links for 2011-07-30

links for 2011-07-22

links for 2011-07-21

links for 2011-07-20

links for 2011-07-19

links for 2011-07-18

links for 2011-07-14

Fahd Yata, le 20 février, les Etats-Unis et l’OTAN: faites ce que je dis, pas ce que je fais

Sincèrement, j’aime bien Fahd Yata – tout comme j’aime bien Khalid Naciri et Khalil Hachimi Idrissi – ils me font presque oublier Moulay Ahmed Alaoui. Non, je ne suis pas sous l’influence de produits que la morale réprouve, ni en instance de demande de grima. Voici le comment du pourquoi.

Cet éditorialiste et propriétaire de l’hebdomadaire La Nouvelle Tribune (sincèrement, je ne peux pas me rappeler avoir jamais vu quelqu’un l’acheter dans un kiosque ou le lire dans un café ou dans le train), fils d’Ali Yata et frère jumeau du regretté Nadir Yata, a une ligne éditoriale identique à celle de tant d’autres éditorialistes ou bloggeurs, mais lui l’affirme avec constance et détermination depuis une quinzaine d’années: le Roi a toujours raison et ceux qui critiquent le makhzen ou demandent une démocratisation du système ont toujours tort.

C’est un éditorialiste et homme de presse d’un genre particulier – il s’est ainsi vanté dans un tweet de ne pas avoir de carte de presse:

S’agissant du mouvement contestataire du 20 février, sa religion est toute faite: il s’agit là d’un mouvement extrémiste, manipulé par l’étranger (lequel?) et Moulay Hicham, et insignifiant – des "bouffons" comme il l’a écrit dans un éditorial du 11 février…

Pis encore: dans un article récent, il écrit ainsi que "des réseaux sociaux, sous emprise américaine, actionnent le #FEB 20 au Maroc". Ca amusera sans doute Nahj addimoqrati, d’Al adl wal ihsan ou du PSU, dont de nombreux militants participent activement au 20 février, que ce sont des suppôts des Etats-Unis – de la CIA pour dire les choses crûment. Des esprits pervers s’étonneront de voir reprocher au 20 février des accointances avec des officines du gouvernement étatsunien alors même que l’Etat marocain et ses médias publics ou officieux n’ont cessé de rappeler à quel point Hillary Clinton et son State Department étaient transportés d’enthousiasme tant par le référendum que par le texte constitutionnel et muets de béatitude devant "l’exception marocaine".

Ainsi dans cet édito en date du 3 mars 2011:

M.William Burns n’est pas le premier venu. Sous-Secrétaire d’Etat, c’est-à-dire Vice-Ministre des Affaires Étrangères des Etats-Unis d’Amérique, il est le premier diplomate « professionnel » de son pays, juste en dessous de Mme Hilary Clinton, qui occupe, elle, un poste éminemment politique, aux côtés du Président Obama. M. Eneko Landaburu, ambassadeur de l’Union européenne à Rabat et représentant de sa Commission de Bruxelles, est, pour sa part, un diplomate chevronné, qui a longtemps été le premier responsable des affaires étrangères au sein de ladite commission, juste après le Commissaire européen, avant de prendre un poste parmi les plus recherchés par les Eurocrates, celui de Rabat. Quant au Washington Post, c’est, avec le New York Times, l’un des deux quotidiens les plus influents d’Amérique, connu pour la qualité et la pertinence de ses éditoriaux, le sérieux de ses analyses, l’impact de ses articles. (…)

Si les deux « grands encadrants » du Royaume, Etats-Unis et Union Européenne, par l’entremise de voix autorisées et habilités à le faire, ont ainsi relevé l’exception marocaine, c’est qu’elle existe vraiment… (…) Plutôt que de cracher dans la soupe, tirer sur les ambulances, miner le tissu politique, déstabiliser un gouvernement, ô combien imparfait certes, mais élu démocratiquement, ne serait-il pas préférable d’agir, de mobiliser et de convaincre pour aller de l’avant, en préservant les acquis ? Burns, Landaburu, la presse étrangère, ne sont pas les soutiens indéfectibles du régime. Leurs intérêts commandent qu’ils attestent de la réalité. Serait-il impossible que certains des Marocains, privilégiés de surcroît, en fassent de même ?

