Comment commencer un article

Il y a quelque chose avec la presse anglaise (pas celle de langue anglaise, non, celle d’Angleterre). Le style et l’humour notamment, qui la distinguent de sa pataude consoeur étatsunienne, qui fait figure de bouseuse de province à côté. Par exemple cet article, dans le Daily Telegraph, qui est pourtant à la presse britannique ce que Le Figaro est à la presse française, du moins en termes idéologiques:

A good sex scene is surprisingly hard to find

Compiling a selection of erotic fiction has shown how rare highbrow hanky-panky is today.

Julian Barnes will be talking about sex on Radio Three next Monday evening. I am beside myself with excitement, since I’m forever scouring the schedules (fruitlessly) for a little light titillation amidst the Mozart and Shostakovich.

J’attends de voir Le Point (malgré les chroniques méritoires de Patrick Besson) ou Le Figaro me surprendre (et encore faudrait-il que je les lise).

La Tunisie vue de France, ou l’obsession de l’islam

L’orientaliste français Maxime Rodinson avait écrit un livre intitulé "La fascination de l’islam". Aujourd’hui, il faudrait parler de l’obsession de l’islam – combien d’articles ou de reportages sur le Maroc, la Tunisie ou l’Egypte dans les médias occidentaux sans qu’il soit mention d’islam, d’islamistes, d’alcool, de sharia ou de voile? Combien d’universitaires spécialisé dans l’étude de tel pays – l’Iran ou la Tunisie – sont-ils invités à s’exprimer sur un pays totalement différent – l’Egypte ou la Pakistan – sous prétexte qu’il soit également musulman? Je radote, mais on en vient à s’extasier lorsqu’on tombe sur un livre – tel par exemple "La force de l’obéissance" de Béatrice Hibou sur le contrôle de l’économie tunisienne par Benali – qui peut traiter en profondeur d’un pays musulman sans jamais évoquer les termes "fatwa", "ijtihad" et "sharia", ou sur des livres qui tel "Allah n’y est pour rien" d’Emmanuel Todd qui privilégient des réalités sociales au discours idéologique ou au brassage de poncifs. Rares sont les journalistes spécialisés dans la couverture des luttes sociales des pays musulmans, bien plus déterminantes pour expliquer la révolution en Tunisie ou en Egypte que le voile ou la burqa – je pense notamment au journaliste suédois Per Björklund, ayant couvert les grèves de Mehalla en Egypte en 2008, et expulsé en 2009 par le régime Moubarak, spécialisé dans la couverture du mouvement ouvrier égyptien.

Une récente étude de Sana Sbouaï publiée sur le légendaire site militant tunisien Nawaat, confirme, preuves à l’appui, ce biais: passant en revue la presse écrite quotidienne dite de qualité en France – soit Le Monde, Le Figaro et Libération – et sa couverture de la Tunisie post-Ben Ali, la conclusion n’étonne guère.

En réalisant une étude sémantique des articles publiés sur les sites internet des journaux Libération, Le Monde et Le Figaro entre le 23 octobre 2011 et le 10 avril 2012, on se rend compte que les journaux français ont du mal à sortir de leur grille de lecture et continuent à se focaliser sur la question de l’islamisme.

Le trio de tête des mots les plus utilisés dans les articles est : Ennahdha, Parti(s) et Islamistes. Ce résultat donne une idée des thématiques sur lesquelles les journalistes français se focalisent. Ainsi sur les 31 articles produits pendant cette période Libération a utilisé l’occurrence Ennahdha 157 fois, quasiment autant de fois que Le Monde, qui l’a utilisé 165, mais avec plus du double d’article publié : 72 articles sur la même période. Le Figaro lui a parlé 136 fois du parti Ennahdha sur les 56 articles produits. (Nawaat.org)

L’actualité tunisienne en est ainsi réduite à Ennahda, à la laïcité et aux salafistes – ce sont sans doute les domaines où le correspondant ou envoyé spécial français moyen, généralement non-arabophone, aura à faire le moins d’efforts pour boucler un article – n’est-ce pas Caroline Fourest? Le cas français est évidemment extrême (1) dans son obsession psychopathologique de tout ce qui touche à l’islam – c’est après tout un pays où la viande halal et les horaires réservées aux femmes dans les piscines publiques sont sérieusement considérés comme des questions politiques dignes d’une campagne présidentielle. On se rappellera, même si on n’apprécie guère l’intrusion de concepts psychologiques dans l’analyse des faits politiques, la formule d’Emmanuel Terray parlant du débat français de 2004 sur l’interdiction du voile à l’école publique d’"hystérie politique"  - le moins qu’on puisse dire c’est que l’étant du patient s’est nettement dégradé depuis.

(1) Mais pour être honnête, peu de pays occidentaux échappent à cette obsession – les Pays-Bas en sont un autre exemple éclatant.

"L’expérience inégalée de Taïeb Fassi Fihri"


J’ai sans doute été trop vite en besogne dans mon dernier post. Je lis sous la plume de Fahd Yata ceci:

Le PPS, quant à lui, se dit assuré d’obtenir quatre ministères au moins et Nabil Benabdallah confiait même à quelques proches qu’il ne perdait pas espoir d’en glaner un cinquième auprès d’un Benkirane qui «l’aurait à la bonne»…

Certains, évoquant «une revanche» assurent donc que le Secrétaire général du Parti du Progrès et du Socialisme obtiendrait le Ministère des Affaires étrangères et de la Coopération, ce qui serait totalement exclu selon beaucoup d’observateurs eu égard au contexte international et régional actuel nécessitant l’expérience inégalée d’un Taieb Fassi Fihri (Sahara, Conseil de Sécurité, relations avec le Golfe, etc).

