"Personne dans le monde ne comprendrait que l’Allemagne interdise à ces concitoyens juifs de circoncire leurs garçons"

Je me suis toujours étonné que la question de la circoncision des garçons ne soit pas entrée plus tôt dans le Kulturkampf livrant les tenants d’une laïcité à la française (qui s’est largement exportée depuis) et les musulmans vivant en Occident. La laïcité à la française c’est cette forme de séparation de l’Eglise et de l’Etat qui:

  1. veut une séparation radicale – mais à sens unique, cf. point 3 ci-dessous – des deux s’agissant du culte musulman;
  2. adopte une séparation pragmatique et flexible s’agissant des cultes juif et chrétiens (financement public des écoles confessionnelles, financement de la rénovation ou réfaction des églises, temples et synagogues existant en 1905, régime du concordat maintenu en Guyane et Alsace-Moselle, protection des chrétiens d’Orient, jours fériés catholiques, etc);
  3. entend la séparation radicale décrite au point 1 comme concernant les rapports du culte musulman aux pouvoirs publics, mais pas comme ceux des pouvoirs publics au culte musulman, lesquels pouvoirs publics peuvent se permettre immixtions diverses et variées dans ledit culte (cf. organisation et élection du Conseil français culte musulman, CFCM);
  4. fait une distinction contra legem (cf. articles 25 et 27 de la loi du 9 décembre 1905, article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, qui a valeur constitutionnelle, l’article 9 de la Convention européenne de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales et l’article 18 du Pacte international des droits civils et politiques) entre la manifestation d’opinions ou pratiques religieuses dans la sphère privée, la seule qui serait légitime, et son interdiction dans la sphère publique (particulièrement pour l’islam – nul ne songe à interdire processions catholiques ou prières publiques catholiques sur la voie publique, même très polémiques);
  5. et qui restreint la pratique religieuse au nom de la liberté religieuse.

On a vu le voile, la viande halal, les piscines non-mixtes mais bizarrement pas  la circoncision des garçons, pratique religieuse musulmane (commune aux juifs, tout comme l’abattage rituel). C’est bizarrement dans des pays pratiquant plutôt la neutralité religieuse de l’Etat que la question a été débattue publiquement: en Suède et en Norvège, des débatteurs ont ainsi demandé l’interdiction de la pratique de la circoncision masculine sur des mineurs, au nom des droits de l’enfant, la circoncision étant vue comme une forme de mutilation. Il est vrai que des incidents dramatiques ont eu lieu, de jeunes garçons musulmans circoncis par des circonciseurs non-qualifiés et ayant eu des séquelles, allant dans quelques cas jusqu’à la mort.

En Suède, la loi (2001:499) sur la circoncision des garçons a ainsi été adoptée en 2001, et réglemente la circoncision qui ne peut être effectuée que par un médecin (une exception étant faite pour les mohels juifs, qui peuvent circoncire des garçons de moins de deux mois) – cette loi semble faire un accommodement raisonnable entre le désirs des parents de circoncire leur fils pour des motifs religieux et les droits de l’enfant à la santé et à la vie, en mettant la circoncision sous contrôle médical. Paradoxalement, la France laïque et un brin islamophobe n’a pas – encore – sauté sur l’occasion pour en faire un débat de société propice à susciter une belle unanimité contre les musulmans de France (le fait que cette pratique concerne aussi les juifs n’est pas vraiment un argument, si on considère le débat sur l’abattage rituel lors de la campagne présidentielle cette année).

De même en Allemagne: les cultes y sont reconnus, et un impôt ecclésiastique y est prélevé sur les revenus des membres des cultes reconnus (comme en Suède d’ailleurs). Mais récemment, un tribunal de Cologne a jugé (cf. le jugement intégral ici) qu’une circoncision sur un mineur était constitutive d’une atteinte à son intégrité corporelle ne pouvant être justifiée par des motifs religieux. Ce jugement d’un tribunal inférieur, dont la valeur de précédent est plus que limitée, a suscité un tollé auprès des milieux juifs et musulmans - appuyés en cela par l’Eglise catholique - et a causé la consternation du gouvernement chrétien-démocrate (CDU/CSU) & libéral (FDP) d’Angela Merkel. Le fait que les juifs soient touchés n’est bien évidemment pas étranger à la position du gouvernement et du parlement allemands de se prononcer en faveur de la circoncision religieuse – après tout, même sous le nazisme cette pratique ne fut pas interdite…

Mais les propos du ministre allemand des affaires étrangères Guide Westerwelle (FDP) doivent être soulignés:

"La résolution démontre que nous vivons dans un pays tolérant et cosmopolite. Personne dans le monde ne comprendrait que l’Allemagne interdise à ces concitoyens juifs de circoncire leurs garçons" (L’Express)

Sincèrement, que feraient les musulmans d’Europe sans les juifs pour défendre l’abattage rituel et la circoncision?

A lire sur le sujet: "Circoncision pour motifs religieux: Le prépuce de la discorde" de Céline Fercot, qui passe notamment en revue la jurisprudence française sur la question.

Du policier au ministre, la négrophobie au Maroc

La dernière fois que j’ai franchi le contrôle frontalier à l’aéroport Mohammed V de Casablanca plusieurs avions avaient atterri en même temps. Chaque guichet de police des frontières comporte un panneau indicatif – "passeports marocains" ou "autres passeports" – que les arrivants sont bien avisés de respecter. Bien qu’étant marocain, je voyage depuis très longtemps avec mon seul passeport européen, mais suis bien évidemment muni de ma CIN. Prudent et éternel pessimiste, j’avais dit à ma femme que nous devions prendre la file "autres passeports" car si nous sommes bien marocains de nationalité, nos passeports sont étrangers, et ce alors même que la queue pour les guichets "passeports marocains" était bien plus courte.

J’attends donc, remarquant la jolie noire devant moi, accompagnée d’un ami au style vestimentaire "clip de rap". Je patiente pendant une quinzaine de minutes. La noire se voit indiquer l’ordre de rebrousser chemin, mais sans scandale et elle n’y trouve rien à redire – elle n’a probablement pas rempli la carte de débarquement, pratique typique des dictatures pays arabes.

En attendant, dans la file d’à côté, réservée aux passeports marocains, un passager noir, de petite taille, habillé très modestement, qui semble peu habitué aux aéroports, présente son passeport africain au policier. Celui-ci lui répond – ma femme attire mon attention là-dessus – par une mimique méprisante et moqueuse et un geste de la main au niveau de la tempe, lui demandant s’il était à jeûn, et lui indiquant avec brutalité et goujaterie que c’était la queue pour les détenteurs de passeports marocains, lui intimant l’ordre de prendre une file devant le bon guichet. Le noir, interloqué, ramasse son passeport et ses bagages et rejoint notre queue, passant avant les passagers qui comme moi patientaient depuis une bonne vingtaine de minutes. Ma femme, scandalisée par la scène à laquelle nous avons assisté, s’irrite cependant, alors que je compatis plutôt avec le malheureux. Et c’est là que le policier au guichet – alors que personne dans la file ne s’était plaint de rien – lui intime, avec la même discourtoisie que son collègue, d’aller à un guichet beaucoup plus loin, l’obligeant à traverser le grand hall avec ses papiers et ses sacs, l’air hébété et résigné, ne semblant d’ailleurs pas parler français, et devant se résigner à refaire une longue queue pour une seconde fois.

A peine avons-nous le temps, moi et mon épouse, de nous scandaliser à nouveau que voilà une troisième scène. Dans la file à notre gauche, elle aussi réservée aux passeports marocains, j’avais remarqué une femme en niqab noir. Semblant âgée de par sa corpulence et sa démarche, apparemment peu habituée – elle aussi – à fréquenter les aéroports (elle dépose un carton et un sac style Tati derrière le guichet du policier pour revenir ensuite devant présenter son passeport), elle se voit soudainement interpellée par une policière. Je comprends: la policière va l’emmener faire la vérification d’identité – en lui demandant de soulever son niqab – dans un bureau à l’abri des regards masculins. La policière, moins de trente ans, cheveux longs, un joli visage abîmé par un mélange de vulgarité et de méchanceté, n’est pas vraiment discrète: elle interpelle brutalement la niqabi, avec la douce mélodie de l’arabe dialectal parlé avec l’accent doukkali, mouline énergiquement des bras pour la faire se rendre audit bureau, et regarde ensuite autour d’elle avec fierté telle une danseuse du ventre d’un cabaret de Casa Port guettant la lubricité des regards des spectateurs après avoir fait tressauté sa marchandise. Elle va ensuite plaisanter avec ses collègues masculins.

Nous passons ensuite sans souci. Et je me dis que nos policiers et policières feraient d’excellents ministres ou éditorialistes progressistes et modernistes, défenseurs de la langue française sur 2M, et de la publicité pour l’alcool dans la presse écrite, tant pour leur mépris des sub-Sahariens que pour leur hargne à l’encontre des femmes en niqab (je hais le niqab à titre personnel mais un fonctionnaire de l’Etat doit être neutre et traiter tout administré de manière similairement respectueuse – ce n’était pas le cas ici).

Exhibit A: Abdelouahed Souhail, ministre PPS, c’est-à-dire post-communiste, de l’emploi et de la formation professionnelle. L’internationalisme prolétarien et la solidarité des travailleurs ne l’ont guère traumatisé: voilà déclare que si Lhoussine et Fatna sont au chômage au Maroc c’est parce qu’il y a trop de Mamadou et Fatimatou au plus beau pays du monde.

Le 6 juillet, à New York:

« Nous assistons, du fait de la crise économique et financière à deux phénomènes: d’un côté, le repli sur le Maroc de ses propres ressortissants touchés par la crise, et de l’autre, l’afflux de Sub-sahariens et l’intérêt grandissant affichés par des ressortissants des pays du Nord, pensant y trouver des niches insuffisamment exploitées »

Le quotidien de son parti, Al Bayane, a eu la délicatesse de bien insister sur ce point, en en faisant le point principal du discours ministériel: "Souhail aux Nations unies : «Les nouveaux phénomènes migratoires amplifient la crise de l’emploi au Maroc»".

Exhibit B: Abdelhadi Khaïrate, député USFP, c’est-à-dire post-socialiste. Il a interpellé le ministre de l’intérieur Mohand Laenser, sans doute inquiété  - comme on le comprend – par le nombre d’attentats terroristes commis par les Camerounais, Libériens et Burkinabés au Maroc, sur le danger sécuritaire posé par l’immigration sub-saharienne:

Abdelhadi Khairate, député USFP a interpellé le ministre de l’intérieur Mohand Laenser, sur ce qu’il a qualifié de grave menace représentée par l’entrée sur le territoire de clandestins subsahariens aux antécédents douteux.

« Des armes libyennes équipent des candidats à l‘immigration clandestine embusqués au Maroc, attendant l’occasion de traverser vers l’Europe … Ceci est une menace pour la sécurité nationale et des citoyens, vue que la plupart d’entre eux ont subits des entraînement et sont expérimentés dans le maniement des armes» s’est ému Khairate, lors d’ une question adressée au gouvernement.

