danoises, et on a pu assister au spectacle récent de Mohamed Fizazi, un des chioukhs de la Salafia jihadia, récemment grâcié en raison de sa renonciation publique au terrorisme, s’épandre publiquement contre les athées du mouvement contestataire du 20 février…
ADDENDUM: Mohamed Fizazi a par la suite nié avoir tenu les propos qui lui ont été reprochés au sujet du 20 février.

Cette pourrait être considérée comme renforcée par certaines déclarations de responsables gouvernementaux: ainsi, quelques temps après la chute de Benali et de Moubarak, le ministre des affaires étrangères Taïeb Fassi Fihri déclarait que les révolutions arabes feraient le bonheur d’Al Qaïda:

Al Qaeda can exploit the situation because Al Qaeda is present in the Maghreb” as well other African locales, Moroccan Foreign Minister Taieb Fassi-Fihri told The Brookings Institution.

He said that while there are many unknowns about what will emerge from the changes sweeping the Middle Eastlandscape, “What’s assured is that Al Qaeda will … test, will try to take advantage of the opportunity of these question marks.

He noted, “Al Qaeda loves the places where there is no strong democratic, national power.” (Jerusalem Post)

De même, Mohamed Fadil Redouane, spécialiste de l’islamisme au Maroc, doctorant à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, interrogé sur le site du Monde des religions, affirme que « de nombreuses questions restent pour l’instant sans réponse, mais des centres de pouvoir internes sont, selon moi, un commanditaire tout aussi crédible que la piste islamiste« . Un think-tank belge, l’ESISC de Claude Moniquet, qui publie par ailleurs la lettre d’information de l’ambassade du Maroc en Belgique (un grand merci à Pierre-Yves Lambert de me l’avoir indiqué), souligne ainsi que l’attentat est probablement l’oeuvre d’AQMI:

The attack has not yet been claimed, but we assess it must be the work of a well organized terrorist organization. Likely a terrorist cell linked to AQIM (al-Qaeda in the Islamic Maghreb) or the local Moroccan Islamist Combat Group (Groupe Islamique Combattant Marocain, GICM).

Given the skill of the Moroccan security services, we think that this attack must have been prepared on a long time and maybe from abroad.

Enfin, un rapport d’un think-tank étatsunien cité avec faveur par la MAP soulignait, en février, les dangers que les révolutions arabes faisaient peser en matière d’activités terroristes d’Al Qaïda – « New Report Warns al-Qaeda is Extending ‘Arc of Instability’ Across Africa, Threatens to Exploit N. Africa Unrest, W. Sahara Impasse to Target US, Europe« .

Mais pour que cette thèse soit plausible, il faudrait imaginer une chaîne administrativo-politique ayant diffusé les instructions ou le feu vert en faveur de l’attentat de Marrakech, visant des touristes étrangers. Je ne vais même pas spéculer sur le nombre de personnes impliquées dans une telle chaîne – ou plutôt conspiration – ni sur la probabilité que toutes ces personnes aient pu garder le silence sur une conspiration aussi criminelle. Je me bornerai à souligner qu’aucun précédent n’existe d’une telle opération tordue au Maroc depuis 1975, en pleines années de plomb.

