Un détraqué sexuel et un criminel de guerre au Mazagan Beach Resort (Maroc)

On peut se demander ce qu’il y a d’arabe dans le Inter-Arab Cambist Association (ICA), et c’est également une question qu’on peut se poser s’agissant du Maroc et de sa politique étrangère. On a appris il ya quelques semaines que l’ex-premier ministre et criminel de guerre britannique Tony Blair ainsi que le détraqué sexuel Dominique Strauss-Kahn allaient honorer le sol marocain de leur présence lors du 37e conférence de l’ICA devant se tenir au Maroc du 15 au 18 novembre, au Mazagan Beach Resort (espérons que le personnel féminin de cet hôtel sera resté à la maison). Pour Tony Blair, il s’agit de retrouvailles – le Maroc honore la solidarité inter-rarabe en déroulant régulièrement le tapis rouge à Blair, déjà venu au Mazagan Beach Resort en 2011. Si l’hospitalité marocaine à l’égard des noirs de peau se manifeste surtout à coup de matraques et d’insultes racistes, le Maroc sait se montrer tolérant, accueillant et respectueux de l’autre quand celui-ce est un ex-potentat occidental (on verra plus bas que les autorités marocaines ne pratiquent aucune exclusive ethnico-religieuse s’agissant de potentats, despotes et autres criminels). Si des militants britanniques suivent à la trace le criminel de guerre Blair en vue de son arrestation, du côté marocain on est surtout occupé à casser du sub-Saharien et à blâmer ces salopards de Palestiniens pour l’outrecuidance qu’ils ont à ne pas tous être tout à fait aussi veules, résignés ou complices que nous, et à nous le rappeler par leur sacrifice.

Bien sûr, la Constitution imitation cuir de 2011 affirme bien, dans son préambule,"protéger et promouvoir les dispositifs des droits de l’Homme et du droit international humanitaire et contribuer à leur développement dans leur indivisibilité et leur universalité". Mais en l’absence d’incrimination spécifique des crimes de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre dans le Code pénal, cette disposition est sans effet, et nul ne peut être condamné sur la seule base du texte constitutionnel – on notera au passage que diverses ONG nationales et internationales (cf. par exemple la FIDH sans ce rapport de 2007, "Le Statut de la CPI et le droit marocain: Obstacles et solutions à la ratification et la mise en oeuvre du Statut de la CPI par le Maroc") ont réclamé que le Maroc incorpore la répression de ces crimes dans son droit pénal. En effet, le principe de légalité des peines empêche que soit condamné quelqu’un pour un crime non établi – de manière précise et claire – par la loi au moment de sa commission. Cette lacune est d’autant plus significative que le Maroc a pourtant ratifié les Conventions de Genève de 1949 ainsi que leurs deux protocoles additionnels de 1977, ainsi que la Convention de 1948 contre le génocide (pour la liste des différentes conventions de droit international humanitaire ratifiées par le Maroc, voir ici). Cette lacune avait contraint les avocats qui avaient déposé plainte contre Tzipi Livni lors de sa venue aux MEDays de l’Institut Amadeus (de Brahim Fassi Fihri, fils du conseiller du Roi Taëib Fassi Fihri) à se fonder sur l’incrimination de terrorisme.

C’est donc ainsi que le Maroc a pu accueillir Tzipi Livni ou le satrape guinéen Dadis Camara, la première impliquée dans les crimes de guerre en tant que ministre siégeant au cabinet restreint de sécurité du gouvernement israélien lors de la guerre contre Gaza de 2009, le second dans des crimes contre l’humanité en tant que leader de la junte militaire guinéenne qui commit des massacres à Conakry le 28 septembre 2009. Une criminelle de guerre de religion juive et un criminel contre l’humanité sub-saharien (soigné au Maroc de surcroît), sans compter les despotes khalijis certifiés sunnites de souche, qu’on n’accuse pas après ça le gouvernement marocain de ne pas être ouvert sur l’Autre et au dialogue civilisationnel…

John Ging: "il faut d’abord arrêter la violence, ensuite on peut s’occuper d’aide humanitaire"

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John Ging, directeur de l’UNRWA à Gaza, qui a connu le génocide rwandais:

"Chaque être civilisé, ici à Gaza et peut-être même ailleurs, se focaliserait sur les morts, la destruction et les blessures. Il faut les stopper. Ensuite, on peut s’occuper de l’aide humanitaire. J’ai été imploré par des centaines de réfugiés internes, bombardés dans cette école après avoir quitté leur logement de peur des bombardements, où deux garçons ont été tués, leur mère rendue infirme, et quatorze personnes blessées, "que pouvons nous faire?". Ils n’ont pas besoin d’eau, d’électricité, d’alimentation. Ils ont besoin de sécurité. Il y a des entrefilets d’aide humanitaire. Leur économie a été détruite sur décision politique, au niveau d’une économie de subsistance, depuis 18 mois. Ensuite, même l’aide humanitaire a été restreinte, et ce avant cette agression. Il n’y a pas de solution".

D’abord la fin des combats, ensuite l’aide humanitaire. On notera que la grande majorité des Etats arabes a une priorité inverse, sans doute moins dangereuse pour leurs alliances. Si John Ging était arabe, il se ferait traiter de sympathisant du Hamas. Je doute que le Conseil de sécurité se cotise pour lui offrir une montre en or à sa retraite.

L’aide parvient à petites quantités, mais le dépôt principal de l’UNRWA à Gaza a été détruit, avec des stocks de médicaments et d’alimentation littéralement partis en fumée, le rappelle Christopher Gunness, également de l’UNRWA sur Al Jazeera.

Le médecin Ezzedin Aboulaïsh, médecin palestinien de Gaza formé en Israël, a perdu trois filles et une nièce. Il rapportait quotidiennement à la télé israëlienne. Le journaliste israëlien de la chaîne de télé sur laquelle il intervient en direct pour raconter ce qui lui est arrivé réussit à obtenir l’autorisation de l’armée israëlienne pour laisser passer une ambulance palestinienne. Une des autres filles du docteur palestinien peut ainsi être sauvée. Un tank israëlien avait tiré sur l’immeuble ou se trouvait l’appartement du docteur Aboulaïsh, prétextant des tirs de sniper, ce que les habitants de l’immeuble nient. "Je suis Palestinien, nous pouvons vivre ensemble. Nous sommes les mêmes. Mes enfants ont été dans des camps pour la paix. Mes filles m’ont dit "ou nous emmènes-tu papa?. Aucune endroit à Gaza n’est sûr" dit-il lors d’une conférence de presse à Ramat Gan, en Israël. Une femme et un homme israëliens apostrophent violemment celui qui vient de perdre trois filles sous les balles de leurs armée, en hurlant avec une extraordinaire véhémence: "J’ai un fils dans l’armée [israëlienne]. Qui sait quelles armes tu avais dans l’immeuble? Rien de ça ne se serait passé si personne n’avait tiré sur le tank". "Ils ne veulent pas savoir la vérité", répète, atterré, le docteur. Des médecins et infirmiers israëliens tentent de le consoler et lui disent "non, non, c’est pas vrai".

Richard Falk: "Un procès de Nuremberg contre les criminels de guerre israëliens? Juridiquement et moralement, pourquoi pas?"

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Richard Falk sur Al Jazeera: "Les actions d’Israël sont suffisantes pour lancer des enquêtes sur l’existence de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, à l’encontre d’individus mêlés à ces actes. Il faut déterminer l’intention criminelle. Le refus de laisser le CICR accéder aux blessés aggrave l’appréciation qu’on fait des actions militaires israëliennes, et constitue un crime en soi. L’utilisation des bombes au phosphore est inhumaine dans le contexte de Gaza".

Faudrait-il tenir un procès de criminels de guerre à Nuremberg? "Juridiquement et moralement, oui. Politiquement, les procès pour crimes de guerre ne visent que les perdants ou les Etats faibles. Ce qui est possible, c’est des tribunaux populaires, à l’initiative de la société civile, comme le tribunal des peuples qui s’est réuni à Istanboul en 2005 autour de la guerre contre l’Irak. Ce qui distingue cette opération israëlienne d’autres opérations du même type, c’est le fait de refuser aux Palestiniens de Gaza la possibilité de devenir des réfugiés et de quitter Gaza. Les politiques israëliennes sont distordues et perverses".

Crime contre l’humanité? "J’espère que ce soit considéré comme tel". Responsabilités du Hamas? "Le Hamas viole le droit international et agit immoralement en tirant des roquettes contre des civils en Israël. Leurs actions sont contre-productives, donnant à Israël le prétexte d’agir comme il le fait. Cependant, les roquettes n’ont causé aucune mort israëlienne jusqu’à la fin de la trève, qui a pris fin le 4 novembre quand Israël a attaqué et tué des militants du Hamas à Gaza. Le Hamas a proposé une trève de dix ans à Israël. Les attaques doivent être vues dans le contexte d’un embargo de 18 mois – même avant l’attaque israëlienne, on considérait que Gaza était au bord de l’effondrement".

La passivité de la communauté internationale? "L’attitude de Washington explique cela, l’adminstration Bush soutient tout ce qu’entreprend Israël. J’ai honte, en tant qu’Américain, de ce comportement de mon gouvernement. L’ONU ne sera efficace que si les Etats-Unis le souhaitent".

Optimiste? "Si on est réaliste, le bien-être tant des Israëliens que des Palestiniens dépend d’une solution négociée. Traiter le Hamas de terroriste ou l’Etat d’Israël de terroriste d’Etat ne résoud rien. Il faut une approche réaliste".

Sur son expulsion d’Israël: "j’ai des regrets sur ma déclaration journalistique, faite avant ma nomination en tant que rapporteur spécial de l’ONU, mais j’étais en détresse au sujet de l’embargo contre la population de Gaza, une punition collective – ça ressemble au nazisme, qui punissait collectivement tous les juifs".

"Les Palestiniens sont en train de gagner la bataille de la légitimité, ce qui est plus important que la bataille militaire, ce par quoi les Américains au Vietnam, les Soviétiques en Afghanistan et le régime d’apartheid d’Afrique du Sud ont perdu".

Richard Falk, rapporteur spécial auprès des Nations-Unies sur les droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés, expulsé d’Israël pour sa critique de la politique israëlienne notamment à Gaza (voir vidéo), sur la guerre de Gaza:
– "Understanding the Gaza Catastrophe";
– "Gaza: Silence is not an option";
entretien avec Amy Goodman de Democracy Now! suite à son expulsion;
– le dernier rapport de Richard Falk en tant que rapporteur spécial, portant sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés au premier semestre 2008

PS: Je précise à l’intention de crétins qui seraient tentés de faire des commentaires déplacés dans un sens comme dans un autre que Richard Falk est juif. La question de Palestine n’est pas une question de religion ou d’ethnicité (même si ces aspects-là existent), mais de conscience.

Louai Sobh contre Avi Dichter

Sur al Jazeera, une séquence terrible: l’écran, partagé en deux. Sur l’image de droite, Avid Dichter, ministre arabophone de la sécurité publique du gouvernment israëlien. Il parle un arabe correct avec un accent hébreu à couper à la hache (il arrive quand même à dire Hamas et non pas KHamas). Il défend bien évidemment la guerre contre Gaza, mise sur le compte du Hamas. Sur l’image de gauche, le petit Louai Sobh, jeune garçon palestinien de huit/dix ans, sans yeux, apparemment brûlé par une bombe au phosphore. Les images contre le discours: je n’ai jamais vu une illustration aussi éclatante de la vacuité des discours officiels, de l’inanité de la justification d’un contre-terrorisme plus meurtrier que le terrorisme qu’il se dit combattre, de la barbarie jusitifée au nom de la civilisation.

Avi Dichter au fait: c’est le ministre qui avait dû annuler un déplacement au Royaume-Uni en 2007 de peur d’être arrêté pour crimes de guerre. Better luck next time?

Deux versions successives autour du bombardement de l’école de l’UNRWA ayant fait 45 morts

Les morts civils palestiniens à Gaza, morts faute à pas de chance

Les morts civils palestiniens à Gaza, morts faute à pas de chance


On aura donc eu droit à trois versions différentes de la part du gouvernement israëlien au sujet du bombardement, par son armée, d’une école de l’UNRWA ayant accueilli des réfugiés internes – des habitants du nord et de l’est de la bande de Gaza ayant rejoint Gaza ville pour fuir les combats et bombardement plus intenses qui y ont eu lieu. Quelques heures après ce bombardement, et le décombre des dizaines – plus de 40 – de victimes civiles palestiniennes, le porte-parole Mark Ragev donnait le nom de deux combattants du Hamas, les frères "Abou Askar" (beau nom de guerre, j’imagine qu’Abderrazak El Melhaoui et Abdelhaq Bolabola étaient déjà pris), supposés composer une équipe de tireurs de mortiers actifs à partir de l’école, et morts dans le bombardement. Les tirs de l’armée israëlienne auraient ainsi visé une cible militaire légitime – des mortiers du Hamas – et aurait malencontreusement fait une quarantaine de victimes civiles incidentes.

Le lendemain, sur Al Jazeera (where else?), un conseiller juridique d’Israël apparemment en mission auprès de l’ONU, David Traub, disait que le bombardement visait des combattants en dehors de l’école, sous-entendant qu’il s’agissait d’une malencontreuse erreur. L’UNRWA affirme que des représentants israëliens lui ont tenus des propos identiques: "The IDF admitted in that briefing that the attack on the UN site was unintentional".

En attendant la troisième version, sans doute une version améliorée du classique "désolé, m’sieur, pas fait exprès" que tous les écoliers du monde connaissent bien. Ca ne semble guère émouvoir grand monde parmi les alliés arabes et occidentaux d’Israël. La qualité des victimes, encore une fois?

Trois cliniques mobiles, marquées de croix rouges, détruites par Israël

Via ContreInfo, j’ai lu que trois cliniques mobiles – en fait des camions-ambulances – de DanChurchAid, organisation caritative de l’Eglise luthérienne du Danemark (qui entre parenthèses est église d’Etat au Danemark), ont été détruits par des bombardements israëliens alors qu’ils étaient garés sur le parking du siège de l’Union des comités pour les soins de santé à Gaza. Voici le communiqué DanChurchAid, traduit en français par Madeleine Chevassus de ContreInfo:

Un camion-ambulance avant le bombardement israëlien...

Un camion-ambulance vant le bombardement israëlien...

Un camion-ambulance après le bombardement israëlien...

Un camion-ambulance après le bombardement israëlien...

Communiqué DanChurchAid, 6 janvier 2009

L’ organisation Comités pour la Santé (Union of Healthcare Committees), mise en place par des médecins et infirmières Palestiniens, a acheté récemment trois petits camions, qu’elle a équipés pour fonctionner comme cliniques mobiles à Gaza.

Depuis le début du conflit entre le Hamas et Israël, DanChurchAid a amélioré les véhicules pour qu’ils puissent jouer le rôle des Urgences, apportant les premiers soins intensifs aux blessés de Gaza.

Nous venons d’apprendre que ces trois cliniques mobiles ont été bombardées et détruites pendant la nuit du 5 Janvier. Les véhicules étaient garés près du siège des Comités pour la Santé et ils étaient tous clairement munis d’une croix rouge et de l’indication “clinique mobile”.

”Jusqu’à présent nous avons pu aider les blessés et les souffrants, parce que nos véhicules étaient présents et opérationnels dans Gaza. Cette possibilité de secours est maintenant anéantie. Nous sommes profondément choqués que les bombardements Israëliens s’en prennent aux moyens d’aide humanitaire. » déclare Henrik Stubkjær, Secrétaire Général de DanChurchAid.

DanChurchAid a réservé d’autres fonds pour l’achat d’un nouveau véhicule pour Gaza, mais pour l’équiper en clinique mobile et le mettre à disposition dans les zones où l’aide est nécessaire, il faudra du temps.

Nous envisageons aussi la possibilité de fournir d’autres cliniques mobiles.

La version anglaise du communiqué est disponible sur le site de DanChurchAid.

Résumons donc – depuis le début de la guerre contre Gaza, les faits suivants ont pu être relevés:
– bombardement de cliniques mobiles présentant les insignes réglementaires dénotant le matériel sanitaire (croix ou croissant rouge sur fond blanc);
– des tirs délibérés contre des ambulances et des infirmiers;
– des tirs délibérés contre des civils blessés tentant d’échapper aux tirs;
– tirs délibérés contre des convois humanitaires de l’UNRWA;
refus d’apporter des soins à des civils blessés;
bombardement d’écoles de l’UNRWA

Je passe sur le maintien du blocus, y compris sur les produits humanitaires, tant du côté israëlien qu’égyptien, sur le bombardement de quartiers densément habités, et sur l’interdiction d’entrer opposé aux journalistes étrangers, sous l’argument assez paradoxal que la situation en termes de sécurité n’était pas propice à leur présence, alors même que cette situation est du seul fait de l’armée israëlienne. Je passe également sur les plus de 800 morts palestiniens (onze morts du côté israëlien depuis le début de cette guerre d’agression), dont des représentants de l’UNRWA estimaient la proportion de non-combattants à entre 30 et 70%.

Je passe également sur la pureté passée des armes israëliennes: Qana en 1996 puis en 2006, les assassinats politiques israëliens euphémisés sous le vocable "assassinats ciblés" (c’est encore plus euphémisé en anglais – "targeted killings") et les innombrables victimes innocentes qui s’ensuivent (les médias et les gouvernants disent victimes "collatérales"), l’assassinat de Rachel Corrie et Tom Hurndall, et les tueries massives de civils palestiniens depuis le commencement de la seconde intifada.

Ce ne sont pas des incidents: c’est une politique, délibérée ou implicite. Et si l’on rajoute à cela le traitement de diplomates de pays amis (par exemple la façon dont fût traitée une diplomate française accréditée en Israël, retenue dix-sept heures à un checkpoint israëlien) et un historique comportant des attaques armées extrémement meurtrières contre des avions de ligne (un avion de ligne libyen en 1973) ou même des navires de combat étatsuniens (l’USS Liberty), sans que ces comportements ne soient le moins du monde sanctionnés sur le plan judiciaire (ni même sur le plan diplomatique, par ailleurs), on ne peut que s’interroger sur les mécanismes politiques et médiatiques qui font que de tels comportements n’empêchent pas à jamais de parler de pureté des armes. La qualité des victimes, peut-être?

Une résolution pour rien, alors qu’Israël bombarde Gaza au phosphore blanc en pleine trève

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Pendant que je vois les images en direct d’Al Jazeera des bombardements israëliens de Gaza, avec des bombes au phosphore apparemment – selon les commentateurs – en pleine trève unilatérale apparemment, je trouve enfin le texte de la résolution qui vient d’être votée par le Conseil de sécurité. Par quatorze voix contre zéro et une abstention (Etats-Unis), le Conseil de sécurité des Nations-Unies a adopté la résolution n° 1860. En voici un extrait en anglais (pas de version française pour l’instant) reprenant les paragraphes opérationnels:

Resolution 1860 (2009) Adopted by 14 in Favour, Abstention by United States;
Also Calls for Unimpeded Humanitarian Assistance, Welcomes Egyptian Initiative

(…) 1. Stresses the urgency of and calls for an immediate, durable and fully respected ceasefire, leading to the full withdrawal of Israeli forces from Gaza;

2. Calls for the unimpeded provision and distribution throughout Gaza of humanitarian assistance, including of food, fuel and medical treatment;

3. Welcomes the initiatives aimed at creating and opening humanitarian corridors and other mechanisms for the sustained delivery of humanitarian aid;

4. Calls on Member States to support international efforts to alleviate the humanitarian and economic situation in Gaza, including through urgently needed additional contributions to UNRWA and through the Ad Hoc Liaison Committee;

5. Condemns all violence and hostilities directed against civilians and all acts of terrorism;

6. Calls upon Member States to intensify efforts to provide arrangements and guarantees in Gaza in order to sustain a durable ceasefire and calm, including to prevent illicit trafficking in arms and ammunition and to ensure the sustained re‑opening of the crossing points on the basis of the 2005 Agreement on Movement and Access between the Palestinian Authority and Israel; and in this regard, welcomes the Egyptian initiative, and other regional and international efforts that are under way;

7. Encourages tangible steps towards intra-Palestinian reconciliation including in support of mediation efforts of Egypt and the League of Arab States as expressed in the 26 November 2008 resolution, and consistent with Security Council resolution 1850 (2008) and other relevant resolutions;

8. Calls for renewed and urgent efforts by the parties and the international community to achieve a comprehensive peace based on the vision of a region where two democratic States, Israel and Palestine, live side by side in peace with secure and recognised borders, as envisaged in Security Council resolution 1850 (2008), and recalls also the importance of the Arab Peace Initiative;

9. Welcomes the Quartet’s consideration, in consultation with the parties, of an international meeting in Moscow in 2009

Réaction de Michel Abdel Massih, juriste, interviewé par Al Jazeera: "le mot-clé est l’adjectif immédiat – cessez-le-feu immédiat, qui figure dans le premier paragraphe 1 de la résolution. Israël a déjà violé la résolution 1860 en poursuivant sa guerre. Le paragraphe 5 condamne toute violence de la part de toutes les parties, et ne va pas assez loin car ignore les violations substantielles du droit international humanitaire. Ces violations audraient d’être mentionnées dans la résolution. La résolution peut être appliquée si la volonté politique existe, avec des sanctions à la clé. Cette résolution est contraignante. Mais il faut négocier avec le Hamas pour ne pas que la résolution ne soit percue comme étant partiale. Les roquettes du Hamas, criminelles? Le problème c’est la proportionnalité, leurs actes sont disproportionnés. Le Conseil de sécurité aurait pu saisir la Cour pénale internationale. Le bombardement des écoles de l’UNRWA sont un exemple de crimes internationaux, car une opération militaire résultant dans des morts de nombreux civils est criminelle même si la mort des civiles n’est pas l’objectif visé".

Mouin Rabbani, de l’Institut d’études palestiniennes à Amman, toujours sur Al Jazeera: "les vues du Hamas n’ont pas été prises en compte. Pas d’appel au retrait immédiat et inconditionnel de Gaza, comme en 1978 et la résolution 425 relative au retrait immédiat des troupes israëliennes du Liban. Il n’y a pas de calendrier, contrairement à la résolution 1701 sur le Liban, pas de sanctions. L’abstention étatsunienne est un signal pour les Israëliens de ne pas y prêter attention et de continuer avec leur offensive. La situation est terrible mais peut empirer – l’attaque peut se poursuivre et viser le centre de Gaza. Cette résolution est difficilement acceptable pour le Hamas, qui n’a pas été consulté. Il aménera une escalade.". Pendant qu’il dit ça sur Al Jazeera, des images en direct montrent des nuages blancs et noirs après des bombardements israëliens à Gaza, qui ont lieu alors même que la résolution a été adoptée. "L’Autorité palestinienne a été très affaiblié, je ne vois pas comment Abou Mazen pourra tirer profit de la crise. L’initiative égyptienne, en liaison avec l’initiative turque, se fait au moins en contact avec le Hamas".

Riyad Maliki, ministre des affaires étrangères d’Abou Mazen, est étonné de l’abstention étatsunienne, soulignant que la résolution a été rédigée selon ses orientations.

Du côté israëlien, pas de surprise. L’ambassadeur israëlienne à Bruxelles, Tamar Catarivas-Samash, avait annoncé la couleur:

"Une trêve humanitaire permettrait au Hamas de se ressaisir. De plus, elle n’est pas nécessaire. (…)
– Des ONG jugent pourtant la situation humanitaire catastrophique…
– Cela fait partie de la guerre de propagande menée contre Israël. (…) nous ne laisserons personne, pas même l’ONU, nous arrêter avant d’avoir atteint notre objectif : mettre fin aux attaques terroristes sur le sud d’Israël. Et, dans la foulée, ramener le calme à Gaza, dont les habitants sont, eux aussi, les otages du Hamas".

On peut pas dire qu’elle va à l’encontre des instructions de sa supérieure, qui a réagi de manière prévisible à l’adoption de la résolution 1860:

"Israel has acted, is acting, and will continue to act only according to its calculations, in the interest of the security of its citizens and its right to self defense"

Le meilleur commentaire est celui du président de l’assemblée générale de l’ONU (qui se réunit en session spéciale consacrée à la situation humanitaire en Palestine occupée sur demande de la Malaisie), Miguel d’Escoto Brockmann, prêtre et ancien ministre des affaires étrangères du Nicaragua, menacé de mort et déclaré persona non grata en Israël après avoir appelé au boycott d’Israël et déclaré l’absence d’existence d’un Etat palestinien le plus grand échec dans l’histoire de l’ONU (pas d’accord: je placerai le génocide rwandais en premier):

"Je ne supporte pas cette impuissance, nous trahissons le monde de la sorte. (…) Israël ne respecte pas les résolutions du Conseil de sécurité, on le sait, mais il pourrait tout de même respecter celles de l’Assemblée générale de l’ONU – après tout, il lui doit son existence, et pas beaucoup d’entre nous peuvent en dire autant".

Et pendant ce temps, les bombardements continuent.

ADDENDUM: Voici le texte français de la résolution 1860.

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