Le progressisme-modernisme marocain (disons Promod pour faire bref), dans sa définition courante actuelle, consiste surtout à s’offusquer de l’accroissement de l’usage de l’arabe sur 2M et à se scandaliser de l’interdiction de la publicité pour l’alcool, des combats à hauteur de des qualités et talents – considérables – de ses représentants et militants. Passer sous silence la très forte mobilisation des Promods à l’occasion de la publication de la circulaire Guéant serait également très injuste à leur encontre. On ne m’ôtera pas l’idée que les sub-Sahariens pourraient faire quelques efforts de leur part en gage de bonne volonté, et être un peu moins Africains et un peu plus blancs – ce n’est quand même pas aux Promods de faire le premier pas!

CAN : Regragui, le Franco-Marocain qui n’a jamais rêvé des Bleus

Total respect à la lecture de ces déclarations de l’ex-international marocain Walid Regragui:

Quand le Maroc l’appelle en 2000 pour rejoindre la sélection, il n’hésite pas une seule seconde. Il assume, lui le binational, de défendre les couleurs de son pays d’origine :

« Le Maroc était un choix naturel pour moi, même si je suis né en France. Et puis, honnêtement, l’équipe de France ne m’a jamais fait rêver. “

Il y a quelques mois, la question des binationaux, nés et formés en France mais internationaux dans le pays de leurs parents, avait fait polémique. Jouer pour son pays d’origine n’est pas forcément un choix par dépit.

Walid Regragui, défenseur latéral ou milieu droit, arrive dans le circuit professionnel sur le tard, à 24 ans. Toulouse puis Ajaccio, Santander (Espagne), Dijon et Grenoble.

En Ligue 1, il enchaîne les prestations solides et suscite l’intérêt quelques mois plus tard de son pays d’origine, le Maroc :

‘ Le Maroc, c’est mon pays, ma culture d’origine, mon histoire familiale et mon premier coup de coeur footballistique, pendant la Coupe du Monde 86 [en 1986, le Maroc devenait la première équipe africaine à passer le premier tour d'une phase finale de Coupe du Monde, ndlr].

Je ne me suis posé aucune question. C’était le choix du coeur, d’autant plus facile que je n’avais pas fait les sélections de jeunes avec la France.’

Et dire qu’il y en a pour douter de la loyauté et du sentiment d’appartenance des doubles nationaux (1)…

(1) Full disclosure: je suis double national…

Absents de marque

Je lis dans la presse française ceci – "Sarkozy décore des harkis lors d’une journée nationale d’hommage", mais il doit s’agir d’une coquille car je ne vois aucune trace de Rachida Dati, Malek Boutih ou Fadela Amara lors de cette célébration.

Limpieza de sangre hier, préservation de la majorité juive aujourd’hui

Certains étaient en faveur d’un Etat blanc en Afrique du Sud du temps de la splendeur de l’apartheid, la ministre espagnole des affaires étrangères Trinidad Jimenez est en faveur d’un Etat juif en Israël:

Spain’s Foreign Minister Trinidad Jimenez presented a new policy for the Palestinian-Israeli conflict on Saturday, declaring Israel as the homeland of the Jews for the first time and saying that the issue of Palestinian refugees should be solved in such a way that it does not compromise Israel’s current demographic makeup of a Jewish majority. (Haaretz 25/9/2011)

Certains s’en étonnent. Je trouve personnellement que l’Espagne fait preuve là d’une très grande cohérence: n’avait elle pas expulsé musulmans et juifs en 1492 afin de faire de l’Espagne un Royaume chrétien et de ne pas compromettre la composition démographique de celui-ci au nom de la limpieza de sangre? Le soutien à la politique d’apartheid d’Israël envers la population arabe rappelle ainsi un national-catholicisme pas si lointain que ça. Je me demande simplement quels autres objectifs ethniques le gouvernement espagnol estime justifiés dans le cadre de sa politique étrangère voire interne…

Comment faire carrière en France quand on est un chiite libanais

C’est simple:

- se faire appeler Robert, c’est quand même plus facile à prononcer;

- "mange[r] du porc, boi[re] du vin et (…) fai[re] baptiser ses enfants";

- être "grand amateur de chablis";

- être "grand amateur de femmes sauf des Africaines";

- avoir une épouse se prénommant Catherine;

- avoir une Maserati;

- être "un ami très écouté de Nicolas Sarkozy", et lui donner un coup de main quand il en a besoin;

- être "le seul à Paris qui peut dire à un ministre africain sans qu’il en prenne ombrage : "Tu m’emmerdes, sale nègre !"";

Ah, j’oubliais: si vous faites dans le financement occulte de campagnes présidentielles françaises, c’est encore mieux.

L’Ordre du wissam alaouite décerné à "un blanc, blancos, white"

Hassan II avait reçu Jean-Marie Le Pen dans les années 90, Mohammed VI fait décerner une décoration à Manuel Valls en 2011.

Pour les incultes, Manuel Valls a:
- annulé le 12 mars 2011 un débat public faisant suite à la projection du film "Gaza-strophe" de Samir Abdallah et Khéridine Mabrouk sur la guerre israélienne contre Gaza en 2009;
-déclaré face à une caméra, lors d’une promenade sur le marché d’Evry, ville dont il est le député-maire, confronté à la foule multicolore: «Belle image de la ville d’Evry… Tu me mets quelques blancs, quelques whites, quelques blancos… », phrase qu’il a par la suite affirmé assumer totalement;
- soutenu l’idée d’une interdiction du voile islamique là où il y aurait des enfants, et notamment les crèches;
- voulu remettre "du porc et de l’alcool en rayon, et fissa!" dans une épicerie de sa ville passée à l’alimentation halal;
- coupé, en février 2010, les subventions de l’association "Evry-Palestine";
- débordé Nicolas Sarkozy sur sa droite tout récemment au sujet des immigrés en provenance de Tunisie;
- a, en matière sécuritaire dont on sait combien elle est ethnicisée en France, "une posture populiste et autoritaire";
- une police municipale interdisant la vente de livres sur l’islam lors de brocantes;
- exprimé son opposition à l’adhésion de la Turquie à l’Union européeenne;
- dénoncé, en 2011 (deux mille onze), l’influence du marxisme-léninisme au sein de la gauche française (si, si!);
- signé une tribune qualifiant le boycott d’Israël d’"indigne";

Distinction
Le député socialiste Manuel Valls fait Commandeur du Ouissam alaouite
Le Matin du Sahara Publié le : 16.06.2011 | 17h39

Le député et maire socialiste français d’Evry (région parisienne), Manuel Valls a reçu mercredi soir des mains de l’ambassadeur du Maroc en France, El Mostafa Sahel, les insignes de Commandeur du Ouissam alaouite en reconnaissance de son engagement en faveur de l’amitié franco-marocaine et de son action pour l’intégration de ses administrés marocains.

Ce responsable en vue du Parti socialiste (PS-opposition) et candidat aux primaires pour l’élection présidentielle de 2012, s’est dit «touché et ému par le geste de S.M. le Roi Mohammed VI et très sensible à l’immense honneur que lui fait un pays ami».

Ce catalan d’origine, très attentif à une relation harmonieuse entre les deux rives de la Méditerranée et à la consécration des valeurs de liberté et de démocratie à l’heure du «printemps arabe», a assuré que le Maroc jouait, dans ce contexte, un «rôle tout à fait essentiel».

A ce titre, il a salué «le dynamisme, la croissance économique et l’évolution politique, culturelle et sociétale que S.M. le Roi est en train d’impulser».

«Ce qui se passe en ce moment au Maroc et ce qui se passera après la révision constitutionnelle est un élément très important, en termes d’exemplarité, pour les autres pays» de la région, a estimé Manuel Valls devant une assistance formée de ses camarades, d’élus, d’intellectuels et d’acteurs associatifs de la ville d’Evry, dont notamment le philosophe Marek Halter, le recteur de la grande mosquée d’Evry, le marocain Khalil Merroun et le rabbin de la ville.

Il a redit «l’immense honneur» qu’il ressent face à ce geste de la part d’un «Maroc ancré dans l’histoire et des Marocains qui ont marqué la terre d’où je viens», en référence à sa Catalogne natale et à l’Espagne, mais surtout au modèle de la Cordoue du temps de l’Andalousie en termes de tolérance et de convivialité entre les religions et les cultures qu’il veut promouvoir dans la ville d’Evry.

En faisant l’éloge du récipiendaire, El Mostafa Sahel a rendu justement hommage à l’action de M. Valls et son «engagement connu de tous pour la promotion d’un nouveau +vivre ensemble+ porteur de beaucoup d’espoirs», dans cette ville baptisée «capitale spirituelle» du département de l’Essonne.

Le jeune maire d’Evry est connu pour son combat, «dans une conception ouverte de la laïcité», pour «la cohabitation entre confessions différentes et pour prévenir les risques du communautarisme» dans cette ville où se côtoient la dernière cathédrale bâtie en France, où officie un évêque né à Rabat, une synagogue dont le rabbin est d’origine marocaine, une pagode bouddhiste et la Grande Mosquée dirigée par le marocain Khalil Merroun.

Le Maroc est sensible à cette démarche car il est à son tour «une terre de tolérance, où se côtoient pacifiquement juifs, chrétiens et musulmans, mais aussi une terre où se mélangent harmonieusement plusieurs cultures», a relevé l’ambassadeur avant d’évoquer la grande réforme des institutions lancée par le discours royal du 9 mars en vue de consacrer la démocratie et l’Etat de droit.

Et de souligner que la «consécration de la pluralité de l’identité marocaine occupe une place de choix» dans la révision constitutionnelle.

L’ambassadeur a salué par ailleurs l’esprit d’ouverture et de tolérance de M. Valls et rendu hommage à son action pour «une intégration harmonieuse des populations immigrés» dont notamment la communauté marocaine.
Durant son parcours politique, Manuel Valls a été notamment le très proche collaborateur de plusieurs hommes d’Etat français, notamment les anciens Premiers ministres, Michel Rocard et Lionel Jospin.

Par MAP

Je trouve finalement que Manuel Valls et l’Ordre du wissam alaouite se méritent.

Fraternité maghrébine: Manuel Valls s’est rendu à Alger en 2010 afin de donner une conférence sur « La gestion d’une grande ville de la région parisienne (Evry) : un exemple d’organisation multiculturelle » – sans doute a-t-il appelé à l’exportation de "blancs, whites et blancos" afin de rendre Alger plus multiculturelle. Et j’oubliais la Mauritanie, où il s’est rendu pour y louer la musique mauritanienne.

PS: puisque nous sommes en période de réforme constitutionnelle, je souhaiterais que l’octroi de décorations marocaines à des étrangers soit soumise à approbation parlementaire préalable.

Parler de la burqa, en France, c’est parler un peu de la guerre d’Algérie

Voici un billet écrit (laborieusement – si on était au Waziristan ou au Texas, Didier m’aurait sans doute vidé un chargeur dans la tronche…) pour Minorités.org, site initié par Mehmet Koksal, Laurent Chambon et Didier Lestrade (et quelques autres).