On peut certes théoriquement imaginer une initiative locale au sein de l’appareil sécuritaire afin de faire ou laisser faire cet attentat. Cette hypothèse est encore moins crédible que la précédente. Quiconque connaît un peu l’appareil administratif marocain, y compris le sécuritaire, sait que ce type d’initiative spectaculaire n’est pas vraiment le genre de la maison makhzen. Il y a bien des dissensions entre les différents clans – celui autour de Mounir Majidi, celui autour de Fouad Ali el Himma, et l’appareil sécuritaire dominé par Yassine Mansouri, et ceci sans compter les militaires (le commandant de la gendarmerie royale Hosni Benslimane et l’inspecteur général des FAR, le général Abdelaziz Bennani).
Mounir Majidi semble en mauvaise posture, avec des rumeurs alternées (et contradictoires) de départ à l’étranger et d’enquête de la Bank al Maghrib couplée à une interdiction de quitter le territoire marocain (la source de ce qui sont simplement des rumeurs est identique, demainonline.com d’Ali Lmrabet…), tandis que les tenants d’une approche éradicatrice vis-à-vis des islamistes peuvent être déçus de la libération récente de salafistes, et de la cooptation de certains d’entre eux, comme Mohamed Fizazi et le cheikh pédophile Mohamed al Maghraoui. La garde à vue et les poursuites contre Rachid Nini – très ironiquement pour ses critiques contre les excès de la lutte anti-terroriste au Maroc – qui a été tantôt un instrument de propagande très utile au makhzen, indiquent bien que tout le monde au sein du groupe très restreint qui détient la réalité du pouvoir politique et sécuritaire au Maroc n’est pas sur la même longueur d’onde. Mais des rivalités claniques, personnelles et idéologiques ne sont pas une nouveauté au sein du makhzen, et étaient probablement plus féroces encore sous Hassan II (que l’on pense à Oufkir, Dlimi et Basri), sans pour autant aboutir à ce type de conspiration machiavélique.
Les Marocains semblent plus doués en théorie du complot qu’en toute autre discipline académique. La lucidité impose cependant de reconnaître les complots quand les faits indiquent qu’ils existent, et pas simplement parce que cela serait politiquement opportun. Si complot il y a, les faits devront l’établir.
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16 Réponses

  1. Les événements de Tindouf en novembre 2010, où 11 policiers marocains furent tués dans des circonstances atroces

    Les événements de Laayoune …

  2. Joli billet Ik ! je ne crois pas non plus à la théorie du complot : trop de risques et ne correspond pas aux pires pratiques et intérêts du Makhzen.

    Par contre, tu confonds il me semble Polisario et services Algériens (DRS et autres). je peux être d’accord pour exclure le premier pour les raisons que tu cites et pour d’autres que tu ne mentionne pas… mais je n’exclus surtout pas le second ! il faut pour cela comprendre que la situation politique en Algérie est toujours au point mort. Boutef n’a jamais pu tourner la page, et il ne fait que gérer et subir des rapports de force émanant de l’institution militaire encore aux commandes de la politique… mais j’ai pas le temps de développer ! (J’ai trop veillé suite à l’annonce de la mort de Ben Laden par Obama ! et je vais au boulot ds qq heures)

    en ce qui me concerne,et en ordre de priorités en ce qui est des pistes plausibles à mon sens :

    1 – Services Algériens 50% : (totalement indépendants du pouvoir de Boutef et recevant leurs ordres des militaires, véritables seigneurs de la politique encore et encore…)
    cette théorie me paraît tellement plausible et très proche de la réalité… les services Algériens y auraient tout à gagner. ils soutiennent Kadhaffi soit dit en passant, et n’aimeraient sûrement pas voir un Makhzen voisin affaibli…lui qui leur tient tête, et leur permet de faire tourner le business et calmer le peuple marocain auquel les algériens s’identifient dans leur lutte contre le pouvoir  »absolu »…
    2 – Aqmi 20% : Attentat prémédité et préparé de longue date probale..

    3 – Salafiya Jihadiya ou Cellule terroriste isolée marocaine 20%: Acte isolé par un groupuscule quelconque

    4 – enfin, pire scenario (complot interne) %10 : des commanditaires isolés et hautement placés dans les services marocains dans le cas (tres peu probabale mais possible) qu’une guerilla interne entre services de type civils et ceux de type militaire, constitue une raison qui ait provoqué cet acte par l’un ou l’autre, dans le but de reprendre possession du terrain de l’autre…et susciter un choc et des réactions makhzeniennes favorables… et bien sûr porter un coup dur au processus 20 février…

    mais j’insiste sur les services algériens… je ne suis pas entrain de plagier un éditorial de KHI en disant cela…!

