Enfin un regard lucide sur Millenium de Stieg Larsson


J’ai lu comme tout le monde la trilogie Millenium, de l’auteur suédois Stieg Larsson. Contrairement à beaucoup, je n’ai pas été follement subjugué. Si j’ai lu la trilogie en quelques jours, c’est parce que c’est également ce que je fais avec les rares polars que je lis – ils se lisent vite, et je les lis en vacances. Le style n’a rien d’extraordinaire – on est loin de la prose célinienne d’un James Ellroy par exemple, les personnages ne sont guère crédibles (une Lisbeth Salander n’ayant pas fait le lycée, parlant couramment l’anglais, et se sortant d’un trou avec une balle dans la tête pour revenir tuer son père à l hache) et les intrigues contiennent des failles même si elles tiennent la route. Mon verdict donc: de bons romans policiers, sans plus. Rien à voir avec le duo suédois Maj Sjöwall & Per Wahlöo, ou le Suédois Leif G W Persson, ou encore James Ellroy, Ray Chandler, Georges Simenon, Patricia Highsmith, Dashiel Hammett ou mes favoris – Janwillem van de Wetering et Nicolas Freeling. Les livres sont captivants, mais c’est passager, et la platitude relative des personnages et des dialogues est une lacune – John Grisham est bien meilleur à cet égard.

Je préfère le journaliste Stieg Larsson – avant qu’il ne devienne célèbre à titre posthume, j’achetais régulièrement le magazine anti-raciste et anti-fasciste qu’il avait créé, Expo, et ai acheté et lu un de ses ouvrages sur l’extrême-droite suédoise, "Extremhögern" ("L’extrême-droite").

D’où ma satisfaction de voir que je ne suis pas le seul à avoir des réserves à l’égard de son style – "Man of Mystery
Why do people love Stieg Larsson’s novels?
":



However much the book was revised, it should have been revised more. The opening may have been reworked, as Gedin says, but it still features an episode—somebody telling somebody else at length (twelve pages!) about a series of financial crimes peripheral to the main plot—that, by wide consensus, is staggeringly boring. (And, pace Gedin, it is preceded by a substantial description of a flower.) Elsewhere, there are blatant violations of logic and consistency. Loose ends dangle. There are vast dumps of unnecessary detail. When Lisbeth goes to IKEA, we get a list of every single thing she buys. (“Two Karlanda sofas with sand-colored upholstery, five Poäng armchairs, two round side tables of clear-lacquered birch, a Svansbo coffee table, and several Lack occasional tables,” and that’s just for the living room.) The jokes aren’t funny. The dialogue could not be worse. The phrasing and the vocabulary are consistently banal. (Here is Lisbeth, about to be raped: “Shit, she thought when he ripped off her T-shirt. She realized with terrifying clarity that she was out of her depth.”) I am basing these judgments on the English edition, but, if this text was the product of extensive editing, what must the unedited version have looked like? Maybe somebody will franchise this popular series—hire other writers to produce further volumes. This is not a bad idea. We’re not looking at Tolstoy here. The loss of Larsson’s style would not be a sacrifice.

Pour les films tirés de la trilogie, la version suédoise est très bonne, plus noire et captivante que les livres – l’actrice suédoise Noomi Rapace incarne parfaitement l’héroïne Lisbeth Salander. Pour une fois, on peut donc dire "attendez voir le film"…

Rétroactes:

- Stieg Larsson, auteur de Millenium et agent du makhzen chauvin et compradore

Trouvailles rbaties

La pêche fût bonne l’autre jour, lors de mon passage auprès des bouquinistes rbatis (sauf Abdallah d’en face le lycée Hassan II, qui était fermé, et les bouquinistes de l’Agdal – le seul vraiment intéressant de ceux-là étant celui du centre commercial Kaïss).

Florilège:

Un classique celui-là, acheté chez l’assez désagréable bouquiniste Abdelmajid, sur une petite rue perpendiculaire à l’avenue Hassan II à deux pas de Bab el Hadd, chez qui je me suis promis de ne plus retourner. J’ai me semble-t-il tous les livres en français et publiés sous la période coloniale portant sur la condition des Marocains juifs. Heureux de tomber dessus.

Grosse déception ici: mon cas n’y figure pas.

J’en discutais avec Lahcen Daoudi, Betty Lachgar et Ahmed Benchemsi l’autre jour et nous étions unanimes: voilà l’homme qu’il nous faut au Maroc.

Encore un livre que le bureau central d’Annahj addimoqrati ne lira pas.

Un petit bouquin sympa à lire au bord de la piscine.

Si vous ne trouvez plus votre chemin à Rabat…

Je vous rassure: je l’ai acheté avant le début du ramadan…

Un des meilleurs artisans du Maroc

Quand on collectionne les livres, surtout anciens, le problème est souvent de les faire relier. On doit être prudent voire réticent si on collectionne les livres pour leur valeur marchande, dans une optique de revente: l’altération de la couverture d’origine, fût-elle abîmée, fait généralement chuter substantiellement la valeur du livre. Pour ma part, mes livres ne sont pas – tous – des pièces de collection valant des cents et des mille. Souvent, il s’agit soit de livre que je compte garder, soit de livres relativement récents (XXeme) qui ne sont de toute façon pas des exemplaires de bibliophilie, mais qui dont la reliure est soit défaite, soit salie, soit très fragile. Je choisis donc de les faire relier.

Au départ, sur la foi d’un oncle éditeur, mon choix s’était porté sur un relieur du quartier des Habous, à un tarif négocié de 60 dirhams par livre. J’ai très vite regretté ce choix: ayant sans doute accepté par pression de mon oncle, le relieur n’était pas satisfait par le prix, et le travail était bâclé. Car la reliure est un ensemble: il n’y a pas que la reliure à proprement parler (ou plutôt la demi-reliure dans mon cas, car la reliure en cuire ne porte généralement que sur le dos, le reste du livre étant cartonné) – le titre est à mes yeux au moins aussi important. Or ce relieur m’a fait voir toute la gamme: titres illisibles, baveux, irréguliers – sans compter les innombrables fautes fautes d’orthographe – je rappelle que le relieur a sous les yeux le titre du livre qu’il doit recopier en lettres dorées sur le dos de ce dernier. Quand je me plaignais, c’est comme si je lui avais demandé de se couper un membre: réticences, ou efforts bâclés de corriger une faute d’orthographe. Plusieurs fois il m’a dit "mais tu connais le titre toi, c’est le principal". Puis il a augmenté le tarif initial – je m’étais opposé mais n’avais alors pas d’ancienne facture sous la main, de 60 à 70 dirhams par livre. J’ai accepté de mauvais coeur, puis ai fini par mettre la main sur une ancienne facture et suis venu la lui présenter pour qu’il se rende compte de son erreur. Rien du tout: il a dit que c’était sans importance, reniant là sa parole initiale – j’aurais accepté une augmentation de prix s’il m’avait expliqué qu’il ne couvrait pas ses coûts, et en échange d’une amélioration de la qualité. Mais là, il a simplement menti. C’est donc de gaîté de coeur que j’ai choisi de ne plus rien lui commander. Il fût d’ailleurs d’une rare impolitesse lorsque je viens récupérer ma dernière commande, confirmant mon impression qu’il y a des prostituées et des dealers de drogue plus dignes de confiance que lui.

C’est à Rabat que j’ai trouvé chaussure à mon pied. Via le très cultivé bouquiniste Abdallah, d’en face le lycée Hassan II au quartier Hassan, j’ai été mis en contact avec Doghmi, un des derniers maîtres relieurs de Rabat. Cher – entre 80 et 150 dirhams par reliure, selon la taille et le modèle – reliure ou demi-reliure – choisi, il ne m’a jamais déçu. La justesse du travail, la grande qualité du cuir, la netteté des couleurs, et surtout le soin extrême apporté aux titres, écrits en lettres nettes, sans bavure et sans faute, tout cela fait de son travail un art. Il m’a confié avoir relié des livres pour Chirac, et compte généralement sur les commandes institutionnelles – organismes publics ou privés faisant relier Bulletin Officiel, publications internes ou encore des beaux livres en guise de cadeau de fin d’année.

Son exploit: un livre de droit français du début XVIIIe que je lui avais confié, à la reliure disjointe, sans instructions particulières mis à part la couleur du cuir. Résultat: un véritable chef-d’oeuvre. Il avait pris la pièce de titre, au dos, et choisi pour les deux plats un matériau qui faisait d’origine. Bien sûr, il ne s’agissait pas d’une restauration et le livre ne passerait aucun examen d’expertise sérieux, mais l’effet d’époque est saisissant – et cela, il l’avait fait d’initiative.

Cette fois-ci, j’y suis allé pour faire relier quelques vieux livres. Au moment de payer, je dis bismillah et lui donne l’argent. Il m’a alors confié que c’était la première fois cette semaine qu’il entendait ça, et nous étions un jeudi. En plain mois d’août, les Européens de Rabat qui sont nombreux parmi ses clients rentrent chez eux, tandis que les Marocains – privés ou institutionnels – ont d’autres préoccupations en ce début de ramadan. Mais c’est aussi symptomatique d’un art qui se perd: les Marocains lisent peu, ce n’est pas une nouveauté, et le nombre de bibliophiles à Rabat se compte sur les doigts d’une ou deux mains. N’étaient-ce les clients institutionnels, Si Doghmi aurait depuis longtemps mis la clé sous la porte. C’est pour ça d’ailleurs qu’il ne se cantonne pas aux livres: agendas, cahiers, voire corbeilles et boîtes de kleenex (quelle déchéance, pas pour lui, mais ses clients…), sous-mains et autres maroquineries de bureau.

Vous trouverez la boutique de Si Doghmi rue Soussa, perpendiculaire à la rue Abou Inan au centre-ville (cf. ce plan), à deux pas de la wilaya. Allez-y faire relier un de vos livres avant qu’un des derniers vrais relieurs du Maroc ne disparaisse.

PS: Il y a d’autres relieurs corrects à Rabat, version low-cost, environ 40/60 dirhams par livre (mais la demi-reliure n’est alors pas en cuir, bien entendu). Demander à Abdallah le bouquiniste précité ou à Saïd, bouquiniste en face de la droguerie Amaïz avenue Hassan II, pas loin du cinéma Fayrouz.

