Un détraqué sexuel et un criminel de guerre au Mazagan Beach Resort (Maroc)

On peut se demander ce qu’il y a d’arabe dans le Inter-Arab Cambist Association (ICA), et c’est également une question qu’on peut se poser s’agissant du Maroc et de sa politique étrangère. On a appris il ya quelques semaines que l’ex-premier ministre et criminel de guerre britannique Tony Blair ainsi que le détraqué sexuel Dominique Strauss-Kahn allaient honorer le sol marocain de leur présence lors du 37e conférence de l’ICA devant se tenir au Maroc du 15 au 18 novembre, au Mazagan Beach Resort (espérons que le personnel féminin de cet hôtel sera resté à la maison). Pour Tony Blair, il s’agit de retrouvailles – le Maroc honore la solidarité inter-rarabe en déroulant régulièrement le tapis rouge à Blair, déjà venu au Mazagan Beach Resort en 2011. Si l’hospitalité marocaine à l’égard des noirs de peau se manifeste surtout à coup de matraques et d’insultes racistes, le Maroc sait se montrer tolérant, accueillant et respectueux de l’autre quand celui-ce est un ex-potentat occidental (on verra plus bas que les autorités marocaines ne pratiquent aucune exclusive ethnico-religieuse s’agissant de potentats, despotes et autres criminels). Si des militants britanniques suivent à la trace le criminel de guerre Blair en vue de son arrestation, du côté marocain on est surtout occupé à casser du sub-Saharien et à blâmer ces salopards de Palestiniens pour l’outrecuidance qu’ils ont à ne pas tous être tout à fait aussi veules, résignés ou complices que nous, et à nous le rappeler par leur sacrifice.

Bien sûr, la Constitution imitation cuir de 2011 affirme bien, dans son préambule,"protéger et promouvoir les dispositifs des droits de l’Homme et du droit international humanitaire et contribuer à leur développement dans leur indivisibilité et leur universalité". Mais en l’absence d’incrimination spécifique des crimes de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre dans le Code pénal, cette disposition est sans effet, et nul ne peut être condamné sur la seule base du texte constitutionnel – on notera au passage que diverses ONG nationales et internationales (cf. par exemple la FIDH sans ce rapport de 2007, "Le Statut de la CPI et le droit marocain: Obstacles et solutions à la ratification et la mise en oeuvre du Statut de la CPI par le Maroc") ont réclamé que le Maroc incorpore la répression de ces crimes dans son droit pénal. En effet, le principe de légalité des peines empêche que soit condamné quelqu’un pour un crime non établi – de manière précise et claire – par la loi au moment de sa commission. Cette lacune est d’autant plus significative que le Maroc a pourtant ratifié les Conventions de Genève de 1949 ainsi que leurs deux protocoles additionnels de 1977, ainsi que la Convention de 1948 contre le génocide (pour la liste des différentes conventions de droit international humanitaire ratifiées par le Maroc, voir ici). Cette lacune avait contraint les avocats qui avaient déposé plainte contre Tzipi Livni lors de sa venue aux MEDays de l’Institut Amadeus (de Brahim Fassi Fihri, fils du conseiller du Roi Taëib Fassi Fihri) à se fonder sur l’incrimination de terrorisme.

C’est donc ainsi que le Maroc a pu accueillir Tzipi Livni ou le satrape guinéen Dadis Camara, la première impliquée dans les crimes de guerre en tant que ministre siégeant au cabinet restreint de sécurité du gouvernement israélien lors de la guerre contre Gaza de 2009, le second dans des crimes contre l’humanité en tant que leader de la junte militaire guinéenne qui commit des massacres à Conakry le 28 septembre 2009. Une criminelle de guerre de religion juive et un criminel contre l’humanité sub-saharien (soigné au Maroc de surcroît), sans compter les despotes khalijis certifiés sunnites de souche, qu’on n’accuse pas après ça le gouvernement marocain de ne pas être ouvert sur l’Autre et au dialogue civilisationnel…

Il y 14 ans, le génocide de Srebrenica

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Un génocide oublié, en Europe mais surtout dans le monde musulman, a eu lieu à Srebrenica en Bosnie le 11 juillet 1995 – au moins 8.372 hommes, femmes et enfants furent assassinés au motif de leur islamité. Claude Imbert en a rêvé, Mladic, Karadzic et Milosevic l’ont fait. Depuis l’instauration du protectorat occidental (Représentant spécial de l’UE, OTAN, OSCE et dans une certaine mesure ONU) sur la Bosnie faisant suite aux accords de Dayton – qui ont avalisé l’épuration ethnique, la Bosnie est oubliée. D’ailleurs, le crima payant, Srebrenica fait partie de la zone d’influence serbe de Bosnie

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Depuis l’agression illégale des Etats-Unis contre la Serbie en 1999, un phénomène courant – la sympathie avec les victimes d’une agression, étatsunienne ou autre - a poussé des personnes sinon mieux inspirées – Chomsky par exemple, et son co-auteur Edward Herman ("Manufacturing consent") - à minorer la responsabilité écrasante du nationalisme serbe, voire à faire dans un négationnisme tout aussi abject que celui d’un Faurisson (et de son comparse Dieudonné) s’agissant du génocide juif ou de Pierre Péan s’agissant du génocide tutsi. Herman a ainsi monté le Srebrenica Research Group, entièrement consacré à la négation du génocide de Srebrenica, à la minimisation des crimes de guerre et de la responsabilité serbes et à la diabolisation des Bosniaques. Parmi les membres de ce groupe, on trouve hélas Michael Mandel, mais surtout la négationniste la plus active s’agissant du génocide de Srebrenica et des autres crimes serbes en Bosnie et en Croatie, la journaliste Diana Johnstone. Un phénomène ressemblant a eu lieu avec les récentes élections iraniennes où de nombreux militants anti-impérialistes se sont crus obligés d’accourir au secours de la version des faits véhiculée par la dictature, à peu près aussi crédible que les communiqués post-électoraux de feu Driss Basri.

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S’agissant de Srebrenica, le qualificatif de génocide n’est pas le fruit de l’enthousiasme de quelque éditorialiste ou bloggeur, mais le constat judicaire du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), composé de magistrats internationaux indépendants et s’étant prononcé après avoir pesé les preuves et témoignages présentés par l’accusation et la défense lors d’un débat contradictoire, mené dans le respect des droits de la défense, dans une procédure ayant connu jugement en première instance et confirmation en appel. C’était dans l’affaire Krstic, du nom d’un accusé, Radislav Krstic, général serbe de Bosnie, un des organisateurs du génocide de Srebrenica. Dans les points 1 à 38 de l’arrêt de la chambre d’appel du TPIY, les éléments constitutifs du crime de génocide sont examinés, et les juges estiment justifiée leur application à l’accusé. Le fait qu’il ne s’agisse que d’une partie du peuple bosniaque qui aie été massacrée n’est pas un obstacle – le génocide vaut pour "tout ou partie" d’un groupe ethnique ou religieux. Les points 37 et 38 de l’arrêt méritent d’être cités in extenso:

Les conditions rigoureuses qui doivent être remplies pour que l’on puisse prononcer une déclaration de culpabilité pour génocide témoignent de la gravité de ce crime. Ces conditions – la preuve, difficile à apporter, d’une intention spécifique, et la démonstration que c’était l’ensemble du groupe, ou une partie substantielle de celui-ci, qui était voué à l’extinction – écartent le risque que des déclarations de culpabilité pour génocide soient prononcées à la légère. Cependant, lorsque ces conditions sont remplies, le droit ne doit pas répugner à désigner le crime commis par son nom. En cherchant à éliminer une partie des Musulmans de Bosnie, les forces serbes de Bosnie ont commis un génocide. Elles ont oeuvré à l’extinction des 40 000 Musulmans de Bosnie qui vivaient à Srebrenica, un groupe qui était représentatif des Musulmans de Bosnie dans leur ensemble. Elles ont dépouillé tous les hommes musulmans faits prisonniers, les soldats, les civils, les vieillards et les enfants de leurs effets personnels et de leurs papiers d’identité, et les ont tués de manière délibérée et méthodique du seul fait de leur identité. Les forces serbes de Bosnie savaient, quand elles se sont lancées dans cette entreprise génocidaire, que le mal qu’elles causaient marquerait à jamais l’ensemble des Musulmans de Bosnie. La Chambre d’appel affirme clairement que le droit condamne expressément les souffrances profondes et durables infligées, et elle donne au massacre de Srebrenica le nom qu’il mérite : un génocide. Les responsables porteront le sceau de l’infamie qui s’attache à ce crime, et les personnes qui envisageraient à l’avenir de commettre un crime aussi odieux seront dès lors mises en garde.

En concluant que des membres de l’état-major principal de la VRS étaient animés de l’intention de détruire les Musulmans de Bosnie de Srebrenica, la Chambre de première instance n’a pas contrevenu aux exigences juridiques qui s’attachent au génocide. L’appel de la Défense sur ce point est rejeté.

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Du point de vue du droit international public et de la justice internationale, il y aurait encore des choses à dire sur cette histoire, notamment en raison de l’arrêt de la Cour internationale de justice (CIJ) – qui n’est pas une cour pénale mais une cour compétente uniquement pour les contentieux ou demandes d’avis concernant Etats et organisations internationales -dans l’affaire Application de la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (Bosnie-Herzégovine c. Serbie-et-Monténégro). Dans cet arrêt, la CIJ confirme l’analyse du TPIY sur l’application de qualification de génocide à l’extermination des habitants de Srebrenica, mais refuse de reconnaître la Serbie – à la différence de la "république serbe de Bosnie". Outre de considérables complications procédurales, on notera que cette affaire a permis au juge marocain de la C IJ, Mohamed Bennouna, d’écrire là sa première opinion - ou déclaration plus précisement, dans laquelle il fait part – comme les autres juges musulmans de la CIJ par ailleurs – de son opinion que la Serbie (ex-République fédérale de Yougoslavie) était comptable du génocide de Srebrenica:

En ce qui concerne le fond de cette affaire, je considère que tous les éléments étaient réunis pour que la Cour puisse conclure à la responsabilité de la RFY pour complicité avec la Republika Srpska et son armée dans le génocide commis à Srebrenica.

Mais cela mériterait un autre post.

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Tiens, détail intéressant: c’est sous les yeux de Casques bleus néerlandais impassibles que les Bosniaques de Srebrenica furent massacrés. Un rapport officiel néerlandais fût publié en 2002, répartissant la responsabilité entre Pays-Bas et ONU. La page officielle  – http://www.srebrenica.nl – sur laquelle ce rapport fût disponible est aujourd’hui désactivée. Et les Pays-Bas sont aujourd’hui le pays de Theo Van Gogh, Moustapha Bouyali, Geert Wilders et Ayaan Hirsi ex-Ali.

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Je me rappellerai toujours à Stockholm, un livreur de meubles bosniaque venu me livrer, en 1996 ou 1997, un sofa acheté aux marché aux puces de Skärholmen. Je lui ai offert le café, et il m’a raconté être de Srebrenica, où il avait perdu parents et frères et soeurs dans la guerre et le génocide. Sa sobriété et sa souffrance m’ont marqué jusqu’à ce jour. Je me rappelle aussi de ce Bosniaque venu lors d’une séance de taraweh

Hat-tip: Zenobia, qui m’a rappelé cette lugubre date anniversaire qu’est le 11 juillet.

Que les raclures négationnistes s’abstiennent de décharger leurs déjections ici.

Lectures conseillées:

- le site Domovina.net contient tous les principaux rapports et livres sur le génocide de Srebrenica;

- un film, montré lors d’une audience devant le TPIY dans le procès avorté contre Milosevic, montrant des exécutions sommaires commises par des miliciens serbes dépendant de la police de Serbie, les Scorpions;

- le blog Srebrenica Genocide est tout simplement incontournable. Le blog Srebrenica Genocide 1995 contient des articles intéressants dénonçant le négationnisme.  

- le contexte du génocide de Srebrenica par Martin Frost, et sur le site de Gendercide Watch;

- le site Genocid est aussi consacré au génocide de Srebrenica;

- Gerald Knaus et Julien Felix, "Travails of the European Raj", Journal of Democracy (2003), article critique sur le protectorat occidental en Bosnie;

Si tu n’as pas honte, écris ce que tu veux

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Vous vous rappelez de Madeleine Albright? Elle fût ministre des affaires étrangères – Secretary of State – sous le second mandat de William Clinton, avec pour principal fait d’armes – à mes yeux – sa réponse lors d’une émission sur CBS ("60 minutes") le 12 mai 1996 à une question sur l’embargo implacable imposé par les Etats-Unis sous le couvert du Conseil de sécurité de l’ONU contre l’Irak, dont le bilan exact en vies humaines n’est pas encore fait:

Lesley Stahl (on U.S. sanctions against Iraq): We have heard that a half million children have died. I mean, that’s more children than died in Hiroshima. And, you know, is the price worth it?

Secretary of State Madeleine Albright: I think this is a very hard choice, but the price–we think the price is worth it.

–60 Minutes (5/12/96)

Le raisonnemment est rigoureusement identique à celui d’Osama Ben Laden: qu’importent les flacons, pourvu qu’on ai l’ivresse; qu’importent les victimes, pourvu que l’objectif politique soit atteint. D’autres part, vu le nombre d’enfants qu’elle était prête à faire passer de vie à trépas, des questions par rapport à l’article III de la Convention de 1948 sur la prévention du crime de génocide pouvaient légitimement se poser, même si elle ne vise pas directement l’apologie de génocide, infraction pourtant présente dans certains droits nationaux.

Seront punis les actes suivants :
a) Le génocide; b) L’entente en vue de commettre le génocide; c) L’incitation directe et publique à commettre le génocide; d) La tentative de génocide; e) La complicité dans le génocide.

Bien sûr, Albright n’étant ni serbe ni soudanaise, la question n’a pas été posée et ne le sera jamais, du moins dans une enceinte judiciaire.

Par la suite, Albright a déclaré "regretter" ses propos - mais il semblerait plutôt qu’elle ait regretté l’effet désastreux de ses propos en termes de relations publiques que ces propos eux-mêmes:

Albright has just published her memoirs, Madam Secretary, in which she clarifies her statement. Here’s what she writes:

I must have been crazy; I should have answered the question by reframing it and pointing out the inherent flaws in the premise behind it. Saddam Hussein could have prevented any child from suffering simply by meeting his obligations…. As soon as I had spoken, I wished for the power to freeze time and take back those words. My reply had been a terrible mistake, hasty, clumsy and wrong. Nothing matters more than the lives of innocent people. I had fallen into the trap and said something I simply did not mean. That was no one’s fault but my own. (p. 275)

In the paragraph before this one she complains about the 60 Minutes report because “little effort was made to explain Saddam’s culpability, his misuse of Iraqi resources, or the fact that we were not embargoing medicine or food.”

Zappons en avant, plus d’une décennie plus tard. Dans "Preventing Genocide: A Blueprint for U.S. Policymakers", ouvrage collectif du co-dirigé par Madeleine Albright et un ancien ministre de la défense étatsunien, William Cohen, pour le compte de la Genocide Prevention Task Force, la dédicace en exergue de l’étude – qui porte non seulement sur le génocide mais également sur les "atrocités de masse", une notion non-juridique – dit ceci:

We dedicate this report to the millions of innocent children, women, and men who have suffered and died from mass atrocities and genocide.

Comme le dit le hadith, "si tu n’as pas honte fais ce que tu veux".

PS: On notera qu’Albright ne contestait pas alors le nombre d’enfants morts entre 1991 et 1996 suite à l’embargo onusien tel qu’avancé par la journaliste Lesley Stahl.

Srebrenica? Pourquoi Srebrenica?

Dans Le Figaro, Serge Klarsfeld, ex-chasseur de nazis et militant émérite du souvenir du génocide juif, accessoirement père d’Arno, s’exprime sur la déliquescence du camp d’extermination d’Auschwitz, en Pologne. Devenu musée en plein air, les baraques et chambres à gaz menacent ruine, et Klarsfeld réclame une aide financière de l’Union européenne pour financer les travaux de réhabilitation du camp, la Pologne ne pouvant assumer seule cet effort. Jusqu’ici, rien de très exceptionnel, et on aurait du mal à ne pas partager ce souci de maintien en état d’un lieu d’histoire.

Là où j’ai tiqué c’est ce passage suivant:

Ne pensez-vous pas qu’il vaudrait mieux mettre de l’argent ailleurs que dans la restauration de ce lieu de mort ?

Faut-il arrêter de jouer des tragédies pour ne regarder que des comédies ? On n’a qu’à mettre Eschyle, Sophocle et Racine à la poubelle et ne jouer que «Bienvenue chez les Ch’tis» ! On ne peut pas faire des comédies sur tout ! Et l’histoire avance à coups de tragédies. Je suppose qu’à Srebrenica, on ne fait pas du camping sur la fosse commune non plus!

Pourquoi mêler Srebrenica, ce génocide dont les victimes furent exclusivement musulmanes, à cette cause? Et pourquoi le faire d’une façon qui laisserait entendre, vu la question posée ("Ne pensez-vous pas qu’il vaudrait mieux mettre de l’argent ailleurs que dans la restauration de ce lieu de mort ?"), que Srebrenica serait privilégiée par rapport à Auschwitz? Privilégiée, Srebrenica? Vraiment?

Infos complémentaires sur John Ging: "Gaza est comparable au génocide du Rwanda et à la purification ethnique des Balkans"

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Les personnalités les plus marquantes de cette guerre d’agression israëlienne sont, outre le peuple palestinien martyre et les journalistes arabes présents à Gaza, des non-arabes: Hugo Chavez, Evo Morales, Recep Tayyip Erdogan, Erik Fosse et Mads Gilbert, Miguel D’Escoto Brockmann, et j’en oublie. Les dirigeants arabes? Le mieux c’est de ne pas les commenter, sur un blog public et donc susceptible d’être lu par des moins de dix-huit ans.

Parmi ces personnalités, difficile pour les téléspectateurs d’oublier le regard de braise, les paroles acérées et la détermination d’acier de John Ging, directeur de l’UNRWA à Gaza. WordPress.com ayant rendu payant le postage de vidéos, je vous renvoie au blog Trailing Grouse, qui publie deux extraits d’Al Jazeera – where else? – avec John Ging. Le deuxième extrait est impressionnant, et nul ne devrait jamais penser aux dirigeants arabes sans se rappeler son exhortation: " to all the politicians, here, in Israel and internationally, you have an obligation, in the name of humanity and of all that is civilised, we need to stop this now. Those who help, will never be forgotten" – je rajouterai "and those who don’t help, will not be forgotten either". Un journaliste lui demande si Israël est responsable pour le bombardement d’une école de l’UNRWA ayant fait 45 morts civiles.

"Of course, everyone is responsible for their own actions, and it’s very clear to us that there are a lot of actions in this conflict that will need to be fully investigated, independently and internationally. Those who have been killed and injured, those who are innocent, deserve accountability. But right now, right now, what we need is an end to the fighting, and then we will go on to the rest of the issues. So I ask everybody to remember today, that more children have died today and more will die tomorrow unless the fighting stops. those who are doing the killing are responsible for their actions. Those at the political level who are not doing enough to find a solution are responsible for their failure (…)"

En jugeant des actions et inactions de chacun, à mesure du niveau de pouvoir qu’ils détiennenet, n’oublions jamais ces propos.

John Ging est un juriste, ancien officier irlandais, présent au Rwanda lors du génocide de 1994 ainsi que dans les Balkans. Comme l’écrit l’Irish Times, il a donné la voix aux sans-voix de Gaza, et refuse toute gloriole personnelle:

When asked for personal background for this profile, Ging told The Irish Times to feature a double-amputee child from Gaza instead of him. He insists that the heroes of this dark chapter of Gaza’s history are the people of Gaza and the refugees whom UNRWA serves. They have suffered untold tragedy and they should be featured, not him.

His response was typical of the man. Forthright, frank and no respecter of political correctness or the sensitivities of UN members who do not take kindly to criticism of Israel, Ging is a man fighting a war against man’s inhumanity to man. But he does not stand alone. He is joined in this battle by UNRWA’s commissioner general Karen Abu Zayed and her deputy, Filippo Grandi.

Comme indiqué, il a connu le Rwanda du génocide et les balkans de la purification ethnique, et pourtant il estime que ce qu’il a vu à Gaza est le pire qu’il ait vu de sa vie:

Ging has said he has never experienced anything quite as disturbing as what is happening in Gaza. He said he was in Rwanda at the time of the genocide and in the Balkans during the ethnic cleansing.

Ah oui, j’ai compris: c’est un islamiste antisémite.

Etonnant sinon combien d’Irlandais sont sensibles à la cause palestinienne – Robert Fisk est d’origine irlandaise, sans parler des peintures murales de Belfast:
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Rétroactes:
- "John Ging (UNRWA): “ce qu’il faut, à Gaza, c’est rétablir la règle de droit”";
- "John Ging: “il faut d’abord arrêter la violence, ensuite on peut s’occuper d’aide humanitaire”";
- "UNRWA: “La situation est atroce (…) peu de gens en dehors de Gaza mesurent l’horreur de la situation ici”";
- "Trois écoles de l’UNRWA bombardées en 24 heures, 43 morts";
- "Sourire aux lèvres"

Impérialisme humanitaire: réaction de Jean Bricmont

Ce n’est pas tous les jours que l’auteur d’un livre critiqué sur un blog réagit, dans les commentaires, à la critique, positive ou négative, de son ouvrage. Jean Bricmont l’a fait suite à ma note de lecture sur son livre "Impérialisme humanitaire". Il me paraît dès lors de bonne guerre de publier sa réaction ici:

Il n’est peut-être pas approprié pour un auteur de mettre un commentaire sur un compte rendu de son propre livre, mais je me sens obligé de souligner que mon opposition à la guerre du Kosovo n’a rien à voir avec “l’argument manichéen” donné ici. Idem pour Mandel ou Chomsky. Pour ce qui est du livre de D. Johnstone auquel je fais référence, il est très nuancé et contient une masse d’informations en général inconnues. Le TPIY est une institution hautement politisée, à ne pas confondre avec le Tribunal (permanent) de La Haye, qui sera bientôt fermée et qui a essentiellement servi à justifier la politique occidentale en Yougolavie.

Il y a une tendance regrettable chez certains, qui sont lucides lorsqu’il s’agit de démonter la propagande occidentale en ce qui concerne la Palestine ou l’Irak a accepter cette propagande à propos des Serbes ou des Russes, parce que les victimes sont “musulmanes”. Malheureusement, c’est la même machine de propagande dans tous les cas.

Finalement, puisqu’il y a des commentaires sur ma “philosophie”, je veux préciser que je ne suis pas spécialement marxiste-je suis plutôt proche du matérialisme français des Lumières, de l’empirisme anglais et du positivisme moderne (y compris Russell). En général, je défends une approche matérialiste et scientifique du monde (mais, basée sur les sciences de la nature, ce qui est très différent du marxisme).

Je ne sais pas si j’ai un complexe d’infériorité, mais je regrette que tous ceux qui crachent sur la laicité à la française n’aient pas pu connaître la Belgique catholique et arriérée de mon enfance, et ne puissent pas bénéficier des divisions communautaires incessantes de la Belgique contemporaine.

Mes commentaires:
1- Sur la vision manichéenne, elle est peut-être exprimée de manière caricaturale sous ma plume. Je maintiens cependant que je note une tendance à édulcorer le tableau très noir de l’ère Milosevic, que ce soit par réaction à la propagande parfois excessive à son encontre dans les médias des pays sous obédience de l’OTAN. Cette tendance est manifeste chez Diana Johnstone dans ses écrits – par exemple "Srebrenica revisited", assez exemplaire dans sa volonté de charger la barque bosniaque et de délester celle du gouvernement serbe. Sur le génocide de Srebrenica, il y a un jugement du Tribunal pénal international de l’ex-Yougoslavie (TPIY) dans l’affaire Krstić (IT-98-33)pris après débat public et contradictoire, dans le respect des droits de la défense, par des magistrats indépendants.

2- Justement, au sujet du TPIY, il y aurait beaucoup à dire, et à pas seulement à l’actif de cette cour internationale. Il y a eu des décisions proprement scandaleuses, principalement du fait du bureau du procureur du TPIY, refusant d’enquêter sur les évidents crimes de guerre de l’Otan durant la guerre illégale contre la Serbie en 1999 – par exemple le bombardement du bâtiment de la radio et télévision publiques serbes, c’est-à-dire une cible civile, bombardement classé sans suite. Il y a également la police des débats lors du procès de Milosevic, que Michael Mandel décrit en partie dans son livre, qui est également hautement condamnable, en dépit des difficultés occasionnées à dessein par un accusé refusant le bénéfice d’un avocat et menant une défense folklorique. Mais peu de tribunaux, y compris nationaux, pourraient se prévaloir d’un palmarès meilleur – le TPIY peut paraître bancal – surtout s’agissant de l’absence réelle d’indépendance des procureurs – quand on le compare à une justice idéale, moins quand on le compare à la justice des Etats démocratiques, qui ne font guère mieux. Toujours est-il que le discours lénifiant des défenseurs du TPIY qui refusent toute critique est aussi erroné, à mon sens, que celui de ceux qui lui dénient tout mérite. Et si on se félicite de la Cour pénale internationale, on ne doit oublier que le TPIY fût le premier pas concret vers sa création depuis le procès de Nuremberg.

3- Je veux bien concevoir qu’il y ait de la propagande au sujet des actions russes en Tchetchénie ou Serbes en Bosnie. Mais il ya malheureusement une réalité dans les deux cas: des violations massives des droits de l’homme et du droit international humanitaire. Ce point n’est d’ailleurs pas nié par des militants des droits de l’homme serbes et russes. Et il conviendrait de distinguer clairement les deux situations: la Russie ne subit aucune autre conséquence de ses violations massives des droits de l’homme et du droit international en Tchétchénie que quelques éditoriaux et discours de fin de banquet, tandis que la Serbie a effectivement dû subir une agression militaire illégale. On peut ainsi estimer que l’agression de l’OTAN en 1999 était illégale sans considérer pour autant que la Serbie a été la victime d’affabulations médiatiques s’agissant de la façon dont elle a traité ses minorités et agressé la Bosnie – ce n’était après tout pas l’armée bosniaque qui faisait le siège de Belgrade. Et le fait qu’il soit recouru à de la propagande contre les actions d’un gouvernement ne disqualifie pas toute critique à son encontre – après tout, il faut bien reconnaître qu’il y a des actions de propagande contre les Etats-Unis ou Israël, ce qui ne disqualifie pas toute critique contre ces deux pays.

4- Pour continuer sur le point précédent, le fait qu’il y ait traitement inégal des violations des droits de l’homme selon les pays – par exemple entre le traitement des kurdes en Turquie et des kosovars en Serbie – ne doit pas amener à passer l’éponge dans un cas, mais plutôt à demander un traitement égal à violation égale.

5- Je prends acte de vos éclaircissements sur vos sources d’inspiration philosophiques.

6- J’ai été en vérité assez choqué par l’article, reproduit dans votre lvire, et consacré à la France, qui en faisait une présentation idéalisée au-delà de toute réalité, me semble-t-il. L’idéologie laïque française étouffe sous un voile hypocrite les très réelles divisions, discriminations et exclusions de la société française, notamment – voire surtout – celles qui sont d’ordre ethnique – l’identité musulmane en France est de cet ordre-là. Je comprends fort bien que l’exacerbation communautaire en Belgique fasse apprécier le jacobinisme français, mais l’inverse est presque – j’exégère bien évidemment – aussi vrai, du moins pour ceux qui sont du mauvais côté de l’orthodoxie républicaine française. Dans la réalité des faits, la laïcité est l’instrument-étouffoir permettant aussi bien d’écarter toute mesure des discriminations que d’offrir aux victimes de celles-ci des recours sérieux et efficaces – sans parler des atteintes aux libertés individuelles discriminatoires qu’elle permet de justifier aux dépens de certains musulmans.

Géorgie: "Comment prendre sérieusement, Paris, accusé de complicité de génocide, ou Washington, envahisseur illégal d’un pays?"

Bien vu par le politologue turc Soli Ozel:

I support the independence of Kosovo. I find the Russian assault against Georgia illegal and disproportionate and I think the Kremlin’s regime is brutal. But then again, would anyone take seriously Paris, whose complicity in the Rwandan genocide was recently reiterated, or Washington, which invaded a country (illegally and illegitimately by the judgment of most of the world) and made torture legal, when they accuse Russia of anything? So for every country that wants to contain Russia you may find one or two that see it as a counterweight to the United States and a good response to Western conceit. What I am getting at is the question of legitimacy. The West has lost the upper hand on this because of double standards and increasingly misplaced arrogance, not to mention the lack of a coherent strategy supported wholeheartedly on both sides of the Atlantic.

Le rapport du Rwanda sur le rôle de la France dans le génocide de 1994 – "On ne veut pas donner l’impression qu’on accorde trop d’importance à ce rapport"

Bravo à Radio France Internationale, radio publique sous contrôle gouvernemental français (et chaque lecteur du Canard Enchaîné sait que ce contrôle n’a pas grand chose à envier à celui exercé sur Al aoula ou 2M), qui publie sur son site le rapport officiel de la commission d’enquête du gouvernement rwandais sur le rôle du gouvernement français de l’époque dans le génocide des tutsis de 1994 (1). Pour ceux qui auraient vécu sur une autre planète depuis, le rôle de la France dans le soutien au régime génocidaire qui perpétra le génocide rwandais de 1994 est sur la place publique, et n’est pas seulement évoqué par le gouvernement rwandais, loin de là.

J’ai déjà effleuré cette question précédemment, et n’ai pas le temps de développer plus avant cette question maintenant, mais quelques remarques:

1. En 1994, la France était en cohabitation – Mitterrand (PS) président, Balladur (RPR) premier ministre, et des personnalités comme Alain Juppé (RPR, ministre des affaires étrangères), François Léotard (UDF, ministre de la défense) et Hubert Védrine (PS, secrétaire général de la présidence de la République) étaient profondément impliquées dans le dossier rwandais. D’où l’unanimité entre droite et gauche gouvernementale pour ne pas trop creuser le dossier – tant le PS que l’UMP (qui a absorbé l’UDF et le RPR) sont impliqués, et les personnalités qui l’étaient sont toujours présentes. D’où la réaction officielle et officieuse française:

Bernard Kouchner a refusé tout commentaire personnel. "On ne veut pas donner l’impression qu’on accorde trop d’importance à ce rapport et attiser la polémique", explique l’entourage du ministre. L’Elysée n’a fait aucune déclaration politique et renvoyait sur les spécialistes techniques du dossier. Seul le ministre de la défense, Hervé Morin, s’est exprimé, dénonçant sur Radio France Internationale, jeudi matin : "Un procès insupportable pour la mémoire des militaires français" qui "ont sauvé des milliers de vies humaines dans des conditions abominables". (Le Monde du 7 août 2008)

Entre parenthèses: on peut comprendre que Hervé Morin, actuel ministre de la défense, juge ces accusations de complicité de génocide insupportables: il était en 1994 membre du cabinet du ministre de la défense d’alors, François Léotard. On notera d’ailleurs que ce dernier, dont le rôle dans cette affaire en tant que ministre de la défense est assez exposé, signe des chroniques régulières dans Tribune Juive, qu’on n’aurait pu croire plus sourcilleux dans le choix de ses collaborateurs, surtout s’ils sont accusés – pas personnellement dans le cas de François Léotard, mais en tant que responsable ministériel de l’armée française – de complicité de génocide, surtout que ce magazine a consacré quelques articles quand même au génocide rwandais…

2. L’écho médiatique et politique de ce rapport est faible, et pas seulement en France – aucune réaction par exemple, à ce jour, de Human Rights Watch, d’Amnesty International ou de la FIDH, plus loquaces sur le Soudan. Pour la France, c’est comme l’écrit le blog du Monde diplomatique, "à Paris, en ce 5 août, les chaînes de télévision évoquent des faits divers avant de consacrer, en milieu de journal, quelques secondes aux questions soulevées sur la responsabilité de Paris dans le génocide de 1994". Comme l’écrit Colette Braeckman, éminente spécialiste belge de la région:

Les faits relatés dans le rapport publié à Kigali sont cependant d’une telle gravité et ils sont étayés par une telle quantité de témoignages précis que cette affaire mérite meilleur traitement que le mépris ou le déni. Une analyse indépendante devrait porter sur plusieurs points : outre la matérialité des faits elle devrait examiner le contexte politique dans lequel le réquisitoire a été publié, ainsi que les points d’ombre et les omissions du document.

3. La demande, formulée par le procureur de la Cour pénale internationale, d’émission d’un mandat d’arrêt à l’encontre du président soudanais en exercice, Omar Hassan Ahmad Al Bashir, pour crime de génocide qu’il est soupçonné d’avoir commis au Darfour, avait suscité de fortes réserves en Afrique et ailleurs, et pas vraiment quant au fond – il se trouve peu de gens pour défendre la politique gouvernementale soudanaise au Darfour – mais plutôt quant à la forme – les seules personnes poursuivies par le CPI sont africaines – à croire que le reste du monde ne se compose que de l’Islande, du Luxembourg et du Costa Rica, et que ni Irak, ni Afghanistan, ni Tchétchénie, ni Palestine et ni Colombie n’existent… Le rapport recommandant de saisir tant la justice internationale que les justices nationales, y compris européennes, on peut espérer que la justice internationale montrera qu’elle ne sert pas exclusivement à sanctionner slaves et africains…

Le rapport est relativement modéré dans ses recommandations, contrastant avec la gravité de son contenu factuel, en insistant pour que la voie judiciaire soit choisie pour traduire en justice les complices, français et autres, du génocide rwandais:

RECOMMANDATIONS
—————————-
A l’issue de son enquête, la Commission a trouvé que l’Etat français a joué une part active dans la préparation et l’exécution du génocide de 1994. Au regard de la gravité des faits mais aussi après avoir pris en considération le contexte général de la question et sa complexité, la Commission en conformité avec la loi qui l’institue formule les recommandations suivantes :
- La Commission demande au Gouvernement rwandais de se réserver le droit de porter plainte contre l’Etat français pour sa responsabilité dans la préparation et l’exécution du génocide de 1994 au Rwanda devant les instances judiciaires internationales habilitées.
- La Commission recommande au Gouvernement rwandais de trouver un règlement diplomatique de la question avec l’Etat français dans la mesure où ce dernier est prêt à reconnaître l’entière étendue de sa responsabilité dans la préparation et l’exécution du génocide au Rwanda et de prendre les mesures de réparation conséquentes en accord avec le Gouvernement rwandais.
- La Commission demande au Gouvernement rwandais de soutenir toute action individuelle ou collective de victimes qui souhaiteraient porter plainte devant les tribunaux pour le préjudice causé par les actions de l’Etat français et/ou ses agents au Rwanda.
- La Commission recommande au Gouvernement rwandais de faire une large diffusion du présent rapport.
- La Commission demande au Gouvernement rwandais de mettre en place une instance de suivi de la question.

Le mot de la fin:

la politique française au Rwanda a mené au précipice, et Paris ne voudra jamais le reconnaître officiellement (Le Vif/L’Express)

Quelques liens intéressants:
- sur le rôle de la France dans le génocide, l’indispensable livre – à charge – de Jean-Paul Goûteux, "La nuit rwandaise", et le très intéressant site éponyme qui l’héberge
- le rapport de la mission d’information sur le Rwanda de l’Assemblée nationale française – ne vous attendez pas à de la dynamite – il reconnaît des erreurs ponctuelles, mais aucune complicité;
- la très bonne page de présentation succincte de Radio Canada – le Canada s’est intéressé au génocide rwandais par le biais du général canadien Roméo Dallaire, commandant des casques bleus des Nations-Unies qui se retirèrent (!) du Rwanda au début du génocide;
- "La loi et la réalité – Les progrès de la réforme judiciaire au Rwanda": rapport récent et critique de Human Rights Watch;
- le rapport de la Commission indépendante de l’ONU sur les actions de l’ONU lors du génocide au Rwanda;
- le site de la journaliste britannique Linda Melvern, auteure de "Conspiracy to Murder. The Rwandan Genocide";
- le blog de Colette Braeckman, légendaire journaliste belge, éminente spécialiste de l’Afrique des Grands Lacs (Rwanda, Burundi, RDC);
- le rapport de l’OUA sur le génocide au Rwanda;
- le site du Tribunal pénal international pour le Rwanda;
- le site de la Commission La Commission d’enquête citoyenne pour la vérité sur l’implication française dans le génocide des Tutsi;
- des documents sur l’implication française dans le génocide rwandais sur le site de l’Association internationale de recherche sur les crimes contre l’humanité et les génocides (Aircrige);
- la page du ministère français des affaires étrangères sur les relations franco-rwandaises

"As far as Africa is concerned, there is a journalistic tradition [in France] that consists in limiting information to ethnic clichés, without any analysis worthy of the name"

Tiré d’un entretien bref mais intéressant du défunt Jean-Paul Goûteux, dénonciateur infatigable des génocideurs rwandais et de leurs complices, au Rwanda, en France et ailleurs, et auteur notamment de "La nuit rwandaise: l’implication française dans le dernier génocide du XXe siècle".

As far as Africa is concerned, there is a journalistic tradition [in France] that consists in limiting information to ethnic clichés, without any analysis worthy of the name, and above all of transmitting the terms of French African policy without any criticism. The French media are never interested in any background questions concerning Africa. The image that they cultivate is one of ethnicity and tribalism: that is to say that they only speak of the form and the means of this sort of political manipulation, but not of the manipulation itself.

La France n’est pas seule dans ce cas, et bien d’autres pays européens ou occidentaux, pour peu qu’ils daignent couvrir l’Afrique, reprennent les mêmes travers. Par ailleurs, on le voit, le même schéma de pensée que s’agissant du monde musulman est à l’oeuvre: stéréotypes, essentialisme, immutabilité – un peu comme le disait Sarkozy à Dakar, une Afrique (ou un Orient) en dehors de l’histoire, de la sociologie ou de l’économie, et comprise via le seul prisme ethnique ou religieux.

Un des livres de Jean-Paul Goûteux sur le génocide, "Un génocide sans importance. La France et le Vatican au Rwanda", est d’ailleurs téléchargeable gratuitement sur Internet.

Jean-Paul Goûteux était proche de François-Xavier Verschave, autre militant décédé, qui avait crée l’association Survie qui lui a justement survécu. Leur dénonciation des complicités et complaisance diverses dans le génocide rwandais a été inlassable. Ce dernier collabora notamment à la Commission d’enquête citoyenne pour la vérité sur l’implication française dans le génocide des Tutsi, dont le rapport de 592 pages est d’une lecture effrayante.

Je m’en voudrais de ne pas citer Colette Braeckman, correspondante du quotidien francophone belge Le Soir dans l’Afrique des Grands Lacs depuis plus d’une vingtaine d’années, et dont la connaissance des réalités, des hommes et des forces sociales congolaises ou rwandaises est tout bonnement admirable. Et puisque j’y suis, une mention également pour la journaliste britannique Linda Melvern, qui a longuement enquêté sur les complicités et complaisances internationales lors du génocide rwandais, et donc sur le rôle de la France.

Entre parenthèses, une remarque intéressante – au Rwanda, des prêtres hutus ont été condamnés pénalement pour génocide par le Tribunal pénal international pour le Rwanda, et des religieuses hutues en Belgique et au Rwanda, tandis que la petite communauté musulmane du Rwanda est réputée pour s’être généralement tenue à l’écart du génocide de 1994 (soigneusement préparé), alors que le rôle de la hiérarchie de l’église catholique est écrasant.

Voici ce qu’en dit par exemple le rapport officiel de l’OUA sur le génocide:

Malgré le massacre du Centre Christus, les hiérarchies catholique et anglicane ne cessèrent pas pour autant d’entretenir des relations étroites avec l’establishment Hutu. Elles n’affichaient aucune neutralité dans leurs sympathies. Il n’est pas exagéré de dire qu’elles furent au moins complices du génocide pour ne pas, au cours des années — et même durant le génocide — s’être dissociées catégoriquement de la rhétorique de haine raciale du gouvernement et pour n’avoir pas dénoncé les manipulations ethniques et les violations des droits de l’homme. (point 14.66, p.121)

Comme nous l’avons mentionné plus haut, l’Archevêque de Kigali, un Hutu, était un ferme partisan du mouvement Hutu Power et avait longtemps servi au sein du comité central du MRND, jusqu’à ce que Rome l’oblige à quitter ce poste. Les responsables de l’Église catholique ne firent rien pour décourager les tueries. Lors d’une conférence de presse donnée en juin, plus de deux mois pourtant après le début du génocide, l’Archevêque anglican refusa de condamner le gouvernement intérimaire en termes non équivoques[46]. Lorsque ce gouvernement a fui Kigali vers une nouvelle capitale temporaire, l’Archevêque catholique l’a accompagné. Selon un rapport publié par le Conseil mondial des Églises, les déclarations des dirigeants religieux semblaient souvent avoir été écrites par un relationniste au service du gouvernement intérimaire. (point 14.67, p. 121)

Plusieurs prêtres et pasteurs commirent des crimes de trahison haineux, certain sous la menace, d’autres non. Un nombre important d’éminents Chrétiens prirent part aux tueries, assassinant parfois leurs propres chefs religieux. Des prêtres remirent d’autres prêtres entre les mains des bourreaux. Des pasteurs furent témoins du massacre de leur propre famille par des gens qu’ils avaient eux-mêmes baptisés. (point 14.68, p. 121)

Seule la petite communauté musulmane du Rwandarefusa de se laisser emporter par la folie meurtrière (point 14.70, p. 122).

Il y a cependant, bien évidemment, eu des musulmans génocidaires et des catholiques victimes, et inversement, mais on peut imaginer quelles auraient été les retombées médiatiques et politiques pour les musulmans si des religieux et dignitaires musulmans avaient massivement participé au génocide. Et pourtant, si des critiques – au demeurant peu médiatisées – ont été émises à l’encontre de l’église catholique et du Vatican, on ne peut que constater que les catholiques irlandais, mexicains ou polonais n’ont pas été tenus comptables, et c’est une excellente chose, du comportement de certains catholiques rwandais. Toute ressemblance avec des situations réelles etc…

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