  3. Le portrait robot dans le billet correspond à une autre affaire comme on peut le voir sur le site de Radio Canada: http://www.radio-canada.ca/regions/ottawa/2011/01/12/005-portrait-robot-agresseur-ottawa.shtml

  4. On attend toujours tes propositions sur la réforme de la constitution : mais il est plus facile de blablater sur quelque chose dont personne n’a la moindre idée!

  5. La theorie d’un complot n a pas de sens, justement parce qu’elle ne se conforme pas a l’adage « a qui profite le crime ».:
    1 il serait suicidaire de la part de l’etat d’abimer une de ses principales sources de revenus, le tourisme. Sans parler de l’effet negatif sur l’image du pays et le knock-on effect sur d’autres aspects de notre economie (investissements exterieurs par exemple)
    2 l’etat n en a pas besoin, force est de constater que le mouvement de protestation s’est quelque peu essoufle au Maroc et l etat a plutot bien jouer le jeu, en cherchant avant tout a rerduire la tension (avec un lien evident avec mon premier point)

  6. Article très bien documenté et le traitement est journalistique et de bonne facture. Bravo !

    Ceci étant, il convient de pondérer les diverses options proposées avant d’arriver à la conclusion, à mon avis, très hâtive et bien bâclée : « Si complot il y a, les faits devront l’établir » ! Bienvenue dans le monde des bisounours. On sait pertinemment, qu’on remontera la filière vers les exécutants mais jamais vers les vrais commanditaires « occultes » !

    Voici un peu de fiction, pour changer :)

    J’ajouterais une option très plausible : J’insisterais sur nos faucons, nos néo-cons marocains, indépendants du Makhzen actuellement et qui en étaient la cheville ouvrière il y a des années. Ces gens là organisés en « GIE occulte », qui ont tout à perdre avec cet élan réformateur… Non seulement des privilèges en nature mais surtout, et c’est ce qui légitimerait ce genre d’attentats meurtriers, si ils ressentent qu’ils seraient lâchés par le pouvoir et donnés « en pâture à la vindicte populaire » pour régler son compte à Témara et autres dossiers d’exactions du même genre.

    Selon toi, que pensent ces gens là quand ils voient les Seriati & Co en Tunisie et en Egypte croupissant dans des cellules humides… et leurs familles délestées de tout bien mal-acquis.

    IK répondrait : pas de preuves :-) On n’en aura jamais pour ce genre d’agissement et même si c’est le cas, on ne rendrait pas l’affaire publique. Raison d’état, monsieur ! C’est une des raisons pour lesquelles dans notre histoire, comme dans celle de plusieurs pays occidentaux, ces scénarios ne figurent pas dans l’histoire officielle mais fournissent matière à la littérature de gares ferroviaires :)

    Ces gens là, quand, ils fomentent ce genre d’opérations, ils retournent des petites organisations criminelles voir terroristes (crédibilité oblige!) vis des ex-barbouzes contractuels et coupent les fils pour éviter toute remontée de la chaîne de commandement.

    Voilà IK, tu as matière à broder pour un bon bout de temps….
    Bonne continuation.
    HS.

  7. CARNAGE D’ARGANA :

    Dites-le avec des vers et des fleurs

    Carnages, deuils, libertés et répressions
    Dites-le avec des vers et des fleurs

    Comme un brin, tu fais partie de la nature,
    Du cosmos et de la création. Angoissé,
    Tu as tendance à l’oublier pour faire diversion,
    Et à prendre l’existence pour une récréation.
    Homme, tout est prévu, demain est déjà là !

    Le temps de recevoir les ordres
    Ou de s’apercevoir des miracles
    Nous tarde, parce qu’il vient de loin.
    Mais il est écrit depuis longtemps.