PPS: Pour le plaisir, le site de l’Atelier monastique de reliure artisanale de l’Abbaye Saint Louis du Temple.

Le Maroc devrait passer à l’anglais

Je suis partiellement d’accord avec Saïd Bellari: l’anglais devrait être la deuxième langue du Maroc, après l’arabe:

While illiteracy has been recognized justly as an important factor in the lagging behind of the development of Moroccan society I wish to propose in this essay that another, perhaps far more important factor, is a much less acknowledged cause: "disliteracy". While you will not be able to find this word in a regular English dictionary I think that it matters nonetheless.  The more so because it is especially prevalent amongst the educated elite. It means that they are speaking the wrong language in Morocco amongst themselves and with the rest of the world. Because of that we fail to go with the global flow and we isolate ourselves more and more from the development growth of other areas abroad like the one in South East Asia. Just to be clear from the onset: with this assertion I do not want to say that we should stop speaking Arabic in Morocco. Allah yastar! Not in the least, perhaps we should do that even more. With it I mean in fact that we should aim to fade out the French language as soon as possible. Simultaneously we should give the English language a fresh stimulus in all aspects of Moroccan society and let it take its place as a second language of Morocco. French should not even be 3rd or 4th language for that matter. This change from a francophone to an "Arab-Anglophone" country will introduce a second era of Istiqlal. It will unleash a sense of freedom of spirit in our Moroccan society that will erode historic brakes and obstacles settled in Moroccan collective mind. Let me explain further. (…)

While I am in the least propagating a severing of ties with France or its culture, it would be foolish indeed, I am merely asking Moroccans to count to 10, think again and again and ask themselves plainly why they would choose French as a second language in this 21st Century? France and its culture has become a niche society on Earth and following it as a Moroccan amounts to civilizational self-destruction. While it was understandably hard to make this massive cultural transition in the sixties or the seventies of the 20th Century, nothing ought to keep the Kingdom and its people from choosing their own future nowadays. And this counts especially for the second language that we are cultivating collectively in Morocco. So that is why I am proposing to kick out the French asap and welcome the English in our homes, of course secondly behind our treasured Arabic. There is also a powerful psychological reason behind this transition that will mean a world of difference on this grassroots level.

France and French are part of our history. And that is exactly all it should be. A part in our history that we did not choose voluntarily. A part also that cost our society a lot to shed definitely, if not  at least partially. For the remaining part, French as a Lingua Franca in Moroccan society, consciously, but even more unconsciously, still reminds us of being slaves, of being dependent, of being backward, of being unable and of being all the things that second rate people are, or better phrased: of being what racist people want you to think of yourselves, of being second rate: "I am less worthy, less able”. This mental complex deeply rooted in our collective mind would take generations to overcome otherwise. By audaciously and emphatically peeling French from our society, which was not of our own choosing, we heal ourselves collectively. And by replacing it of our own accord by English (as a logical alternative to better connect to world society and be better prepared for the future) we would heal ourselves even more! It would emanate a second grand wave of independence in Moroccan society. A true collective grass-roots wave that speaks ofwill-power, self-determination, self-expression and new trust, hope and optimism for the future. It is the collective people’s effort of riding the Laraki of Moroccan destiny while halting the constant watching in the rear mirror and start looking through the front window, to 2050 and beyond, in the sole interest of our children and grandchildren. (Moroccoboard, via GlobalVoices)

Je ne pense cependant pas que le français et l’espagnol devraient être éradiqués – leur utilité politique, diplomatique et commerciale nécessite une approche prudente. Mais j’estime comme Saïd Bellari que le maintien de la prédominance de la langue française au Maroc présente en 2010 plus d’inconvénients que d’avantages.

Je m’en tiens à mon domaine, le droit. Comme le savent les juristes marocains, la production doctrinale juridique au Maroc est pauvre – les principales influences doctrinales étrangères sont françaises (pour les juristes francophones) et égyptiennes (pour les arabophones). On trouve nombre de manuels de droit marocain, écrits dans les années 2000, incluant sans commentaires des références à la jurisprudence ou à la doctrine française, comme si le Maroc était un territoire d’outre-mer. La raison en est simple: outre la part importante du droit marocain adoptée sous le protectorat (1912-1956) puis avant l’arabisation de la procédure judicaire et la marocanisation de la magistrature (1965), le droit adopté depuis 1965 est en général le fruit d’un copier/coller plus ou moins habile de textes français plus ou moins récents. L’insuffisance des services juridiques ministériels, le manque de rigueur du secrétariat général du gouvernement, l’inexistence réelle du Parlement en tant que rédacteur de la loi, tous ces défauts se greffent à cette forme de débilité mentale propre au Maroc (et peut-être à d’autres ex-colonies françaises) selon laquelle l’étranger se résume à la France. Plusieurs fois, en discutant telle ou telle question juridique ou institutionnelle, je me suis heurté à l’objection "mais c’est comme ça qu’ils font à l’étranger". "Comment ça, à l’étranger?". "Oui, c’est comme ça qu’ils font en France". Inutile de préciser que la France n’est qu’un modèle juridique parmi d’autres, d’ailleurs en perte de vitesse par rapport au modèle anglo-saxon (ce terme est impropre, le droit étatsunien et celui du Royaume-Uni étant assez distincts, mais passons sur cette facilité de langage), et que l’infantile suivisme marocain n’améliore en rien la qualité de la production législative ou doctrinale marocaine.

On pourrait bien sûr élargir le raisonnement à d’autres domaines – pour l’homme d’affaires marocain moyen, exporter, c’est vendre en France, par exemple. Pas besoin d’être un francophobe forcené pour se rendre compte du caractère stérile de cette fixation des élites marocaines pour la France et ce qui est français. Si écarter le français de sa position de langue dominante est nécessaire pour élargir l’esprit de nos cercles dirigeants, then so be it.

Cela donnerait donc arabe comme langue officielle, tamazight, tashelhit, tariffit (ou une langue amazighe standard) et hassania langues nationales (éventuellement l’hébreu si la communauté israélite le souhaite), et anglais première langue étrangère, avec mentions spéciales pour le français et l’espagnol (on pourrait conçevoir qu’une régionalisation réelle impliquerait la latitude pour certaines régions d’opter pour l’espagnol comme première langue étrangère). Ce serait le choix le plus rationnel – inutile de dire dès lors qu’il ne sera pas retenu.

Un film israëlien déprogrammé au profit du documentaire sur Rachel Corrie de Simone Bitton

Lu sur Rue89 – une conséquence directe du massacre du Mavi Marmara, sans doute:

Vendredi, Le Monde nous apprenait que le réseau de salles Utopia, qui a des salles à Avignon, Bordeaux, Montpellier ou Toulouse, a décidé de déprogrammer un film israélien, « A cinq heures de Paris », comédie dramatique sans contenu politique, qui devait sortir le 25 juin, et de programmer à la place « Rachel », le film de Simone Bitton. Etrange destin. (Rue89)

La réalisatrice de ce documentaire sur Rachel Corrie n’est autre que la cinéaste franco-marocaine Simone Bitton, engagée de longue date aux côtés du peuple palestinien. Elle a tenu un blog consacré à ce film sur Rue89 justement.

La traduction est un dur métier quand on n’aime pas le foot

En lisant un article – "Phénomène cacochyme" – de l’excellent revue Agone, consacré à l’écrivain allemand Ernst Jünger, je suis tombé sur une belle coquille de traduction que le traducteur eût pu éviter s’il s’intéressait plus au futebol, discipline dont on ne soulignera jamais assez les vertus intellectuelles.

Je cite:

Nous ne nous risquons pas à répondre à cette montagne de questions, encore moins à nous les poser. En revanche, l’anthroposophe de la culture Wolf von Homburg a eu le culot de prier Jünger en juin 1997 de coucher ses souvenirs de 1974 sur la Porte Sparwasser. Jünger lui a fait répondre par une lettre du 11 juillet 1997 de Langenenslingen-Wilflingen : « Ernst Jünger vous remercie de votre lettre. En ce qui concerne votre enquête auprès d’auteurs, Ernst Jünger n’a de sa longue vie jamais assisté à la moindre partie de football, ni ne s’est jamais occupé du jeu lui-même. Eu égard à la troisième question : il ne peut que regretter qu’on prête à des jeux nationaux des intentions politiques. Amicales salutations, par délégation, Georg Knapp. »

Peut-être est-ce là le secret d’une longue vie : pas de football. Et ne pas prêter d’intentions politiques. Et aussi quelqu’un pour descendre la poubelle et s’occuper de la correspondance.

En VO, la réponse d’Ernst Jünger donne ceci:

Ernst Jünger dankt für Ihren Brief. Was die Autoren-Umfrage betrifft, so hat Ernst Jünger in seinem langen Leben kein einziges Fußballspiel gesehen, noch sich mit dem Spiel selbst befaßt. Er kann es nur bedauern, daß Nationalspiele politischen Wertungen unterlegt werden. Mit freundlichen Grüßen, i. A. Georg Knapp

Pour ceux qui l’ignoreraient, dont le traducteur en cause, "das Sparwasser Tor" n’est pas un monument de Berlin mais plutôt le but légendaire du joueur est-allemand Jürgen Sparwasser marqué le 22 juin 1974 lors du match RDA-RFA 1-0 90 minutes de lutte des classes – lors de la Coupe de monde de 1974, qui se jouait justement en Allemagne de l’Ouest. Sur le mode de "où étiez-vous lorsque vous avez appris l’assassinat de JFK", les Allemands de cette génération se posent la question "Wo waren Sie, als das Sparwasser-Tor fiel?" ("Où étiez-vous lors du but de Sparwasser?") – un livre éponyme est même sorti.