L’article le plus *$£%@| de l’année

L’année n’est même pas terminée que je crois pouvoir clore le concours de l’article le plus stupide de l’année: "Le Maroc, moteur du monde arabe post-révolutions ?". Un avant-goût – pour une dégustation complète, voir le lien:

Le Maroc étant précurseur pour avoir entamé il y a longtemps de profondes réformes démocratiques que le printemps arabe vient juste d’imposer sur la scène arabe, constitue un modèle à suivre aux yeux des nouvelles autorités tunisiennes et d’autres dirigeants arabes, surtout que la transition dans le royaume chérifien s’est déroulée dans le calme et sans effusion d’une seule goutte de sang. A ce titre, le Maroc n’est pas seulement considéré comme précurseur en matière de démocratisation dans les pays arabes, mais il est perçu sur le plan géopolitique, comme étant le nerf moteur du monde arabe post-révolutions.

Tiens, pendant que j’y suis, Jillian York a la liste des meilleures critiques de Thomas Friedman, sans doute le journaliste le plus con du monde.

Le Canard enchaîné interdit au Maroc cette semaine

Le Canard enchaîné n’est pas entré au Maroc cette semaine. Contrairement à ce qui a pu être le cas auparavant, notamment lors de l’interdiction de diffusion de France Soir suite à sa publication des caricatures danoises, il n’y a pas eu de communication officielle là-dessus. Impossible donc de savoir quelle disposition légale sur laquelle se fonde cette interdiction. On peut cependant présumer qu’il s’agit de l’article 29 du Code de la presse et de l’édition:

L’introduction au Maroc de journaux ou écrits périodiques ou non, imprimés en dehors du  Maroc, pourra être interdite par décision motivée du Ministre de la communication lorsqu’ils portent  atteinte à la religion islamique, au régime monarchique, à l’intégrité territoriale, au respect dû au Roi ou à l’ordre public.

L’article litigieux est reproduit ici. Il raconte comment la société française Amesys, spécialiste en matériel informatique d’espionnage et de sécurité, a vendu du matériel de surveillance informatique à la Syrie, au Qatar et au Maroc, permettant à ces pays de surveiller leurs dissidents cybernautiques. On a du mal à voir comment les informations factuelles contenues dans cet article pourraient justifier une interdiction d’entrer sur le territoire marocain. C’est sans doute la caricature du Roi, ainsi que le titre de l’article – "La haute technologie française fait le bonheur des tyrans" – qui ont motivé cette décision, ces aspects-là dénotant sans doute aux yeux du ministre de la communication – censé gérer les affaires courantes – une "atteinte au respect dû au Roi".

Il faut néanmoins souligner qu’il existe un autre texte répressif pertinent, le dahir n° 1-56-204 du 19 décembre 1956 réglementant la reproduction  des traits de Sa Majesté le Roi et de Leurs Altesses Royales, ses enfants (BO n° 2307 du 11 janvier 1957, p. 32). Voici ce texte:

Article premier: L’exposition, la diffusion, la mise en vente, la vente des photographies, gravures, dessins, peintures, estampes, sculptures, timbres, effigies et en général de toutes les reproductions des traits de Notre Majesté ou de leurs Altesses royales, doivent être soumises à l’autorisation préalable du directeur de cabinet impérial qui accordera son visa sur présentation de maquettes ou de photos conformes.

Ladite autorisation est également requise pour la reproduction, en dessin ou photographie, des traits de Notre Majesté ou de leurs Altesses royales sur les tracts et prospectus émis notamment à des fins sociales, politiques ou commerciales.

Article 2: Toutes les reproductions exposées, diffusées, mises en vente ou distribuées devront obligatoirement porter mention du nom de l’auteur et du numéro de visa accordé.

Article 3: Toute infraction aux dispositions du présent dahir sera punie d’une amende de 500 à 50.000 francs et d’une peine d’emprisonnement de huit jours à trois mois, ou de l’une de ces deux peines seulement.

Seront punies des mêmes peines, les falsifications et déformations des objets pour lesquels a été obtenu le visa préalable du directeur du cabinet impérial.

Il sera procédé à la saisie administrative des exemplaires et reproductions interdites. Le tribunal prononcera la confiscation desdits exemplaires et reproductions.

On voit donc que ce texte aurait également pu servir de base à l’interdiction d’entrer sur le territoire marocain du Canard enchaîné de cette semaine – plus particulièrement l’article 3 alinéa 3 de ce dahir – la saisie peut avoir lieu par voie administrative, la confiscation étant prononcée par le tribunal compétent (qui n’est pas désigné par le dahir – s’agissant d’un texte répressif, les règles de droit commun du Code de procédure pénale devraient trouver à s’appliquer, et le tribunal de première instance géographiquement compétent pourrait se prononcer). Or, encore une fois, aucune décision n’ayant été rendue publique – sans doute par gène, surtout si le texte choisi pour saisir le Canard enchaîné à son entrée au Maroc est le dahir de 1956… Par contraste, les éditions anciennes du BO datant de l’époque du Protectorat contiennent de très nombreuses décisions de saisie ou de fermeture de revues et périodiques, pour motifs politiques. Ce régime a décidément un problème avec la transparence de ses décisions – faute sans doute d’avoir le courage de les assumer.

