Excellente comparaison de la participation électorale au Maroc, en Tunisie et en Espagne

Trouvé sur le blog de Reda Lemniai cet excellent tableau comparatif entre le nombre total d’électeurs potentiels, le nombre total d’électeurs inscrits, le nombre total d’électeurs ayant voté et enfin le nombre total de bulletins blancs entre les élections tunisienne, espagnole et marocaine récentes. Eloquent, non?

Merci, mais non merci

J’ai boycotté la mascarade de référendum constitutionnel cet été, et je boycotte les élections à la chambre des représentants ce vendredi 25 novembre. Et pourtant je ne suis pas un fan du boycott: à chaque fois que j’en ai eu l’occasion au Maroc, j’ai toujours voté. Lors de précédents référendums, j’ai voté non (je ne peux pas me rappeler avoir jamais voté oui). J’ai voté aux élections de 2007. Je pars du principe qu’on me demande mon avis une fois tous les cinq ans, et que je me dois de le donner.

Mais cette année, je ne marche plus. Ce n’est pas le principe d’élections: je ne crois guère à la démocratie directe, et ne suis pas un amoureux de la violence révolutionnaire. Je crois à la démocratie parlementaire traditionnelle, avec séparation des pouvoirs et Etat de droit. Ce en quoi je ne crois plus du tout, c’est la faculté de ce régime de se démocratiser sans y être contraint par la pression populaire. Ce doit être de la naïveté, mais l’évidence ma frappé que la démocratisation du Maroc ne serait pas octroyée, mais arrachée.

C’est surtout le contexte qui m’a ouver les yeux: qu’ont les Tunisiens et les Egyptiens de plus que nous? Pourquoi nous contenter de miettes alors que nous, peuple marocain, pourrions reprendre notre souveraineté, et faire comprendre au régime que s’il est en place, ce n’est parce qu’une majorité du peuple le veut bien? La situation du Maroc est certes différente: la légitimité du Roi est réelle, même si ses fondements ne sont pas démocratiques. Mais le Marocain moyen est confronté quotidiennement à la corruption, à la paupérisation, aux services publics indigents, au mépris, à la violation des droits et à la négation de l’Etat de droit, comme en Egypte et en Tunisie. Le chef de l’Etat porte un titre différent et les institutions et traditions différent, mais comment nier les similitudes? Les peuples ne s’y sont pas trompés, et le peuple marocain pas moins que les autres peuples arabes.

Tout d’un coup, les revendications qui étaient cantonnées dans un cercle restreint d’intellectuels et de militants ont ont eu une deuxième vie dans les manifestations du mouvement du 20 février, mêlant jeunes et vieux, islamistes et gauchistes, hommes et femmes, chômeurs et professeurs d’université. Pour la première fois depuis des décennies, on parle constitution, institutions, injustice sociale et corruption au quotidien, le peuple s’appropriant de thèmes autrefois réservés aux colloques ou soirées militantes. Pour la première fois depuis les années 60, la contestation frontale de l’omnipotence royale dépasse le cercle des suspects usuels. Dans le regard des Marocains, dans celui des opinions étrangères et surtout dans celui du régime, la sensation que les choses ont changé pour de bon s’est imposée, avec des conclusions différentes toutefois – le régime et ses parrains étrangers cherchent moins à accompagner le changement qu’à l’esquiver.

Alors que le chef de l’Etat avait régné douze ans sans jamais évoquer de changement constitutionnel, il a fallu la chute de Benali et de Moubarak et le début de l’insurrection libyenne pour que le pouvoir se décide, par le discours royal du 9 mars, à faire montre de volonté de réforme. Contrairement à d’autres, je n’ai pas un seul instant cru que le pouvoir aller s’auto-réformer – en lisant le discours royal du 9 mars des heures après avoir les réactions enthousiastes sur Twitter, je me suis demandé si j’avais la bonner version, tant j’étais frappé par le peu de différence entre ce qui avait été à ce moment-là et le discours institutionnel officieux de douze années de règne. Très, très vite, les modalités de désignation de la commission Menouni chargée de rédiger la nouvelle constitution, la répression de la contestation, et l’absence de transparence des débats et travaux de ladite commission avaient eu raison de toute illusion. Ce n’est cependant qu’in extremis, face à la caricature d’opération référendaire de la fin juin, que je me suis décidé, non sans hésitation, à boycotter le référendum. Le résultat abracadabrantesque (98,5% de "oui"), dans la droite lignée de feu Driss Basri, m’a heureusement conforté dans mon choix (j’aurais cependant préféré me tromper, par souci du bien du pays).

Malgré ce premier boycott, j’ai été plutôt en faveur d’une participation à ces élections législatives: je me disais que continuer à boycotter était lâche, qu’il aurait fallu dans ce cas boycotter l’Etat dans ses autres manifestations – impôts, redevances, démarches administrative – dans un esprit de désobéissance civile. Je me disais qu’une poignée de députés éstampillés 20 février pourrait empêcher le amkhzen de tourner en rond. C’est en écoutant Fouad Abdelmouni que j’ai vu la lumière: la démocratisation du Maroc, la récupération de la souveraineté populaire, ne seraient acquis qu’après un processus passant par les protestations populaires du mouvement du 20 février. Pour que ce processus aboutisse, une mobilisation populaire croissante est nécessaire – et de d’autant que les opérations électorales au Maroc obéissent à d’autres critères que les seules préférences ou considérations idéologiques.

Cette décision est d’autant plus facile à prendre que le parti dont je me sens le plus proche, le PSU, s’est prononcé en faveur du boycott – rejoignant ainsi le PADS et Al adl wal ihsan. Voter, alors que dans les circonstances nationales et internationales nous devrions espérer beacoup mieux que l’ersatz de réformes actuel, c’est renoncer à des lendemains meilleurs. Avec une année sociale et économique 2012 qui s’annonce comme une des pires depuis le plan d’ajustement structurel, tout le monde sait, et le Palais le premier, que la prochaine épreuve de force touchera au coeur du système – la mkhzen économique. La démocratie se gagne et ne s’octroie pas, et participer à cette mascarade électorale serait être complice – ces élections, vu leurs modalités, ne pourront apporter le changement dont le Maroc a besoin.

Pour d’autres voix en faveur du boycott, voir mamfakinch, Larbi et Hisham. Moorish Wanderer y est opposé de même que Réda Chraïbi. L’ami Mounir souhaiterait que le mouvement du 20 février s’intègre aux institutions. A l’ombre de Taha Hussein est désabusé. Omar el Hyani se tâteKarim Tazi déclare vouloir voter pour le PJD, dont il est pourtant loin de partager le conservatisme. Voir aussi le compte-rendu de Hisham chez Global Voices des débats sur les législatives sur les blogs marocains.

La participation politique des femmes au Maghreb, un thème qui plaît aux occidentaux

Je viens de découvrir l’existence d’un site récemment créé, "Leadership féminin au Maghreb", dans le cadre d’un projet financé par le gouvernement espagnol et mené en coopération avec les Nations-Unies. Son thème est le soutien au développement de la participation politique des femmes:

Bienvenue sur le site du projet UN-INSTRAW / CAWTAR sur « le renforcement du leadership féminin de la participation des femmes à la vie politique et au processus de prise de décision en Algérie, au Maroc et en Tunisie ».

Le projet, vise à interpeller des acteurs femmes et hommes de différents horizons afin de soutenir une approche participative pour un dialogue sur la thématique du projet, prenant en considération les spécificités de la sous-région arabe couverte par le projet mais également les particularités inhérentes à chaque pays.

Bravo, très bien, aucun moyen ni raison de s’opposer à une participation accrue des femmes maghrébines à la vie politique de la Tunisie (encore que certains Tunisiens souhaiteraient sans doute qu’une femme en particulier participe un peu moins à la prise de décision), de l’Algérie et du Maroc (la Libye et la Mauritanie ne sont pas couverts par ce projet). Petit détail: en bonne logique, cela pré-supposerait que les élections maghrébines soient libres et transparentes et la prise de décision démocratique, car à quoi bon augmenter la participation des femmes à des élections truquées ou à une prise de décision autocratique et opaque?

Ne rêvons pas les yeux ouverts: la liberté d’association, la liberté d’expression, l’interdiction de la torture, le droit à des procès équitables, l’indépendance de la justice, tout cela intéresse infiniment moins les partenaires occidentaux des pays maghrébins. Faudrait pas non plus gâcher le dialogue civilisationnel, quand même, et la parité est désormais une question consensuelle (chez les bailleurs de fonds comme chez les pouvoirs maghrébins), contrairement à la démocratisation…

Un petit conseil par ailleurs aux administrateurs du site: le widget "chiffres clés" contient une erreur flagrante s’agissant de l’année à laquelle le droit de vote dans les trois paysa été accordé aux femmes: au Maroc, ce fût en 1960 (les premières élections au suffrage universel du Maroc eurent lieu cette année-là, et il s’agissait d’élections municipales), et non en 1963. Une correction s’impose.

Autopsie des élections présidentielles iraniennes, ou tous les chemins mènent à Qom

elections
Ma vision des élections présidentielles iraniennes a été celle d’un agnostique. Lorsque j’ai entendu le résultat officiel des élections présidentielles iraniennes du 12 juin dernier, donnant Ahmedinejad gagnant au premier tour avec 62% des voix, j’ai été surpris. Ma première réaction était cependant de reconnaître que je n’y connaissais rien et que rien ne pouvait être plus trompeur sur l’intention réelle de tout l’électorat que les impressions glanées à Téhéran par la presse internationale, dont on peut se dire que la plupart des envoyés ignorent le farsi – bref, le syndrome mon-chauffeur-pense-que bien connu des journalistes et diplomates à l’étranger. Après tout, si on se basait sur les opinions de New Yorkais pour tenter de savoir si Bush était plus populaire que Kerry en 2004, ce dernier aurait été donné vainqueur sans coup férir. Il n’est donc pas si rare de voir un électorat défier les préférences quasi-universelles du reste du monde et voter pour un candidat populaire à l’intérieur mais honni ou pas pris au sérieux à l’extérieur – Bush en 2004, Berlusconi et Netanyahu récemment.

Ma réaction n’était donc pas loin de celle de Georges Malbrunot du Figaro: "Pourquoi une telle surprise?".

J’avais également apprécié le ton comme toujours décalé de Dedefensa dans "L’Iran et nous":

Que faire de l’Iran? Formulons différemment la question: que faire de l’Occident? Depuis vingt ans (prenons ce terme pour rester dans la séquence), l’Occident poursuit une politique d’ingérence et de critique ouverte des autres, une politique que nous qualifions de déstructurante. Tout cela est basé sur l’affirmation arrogante, infantile et mécanique de la supériorité d’un système dont on mesure chaque jour l’infamie et l’imposture, – nous parlons du système occidental, sans aucun doute.

S’il est jugé légitime de critiquer l’élection iranienne et ses magouilles, les troubles qui en résultent et les manipulation d’Ahmadinejad, n’est-il pas alors tout aussi légitime pour les autres de critiquer fondamentalement un système qui affirme avec tant de hauteur sa supériorité et qui n’est pas capable d’attirer plus d’un tiers de ses citoyens pour renouveler le Parlement européen, dans une caricature honteuse de démocratie transnationale où les volontés populaires sont absolument ignorées? S’il est jugé légitime de critiquer l’extrémisme d’Ahmadinejad, n’est-il pas justifié pour les autres d’en faire au moins autant, nous qui avons la force en plus pour traduire nos anathèmes en actes, à l’encontre de notre politique d’un extrémisme épouvantable, avec les manipulations qui vont avec, telle qu’elle se manifeste avec zèle et constance, du Kosovo à l’Irak, des excès de la croisade anticommuniste à la bonne conscience de la croisade anti-islamiste? (Au reste, pour trancher le débat général sur nos responsabilités et notre politique radicale et encore mieux mesurer les fondements de la situation actuelle, Obama nous a récemment et opportunément rappelé que la situation en Iran est due à un enchaînement dont la source est un coup d’Etat machiné en 1953 par le couple CIA-MI5, liquidant le démocratiquement élu Mossadegh.)

Que valent ces exclamations outragées devant les conditions des régimes “démocratiques” des autres lorsqu’on conduit une politique de relations internationales suprématiste de force, d’ingérence et de menaces enfantée par un système dominant par la force, dont l’illégitimité est avérée, dont la course alimente une structure crisique qui menace la survie de l’humanité? Comme d’habitude, comme à chaque crise “des autres”, leur crise a d’abord l’effet de nous révéler à nous-mêmes. Comme d’habitude, le constat qu’il nous faudrait donc une “nouvelle pensée”, comme l’a rappelé Gorbatchev; comme d’habitude, l’observation qu’elle commencerait par la mise en cause de nous-mêmes par nous-mêmes, par simple logique de reconnaissance de la hiérarchie des responsabilités des politiques et de la responsabilité de la puissance dominante. Il n’y a évidemment rien de très original dans de tels propos. La malheureuse situation iranienne n’y change rien.

J’étais même relativement convaincu - ça n’arrive pas tous les jours - par un ex-colonel du renseignement militaire israëlien, Ephraim Kam:

Pulse: Were you surprised by the results of the Iranian elections?
Kam: There was no surprise in the election victory of Ahmadinejad. The surprise was in the far-reaching majority he received in the first round. Most assessments were that he would win because he had advantages over his opponents, specifically he is quite popular among the poor and in the rural villages and he had the support of the spiritual leader, the Revolutionary Guards, as well as religious organizations. However, there is some basis to suspect that the results were distorted because his victory is too overwhelming.

Puis j’ai lu le fameux post de Juan Cole, professeur arabophone spécialiste du chiisme en Irak, dans lequel il démontait la thèse de la victoire électorale d’Ahmedinejad, avec des arguments factuels très convaincants, notamment le score ridicule de l’azeri Mir Houssein Moussavi dans sa propre région, et de même pour l’autre candidat réformateur Mehdi Karoubi, originaire du Luristan. Cole soulignait en outre le fait que la répartition des voix est proportionnellement la même à travers le pays, alors que les précédentes élections présidentielles avaient été marqué par de très substantielles différences de répartition des voix entre candidats selon les régions (c’est d’ailleurs un phénomène assez universel: le PJD n’a pas le même nombre de voix à Tanger qu’à Dakhla, ni l’UMP à Neuilly qu’à Montreuil. Lisez le post, et vous serez convaincus.

Mais pour mon malheur j’ai ensuite lu "Ahmadinejad won. Get over it" de Flynt Leverett et Hillary Mann Leverett dans Politico, et j’ai été décontenancé:

The shock of the “Iran experts” over Friday’s results is entirely self-generated, based on their preferred assumptions and wishful thinking. (…) More fundamentally, American “Iran experts” consistently underestimated Ahmadinejad’s base of support. Polling in Iran is notoriously difficult; most polls there are less than fully professional and, hence, produce results of questionable validity. But the one poll conducted before Friday’s election by a Western organization that was transparent about its methodology — a telephone poll carried out by the Washington-based Terror-Free Tomorrow from May 11 to 20 — found Ahmadinejad running 20 points ahead of Mousavi. This poll was conducted before the televised debates in which, as noted above, Ahmadinejad was perceived to have done well while Mousavi did poorly.

Puis j’ai lu l’article "The Iranian People Speak" de deux sondeurs ayant réalisé un sondage d’opinion en Iran juste avant les élections pour la Terror Free Tomorrow:

The election results in Iran may reflect the will of the Iranian people. Many experts are claiming that the margin of victory of incumbent President Mahmoud Ahmadinejad was the result of fraud or manipulation, but our nationwide public opinion survey of Iranians three weeks before the vote showed Ahmadinejad leading by a more than 2 to 1 margin — greater than his actual apparent margin of victory in Friday’s election.

Citons un passage du sondage en question:

The current mood indicates that none of the candidates will likely pass the 50 percent threshold needed to automatically win; meaning that a second round runoff between the two highest finishers, as things stand, Mr. Ahmadinejad and Mr. Moussavi, is likely. In the 2005 Presidential elections, the leader in the first round, Hashemi Rafsanjani, lost to his runner-up, Mr. Ahmadinejad, in the second round run off—though an incumbent has never been defeated in a Presidential election since the beginning of the Islamic Republic. Inside Iran, considerable attention has been given to Mr. Moussavi’s Azeri background, emphasizing the appeal his Azeri identity may have for Azeri voters. The results of our survey indicate that only 16 percent of Azeri Iranians indicate they will vote for Mr. Moussavi. By contrast, 31 percent of the Azeris claim they will vote for Mr. Ahmadinejad.

Ahmedinejad aurait-il donc gagné pour de vrai? Non, selon la politologue Farideh Farhi, s’exprimant dans le Christian Science Monitor et qui estime que les résultats officiels sont "sortis d’un chapeau":

Results from 39.2 million handwritten ballots came much more swiftly than in previous votes, emerging within hours. Detailed election data typically released has not been made public.

Iran’s Supreme Leader sanctioned Ahmadinejad’s victory after a day, instead of the customary three.

Ahmadinejad made a surprisingly strong showing in wealthier cities, where he is known to have less support, and in the ethnic strongholds of his rivals. Results from cities and rural areas normally vary, but this time were remarkably consistent.

Farideh Farhi of the University of Hawaii, whose decades of studying Iran has included poring over data from Iranian elections, says the result was "pulled out of a hat."

Un sociologue iranien, Mansoor Moaddel, invité par Juan Cole, est également très critique contre ce sondage et la version officielle des résultats:

The absurdity of the government’s election engineering is that none of the candidates managed to get more than a fraction of the votes even in their hometowns. And the scarcely veiled threats by the Revolutionary Guards to swiftly stifle any attempt at a “velvet revolution,” the disconnection of the SMS network of mobile users, and the filtering of websites belonging to the reformist candidates – all seem more characteristic of a dictatorship staging a political coup than of a confident incumbent administration awaiting a mandate from the people.

Ca commence à devenir assez déroutant tout ça. L’engouement pour Moussavi à l’étranger, cet ancien dignitaire du régime islamique, serait-il le résultat de wishful thinking, comme l’écrit Abbas Barzegar dans The Guardian? On peut en être convaincu dix secondes puis on tombe sur un post relativisant le fameux sondage précité, publié dans le Washington Post – qui avait publié l’article des deux sondeurs. Et un autre post dans le même WP répercute une étude d’un universitaire, Walter R. Mebane, Jr., concluant que "the results give moderately strong support for a diagnosis that the 2009 [Iranian] election was affected by significant fraud".

De façon intéressante, le spécialiste és sondages étatsunien Nate Silver, fondateur du site 538.com, a consacré plusieurs billets aux présidentielles iraniennes. Dans un premier post consacré aux sondages, il soulignait les grandes différences d’un sondage à un autre, avec les sondages de mai et juin donnant de 32% à 53,5% à Ahmedinejad et de 14% à 36,7% pour Moussavi:
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Dans un second post,  les incohérences des résultats étaient pointées: ainsi, le candidat réformateur Mehdi Karroubi avait obtenu 55,5% respectivement 36,7% des suffrages exprimés lors des présidentielles de 2005 dans les provinces du Lorestan (sa province natale) et du Khouzestan, alors que les résultats officiels de 2009 ne lui donnaient que 5% et 1% respectivement, et qu’Ahmedinejad le devance de manière absolument écrasante en 2009 dans toutes les provinces où Karroubi le devançait en 2005…

Dans un troisième post, Nat Silver soulignait que si les trois candidats conservateurs (dont Ahmedinejad) avaient péniblement atteint 41% des suffrages exprimés au premier tour de l’élection présidentielle de 2005, Ahmedinejad atteignait à lui seul 63% des suffrages exprimés dès le premier tour en 2009, tandis que le candidat libéral Mehdi Karroubi ne parvenait, selon les chiffres officiels de 2009, qu’à garder moins de 5% de ses électeurs de 2005 (sur 100 électeurs de Karroubi en 2005, seuls 5 auraient à nouveau voté pour lui en 2009).

Et ainsi de suite: un nouveau décompte des voix factice; un trop grand nombre de résultats commençant par 7 pour le candidat libéral Mehdi Karroubi, en violation de la loi (statistique) de Benford; le mystère de l’explosion du nombre de voix pour Ahmedinejad en zone rurale; la logique fallacieuse de l’ayatollah Ali Khameneï; la distribution des voix par bureau de vote et ses bizarreries; et une note finale sur les dissonnances statistiques et la fraude électorale.

Sans compter le rapport de Chatham House:

Working from the province by province breakdowns of the 2009 and 2005 results, released by the Iranian Ministry of Interior on the Farsi pages of their website shortly after the election, and from the 2006 census as published by the official Statistical Centre of Iran, the following observations about the official data and the debates surrounding it can be made.
· In two conservative provinces, Mazandaran and Yazd, a turnout of more than 100% was recorded.
· If Mahmoud Ahmadinejad’s victory was primarily caused by the increase in voter turnout, one would expect the data to show that the provinces with the greatest increase in voter turnout would also show the greatest ‘swing’ in support towards Ahmadinejad. This is not the case.
· In a third of all provinces, the official results would require that Ahmadinejad took not only all former conservative voters, all former centrist voters, and all new voters, but also up to 44% of former reformist voters, despite a decade of conflict between these two groups.
· In 2005, as in 2001 and 1997, conservative candidates, and Ahmadinejad in particular, were markedly unpopular in rural areas. That the countryside always votes conservative is a myth. The claim that this year Ahmadinejad swept the board in more rural provinces flies in the face of these trends.

Mais ce qui a finalement emporté ma conviction, c’est la manière dont été arrêtés –rapidement après l’annonce des résultats officiels, 500 arrestations déjà dans les cinq jours ayant suivi les élections du 12 juin, dont 19 le lendemain du scrutin (voir ce tableau), 23 journalistes et 70 professeurs d’université – de proches de Moussavi (et 5 parents d’Akbar Hachémi Rafsandjani), puis réprimés les manifestations massives des sympathisants des autres candidats à la présidentielle – 20 morts et 1032 arrestations au 1er juillet. Le comportement du pouvoir théocratique iranien, uni derrière Ahmedinejad, est comme celui d’un mari dont la femme aurait disparu sans laisser de traces. Des indices laissent penser que le mari pourrait être derrière cette disparition, mais en même temps chacun de ces indices peut être contesté, aucun n’étant finalement une preuve incontestable. Puis on apprend que le mari aurait vidé le compte bancaire de son épouse le lendemain de sa disparition, vendu les bijoux dans la semaine qui suit, puis laisser emmenager sa maîtresse un mois après. Même l’absence de preuves matérielles risquerait de ne pas amadouer un jury…

Le comportement du pouvoir iranien et de son représentant Ahmedinejad  n’est donc pas vraiment celui d’un vainqueur type d’élections libres et démocratiques : outre le caractère ridiculement prématuré de l’annonce officielle des résultats – bien avant le délai officiel de trois jours, il faut citer aussi le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khameneï, déclarant le résultat officiel définitif avant même la décision en ce sens de l’organe compétent en matière de contrôle électoral, le Conseil des Gardiens. Cerise sur le gâteau : la déclaration du Conseil des Gardiens reconnaissant que le nombre des votants a été supérieur à celui des électeurs dans une cinquantaine de villes. Selon le Conseil, cela toucherait environ trois millions de suffrages exprimés, mais comme la marge officielle de la victoire d’Ahmedinejad est bien supérieure à trois millions, une éventuelle fraude n’aurait pu, selon le raisonnement du Conseil des Gardiens, affecter le résultat final – comme le dit Nate Silver, "Worst. Damage Control. Ever.". Par ailleurs, sur ce point le Conseil fait valoir que la loi électorale iranienne permet aux électeurs de voter là où ils se trouvent et donc pas forcément sur le lieu où ils sont inscrits – un argument qui aurait pu être valide dans un autre contexte.

On retrouve là un raisonnement bien connu en France, puisqu’il fût suivi par le Conseil constitutionnel français dans l’affaire Tibéri (1) (cf. décision n° 97-2113 et autres du 20 février 1998):

5. Considérant que le cumul de ces faits, graves et répétés, au sein du même arrondissement, est de nature à accréditer l’existence d’une manoeuvre dans les conditions d’établissement de la liste électorale ;
6. Considérant, toutefois, qu’il résulte de l’instruction que le nombre des électeurs dont l’inscription peut être suspectée de fraude et qui ont voté au second tour du scrutin est sensiblement inférieur à l’écart des voix entre les candidats à ce tour, qui est de 2.725 voix ; que la manoeuvre en cause, aussi condamnable soit-elle, n’a pu dès lors inverser le résultat du scrutin ;

Amusant de constater que dans une république théocratique et dans une république laïque, le juge électoral parvient aux mêmes conclusions – quelque peu cyniques ("il a triché mais pas trop") – tous les chemins mènent à Qom…

Estimer que les élections présidentielles iraniennes ont été frauduleuses n’implique pas soutenir la hasbara anti-iranienne orchestrée par Israël et certains milieux étatsuniens: plusieurs l’ont relevé, mais la couverture médiatique et twitteresque des élections iraniennes a été parsemée de manipulations et contre-vérités: voir par exemple la compilation de douze erreurs factuelles diffusées sur Tweeter ou par médias, ou l’exagération du rôle de Twitter dans les protestations populaires contre la fraude électorale en Iran, voire même des manipulations sur Twitter. Pour certains (comme Georges Corm), il est malaisé de critiquer un régime en butte une agression militaire israëlienne en instance, et à une pression étatsunienne qui a cependant baissé depuis un an ou deux – comme si le fait d’être anti-impérialiste dispensait d’être démocrate. L’intellectuel iranien Hamid Dabashi en fait le reproche, accusant explicitement As’ad abu Khalil alias Angry Arab, qui y répond de manière assez convaincante à mon sens. Mais critiquer l’ingérence et l’agression israëlienne et étatsunienne n’implique pas d’avoir des illusions sur leurs victimes – ni Castro ni Ahmedinejad ne sont des sociaux-démocrates suédois; et en même temps, comment ne pas noter que la fraude électorale iranienne a eu un écho infiniment plus fort que les fraudes électorales tunisienne, algérienne et égyptienne (2), et le rôle stratégique de l’Iran n’explique pas tout. S’opposer à la domination étatsunienne et au sionisme n’autorise pas à manquer de lucidité sur la vraie nature de certains de ceux qui s’y opposent. Comme disait Cioran:

"On doit se ranger du côté des opprimés en toute circonstance, même quand ils ont tort, sans pourtant perdre de vue qu’ils sont pétris de la même boue que leurs oppresseurs."

Lectures conseillées:
- rapport "Note on the presidential election in Iran, June 2009" du statisticien électoral Walter Mebane:

Tests such as those considered in this paper can in general only identify places where there may be problems with the votes. In some places the suggestions may be extremely strong (e.g., for recent Russian elections, see Mebane and Kalinin 2009). In general the tests’ best use is for screening election results, not confirming or refuting claims of fraud. A significant finding should prompt investigations using administrative records, witness testimony and other facts to try to determine what happened. The problem with the 2009 Iranian election is that the serious questions that have been raised are unlikely to receive satisfactory answers. Transparency is utterly lacking in this case. There is little reason to believe the official results announced in that election accurately reflect the intentions of the voters who went to the polls.

- la liste – via The Guardian – des morts et détenus lors des manifestations contre la fraude électorale en Iran;
- les résultats détaillés, district par district, en anglais;
- "Iran. Presidential Election 2005", résultats détaillés, en anglais, des élections présidentielles de 2005;
- "Iran: le dessous des cartes électorales", avec Marie Ladier-Fouladi, avec une comparaison des résultats des présidentielles de 2009 avec celles de 2005;
- cartographie électorale comparée en les présidentielles de 2001 et de 2005;
- "La face cachée des législatives iraniennes de 2008", toujours avec Marie Ladier-Fouladi, qui soulignait la fragilité de la victoire législative des conservateurs en 2008;
- "Analyse : les fondements des luttes de pouvoir en Iran", par Muhammad Sahimi;
- "Iran : mouvement populaire et lutte de pouvoirs", par Pepe Escobar;
- "Iran: la difficile sortie du khomeynisme", par Fariba Adelkhah (2008);
- "Protest and Regime Resilience in Iran", par Bijan Khajehpour (2002);
- la constitution iranienne de 1979 telle que modifiée en 1989, traduite en français par Michel Potocki;
- un schéma simplifié des relations entre les institutions politiques iraniennes;

(1) Jean Tibéri, ex-maire de Paris après l’élection à la présidence de la République française de Chirac, avait déjà bénéficié de la mansuétude du Conseil constitutionnel 22 années auparavant (décision n° 76-824 du 12 janvier 1977), dans des circonstances comparables. Pure coïncidence, bien entendu.

(2) Je n’oublie pas le Maroc – cependant, la fraude électorale au Maroc me semble, en 2007 et en 2009, être plus le fait des candidats que de l’Etat.

Bonne nouvelle: acquittement des militants d’Annahj addimoqrati

Je vous ai parlé des sept militants d’Annahj addimoqrati arrêtés et poursuivis par les autorités judiciaires pour infraction à l’article 90 du Code électoral. Leur crime: avoir fait publiquement campagne pour le boycott des élections municipales de juin 2009. De manière assez perverse, le ministère public avait estimé que la campagne idéologique d’Annahj addimoqrati, fondée sur la dénonciation du caractère non-démocratique du régime politique marocain, constituait une manoeuvre frauduleuse incitant des électeurs à s’abstenir. Le secrétaire général d’Annahj addimoqrati, Abdallah Harif, avait d’ailleurs été au commissariat à Rabat, étant interrogé sur les raisons politiques de cette campagne, avant d’être relâché.

Voilà qu’on apprend une bonne nouvelle: le tribunal de première instance de Casablanca, devant lequel ils étaient poursuivis, les a relaxés. On n’a pas de détails sur les motifs du jugement, mais c’est Aujourd’hui Le Maroc – eh oui, le même qui m’avait évoqué deux pièces de Sartre et Pierre Desproges – qui  nous l’apprend:

Le tribunal de première instance de Aïn Sbaâ à Casablanca a acquitté, vendredi 10 juillet, les militants d’Annahj Addimocrati (Voie démocratique) poursuivis pour avoir appelé, lors de la campagne électorale, au boycott de l’opération électorale du 12 juin. Les militants acquittés du parti de Abdellah El Herrif sont au nombre de sept. Il s’agit de deux membres du secrétariat national du parti, quatre membres du conseil local et un membre du comité local du parti. Les membres de ce parti avaient reconnu, lors d’une séance du procès tenue le vendredi 3 juillet, avoir distribué, lors de la campagne électorale, des tracts incitant les citoyens à bouder les urnes.

On ne peut pas dire que cette nouvelle ait ramolli Abdallah Harif:

«le verdict prononcé à l’égard de nos camarades est normal. Nous n’avons fait qu’exprimer notre opinion politique. C’est un droit qui demeure garanti et toute poursuite dans ce sens est une violation flagrante de ce droit. En réalité, ceux qui doivent être poursuivis sont ceux qui ont déclenché la poursuite judiciaire. Ce procès est une violation des droits de l’Homme et des libertés publiques, qui normalement devraient être garanties aux formations politiques»

C’était ma rubrique plubopaysdumonde.

54,8% au Liban, c’est une défaite électorale

Avec 53,06% des suffrages exprimés contre 46,94% pour Ségolène Royal, Sarkozy s’est vu tresser les lauriers d’une victoire éclatante. Aves 52,92% des suffrages exprimés contre 45,66% pour John McCain, Barack Obama a remporté ce qui a été décrit comme un triomphe.

Au Liban, récemment, le bloc dit du 8 mars, qui regroupe principalement le Hezbollah, Amal de Nabih Berri et le Tayyar de Michel Aoun (mais également quelques autres groupements de moindre importance, comme ceux du maronite et pro-syrien Sleimane Frangié, le druze Talal Arslane et son Parti démocratique libanais et enfin le Tashnaq arménien) a recueilli 54,8% des suffrages exprimés. Et malgré ça, le bloc dit du 14 mars, autour de Saad Hariri (Moustaqbal), Samir Ja’ja (Forces libanaises), Amine Gemayel (Kataeb/Phalanges), Walid Jumblatt (PSP) et quelques autres, a pu remporter 71 des 128 sièges en jeu, le bloc du 8 mars en remportant seulement 57. Soit dit en passant, et vous ne risquez pas de le lire de sitôt dans la presse occidentale, c’est le bloc pro-occidental qui recule lors de ces élections, perdant un siège et le bloc du 8 mars en gagnant un (voir l’excellente présentation sur les résultats des élections libanaises faite par Richard Chambers de l’IFES), comme le souligne également Philippe Edmond.

Un tel résultat ferait passer les élections présidentielles étatsuniennes de 2000 pour un modèle d’exemplarité démocratique, mais il est parfaitement conforme à la logique du système électoral et institutionnel libanais, gangréné par le sectarisme, avec une démocratie de façade se résumant à des élections qui ne se jouent guère sur les programmes mais sur les identités confessionnelles, claniques et régionales (pour un pays aussi petit que le Liban ça peut étonner, mais les clivages régionaux sont très présents et viennent s’ajouter aux clivages sociaux et confessionnels – ces derniers étant gravés dans le marbre de la loi et de la coutume constitutionnelle).

Parmi les commentaires, on aura lu que le bloc du 8 mars, dont le Hezbollah, aurait perdu car Michel Aoun aurait été désavoué par l’électorat maronite/chrétien – le Hezbollah aurait été plombé par Aoun. Le désaveu est effectivement cinglant: le Tayyar de Michel Aoun a remporté dix sièges, ce qui en fait le premier parti chrétien (même s’il ne se décrit pas officiellement comme tel), devant les Forces libanaises du soudard Samir Ja’ja, en deuxième position avec cinq sièges. Si on se rapporte aux sièges par confession (pour une explication plus fouillée sur la répartition des sièges par confession, voir plus bas), on notera que le bloc du 8 mars autour d’Amal, du Hezbollah et du Tayyar a remporté 19 sièges maronites contre 16 au bloc du 14 mars autour de Hariri, Ja’ja, Gemayel et Jumblatt (même si ce dernier semble désormais avoir un pied en dehors du 14 mars), soit un gain de trois sièges pour le 8 mars comparé au résultat des élections de 2005. Parmi les sièges des autres confessions chrétiennes, la répartition est resté stable au sein des arméniens, alors que le bloc du 14 mars a gagné trois sièges parmi les autres confessions chrétiennes (grecs orthodoxes, grecs catholiques, évangéliques et divers) aux dépens de celui du 8 mars. L’étude des chiffres est claire: c’est au sein des électeurs dits musulmans que le bloc du 8 mars a perdu des sièges (un siège en moins par rapport à 2005), ce qui traduit la tension sectaire sunnite-chiite… Encore une chose que vous ne lirez pas dans la presse (même si Deen Sharp du blog Lebanese Elections 2009 a tenté de démystifier quelque peu le résultat ces élections)!

Résumons donc: la Constitution libanaise confessionnalise les postes de députés et induit une sur-représentation du nombre des parlementaires chrétiens par rapport aux parlementaires musulmans; la loi électorale de 2008 répond à la revendication chrétienne que les députés d’une confession soient le plus possible désignés par les seuls électeurs de leur propre confession; l’inscription sur les listes électorales ne reflète pas la réalité démographique du pays, notamment à Beyrouth, dans un sens défavorisant tout particulièrement les chiites – et malgré ça, l’alliance du 8 mars Hezbollah/Amal/Tayyar aouniste remporte une majorité de suffrages et une minorité de sièges. Vous comprendrez donc aisément qu’on en parle guère dans les médias ou blogs mainstream, et pourquoi il me faut vous en parler un peu plus après le saut de page. Continue reading

Annahj dimoqrati, parti politique le plus influent du Maroc

annahj

J’avais il y a quelques temps injustement ironisé sur un journal algérien qui avait qualifié Annahj adimoqrati – qui regroupe les anciens militants d’Ilal amam demeurés fidèles à leurs convictions socialistes voire marxistes – de principal parti d’opposition marocain. Je présente aujourd’hui mes plus plates excuses, tant au journal algérien en question qu’aux militants d’Annahj adimoqrati.

En effet, Annahj a activement fait campagne pour le boycott de ces élections municipales, comme pour toutes les autres élections qui se sont tenues depuis la légalisation de ce parti (en 1995) – bref, il n’a jamais participé à une seule élection. Cette ligne avait également été celle du PADS, mais ce dernier a renoncé à son boycott en participant aux législatives de 2007, position confirmée à l’occasion de ces dernières élections communales.

Cette campagne pour le boycott, fondée principalement sur le caractère non démocratique des institutions et de la constitution, a mené certains militants d’Annahj adimoqrati – dont son secrétaire-général Abdallah Harif - au poste de police. A en croire Annahj, trois militants auraient été arrêtés par les forces dites de l’ordre le 9 juin à Témara, huit militants le 10 juin à Casablanca, deux autres le même jour à Mohammedia, Abdallah Harif (17 années de détention politique au compteur) ayant en outre été convoqué et retenu dans un commissariat de police rbati pendant quatre heures le 9 juin, où il fût interrogé sur le contenu des communiqués du parti appelant au boycott - et ce sans compter les interdictions de réunions publiques et poursuites judiciaires contre des militants à Midelt et Guercif. Selon Khadija Ryadi, présidente de l’AMDH et militante par ailleurs d’Annahj, cette hargne du ministère de l’intérieur serait récente, les appels au boycott lancés par Annahj en 2007 n’ayant pas été réprimés de la sorte:

Pire encore, cette fois-ci nous avons enregistré de nouvelles violations de la part des autorités et qui n’ont pas eu lieu lors des élections législatives, à savoir l’interpellation de ceux qui appellent au boycott des élections. C’est le cas du secrétaire général du parti d’Annahj Addimocrati. Il s’agit là vraiment d’une régression.

Cette campagne de répression contre Annahj ne sembla pas avoir porté ses fruits, puisque 48% des masses populaires du corps électoral marocain a choisi de suivre son mot d’ordre en se déplacant pas pour voter vendredi dernier, du moins si l’en en croit les chiffres officiels communiqués par le ministère de l’intérieur. Quel autre parti marocain peut se targuer d’une telle assise? (Just kidding).

Entre parenthèses, on notera que les poursuites judiciaires intentées contre des militants d’Annahj sont faites sur la base de l’article 90 du Code électoral, lequel dispose ceci:

Est puni d’un emprisonnement d’un mois à trois mois et d’une amende de 1.200 à 5.000 dirhams ou de l’une de ces deux peines seulement, quiconque à l’aide de fausses nouvelles, bruits calomnieux ou autres manoeuvres frauduleuses, détourne des suffrages ou incite un ou plusieurs électeurs à s’abstenir de voter.

On relèvera le caractère vague de cette disposition pénale, en ce que ses principaux termes donnent une marge d’interpréttion considérable aux juges chargés de l’appliquer: ce n’est pas faire injure à notre magistrature que de l’imaginer capable d’interpréter les arguments politiques et idéologiques d’Annahj en faveur du boycott comme autant de "fausses nouvelles, bruits calomnieux et autres manoeuvres fruaduleuses"…

Un meilleur libellé aurait été:

Est puni d’un emprisonnement d’un à trois mois et d’une amende de 1.200 à 5.000 dirhams quiconque diffuse des informations mensongères sur l’annulation des opérations de vote, la modification de la date ou de l’horaire du scrutin, la modification de l’emplacement des bureaux de vote ou toute autre modalité pratique du vote en vue de détourner des suffrages ou de provoquer l’abstention d’électeurs.

Mais le législateur, en adoptant ce Code électoral rédigé par les services du ministère de l’intérieur, a sans doute agi en connaissance de cause…

Le Maroc exporte son savoir-faire en matière électorale

Ce serait une équipe d’experts chevronnés de haut vol dépêchée par Chakib Benmoussa qui aurait fourni l’assistance technique au PS français dans ses récentes primaires internes. Jugez-en à la lecture de cet excellent billet:

PS, partis marocains, même combat:

Ce n’est un mystère pour personne, le PS, comme d’autres partis, est composé de nombreux élus (environ 20%/25% des adhérents) et d’employés des collectivités locales ou de structures liées à ces collectivités (environ 10/15% des adhérents). Ces personnes suivent en général les consignes de leurs "grands chefs" au moment des votes.

Un bon accord vaut mieux qu’une mauvaise élection:

Primo, je rappelle que les Bouches-du-Rhône sont une grosse fédération "promise" à la Motion E (Royal). On nous avait aussi averti d’un accord avec une autre motion pour "couvrir" ces méfaits, contre un certain % de voix. Arrivé ce jeudi en début d’après-midi, on nous informe de cela !

L’élu et leader local de la motion E (je ne le citerai pas ici… mais c’est facile de savoir qui il est), apprenant que plusieurs votes dans des sections du coin seront donc contrôlés sur la base des règles communes et autres circulaires adoptés en Bureau National, nous propose carrément "30 à 50 voix de plus pour vous dans certaine sections" si finalement on abandonnait ces contrôles sur place (refus total, of course, de notre part !) : belle mise en bouche, n’est-ce pas ?

Les règles sont faites pour être respectées? Ah bon!

-Aucun isoloir ou coin un tant soit peu clos ou isolé pour voter (ce fut même constaté par un huissier envoyé par la motion E dans toutes les sections, un brin étonné…)

-Une urne "artisanale" non transparente, contrairement à ce qui est a priori demandé,

-A peine 10% des gens qui sont venus ont présenté une pièce d’identité, ceci a été présenté – sans appel – comme un acte de confiance et de convivialité,

-Un responsable local surpris à plusieurs reprises en train de signer en douce, au feutre noir, en lieu et place de militants du fichier (…)

-Plusieurs personnes très insistantes pour voter par procuration, chose interdite pour ce vote ! Je suis parvenu à empêcher toute dérogation…

-Une personne âgée, sans doute vraiment une honnête militante, a voté alors qu’elle n’était pas sur le fichier (non transférée)

L’esprit civique, ça commence avec les jeunes:

Débarquement subit et simultané d’une douzaine de gamins (16 à 19 ans maxi ?) en tenue de foot (crampons avec de la terre…) qui vont vers l’urne très très "drivés" : on leur donne le bulletin, on leur montre où cocher – à la chaîne – et enfin, chose que je n’aurais même pas osé imaginer !, on annonce haut et bien fort "Toi, M. Bidule Truc,, là, allez tu votes", les gamins hilares se succédant pour apposer un vague gribouillis, grimant difficilement leur nom d’emprunt… J’ai testé quelques-uns, ils ne répondaient pas à leurs prétendus "prénoms"… Est-il besoin de mentionner qu’ils étaient presque tous beurs ou blacks de ce quartier populaire et que, comme par magie, leurs noms et prénoms du moment étaient tous très "européens"..; ? Des membres du PS locaux – de tous âges – nous ont simplement dit dans la nuit, presque blasés : ces jeunes ont tout simplement gagné "50 euros en liquide" en venant à la section ce soir. Attention : je ne saurais pas jurer que ce fut bien le cas – puisque c’était à l’abri de mon regard déjà fort occupé – mais c’est une des explications très plausibles pour expliquer cet afflux et motivations à voter pour autrui en ricanant…

Le vote, un bel exercice de fraternité désintéressée:

En complément rapide : un collègue scrutateur plus âgé et aguerri que moi, et aussi sérieux que peut l’être un conseiller d’Etat, a eu la vive surprise de découvrir une section où 50% (oui, oui !) des personnels d’un établissement public local sont "membres du PS" local… Avec un vote à quelque 90% pour la même motion, quelle cohérence humaine rare !

Et pour ceux qui en douteraient encore, ce document.

Comme dit ma fille aînée, dans une traduction littérale du darija, c’est "comme-comme" ("bhal bhal")!

Ceci étant, d’une part il s’agit de Marseille, qui est à la France ce que Naples est à l’Italie, et d’autre part la France a une bien belle histoire en matière d’ingéniérie électorale, qui va des élections municipales à Marseille sous Defferre aux élections en Corse, en passant par les morts qui votaient à Paris sous Chirac/Tibéri et les campagnes électorales à La Réunion – surtout sous Debré – qui ne dépayseraient les heureux habitants de Settat sous Basri.

Shoe-fetishism, ou trop is te veel

J’en parlais avec Judith Butler ce matin: les prises de vues des photographes d’agences de presse couvrant la campagne présidentielle étatsunienne sont étonnantes lorsqu’est photographiée Sarah Palin – mais est-ce vraiment le personnage politique Sarah Palin qui est photographié?

Un exemple: voyez cette photo.

plasing the crowds or the photographer?

pleasing the crowds or the photographer?

On y voit au premier plan, certes un peu flou, les jambes de Sarah Palin, sur une tribune surélevée, avec au centre de la photo un membre extatique de l’audience, la main sur le coeur, regardant vers Sarah Palin – ou ses jambes, si on en croit la légende particulièrement équivoque de l’AFP (telle que lue sur yahoo.com):

Pleasing the crowd : A supporter holds his chest as he stares up at vice-presidential candidate Sarah Palin (L) during a rally in Virginia Beach,Virginia.
(AFP/Jim Watson)

Pleasing the crowd all right…

Rajoutez à cela une série impressionnante de prises de vue sur les chaussures à talon de Sarah Palin:

Cette photo est particulièrement intéressante par la légende qui l’accompagne:

Supporters listen to Republican vice presidential running mate, Alaska Gov. Sarah Palin, legs visible, during a rally with Republican presidential candidate, Sen. John McCain, R-Ariz., not visible, in Bethlehem, Pa., Wednesday, Oct. 8, 2008.
(AP Photo/Gerald Herbert)

Et quand ce ne sont pas ses jambes, il y a toujours celles de Cindy Mc Cain:

Pas étonnant que l’on voit se vendre des t-shirts du style de celui-ci, qui est parmi les plus décents:

Je sais que nombre parmi vous sont impatients à l’idée de voir les clichés des chaussures de Joe Biden, le pendant démocrate de la candidate républicaine à la vide-présidence Sarah Palin. Les voici:

Ah, mince, j’oubliais: en cherchant sur le site "photo on Yahoo news", je n’ai rien trouvé. Etonnant, non?

Ca n’a pas échappé au blog Sarah Palin Sexism Watch, qui n’approuve pas ses positions anti-féministes notamment sur l’avortement et qui appelle à voter pour Obama, mais qui épingle le traitement sexiste de Sarah Palin, ou plutôt de ses jambes. Un autre blog féministe, Shakesville, détaille également les attaques sexistes subies par Palin, tout en rejetant fermement ses opinions. De manière assez ironique, Fox News, guère connu pour ses prises de position féministes, a dénoncé le sexisme dans les prises de vue des photographes fétichistes de Reuters…

L’exploitation commerciale de ce filon a en tout cas déjà commencé. Parmi les produits les moins grossiers, j’aime assez le boxer-short "How dare Obama run for office with two small children at home" :

Maguy Kakoun présente son journal de campagne électorale à Casa ce mardi

 
Maguy Kakoun, tête de la liste nationale (et donc féminine) du Parti du centre social aux élections législatives du 7 septembre 2007, a publié un journal de campagne où elle retrace ses impressions. J’avais pour ma part voté pour elle avec mon bulletin de vote pour la circonscription nationale, et pour le PSU avec mon bulletin local.
Elle présentera et signera son livre au Carrefour des Livres (angle rue des Landes et rue Vignemale, au Mâarif) à Casablanca ce mardi 22 avril à 19.00. Je tâcherai d’y être et d’en rendre compte ici.

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