Traduttore, traditore…

Il manque quelque chose à la checklist d’Isabelle Adjani

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Un nouveau film vient de sortir, "La journée de la jupe". Ca faisait longtemps, mais Isabelle Adjani y tient le rôle principal – une enseignante quinquagénaire en jupe et bottes noires qui prend en otage ses élèves, des indigènesjeunes de banlieue. En lisant l’entretien qu’elle a accordé au Nouvel Observateur, j’ai mentalement coché la checklist applicable à ce type de sujet en France:

1- La laïcité – Isabelle Adjani est "une bombe humaine de la laïcité" – on imagine que seule une préoccupation trop grande du politiquement correct tariqoramadaniste a empêché d’utiliser le terme kamikaze.

Quelles sont les questions que soulève ce film ?
Isabelle Adjani: Il y en a énormément: le problème de la laïcité, de la mixité à l’école, le problème du sexisme qui peut exister dans les établissements pluriethniques, qui est imposé par les garçons et subi par les filles. Le film tente de faire comprendre que ni l’alibi sociologique ni l’alibi religieux n’ont à franchir le seuil de la classe. (La République des Lettres)

Isabelle Adjani: (…) On est dans une société en train de se désencombrer du bling-bling et de tous les artifices, et qui retrouve des valeurs plus authentiques…

Quelles « valeurs » ?
D’abord, la valeur de la laïcité. La laïcité, les problèmes de mixité à l’école, le sexisme, le sort réservé aux classes pluriethniques. Est-ce cela qui dérange? (…)

Pour vous, la laïcité est-elle en danger en France ?
Elle est tout le temps en danger. Elle est sans arrêt provoquée, elle est challengée. En général par des arguments fallacieux. Mais c’est, en même temps, un sujet très compliqué. On m’avait demandé, il y a cinq ans, de pétitionner contre le port du voile à l’école, ce que j’ai tout de suite fait. C’était une évidence, mais l’évidence humaine n’est pas, elle, si évidente que ça. Certaines jeunes filles vivent une ambivalence très compliquée entre l’école et la maison. Quelques-unes ont dû quitter l’école, ou se sont retrouvées en porte-à-faux par rapport à leurs parents, donc culpabilisées.(Le Parisien)

2- L’antisémitisme: "la tragi-comédie de l’enseignante et de sa classe de z’y-va blasphématoires («Occupe-toi de ton cul, vieille grosse»), misogynes ou antisémites".

C’est la première fois, aussi, où l’on voit sur le grand écran une dénonciation nette et claire de l’antisémitisme vulgaire d’une partie de cette jeunesse làun antisémitisme jamais dénoncé par le « politiquement correct ». (juif.org)

3- L’intégrisme islamique et le voile:

N. O. – La modernité, c’est la jupe ou le pantalon ?
I. Adjani. – Ce fut le pantalon, c’est devenu la jupe. On est loin des acquis féministes. On est dans la nécessité de revenir à une féminité vivable. Féminine égale pute, c’est quand même embêtant. C’était inimaginable avant le phénomène de l’intégrisme islamique. Il est étrange que le pantalon soit vécu comme un voile. (Arts et spectacles)

4- Il faut pas se voiler la face, les tabous c’est pas bien et le politiquement correct ne m’enlèvera pas la liberté de penser:

Isabelle Adjani: C’est d’abord le défi, le challenge d’un rôle fort d’actrice. Et aussi ce traitement non consensuel et politiquement incorrect du sujet. (La République des Lettres)

Jean-Paul Lilienfeld: A vouloir se voiler la face, on laisse le terrain libre à ceux qui font un état des lieux et qui apportent des solutions racistes. (Afrik.com)

On m’empêchera d’ailleurs pas de penser que la réflexion portée par ce film est d’un modernisme et d’une complexité échevélés:

Isabelle Adjani: Le film tente de faire comprendre que ni l’alibi sociologique ni l’alibi religieux n’ont à franchir le seuil de la classe. Il s’interroge aussi sur la façon de faire comprendre à des jeunes qui ne se sentent pas valorisés que l’enseignement, c’est d’accepter une structure qui peut les construire. Il faut apprendre et ensuite s’exprimer. C’est un peu sévère ce que je dis mais ce n’est ni idéaliste, ni angélique, ni démagogique. (La République des Lettres)

Outre les intéressés, Le Figaro Magazine et des militants laïques sont du même avis – ce film est iconoclaste:

Retenez ce nom : Jean-Paul Lilienfeld. Ce réalisateur de 47 ans vient de briser l’un des plus grands tabous français du demi-siècle écoulé. Avec La Journée de la jupe, il bat en brèche l’angélisme avec lequel le cinéma français évoquait jusqu’à maintenant l’enseignement dans les collèges ou lycées difficiles (Le Plus beau métier du monde, Entre les murs, etc.) Bien sûr, on y voyait quelques figures professorales exaspérées par la violence et l’agressivité – verbales, principalement – des adolescents. Mais tout cela restait plutôt, c’est le cas de le dire, bon enfant et l’on se quittait bons amis. (Figaro Magazine)

« La journée de la jupe », le film qui pulvérise l’islamiquement correct
« La journée de la jupe » dénonce tout ce que nous disons depuis bientôt deux ans sur Riposte Laïque. Tout y passe, en vrac et en boucle : les chiennes de garde qui démolissent la féminité au nom du féminisme, le pédagogisme décervelant à la Bégaudeau et à la Darcos, les insultes sexistes, une ministre de l’Education nationale peureuse et prête à sacrifier médiatiquement et physiquement la victime expiatoire, les filles obligées de s’habiller comme des sacs à patates, l’accusation d’« islamophobie », la peur d’émeutes urbaines, la victimisation des coupables et la culpabilisation des victimes, l’irrespect envers les adultes, l’antisémitisme islamique et le racisme anti-blancs, l’école républicaine transformée en garderie et en « fabrique de crétins », l’hyper-violence, l’arabisation et l’appauvrissement de la langue française, l’éclatement des familles, le racket, les mots faux-culs comme « quartier sensible » ou « contexte », les professeurs qui baissent le pavillon jusqu’à se faire complice des voyous ou à se servir du Coran en classe pour les apaiser, le multiculturalisme, l’échec de l’intégration (et ne parlons même plus d’assimilation), le communautarisme ethnique, le mépris des valeurs laïques, les viols collectifs, les superstitions religieuses, le machisme abruti, la manipulation de l’opinion publique, le proviseur qui ne pense qu’à étouffer les problèmes de son établissement et qui accuse la victime d’être à la fois « catho coincée » et trop laïque (ultra-laïciste, comme on dit chez Kintzler et Fourest), l’affinité entre les islamistes algériens et les « sauvageons » de nos banlieues, le commerçant chinois qui fuit la cité parce qu’il a été victime de multiples braquages, les menaces de représailles, l’influence affligeante des séries télé et des reality shows, etc.(le blog Action républicaine)

5- Les méchants mâles arabo-musulmans - "petits caïds de banlieue" - et les femmes victimes (en dehors des bougnoules et des négrosbanlieues, les relations hommes et femmes sont bien évidemment harmonieuses et paritaires): "une dénonciation virulente du traitement des jeunes femmes dans les banlieues".

Isabelle Adjani: Les garçons sont tentés de soumettre les filles à leurs propres lois. C’est d’une violence inouïe. Les jambes doivent être voilées sous un pantalon. La poitrine pose moins de problèmes sans doute parce qu’elle renvoie à la maternité. Quelle régression! Nous sommes assis sur une poudrière. (La Dépêche)

Elle dénonce l’archaïsme et la violence de leur système de valeurs. Les garçons, forcément virils, seraient tous des « bêtes de sexe », mais les filles, pour être dignes et respectées, devraient rester vierges jusqu’au mariage. Aussi l’apprentissage sexuel des garçons passerait-il souvent par le viol collectif, réunion virile et rituel initiatique pour les petits mâles des cités. (Critikat.com)

6- Lors du tournage comme dans le film et dans la réalité, les rapports entre la prof/actrice évoluéefrançaise d’origine maghrébine et les jeunesindigènes sont empreints d’égalitarisme et de réciprocité:

Quelle était la relation entre Isabelle Adjani et les jeunes sur le plateau ?

Jean-Paul Lilienfeld: On s’était mis d’accord sur le fait qu’elle devait garder une certaine distance avec les jeunes sur le plateau. Le premier jour, elle leur a bien expliqué que ce n’était pas du snobisme, mais bien un moyen d’éviter de copiner et de devenir trop familier, ce qui aurait pu se ressentir dans le jeu. Ce fût une bonne chose, car je pense qu’il n’y aurait pas eu cette distance naturelle autrement. (Filmsactu.com)

Comment s’est passé le tournage ?
Isabelle Adjani: Très bien parce qu’il n’y avait pas de confusion. Je suis arrivée devant eux comme leur prof de français et eux mes élèves. Je n’ai pas cherché à leur raconter qui j’étais dans ce métier parce que je ne voulais pas les déconcentrer. Je ne voulais pas non plus faire copain-copain parce que je pensais qu’il nous fallait d’abord nous concentrer pour faire du bon travail. (La République des Lettres)

Isabelle Adjani: Beaucoup d’élèves de lycées de banlieue sont orphelins d’une autorité dont le principe même a été battu en brèche. Quand ce sont les élèves qui demandent à leur professeur du respect, c’est le monde à l’envers, non ? (Figaro Magazine)

7- La langue arabe, c’est pas bien, le couscous, c’est bon:

N. O.- Votre deuxième prénom est Yasmina…
I. Adjani. – «Isabelle», c’était fait pour ne pas attirer l’attention. Mon frère se prénomme Eric Akim. Mon père venait d’une Algérie française. Il parlait français mieux que vous. Il ne parlait jamais arabe devant nous. Sauf l’accent allemand de ma mère, tout était fait pour qu’on soit français, même si cela n’empêchait pas mon père de cuisiner des plats traditionnels ou d’évoquer Constantine. En revanche, quand il écrivait à sa famille, j’ai découvert que, dans ces lettres, j’étais «Yasmina», jamais «Isabelle». (Nouvel Observateur)

Et les chiites, Isabelle/Yasmina, ils sont où dans tout ça les chiites?

ADDENDUM: Je m’en voudrais d’accabler la seule Isabelle/Yasmina. Le réalisateur du film lui-même est honteusement silencieux sur la menace libertifère que représente l’arme nucléaire iranienne pour les enseignantes en jupe d’Ile de France. Il dénonce à juste titre l’islamo-fascisme qui déferle sur les "jeunes des quartiers" – les caïds:

"J’ai eu envie de parler du durcissement des positions, du recul des relations garçons-filles", explique le cinéaste. "Quels que soient les choix politiques ou religieux de chacun, il existe des valeurs de base indiscutables et intransgressibles", ajoute-t-il.

Il raconte une scène dans lesquelles un indigènevieux monsieur marocain, reconnaissant, lui a exprimé sa reconnaissance pour sa mission civilisatricecinématographique:

Le plus beau compliment qu’on m’ai fait, c’était à Saint-Denis, où nous avons tourné. La salle était composée à 99, 9% de personnes noires et arabes. A la fin de la projection, un vieux monsieur marocain de 80 ans m’a dit, les larmes aux yeux : « Merci de parler de nous normalement ».

Il ironise finement sur la peur irraisonnée de la pourtant très réelle violence islamo-fasciste:

Et puis, il y a la peur irraisonnée. L’un d’entre eux a justifié son refus en disant : "Je n’ai pas envie que ma maison saute." Comme s’il allait encourir je ne sais quelle fatwa en distribuant La Journée de la jupe…

Il rappelle des vérités cachées que les tchékistes du politiquement correct islamo-gauchiste tentent d’étouffer par tous moyens – il faut faire ses devoirs et avoir de bonnes notes, et si on veut on peut:

Par ailleurs, Sonia Bergerac le dit, quand on Noir ou Arabe, ce n’est pas facile, mais si on est en plus ignorant…

Même Marianne, qui dénonce pourtant le pouvoir théocratique musulman au sein de l’industrie française du cinéma, n’ose aborder de front la vraie menace:

« Ca », c’est la banlieue, les ghettos scolaires, le racisme, la religion, le machisme. Ca c’est ce qui pourrait se passer dans un lycée le jour où un(e) prof pètera un câble. (…) Toujours mieux que de continuer à se voiler la face. Ainsi, après avoir vu le film, Xavier Darcos aurait dit : « Mais l’éducation nationale, ce n’est pas ça ! ». Certes, faute de pouvoir montrer la réalité, c’est un concentré de réalités qui s’affiche à l’écran. L’ignorer, c’est encore pire.

Ne soyons toutefois pas trop sévère. Comme je l’ai déjà souligné, nous avons affaire à un briseur de tabous – (c) Sébastien Fontenelle – évoquant des phénomènes dont nul auparavant n’avait jamais oser parler au sujet des bougnoules et des négrosbanlieues – voile, viol, islam, immigrés, misogynie, drogue, racisme:

Ici, c’est nettement plus noir. Lilienfeld nous confronte à des mômes paumés, violents, et pour certains, des violeurs irrécupérables. Plus fort, il évoque – dans ce film refusé par tous les producteurs de cinéma – l’islam, la misogynie, la drogue, le racisme, le viol… On est dans du lourd et, à chaque fois, Lilienfeld s’en sort avec beaucoup de justesse. Avec une économie de moyen, sans pathos, Lilienfeld décrit juste l’enfer quotidien de la banlieue (quand une maman d’élève déclare : « Pourquoi on nous met tous ensemble comme des animaux ? », tu as tout compris), où les filles ne peuvent plus porter de jupes sous peine de se faire traiter de putes, où certains profs démagos débattent du coran avec les élèves, où des mômes de 15 ans ne pensent qu’au business… Des sujets tabous que Lilienfeld dégueule sur l’écran et qui transforment son petit thriller prévisible en un vrai film politique (avec le port du pantalon en métaphore du voile), d’une force invraisemblable en cette période tiède et morne. (Bakchich)

Et quelle consécration que de voir le plus briseur des briseur de tabous, le commentateur sportif Alain Finkielkraut, qui aime à compter les joueurs noirs en équipe de France, déclarer avec enthousiasme que le film est un événement politique historique, constituant la première fois que le discours anti-raciste est dénudé, révèlant la misogynie et l’antisémitisme d’une civilisation (je n’ai pas réussi à déterminer s’il  parlait de Byzance ou des Etrusques).

Il y a bien quelques irréductibles de la dictature de la bienpensance pour y trouver à redire:

Le Monde: Le problème, c’est que tout y est tellement simplifié, tellement cousu de fil blanc, qu’on a l’impression que le réalisateur prend a priori son public pour une classe à éduquer.

Et encore:

Chronicart: Pas fin pour un sou, le film de Jean-Paul Lilienfeld voudrait se glisser dans l’espace informe et mou entre ces deux positions également indigentes, il n’y trouve qu’une friche stérile, entre coups de pied au cul des caïds et caresses sur la joue meurtrie des petites princesses des cités. Alternant lourdement les points de vue, il fait match nul. (…) on ne sort pas d’une ambiance Julie Lescaut cheap.

Des fanatiques persiflent:

Critikat: La Journée de la jupe est un film démagogique et verbeux : vous n’échapperez à aucun poncif sur les jeunes de banlieue ! Tous les problèmes des cités, emplissant régulièrement les émissions de reportages, sont présentés à la chaîne. Bienvenue à Thoiry, où chaque individu est réduit à un stéréotype à la psychologie minimale : le petit caïd séducteur et grande gueule, le timide mal dans sa peau, la fille au physique peu enviable, la blédarde [2] au grand cœur

Des enseignants endoctrinés radotent:

Faut-il pour autant, par ce film, choisir arme à la main, de "karchériser" certaines de nos salles de classes? Sans RIEN proposer d’autre que la dénonciation d’une catégorie, de la stigmatisation récurrente. (…) La Journée de la Jupe, par ses défauts nombreux, est un film dangereux. Il tend la main aux plus réactionnaires. D’ailleurs, ceux-là ont saisi la balle (de revolver?) au bond pour faire de ce film un anti Entre les Murs, pour eux l’horreur pédagogique absolue! Ils tiennent leur oeuvre maîtresse! Or, ce film, La Journée de la Jupe, avec cette affiche-choc montrant une enseignante faisant cours une arme à la main, ne fait qu’ajouter au malaise évident qui règne dans les salles des professeurs de ces étabissements. Il n’apporte AUCUNE solution INTELLIGENTE! Pourtant, la très grande majorité de nos collègues, ne cautionne en aucun cas la "prise d’otages", même symbolique, pour parvenir à enseigner. Il existe d’autres voies, d’autres chemins.

Qu’on les montre! Qu’on les mette en lumière! Et qu’on en finisse avec les gros sabots de la démagogie sécuritaire, le revolver remplaçant la volonté d’inventer!

Et encore ici:

On voit bien quel miel les adorateurs de l’autorité perdue, celle qui devait s’appliquer sans jamais se discuter, auront l’impression d’y trouver. On voit aussi comment les défenseurs de l’identité nationale en péril seront tentés d’en appeler au même sursaut que celui de cette enseignante bafouée par ses élèves. Cela, d’ailleurs, a commencé, et le film – ce qui pourrait injustement nuire à sa réputation – est salué dans la blogosphère d’extrême droite comme une gifle à « l’angélisme béat multi-culturel ».

Et enfin, pour clore, un véritable déferlement de démagogie politiquement correcte:

Les élèves, noirs et arabes pour l’essentiel mis à part un petit rouquin arrogant, la méprisent ouvertement, et se comportent – le mot est employé à plusieurs reprises – comme «des sauvages». (…) Le regard qu’elle porte sur ses élèves est d’une incroyable agressivité. Elle moque leur prétention sexuelle: «ça parle que de sauter les filles et ça a pas un préservatif en poche!». Elle ricane: «le fric, les journaux people, la Star Ac, y a que ça qui vous intéresse!». Enfin, dans une scène hallucinante, elle leur explique qu’ils ne doivent surtout pas se voir comme des victimes, car leurs difficultés sociales ne sont pas une excuse… «Ne faites pas ça! Ne vous prenez pas pour des victimes!», répète-t-elle les larmes aux yeux, alors qu’elle les retient tous prisonniers grâce à une arme à feu! (…) Quiconque s’oppose à Sonia et à sa prise d’otages est représenté comme un imbécile (le principal, alias Jackie Berroyer), un lâche de gauche (le prof qui se laisse tabasser par les jeunes sous prétexte qu’il comprend leur malaise) ou un psychopathe dangereux (Bechet, le policier du Raid joué par Yann Collette). (…)

Une ligne de partage est également tracée entre bons et méchants à l’intérieur même de la classe. Les bons, ce sont ceux qui, après avoir vu le pistolet, acceptent d’écouter Madame Bergerac. Le méchant, c’est Mouss qui, malgré la menace, ne change pas d’attitude. Quel culot! Les autres peuvent être dressés, mais pas Mouss. Il cumule toutes les tares : violent, gangster, macho, antisémite, complice d’un viol, et enfin balance… On nous demande clairement à nous, spectateurs, de comprendre la prof qui braque ses élèves, mais surtout pas cet ado dangereux, cause profonde de tous les problèmes de la classe. C’est la bonne vieille technique du bouc émissaire. Il existe certainement quelque part en France un ado comme Mouss, macho, antisémite et criminel. Là n’est pas la question. Mais si c’était ce cas extrême, ce personnage singulier, qui intéressait Jean-Paul Lilienfeld, il aurait dû nous raconter le face-à-face de deux individus spécifiques – Sonia et Mouss -, pas les transformer en symbole, en faire l’affrontement de l’école laïque et du sauvageon de banlieue. En chargeant le personnage de grand Black fou furieux de représenter le danger de la cité, le film tombe dans un racisme impardonnable. (…)

Entendant la prof parler arabe, une élève lui demande: «Madame, pourquoi vous nous l’avez pas dit?». Et Madame Bergerac de répondre : «Parce que je suis prof de français!»

