Un détraqué sexuel et un criminel de guerre au Mazagan Beach Resort (Maroc)

On peut se demander ce qu’il y a d’arabe dans le Inter-Arab Cambist Association (ICA), et c’est également une question qu’on peut se poser s’agissant du Maroc et de sa politique étrangère. On a appris il ya quelques semaines que l’ex-premier ministre et criminel de guerre britannique Tony Blair ainsi que le détraqué sexuel Dominique Strauss-Kahn allaient honorer le sol marocain de leur présence lors du 37e conférence de l’ICA devant se tenir au Maroc du 15 au 18 novembre, au Mazagan Beach Resort (espérons que le personnel féminin de cet hôtel sera resté à la maison). Pour Tony Blair, il s’agit de retrouvailles – le Maroc honore la solidarité inter-rarabe en déroulant régulièrement le tapis rouge à Blair, déjà venu au Mazagan Beach Resort en 2011. Si l’hospitalité marocaine à l’égard des noirs de peau se manifeste surtout à coup de matraques et d’insultes racistes, le Maroc sait se montrer tolérant, accueillant et respectueux de l’autre quand celui-ce est un ex-potentat occidental (on verra plus bas que les autorités marocaines ne pratiquent aucune exclusive ethnico-religieuse s’agissant de potentats, despotes et autres criminels). Si des militants britanniques suivent à la trace le criminel de guerre Blair en vue de son arrestation, du côté marocain on est surtout occupé à casser du sub-Saharien et à blâmer ces salopards de Palestiniens pour l’outrecuidance qu’ils ont à ne pas tous être tout à fait aussi veules, résignés ou complices que nous, et à nous le rappeler par leur sacrifice.

Bien sûr, la Constitution imitation cuir de 2011 affirme bien, dans son préambule,"protéger et promouvoir les dispositifs des droits de l’Homme et du droit international humanitaire et contribuer à leur développement dans leur indivisibilité et leur universalité". Mais en l’absence d’incrimination spécifique des crimes de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre dans le Code pénal, cette disposition est sans effet, et nul ne peut être condamné sur la seule base du texte constitutionnel – on notera au passage que diverses ONG nationales et internationales (cf. par exemple la FIDH sans ce rapport de 2007, "Le Statut de la CPI et le droit marocain: Obstacles et solutions à la ratification et la mise en oeuvre du Statut de la CPI par le Maroc") ont réclamé que le Maroc incorpore la répression de ces crimes dans son droit pénal. En effet, le principe de légalité des peines empêche que soit condamné quelqu’un pour un crime non établi – de manière précise et claire – par la loi au moment de sa commission. Cette lacune est d’autant plus significative que le Maroc a pourtant ratifié les Conventions de Genève de 1949 ainsi que leurs deux protocoles additionnels de 1977, ainsi que la Convention de 1948 contre le génocide (pour la liste des différentes conventions de droit international humanitaire ratifiées par le Maroc, voir ici). Cette lacune avait contraint les avocats qui avaient déposé plainte contre Tzipi Livni lors de sa venue aux MEDays de l’Institut Amadeus (de Brahim Fassi Fihri, fils du conseiller du Roi Taëib Fassi Fihri) à se fonder sur l’incrimination de terrorisme.

C’est donc ainsi que le Maroc a pu accueillir Tzipi Livni ou le satrape guinéen Dadis Camara, la première impliquée dans les crimes de guerre en tant que ministre siégeant au cabinet restreint de sécurité du gouvernement israélien lors de la guerre contre Gaza de 2009, le second dans des crimes contre l’humanité en tant que leader de la junte militaire guinéenne qui commit des massacres à Conakry le 28 septembre 2009. Une criminelle de guerre de religion juive et un criminel contre l’humanité sub-saharien (soigné au Maroc de surcroît), sans compter les despotes khalijis certifiés sunnites de souche, qu’on n’accuse pas après ça le gouvernement marocain de ne pas être ouvert sur l’Autre et au dialogue civilisationnel…

John Ging: "il faut d’abord arrêter la violence, ensuite on peut s’occuper d’aide humanitaire"

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John Ging, directeur de l’UNRWA à Gaza, qui a connu le génocide rwandais:

"Chaque être civilisé, ici à Gaza et peut-être même ailleurs, se focaliserait sur les morts, la destruction et les blessures. Il faut les stopper. Ensuite, on peut s’occuper de l’aide humanitaire. J’ai été imploré par des centaines de réfugiés internes, bombardés dans cette école après avoir quitté leur logement de peur des bombardements, où deux garçons ont été tués, leur mère rendue infirme, et quatorze personnes blessées, "que pouvons nous faire?". Ils n’ont pas besoin d’eau, d’électricité, d’alimentation. Ils ont besoin de sécurité. Il y a des entrefilets d’aide humanitaire. Leur économie a été détruite sur décision politique, au niveau d’une économie de subsistance, depuis 18 mois. Ensuite, même l’aide humanitaire a été restreinte, et ce avant cette agression. Il n’y a pas de solution".

D’abord la fin des combats, ensuite l’aide humanitaire. On notera que la grande majorité des Etats arabes a une priorité inverse, sans doute moins dangereuse pour leurs alliances. Si John Ging était arabe, il se ferait traiter de sympathisant du Hamas. Je doute que le Conseil de sécurité se cotise pour lui offrir une montre en or à sa retraite.

L’aide parvient à petites quantités, mais le dépôt principal de l’UNRWA à Gaza a été détruit, avec des stocks de médicaments et d’alimentation littéralement partis en fumée, le rappelle Christopher Gunness, également de l’UNRWA sur Al Jazeera.

Le médecin Ezzedin Aboulaïsh, médecin palestinien de Gaza formé en Israël, a perdu trois filles et une nièce. Il rapportait quotidiennement à la télé israëlienne. Le journaliste israëlien de la chaîne de télé sur laquelle il intervient en direct pour raconter ce qui lui est arrivé réussit à obtenir l’autorisation de l’armée israëlienne pour laisser passer une ambulance palestinienne. Une des autres filles du docteur palestinien peut ainsi être sauvée. Un tank israëlien avait tiré sur l’immeuble ou se trouvait l’appartement du docteur Aboulaïsh, prétextant des tirs de sniper, ce que les habitants de l’immeuble nient. "Je suis Palestinien, nous pouvons vivre ensemble. Nous sommes les mêmes. Mes enfants ont été dans des camps pour la paix. Mes filles m’ont dit "ou nous emmènes-tu papa?. Aucune endroit à Gaza n’est sûr" dit-il lors d’une conférence de presse à Ramat Gan, en Israël. Une femme et un homme israëliens apostrophent violemment celui qui vient de perdre trois filles sous les balles de leurs armée, en hurlant avec une extraordinaire véhémence: "J’ai un fils dans l’armée [israëlienne]. Qui sait quelles armes tu avais dans l’immeuble? Rien de ça ne se serait passé si personne n’avait tiré sur le tank". "Ils ne veulent pas savoir la vérité", répète, atterré, le docteur. Des médecins et infirmiers israëliens tentent de le consoler et lui disent "non, non, c’est pas vrai".