La constance étant le propre des seuls imbéciles, La Nouvelle Tribune allait donc publier, ce 7 juillet, cet article précité sur les accointances étatsuniennes des réseaux sociaux soutenant le mouvement du 20 février – "Des réseaux sociaux, sous emprise américaine, actionnent le #FEB 20 au Maroc":

Il apparaît ainsi clairement que la diplomatie officielle américaine, celle qui prône, à juste titre, l’instauration de la démocratie, le respect des droits fondamentaux de l’Homme, la liberté, partout dans le monde (y compris dans l’aire arabo-islamique, comme le confirme le discours fondateur d’Obama au Caire le 5 juin 2009), et que dirige Mme Hilary Clinton, est largement épaulée, (le moins que l’on puisse reconnaître) par une diplomatie parallèle, directement inspiratrice des mouvements activistes juvéniles en maints endroits de la planète et mise en oeuvre à partir des réseaux sociaux précités. Pour ce faire, un site fondateur a été créé, « movements.org » qui organise la mobilisation par pays ou région, fabrique des stars ou des leaders (tel le cyberactiviste Wael Ghoneïm en Égypte), lance des mots d’ordre de mobilisation, prodigue des conseils organisationnels et se fait l’écho immédiat des activités et actions des mouvements qu’il a contribués à créer. Bien évidemment, notre cher pays, le Maroc, figure en bonne place dans les desseins de ces « deus ex machina » de la cybernétique américaine. « movements.org » a régulièrement rendu compte des activités du #FEB 20 et reproduit largement tous ses appels, ses commentaires, ses attaques contre le « Makhzen ». Lors de la campagne référendaire sur le projet de révision de la Constitution, le réseau-mère des activistes du 20 février, basé donc aux Etats-Unis, a pris fait et cause pour le boycott et dès le 2 juillet, reprenait en large titre, les critiques et les accusations portées par une fraction du 20 février contestant la régularité du scrutin et souhaitant la relance de la contestation dans les rues du Royaume. (…)

Ainsi, comme on peut le constater en prenant connaissance des liens organisationnels qui existent entre le mouvement du 20 février marocain et les opérateurs de la contestation mondiale basés aux Etats-Unis, l’Administration Obama, qui s’entoure désormais dans ses déplacements officiels des « patrons » des principaux réseaux sociaux mondiaux, pratique une double démarche, qui consiste d’une part à apporter un soutien officiel à l’Etat marocain et, d’autre part, à manipuler et encourager des activistes de tous bords afin de « maintenir la pression sur le Makhzen » pour reprendre une expression à la mode chez les #FEB 20 et ceux qui les conseillent localement. En langage non diplomatique, cela s’appelle du double jeu et de l’hypocrisie… Cela implique donc, de la part de tous ceux qui se sentent concernés par l’avenir démocratique du Maroc, lequel se construit et se construira ICI, de prendre la mesure de cette immixtion clandestine américaine, mais surtout, de considérer Facebook, Twitter et autres comme des instruments de communication qu’il convient d’utiliser avec intelligence, diligence, et EN PERMANENCE.

Pour faire court: les partisans du mouvement du 20 février sont manipulés par Langley.

Mais rappelez-vous, je vous disais que la constance est le propre des seuls imbéciles: c’est ainsi que La Nouvelle Tribune, hebdomadaire dirigé par Fahd Yata, a vu un de ses journalistes invité par l’OTAN, et ce le 2 février 2011, en compagnie d’une brochette de journalistes marocains, comme en atteste ce document de cette organisation. Chacun qui connaît ce type d’opérations sait que le déplacement et les frais de séjour sont généralement payés par l’hôte – je serais surpris mais heureux d’apprendre que La Nouvelle Tribune aurait enfreint cette pratique en payant intégralement le voyage et les frais de séjour de son journaliste. Il ne s’agissait pas de couvrir un événement particulier, mais plutôt, à en croire le programme de cette journée, d’inviter des journalistes marocains afin de diffuser la bonne parole de l’OTAN et d’influencer ainsi la presse marocaine, du moins celle qui s’est prêtée à cette opération. On notera avec satisfaction que le secrétaire-général de l’OTAN, l’ex-premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen, le même qui avait refusé de rencontrer une délégation d’ambassadeurs arabes lors de la crise dite des caricatures danoises, a ici trouvé le temps de rencontrer ces sommités de la farouche presse indépendante marocaine (parmi lesquels on comptait notamment des journalistes du Matin du Sahara, de la MAP, de L’Opinion, de Libération, de Bayane al Yaoum, d’Al Alam et de Medi 1 Sat).