    Ce sont les aiguilles de l’araucaria,
    Les feuilles de ce sapin sacré,
    Les palmiers et les bougainvilliers,
    Dont tu as retenu les noms, fifille,
    Qui m’ont appris le chant de vie.
    N’est-ce pas Nour et toi Adam ?

    Elles écrivent sur la portée des branches
    Des arabesques dentées et des ailes
    Où tu perçois, sans fin, le nom d’Allah,
    Dans le chant roucoulant des colombes.

    Si les feuilles jaunies m’ont révélé Dieu,
    Et appris debout, à le louer et prier,
    Je reste perplexe, ahuri et béat
    Pour comprendre le sens la vie qui m’échoit.

    Comment comprendre et admettre l’usage,
    Inéluctable de la mort, qui nous trahit ?
    Les armes et les matons imposés aux gens
    Pour leur plier le dos et nettoyer leurs clans.

    Je voulais louer la révolution heureuse,
    Dont j’avais grand peur et appréhension.
    La marche glorieuse des jeunes,
    Calme, pacifique et orgueilleuse,
    Celle du printemps local et de la constitution.

    Moi, qui interpellais les ministres trépassés
    Et les congrès qui préparent l’avenir du pays,
    Épargné par miracle des débâcles de la rue,
    Sous le regard de l’Arbitre qui guide et surveille
    Et qui, avec tact, opte de revoir la situation.

    Moi, qui sollicitais réformes et grâce au roi,
    Voilà que Conseillers, Leaders et Parlement,
    Assourdis par mes appels navrés et stridents,
    Peinent à rayer les taxes sur les médicaments.

    Ont-ils l’audace, dans leurs silences hésitants,
    De donner un sens plus caritatif à la médecine,
    Afin de la sortir de ses hippocratiques boniments ?

    Alors que la rue vilipende carences et corruption,
    Et qu’elle appelle effrontément le gouvernement,
    Pour plus de justice, de droits et de démocratie.

    Voilà qu’un terroriste, un kamikaze de fortune,
    Télécommande sans passer avec, un tsunami.
    Le monde entier crie à l’odieuse lâcheté.
    Par delà le crime et l’abjecte infamie,
    Le Maroc ne rencontre que des amis !

    Un autodafé explosif, tel un funeste volcan,
    Sur la place rouge, en face des singes ahuris,
    Des charmeurs de serpents et des marchands de fables,
    Ces légendes croustillantes aux fumets des restaurants
    Le monde est fait d’incompris et d’innocents,
    Il fauche les touristes et balaie les amants.

    Pour le Maroc, économique et ses amis,
    C’est un drame, un acte barbare et lâche.
    Une odieuse tragédie, alors que Bill et Kate,
    Sous les yeux émus de la Reine Élisabeth,
    Faisait alliance devant le globe entier.

    Le Pape Benoit sacrant Jean Paul à Rome,
    Laissait Kadhafi, crade, pleurer sa famille,
    Sous les tirs vengeurs de l’OTAN…

    Les mécréants se moquent des croyants,
    Ils se voient déjà ressuscités disant à Dieu :
    « Voilà Allah, j’ai tué les tiens pour aller au paradis !

    « Fais quelque chose, parce que mon corps est parti,
    Comme une chair faisandée, il a volé dans les airs.
    Je suis déjà au ciel et les méchants en enfer,
    Comme tu l’as écrit. C’est ce qu’on m’a dit ! »

    Effarés par le silence impérieux de l’univers,
    Les hommes, dépités par son immensité,
    Terrifiés par la crainte du néant et leur débilité,
    Se sont fâchés contre dieu pour prescrire la mort !

    Les hommes, par besoin d’éternité ont créé
    Un dieu que certains ont voulu méchant et faux.
    Et que d’aucuns, par bienséance avec le néant,
    Ont pensé qu’il n’existait pas ! Du moins pour eux.
    Et qu’il détestait les autres races et leurs humanités.

    Si ‘’Gott ist tot, Dieu est mort, Dieu reste mort ’’,
    Ce n’est ni Zarathoustra, ni Nietzche, ni Omar,
    Mais les félons et les imposteurs, qui ligués,
    Avec d’incultes charlatans, ont voulu Le tuer.

    Le hasard et les démons, les anges en action,
    Variant les destins et ce qu’ils allaient être,
    Réajustent nos sentiments et nos actes.
    On comprend que le diable raffole d’explosions.

    Mais, qu’ont-t-ils ces immondes personnages,
    Qui défient les cieux et se sont permis de naître ?
    Je parle de ces chefaillons qui canardent les foules
    Qui subissent les tirs des snipers et les sévices,
    Durant les processions quand ils enterrent les leurs.

    Je parle des aveugles qui ne sentent pas l’abime,
    Dans le verbe et le rythme et scrutent le poème,
    Avant de parcourir le temps pour trouver la rime,
    Et méjuger la lune blême, quand le soleil luit.

    Sur une table attendant, un repas de femme,
    Pour livrer ses feux à la gerbe de flammes,
    C’est le jasmin en coroles qui offre sa couleur
    Aux citrons opulents qui plastronnent
    Embaumant comme un sein sur un lit de fleurs.

    C’est la rose qui frotte ses pétales le long
    De la tige pleine de l’amaryllis vermeille.
    Rampant comme un lierre vert et brillant,
    Elle lui souffle dans l’oreille rougie,
    Aux pistils de safran bandés d’or :
    As-tu vu mes épines te planter les dards,
    Comme des rimes, pour t’inoculer ma vie
    Dans ton corps et lui donner une âme?

    Ce sont des pétales qui chutent,
    Comme les écailles d’un vieux mur,
    Des bulles de mousse, odeur de caramel,
    Qui dansent comme des derviches tourneurs,
    Au milieu du verre avant de coller leurs lèvres
    Pour teinter les bords au son des glaçons.

    C’est un rêve de poussières au roulis des vents
    Qui vont sertir le sol de leurs corps cristallins,
    Espérant jaillir à la lumière au firmament
    Et ressusciter les hommes,
    Une autre fois encore.

    Ce sont des nuages émaillés de dentelles roses,
    Par delà les masses brunes aux promesses agricoles,
    Qui effilent leurs silhouettes de monstres galactiques.
    Leurs chevaux de feu et leurs héros antiques,
    Avec les silhouettes hédonistes, le ciel pour autel,
    Elles semblent dans l’azur s’étirer et baiser.

    Baisez la main, qui vous donne à manger,
    Le sceptre qui vous protège du danger.
    Prenez conseils, sachez les engranger,
    Pour palier aux dérives et autres ingérences,
    Celles des modes rebelles et des étrangers.

    Faites de la paix et du courage votre hymne
    De la tolérance hospitalière et de la diversité,
    En vivant à Mawazine et aux stades la fête !

    La fête et l’hymne de valeurs de droit
    Et de la modernité pour les hommes de liberté,
    Sous l’œil protecteur de leur céleste berger.

    DR IDRISSI MY AHMED, LE PREMIER MAI 201

  8. juste un mot pour vous dire que je lis avec beaucoup d’intérêt vottre blog
    cordialement
    m

  9. Ah pour une fois je constate qu’un commentateur régulier de ce blog est satisfait par un billet d’Ibnkafka et… le fait savoir sans se dérober ! Bravo !

    Pour l’instant, la plupart des gens [ spécialistes, analystes, journalistes, observateurs, commentateurs, internautes confondus…] soupçonnent les longues mains indivisibles du Makhzen… Tous les chemins sérieux mènent droit au cœur du Makhzen ou du moins à une partie de celui-ci qui a la haute main sur tout qui est sécuritaire au pays ! Tous évoquent l’idée que des actes et des actions guidés par le seul intérêt personnel d’une caste ou d’un clan ! Le réseau sanguin se compose de veines et d’artères qui mènent toutes au cœur du système !