Ca commence comme ça:

De fait, les pays où demeurent des règles précises, impératives et générales en matière de tenue vestimentaire, principalement à l’encontre des femmes, ont longtemps été soit des pays musulmans conservateurs soit des dictatures réprimant l’expression populaire de sentiments religieux. Dans la première catégorie, imposant le port de tenues vestimentaires couvrant de diverses manières et avec bien des nuances, formes, visages ou cheveux féminins, on trouve l’Arabie saoudite, divers émirats du Golfe, le Soudan d’Omar Bachir et l’Afghanistan des Talibans. Dans la seconde catégorie, on trouve Turquie kémaliste, Tunisie benalienne, Iran du Shah et sans doute dictatures communistes ayant aboli même toute reconnaissance de la religion, comme l’Albanie d’Enver Hodja. Et encore ces deux catégories antagonistes ne prétendent-elles pas à l’exhaustivité.

Or voilà que des pays se voulant démocratiques et libéraux, voire invoquant sabre au clair, comme c’est le cas en France, un exceptionnalisme universaliste, se mettent à prendre l’exact contrepied des mesures de sujétion vestimentaire des théocraties musulmanes précitées. C’est ainsi au nom des droits de la femme qu’il faut contraindre la femme musulmane à se libérer de ses stigmates vestimentaires d’appartenance à la l’Islam, que ceux-ci soient volontaires ou non. C’est au nom du libre-arbitre de la femme musulmane opprimée qu’il faut lui imposer d’être cheveux à l’air, de la même manière que c’est pour libérer la femme afghane que l’OTAN répand ses bienfaits et ses drones au-dessus de l’Hindu Kush. C’est pour lutter contre la contrainte vestimentaire qu’exerceraient pères, grands-frères et autres agents du patriarcat sur certaines femmes musulmanes portant hijab, niqab ou burqa qu’il convient de contraindre toutes celles-ci à ne plus les porter. C’est au nom de la modernité individualiste et libérale qu’il convient d’imposer l’absence de couvre-chef d’inspiration religieuse. C’est au nom du respect de l’Autre [1] qu’il convient de l’enjoindre de nous ressembler.

La suite est donc ici.

Tänka fritt är stort men tänka rätt är större*

La critique du multiculturalisme est la mode dominante même dans des pays autrefois classés dans ce courant, de par leurs pratiques institutionnelles et politiques en matière de politique minoritaire. Mais il est parfois difficile de pratiquer cette critique à juste escient, comme le prouve cet article (en suédois, désolé) de l’universitaire Pernilla Ouis consacré à la critique du multiculturalisme, de Michel Foucault, de la lutte contre l’islamophobie et de pas mal d’autres choses.

Pernilla Ouis quand elle était musulmane

Un mot sur Pernilla Ouis: Suédoise convertie à l’islam, elle a porté le voile pendant près de vingt ans, avant de l’enlever suite à son divorce en 2008 (elle s’explique ici ). Elle a progressivement perdu la foi et se décrit désormais comme "désislamisée".

 

Tout n’est pas à jeter dans cet article, qui marque quelques points, notamment sur la notion de diffamation des religions soulevée par certains gouvernements d’Etats musulmans, mais plusieurs erreurs factuelles affaiblissent nécessairement son raisonnement:

Elle affirme pour commencer que Michel Foucault serait le Dieu des sciences sociales suédoises:

"Foucault är Gud i den svenska universitetsvärlden, inte profet, utan Gud fader själv. Inom socialvetenskaperna är det han som banat vägen för det kritiska tänkandet kring hur språket formar våra sociala praktiker, hur makten förtrycker de avvikande med sina normalitetsnormer och uteslutningsmekanismer. Foucault är far till det postmoderna tänkandet och diskursanalysen. Varje student som aspirerar på högre studier måste begripa hans storhet och förhålla sig till hans tankar. Att kritisera dem är en omöjlighet i den akademiska världen".

"Foucault est le Dieu du monde universitaire suédois, pas prophète, mais Dieu le Père lui-même. Dans les sciences sociales c’est lui qui a tracé la voie pour la pensée critique autour de la manière dont le langage donne forme à nos pratiques sociales, comment le pouvoir oppresse les déviants avec sa normativité et ses mécanismes d’exclusion. Foucault est le père de la pensée post-moderne et de l’analyse du discours. Chaque étudiant qui aspire à de hautes études doit comprendre sa grandeur et se positionner par rapport à sa pensée. La critiquer est impossible dans le monde académique"

Pas mal d’affirmations, mais aucune preuve de ce qu’elle affirme. Sans être spécialiste de la question, je me permets de douter des brigades de commissaires politiques qu’elle décrit, imposant leur orthodoxie dans un monde académique suédois acquis au postmoderne par l’effet d’une épuration idéologique. Si la pensée foucaldienne a du succès, c’est sans doute pour des raisons intrinsèques, liées à la persuasion intellectuelle de ses éléments fondamentaux. D’autre part, on pourrait objecter quant à la fixation de l’auteur sur Foucault – d’autres auteurs du même courant ont été influents, le courant marxiste ou marxisant (par exemple autour de Göran Therborn ou de Torbjörn Tännsjö) également, sans compter l’influence de Bourdieu (qui n’était ni post-moderne ni marxiste) ou l’école positiviste (Axel Hägerström surtout, toujours très influente parmi les juristes). Bref, du journalisme d’opinion classique, de l’éditorialisme comme on dit en France.

Deuxième point, plus factuel encore. Pernilla Ouis s’attaque à Andreas Malm, journaliste à l’hebdomadaire anarcho-syndicaliste Arbetaren ("Le travailleur"), ayant couvert notamment l’Iran. Il a sorti en 2009 un ouvrage ayant fait couler beaucoup d’encre en Suède, consacré à l’islamophobie en Suède, "Hatet mot muslimer" ("La haine des musulmans"). Pernilla Ouis s’irrite au plus haut point du socialisme affiché de Malm et de sa sympathie pour le Hezbollah (il avait publié une tribune le 1er août 2006 dans le quotidien linéral Expressen intitulé "Därför ska vi stödja Hezbollah" – "Voilà pourquoi nous devons soutenir le Hezbollah") et pour le FPLP de feu Georges Habache: comment ne peut-il ne pas savoir que les musulmans sont soit des chômeurs, soit des entrepreneurs, réactionnaires et conservateurs, s’insurge-t-elle. Puis elle s’avance en territoire miné – le Moyen-Orient, what else?

Malm har tidigare hävdat att han stödjer Hizbollah, eftersom en seger för dem ”producerar det mest önskvärda resultatet” (Malm i Expressen: ”Därför ska vi stödja Hizbollah”, 1 augusti 2006). Samtidigt hade Malm på sig en tröja till stöd för den marxistiskt-leninistiska gruppen Folkfronten för Palestinas Befrielse (PFLP) under denna debatt, en ståndpunkt samma Hizbollah-anhängare hade kunnat mörda honom för. (Expressen)

Malm a précédemment affirmé qu’il soutenait le Hezbollah, une victoire pour eux "produisant le résultat le plus souhaitable" (Malm dans Expressen; ”Därför ska vi stödja Hizbollah”, 1er août 2006). En même temps Malm portait un t-shirt soutenant le groupe marxiste-léniniste Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) pendant ce débat, un point de vue pour lequel un supporter du Hezbollah aurait pu l’assassiner. (Expressen)

Ce serait intéressant si c’était vrai. Mais l’Orient compliqué le demeure même pour quelqu’un ayant porté le voile pendant vingt ans. Voici en effet la réalité des liens entre le FPLP et le Hezbollah – des liens de camaraderie entre mouvements de résistance:

  • le FPLP a adressé un message de félicitations au Hezbollah pour saluer le troisième anniversaire de la "victoire" de 2006;
  • la chaîne de télévision du Hezbollah, Al Manar TV, a diffusé des reportages soutenant clairement les opérations de résistance militaire des brigades Abou Ali Mustafa, bras armé du FPLP;
  • le Hezbollah a mené des actions de résistance militaire avec la branche armée du Parti communiste libanais, tandis que le FPLP en a mené avec les branches armées du Hamas et du Jihad islamique: "De même, on imagine-ra les laïcs comme forcément persécutés par les intégristes musulmans. Vrai dans cer-tains cas, cette assertion se révèle fausse dans d’autres. Il faut alors comprendre par exemple comment le Parti communiste libanais noue des alliances avec le Hezbollah, ou comment le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) marxiste travaille souvent avec le Hamas ou le Djihad islamique, et se laisser interroger politiquement et méthodologiquement par ces nouvelles réalités" (Mouvements);
  • dans le même sens: "Marie Nassif-Debs, membre du PCL, affirme sans hésitation que le parti considère « le Hezbollah comme un parti de résistance, faisant parti d’un mouvement de libération nationale sur le plan national et arabe »[12], tandis que le FPLP confirme qu’entre le Hamas et lui-même il y a des similitudes comme le soutien à la résistance, la coordination des forces de sécurité palestinienne avec l’armée israélienne, mais également leur opposition aux accords d’Oslo, à la Feuille de Route et au piège des négociations de paix" (Café Thawra);
  • enfin: "Des cadres progressifs de discussion vont dès lors se créer entre nationalistes, marxistes, et islamistes, par exemple la Fondation Al-Quds, à leadership islamiste, et tout particulièrement la Conférence nationaliste et islamique lancée en 1994 à l’initiative du Centre d’études pour l’unité arabe (CEUA) de Khair ad-Din Hassib, situé à Beyrouth, qui se réunit tous les quatre ans, destinée à trouver des points d’accords tactiques et/où stratégiques, et à redéfinir les liens, même et y compris d’un point de vue idéologique entre la gauche, le nationalisme et l’islamisme . Le CEUA a ainsi tenu, en mars 2006 et janvier 2009, à Beyrouth, des Conférences générales arabe de soutien à la résistance, où les principales directions des organisations nationalistes, marxisantes et islamistes (notamment le Hamas et le Hezbollah) étaient fortement représentées. Près de 400 délégués issus de la gauche mondiale et du mouvement altermondialiste étaient présent à ces conférences. Ce rapprochement entre les divers groupes est permis par la centralité de la lutte contre Israël, l’interventionnisme américain dans la région, notamment l’Iraq, et la question démocratique. La collaboration va dès lors de se développer sur le champ politique, et même sur le champ militaire en Palestine et au Liban" (Café Thawra).

Et je me suis arrêté à ces deux points-là, relativement factuels de l’argumentation de Pernilla Ouis. Et on comprend comment le reste du raisonnement ne peut qu’être fallacieux: si une vision nuancée et paradoxale des phénomènes islamique et islamiste est possible, ce n’est peut-être pas dû à la "Brigade du martyr Michel Foucault" qui opérerait des assassinats ciblés dans les couloirs des universités suédoises. De même, dans le contexte moyen-oriental, une proximité tactique – car les divergences de fond sont très réelles – entre mouvements progressistes et islamistes, surtout dans le cadre de la résistance, ne relève peut-être seulement pas de la fantasmagorie d’islamo-gauchiste halluciné. Et le fait de porter ou d’avoir porté le foulard n’offre aucune garantie de compétence pour discuter de ces questions.