Que signifie cette scène au juste, cette sympathie soudaine de l’élève, sa question qui laisse supposer qu’une telle révélation aurait tout changé? Ainsi, si la prof leur avait révélé qu’elle était arabe, les élèves l’auraient écoutée? Ils auraient bien travaillé à l’école, appris le vrai nom de Molière sans pistolet sur la tempe? On comprend à ce moment précis ce que le film — peut-être à son corps défendant — finit par dire. Que ce qui se joue dans nos écoles de ZEP, c’est le clash des civilisations. Le personnage le plus tourné en ridicule du film n’est-il pas le prof qui amène le Coran en cours? Comme si le vrai affrontement n’est pas entre profs et élèves mais entre laïques et musulmans. Il y a là une vision grossière et fausse d’une réalité sociale complexe, un regard qui exclut et qui divise, caché sous les oripeaux flatteurs du film citoyen. (Slate.fr)

Chapeau, Abdellah Taïa!

Abdellah Taïa, un des écrivains marocains francophones les plus en vogue – sans doute autant pour son oeuvre que pour son homosexualité affichée et assumée – vient de signer une tribune très forte dans El Pais. Le motif: invité à un festival de Cartagena en Espagne, il a été surpris d’apprendre que Nadia Yassine, l’égérie islamiste et républicaine d’Al adl wal ihsan, et Ali Lmrabet, journaliste emprisonné puis interdit d’exercer pour lèse-majesté, avaient été déprogrammés à la dernière minute.

Comme le relève le bougnolosophe, cette alliance de circonstance entre un homosexuel affiché et une islamiste est inédit au Maroc, alors qu’en Europe, la condition minoritaire partagée des homosexuels et des musulmans a amené ponctuellement à des rapprochements. Il faut dire qu’Abdellah Taïa frappe fort: il annule sa participation au festival – une responsable dudit festival aurait également démissionné en guise de protestation- et dénonce la censure – un geste appréciable quand on sait combien un écrivain en début de parcours dépend de ce type de festival. Et sa tribune, intitulée "Qui est Marocain?", n’est pas vraiment un robinet d’eau tiède, contrairement à ce qui sort de la plume d’autres éminents écrivains et poètes marocains francophones:

Après les avoir initialement inclus dans le programme de sa prochaine édition, le prestigieux festival de Carthagena vient d’exclure Nadia Yassine, la fille du Cheikh Yassine (le leader du mouvement islamiste Al-Adala Wa Al-Ihssane), et le journaliste exilé en Espagne Ali Lmrabet. Ils ne participeront donc pas aux débats qui auront lieu à cette occasion autour du Maroc et de ses productions littéraires et intellectuelles. Suite à cette censure inacceptable et incompréhensible, Lola Lopez Mondéjar, l’organisatrice de ces débats, a démissionné du festival. Et c’est pour la soutenir dans cette décision et annoncer mon retrait du prochain festival de Carthagena que j’écris ce papier. (…)

Pour se défendre, le directeur de ce festival a déclaré la semaine dernière dans EL PAIS que moi, Abdellah Taïa, 35 ans, écrivain et premier Marocain à avoir assumé publiquement son homosexualité, je participerai à ce festival et je parlerai donc librement de tout, y compris de ma sexualité.

Qu’est-ce que cela veut-il bien dire ? Que l’homosexuel marocain est bienvenu en Espagne mais pas une femme appartenant à un mouvement islamiste, ni un journaliste qui a eu de gros ennuis avec les autorités marocaines ? Je ne peux pas accepter cela. Je ne peux pas me laisser récupérer de cette façon-là. Je ne veux pas qu’on me donne la parole au détriment d’autres Marocains. Quand j’ai parlé au Maroc de mon homosexualité, c’était une nécessité intérieure (et je n’ai eu besoin d’aucune autorisation, d’aucune bénédiction), c’était avant tout un combat pour accéder à l’individualité, mais pas seulement pour moi.

Ce qui nous manque cruellement au Maroc et nous empêche d’avancer, de nous libérer, ce sont, entre autres, les débats contradictoires. Réels. Pas fictifs, pour la façade, pour donner une fausse image de progrès et de modernité. Malgré le très bon travail de certains médias (TEL QUEL, LE JOURNAL HEBDO, les radios, etc.), ce genre de débat, quand il y en a un, ne touche malheureusement pas tous les Marocains. Et ce n’est pas la décision du festival de Carthagena qui va aider à changer la situation. Décision étrange d’ailleurs : Nadia Yassine et Ali Lmrabet s’expriment régulièrement dans les journaux marocains. Pourquoi les écarter alors ? Mystère. Sont-ils moins marocains que moi ? Moins « fashion » peut-être ?! Plus « dangereux » ? (…)

J’entendais souvent au Maroc des excommunications à propos de tel ou untel qui aurait soi-disant trahi le Maroc et ses idéaux. J’entendais ce genre de phrases : « Il n’est pas Marocain, lui. Il ne l’a jamais été. Il ne le sera jamais. » Aujourd’hui, on entende aussi, de plus en plus, ces autres phrases : « Il n’est pas musulman, un bon musulman, lui. » Un mécréant, alors ? Ces négations dangereuses, et qui détournent l’attention des vrais sujets, sont proférées aussi, malheureusement, par certains intellectuels et artistes. Ces négations n’aident pas le Marocain à se relever pour crier, pour exister.

En mai 2007, j’ai entendu ces mêmes jugements scandaleux à propos des deux frères qui ont commis à Casablanca un double attentat suicide. Après avoir erré presque deux jours dans les rues, ils se sont faits explosé non loin du consulat américain. Ils n’ont tué personne. Juste eux-mêmes. C’était le comble du désespoir dans lequel vit depuis trop longtemps la jeunesse marocaine. C’était un cri du coeur, des tripes. Un appel à la société marocaine. Il n’a pas été entendu. On estimait sans doute que ce n’était pas notre faute, ni notre responsabilité. Normal, ces deux frères n’étaient pas des Marocains. N’est-ce pas ?!

Qui l’est alors ?

Rien à rajouter.

Le Clézio, un prix Nobel franco-mauricien, le cheikh Ma el Aïnine et l’inévitable impérialisme étatsunien

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Le lieu commun veut que l’Académie suédoise, qui décerne le prix Nobel de littérature, ne choisisse que des auteurs inconnus et illisibles. C’est faux, comme le montre la liste des récents lauréats: Doris Lessing, Orhan Pamuk, V.S. Naipaul, Günter Grass, J.M. Coetzee et Dario Fo entre autres n’avient pas attendu les Dix-Huit pour se faire connaître au-delà d’un cercle intime. Parmi les plus récents, seuls Imre Kertész, Gao Xingjian ou Wislawa Szymborska sont sortis – très relativement – de l’anonymat international grâce au Nobel.

Le choix de l’écrivain franco-mauricien (il a insisté sur sa double nationalité lors de sa première conférence de presse, soulignant même qu’il se sentait mauricien avant tout (1) et assez peu français (2), ayant néanmoins précédemment dit ne pas considérer avoir de pays natal et se décrit comme un "schizophrène intercontinental") J.M.G. Le Clézio semble, pour le public francophone du moins, être un choix sans risque: un grand écrivain, reconnu en dehors des frontières de son pays, voyageur, multiculturel et plurinational. Pour tout dire, j’ai même lu un de ses livres, "Procès-verbal" (eh oui, on est juriste ou on ne l’est pas), et ai feuilleté "Désert" ("monument de la littérature du XX° siècle", Aliette Armel dixit, tandis que Time estime que c’est son oeuvre majeure: "his most important novel is generally considered to be Désert, published in 1980 and largely set in the Moroccan Sahara" – on notera l’utilisation de l’adjectif "marocain", qui correspond d’ailleurs à la perspective adoptée dans ce roman), dont un passage, celui décrivant une cérémonie religieuse de cheikh Ma el Aïnine auprès d’une tribu sahraouie, m’a très fortement marqué. J’avais apprécié le premier, mais n’ai jamais franchi le seuil du second – un oubli à réparer. Ca fait des années que je ne lis presque plus de littérature, et le dernier prix Nobel dont j’avais lu au moins une oeuvre avant sa consécration est Harold Pinter.

Le choix du Maroc et d’un des principaux personnages historiques marocains de ces cent dernières années, le cheikh Ma el Aïnine, dans Désert (où il décrit notamment les massacres commis par la colonne Mangin, formation militaire française qui combattit Ma el Aïnine) n’est pas fortuit: Le Clézio s’est marié, en secondes noces, à la sahraouie marocaine Jemia (issue de la tribu des Laaroussiyine). Il a par la suite écrit, avec elle, un ouvrage sur le Sahara marocain, "Gens des nuages", empreint de sympathie pour le mode de vie nomade - thème récurrent de son oeuvre, et il se déclare bouleversé par sa rencontre avec une tribu panaméenne, les Embéras.

Voici par exemple ce qu’il écrit sur les Laaroussiyine:

" Ils sont les derniers nomades de la terre, toujours prêts à lever le camp pour aller plus loin, ailleurs, là où tombe la pluie, là où les appelle une nécessité millénaire et impérieuse… Sans doute n’avons-nous compris qu’une part infimede ce que sont les Gens des nuages et n’avons-nous rien pu leur donner en échange. Mais d’eux, nous avons reçu un bien précieux, l’exemple d’hommes et de femmes qui vivent -pour combien de temps encore ?-leur liberté jusqu’à la perfection. "

Fils d’un médecin colonial britannique (décrit dans son livre "L’African"), Le Clézio est ferme sur les bienfaits de la colonisation tels qu’avancés généralement dans le débat français:

La question du colonialisme revient souvent dans votre livre. Que pensez-vous du débat sur les «bienfaits» de la colonisation qui s’est passé en France ?

Je me suis demandé pourquoi un tel débat, à mon avis obsolète, sans doute de basse politique. On ne peut trouver une seule raison de justifier le système colonial, même s’il y eut des gens exceptionnels, comme le fut mon père. Je sens bien que, même si je n’ai aucune part dans ce qui s’est passé, j’appartiens à cette histoire-là.

Il voit les anthropologues comme des instruments de la colonisation:

Vous rangez les anthropologues parmi les catastrophes qui ont accablé ces peuples ?

Sans aller jusque-là, je pense que la présence des anthropologues a été très dure pour eux, car à travers leurs travaux scientifiques, le système colonial s’est installé de façon plus profonde. L’anthropologie a une face sombre.

Dans ce même entretien à Télérama, il fustige l’exotisme colonial dans la peinture:

Dans Raga, vous citez le cas de la peinture de Gauguin et, à travers lui, de l’exotisme, qui a été une forme d’exploitation…

J’ai été invité, il y a quelques années, aux Marquises et à Tahiti, pour une célébration de Gauguin. A l’endroit où se tenaient les conférences, j’ai parlé avec un groupe d’étudiants qui protestaient contre ce qu’ils considéraient comme une célébration du colonialisme. Ce qui les gênait, c’était cette présentation très tendancieuse faite par Gauguin de l’homme et de la femme polynésiens, c’est-à-dire des gens paresseux, indolents, dociles, de bons sauvages. Il ne s’agit pas bien entendu de mettre en cause l’art de Gauguin, mais on ne peut nier que sa peinture est dépositaire aussi de cette « face sombre » dont je parlais à propos de l’anthropologie. Le Journal de Gauguin, et notamment la présentation très convenue de la femme tropicale, sensuelle et soumise, qu’on y trouve, est pour moi une lecture insupportable. Surtout lorsqu’on sait à quel point ont été féroces et violents les combats entre les Tahitiens et les troupes coloniales. Car il n’y a pas un endroit au monde où la colonisation s’est passée de manière tranquille et gentille.

L’expérience coloniale est pour lui une obsession:

J’appartiens à l’Occident colonisateur, ça ne fait aucun doute. Ma famille a colonisé l’île Maurice à la fin du XVIIIe siècle – il s’agit de la colonisation anglaise, mais c’était la même chose –, je compte certainement des esclavagistes parmi mes aïeux. Ma génération n’a certes pas fait la colonisation, mais elle a été témoin de ses derniers instants, au Maroc, en Algérie, en Afrique occidentale, partout dans le monde. De ce sentiment que j’ai d’appartenir au groupe humain qui a commis ces exactions est née mon obsession de ce chapitre de l’histoire. Conrad a très bien exprimé ce que je ressens, à travers le personnage de Marlow, dans Au cœur des ténèbres. Marlow est un personnage trouble, issu de la colonisation britannique, animé par un esprit autocritique, fasciné et attiré par le caractère instinctif des peuples d’Afrique, mais incapable d’y adhérer totalement. Je suis comme ça, occidental indéniablement, mais méfiant vis-à-vis de tout ce qui est trop intellectuel, trop rationnel, attiré par la magie, le surnaturel, les endroits où le présent et le passé cohabitent mystérieusement et naturellement – c’est le cas au Vanuatu.

Il est pour la reconnaissance des crimes coloniaux par les anciennes métropoles:

Suivez-vous les débats qui entourent les revendications mémorielles des peuples anciennement colonisés, les polémiques autour de la repentance ?

Il me semble sain qu’on parle enfin de l’histoire coloniale française – et on n’en parle pas encore assez. Il n’est pas question de se mortifier, mais il faut purger cette ancienne maladie qui existe toujours : le racisme, le sentiment de supériorité. Aux Antilles, vous entendez encore des Blancs qui parlent des Noirs comme de grands enfants indolents et indécis. C’est terrible. Tout effort de mémoire est salutaire. Il ne s’agit pas de recourir aux lois et aux décrets pour écrire l’histoire. Non plus que d’utiliser les grands mots, de parler de génocide. Plus simplement, il y a une responsabilité des colonisateurs vis-à-vis de ces petits pays, anciennes colonies aujourd’hui à l’abandon, qui vivent pratiquement de la charité internationale. La France doit amener à l’âge adulte des pays qu’elle s’est employée si longtemps à maintenir en enfance.

Il l’a réitéré sur le site officiel de la fondation Nobel:

[AS] You also write about the colonial experience a lot. Do you feel it’s important for modern European culture to examine its past in this way?

[J-MGLC] Yes, because I feel, it’s my feeling that the, Europe, and I would say also the American society are – it owes a lot to the people that submitted during the colonial times. I mean the wealth of Europe comes from sugar, cotton, from the colonies. And from this wealth they began the industrial world. So they really owe a lot to the colonized people. And they have to pay their debts to them.

Il affirme sa haine de la colonisation:

Diên Biên Phu, c’est 1954. J’ai 14 ans. Et je me souviens très bien avoir eu le sentiment presque physique qu’on était arrivé à la fin d’un cycle, d’une ère, des impérialismes et des colonisations. Même sentiment avec la guerre d’Algérie. Nice me renvoyait constamment à cette réalité avec sa population d’immigrés, ces gens arrachés à leurs milieux d’origine, ces Algériens ou ces Vietnamiens qui étaient parqués près de la gare. Moi-même, j’étais un chat errant. Si je devais résumer ma vie, je dirais que j’ai non seulement assisté au spectacle de la décolonisation mais aussi vécu, grâce à mon père, la haine de la colonisation et du bien-être européen.

Il n’est pour autant radical dans ses propos – son père, médecin colonial britannique, revient dans ses propos pour réfuter une quelconque responsabilité collective:

Il y a fort longtemps, j’étais à Lille pour une rencontre, organisée par Pierre Mauroy, sur la question de la responsabilité vis-à-vis du tiers-monde, en particulier des pays anciennement colonisés et aujourd’hui abandonnés. J’avais adhéré à toutes les idées très généreuses des socialistes à l’époque, et j’avais terminé en disant que je tenais à signaler que, même si je condamnais cela, mon père était quelqu’un de bien. Je n’aurais pas dû le dire, car j’ai été littéralement pris à partie violemment par des Africains (très radicaux je suppose) qui disaient que c’était honteux d’entendre des choses pareilles. Je persistais, disant bien que je ne faisais pas une généralité, mais que je tenais seulement à signaler que, chez ces administrateurs, il y avait des gens qui croyaient à la République, qui pensaient qu’ils apportaient quelque chose, que les médecins venaient vacciner et que, même s’ils participaient au système colonial, ils venaient aussi donner quelque chose d’eux-mêmes.

Il revendique le multiculturalisme et le métissage:

La culture française est une culture de métissage. La langue française a reçu des apports de tous les coins du monde, et ça continue. Ce qui est merveilleux avec la culture française, c’est qu’elle est un lieu de rencontres.

Idem:

En fait, les cultures sont toutes métisses, mélangées, y compris l’occidentale, faite de nombreux éléments venant d’Afrique, d’Asie. On ne peut pas faire barrage au métissage. Et la modernité est aussi bien japonaise, coréenne, chinoise qu’européenne ou américaine. (L’Express du 16 octobre 2008

C’est en tant que déraciné qu’il revendique la patrie des lettres – francophone en l’occurence:

Je me suis piégé moi-même. L’île Maurice dans laquelle je baigne depuis mon enfance est celle des légendes qu’on m’a racontées, pas celle de maintenant. Pourtant, la maison familiale où mes ancêtres ont vécu existe toujours, mais ce n’est qu’une image. Le Nouveau-Mexique, oui, j’y vis une partie de l’année, parce que le désert m’appelle, mais sans avoir le sentiment d’y appartenir vraiment. Nice, j’y retombe presque fatalement mais sans aucune émotion lorsque je passe devant la clinique où je suis né, devant l’immeuble quelconque où j’ai grandi pendant que la guerre se déroulait. Enfin, je ne connais pas Paris, où je me promène avec émerveillement, mais comme un étranger dans une ville désormais dédiée aux touristes. Je souffre d’un manque d’appartenance. J’envie les Indiens qui sont accrochés à leur terre comme un minéral ou un végétal. Moi, je suis de nulle part. Ma seule solution est d’écrire des livres, qui sont ma seule patrie.

Et encore ici:

J’envie ceux qui ont une terre natale, un lieu d’attache. Moi, je n’ai pas de racines, sauf des racines imaginaires. Je ne suis attaché qu’à des souvenirs

Et il ne croit pas au conflit des civilisations:

"Je ne crois pas qu’il y ait « nous » et « les autres », le monde occidental d’un côté et, de l’autre, une sorte de monde barbare, à l’affût de la moindre de nos faiblesses."  L’Express du 10 octobre 2008

Où en sont selon vous les rapports entre l’Occident et le tiers-monde?
Je ne crois pas à un affrontement. Je déteste Huntington et sa théorie du «choc des civilisations». J’avais même écrit un pamphlet intitulé «Contre Samuel Huntington», que je n’ai pas publié. L’Express du 16 octobre 2008

Son ouverture sur le tiers-monde, son rejet sans équivoque de la colonisation, le prédisposent, hélas pour beaucoup de critiques qui lui préfèrent la misanthropie (et islamophobie) d’un VS Naipaul (la lecture de la récente biographie de cet écrivain acariâtre qui battait, insultait et trompait sa femme est sans doute plus croustillante que ne le serait celle de Le Clézio) ou d’un Michel Houellebecq (comme le relève The Times), à ne pas donner dans la haine, le mépris ou la rancoeur.

Dès lors, parmi les réactions négatives, il y a certes les reproches quant au pathos de Le Clézio – "littérature caritative" (Jérôme Garcin), "Parfümierter Sozialkitsch" ("du socio-kitsch parfumé" – Die Presse), "Nobelpreis-Vergabe enttäuscht Kritiker" ("l’attribution du prix Nobel déçoit les critiques" – Der Spiegel), sans compter la version anglaise d’Al Ahram ("his comparative obscurity, at least internationally, and (…) the Academy’s presentation of Le Clézio as a kind of standard- bearer against the dominance of the English-language and against American literature in particular") - mais l’artillerie lourde est venue de France et des Etats-Unis.

De France, ou plutôt de Nouvelle-Zélande où exerce l’universitaire et écrivain Frédéric-Yves Jeantet, est venue la charge lourde – "Jean-Marie Le Clézio ou le Nobel immérité" – axée sur l’absence de style supposée de Le Clézio et de son trop grand nombre de lecteurs – l’auteur compare Le Clézio à Amélie Nothomb et Alexandre Jardin (il aurait pu faire pire – comparer Le Clézio à BHL, Houellebecq ou Sollers par exemple). Cette charge a été ressentie comme excessive, en tout cas par de nombreux confrères de Jeantet, comme l’a relevé The Times Literary Supplement qui y a consacré un article, "Le Clézio, le backlash".

Les commentateurs étatsuniens avaient été particulièrement vexés par les déclarations stupides de Horace Engdahl, secrétaire perpétuel de l’Académie suédoise, sur la littérature étatsunienne qui serait ignorante et provinciale (encore que… le dernier article du New York Review of Books consacré à Le Clézio remonte à… 1981, et "Désert" n’y a jamais été recensé), et certains ont ainsi tenté de faire valoir que l’idéologie véhiculée par les romans de Le Clézio serait désuète, de par son exotisme, par rapport au courant post-colonial.

Pour d’autres, plus nombreux semble-t-il, JMG Le Clézio fait figure de victime collatérale de la guerre des civilisations Etats-Unis/Europe (Mark Lawson du Guardian, s’il n’écarte pas cette optique, conclut plutôt sur le goût de l’Académie suédoise pour les auteurs expérimentaux, ce que Le Clézio fût jusqu’à "Désert"). Un exemple caricatural en est fourni dans un article du Wall Street Journal, sans doute pas un bastion de francophilie:  un écrivain étatsunien vivant à Paris, Richard Woodward, qui se pique de ne rien avoir lu de Le Clézio avant l’annonce de sa nomination ("I am not alone in never having read a word by J.M.G. Le Clézio until he was awarded the 2008 Nobel Prize in literature earlier this month") voit dans le choix de Le Clézio une victoire de l’idéologie progressiste, à laquelle serait vouée l’Académie suédoise:

As for the Swedish Academy’s tendency to favor writers who espouse liberal internationalism — one reason Pearl Buck and Bertrand Russell claimed the prize, while Celine and Nabokov did not — it’s fair to say that Mr. Le Clézio’s sympathies for the disappearing cultures of the world didn’t hurt his chances

Woodward fait cependant une analyse intéressante de l’évolution de l’oeuvre leclézienne (il adore "Terra Amata" – ""Terra Amata," translated into English in 1967, combines his game-playing as the author with a savage lyricism reminiscent of Thomas Hardy", "it fully displays Mr. Le Clézio’s gift for, in the words of the Nobel Committee’s citation, "poetic adventure and sensual ecstasy.""), notant justement que ses deux oeuvres les plus célèbres, ¨Procès-Verbal" et "Désert" datent respectivement de 45 et 28 ans, et relevant l’inflexion du style, proche du nouveau roman au début de sa carrière pour devenir plus traditionnelle à compter de "Désert":

With the publication in 1980 of "Désert," set in the western Sahara during 1909-10, Mr. Le Clézio turned his back on experimentalism in favor of coherent storylines and less agitated prose. The Académie Française created a special prize to honor the book and by extension this new phase of his career.

(…) Mr. Le Clézio’s support among New York publishers was steady through his early books. Several were issued here by Atheneum, and all were widely and favorably reviewed. Automatic translation into English of every new work seems to have stalled after he became a more traditional novelist, so it’s hard to blame his faint reputation here on the dumbing down of America.

Il n’est pas le seul à voir ce choix comme un choix politique contre les Etats-Unis: les réactions relevées par l’excellent blog littéraire étatsunien The Literary Saloon – qui partage cependant le constat d’Engdahl sur le parochialisme littéraire étatsunien, tout comme d’ailleurs nombre d’éditeurs, professeurs, traducteurs et auteurs étatsuniens cités dans une enquête d’Inside Higher Education - le montrent bien, de même que la réaction de Peter Stothard du Times Literary Supplement (qui note que "this year’s winner of the Nobel Prize for literature loves America—the America before Columbus arrived most of all").

La chronique la plus débile en ce sens est sans aucun doute celle de Gerald Warner, "Ideological bias demolishes Nobel intentions" dans Scotland on Sunday - on y apprend que les dictatures militaires argentine et chilienne étaient de centre-droit ("Jorge Luis Borges was excluded because of his sympathy with right-of-centre governments in Latin America") – à cette aune, Pol Pot était de centre-gauche – et le principal reproche à Le Clézio est d’être trop multiculturel et anti-colonialiste:

This year’s Nobel winner, Clézio, might have been computer-generated to receive the laureateship. Franco-Mauritian by origin, married to a Moroccan, preoccupied with pre-Columbian American civilisation, he typifies the progressive, anti-colonialist mentality that ticks all the boxes in Stockholm.

Pour être tout à fait franc, les réactions étatsuniennes à l’annonce de l’attribution du Nobel à Le Clézio confirment partiellement a posteriori les remarques méprisantes de Horace Engdahl sur le provincialisme étatsunien – dans ce cas, celui des éditeurs (à ne pas confondre avec les auteurs, d’une richesse considérable – Don de Lillo, Philip Roth, , puisqu’il semble qu’aucune grande maison d’édition outre-Atlantique n’envisagerait de rééditer ses oeuvres majeures:

"I just talked to an editor at a big house who doesn’t think any of the commercial houses will go after him. Even with the Nobel, there are too many books, many of which still wouldn’t sell well enough to justify this."

Le Désert devrait cependant être publié (pour la première fois!?) outre-atlantique en 2009, soit près de trois décennies après sa publication en version originale… Comme l’admet The Literary Saloon, l’absence d’intérêt de l’édition étatsunienne pour ce qui s’écrit à l’étranger dans des langues étrangères est hélas bien réel et disproportionné en comparaison avec l’importance de la traduction d’oeuvres littéraires étrangères en Europe:

"the American reactions suggest that the American literary scene is almost entirely inward looking. If so many, especially those who are constantly discussing and dealing with literature (as, for example, so many literary webloggers are), are unfamiliar with an author of Le Clézio’s stature, what hope is there of any international dialogue ?".

L’autre volet des critiques émane de France, où cet écrivain atypique, qui se considère à peine comme français, est marginalisé dans un monde littéraire parisien nombriliste et hyper-médiatique. Mais, tout comme aux Etats-Unis, c’est surtout sur le plan idéologique que la charge est sonnée: dans une France nationaliste, jacobine et intolérante face à l’expression publique des différences (qu’il s’agisse du voile, du mariage homosexuel ou des langues minoritaires) qu’elle qualifie de communautarisme (nouvelle tare idéologique), cet apatride assumant son statut, revendiquant son multi-culturalisme et vomissant le colonialisme ne pouvait que mal passer auprès de certains. Horace Engdahl l’avait bien dit: "he is not a particularly French writer if you look at him from a strictly cultural point of view" – et devinez quoi, c’est justement ce que lui reprochent certains.

Le pompon est sans conteste remporté par Elisabeth Lévy, qui est au débat médiatique français ce que sont les CRS ou les mroud au maintien de l’ordre: elle cogne d’abord et réfléchit après. Elle commence fort: "Le lauréat français du prix Nobel de littérature a une formidable qualité : français, il ne l’est pas vraiment". Et elle enfile les perles, voire les inexactitudes – ainsi, Le Clézio ne revendique pas un quelconque "nomadisme", et dit au contraire détester se voir accoler ce qualificatif (3) - il ne fait que décrire sa situation personnelle, un individu d’origines diverses qui ne se sent pas rattaché à un pays particulier, si ce n’est l’île Maurice. Elle écrit également: "Il est vrai cependant que Le Clézio est certainement moins français que Roth n’est américain", "Si l’œuvre que vous avez entre les mains ne participe pas “au grand dialogue de la littérature”, si elle pue le terroir, vous perdez votre temps" et autres saillies ironiques sur l’abominable multiculturalisme littéraire qui méprise les terroirs et bafoue la souveraineté nationale – "Certes, il se trouve encore quelques réacs pour penser qu’un écrivain, serait-il tourné vers le grand large, habite une langue et par conséquent une culture. C’est qu’ils n’ont pas encore compris que le grand métissage des langues et des cultures rendra bientôt obsolètes ces vieilles distinctions".

Il se trouve que la France ne manque pas d’écrivains arc-boutés contre le multiculturalisme permissif – de Houellebecq à Eric Zemmour en passant Maurice G. Dantec, la résistance au diktat multiculturaliste suédois ne manque pas de recrues. Il se trouve également que leur oeuvres ne sont peut-être pas tout-à-fait à la hauteur d’un "Procès-verbal" ou d’un "Désert", indépendamment des opinions respectives sur la colonisation ou la guerre des civilisations. Ceux qui ont le masochisme de me lire connaissent ma tendresse pour le jacobinisme en général et l’idéologie nationale-républicaine en particulier – inutile de dire que de telles attaques contre Le Clézio, de personnes comme Elisabeth Lévy, fantassin de l’armée médiatique de l’idéologie républicaine (il faut l’entendre dès qu’il est question d’islam, de communautarisme, de racisme, de banlieues, d’insécurité, de colonisation, de Palestine - on dirait un merda face à une manifestation de diplômés-chômeurs), ne peut que m’inciter à une grande sympathie, qui s’ajoute au respect de l’oeuvre littéraire. Pour citer le bloggeur Argoul, "Jean Marie Gustave Le Clézio est récompensé par le Nobel comme « écrivain en français » qui a répudié toute arrogance française et toute bonne conscience occidentale. Il veut interroger le monde, pas son nombril. Et c’est plutôt rare".

Ah, j’oubliais: BHL, qui n’est pas tout-à-fait assimilable à Houellebecq et cie, avait autrefois fustigé Le Clézio comme étant "un anti-sioniste déchaîné" - le crime de Le Clézio était d’avoir publié un article dans la Revue d’Etudes Palestiniennes… BHL, dont Le Clézio est la parfaite anti-thèse, lui qui privilègie le travail d’écriture sur les apparences médiatiques, bref le savoir-faire plutôt que le faire-savoir, comme le note Jérôme Garcin:

Le lendemain de l’attribution du Nobel de littérature, Houellebecq et Lévy étaient les invités de France-Inter. Interrogés sur Le Clézio, le premier a bredouillé qu’il ne l’avait jamais lu et le second s’est tu. Leur silence était éloquent. Il exprimait tout ce qui sépare les «ennemis publics», qui sont des stratèges de la communication et ont un fiévreux souci de leur image, de l’auteur de «Désert», qui se cache pour écrire et ne s’est jamais préféré. C’est un candide, et ils sont si rusés.

Mais le fossé est plus profond. Houellebecq et Lévy adorent leur époque, à laquelle ils collent parfaitement et dont leurs livres, pourtant différents, sont les miroirs grossissants; Le Clézio la déteste, la fuit, la combat, c’est, ont dit les Nobel, «un écrivain de la rupture». Il préfère les maisons en pisé du Michoacan aux gratte-ciel de New York et les mirages des mondes disparus aux chimères de la mondialisation.

Le procès idéologique fait à Le Clézio ne provient pas seulement des rétrogrades prêcheurs de l’idéologie républicaine, qui reprochent à Le Clézio de ne pas être assez franchouillard, mais également de personnes qui l’accusent de ne pas être assez engagé – "humanisme glacé" dit par exemple l’écrivain franco-algérien Mouloud Akkouche, qui agrémente son propos d’accusations personnelles gratuites pour faire bonne mesure. Et le manque d’engagement de façade de la part de Le Clézio explique peut-être l’étonnante léthargie de certains face à la consécration mondiale d’un écrivain inflexible dans sa condamnation du colonialisme, français ou autre, et qui cite Aimé Césaire dans son discours lors de la remise de son prix, ainsi que Jalal-eddine Roumi, Khalil Gibrane, Vénus Khoury Ghata et Abdourahman Waberi, sans compter Gramsci, Sartre et John Reed.

Pour être honnête, les réactions positives – The Literary Saloon détaille les nombreuses réactions internationales – sont tout aussi nombreuses: de la part de son compatriote, l’écrivain mauricien Umar Timol ("on emprunte un livre et on réalise, très vite, qu’il y aura un avant et un après, que tout, ou presque, va changer"), le critique parisien Jérôme Garcin, bien connu des auditeurs du Masque et la plume ("Le Clézio, l’ami public"), l’autre critique parisien Jean-Louis Ezine ("Noble nomade, Nobel"), l’écrivaine française Aliette Armel ("je n’ai croisé personne qui ne se réjouisse de cette distinction couronnant une œuvre jugée avec une rare unanimité comme parfaitement digne de son élévation au Panthéon mondial, une œuvre au centre de laquelle s’élève ce monument de la littérature du XX° siècle, Désert "), l’écrivain suédois Ola Larsmo ("The walls between people are very thin"), le newsmagazine étatsunien Time ("French Novelist Le Clézio: A Nobel Surprise"), Télérama ("Le Clézio, le feu et la grâce"), le New York Times (qui cite deux professeurs de littérature française, Bronwen Martin et Antoine Compagnon, positifs à son égard) (4), The Guardian ("the latest Nobel laureate is a genuinely brilliant author"), la radio publique étatsunienne National Public Radio ("Le Clezio, Portrait Of A Gentle Writer"), The Independent ("The best writers aren’t all English"), Dagens Nyheter (qui le qualifie d""un des plus grands écrivains de son temps"), et j’en passe.

Le critique franco-marocain Pierre Assouline fait de judicieuses remarques, comme à son habitude entremêlées de considérations qui le sont moins: ainsi, il ne tombe pas dans le piège d’un prix Nobel "idéologique":

Tant et si bien qu’on a rarement vu écrivain si dégagé, si retranché, si préservé des miasmes de l’actualité et de la chronique des évènements courants (excepté les débats sur le colonialisme, qui le touchent de près en tant que descendant de Mauriciens blancs).

Assouline fait également quelques remarques perspicaces sur le discours prononcé par Le Clézio lors de la cérémonie de distribution du Nobel, discours intitulé "La forêt des paradoxes" et contenant quelques perles, dont "S’il y avait eu internet, il est possible que Hitler n’eût pas réussi son complot mafieux – le ridicule l’eût peut-être empêché de naître"… Mais il reproche à Le Clézio de ne pas avoir entamé un haka en faveur de la langue française et de ne pas avoir épaté le bourgeois, ce qu’un Houellebecq sait mieux faire, dommage seulement pour les amateurs d’épate qu’il écrive beaucoup moins bien que Le Clézio.

Mon verdict? Un grand écrivain – un passage qui m’a marqué de "Désert" (que je n’ai pas lu dans son intégralité) est un de ceux - avec les trois premières pages de "L’homme sans qualités" de Robert Musil, un passage de "Les désarrois de l’élève Törless" du même Musil, la fameuse parabole de la porte de la Loi dans "Le procès" de Kafka, et un passage de "Ormen" de Stig Dagerman - m’ayant le plus frappé de toutes mes lectures littéraires. Les critiques idéologiques à son encontre me le rendent encore plus sympathique, il va sans dire.

Quelques liens pour finir:

- l’intéressant entretien officiel accordé par Le Clézio à Horace Engdahl, secrétaire perpétuel de l’Académie suédoise – ce dernier a cependant tendance à accaparer la discussion, ce qui n’étonnera pas ceux qui le connaissent pour l’avoir vu et entendu – notez au passage l’accent français mâtiné d’américain de Le Clézio lorsqu’il s’exprime en anglais…

- le site qui lui est consacré par un admirateur finlandais, Fredrik Westerlund, malheureusement plus mis à jour;

- le dossier sur Le Clézio sur Bibliobs.com;

- Le Clézio vu par lui-même (tiré du "Dictionnaire des écrivains contemporains de la langue française par eux-mêmes");

- ce que Le Clézio sauverait du XXeme siècle (paru dans la Quinzaine littéraire);

- une émission d’Apostrophes avec Le Clézio de 1980;

- "J.-M. G. Le Clézio et le sable des mots", de Claude Cavallero;

- "Entretien avec JMG Le Clézio : “La littérature, c’est du bruit, ce ne sont pas des idées.”", dans Télérama

- "A Frenchman and a geographer", article de 2005 (The Times) – "we are a long way from the weary nihilism of Michel Houellebecq"…

- une bio- et bibliographie

- une étude de Catherine Kern, "J.M.G. LE CLÉZIO, ÉCRIVAIN DE L’AFRIQUE";

- le site de l’Association des lecteurs de Le Clézio;

- entretien croisé avec Le Clézio et Amin Maalouf (L’Express, 2004);

- entretien – "La langue française est peut-être mon véritable pays" - publié sur le site du ministère français des affaires étrangères (2005);

-enfin, s’agissant de l’attribution du prix Nobel de littérature, voici les règles de nomination et d’attribution telles que présentées sur le site de l’Académie suédoise

(1) Voici ce qu’il dit au site officiel de la Fondation Nobel:

[AS] And given that you were brought up in many countries and you’ve lived around the world, is there anywhere that you consider to be home?

[J-MGLC] Yes, in fact, I would say that Mauritius, which is the place of my ancestors, is really the place I consider my small homeland. So, this would be Mauritius definitely.

Lors de la conférence de presse suivant l’annonce de son prix Nobel, il a également déclaré:

C’est aussi au nom de l’île Maurice que je suis très heureux d’avoir reçu ce prix. L’île Maurice est une petite nation indépendante, qui ne reçoit aucune subvention pour la culture française, et qui, malgré cela, se bat pour faire vivre la langue française. (…) Je suis d’une famille mauricienne, un émigré de la deuxième génération, descendant de gens qui ont choisi de vivre en France.la France est ma patrie d’élection pour la culture, pour la langue. Mais ma petite patrie, c’est l’île Maurice. Quand j’y vais, je sens que j’arrive chez moi.

(2) Dans un entretien datant de 2005, il dit ainsi:

En France, je me suis donc toujours un peu considéré comme une « pièce rapportée ». En revanche, j’aime beaucoup la langue française qui est peut-être mon véritable pays !

(3) Voici ce qu’il déclare dans un entretien accordé à Libération:

Voilà quelques expressions utilisées pour vous décrire : «l’aventurier», «l’écrivain de l’évasion», «le gens des voyages», «le nomade», «l’amoureux de l’errance». Mais vous n’aimez pas qu’on vous qualifie d’écrivain voyageur, que vous traitez parfois de «touriste voyageur»…

Je déteste, en effet, tous les mots que vous venez d’énumérer. Aventurier surtout, parce que je ne crois pas du tout que l’aventure existe aujourd’hui.

(4) Voici ce qu’ils disent à son égard:

“The latter part has a very contemporary feel,” said Antoine Compagnon, a professor of French and comparative literature at Columbia University. “It has an openness to others, to other cultures, to the South, to minorities. This is a very current sensibility.”

Bronwen Martin, a research fellow in the French department at Birkbeck College in London, said Mr. Le Clézio’s work had recently become more popular among academics. “I think it’s because of his more explicitly postcolonial work,” said Ms. Martin, who has written two books on Mr. Le Clézio’s writing.

Deux sketches des Inconnus, ou voilà des choses qui ne pourraient plus être diffusées à la télé aujourd’hui

C’est un lieu-commun: les limites sociales et judiciaires du racisme, et de la liberté d’expression, sont variables selon les groupes ethniques – et en France, il est possible de se déclarer un peu islamophobe, de croire en l’existence d’une race blanche et d’une race noire, d’estimer que le nombre de noirs en équipe de France de football en fait la risée de l’Europe du ballon rond, d’estimer "l’occident" en guerre contre le monde musulman, sans guère plus de conséquences que quelques billets vite oubliés sur quelques blogs ou sites – jamais les auteurs de ces propos n’ont vu leur carrière – médiatique ou tout court – menacée.

Par contre, dites que BHL et Finkielkraut ont des réflexes communautaristes, faites un sketch sur des colons israëliens, parlez d’Israël dans une note interne du PS, et votre carrière en sera brisée, interrompue ou du moins très sérieusement menacée.

On peut donc se dire que Desproges est mort à temps et que les Inconnus ont fait montre d’un certain fingerspitzgefühl à arrêter leur carrière au début des années 90.

Jugez-en, avec Andersen le Vicking (fortuite, pas gratuite!):

Les chiffres et les lettres version communautaire:

Desproges, qui s’inquiète de la composition de son audience:

Bon, équilibrons quand même un peu, pour ne pas passer pour un moudjahidine négationniste – avec un peu de racisme anti-flic et anti-arabe:

Et pour finir du mépris social à l’encontre de jeunes de milieux défavorisés:

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