Richard Falk: "Un procès de Nuremberg contre les criminels de guerre israëliens? Juridiquement et moralement, pourquoi pas?"

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Richard Falk sur Al Jazeera: "Les actions d’Israël sont suffisantes pour lancer des enquêtes sur l’existence de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, à l’encontre d’individus mêlés à ces actes. Il faut déterminer l’intention criminelle. Le refus de laisser le CICR accéder aux blessés aggrave l’appréciation qu’on fait des actions militaires israëliennes, et constitue un crime en soi. L’utilisation des bombes au phosphore est inhumaine dans le contexte de Gaza".

Faudrait-il tenir un procès de criminels de guerre à Nuremberg? "Juridiquement et moralement, oui. Politiquement, les procès pour crimes de guerre ne visent que les perdants ou les Etats faibles. Ce qui est possible, c’est des tribunaux populaires, à l’initiative de la société civile, comme le tribunal des peuples qui s’est réuni à Istanboul en 2005 autour de la guerre contre l’Irak. Ce qui distingue cette opération israëlienne d’autres opérations du même type, c’est le fait de refuser aux Palestiniens de Gaza la possibilité de devenir des réfugiés et de quitter Gaza. Les politiques israëliennes sont distordues et perverses".

Crime contre l’humanité? "J’espère que ce soit considéré comme tel". Responsabilités du Hamas? "Le Hamas viole le droit international et agit immoralement en tirant des roquettes contre des civils en Israël. Leurs actions sont contre-productives, donnant à Israël le prétexte d’agir comme il le fait. Cependant, les roquettes n’ont causé aucune mort israëlienne jusqu’à la fin de la trève, qui a pris fin le 4 novembre quand Israël a attaqué et tué des militants du Hamas à Gaza. Le Hamas a proposé une trève de dix ans à Israël. Les attaques doivent être vues dans le contexte d’un embargo de 18 mois – même avant l’attaque israëlienne, on considérait que Gaza était au bord de l’effondrement".

La passivité de la communauté internationale? "L’attitude de Washington explique cela, l’adminstration Bush soutient tout ce qu’entreprend Israël. J’ai honte, en tant qu’Américain, de ce comportement de mon gouvernement. L’ONU ne sera efficace que si les Etats-Unis le souhaitent".

Optimiste? "Si on est réaliste, le bien-être tant des Israëliens que des Palestiniens dépend d’une solution négociée. Traiter le Hamas de terroriste ou l’Etat d’Israël de terroriste d’Etat ne résoud rien. Il faut une approche réaliste".

Sur son expulsion d’Israël: "j’ai des regrets sur ma déclaration journalistique, faite avant ma nomination en tant que rapporteur spécial de l’ONU, mais j’étais en détresse au sujet de l’embargo contre la population de Gaza, une punition collective – ça ressemble au nazisme, qui punissait collectivement tous les juifs".

"Les Palestiniens sont en train de gagner la bataille de la légitimité, ce qui est plus important que la bataille militaire, ce par quoi les Américains au Vietnam, les Soviétiques en Afghanistan et le régime d’apartheid d’Afrique du Sud ont perdu".

Richard Falk, rapporteur spécial auprès des Nations-Unies sur les droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés, expulsé d’Israël pour sa critique de la politique israëlienne notamment à Gaza (voir vidéo), sur la guerre de Gaza:
- "Understanding the Gaza Catastrophe";
- "Gaza: Silence is not an option";
- entretien avec Amy Goodman de Democracy Now! suite à son expulsion;
- le dernier rapport de Richard Falk en tant que rapporteur spécial, portant sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés au premier semestre 2008

PS: Je précise à l’intention de crétins qui seraient tentés de faire des commentaires déplacés dans un sens comme dans un autre que Richard Falk est juif. La question de Palestine n’est pas une question de religion ou d’ethnicité (même si ces aspects-là existent), mais de conscience.

Louai Sobh contre Avi Dichter

Sur al Jazeera, une séquence terrible: l’écran, partagé en deux. Sur l’image de droite, Avid Dichter, ministre arabophone de la sécurité publique du gouvernment israëlien. Il parle un arabe correct avec un accent hébreu à couper à la hache (il arrive quand même à dire Hamas et non pas KHamas). Il défend bien évidemment la guerre contre Gaza, mise sur le compte du Hamas. Sur l’image de gauche, le petit Louai Sobh, jeune garçon palestinien de huit/dix ans, sans yeux, apparemment brûlé par une bombe au phosphore. Les images contre le discours: je n’ai jamais vu une illustration aussi éclatante de la vacuité des discours officiels, de l’inanité de la justification d’un contre-terrorisme plus meurtrier que le terrorisme qu’il se dit combattre, de la barbarie jusitifée au nom de la civilisation.

Avi Dichter au fait: c’est le ministre qui avait dû annuler un déplacement au Royaume-Uni en 2007 de peur d’être arrêté pour crimes de guerre. Better luck next time?

Deux versions successives autour du bombardement de l’école de l’UNRWA ayant fait 45 morts

Les morts civils palestiniens à Gaza, morts faute à pas de chance

Les morts civils palestiniens à Gaza, morts faute à pas de chance


On aura donc eu droit à trois versions différentes de la part du gouvernement israëlien au sujet du bombardement, par son armée, d’une école de l’UNRWA ayant accueilli des réfugiés internes – des habitants du nord et de l’est de la bande de Gaza ayant rejoint Gaza ville pour fuir les combats et bombardement plus intenses qui y ont eu lieu. Quelques heures après ce bombardement, et le décombre des dizaines – plus de 40 – de victimes civiles palestiniennes, le porte-parole Mark Ragev donnait le nom de deux combattants du Hamas, les frères "Abou Askar" (beau nom de guerre, j’imagine qu’Abderrazak El Melhaoui et Abdelhaq Bolabola étaient déjà pris), supposés composer une équipe de tireurs de mortiers actifs à partir de l’école, et morts dans le bombardement. Les tirs de l’armée israëlienne auraient ainsi visé une cible militaire légitime – des mortiers du Hamas – et aurait malencontreusement fait une quarantaine de victimes civiles incidentes.