  10. Voici une autre analyse intéressante au sujet de cet attentat :

    L’attentat de Marrakech : terrorisme d’Etat ou début d’une révolution armée ?

    Auteur : mohammed hifad

    Date : le 03 mai 2011

    A propos de l’attentat de Marrakech du jeudi 28 avril 2011, l’hypothèse d’une action de la Jihadia Islamia au Maroc et de la Qaïda semble exclue dans la mesure où la première l’a fermement condamné ayant payé injustement un lourd tribut pour les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca et la deuxième ne l’a pas revendiqué comme elle a l’habitude de faire.

    Nous privilégions donc deux hypothèses d’explication :

    Première hypothèse :

    Il s’agirait d’un terrorisme d’Etat à la manière dont les services secrets égyptiens ont commis l’attentat de l’église copte en faisant des dizaines de morts pour opposer les chrétiens et les musulmans et détourner l’opinion publique par quelque chose de très fort des vrais problèmes posés par les manifestations de la rue, les discréditer aux yeux des puissances occidentales et attirer leur sympathie et solidarité pour le régime contesté. Cet attentat de Marrakech veut également assimiler les manifestants du mouvement du 20 février à de vulgaires terroristes qui tentent de déstabiliser le pays. La place choisie est celle de la libération (sahat attahrir ) pour la section marrakchie du mouvement du 20 février.Le café choisi porte le nom d’ « ARGANA » et rappelez vous que c’est le nom que nous avons donné à notre révolution à savoir la révolution de l’arganier (=argana en arabe dialectal et targante en tachelhit). Le nombre supérieur d’étrangers présents au moment du déjeuner etc , tout indique que c’est le mouvement du 20 février qui est ciblé par cet attentat.

    Le moment choisi est similaire à celui des attentats du 16 mai 2003 à Casablanca, à celui discours royal du 9 mars 2011, c’est-à-dire à chaque fois que le régime se trouve dans une impasse dangereuse et ce genre d’actes permet justement de débloquer la situation par quelque chose de percutant pour arracher de force les citoyens(ennes) à cette réalité sociale, économique et politique défavorable au régime. Depuis l’existence de la Qaïda , c’est une aubaine pour les Etats du monde entier qui mettent sur le dos de cette organisation bien des crimes politiques crapuleux et des jugements expéditifs. Ce stratagème a fonctionné lors des événements du 16 mai 2003 à Casablanca et les Islamistes en ont payé injustement une lourde facture. Le discours du 9 mars 2011 a devancé de grandes manifestations où les revendications du mouvement du 20 février auraient pu être revues à la hausse. L’attentat de Marrakech a devancé la grande manifestation du premier mai 2011 qui, ajoutée à celle du mouvement du 20 février, serraient extrêmement dangereuses dans un environnement nord-africain en pleine ébullition…

    Cet attentat a brisé à coup sûr ces manifestations et la colère du peuple enchaîné. Les chaines nationales sur ordre du Makhzen ont mis l’accent sur l’attentat de Marrakech et ce n’est que la chaine Al Jazira qui a mis en relief les manifestants du mouvement du 20 février. Le pouvoir veut assimiler au terrorisme le mouvement du 20 février à la manière de Moubarak, de Kadhafi et de Bachar Al Assad et surtout par la mort en majorité de ressortissants étrangers car il cherche à impliquer, dans le conflit qui l’oppose au peuple, les puissances occidentales et s’attirer leur sympathie et solidarité. Pour bien mener les investigations, il faut que l’ONU nomme, en parallèle, une commission internationale d’experts neutres où il n’y a ni marocains ni français pour atteindre la vérité d’une manière objective et juste.

    Deuxième hypothèse :

    Nous savons que le mouvement du 20 février est composé de plusieurs groupes de sensibilités politiques et idéologiques diverses. Il n’est logiquement pas exclu, comme dans tout groupement humain, qu’il y ait un petit groupe réaliste et pragmatique, qui opterait pour la violence pour répondre à celle du Makhzen omniprésente depuis cinq décennies. Il opterait pour la lutte armée face au déni irresponsable du Makhzen opposé aux revendications légitimes du mouvement du 20 février toutes composantes confondues et de la quasi majorité du peuple marocain.

    Le Roi a délimité, d’une manière unilatérale, en sept points dans son discours du 9 mars 2011 ce qu’il veut bien céder de son pouvoir absolu tel qu’il est laissé par la dictature de son père. Il a nommé sa commission constitutionnelle, a ordonné à ses associations, ses organisations non gouvernementales, ses syndicats , ses partis et son parlement de lui faire leurs propositions pour la révision de la constitution, entendre par là ses propres propositions qu’il leur aura distribuées auparavant selon la fameuse formule de « taâlimates samiya », les hautes directives d’en haut.

    Dans la rue il y a les partis interdits Al Adl Wa Al Ihsan et le Parti Démocratique Amazigh, les partis autorisés Annahj Addimoukrati et le Parti de la Gauche Unie, l’AMDH, les Associations des immigrés qui n’acceptent pas la tutelle du Makhzen, les intellectuels et les jeunes du mouvement du 20 février. Tout ce beau monde est exclu par le discours du Roi qui ne fait que parler à lui-même à travers les acolytes de son régime.
    Et tout le beau monde [ affidé au régime ] fait semblant que tout va bien et une tapageuse campagne médiatique et diplomatique bat son plein. Il est déjà question des listes électorales, du referendum, des élections législatives de 2012 et certains chefs de partis se frottent les mains et se voient déjà premiers ministres avec le fameux pouvoir élargi octroyé gracieusement par Sidna , ce qui donne un bon appétit à tout ce beau monde et le grand oublié, c’est-à-dire le peuple, il le demeure car il s’est oublié lui-même et il a bradé sa souveraineté il y a bien longtemps au point qu’il en est devenu un véritable handicapé bien plaindre en ce moment crucial de son Histoire.

    Nous nous retrouvons brusquement dans une campagne de Hassan II à l’identique et nous assistons impuissants à l’avènement d’une nouvelle dictature au Maroc avec des méthodes plus subtiles mais elle n’en reste pas moins une véritable dictature et plus dangereuse encore dans le contexte social, économique, environnementale et politique. Les manifestants exigent une nouvelle constitution, une commission constitutionnelle issue du peuple, indirectement la reconnaissance au préalable des associations, des coopératives et des partis interdits etc. Il se peut donc que cette intransigeance du palais puisse excéder certains et les pousser malheureusement malgré eux à opter pour la révolution armée. La place choisie est symbolique, le nom du café constitue clairement la signature des auteurs, L’acte en lui-même est un avertissement pour le palais et ses alliés occidentaux : comme du temps de la résistance armée, on frappera là où cela fait mal au pouvoir et aux occupants pour les inviter au dialogue d’égal à égal avant qu’il ne soit trop tard et notre environnement est très édifiant en la matière actuellement.

    Dans les deux cas, nous estimons que, d’une manière directe ou indirecte, on ne peut parler en ce moment que d’un terrorisme d’Etat qui a derrière lui l’expérience macabre de cinq décennies.

    Mohammed Hifad

    Source : mogador7.forumactif.com

  11. On peut enregistrer un fait important est qu’aucune revendication n’a été faite pour cet attentat, ce qui me pousse à écarter la thèse avancée jusqu’à maintenant par le Min de l’Intérieur qui est celle de l’AQMI.
    La thèse du complot Etatique est aussi à écarter, mais il me semble qu’une guerre de clans au sein des arcanes de l’Etat (spécialement ses services secrets) commence à sortir dans la RUE et à avoir des répercussions à l’extérieur du Système :
    - D’abord les réactions contradictoires lors des dernières manifestations (Baltagias par-ci, Matraque par-là, manifs sans incidents…)
    - Affaire Nini : Nini publie plusieurs articles sur la DST et la BNPJ et certains milieux sécuritaires, puis sa poursuite en état d’arrestation.
    - Témoignage sur un éventuel déménagement du centre de Témara.
    - Explosion à Argana :
    1. publication sur Youtube (3 jours avant) d’un enregistrement d’AQMI menaçant l’Etat marocain qui s’avère un extrait d’un vieil enregistrement et qui est rapidement supprimé après avoir été démasqué et juste après l’explosion.
    2. Le mode opératoire de l’attentat ne ressemble à aucun des attentats qui ont déjà eu lieu (explosifs non-traditionnels, pas de kamikaze, lieu choisi, description de l’auteur,…)
    4. les caméras mis en place sur Jamaa el Fna qu’on ne cite pas comme élément de l’enquête.

    Tous les éléments poussent à croire que certains éléments de l’appareil sécuritaire ont du sentir la terre trembler sous leurs pieds et ne doivent certainement pas apprécier la tournure que prennent les derniers événements (les manifs et la presse qui exigent de punir les tortionnaires et de contrôler la DST cette dernière semblent être dans le collimateur et pouvait voir ses prérogatives restreintes (qui dit prérogatives dit budgets dit plus de contrôle des dépenses…) et pouvait être le bouc émissaire du système sécuritaire.

    Tout dépend de la réaction de la Rue, à mon sens les manifestations doivent continuer à exiger le contrôle de la DST et le jugement des tortionnaires avérés, pour ne pas permettre à la machine de faire marche arrière.

    A suivre …

  12. Attentat de Marrakech:

    les vidéos et photos pris par des amateurs quelques minutes avant et après t = 0, peuvent aider l’enquête:

    - Voici un:

    http://goo.gl/46LYf

  13. ma fille Maud Déchiqueté dans l’attentat laisse 2 jeunes orphelins,nous aimions le Maroc le peuple Marocain ,avant le jugement final qui Puni les assassins ,jai lu les 600 pages du dossier francais , il ni à pas de doutes ils sont coupable,ce que je regrette c’est que les temoins,les pieces à conviction n’est pas était produite,car ceux qui comme beaucoup n’ont pas lu la totalité des pv de la police Francaise ne comprenne rien,La soeur d’Adil el otmani devrait étre dans le box des accusés,elle savait tout,elle à vue son frere préparer les bombes,je ne comprend pas l’ENQUETE Marocaine,nis sa JUSTICE,la clemence pour les 4 qui ont pris 4 ans de prison me font dir que les juges prevois au prochaines élection une percé des parties ISLAMIQUE la clémence de leur jugement est allegence au nouveaux gouvernement djiadiste du Maroc

  14. Monsieur l’agent votre post est orienté !

    Mais à votre avis, Mr l’agent, qui sont les commanditaires ?

    A mon sens le peuple, 20 FEV, doit continuer à exiger le contrôle de la DST et le jugement des tortionnaires.

    Le point de vue d’un marocain qui connait bien les manigances du Makhzen :

    http://www.youtube.com/user/hawarirahal#p/u/6/1f2LXPaTG9o

  15. Désolé, voici la bonne vidéo de mon point de vue :

  16. Le vieux opposant aux Alaouites Mohamed Tsila dit » Sovcor = http://www.youtube.com/user/sovcor » est convaincu que ce sont les services français qui ont commis l’attentat d’Argana. Écoutez ce qu’il dit ici:

    http://www.youtube.com/user/hawarirahal#p/u/9/z9kp3lc6mGc

    Je me rappelle, un jour avant l’attentat le secrétaire d’État à l’Intérieur, Saâd Hassar, était en visite à Paris !

    Ce poste de secrétaire d’Etat à l’Intérieur, mère de tous les ministères du Maghzen, au pays des Alaouites est un curieux poste ! Saâd Hassar n’est jamais venu au Parlement alaouite pour répondre aux questions des députés de Sa Majesté !

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