Voir aussi:
- "Le Canard enchaîné censuré au Maroc ?";
- "Un Canard introuvable dans les kiosques marocains"

Une des pires erreurs dans la presse dite de qualité

L’hebdomadaire britannique The Economist a écrit il y a une semaine un article sur la cause des femmes arabes dans le contexte du printemps dit arabe, intitulé "Women and the Arab awakening: Now is the time". Lisant la version électronique, je suis tombé sur cet erratum en fin d’article:

Editor’s note and apology: In this piece, we originally said that Rachid Ghannouchi, the leader of Tunisia’s Nahda party, opposes the country’s liberal code of individual rights, the Code of Personal Status, and its prohibition of polygamy. We also said that he has threatened to hang a prominent Tunisian feminist, Raja bin Salama, in Basij Square, in Tunis, because she has called for the country’s new laws to be based on the Universal Declaration of Human Rights. We accept that neither of these statements is true: Mr Ghannouchi has expressly said that he accepts the Code of Personal Status: and he never threatened to hang Ms bin Salama. We have apologised to him unreservedly.

Cette excuse a été faite par la rédaction de The Economist, et la dernière phrase laisse même entendre qu’une excuse sans réserve lui aurait été faite personnellement, avant même la publication de ce corrigendum.

L’amplitude de cette erreur est tout simplement monumentale – affirmer que Rachid Ghannouchi, leader d’Ennahda et connu depuis des années comme un islamiste modéré et légaliste, est opposé au Code du statut personnel en vigueur en Tunisie depuis Bourguiba (alors qu’il a affirmé publiquement et de manière réitérée ne pas vouloir le changer), à la déclaration universelle des droits de l’homme (alors que son discours est axé sur le respect des droits de l’homme) et que, cerise sur le gâteau, il ait appelé à la pendaison d’une féministe, tout ceci semble tenir de la désinformation plus que de l’erreur.

Ceci étonne venant de The Economist qui, par rapport au reste de la presse mainstream, n’a jamais tenu de discours éradicateur face aux islamistes. Cela m’étonne d’autant plus qu’il m’est arrivé de rencontrer deux de leurs journalistes couvrant le Moyen Orient et qu’ils sont très loin des éditocrates lobotomisés de la presse française en termes de connaissance des pays qu’ils couvrent et d’approche nuancée. On peut penser avec Loonwatch que l’excuse est faible, et je me demande personnellement si Ghannouchi ne devrait pas intenter une action en diffamation ("libel"), vu la sévérité de la législation anglaise en la matière.

Et ce n’est pas la seule erreur de The Economist, puisqu’une autre énorme bourde avait été publiée concernant la Palestine, un article confondant le célèbre prisonnier politique palestinien Marwan Barghouti avec le militant et candidat indépendant aux dernières présidentielles palestiniennes Mustafa Barghouti:

In our article on October 15th on the prisoner exchange between Israel and the Palestinian Islamic group, Hamas, titled "Israel and Palestine: An extraordinary exchange rate", we wrongly referred to Mustafa Barghouti as a prisoner unlikely to be freed, whereas we meant Marwan Barghouti, whom we also mentioned as a possible future Palestinian leader. We apologise sincerely to Mustafa Barghouti, a widely respected Palestinian politician and analyst, who is not in jail. This has been corrected online.

Une grossière manipulation islamophobe et une non moins grossière erreur factuelle – que se passe-t-il à The Economist?

Al Jazeera: "l’exemple marocain est significatif"

Il serait intéressant de tenir la chronologie parallèle des sujets d’Al Jazeera sur le Maroc et des péripéties diplomatico-administratives (fermeture du bureau à Rabat, expulsion de journalistes, démarches diplomatiques auprès du Qatar). Les relations dynastiques entre le Maroc et le Qatar ne sont par ailleurs pas réputées pour être exceptionnelles…

La voix arabe que représente Al-Jazira, qui puise sa légitimité dans son professionnalisme et dans sa fonction de relais médiatique des oppositions, constitue une pression permanente sur les gouvernements, qui ne peuvent plus l’ignorer.

A cet égard, l’exemple marocain est significatif. Le 20 novembre 2006, Al-Jazira ouvre un bureau régional à Rabat pour y diffuser un journal quotidien spécifique pour le Maghreb. Officiellement, cette présence apporterait la preuve du libéralisme qui règne au Maroc en matière de liberté d’expression. Mais, le 20 octobre 2010, le bureau est fermé, principalement en raison du temps d’antenne accordé aux groupes de l’opposition, notamment islamiste. Puis, à la surprise générale, deux jours avant le référendum constitutionnel du 1er juillet 2011, le ministre de l’information Khaled Al-Naceri, qui avait lancé une campagne d’une rare violence contre la chaîne (5), l’autorise à nouveau à travailler au Maroc. (Le Monde Diplomatique, septembre 2011)

Fahd Yata, le 20 février, les Etats-Unis et l’OTAN: faites ce que je dis, pas ce que je fais

Sincèrement, j’aime bien Fahd Yata – tout comme j’aime bien Khalid Naciri et Khalil Hachimi Idrissi – ils me font presque oublier Moulay Ahmed Alaoui. Non, je ne suis pas sous l’influence de produits que la morale réprouve, ni en instance de demande de grima. Voici le comment du pourquoi.

Cet éditorialiste et propriétaire de l’hebdomadaire La Nouvelle Tribune (sincèrement, je ne peux pas me rappeler avoir jamais vu quelqu’un l’acheter dans un kiosque ou le lire dans un café ou dans le train), fils d’Ali Yata et frère jumeau du regretté Nadir Yata, a une ligne éditoriale identique à celle de tant d’autres éditorialistes ou bloggeurs, mais lui l’affirme avec constance et détermination depuis une quinzaine d’années: le Roi a toujours raison et ceux qui critiquent le makhzen ou demandent une démocratisation du système ont toujours tort.

C’est un éditorialiste et homme de presse d’un genre particulier – il s’est ainsi vanté dans un tweet de ne pas avoir de carte de presse:

S’agissant du mouvement contestataire du 20 février, sa religion est toute faite: il s’agit là d’un mouvement extrémiste, manipulé par l’étranger (lequel?) et Moulay Hicham, et insignifiant – des "bouffons" comme il l’a écrit dans un éditorial du 11 février…

Pis encore: dans un article récent, il écrit ainsi que "des réseaux sociaux, sous emprise américaine, actionnent le #FEB 20 au Maroc". Ca amusera sans doute Nahj addimoqrati, d’Al adl wal ihsan ou du PSU, dont de nombreux militants participent activement au 20 février, que ce sont des suppôts des Etats-Unis – de la CIA pour dire les choses crûment. Des esprits pervers s’étonneront de voir reprocher au 20 février des accointances avec des officines du gouvernement étatsunien alors même que l’Etat marocain et ses médias publics ou officieux n’ont cessé de rappeler à quel point Hillary Clinton et son State Department étaient transportés d’enthousiasme tant par le référendum que par le texte constitutionnel et muets de béatitude devant "l’exception marocaine".

Ainsi dans cet édito en date du 3 mars 2011:

M.William Burns n’est pas le premier venu. Sous-Secrétaire d’Etat, c’est-à-dire Vice-Ministre des Affaires Étrangères des Etats-Unis d’Amérique, il est le premier diplomate « professionnel » de son pays, juste en dessous de Mme Hilary Clinton, qui occupe, elle, un poste éminemment politique, aux côtés du Président Obama. M. Eneko Landaburu, ambassadeur de l’Union européenne à Rabat et représentant de sa Commission de Bruxelles, est, pour sa part, un diplomate chevronné, qui a longtemps été le premier responsable des affaires étrangères au sein de ladite commission, juste après le Commissaire européen, avant de prendre un poste parmi les plus recherchés par les Eurocrates, celui de Rabat. Quant au Washington Post, c’est, avec le New York Times, l’un des deux quotidiens les plus influents d’Amérique, connu pour la qualité et la pertinence de ses éditoriaux, le sérieux de ses analyses, l’impact de ses articles. (…)

Si les deux « grands encadrants » du Royaume, Etats-Unis et Union Européenne, par l’entremise de voix autorisées et habilités à le faire, ont ainsi relevé l’exception marocaine, c’est qu’elle existe vraiment… (…) Plutôt que de cracher dans la soupe, tirer sur les ambulances, miner le tissu politique, déstabiliser un gouvernement, ô combien imparfait certes, mais élu démocratiquement, ne serait-il pas préférable d’agir, de mobiliser et de convaincre pour aller de l’avant, en préservant les acquis ? Burns, Landaburu, la presse étrangère, ne sont pas les soutiens indéfectibles du régime. Leurs intérêts commandent qu’ils attestent de la réalité. Serait-il impossible que certains des Marocains, privilégiés de surcroît, en fassent de même ?

La constance étant le propre des seuls imbéciles, La Nouvelle Tribune allait donc publier, ce 7 juillet, cet article précité sur les accointances étatsuniennes des réseaux sociaux soutenant le mouvement du 20 février – "Des réseaux sociaux, sous emprise américaine, actionnent le #FEB 20 au Maroc":

Il apparaît ainsi clairement que la diplomatie officielle américaine, celle qui prône, à juste titre, l’instauration de la démocratie, le respect des droits fondamentaux de l’Homme, la liberté, partout dans le monde (y compris dans l’aire arabo-islamique, comme le confirme le discours fondateur d’Obama au Caire le 5 juin 2009), et que dirige Mme Hilary Clinton, est largement épaulée, (le moins que l’on puisse reconnaître) par une diplomatie parallèle, directement inspiratrice des mouvements activistes juvéniles en maints endroits de la planète et mise en oeuvre à partir des réseaux sociaux précités. Pour ce faire, un site fondateur a été créé, « movements.org » qui organise la mobilisation par pays ou région, fabrique des stars ou des leaders (tel le cyberactiviste Wael Ghoneïm en Égypte), lance des mots d’ordre de mobilisation, prodigue des conseils organisationnels et se fait l’écho immédiat des activités et actions des mouvements qu’il a contribués à créer. Bien évidemment, notre cher pays, le Maroc, figure en bonne place dans les desseins de ces « deus ex machina » de la cybernétique américaine. « movements.org » a régulièrement rendu compte des activités du #FEB 20 et reproduit largement tous ses appels, ses commentaires, ses attaques contre le « Makhzen ». Lors de la campagne référendaire sur le projet de révision de la Constitution, le réseau-mère des activistes du 20 février, basé donc aux Etats-Unis, a pris fait et cause pour le boycott et dès le 2 juillet, reprenait en large titre, les critiques et les accusations portées par une fraction du 20 février contestant la régularité du scrutin et souhaitant la relance de la contestation dans les rues du Royaume. (…)

Ainsi, comme on peut le constater en prenant connaissance des liens organisationnels qui existent entre le mouvement du 20 février marocain et les opérateurs de la contestation mondiale basés aux Etats-Unis, l’Administration Obama, qui s’entoure désormais dans ses déplacements officiels des « patrons » des principaux réseaux sociaux mondiaux, pratique une double démarche, qui consiste d’une part à apporter un soutien officiel à l’Etat marocain et, d’autre part, à manipuler et encourager des activistes de tous bords afin de « maintenir la pression sur le Makhzen » pour reprendre une expression à la mode chez les #FEB 20 et ceux qui les conseillent localement. En langage non diplomatique, cela s’appelle du double jeu et de l’hypocrisie… Cela implique donc, de la part de tous ceux qui se sentent concernés par l’avenir démocratique du Maroc, lequel se construit et se construira ICI, de prendre la mesure de cette immixtion clandestine américaine, mais surtout, de considérer Facebook, Twitter et autres comme des instruments de communication qu’il convient d’utiliser avec intelligence, diligence, et EN PERMANENCE.

Pour faire court: les partisans du mouvement du 20 février sont manipulés par Langley.

Mais rappelez-vous, je vous disais que la constance est le propre des seuls imbéciles: c’est ainsi que La Nouvelle Tribune, hebdomadaire dirigé par Fahd Yata, a vu un de ses journalistes invité par l’OTAN, et ce le 2 février 2011, en compagnie d’une brochette de journalistes marocains, comme en atteste ce document de cette organisation. Chacun qui connaît ce type d’opérations sait que le déplacement et les frais de séjour sont généralement payés par l’hôte – je serais surpris mais heureux d’apprendre que La Nouvelle Tribune aurait enfreint cette pratique en payant intégralement le voyage et les frais de séjour de son journaliste. Il ne s’agissait pas de couvrir un événement particulier, mais plutôt, à en croire le programme de cette journée, d’inviter des journalistes marocains afin de diffuser la bonne parole de l’OTAN et d’influencer ainsi la presse marocaine, du moins celle qui s’est prêtée à cette opération. On notera avec satisfaction que le secrétaire-général de l’OTAN, l’ex-premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen, le même qui avait refusé de rencontrer une délégation d’ambassadeurs arabes lors de la crise dite des caricatures danoises, a ici trouvé le temps de rencontrer ces sommités de la farouche presse indépendante marocaine (parmi lesquels on comptait notamment des journalistes du Matin du Sahara, de la MAP, de L’Opinion, de Libération, de Bayane al Yaoum, d’Al Alam et de Medi 1 Sat).

Ne croyez pas que cette visite ait changé quoi que ce soit à l’incorruptible indépendance d’esprit qui est la marque de fabrique de la Nouvelle Tribune. A peine son journaliste – Zouhair Yata – revenu de Bruxelles, que l’on a eu droit à une analyse dont l’indépendance d’esprit échappera aux seuls esprits bornés: "Maroc-OTAN, un partenariat stable et fort, unique sur la Rive Sud". Florilège:

Le Maroc, qui fut un partenaire stratégique de l’OTAN tout au long de la guerre froide, participe activement à ce dialogue politique depuis 1995 et en tire une forte crédibilité auprès de cette organisation internationale. (…) Le cas du Maroc, en tant que pays non membre, reste exceptionnel et témoigne, n’en déplaise à Wikileaks, du professionnalisme de l’armée marocaine qui devrait prochainement s’engager activement dans l’Opération « Active Endeavour » de sécurisation de la Méditerranée aux côtés de l’OTAN. (…)

Le nouveau concept stratégique de l’OTAN, adopté par les chefs d’Etat et de gouvernements à Lisbonne en novembre dernier, a été l’occasion pour le Maroc de faire entendre sa voix. En effet, dès janvier 2010, les autorités marocaines ont organisé un séminaire sur le « Dialogue méditerranéen et le Nouveau Concept Stratégique de l’OTAN » sous la présidence du Secrétaire Général du Ministère des Affaires Étrangères et de la Coopération, MAEC, M.Youssef Amrani, et du Secrétaire Général Délégué de l’OTAN. D’ailleurs, les plus hauts responsables de l’Alliance, le Secrétaire général Rasmussen en tête, ont affirmé lors de ce voyage de presse que les recommandations émanant du Maroc pour le renforcement et la dynamisation du dialogue politique avec les partenaires de l’OTAN, ont été non seulement écoutées, mais concrètement prises en compte lors de l’élaboration du nouveau concept stratégique. En définitive, à l’image de son statut avant-gardiste de partenariat avec l’Union européenne, le Maroc tisse une relation de confiance avec l’OTAN depuis de nombreuses années. Cette relation privilégiée permet au Royaume d’être associé à la réflexion et à l’élaboration des politiques sécuritaires de demain et de collaborer à un dialogue politique crucial pour la paix. Force est de constater que seul un pays bénéficiant d’une réelle stabilité peut prétendre à être un partenaire aussi durable d’une organisation telle que l’OTAN. Et il est important de noter qu’aucun pays de la Rive Sud de la Méditerranée n’est en mesure de concurrencer le Maroc dans ce domaine, tant la relation que nous entretenons avec l’Alliance est basée sur un respect et une considération mutuels. Le Maroc peut donc compter sur un appui de taille pour l’aider à faire face, par la formation et l’entraînement de ses forces armées notamment, aux enjeux sécuritaires que sont le terrorisme sahélien ou le trafic de drogues et de personnes.

L’indépendance d’esprit est innée ou n’est pas, puisque La Nouvelle Tribune allait continuer à soumettre l’OTAN à une critique rigoureuse, comme dans cette tribune d’un ancien diplomate étatsunien publiée dans La Nouvelle Tribune du 30 juin, "L’OTAN doit prévaloir".

Une carte de presse, pour quoi faire? Bonne question.

Le boycott référendaire en droit marocain

CORRIGENDUM: ce post ayant été terminé à une heure tardive, de nombreuses fautes de frappe ont été faites. Elles ont été corrigées. Le contenu est demeuré le même.

Comme d’habitude au Maroc lors des référendums constitutionnels, peu de partis prônent le non, les opposants au projet de constitution proposé par le Roi appelant le plus souvent au boycott. Cela sera le cas cette année: si l’on fait abstraction d’Al adl wal ihsan, probablement la plus populaire des organisations politiques marocaines (du moins en terme de militants) mais non reconnue, les autres partis soutenant le mouvement de protestation du 20 février – PSU, CNI, PADS, Annahj addimoqrati – sont eux tout à fait légaux.

Et comme d’habitude, se pose la question de la représentation, sur les ondes audio-visuelles publiques, des tenants du boycott. Bref rappel du cadre légal:

Si le Code électoral réglemente les campagnes électorales, la loi n° 77-03 relative à la communication audiovisuelle réglemente comme son titre l’indique la communication audiovisuelle. Si les règles spécifiques aux campagnes électorales se trouvent dans le premier texte, le principe de pluralisme, y compris politique, est affirmé dans le second texte.

I- Les dispositions pénales du Code électoral

Voyons d’abord ce qu’en dit le droit électoral. L’exposé des motifs du Code électoral, exposant les considérations et principes principaux l’ayant motivé, contient ainsi, au huitième considérant, une reconnaissance de la liberté de choix en matière électorale (y compris donc les référendums):

Sur le plan de l’expression des choix des électeurs, cette nouvelle législation consacre les principes universels en la matière portant sur la liberté, le secret et l’universalité du vote. Ces principes ont pour but de garantir la sincérité du résultat des urnes en permettant à chaque électeur de pouvoir voter pour le candidat ou la liste de son choix, librement et sans aucune sollicitation, menace ou pression.

Le considérant suivant précise:

Dans le but d’assurer cette liberté de choix, le code électoral comporte un dispositif à même d’instaurer une compétition loyale entre les partis et les candidats (…)

Il n’y a bien évidemment aucune raison d’estimer que le principe de compétition loyale ne puisse trouver à s’appliquer également aux référendums. C’est à la lumière de ces principes que les dispositions du Code doivent être lues – j’évoquerai cependant ensuite les textes internationaux applicables, qui ont valeur supérieure à la loi selon une jurisprudence marocaine de longue date.

Le principe de la liberté du vote est réaffirmé dans la deuxième partie du Code, commune à toutes les opérations électorales et référendaires, et plus précisément à l’article 39:

Le suffrage est libre, personnel, secret et universel.

Le Code souligne cependant que le vote est non seulement un droit mais une obligation – ainsi l’article 55 énonce-t-il:

Le vote est un droit et un devoir national.

Mais cette disposition est purement platonique: aucune sanction ne vient frapper l’électeur inscrit qui ne voterait pas – ni même le citoyen remplissant les conditions d’inscription sur les listes électorales mais qui ne s’est pas inscrit – bref: le Code électoral reconnaît le libre choix de l’électeur marocain de voter ou de ne pas voter (25 pays ont par contre un système de vote obligatoire), et bien évidemment de voter oui ou de voter non. Les articles 77 à 108 du Code électoral, qui répriment toute une série d’infractions liées aux élections et référendums, ne répriment pas le fait de ne pas être inscrit sur une liste électorale ou de ne pas avoir voté. Bref, comme souvent en droit marocain, certaines dispositions tiennent plus de la dissertation que de la rédaction législative.

Seulement, la pratique judiciaire, contraire aux textes (un commentateur récent a eu raison de le souligner) consiste, pour les autorités, à ne pas tolérer l’expression, sur les ondes publiques, d’opinions en faveur du boycott, et à poursuivre ceux qui feraient activement campagne pour le boycott. La base légale de cette pratique? Elle est le plus souvent présentée comme étant l’article 90, qui dispose ceci:

Est puni d’un emprisonnement d’un mois à trois mois et d’une amende de 1 200 à 5 000 dirhams ou de l’une de ces deux peines seulement, quiconque à l’aide de fausses nouvelles, bruits calomnieux ou autres manœuvres frauduleuses, détourne des suffrages ou incite un ou plusieurs électeurs à s’abstenir de voter.

Comme je l’ai déjà écrit, cette disposition est interprétée abusivement comme interdisant l’appel au boycott, alors qu’elle réprime une infraction comportant trois éléments constitutifs:

  1. L’emploi de fausses nouvelles, bruits calomnieux ou autres manoeuvres frauduleuses;
  2. Un but consistant à détourner des suffrages ou inciter un ou plusieurs électeurs à s’abstenir;
  3. L’intention (mens rea) de commettre cette infraction.
Il n’est donc pas suffisant que quelqu’un incite des électeurs à s’abstenir lors d’une élection, encore faut-il que que cette intention soit matérialisée par des manoeuvres frauduleuses. Ainsi, l’emploi de fausses nouvelles présuppose que l’auteur de cette infraction sache que ces nouvelles soient fausses; les bruits calomnieux présupposent là aussi que l’auteur se soit rendu coupable de ce qui s’apparente à de la diffamation (la calomnie n’est pas une infraction pénale et n’est pas non plus définie) – et là encore, conformément à l’article 49 du Code de la presse et de l’édition, la vérité du fait diffamatoire (c’est-à-dire portant atteinte à l’honneur ou à la considération d’une personne ou d’un corps constitué) peut être rapporté par la personne poursuivie; les autres manoeuvres frauduleuses présupposent – le terme n’est pas défini, ni dans le Code électoral ni dans le Code pénal – des actes cherchant sciemment à tromper une victime.
 
Il est nécessaire de rappeler ici quelques principes de droit pénal, s’agissant d’une infraction: tout d’abord, l’article 3 du Code pénal rappelle que "nul ne peut être condamné pour un fait qui n’est pas expressément prévu comme infraction par la loi" – la loi pénale est d’interprétation stricte et ne peut s’appliquer par analogie à des cas non expressément prévus par la loi. Le simple appel au boycott, en dehors des manoeuvres exclusives visées par l’article 90 du Code électoral, ne devrait donc suffire pour l’auteur d’un tel propos encoure la sanction de l’article 90 du Code électoral.
 
D’autre part, comme rappelé plus haut, il ne suffit pas pour que l’on puisse être condamné au titre de l’article 90 du Code électoral que les deux éléments de ce délit (1) – moyens utilisés et but spécifique poursuivi – soient réunis - encore faut-il, en vertu de l’article 133 du Code pénal, que ce délit ait été commis intentionnellement. Ainsi, la simple imprudence – par exemple dans la diffusion de fausses nouvelles – n’exposera pas l’imprudent à la sanction de l’article 90 du Code électoral.
 
Ceci, c’est bien évidemment pour la théorie – si les juges marocains appliquaient correctement la loi, surtout dans des affaires à coloration politique, cela se saurait. En fait, pour me répéter, l’article 90 est mal rédigé car permettant l’interprétation erronée qu’en font tribunaux répressifs marocains – un bien meilleur libellé de cet article serait le suivant:
Est puni d’un emprisonnement d’un à trois mois et d’une amende de 1.200 à 5.000 dirhams quiconque diffuse des informations mensongères sur l’annulation des opérations de vote, la modification de la date ou de l’horaire du scrutin, la modification de l’emplacement des bureaux de vote ou toute autre modalité pratique du vote en vue de détourner des suffrages ou de provoquer l’abstention d’électeurs.
Un dernier argument de droit pénal: nous avons vu que le boycott des élections ou d’un référendum n’est pas une infraction pénale. Si l’acte principal est donc légal, comment le fait d’appeler les électeurs à commettre cet acte légal pourrait-il constituer un acte illégal? Si un lecteur peut m’indiquer un autre cas d’infraction où l’appel à commettre un acte légal est réprimé alors que l’acte en question est légal, je serais très surpris.
 
On pourrait même citer, même si ça peut sembler superflu après notre passage en revue du Code électoral et du Code pénal, plusieurs articles du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), ratifié par le Maroc et ayant donc valeur supérieure aux lois que sont ces deux codes – nous avons même vu plus haut que l’exposé de motifs du Code électoral fait référence expresse aux "principes universels" en matière du libre choix des électeurs:
Article 15
1. Nul ne sera condamné pour des actions ou omissions qui ne constituaient pas un acte délictueux d’après le droit national ou international au moment où elles ont été commises. (…)
Article 19

1. Nul ne peut être inquiété pour ses opinions.

2. Toute personne a droit à la liberté d’expression; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix. (…)

Article 25

Tout citoyen a le droit et la possibilité, sans aucune des discriminations visées à l’article 2 et sans restrictions déraisonnables:

a) De prendre part à la direction des affaires publiques, soit directement, soit par l’intermédiaire de représentants librement choisis;

b) De voter et d’être élu, au cours d’élections périodiques, honnêtes, au suffrage universel et égal et au scrutin secret, assurant l’expression libre de la volonté des électeurs; (…)

Article 26

Toutes les personnes sont égales devant la loi et ont droit sans discrimination à une égale protection de la loi. A cet égard, la loi doit interdire toute discrimination et garantir à toutes les personnes une protection égale et efficace contre toute discrimination, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique et de toute autre opinion (…);

Pour toutes ces raisons, l’utilisation de l’article 90 du Code électoral contre ceux faisant simplement campagne pour le boycott ne semble pas devoir prospérer, pour autant que d’éventuelles poursuites soient jugées par des magistrats compétents, indépendants et impartiaux.

II – La répartition du temps de parole

Le Code électoral est clair: en matière de référendums, la participation à la campagne officielle est réservée aux partis politiques et syndicats reconnus:

Art. 112. - Sont seuls admis à participer à la campagne référendaire les partis politiques et les organisations syndicales légalement constitués à la date d’ouverture de la campagne.

Si des partis se prononcent en faveur du boycott, aucune disposition ne permet aux pouvoirs publics de leur retirer leur droit de participer à la campagne électorale officielle, la seule condition étant celle de l’existence légale à la date d’ouverture de la campagne officielle. Aucune disposition des textes en question n’évoque le cas du droit de parole pour les tenants d’un boycott – il dépend de chaque parti ayant décidé en faveur de boycott de plaider en sa faveur durant son temps de parole.

Le Code électoral est cependant muet sur la répartition du temps de parole dans les médias – radio et télévision – publics. Il faut donc se reporter au dahir  n°1-04-257 du 25 kaâda 1425 (7 janvier 2005) portant promulgation de la loi n° 77-03 relative à la communication audiovisuelle. Son article 2 pose le principe du "caractère pluraliste de l’expression sous toutes ses formes des courants de pensée et d’opinion", principe repris ailleurs: "sous réserve de la préservation du caractère pluraliste des courants d’expression, les sociétés de communication audiovisuelle conçoivent librement leurs programmes" (article 4), "les opérateurs de communication audiovisuelle doivent (…) fournir une information pluraliste et fidèle" et "présenter objectivement et en toute neutralité les événements et ne privilégier aucun parti politique ou groupe d’intérêts ou association, ni aucune idéologie ou doctrine. Les programmes doivent refléter équitablement la pluralité de ceux-ci ainsi que la diversité des opinions. Les vues personnelles et les commentaires doivent être identifiables comme tels" (article 8).

C’est au travers des cahiers des charges que l’Etat impose des obligations en matière électorale, en faisant référence implicitement au Code électoral:

Les cahiers des charges doivent notamment prévoir les conditions dans lesquelles sont assurées les missions de service public par lesdites sociétés et relatives à :

• la diffusion des allocutions et des activités Royales ;

• la diffusion des séances et des débats de la Chambre des représentants et de la Chambre des conseillers ;

• la diffusion des communiqués et messages d’extrême importance que le gouvernement peut à tout moment faire programmer ;

• le respect de la pluralité d’expression des courants de pensée et d’opinion et l’accès équitable des formations politiques et syndicales, selon leur importance et leur représentativité, notamment pendant les périodes électorales et ce conformément à la réglementation en vigueur;

Les partis ou syndicats légalement constitués à la date du commencement de la campagne officielle peuvent donc faire campagne pour le boycott. Mais on notera que la répartition du temps de parole n’est pas égalitaire entre tenants du oui ou du non, puisque les référendums, invariablement d’initiative royale, sont généralement soutenus par la quasi-totalité des partis et syndicats reconnus.

C’est sur la base notamment de cette loi que le Conseil supérieur de la communication audiovisuelle a adopté des lignes directrices en matière de répartition du temps de parole lors de ce simulacre de campagne référendaire:

Article 3:
Les programmes de la période de consultation référendaire sont ouverts à tous les courants de pensée et d’opinion, notamment en faveur des acteurs politiques, syndicaux, économiques, académiques, culturels et sociaux concernés, en fonction des choix éditoriaux de l’opérateur audiovisuel.

Néanmoins, tout en assurant constamment la maitrise d’antenne, les opérateurs de la communication audiovisuelle devront observer un équilibre entre la pluralité des points de vue, au sein de chaque programme cité au 1.5 ci-dessus, sur la base d’une politique d’invitation équitable et diversifiée ;

Article 4 :

Les opérateurs de la communication audiovisuelle doivent observer les règles d’honnêteté et de neutralité, notamment en s’abstenant de diffuser tout programme pouvant contenir des informations fausses, des propos diffamatoires ou dénigrants, ou tout programme qui risque de perturber le cours normal de la période de consultation référendaire par son contenu ou par sa forme.

Ils veillent également à ce que leurs journalistes et animateurs observent à l’antenne le devoir d’impartialité et d’objectivité.

Le décret pris pour départager le temps de parole sur les chaînes radio-télévisées publiques précise ainsi:

Ainsi, chaque parti politique ayant un groupe parlementaire au sein de l’une des deux chambres et chaque centrale syndicale représentée au Conseil économique et social disposent de 12 minutes, réparties en deux séances d’une durée de 6 minutes chacune. A cela s’ajoutent 3 minutes pour la couverture de l’un de leurs meetings tenus à l’occasion de la campagne référendaire. Pour les autres partis représentés dans le Parlement et les syndicats de la Chambre des conseillers, ils ont droit à une seule séance de 6 minutes pour chacun. A cela s’ajoutent 2 minutes de couverture de la campagne. Les formations politiques et les syndicats non représentés au Parlement peuvent utiliser également les moyens audiovisuels pour une durée de 3 min. Pour couvrir l’un de leurs meetings, ils ont droit à une minute.

Une autre répartition du temps de parole rationnelle, s’agissant d’une opposition binaire entre le "oui" et le "non", aurait donné 50% du temps de parole aux tenants de l’un ou l’autre camp, ainsi que l’a réclamé le collectif Mamfakinch, relais sur Internet du mouvement du 20 février. Une majorité écrasante des partis soutenant le "oui", le déséquilibre fausse l’opération référendaire – et c’est voulu.

(1) Constitue un délit en vertu de l’article 17 du Code pénal l’infraction punie au minimum d’un mois et au maximum de cinq ans d’emprisonnement. Le même article prévoit que la simple imprudence peut constituer un délit mais uniquement si la loi en dispose expressément.

Journalisme d’investigation à la marocaine – "Les hommes d’affaires : Mohamed Mounir Majidi, prestance et charme retenu"

Ce n’est pas une blague – cet article a bel et bien été publié dans un quotidien marocain (pour la photo, je ne suis pas sûr que ce soit la bonne, pas le temps de vérifier):

Les hommes d’affaires : Mohamed Mounir Majidi, prestance et charme retenu
Discrétion rime très bien avec Mohamed Mounir Majidi. Dans le milieu des affaires, il est l’incarnation du charisme, de la détermination et du charme retenu.

Du haut de ses 46 ans, beau, il l’est certainement. Marié et père de deux filles, M. Majidi a tous les atouts pour plaire. Secrétaire particulier du Souverain, il est également chargé de la gestion des affaires royales. Loin de toutes formes de mondanités, le peu de temps qui lui reste est consacré à sa vie de famille. M. Majidi préfère s’éloigner du monde des relations publiques et autres dîners mondains. Il a su rester pragmatique et rigoureux en affaires et devenir au fil du temps symbole d’une brillante génération de quadras technocrates. Formé au management à l’américaine, il est également un acteur clé de l’ouverture et de la modernité du Royaume. En effet, Mohamed Mounir Majidi est la cheville ouvrière du grand festival musical Mawazine de Rabat. Une casquette qu’il a portée avec brio. Mohamed Mounir Majidi a réussi à faire de cet événement une véritable vitrine de l’attractivité marocaine. Des stars mondiales ont accepté de fouler le podium de Mawazine, portant haut le drapeau marocain. En plus de la culture, il est un supporter assidu du FUS dont il est devenu le président en 2007. Mohamed Mounir Majidi est un exemple de modestie et d’efficience.

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