Le lendemain, sur Al Jazeera (where else?), un conseiller juridique d’Israël apparemment en mission auprès de l’ONU, David Traub, disait que le bombardement visait des combattants en dehors de l’école, sous-entendant qu’il s’agissait d’une malencontreuse erreur. L’UNRWA affirme que des représentants israëliens lui ont tenus des propos identiques: "The IDF admitted in that briefing that the attack on the UN site was unintentional".

En attendant la troisième version, sans doute une version améliorée du classique "désolé, m’sieur, pas fait exprès" que tous les écoliers du monde connaissent bien. Ca ne semble guère émouvoir grand monde parmi les alliés arabes et occidentaux d’Israël. La qualité des victimes, encore une fois?

Trois cliniques mobiles, marquées de croix rouges, détruites par Israël

Via ContreInfo, j’ai lu que trois cliniques mobiles – en fait des camions-ambulances – de DanChurchAid, organisation caritative de l’Eglise luthérienne du Danemark (qui entre parenthèses est église d’Etat au Danemark), ont été détruits par des bombardements israëliens alors qu’ils étaient garés sur le parking du siège de l’Union des comités pour les soins de santé à Gaza. Voici le communiqué DanChurchAid, traduit en français par Madeleine Chevassus de ContreInfo:

Un camion-ambulance avant le bombardement israëlien...

Un camion-ambulance vant le bombardement israëlien...

Un camion-ambulance après le bombardement israëlien...

Un camion-ambulance après le bombardement israëlien...

Communiqué DanChurchAid, 6 janvier 2009

L’ organisation Comités pour la Santé (Union of Healthcare Committees), mise en place par des médecins et infirmières Palestiniens, a acheté récemment trois petits camions, qu’elle a équipés pour fonctionner comme cliniques mobiles à Gaza.

Depuis le début du conflit entre le Hamas et Israël, DanChurchAid a amélioré les véhicules pour qu’ils puissent jouer le rôle des Urgences, apportant les premiers soins intensifs aux blessés de Gaza.

Nous venons d’apprendre que ces trois cliniques mobiles ont été bombardées et détruites pendant la nuit du 5 Janvier. Les véhicules étaient garés près du siège des Comités pour la Santé et ils étaient tous clairement munis d’une croix rouge et de l’indication “clinique mobile”.

”Jusqu’à présent nous avons pu aider les blessés et les souffrants, parce que nos véhicules étaient présents et opérationnels dans Gaza. Cette possibilité de secours est maintenant anéantie. Nous sommes profondément choqués que les bombardements Israëliens s’en prennent aux moyens d’aide humanitaire. » déclare Henrik Stubkjær, Secrétaire Général de DanChurchAid.

DanChurchAid a réservé d’autres fonds pour l’achat d’un nouveau véhicule pour Gaza, mais pour l’équiper en clinique mobile et le mettre à disposition dans les zones où l’aide est nécessaire, il faudra du temps.

Nous envisageons aussi la possibilité de fournir d’autres cliniques mobiles.

La version anglaise du communiqué est disponible sur le site de DanChurchAid.

Résumons donc – depuis le début de la guerre contre Gaza, les faits suivants ont pu être relevés:
- bombardement de cliniques mobiles présentant les insignes réglementaires dénotant le matériel sanitaire (croix ou croissant rouge sur fond blanc);
- des tirs délibérés contre des ambulances et des infirmiers;
- des tirs délibérés contre des civils blessés tentant d’échapper aux tirs;
- tirs délibérés contre des convois humanitaires de l’UNRWA;
- refus d’apporter des soins à des civils blessés;
- bombardement d’écoles de l’UNRWA

Je passe sur le maintien du blocus, y compris sur les produits humanitaires, tant du côté israëlien qu’égyptien, sur le bombardement de quartiers densément habités, et sur l’interdiction d’entrer opposé aux journalistes étrangers, sous l’argument assez paradoxal que la situation en termes de sécurité n’était pas propice à leur présence, alors même que cette situation est du seul fait de l’armée israëlienne. Je passe également sur les plus de 800 morts palestiniens (onze morts du côté israëlien depuis le début de cette guerre d’agression), dont des représentants de l’UNRWA estimaient la proportion de non-combattants à entre 30 et 70%.

Je passe également sur la pureté passée des armes israëliennes: Qana en 1996 puis en 2006, les assassinats politiques israëliens euphémisés sous le vocable "assassinats ciblés" (c’est encore plus euphémisé en anglais – "targeted killings") et les innombrables victimes innocentes qui s’ensuivent (les médias et les gouvernants disent victimes "collatérales"), l’assassinat de Rachel Corrie et Tom Hurndall, et les tueries massives de civils palestiniens depuis le commencement de la seconde intifada.

Ce ne sont pas des incidents: c’est une politique, délibérée ou implicite. Et si l’on rajoute à cela le traitement de diplomates de pays amis (par exemple la façon dont fût traitée une diplomate française accréditée en Israël, retenue dix-sept heures à un checkpoint israëlien) et un historique comportant des attaques armées extrémement meurtrières contre des avions de ligne (un avion de ligne libyen en 1973) ou même des navires de combat étatsuniens (l’USS Liberty), sans que ces comportements ne soient le moins du monde sanctionnés sur le plan judiciaire (ni même sur le plan diplomatique, par ailleurs), on ne peut que s’interroger sur les mécanismes politiques et médiatiques qui font que de tels comportements n’empêchent pas à jamais de parler de pureté des armes. La qualité des victimes, peut-être?

Une résolution pour rien, alors qu’Israël bombarde Gaza au phosphore blanc en pleine trève

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Pendant que je vois les images en direct d’Al Jazeera des bombardements israëliens de Gaza, avec des bombes au phosphore apparemment – selon les commentateurs – en pleine trève unilatérale apparemment, je trouve enfin le texte de la résolution qui vient d’être votée par le Conseil de sécurité. Par quatorze voix contre zéro et une abstention (Etats-Unis), le Conseil de sécurité des Nations-Unies a adopté la résolution n° 1860. En voici un extrait en anglais (pas de version française pour l’instant) reprenant les paragraphes opérationnels:

Resolution 1860 (2009) Adopted by 14 in Favour, Abstention by United States;
Also Calls for Unimpeded Humanitarian Assistance, Welcomes Egyptian Initiative

(…) 1. Stresses the urgency of and calls for an immediate, durable and fully respected ceasefire, leading to the full withdrawal of Israeli forces from Gaza;

2. Calls for the unimpeded provision and distribution throughout Gaza of humanitarian assistance, including of food, fuel and medical treatment;

3. Welcomes the initiatives aimed at creating and opening humanitarian corridors and other mechanisms for the sustained delivery of humanitarian aid;

4. Calls on Member States to support international efforts to alleviate the humanitarian and economic situation in Gaza, including through urgently needed additional contributions to UNRWA and through the Ad Hoc Liaison Committee;

5. Condemns all violence and hostilities directed against civilians and all acts of terrorism;

6. Calls upon Member States to intensify efforts to provide arrangements and guarantees in Gaza in order to sustain a durable ceasefire and calm, including to prevent illicit trafficking in arms and ammunition and to ensure the sustained re‑opening of the crossing points on the basis of the 2005 Agreement on Movement and Access between the Palestinian Authority and Israel; and in this regard, welcomes the Egyptian initiative, and other regional and international efforts that are under way;

7. Encourages tangible steps towards intra-Palestinian reconciliation including in support of mediation efforts of Egypt and the League of Arab States as expressed in the 26 November 2008 resolution, and consistent with Security Council resolution 1850 (2008) and other relevant resolutions;

8. Calls for renewed and urgent efforts by the parties and the international community to achieve a comprehensive peace based on the vision of a region where two democratic States, Israel and Palestine, live side by side in peace with secure and recognised borders, as envisaged in Security Council resolution 1850 (2008), and recalls also the importance of the Arab Peace Initiative;

9. Welcomes the Quartet’s consideration, in consultation with the parties, of an international meeting in Moscow in 2009

Réaction de Michel Abdel Massih, juriste, interviewé par Al Jazeera: "le mot-clé est l’adjectif immédiat – cessez-le-feu immédiat, qui figure dans le premier paragraphe 1 de la résolution. Israël a déjà violé la résolution 1860 en poursuivant sa guerre. Le paragraphe 5 condamne toute violence de la part de toutes les parties, et ne va pas assez loin car ignore les violations substantielles du droit international humanitaire. Ces violations audraient d’être mentionnées dans la résolution. La résolution peut être appliquée si la volonté politique existe, avec des sanctions à la clé. Cette résolution est contraignante. Mais il faut négocier avec le Hamas pour ne pas que la résolution ne soit percue comme étant partiale. Les roquettes du Hamas, criminelles? Le problème c’est la proportionnalité, leurs actes sont disproportionnés. Le Conseil de sécurité aurait pu saisir la Cour pénale internationale. Le bombardement des écoles de l’UNRWA sont un exemple de crimes internationaux, car une opération militaire résultant dans des morts de nombreux civils est criminelle même si la mort des civiles n’est pas l’objectif visé".

Mouin Rabbani, de l’Institut d’études palestiniennes à Amman, toujours sur Al Jazeera: "les vues du Hamas n’ont pas été prises en compte. Pas d’appel au retrait immédiat et inconditionnel de Gaza, comme en 1978 et la résolution 425 relative au retrait immédiat des troupes israëliennes du Liban. Il n’y a pas de calendrier, contrairement à la résolution 1701 sur le Liban, pas de sanctions. L’abstention étatsunienne est un signal pour les Israëliens de ne pas y prêter attention et de continuer avec leur offensive. La situation est terrible mais peut empirer – l’attaque peut se poursuivre et viser le centre de Gaza. Cette résolution est difficilement acceptable pour le Hamas, qui n’a pas été consulté. Il aménera une escalade.". Pendant qu’il dit ça sur Al Jazeera, des images en direct montrent des nuages blancs et noirs après des bombardements israëliens à Gaza, qui ont lieu alors même que la résolution a été adoptée. "L’Autorité palestinienne a été très affaiblié, je ne vois pas comment Abou Mazen pourra tirer profit de la crise. L’initiative égyptienne, en liaison avec l’initiative turque, se fait au moins en contact avec le Hamas".

Riyad Maliki, ministre des affaires étrangères d’Abou Mazen, est étonné de l’abstention étatsunienne, soulignant que la résolution a été rédigée selon ses orientations.

Du côté israëlien, pas de surprise. L’ambassadeur israëlienne à Bruxelles, Tamar Catarivas-Samash, avait annoncé la couleur:

"Une trêve humanitaire permettrait au Hamas de se ressaisir. De plus, elle n’est pas nécessaire. (…)
- Des ONG jugent pourtant la situation humanitaire catastrophique…
- Cela fait partie de la guerre de propagande menée contre Israël. (…) nous ne laisserons personne, pas même l’ONU, nous arrêter avant d’avoir atteint notre objectif : mettre fin aux attaques terroristes sur le sud d’Israël. Et, dans la foulée, ramener le calme à Gaza, dont les habitants sont, eux aussi, les otages du Hamas".

On peut pas dire qu’elle va à l’encontre des instructions de sa supérieure, qui a réagi de manière prévisible à l’adoption de la résolution 1860:

"Israel has acted, is acting, and will continue to act only according to its calculations, in the interest of the security of its citizens and its right to self defense"

Le meilleur commentaire est celui du président de l’assemblée générale de l’ONU (qui se réunit en session spéciale consacrée à la situation humanitaire en Palestine occupée sur demande de la Malaisie), Miguel d’Escoto Brockmann, prêtre et ancien ministre des affaires étrangères du Nicaragua, menacé de mort et déclaré persona non grata en Israël après avoir appelé au boycott d’Israël et déclaré l’absence d’existence d’un Etat palestinien le plus grand échec dans l’histoire de l’ONU (pas d’accord: je placerai le génocide rwandais en premier):

"Je ne supporte pas cette impuissance, nous trahissons le monde de la sorte. (…) Israël ne respecte pas les résolutions du Conseil de sécurité, on le sait, mais il pourrait tout de même respecter celles de l’Assemblée générale de l’ONU – après tout, il lui doit son existence, et pas beaucoup d’entre nous peuvent en dire autant".

Et pendant ce temps, les bombardements continuent.

ADDENDUM: Voici le texte français de la résolution 1860.

"We’d be more than happy", dit Miss KHamas

Miss KHamas, alias Avital Leibovitch, alias la civile en uniforme de major de l’armée israëlienne, déclare sur Al Jazeera au sujet du non-secours de victimes palestiniennes d’un bombardement israëlien par l’armée israëlienne, dénoncé de manière exceptionnellement forte par la Croix Rouge, ce qui suit:

"Nous n’avons pas reçu de plainte officielle du Comité international de la Croix Rouge, je ne comprends pas. Si nous sommes saisis d’une plainte officielle, nous serions plus qu’heureux de l’examiner ("If we get an official complaint, we’d be more than happy to check it")".

Le tout dit avec un sourire et le regard pétillant d’Angelina Jolie parlant de son dernier film.

Témoignages supplémentaires sur le ciblage des ambulanciers par l’armée israëlienne

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Les cas d’assassinats ou de tentatives d’assassinat -le terme est approprié car il ne s’agit pas là de cibles militiaires ou combattantes légitimes – d’ambulanciers et de personnel médical à Gaza semblent se répèter. Je vous ai déjà parlé hier du cas de Hassan al Attal, bléssé par balles alors qu’il tentait de récupérer un cadavre avec un collègue – des dizaines de balles furent tirées par l’armée israëlienne. Des détails sur ce cas sont donnés sur le blog gaziote Tales to tell:

“At 13.10 Jabalia Red Crescent got a call out to Zemmo, east of Jabalia refugee camp, very near where the Red Cresecent centre was that we had to evacuate the first night of the land incursion. Two medics, including Hassan, a driver, plus E and I went.

People on the street directed us ahead, saying it was a “shaheed” (dead) civilian further up the street that we had been called to. We continued on and located the body. The two medics got out and put the shaheed on the stretcher, but while covering the 5-6 metres to the van, 13 shots were fired in our direction. One hit the ambulance. One went all the way through Hassan’s upper thigh. The medics had to leave both shaheed and stretcher to get into the van, and shooting continued as the ambulance pulled away. One of the medics speculated the sniper may actually have been firing from the Jabalia Red Crescent centre.”

Sur le site de l’International Solidarity Movement, présent à Gaza et où un blog anglophone rend compte de la situation, on peut lire ceci sur le même "incident" (j’aime pas ce terme, car il ne s’agit pas d’un incident mais d’un crime):

Canadian and Spanish ISM activistst were present as it happened;

It was very clear that we were a medical team. Yet as two of our team, wearing bright red medic uniforms, went to pick up the body, they were fired upon 13 times by an Israeli sniper.” – Eva Bartlett (Canada) International Solidarity Movement.

The Israeli’s fired at the ambulance hitting it once. At least six medics have already been murdered while fulfilling there duties. How are the medics supposed to work? For every ten attempts the Red Crescent make to co-ordinate their humanitarian missions with the Israelis, only two are allowed. This means that the Israelis are refusing to allow 80 percent of medical missions to operate with any form of safety.” Alberto Arce (Spain) – International Solidarity Movement

At least six Palestinian medical personnel have been killed by Israeli attacks in the eight past days.

International Solidarity Movement activists are accompanying ambulances through out the Gaza strip. They are working with medical personnel during the Israeli Occupation Forces’ ground invasion into the Gaza strip.

On December 31st, medic Mohammed Abu Hassera was killed on the spot as his ambulance was shelled while trying to access the wounded. Dr Ihab Al Mathoon, who was also on the ambulance, died in hospital a few hours later. On the 4th January, Yaser Shbeir, Raf’at Al-A’kluk, Arafa Hani ‘Abdul Dayem and Anes Fadel Na’im were killed when Israeli shells targeted the ambulances they worked in.

Un grand merci à tous ces volontaires internationaux, et à Alberto Arce en particulier qui a filmé cette tentative d’assassinat – un entretien avec lui est disponible ici. Les chiffres donnés par l’International Solidarity Movement sur le nombre de personnel médical tué à Gaza depuis le début de la guerre sont cependant nettement inférieurs à celui révélé hier par des médécins palestiniens de Gaza s’exprimant sur Al Jazeera hier, et qui évoquaient vint-et-une victimes.

Outre la tentative d’assassinat rapportée hier, on dispose désormais de détails sur l’assassinat de l’infirmier-ambulancier Arafa Hani Abd al Dayem, 35 ans, tué par un obus israëlien le 4 janvier. Les détails de sa mort ont été rapportées par Eva Bartlett, militante canadienne membre du groupe Free Gaza Movement – dont certains membres sont présents sur le blog Moments of Gaza – sur l’indispensable site Electronic Intifada d’Ali Abunimah. La cérémonie d’enterrement d’Arafa a également été bombardée par l’armée israëlienne. Voici ce qu’en dit Eva Bartlett:

I will tell you how Arafa died
Eva Bartlett writing from the occupied Gaza Strip, Live from Palestine, Electronic Intifada 6 January 2009

5 January 2009

A good, kind, brave and very funny man was killed on 4 January as he loaded the body of a young civilian killed by the Israeli occupation forces into an ambulance. Emergency medical workers, Arafa Hani Abed al-Dayem (35), and Alaa Ossama Sarhan (21), answered the call to retrieve two friends: Thaer Abed Hammad (19), who was wounded, and his friend Ali (19), who was killed while fleeing shelling by Israeli tanks.

It was after 8:30am on Sunday and Thaer and Ali were in the Beit Lahia area, located in northwestern Gaza. The area is near the American school that had been bombed the day before, killing a 24-year-old civilian night watchman inside — tearing him apart and burning everything else that remained.

Squealing in pain, his right foot amputated and shrapnel lacerations across his back and body, Thaer Hammad explained how his friend Ali was killed. "We were crossing the street, leaving our houses, when the tank fired. There were many people leaving, not just us." Hammad stops his testimony, again squealing with pain.

For the past two days, since the Israeli land invasion and heightened bombing campaign began, residents throughout Gaza have been fleeing their homes. Many who haven’t had the chance to flee were caught inside by the bombing and were buried alive, crushed under the rubble.

A doctor tells the rest of Thaer’s story: "After they were shelled, Thaer couldn’t walk. He called to Ali to carry him." Ali had carried Thaer some distance when he was shot in the head by a bullet from an unseen soldier in the direction from which they fled. With Ali dead, Thaer injured, and people fleeing, the ambulance was called.

When Arafa and Alaa arrived, they managed to load Thaer into the ambulance. They were working on getting Ali’s body to the clearly-marked medical vehicle when the shell came. Already dead, Ali was decapitated by the shell fire. Arafa sustained severe wounds to his chest and stomach. At the hospital, the doctors worked on his mutilated body, but during heart surgery Arafa went into shock and died an hour later.

His funeral was hurriedly held, a procession, a burial, and the traditional mourning tent. The tent was shelled with mourners inside. Another medic tells me that Arafa’s brother called the news radio station on the phone and said: "We’re being shelled, someone come get us!"

A science teacher by profession, Arafa had volunteered as an emergency medic for eight years. He was delightful, warm, had a nice singing voice, and was not at all shy about being silly. I remember him stomping ridiculously around the now-vacated Palestine Red Crescent Society Offices in Jabaliya after Israeli soldiers took over the area, saying he was hungry, very hungry, and chomping down on the bread and cheese that we had for a meal.

I had the privilege of working one night with Arafa, when I witnessed his professionalism and his humanity. Osama, a fellow medic, explained that "He wanted to die like that, helping our people." But it wasn’t a martyr complex, engineered by living with death, occupation, invasions, humiliation and injustice for so long, but rather a dedication to his work and to his people.

Quelques remarques:

1- Dans un cas, celui de Hassan el Attal, la volonté de tuer du personnel médical – clairement identifié et qui plus est en plein exercice de ramassage d’un cadavre – est patente. Dans l’autre, deux ambulanciers ont été visés par un tank alors qu’ils tentaient d’emporter un blessé et un cadavre. On notera que le mort avait été tué par une balle israëlienne alors qu’il tentait de porter un camarade blessé. Il ne s’agit donc pas de victimes accidentelles d’actes visant une cible militaire.

2- La question de l’applicabilité des Conventions de Genève ne devrait pas se poser. Si l’article l’article 2 commun à la Convention (I) de Genève pour l’amélioration du sort des blessés et des malades dans les forces armées en campagne et à la Convention (IV) de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre, toutes deux du 12 août 1949, semble limiter l’application de ce traité international aux seules parties contractantes (la Palestine n’en est pas une), la majeure partie des régles édictées par les quatre Conventions de Genève du 12 août 1949 est considérée comme faisant partie du droit coutumier international qui s’impose à tout Etat, partie aux conventions en question ou non, mais également aux parties non-étatiques à un conflit armé (le Hamas par exemple). Une étude menée en 2000 par des experts juridiques internationaux pour le compte de la Croix-Rouge a déterminé précisément quelles règles du droit international humanitaire pouvaient être considérées comme coutumières et donc applicables à tous, et a en effet conclu que la grande majorité des dispositions des Conventions de Genève font partie du droit international humanitaire coutumier, et sont donc applicables en tous endroits et invocables contre toute partie à un conflit armé (1). Parmi les règles que cette étude a constaté comme étant de nature coutumière en matière de conflits internationaux (2), figurent notamment:

"le principe de la distinction entre la population civile et les combattants ainsi qu’entre les biens de caractère civil et les objectifs militaires, l’interdiction des attaques sans discrimination, le principe de la proportionnalité dans l’attaque, l’obligation de prendre toutes les précautions pratiquement possibles dans l’attaque et contre les effets des attaques, l’obligation de respecter et de protéger le personnel sanitaire et religieux, les unités et les moyens de transport sanitaires, le personnel et le matériel de secours humanitaire et les journalistes civils, l’obligation de protéger les tâches médicales, l’interdiction des attaques contre les localités non défendues et les zones démilitarisées, l’obligation de faire quartier et de protéger l’ennemi hors de combat, l’interdiction de la famine, l’interdiction des attaques contre des biens indispensables à la survie de la population civile, l’interdiction d’utiliser indûment les emblèmes et de recourir à la perfidie, l’obligation de respecter les garanties fondamentales pour les personnes civiles et les personnes hors de combat, l’obligation d’élucider le sort des personnes disparues, et les mesures spécifiques de protection accordées aux femmes et aux enfants" (cf. Jean-Marie Henckaerts, conseiller juridique au sein de la Division juridique du Comité international de la Croix-Rouge et responsable du projet du CICR sur le droit international humanitaire coutumier, "Étude sur le droit international humanitaire coutumier. Une contribution à la compréhension et au respect du droit des conflits armés", p.303)

3- Il n’est pas question ici de passer en revue les différents articles de des conventions précitées protégeant le personnel médical et sanitaire. Il suffit de constater que les attaques délibérées contre du personnel médical et sanitaire et contre des blessés, qu’ils soient combattants ou non, sont une violation patente du droit international humanitaire.

4- Il faut rappeler un point capital: les Conventions de Genève de 1949 obligent les Etats parties à ces conventions (194 à ce jour) à prendre toute mesure législative et judiciaire pour permettre la sanction d’individus, auteurs d’infractions graves à ces conventions. Il s’agit du fameux principe de compétence universelle, qui a tant fait couler d’encre depuis les affaires Pinochet et Sharon. Chaque Etat partie aux Conventions de genève a donc non seulement le droit mais le devoir de poursuivre les auteurs de ces infractions se trouvant sur leur territoire. Voici les articles pertinents, tirés ici de la quatrième Convention:

Article 146. – Les Hautes Parties contractantes s’engagent à prendre toute mesure législative nécessaire pour fixer les sanctions pénales adéquates à appliquer aux personnes ayant commis, ou donné l’ordre de commettre, l’une ou l’autre des infractions graves à la présente Convention définies à l’article suivant.

Chaque Partie contractante aura l’obligation de rechercher les personnes prévenues d’avoir commis, ou d’avoir ordonné de commettre, l’une ou l’autre de ces infractions graves, et elle devra les déférer à ses propres tribunaux, quelle que soit leur nationalité. Elle pourra aussi, si elle le préfère, et selon les conditions prévues par sa propre législation, les remettre pour jugement à une autre Partie contractante intéressée à la poursuite, pour autant que cette Partie contractante ait retenu contre lesdites personnes des charges suffisantes.

Chaque Partie contractante prendra les mesures nécessaires pour faire cesser les actes contraires aux dispositions de la présente Convention, autres que les infractions graves définies à l’article suivant.

En toutes circonstances, les inculpés bénéficieront de garanties de procédure et de libre défense qui ne seront pas inférieures à celles prévues par les articles 105 et suivants de la Convention de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre du 12 août 1949.

Article 147. – Les infractions graves visées à l’article précédent sont celles qui comportent l’un ou l’autre des actes suivants, s’ils sont commis contre des personnes ou des biens protégés par la Convention : l’homicide intentionnel, la torture ou les traitements inhumains, y compris les expériences biologiques, le fait de causer intentionnellement de grandes souffrances ou de porter des atteintes graves à l’intégrité physique ou à la santé, la déportation ou le transfert illégaux, la détention illégale, le fait de contraindre une personne protégée à servir dans les forces armées de la Puissance ennemie, ou celui de la priver de son droit d’être jugée régulièrement et impartialement selon les prescriptions de la présente Convention, la prise d’otages, la destruction et l’appropriation de biens non justifiées par des nécessités militaires et exécutées sur une grande échelle de façon illicite et arbitraire.

Article 148. – Aucune Haute Partie contractante ne pourra s’exonérer elle-même, ni exonérer une autre Partie contractante, des responsabilités encourues par elle-même ou par une autre Partie contractante en raison des infractions prévues à l’article précédent.

S’agissant ici, dans les deux cas évoqués plus haut, d’infractions spécifiques et d’ampleur limitée, il n’est pas sûr que la responsabilité pénale des dirigeants politiques (Olmert, Livni et Barak) puisse être engagée. Celle des responsables militaires peut éventuellement l’être, notamment si aucune mesure préventive ou de sanction a posteriori n’a été prise, ce qui semble être le cas ici.

5- On peut lire ici et là que des demandes ou projets de saisine de la Cour pénale internationale (CPI) sont évoqués aux fins d’engager la responsabilité pénale des dirigeants politiques et militaires israëliens. Or la CPI est établie par un traité et n’est compétente que pour les crimes internationaux commis par un national d’un Etat partie au traité ou sur le territoire d’un de ces Etats. Or ni Israël (pas folle la guêpe) ni la Palestine ne sont parties au Statut de Rome portant création de la CPI. Une voie subsidiaire de saisine de la CPI existe, mais cela exige une décision du Conseil de sécurité de l’ONU (cf. article 13.b lu en liaison avec l’article 12.2 du Statut). No comment!

(1) Voir notamment ce qu’en dit Jean-Marie Henckaerts, conseiller juridique au sein de la Division juridique du Comité international de la Croix-Rouge et responsable du projet du CICR sur le droit international humanitaire coutumier, dans l’article "Étude sur le droit international humanitaire coutumier. Une contribution à la compréhension et au respect du droit des conflits armés":

La grande majorité des dispositions des Conventions de Genève, y compris l’article 3 commun, sont considérées comme relevant du droit international coutumier. En outre, comme les Conventions de Genève comptent aujourd’hui 192 États parties, elles sont contraignantes en tant que droit conventionnel pour presque tous les États. Par conséquent, l’étude n’a pas porté sur la nature coutumière des dispositions des Conventions, mais plutôt sur des questions régies par des traités qui n’ont pas été universellement ratifiés, en particulier les Protocoles additionnels, la Convention de La Haye pour la protection des biens culturels et un certain nombre de conventions spécifiques régissant l’emploi des armes.

Il semble donc y avoir une présomption en faveur des dispositions des Conventions de Genève selon laquelle elles font partie du droit coutumier.

(2) Gaza ne faisant pas partie du territoire israëlien légalement reconnu, la guerre à Gaza doit être considérée comme un conflit international, même si l’Etat de Palestine n’est pas universellement reconnu – il n’est actuellement reconnu que par une minorité d’Etats, principalement en Afrique et en Asie, et n’est pas membre de plein droit de l’ONU.

Des snipers israëliens visent les ambulanciers palestiniens

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Al Jazeera montre le film d’une ambulance palestinienne, accompagnée de deux militants espagnol et canadien des droits de l’homme qui ont filmé la scène. Ils se rendent à un endroit où se trouve un blessé, qui est mort entretemps. Alors que deux infirmiers se dirigent vers le cadavre pour le ramener à la morgue, une dizaine de coups de feu claquent, venant de soldats israëliens. Une balle, atteignant le crâne du mort, ricochète et blesse un infirmier à la jambe – le tout filmé par les deux militants étrangers et retransmis sur Al Jazeera.

Selon un médecin gaziote, ving-cinq infirmiers, ambulanciers et para-médicaux ont été tués depuis le début de la guerre. Les bombardements reprennent après la "trève" de trois heures qu’Israël a annoncé pour la première fois en douze jours – en fait, cette trève ne vaut que pour Gaza City et pas pour le reste de a bande de Gaza, qui a continué à être bombardé. Il n’y a plus d’eau courante dans la majeure partie de Gaza. Les habitants boivent l’eau du bain. Des queues immenses se déroulent devant les boulangeries, exceptionnellement ouvertes durant ces derniers douze jours. Les boulangeries desservent des quartiers entiers, des habitants n’ont pu s’y rendre que chaque trois jours en raison de la distance et des bombardements.

Un autre exemple du traitement infligé aux équipes médicales palestiniennes, rapporté toujours sur Al Jazeera. Des immeubles au nord de la bande de Gaza, touchés par des bombardements israëliens il y a quatre jours, recueillaient sous leurs décombres morts et blessés. Des ambulances ont enfin pu s’y rendre aujourd’hui, à la faveur de la trève de trois heures, après autorisation finalement donnée (après quatre jours) par l’armée israëlienne. L’armée israëlienne refusé de laisser les ambulances parvenir jusqu’aux décombres. Elles ont dû s’arrêter à deux kilomètres. Morts et survivants ont du être portés à pied par les ambulanciers. Les Palestiniens meurent sous les décombres, et les sauveteurs sont empêchés de les aider.

Au Caire, un concert fût annulé le réveillon en solidarité avec Gaza. Au Maroc, «S.M. le Roi suit de très prés l’évolution dramatique dans la Bande de Gaza depuis le déclenchement par Israël des opérations militaires». Le grand mufti d’Arabie séoudite a déclaré que les manifestations en faveur de la Palestine détournaient les musulmans de l’accomplissement du rite.

Pendant ce temps, le Vénezuela de Hugo Chavez (ne dites pas du mal de lui en ma présence) a déclaré l’ambassadeur israëlien à Caracas, Shlomo Cohen, persona non grata et lui a donné 72 heures pour fermer l’ambassade israëlienne au Vénézuela – Hugo Chavez a qualifié la guerre contre Gaza d’holocauste (si c’est pour sous-entendre un génocide, il a tort, car ce qui se passe à Gaza, si ça constitue sans aucun doute des crimes de guerre et peut-être dans certains des crimes contre l’humanité, ne constitue pas un génocide selon la définition juridique en vigueur), demandant que Shimon Peres, idole des lecteurs du Nouvel Observateur et des éditorialistes de la presse officieuse marocaine et accessoirement président israëlien, soit traduit devant la Cour pénale internationale à La Haye (ce n’est hélas pas possible – Israël n’est pas partie au statut de Rome ayant fondé la CPI et l’autre alternative, la saisine de la CPI par le Conseil de sécurité de l’ONU, n’est évidemment pas réaliste). Nicolas Maduro, ministre des affaires étrangères vénézuélien, dit que les dirigeants israëliens, par respect pour ce qu’on vécu leurs ancêtres, devraient s’abstenir de commettre un nouvel "holocauste" à Gaza.

L’Equateur accuse quant à lui Israël de crimes contre l’humanité, par le biais de la commission des lois de son Parlement qui a adopté une résolution demandant une commission d’enquête internationale sur les crimes israëliens à Gaza et parlant de "terrorisme d’Etat".

Sur Al Jazeera, le premier ministre malaisien, Abdallah Badawi, parle de crimes de guerre israëliens. Si le Conseil de sécurité est incapable de mettre fin au massacre, dit-il, il faudra que l’Assemblée générale de l’ONU se saisisse de l’affaire conformément à la résolution n° 377 "Unis pour la paix" de l’Assemblée générale, adoptée en 1950 à l’instigation des Etats-Unis pour permettre de donner un mandat onusien à l’intervention militaire étatsunienne en Corée cette année-là (rappelez-vous, l’URSS existait encore à l’époque, soutenait la Corée du Nord et son veto empêchait toute résolution du Conseil de sécurité telle que la souhaitait les Etats-Unis – cette résolution de l’Assemblée générale servait donc à contourner la paralysie du Conseil de sécurité).

La Turquie, dont l’armée a une relation stratégique avec Israël, n’est pas en reste. Des milliers de spectateurs chantant des slogans anti-israëliens – "Israël assassin", "nous soutenons Gaza" – ont réussi à interrompre un match de basket entre une équipe turque et une équipe israëlienne – un spectateur a lancé une chaussure sur le terrain, en hommage au geste de Mountadher Zaïdi. De manière moins anecdotique, le premier ministre turc et homme fort du parti post-islamiste AKP, Reccep Tayyep Erdogan a déclaré qu’"Allah punira tôt ou tard ceux qui transgressent les droits des innocents". Voici ce qu’en rapporte Al Jazeera:

Erdogan condemned Israel’s offensive as "savagery" on Tuesday and said it was a bid by the Israeli leadership to score points ahead of general elections in February.

Referring to the Israeli ministers of defence and foreign affairs, Erdogan said: "I am telling Ehud Barak and (Tzipi) Livni to forget about the elections, because history will judge them for the black stain they are leaving on humanity."

Israel "has suffered much in history and should know best the sanctity of human life, especially that of women and children… and the importance of the culture of co-existence".

Il a délibérément évité de visiter Israël lors de sa récente tournée moyen-orientale – mais les accords militaires ne sont pas menacés, montrant ainsi à quel point l’armée turque est un Etat dans l’Etat en Turquie. Israël a dénoncé les propos d’Erdogan comme inacceptables. Le très likudnik Jerusalem Post tire à boulets rouges sur Erdogan accusé d’avoir choisi le Hamas.

Clare Short, ancienne ministre de la coopération de Tony Blair, critique contre l’agression contre l’Irak mais qui commit l’erreur de rester au gouvernement deux mois après l’invasion, se rachète une virginité politique depuis lors en s’engageant contre le blocus de Gaza. Elle prend fermement la défense du Hamas, soulignant qu’ils sont au pouvoir de manière démocratique. Elle répète qu’Israël ignore absolument le droit international, pratique la purification ethnique et agit de manière monstrueuse. Elle rajoute que les USA, l’Union européenne et le Royaume-Uni refusent de défendre le droit international, surtout lorsqu’il s’agit d’Israël. Elle dit avoir honte de son gouvernement. Les fondements du droit international sont ébranlés, dit-elle, partout dans le monde, en raison de cette carence des Etats-Unis, de l’Union européenne et du Royaume-Uni.

Azzam Tamimi, auteur d’un livre de référence sur le Hamas, récuse la question que lui pose un interviewer su Al Jazeera selon laquelle le Hamas serait à blâmer pour les victimes civiles. "Qu’êtes vous censé faire lorsqu’on vous attaque dans votre foyer? Ne pas résister parce quelqu’un risquerait d’être tué?". La discussion sur civils et non-civils est inacceptable. Il cite le cas des 150 policiers gaziotes massacrés lors des bombardements du premier jour de la guerre de Gaza. Un général israëlien en retraite, Yaakov Amidror, prend alors la défense du Fatah. Azzam Tamimi relève ce "détail" et répète que l’occupation est à la racine de tout ce qui se passe: depuis 1994, des négociations ont eu lieu, sans résultat, mais il y a des prisonniers et internés, des populations isolées, et tout cela a rendu impossible toute paix.

Le rabbin étatsunien Michael Lerner de Tikkun condamne l’attaque israëlienne: "la sécurité d’Israël ne peut venir de l’oppression du peuple Palestinien. La sécurité au XXIeme siècle viendra de la générosité, mais le paradigme dominant dans les médias israëliens et étatsuniens n’y incite pas". Il veut voir imposer une solution apportant la sécurité à Israël et une solution juste pour les Palestiniens, avec des réparations pour les réfugiés palestiniens. Il comprend l’argument du Hamas selon lequel l’occupation qui dure depuis 42 ans est à la cause du problème. Il demande à Obama d’appeler à un cessez-le-feu maintenant. Il dit que la fin à l’occupation ne mettra pas fin au problème, la Palestine a besoin d’aide économique. Il raconte le clivage entre l’élite de la communauté juive étatsunienne et le juif moyen, pas forcément extrémiste sur la question palestinienne.

Saeed Taji Farouky, auteur du documentaire "Tunnel trade" sur les tunnels clandestins entre Gaza et l’Egypte. Il raconte les détails sur l’économie informelle liée à la construction de ces tunnels. Ils demandent du travail et de l’argent. La région est vaste, certains tunnels aboutissent dans des maisons individuelles. Les forces de sécurité égyptienne ne sont pas incorruptibles. Des gardes-frontières égyptiens sont enfin sympathisants de la cause palestinienne et agissent afin de permettre des biens alimentaires ou médicaux de braver l’embargo. Certains tunnels sont gérés par le Hamas, d’autres par des contrebandiers qui font entrer du fromage, des pièces de rechange, des médicaments voire même des personnes – ainsi une femme qui s’était vu refuser un visa pour entrer à Gaza a pu rejoindre sa famille de cette façon.

La blague de la journée: Dan Gillermann, ancien ambassadeur israëlien à Washington, déclare à Al Jazeera, en réponse aux accusations de crimes de guerre adressées contre Israël, qu’"Israël n’a jamais violé le droit international". Autre blague: un général israëlien en retraite, Yaakov Amidror, reproche au Hamas de se retrancher dans des zones civiles, disant que c’est contraire à la loi islamique. C’est toujours amusant de voir ces wannabes – cheikh Amidror, I presume? Le général dit que le problème de l’ONU c’est d’avoir 52 Etats-membres musulmans.

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