*Le titre de ce post signifie "Penser librement est grand mais penser juste est plus grand encore" en suédois, une citation de l’écrivain suédois Thomas Thorild. C’est la devise de l’Université d’Uppsala, qui fait débat en Suède car censée exprimer une prime au conformisme – qui définit ce qui est juste? Paradoxalement, cette critique rejoint le discours post-moderniste… Mais cette devise peut également être prise littéralement: penser librement a plus de valeur si on pense librement et que l’on a raison – ce qui présuppose bien évidemment que le fond de la pensée que l’on exprime est susceptible de vérification objective. En l’occurence, approximations et erreurs factuelles affaiblissent la thèse à l’appui de laquelle elles sont invoquées. C’est dans ce sens que l’utilise cette maxime ici.

Jagdszenen aus Niederbayern – nun in Alger, ou comment le foot dégénère en pogroms

Ca avait très mal commencé au Caire, avec des jets de pierre d’une gravité extrême contre le bus des joueurs algériens deux jours avant le match Egypte-Algérie ce 14 novembre, qui s’est clos après une victoire égyptienne 2-0 menant à un match de barrage entre les deux équipes ce mercredi 18 à Khartoum – les vidéos, qui montrent des joueurs algériens blessés par jets de pierre, sont indiscutables et on ne peut mettre en dout, comme l’a fait de manière ignominieuse la presse égyptienne, la réalité de cette agression – voir les vidéos ici (via France 24).

Voir également le bref compte-rendu d’El Watan:

Ce qui s’est vraiment passé

Les Verts qui sont arrivés hier à l’aéroport international du Caire vers 16h, ont été victimes d’une véritable agression de la part des supporters égyptiens qui se sont faufilés au milieu des supporters algériens entassés à la sortie de l’aéroport pour accueillir leurs idoles avant de rejoindre l’hôtel Liber Hôtel (ex-Moevenpick) se trouvant à environ 200 mètres.

Au moment où le bus transportant la délégation algérienne allait amorcer son dernier virage, il a été bombardé par des pierres et des projectiles de toutes sortes qui ont atteint quatre joueurs et l’entraîneur des gardiens de but, provoquant de sérieuses blessures à certains d’entre eux. Il s’agit entre autres de Halliche et Lemouchia qui ont été sérieusement blessés à la tête, Saïfi et Chaouchi qui eux ont été touchés à la main. Le bus transportant la délégation algérienne a été sérieusement endommagé. Aussitôt arrivés à l’hôtel, la délégation algérienne a fait appel au représentant de la FIFA chargé de la sécurité, le Suisse Gagg Walter pour constater les dégâts et les blessures. Les joueurs étaient sous le choc et les présents se demandaient comment des supporters égyptiens se trouvaient sur les lieux après toutes les assurances données par les autorités du pays d’accueil.

Par Y. O.El Watan)

La théorie du complot a été embrassée des deux côtés – les Egyptiens en accusant de manière ridicule les joueurs algériens de s’être en quelque sorte auto-mutilés dans un complot anti-égyptien dont on peine à percer les motivations, sachant que la FIFA n’a jamais à ma connaissance accordé de victoire sur tapis vert à l’équipe visiteuse pour cause de violences en dehors du stade. Du côté algérien, l’attaque du bus de l’équipe algérienne n’aurait pas été le fait de hooligans mais le fruit d’une conspiration impliquant les services secrets égyptiens:

Un parlementaire égyptien à Echourouk : « le chauffeur du bus est un informateur connu par les services de sécurité égyptiens ». (…)

Un parlementaire égyptien n’a pas hésité à faire cette déclaration par téléphone au quotidien Echourouk, parlant du scénario de l’agression des Verts et du rôle joué par le chauffeur du bus, qui a fait un faux témoignage suite aux instructions qu’il a reçue quelques jours avant l’arrivée des joueurs algériens en égypte.

Ce parlementaire a affirmé que ce chauffeur est un informateur des égyptiens, qui avait été chargé par la mission de faire un faux témoignage et d’accuser à tort non seulement les joueurs, mais aussi le ministre algérien de la jeunesse et des sports, et ce en indiquant que ce dernier lui a déchiré la chemise.

Le parlementaire a été clair dans sa déclaration, et il dit : « J’ai peur que vous publiez mon nom, et subir cent fois plus que ce que vos joueurs ont subi », et de ce fait, il s’est contenté pour le moment de révéler la vérité, et à l’avenir nous allons ouvrir une enquête sécuritaire en usant de nos moyens politiques, avant de poursuivre : « Il ne faut pas s’étonner si le chauffeur maintienne ses propos pour faire croire que c’est la vérité qu’il dit, nous les Egyptiens on se connaît les uns les autres. Sa mission était et est toujours d’espionner les étrangers à travers sa soi-disant profession de chauffeur de bus, et il a été choisi pour jouer ce mauvais rôle, à savoir faire un faux témoignage »

Ce même responsable a ajouté cette déclaration : « Je suis sûr que c’est lui-même qui a déchiré sa chemise pour lui servir de preuve supplémentaire à ses faux témoignages. A savoir quelle serait sa récompense ?» (Ech-chourouk)

De même, les célébrations palestiniennes à Gaza après le second but égyptien seraient "le fruit des manœuvres des services secrets égyptiens présents en force sur les territoires occupés" (Liberté).

Des violences ont ensuite eu lieu après la fin du match au Caire, et des supporters algériens affirment avoir été agressés à coups de pierre par des hooligans égyptiens (les récits contiennent de nombreuses exagérations, mais la description des agressions semblent suffisamment détaillée pour être crédible):

« Cela a commencé juste après la fin de la rencontre. Nous attendions dans les tribunes les instructions des services de sécurité égyptiennes pour monter dans les bus. Vers minuit, on quitte le stade du Caire escortés par une voiture de police et une vingtaine de minutes après notre départ, la voiture disparaît. Le bus ralentit avant qu’une meute de supporters égyptiens nous attaque avec des jets de pierres et des armes blanches. Ils étaient comme des fous, pire que les sionistes. Ils voulaient nous tuer. Les bus qui transportaient nos supporters étaient totalement endommagés. Et tout cela sous le regard de la police », témoigne Tayeb Meriem, ancien député, qui faisait partie de la délégation. (…) « Tout au long du trajet, les Egyptiens n’arrêtaient pas de nous caillasser. Il y avait beaucoup de blessés », a ajouté l’ex-parlementaire. (

Un journaliste algérien raconte avoir été agressé par la foule également à l’aéroport, au départ du Caire:

« On croyait que tout était terminé après le cauchemar de la nuit du match, malheureusement pour nous, une centaine d’Egyptiens étaient embusqués à l’intérieur de l’aéroport. Dès qu’on a franchi les portes de l’aéroport, on a été attaqués par une foule déchaînée. Même les journalistes ont été agressés. On a été pris en otage », témoigne, Bachir Cherif, directeur du journal La Tribune.

D’autres témoignages algériens semblent crédibles:

« C’est un véritable guet-apens, un traquenard dans lequel les supporters algériens sont tombés à leur sortie du stade », dit Yacine. L’homme qui parle ainsi, c’est le docteur Yacine Hakimi, chirurgien au CPMC de l’hôpital Mustapha d’Alger il sait exactement de quoi il parle en matière de blessures et de traumatismes. (…)

Selon son témoignage, les bus des supporters algériens sont sortis vers 1h de l’enceinte du stade, escortés par la police. Seulement, au bout d’une dizaine de kilomètres, cette escorte a rebroussé chemin pour livrer ceux qu’elle était censée protéger à la furia des supporters égyptiens résolus à tailler en pièces tout Algérien qui leur tomberait sous la main. Une pluie de projectiles a commencé alors à tomber sur les bus ; les vitres ont explosé les unes après les autres. « Je croyais mon heure arrivée », poursuit Yacine.

« une Algérienne déshabillée devant nous »

Le chauffeur du bus égyptien a refusé de continuer sous prétexte que sa vie était en danger. Les malheureux supporters ont été contraints de faire le reste du trajet à pied au milieu d’une foule hostile qui continuait à les bombarder de pavés et de pierres et à les abreuver d’injures. « Ce n’est qu’une fois à l’intérieur de l’hôtel que j’ai pu donner les premiers soins. Là, j’ai eu affaire à une crise d’épilepsie, un cas de traumatisme fermé du coude, un traumatisme grave du bassin, un traumatisme oculaire grave, et deux côtes cassées sans compter les plaies ouvertes sur la face ou au cuir chevelu », raconte encore notre médecin. (El Watan)

Le gouvernement égyptien a promis d’assurer la sécurité aux Algériens,  mais rien n’a été fait, la police nous a même lâchés face à un public déchaîné. Et nous étions obligés de réquisitionner une dizaine de policiers le temps d’avertir le consulat. Ce n’est que vers les coups de 4h du matin que nous avons pus sortir du stade” (Liberté)

Plus grave, des supportrices algériennes auraient subi de l’harcèlement:

Nesma est étudiante au Caire. Elle raconte les humiliations et les brimades subies au stade. « Des femmes policières nous ont déshabillées alors que leurs collègues hommes nous regardaient. Nous avons été continuellement insultées pendant les trois heures d’attente que nous avons passées à attendre pour entrer dans l’enceinte du stade », dit-elle, en nous montrant les photos de supporters algériens couverts de sang qu’elle a prises avec son propre appareil à la sortie du stade. (El Watan)

Je suis venue de France pour voir l’équipe nationale. Étant étudiante à l’université  de Grenoble, j’ai dû faire des économies avec mes amies pour payer mon séjour et une émulation en prime. Je me suis  retrouvée à moitié nue dans la cabine du poste de police du stade. Le policier m’a indiqué la cabine destinée aux femmes pour la fouille. Je me suis exécutée en croyant qu’il s’agissait d’une procédure normale de vérification. À l’intérieur, la policière a procédé à la fouille de mon sac à main –  en me confisquant mes produits de beauté prétextant qu’ils peuvent servir de projectiles – puis elle m’a demandé de lever les bras pour une fouille corporelle.  Subitement, elle change d’avis en exigeant de moi d’enlever mon pull et mes chaussures, comme j’ai refusé, elle m’a bousculée devant une table et elle m’a menacée de le faire. Une fois fait, elles se sont mises à rire aux éclats en me regardant. Ma fouille ressemblait à celle des détenus. Et dire que j’avais une haute opinion de ce pays. Je rentre demain chez moi.” (Liberté)

Le ministre de la solidarité, de la famille et des ressortissants algériens établis à l’étranger Djamel Ould Abbas a vertement critiqué la partie égyptienne:

« on était victime d’un sketch où les autorités avaient joué leur rôle dans l’hypocrisie. Dés notre arrivée, ils nous ont donné des garanties, mais dés notre sortie de l’aéroport, on a compris l’enfer qu’on nous a préparé » « on a pris place sur la tribune officielle, on a été soumis à une pression terrible, mais jamais on a imaginé que leur haine pouvait arriver à siffler l’hymne national algérien, même les joueurs n’avaient rien entendu. J’ai salué l’hymne national algérien comme un militaire le ferait, et j’ai fait de même avec l’hymne national égyptien, mais j’ai élevé ma voix en présence de 14 ministres égyptiens, pour dire « la honte à l’Égypte, cet hymne national, c’est malheureux que la haine et le mépris arrivent au degrés de siffler le drapeau national » « dés qu’ils ont marqué le deuxième but, je fus ciblé de tirs par un grand sac, qui comprenait des figues sèches, et à ce moment là, on ne pouvait distinguer le ministre du citoyen, parce que les tirs en direction des tribunes réservées aux algériens avaient pris une tournure horrible » « on a un enregistrement vidéo mettant en évidence les agressions dont avaient fait l’objet des officiels algériens ainsi que de simples citoyens algériens sur les tribunes du stade de la mort au Caire »

« ils nous ont attaqué comme des sauvages » (Ech-chourouk)

Des rumeurs faisant état de morts algériens au Caire ont été rapportées par la presse algérienne, notamment Ech-Chourouk, quotidien arabophone – mais traduisant une sélection d’articles en anglais et en français (quotidiens marocains, prenez-en de la graine!) – à grand tirage qui semble être l’Al Masae algérien:

L’on parle de morts et de centaines de blessés. Des chiffres qui font peur et qui circulent parmi la population et au sein des redaction. En l’absence d’une information officielle, les rumeurs vont bon train. Mais, selon les témoignages de rescapés algériens présents, hier, au Caire et arrivés à Alger depuis ce matin, il s’agit de quatre morts averées dont l’un est tombé sous les yeux de notre interlocuteurs. Aucun chiffre officiel n’a été déclaré. Les speculations s’affolent face à la difficulté d’obtenir des informations fiables. Seuls, les témoignages d’algériens de retour de cet enfer en font état. (Ech-chourouk)

Le nombre des morts algériens allégués varie de 1 à 12, en passant par 4, 5 ou 7, selon les sources contradictoires, qui n’ont d’ailleurs pas été reprises par des médias non-algériens, à ma connaissance.

Le témoignage d’un rappeur algérien ayant fait le déplacement et qui fait état de quatre morts semble spectaculaire au premier abord:

Parmi ces blessés, le chanteur de Rap Reda City 16, qui est venu dés son arrivée en Algérie, à la rédaction du journal pour apporter ses témoignages, photos et vidéo à l’appui. Selon ce dernier, " des algériens étaient « offerts » à la vindicte des égyptiens. Les policiers chargés de protéger les supporteurs algériens les guidaient à travers les dédales de ruelles cairote, tout droit dans un guet apens ou ils sont attendus par une horde de voyous. Les policiers ne s’empêchaient pas de parfaire leur forfait en criant « voici des algériens » et de prendre ensuite la fuite laissant nos compatriotes désarmés, perdus et livrés à un caillassage en règle". Cette « opération » digne d’une période nazie aurait "coûté la vie à quatre algériens", dont l’un est mort sous les yeux du rappeur qui déclare "avoir fait la chahada à la victime avant de la couvrir de l’emblème national". Notre interlocuteur rapporte qu’ "Une femme enceinte accompagnant son mari, n’a du son salut" qu’à la bravoure de notre témoin qui affirme s’être " jeté sur elle la plaquant par terre pour éviter les cailloux, son mari avait perdu connaissance, atteint par les projectiles". "Une fois conduite à l’hôpital, cette dame aurait perdu son fœtus" ajouta-t-il. (Ech-chourouk)

Je ne suis pas vraiment convaincu, même si les images qu’il aurait filmées sur son portable sont troublantes: difficile de déterminer si les photos d’un supporter dans un drapeau algérien ensanglanté montrent un blessé ou un mort. On ne voit pas comment le nom du ou des supporters morts ne saurait pas amplement diffusé et claironné sur les toits par les très nombreux journaux et sites algériens, ni comment de très nombreux témoins, au Caire, à l’ambassade d’Algérie, aux aéroports du Caire et d’Alger puis en Algérie ne confirment pas un décès, car on ne transporte pas un cadavre d’Egypte en Algérie comme un simple colis postal (un site algérien fait état du rapatriement d’un cadavre de supporter algérien décédé, mais sans aucune information complémentaire ou confirmation par d’autres sources) , comme peuvent en témoigner les Marocains qui font rapatrier au Maroc le corps d’un parent mort à l’étranger. Ce qui est certain, encore une fois, c’est que la violence de prétendus supporters égyptiens a fait de nombreux blessés algériens.

D’autres allégations sont très excessives – El Watan (qui maintient que des Algériens sont morts au Caire) cite un supporter algérien assurant qu’un Algérien aurait été… brûlé vif:

Un autre supporter, Hellal d’Alger, a affirmé avoir vu un supporter brûlé vif par des Egyptiens, lors de son retour du stade. (El Watan)

On imagine mal que dans une ville de 20 millions d’habitants, un soir où la moitié d’entre eux se trouvait dans la rue pour fêter la, miraculeuse victoire égyptienne, il ne se trouverait aucun témoin, même par parmi les milliers d’Algériens, aucun appareil photo, aucun téléphone mobile pour enregistrer ou confirmer la scène spectaculaire d’un supporter algérien brûlé vif…

L’ambassadeur algérien au Caire, Abdelkader Hadjar, a ainsi démenti ces rumeurs, de même que, de manière plus attendue, le porte-parole du ministère égyptien de la santé:

Mondial: aucun décès d’Algérien au Caire samedi (ambassadeur d’Algérie)

L’ambassadeur d’Algérie en Egypte Abdelkader Hadjar a affirmé dimanche qu’aucun supporteur algérien n’avait trouvé la mort après le match de football comptant pour la qualification au Mondial 2010 ayant opposé samedi au Caire les équipes d’Algérie et d’Egypte.

Le porte-parole du ministère égyptien de la Santé, Abderrahmane Chahine, a également démenti à l’AFP au Caire dimanche en soirée tout décès parmi les Algériens venus soutenir leur équipe.

"Nous démentons tout décès parmi les supporteurs algériens", a déclaré M. Chahine.

Les deux pays ont cependant fait état de plusieurs supporteurs des deux nationalités blessés.

"A cet instant, aucun décès n’a été signalé du côté des supporteurs algériens" après cette rencontre, a indiqué M. Hadjar dans une déclaration à la chaîne 1 de la radio nationale algérienne citée par l’agence APS.

"Des informations circulaient depuis samedi faisant état de la mort de supporteurs algériens au Caire, mais après vérification, notamment auprès des services hospitaliers, aucun décès nous a été signalé", a-t-il affirmé.

L’ambassadeur algérien a également démenti les informations rapportées par certains médias, selon lesquelles "les corps de six victimes sont arrivés à l’aéroport international Houari-Boumediene" d’Alger, ajoute l’APS.

"Le gouvernement égyptien nous a informés sur les blessures de onze Algériens, qui ont quitté l’hôpital après avoir reçu des soins", a-t-il encore indiqué, toujours de même source.

M. Chahine avait auparavant dressé un bilan de 32 personnes, dont 20 Algériens, blessées dans la nuit de samedi à dimanche.

Un journaliste de l’AFP sur place avait rapporté qu’au moins quatre bus transportant des Algériens avaient été caillassés après le match.

La sélection algérienne avait été la cible de jets de pierres peu après son arrivée au Caire jeudi soir. Trois joueurs avaient été blessés. (…) (Le Monde)

Ces démentis semblent crédibles: Le Caire n’est pas le Waziristan ou le Sud Kivu, et on y meurt pas sans la légendaire bureaucratie égyptienne – certificat de décès, permis d’inhumer et, pour victimes étrangères, les formalités nécessaires au transport d’un cadavre vers son pays d’origine, chose qui ne peut se faire qu’avec la coopération des services consulaires et aéroportuaires dudit pays, c’est-à-dire l’Algérie. On peut donc présumer que l’ambassadeur d’algérie parle en connaissance de cause, à moins qu’il ne fasse lui aussi partie d’un "complot diabolique" comme les a dénoncés le président de la fédération algérienne… Il est vrai que l’ambassadeur algérien a été vertement critiqué pour ses propos démesurément optimistes d’avant-match:

Abdelkader Hadjar est d’abord revenu sur la fameuse "Journée Mondiale de la Peur" que certaines parties égyptiennes menacent d’organiser pour semer la frayeur parmi les joueurs de la sélection algérienne. Notre interlocuteur révèle qu’il a personnellement exposé le sujet aux services de sécurité égyptiens qui lui ont donné des garanties quant à la sécurité des joueurs, des accompagnateurs et des supporters algériens. Ces services ont indiqué qu’il ne faut pas se fier aux informations communiquées par les médias ou les forum d’Internet, d’autant que les rassemblements près de l’hôtel où séjourneront les algériens sont strictement interdits. Ils ont assuré que les déplacements des Verts seront encadrés sur le plan sécuritaire, rapporte Hadjar. (…) Le représentant de la diplomatie algérienne a expliqué au sujet du séjour des supporters, que des efforts sont fournis afin que les algériens soient logés dans des hôtels proches les uns des autres, et de préférence loin du centre-ville, pour éviter un contact trop proche avec les supporters des Pharaons. L’ambassadeur rassure quant à la sérénité du climat et des intentions des responsables égyptiens qui oeuvrent pour que la rencontre se déroule dans les meilleures conditions. (Ech-chourouk)

Aujourd’hui mardi, un communiqué officiel du ministère algérien des affaires étrangères a confirmé qu’aucun supporter algérien ne serait décédé au Caire:

Aucun Algérien n’est décédé au Caire

Le ministère des Affaires étrangères a rendu public lundi un communiqué dans lequel il a réaffirmé qu’aucun citoyen algérien n’est décédé au Caire à la suite des incidents survenus après le match Egypte-Algérie.

Voici le texte intégral du communiqué du ministère rediffusé à la demande des abonnés : "Des rumeurs et des informations erronées ont été colportées, selon lesquelles des décès auraient été enregistrés parmi les ressortissants algériens qui se sont rendus au Caire pour supporter l’équipe nationale de football.

A l’issue des investigations, menées par l’ambassade d’Algérie au Caire auprès des autorités locales et au niveau des hôpitaux et des morgues, le ministère des Affaires étrangères tient à démentir formellement ces allégations. Aucun ressortissant n’est décédé au Caire à la suite des incidents survenus, ni parmi les supporters qui se sont déplacés à partir du pays, ni parmi les Algériens résidant en Egypte.

Nos supporters algériens ont effectivement été victimes d’agressions indignes de la part d’énergumènes avant ou après le match de samedi dernier. A la suite de ces incidents, il a été enregistré une vingtaine de blessés parmi nos ressortissants à des degrés divers, mais fort heureusement sans gravité, qui ont tous quitté les structures hospitalières après avoir reçu les soins nécessaires.

La liste des blessés est disponible au ministère des Affaires étrangères. Par ailleurs, plus de 300 citoyens qui ont fait le déplacement au Caire ont choisi de se rendre de cette ville à Khartoum pour soutenir encore l’équipe nationale. Leur transfert est actuellement en cours avec des vols spéciaux de la compagnie Air Algérie et des forces aériennes de l’ANP.

Le ministère des Affaires étrangères espère que ces informations seront de nature à rassurer notre opinion publique et à favoriser le retour au calme et à la sérénité. Une cellule de suivi a été mise en place au ministère des Affaires étrangères depuis le 11 novembre dernier.

Toute personne n’ayant pas de nouvelles d’un proche qui se serait rendu au Caire pour le match de samedi dernier est invitée à prendre contact avec cette cellule au numéro vert suivant : 30-40". (El Watan)

Le mal était en tout cas fait – le mélange de faits réels de violence, absolument inacceptables, et de rumeurs sans fondement – du moins à ce jour – a entraîné des actes de violence en Algérie, contre les expatriés égyptiens qui y habitent, le plus souvent représentants des importants intérêts économiques égyptiens dans ce pays: la multinationale égyptienne Orascom est ainsi titulaire d’une licence de téléphonie mobile via sa filiale Djezzy, et d’intérêts dans le ciment qu’elle vient de cèder au groupe français Lafarge. Des voyous algériens s’en sont ainsi pris aux différentes entreprises égyptiennes en Algérie, et des cordons de sécurité renforcés ont protégé l’ambassade d’Egypte à Alger. Paradoxalement, le nouveau siège de la Fédération algérienne de foot-ball (FAF) est construit par l’entreprise égyptienne Arab Contractors, avec du personnel égyptien (cela semble souvent être le cas en Algérie, les entreprises étrangères emmènent leur propre personnel plutôt que de recruter localement) – qui ont préféré se réfugier à l’ambassade d’Egypte à Alger:

Ils sont chargés de réaliser le nouveau siège de la FAF: Les ouvriers d’Arab Contractors se réfugient à l’ambassade

Les employés de l’entreprise égyptienne Arab Contractors, qui sont en train de réaliser le nouveau siège de la Fédération algérienne de football ont changé de direction hier.

En effet, au lieu de se rendre à leur lieu de travail, ils ont choisi de se réfugier à l’ambassade d’Égypte à Alger de peur d’être agressés. C’est ce qu’on appelle l’ironie du sport. (Liberté)

Leur peur est loin d’être infondée, au vu de véritables pogroms qui ont lieu contre des Egyptiens résidant en Algérie – ainsi, le personnel égyptien d’Orascom à M’sila a vu son complexe résidentiel saccagé par la foule:

Violence anti-égyptienne en Algérie

Le 14/11/2009 à 10:41

Un groupe de jeunes Algériens a attaqué jeudi soir une résidence habitée par des cadres de la cimenterie du groupe égyptien Orascom à M’sila, au Sud-Est d’Alger, après le caillassage au Caire du bus transportant l’équipe nationale algérienne, rapporte samedi la presse algérienne.

La police est intervenue pour mettre les cadres égyptiens et leurs familles à l’abri mais «tous les appartements de la résidence ont été saccagés et pillés» et une voiture incendiée, précise le quotidien. Le Quotidien d’Oran ajoute que 14 policiers ont été blessés durant des affrontements entre les forces de l’ordre et les jeunes pendant cette opération.

A Alger, toutes les rues menant à l’ambassade d’Egypte ont été fermées dès jeudi soir et les locaux de sociétés égyptiennes sécurisées. (Avec AFP) (L’Equipe)

Une foire à Tlemcen a été attaquée par des émeutiers souhaitant s’en prendre aux exposants égyptiens:

Tlemcen: La foire commerciale attaquée

par Allal Bekkaï (Le Quotidien d’Oran)

La foire commerciale Faimap Expo (Oued Souf) qui se tient actuellement à Chetouane, dans la wilaya de Tlemcen au niveau des locaux des ex-Galeries algériennes, a été la cible, dimanche de jets de pierre lancés par des jeunes en colère. La baie vitrée de la porte d’entrée a volé en éclats. Chauffés à blanc, les assaillants voulaient en découdre avec les exposants égyptiens. Suite à cet incident, il a été décidé d’évacuer des lieux les trois commerçants égyptiens, selon le gérant rencontré sur place.

A Skikda, des travailleurs d’une filiale du groupe égyptien Orascom semble avoir pris d’assaut leur propre usine, un cadre égyptien ayant du quitter sous escorte policière:

Skikda: Des travailleurs algériens empêchés de rejoindre leur lieu de travail

par A. Boudrouma (Le Quotidien d’Oran)

Le service d’ordre a mis fin à un rassemblement de centaines de travailleurs devant les portes de la société égyptienne OCIA filiale d’Orascom après la tournure prise par les événements.

En effet, les travailleurs interdits d’accès à leurs lieux de travail pour la troisième journée consécutive se sont mis à jeter des pierres en direction des baraquements désertés par précaution en raison de la tournure prise par le match Algérie-Egypte et les informations qui ont couru au sujet des dures conditions auxquelles ont été soumis fans et joueurs de l’équipe nationale de football, en Egypte.

Les travailleurs ont quitté les lieux bruyamment pour sortir ensuite de la zone industrielle encadrés par un service d’ordre venu en renforts, en scandant des «One, two, three, viva l’Algérie» et autres slogans d’encouragement de l’équipe nationale de football.

A noter que la tension n’a pas cessé de monter durant les trois jours d’arrêt, tension exacerbée par des provocations de membres de la communauté égyptienne qui selon des témoignages de travailleurs de la plate-forme pétrochimique ont été à l’origine du débordement. Un cadre d’OCIA qui était venu le matin a été évacué sous bonne escorte policière. A noter que cette société sous-traite la partie génie civil du méga-train GNL de Sonatrach, pour le compte de la firme américaine KBR.

Au centre-ville, les forces de l’ordre ont renforcé la sécurité autour du siège de Djezzy, l’opérateur de téléphonie mobile du même groupe égyptien Orascom, tandis qu’à quelques mètres de là des centaines de jeunes avaient pris d’assaut les bureaux d’Air Algérie pour retirer le précieux billet du voyage en direction de Khartoum au Soudan.

 A Aïn Defla, 2.000 émeutiers ont assiégé un hôtel où se trouvaient des hommes d’affaires égyptiens, avant de saccager un local commercial de Djezzy, la filiale téléphonique d’Orascom, et le commissaire de police se félicite d’avoir pu éviter la perte de vies humaines:

Nuit d’échauffourées à Aïn Defla: Un hôtel et l’agence Djezzy Saccagés

par M. N. (Le Quotidien d’Oran)

La ville de Aïn Defla a été le théâtre d’échauffourées durant la nuit de dimanche à lundi. En effet, le soir vers 22h, quelque 2.000 jeunes s’en sont pris à l’hôtel «Doui» où séjournent depuis des mois des Egyptiens cadres d’une société industrielle implantée à Aïn Defla. La police s’est interposée et a tenté d’abord de calmer les esprits surchauffés en réaction aux images chocs diffusés dans certains médias et surtout d’une vidéo circulant sur le Web faisant état d’Algériens tués au Caire. Les officiers de police ont tenté de nouer le dialogue avec les manifestants pour éviter tout dérapage, rien n’y a fait. Des renforts sont dépêchés sur les lieux. Devant le bouclier placé devant l’hôtel, les quelque 2.000 manifestants ont réagi par des jets de pierres. A la dernière limite, les policiers ont tenté d’éloigner la foule de l’hôtel en usant de gaz lacrymogène, pendant que d’autres policiers utilisant une voiture blindée ont fait évacuer les ressortissants égyptiens pour les placer en lieu sûr. Tirs de bombes lacrymogènes, jets de pierres, cela a duré 2h environ.

Quelque 600 à 700 individus se sont ensuite dirigés alors vers l’agence Djezzy où déjà la police avait pris place. Là aussi les officiers de police ont tenté le dialogue pour dissuader la foule de ne pas commettre l’irréparable. Avant d’être dépassés par les événements, des policiers ont pu évacuer le gardien de nuit, les armes des gardiens et les coffres. «Ce fut et c’est notre but primordial», nous a déclaré le commissaire Halim, chargé de communication. Une fois la mission essentielle accomplie par les policiers, ces derniers ont été submergés par la foule déchaînée. Les locaux sont alors saccagés. «Les dégâts matériels comptent peu à côté des vies humaines», nous déclare le commissaire. Quelques policiers ont subi des blessures légères causées par les jets de pierres. Cependant avant que les dégâts ne prennent plus d’ampleur et ne s’étendent à d’autres secteurs, bon nombre de citoyens, des sages sont alors intervenus et après des heures de palabres, les esprits se sont calmés ici et là. Le wali en personne était sur les lieux et a pris langue avec les manifestants en colère. La police a procédé à 14 interpellations.

A Constantine, slogans à la gloire de l’armée, tentative de mise à sac d’une agence de Djezzy (filiale algérienne du groupe égyptien Orascom) et appels au boycott de produits égyptiens se sont mêlés:

La circulation était complètement bloquée au niveau de ce carrefour vital du centre-ville. Des écoliers et des jeunes chômeurs criaient « Pas d’école, pas de travail, tous avec les Verts !». «Djeïch, Châab mâak ya Saâdane» (L’armée et le peuple sont avec toi Saâdane), leur répondait avec ferveur un autre groupe massé sur le trottoir d’en face. A ce moment, un groupe d’une cinquantaine d’adolescents, agitant drapeaux et slogans, débouche de la rue Boudjeriou. Ils revenaient du quartier Belouizded où ils étaient allés dans l’intention de saccager et brûler les bureaux de Djezzy, mais ils furent repoussés aussitôt par les forces de l’ordre. En route vers les locaux de cet opérateur de téléphonie mobile, dont l’agence de la ville du Khroub a été, pour rappel, saccagée dimanche avant d’être brûlée, il a été remarqué sur les murs des affichettes recommandant un boycott des produits égyptiens. «Ce n’est pas bon et nullement rentable de faire cela», estime un cadre financier de l’APC. Selon lui, il faut au contraire «montrer aux Egyptiens que les Algériens sont plus éduqués et plus civilisés qu’eux ». Arrivés devant l’agence de Djezzy du boulevard Belouizded, nous assistons à un face-à-face entre les forces de l’ordre et des groupes de jeunes qui cherchaient à saccager les locaux de l’agence en l’attaquant avec toutes sortes d’objets. Toutefois, au bout d’un quart d’heure de «débats» contradictoire entre les deux parties, les forces de l’ordre sont parvenues quand même à dissuader les émeutiers, qui ont fini par renoncer à leur projet, se constituant en cortège bruyant pour remonter le boulevard en scandant les slogans à la gloire de l’équipe nationale. (Le Quotidien d’Oran)

A Alger, un bijoutier égyptien a vu sa boutique dévalisée par la foule:

Rumeurs, tension et agitation à Alger

par Ghania Oukazi (Le Quotidien d’Oran)

Les agences Djezzy, Egypt-Air, une bijouterie appartenant à un ressortissant égyptien ont été saccagées par des groupes de jeunes aveuglés par un esprit de vengeance désolant.

Après l’ébullition qui s’est emparée dimanche après-midi de centaines de jeunes qui ont assiégé la place Maurice Audin dans l’espoir de décrocher un billet de l’agence Air Algérie pour aller à Khartoum, la matinée d’hier s’annonçait calme. Rien ne présageait que les manifestations de soutien à l’équipe nationale allaient dégénérer. Et pourtant si. L’espoir de vaincre demain l’équipe égyptienne à Khartoum s’est transformé en une fureur de vengeance terrifiante et désolante. La bijouterie faisant face au marché Meissonnier a été saccagée et tous les bijoux exposés ont été volés. Le groupe de jeunes qui a procédé à cette sale besogne a appris, comme par hasard, que le propriétaire de la boutique est un ressortissant égyptien.

Des agences de l’opérateur privé de la téléphonie mobile, Djezzy, dont le propriétaire est aussi égyptien, ont été saccagées à l’exemple de celle de Dar El-Beïda à l’est d’Alger, celle de Bab El-Oued et celle située à place Audin. L’agence de la compagnie Egypt-Air l’a été au même moment. L’odeur de brûlé empestait encore l’atmosphère dans le milieu de l’après-midi d’hier. Les rideaux de l’agence, baissés depuis longtemps, ont été défoncés, les documents déchirés et les ordinateurs mis en miettes ont été jetés sur le trottoir de la rue Didouche Mourad.

Heureusement, en prévision des violences populaires, l’agence EgyptAir était fermée et donc vide au moment des faits, qui n’ont donc fait que des dégâts matériels. Le feu a néanmoins été mis à l’agence, au pied d’un immeuble, dont les habitants ont craint pour leur vie:

Le siège d’Egypt Air a été saccagé en plein centre d’Alger lundi par des centaines de supporters de l’équipe algérienne de football, qui ont défoncé portes et fenêtres avant de mettre le feu au mobilier, a constaté un journaliste de l’Associated Press.

Un énorme panache de fumée noire s’est dégagé des fenêtres donnant sur le boulevard Mohamed V, rendant du coup la visibilité quasiment nulle pour les automobilistes qui, contraints de s’arrêter, ont participé du coup la mêlée générale.

"One, two, three, viva l’Algérie", scandaient les supporters, filles et garçons, pendant que les sapeurs-pompiers tentaient d’éteindre les flammes pour empêcher le feu d’atteindre les étages supérieurs de l’immeuble, d’où s’élevaient des cris d’angoisse des occupants.

"Je n’ai pas pu obtenir un billet pour aller à Khartoum (Soudan) aujourd’hui, mais pour moi, participer à la mise à sac de cette agence est une façon de venger le sang de nos camarades joueurs qui ont échappé à la mort", a déclaré à l’AP l’un des supporteurs, Karim Habili, étudiant en interprétariat à la faculté d’Alger Centre. (…) Les services de sécurité déployés sur les lieux de l’incendie au siège d’Egypt Air lundi tentaient de convaincre la foule de s’éloigner des flammes, sans user de leurs matraques. Selon un officier de police ayant requis l’anonymat, "ordre a été donné de haut de canaliser la foule sans recours à la violence pour éviter des dérapages" (The Canadian Press).

A Bouira, une agence de Djezzy a été mise à sac par des centaines d’émeutiers. Le siège de Djezzy à Alger a également été saccagé, les ressortissants égyptiens s’y trouvant ayant du chercher refuge dans un hôtel international avoisinant:

Dimanche soir c’est le siège flambant neuf de l’opérateur de téléphonie mobile Djezzy, du groupe égyptien Orascom, qui avait été vandalisé à Bab Ezzouar par des centaines de jeunes supporteurs arrivés des quartiers environnants. Des véhicules de service ont été incendiés, du matériel informatique et des milliers de téléphones portables ont été subtilisés par les manifestants aux cris de "le peuple avec vous les Verts". Le personnel de nationalité égyptienne s’est réfugié dans un hôtel international situé à 500 mètres du siège vandalisé.

De nombreux autres bureaux et boutiques de Djezzy ont été mis à sac dimanche soir et lundi à travers le territoire algérien. (The Canadian Press)

Plus de détails sur la mise à sac du siège de Djezzy:

A crowd of Algerian football supporters attacked the headquarters of the Algerian subsidiary of Egypt’s Orascom Telecom (ORTE.CA) (ORTEq.L), smashing windows and destroying office equipment, the company said on Monday.

The offices, in a suburb of Algiers, were attacked on Sunday night, a day after a soccer World Cup qualification match between Egypt and Algeria which sparked reports that Algerian supporters had been assaulted by rival fans.

Metal fencing surrounding the office complex was ripped down while inside the complex, computer monitors, office chairs and water coolers were lying on the ground, a Reuters reporter who visited the scene on Monday said.

Windows in a guardhouse were smashed in the attack. At least a dozen vehicles in the office car park had broken windows. Riot police with water cannon were parked outside the complex.

"During these acts of vandalism telephone and computer equipment was subject to ransacking, theft and looting," the subsidiary, which operates under the name Djezzy, said in a statement seen by Reuters. (Reuters)

La direction de Djezzy à Dar El-Beïda attaquée par des émeutiers – Le personnel est épargné

Liberté  Par : DJAZIA SAFTA

Des jeunes avec des chaises ou des unités centrales de micro-ordinateurs, des imprimantes, des extincteurs, des paquets de puces et même des verres d’eau    courant dans tous les  sens criant à tue-tête “One, two, three, viva l’Algérie”. C’est l’image de l’assaut lancé contre le siège de Djezzy. Des jeunes plus déchaînés les uns que les autres, ivres de colère, avec une seule idée en tête : détruire tout ce qui est égyptien. Des policiers anti-émeutes et les brigades d’intervention spéciales étaient sur les lieux, mais personne n’a pu calmer ces jeunes fous de rage et déterminés à aller jusqu’au bout de leur action. Selon des témoins présents sur place, l’assaut “a débuté vers 17h30 quand des jeunes ont commencé à affluer de partout pour se rassembler devant la direction générale de l’opérateur. Juste après, la tension montant, — ils ont commencé à forcer les barrières de sécurité et le barrage de police, présent 7 j/ 7 et 24h/24 —, n’a pu que constater les dégâts. Selon des témoignages de policiers présents sur place, les émeutiers ont commencé à lancer des pierres sur les policiers, contraints de se retirer. Une fois l’obstacle des forces de l’ordre dépassé, ils sont rentrés au parking de la direction pour s’en prendre aux véhicules du personnel encore présent sur les lieux”.

Les policiers affirment, par ailleurs, que les employés n’ont pas été touchés et personne n’a été blessé. Par ailleurs, nos interlocuteurs nous ont confié que durant cette “altercation”, deux policiers et une dizaine de jeunes émeutiers seront blessés. L’un d’entre eux, qui a requis l’anonymat, nous a révélé que “l’information concernant la destruction du siège de Djezzy, si l’Algérie perd, circulait depuis mercredi. C’est pour cela que le dispositif qui protège la bâtisse a été renforcé”.  Mahdi, un jeune présent raconte : “Il était  19h30 quand des jeunes ont commencé à se rassembler devant Djezzy et tenté de défoncer les barrières qui finissent pas céder. Ensuite, ils ont pris d’assaut l’immeuble où ils ont tout dévalisé ; ce qu’ils n’ont pu prendre a été détruit et brûlé.” Il ajoute que “les forces de l’ordre présentes sur place nous ont frappés avec des matraques.”

Un autre émeutier recommande : “Nous appelons tous les Algériens abonnés chez Djezzy à détruire leurs puces.” La colère des jeunes présents sur place était grande au point que l’un d’entre eux nous a avoué : “Ce que vous voyez aujourd’hui ce n’est rien, si on perd mercredi, ce sera cent fois pire.” Son ami a tenu à souligner que leur présence sur les lieux, “c’est par pure curiosité”, tout en témoignant sa colère face aux traitements auxquels avaient eu droit les Algériens. “Le problème n’est pas le fait de perdre un match de football, mais ce sont nos frères qui sont morts là-bas. Ils en ont tué 4 et c’étaient des étudiants partis assister à une rencontre de foot et supporter leur équipe nationale et la voir qualifiée, après tant d’années, au Mondial”. Et de poursuivre : “Je sais que casser des immeubles ou des magasins, c’est nul mais le plus triste c’est que cela ne va pas rendre la vie à nos frères morts”, regrette-t-il, les larmes aux yeux.  Certains jeunes ont même refusé l’offre de Djezzy de payer le billet d’avion à 10 000 Algériens pour assister à la rencontre de mercredi à Khartoum. “Nous n’avons pas besoin de Djezzy, nous avons nos propres sponsors. De plus, nous préférons partir avec nos propres moyens que de recevoir le moindre centime de leur part”, explique un des émeutiers. Au même moment où l’immeuble de Djezzy était mis à sac, les jeunes faisaient des affaires en tentant de vendre leur butin.

Des présents nous relatent que “des micro-ordinateurs sont cédés à El-Qaria à 6 000 DA”. Un autre renchérit en assurant qu’on lui a proposé deux PC HP dernier cri à 20 000 DA. Les anecdotes n’en finissent pas. Un autre jeune nous assure avoir vu un “frère musulman” sortir avec un PC portable caché sous sa gandoura et donner rendez-vous à son ami lors de la prière du fadjr. Un autre renchérit que “même des enfants de riches étaient de la partie. Il y a ceux qui volent juste pour le plaisir.” Minuit et les jeunes ne décolèrent toujours pas. “Les jeunes se sont scindés en deux groupes. Le premier s’est attaqué au centre de réclamations à quelques mètres  de l’immeuble saccagé où ils ont fait exploser un tuyau de gaz. Ce qui a créé un mouvement de panique chez les résidents de l’immeuble où sont les bureaux de l’opérateur. Quant à l’autre groupe, il est parti à la zone industrielle de Oued Smar où ils se sont introduit dans les ateliers où les puces sont fabriquées. Même scénario que celui de la direction ; tout a été détruit.”

Le calme ne sera revenu à Dar El-Beïda que tard dans la soirée.

Les émeutiers ont visé non seulement les sociétés, mais également les hôtels et logements soupçonnés d’abriter des Egyptiens, certains émeutiers étant armés de couteaux:

Ayman Sayyed, an engineer who returned with his wife and daughter, said on arrival at Cairo airport that on Sunday "400 Algerians besieged the building where we live with other Egyptians, but we managed to get out." Mohannad Ibrahim, an accountant, said for his part that "our house was surrounded by Algerians carrying knives, but we were able to escape via the roof." (AFP)

A Oran, le complexe résidentiel accueillant le personnel égyptien de la société OTA a été assiégé par des émeutiers avant d’être dégagé par les forces de l’ordre (il faut souligner au passage que les forces de l’ordre algériennes semblent plus fermes que leurs homologues égyptiens – il est vrai aussi que la violence en Algérie touche tout le pays et des cibles très diverses, contrairement à ce qui fût le cas au Caire):

A Oran, le siège d’OTA n’a pas été attaqué, contrairement aux rumeurs qui ont circulé dans la ville toujours parée aux couleurs nationales.

Le soir, alors que des Egyptiens regroupés dans la base de vie de l’entreprise Orascom donnaient les rumeurs les plus alarmistes à la chaîne satellitaire Mehwer faisant état d’un véritable lynchage, des jeunes de Chehaïria, où est implanté le camp que nous avons contacté, ont été unanimes à dire que cela relevait du mensonge et de la grossière manipulation.

«Comment voulez-vous que des milliers d’Algériens investissent un camp situé dans une zone sécurisée relevant du secteur des hydrocarbures et où l’accès est strictement filtré». Des jeunes qui habitent des zones du camp, outrés par le comportement de certains Egyptiens qui n’avaient pas cessé depuis le match de les provoquer, ont tenté d’investir les lieux.

Cette situation de tension a duré de 19h jusqu’à 22h. L’arrivée des gendarmes a permis la levée du siège», dira un élu de la commune de Bethioua dont relève la localité de Chehaïria. Hier, des sources locales ont indiqué que des Egyptiens avaient fait leurs bagages et exigé le transport pour rentrer dans leur pays.

«Les autorités locales se sont déplacées sur les lieux pour rassurer ces travailleurs, et toutes les dispositions ont été prises pour renforcer la sécurité du site dont le gardiennage est assuré par l’entreprise de sécurité chargée de la zone industrielle d’Arzew, les services de sécurité et les agents de sécurité d’une entreprise sous contrat avec Djezzy. Il ne leur arrivera aucun malheur, contrairement à certaines chaînes qui avec des pseudo-correspondants se présentant comme des résidents du camp ont voulu faire un scoop», dira la même source. (Le Temps d’Algérie)

Un restaurant acceuillant des employés égyptiens d’Orascom a également été pris d’assaut, seule l’intervention des forces de l’ordre sauvant les Egyptiens du lynchage:

Un groupe d’Egyptiens travaillant pour l’opérateur mobile Djezzy a été attaqué, dimanche à l’heure du déjeuner, par des jeunes algériens à Bab Ezzouar, dans la banlieue-Est d’Alger selon des source policière. Les Egyptiens se trouvaient dans un restaurant non loin de l’hôtel Mercure d’Alger où ils étaient venus déjeuner lorsque des jeunes Algériens ont pénétré à l’intérieur. Bilan : plusieurs Egyptiens blessés, dont un dans un état grave, selon la même source. L’intervention rapide de la police a permis d’éviter le pire. Le quartier était toujours bouclé dimanche à 16 heures et les mesures de sécurité considérablement renforcées autour du siège de Djezzy.

Un autre égyptien, occupant le poste de Directeur général au sein de Djezzy, a été agressé à l’aéroport d’Alger par des supporters algériens revenant d’Egypte, selon l’opérateur mobile. Djezzy est une filiale de l’égyptien Orascom. (Le Matin)

Conséquence: les ressortissants égyptiens résidant en Algérie commencent à fuir le pays, du moins ceux qui le peuvent, en premier les expatriés égyptiens travaillant pour les importants intérêts commerciaux égyptiens présents en Algérie:

Des Egyptiens quittent l’Algérie à cause des violences

AFP 16.11.2009, 19h10

Une centaine de personnes ont quitté l’Algérie à cause des violences visant les ressortissants égyptiens à l’approche du match d’appui Algérie-Egypte, mercredi soir à Khartoum, qui décidera laquelle des deux équipes sera qualifiée pour le Mondial 2010, et sont arrivées à l’aéroport du Caire. Ayman Sayyed, un ingénieur égyptien revenu au Caire avec sa femme et sa fille, a raconté à son arrivée que "dimanche soir, 400 Algériens ont assiégé l’immeuble où nous vivons avec d’autres Egyptiens, mais nous avons réussi à sortir". Selon certains témoignages, des expatriés égyptiens ont dû être regroupés dans des zones sécurisées par la police algérienne.

Afin de se protéger sans doute contre les hooligans et surtout le boycott commercial de l’Egypte prôné par de nombreux journaux algériens, Djezzy a décidé de financer le voyage de 10.000 supporters algériens pour Khartoum. Son PDG, l’Algérien Hamid Grine, a mis en avant les contrats de sponsor qui la lient à quatre joueurs algériens, et accuse sa concurrente Nedjma d’attiser les rumeurs sur le soutien de Djezzy à l’équipe nationale égyptienne. Les pertes de Djezzy suite aux émeutes anti-égyptiennes sont substantielles, 70.000 téléphones portables ayant été volés par les émeutiers:

« les pertes sont estimées à plusieurs millions de dollars». Il a indiqué, en outre, que 15 agences ont été ciblées par les milliers d’émeutiers, précisant que «le préjudice de ces attaques seront évalués par des rapports d’assurances et ceux des services de police». «70 000 portables d’une valeur de 5 millions de dollars ont été volés», devait-il indiquer substantiellement. (Le Temps d’Algérie)

La maison mère de Djezzy, le groupe égyptien Orascom, a décidé de rapatrier les cadres égyptiens présents en Algérie:

Selon nos informations, l’opérateur Orascom Telecom a décidé de rapatrier en Egypte l’ensemble de ses cadres égyptien travaillant à Djezzy.   Les premiers cadres de l’opérateur mobile ont quitté Alger dimanche soir. Les autres devraient rejoindre le Caire lundi dans la journée. Les cadres égyptiens de Djezzy qui se trouvaient en fin de semaine en Egypte ont décidé de ne pas regagner l’Algérie. Tous les expatriés égyptiens de Djezzy sont concernés par cette mesure, la première du genre depuis l’implantation en 2002 du groupe en Algérie. Par ailleurs, toutes les agences de Djezzy ont été placées sous haute surveillance des forces de sécurité.   Cette décision a été prise pour des raisons de sécurité. Dimanche, des cadres égyptiens de Djezzy ont été attaqués dans un restaurant situé non loin de Bab Ezzouer, dans la banlieue-Est d’Alger. Un directeur de Djezzy a également été agressé à l’aéroport d’Alger par des supporters algériens de retour du Caire.

Au Soudan, juste retour des choses, c’est le bus de l’équipe égyptienne qui a à son tour été caillassé – par des supporters algériens en toute vraisemblance.

La presse algérienne a réagi de manière diverse: à leur honneur, de nombreux journaux ont couvert aussi bien les violences contre les Algériens en Egypte que contre les Egyptiens en Algérie (avec mention spéciale pour cet article de Ghania Oukazi dans le Quotidien d’Oran). Le Matin, tout en semblant cautionner dans un article la violence contre les Egyptiens en Algérie ("Des égyptiens attaqués à Alger : quand on sème la haine, on récolte la violence"), parle de "chasse à l’Egyptien". El Watan s’est extasié sur les "braves Marocains, emblème algérien à la main pour supporter nos Verts" le lendemain d’un éditorial – "Hagrouna" - commençant ainsi:

Devant les soldats marocains qui franchirent belliqueusement en 1963 la frontière algérienne, Ben Bella, le premier président de la République, eut ce cri chargé d’une forte intensité patriotique : hagrouna ! (On nous a agressés). Il n’en fallut pas plus aux Algériens qui venaient à peine de sortir de la nuit coloniale pour se rendre, par milliers, aux frontières défendre, mains nues, leur sol convoité. Aujourd’hui, une hogra d’un autre type est venue d’un pays présenté comme ami depuis toujours par l’idéologie baâssiste, l’Egypte, où un odieux guet-apens a été tendu à l’équipe algérienne de football. Manigancé en haut lieu, au Caire, le plan machiavélique visait à fragiliser et faire perdre le match aux joueurs algériens, et c’est ce qui arriva.

L’Expression appelle à la rupture des relations diplomatiques avec l’Egypte (qui a d’ailleurs convoqué l’ambassadeur algérien au Caire pour consultations):

Il y a lieu de s’interroger devant une telle situation: que reste-t-il de «la fraternité» algéro-égyptienne? Le pouvoir algérien, qui s’est suffi de condamner les agressions, doit prendre des mesures strictes aussi bien sur le plan politique qu’économique. A quoi sert-il d’avoir des relations diplomatiques avec un pays qui a manifesté une haine viscérale envers l’Algérie, ses symboles et son peuple? Devant une telle situation, l’Algérie doit rappeler son ambassadeur au Caire. Une éventualité que la presse a dévoilé ces derniers jours. Quant à sa présence à la Ligue arabe, il suffit juste de maintenir une présence diplomatique symbolique au Caire. (…)

L’Algérie constitue un espace vierge pour les intérêts égyptiens. Les Egyptiens se font de la fortune sur le dos de l’Algérie et expatrient leurs devises en Egypte. En contrepartie, nos intérêts économiques en Egypte sont très minimes pour ne pas dire inexistants. Quel intérêt d’avoir, ainsi, des relations économiques qui vont dans l’intérêt unilatéral, d’un seul pays, l’Egypte? A commencer, même s’il le faut, par la réduction des vols aériens reliant les deux capitales.

A la veille du match de barrage à Khartoum, certains sites citent complaisamment les commentaires meurtriers de certains supporters algériens:

« Les Egyptiens sont terrorisés, ici à Khartoum. Mais nous avons décidé de ne rien faire qui pourrait gêner l’équipe nationale. A la fin du match, on verra. Si on doit tuer tous les Egyptiens, on le fera».

Lundi soir, à Khartoum, Badroo, le célèbre supporter de l’ES Setif et des Verts, joint au téléphone par TSA était confiant. Les supporters algériens ont déjà pris le contrôle de la ville face à des Egyptiens terrorisés. (…)

Lundi soir, les supporters algériens ont effectué une première démonstration de force : ils ont rendu visite à un hôtel qui héberge des supporters égyptiens. « Nous leur avons montré seulement qu’on était là, présents. Ils sont terrorisés. Nous avons rebroussé chemin sans rien faire », affirme Badroo. (…)

« Des femmes ont été violées et des Algériens tués en Egypte. Il faut se venger », affirme un supporteur rencontré devant l’agence Egypte Air située place Audin au centre d’Alger. Cette agence a été complètement détruite lundi par les manifestants qui scandent des slogans de guerre. « Djeich, chaâb, maâk ya Saâdane » où encore « Maâyak ya Saâdane fi soudane moudjahidin », crient haut et fort des jeunes, torses nus. (…) (Tout sur l’Algérie)

Les supporteurs algériens continuaient de manifester mardi dans les rues d’Alger en soutien à l’équipe nationale qui affronte l’Egypte mercredi à Khartoum en match d’appui pour la qualification au Mondial 2010. Des milliers de personnes sont rassemblées devant la Grande poste.

Ils chantent, dansent en scandant des slogans hostiles à l’Egypte. "Oulach smah oulach" (pas de pardon), "Bab El Oued chouhada", "Sehata nlabsolu lfergani", "les Algériens", "Mort aux Egyptiens", sont autant de slogans scandés par des supporters toujours en colère après l’agression sauvage contre l’équipe nationale au Caire. (Tout sur l’Algérie)

Si la FIFA était véritablement animée par l’esprit sportif, une solution s’imposerait: annuler le match de barrage, suspendre les deux équipes des compétitions internationales pour un an et des matches à domicile devant public pour deux années supplémentaires, et donner la cinquième place africaine pour le Mondial 2010 au meilleur second des groupes de qualification, à savoir le Burkina Faso, deuxième du groupe E avec 12 points. Mais on peut toujours rêver, hélas, notamment ne lisant le communiqué d’une incroyable tiédeur publié aujourd’hui…

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