Ne croyez pas que cette visite ait changé quoi que ce soit à l’incorruptible indépendance d’esprit qui est la marque de fabrique de la Nouvelle Tribune. A peine son journaliste – Zouhair Yata – revenu de Bruxelles, que l’on a eu droit à une analyse dont l’indépendance d’esprit échappera aux seuls esprits bornés: "Maroc-OTAN, un partenariat stable et fort, unique sur la Rive Sud". Florilège:

Le Maroc, qui fut un partenaire stratégique de l’OTAN tout au long de la guerre froide, participe activement à ce dialogue politique depuis 1995 et en tire une forte crédibilité auprès de cette organisation internationale. (…) Le cas du Maroc, en tant que pays non membre, reste exceptionnel et témoigne, n’en déplaise à Wikileaks, du professionnalisme de l’armée marocaine qui devrait prochainement s’engager activement dans l’Opération « Active Endeavour » de sécurisation de la Méditerranée aux côtés de l’OTAN. (…)

Le nouveau concept stratégique de l’OTAN, adopté par les chefs d’Etat et de gouvernements à Lisbonne en novembre dernier, a été l’occasion pour le Maroc de faire entendre sa voix. En effet, dès janvier 2010, les autorités marocaines ont organisé un séminaire sur le « Dialogue méditerranéen et le Nouveau Concept Stratégique de l’OTAN » sous la présidence du Secrétaire Général du Ministère des Affaires Étrangères et de la Coopération, MAEC, M.Youssef Amrani, et du Secrétaire Général Délégué de l’OTAN. D’ailleurs, les plus hauts responsables de l’Alliance, le Secrétaire général Rasmussen en tête, ont affirmé lors de ce voyage de presse que les recommandations émanant du Maroc pour le renforcement et la dynamisation du dialogue politique avec les partenaires de l’OTAN, ont été non seulement écoutées, mais concrètement prises en compte lors de l’élaboration du nouveau concept stratégique. En définitive, à l’image de son statut avant-gardiste de partenariat avec l’Union européenne, le Maroc tisse une relation de confiance avec l’OTAN depuis de nombreuses années. Cette relation privilégiée permet au Royaume d’être associé à la réflexion et à l’élaboration des politiques sécuritaires de demain et de collaborer à un dialogue politique crucial pour la paix. Force est de constater que seul un pays bénéficiant d’une réelle stabilité peut prétendre à être un partenaire aussi durable d’une organisation telle que l’OTAN. Et il est important de noter qu’aucun pays de la Rive Sud de la Méditerranée n’est en mesure de concurrencer le Maroc dans ce domaine, tant la relation que nous entretenons avec l’Alliance est basée sur un respect et une considération mutuels. Le Maroc peut donc compter sur un appui de taille pour l’aider à faire face, par la formation et l’entraînement de ses forces armées notamment, aux enjeux sécuritaires que sont le terrorisme sahélien ou le trafic de drogues et de personnes.

L’indépendance d’esprit est innée ou n’est pas, puisque La Nouvelle Tribune allait continuer à soumettre l’OTAN à une critique rigoureuse, comme dans cette tribune d’un ancien diplomate étatsunien publiée dans La Nouvelle Tribune du 30 juin, "L’OTAN doit prévaloir".

Une carte de presse, pour quoi faire? Bonne question.

Morocco’s Constitutional Referendum for Dummies

Here’s a text – "Morocco’s Constitutional Referendum for Dummies" – I just contributed to the collective Arab-American blog Kabobfest (I recommend by the way two of their recent articles, one – "FIFA: Control, Women’s Bodies & The Soccer Field" – on the world’s obsession with Muslim women’s headgear, and another on that lowliest of all lowly characters, "7 Arabs Wary of Palestinians"). In brief, my take on the constitutional referendum, and the revised constitution it adopted, is this: whatever limited improvements the revised constitution may have brought are nullified by the methods the makhzen has used to repress the February 20 movement and all other political forces calling for a boycott. What on earth the régime is expecting to come out of the use of beltagiya (paid thugs on the Egyptian model) is totally beyond me, and what good can come out of a basriesque or benaliesque referendum result such as the one we witnessed (98,5% voted yes, if the notoriously unreliable official voting tally is to be trusted) is outside the reach of human reason, I fear.

You may also remember that Kabobfest published my earlier take on the February 20 movement, "What You Need to Know About Morocco’s Popular Protests".

links for 2011-07-11

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 108 autres abonnés

%d bloggers like this: