A working class hero was something to be, or so they say

FMR STIK1MODIF

Sur Florange, site sidérurgique faisant l’objet d’un plan dit social de son propriétaire indien, Arcelor Mittal, et Longwy, cité anciennement sidérurgique en Lorraine, bastion communiste et syndical, cet article (ancien) des Inrockuptibles (« Full Mittal racket« ). Florilège:

S’ils ne redémarrent pas, après les dernières mines fermées dans les années 90, un second maillon de la chaîne de l’acier disparaîtra totalement de la région.

“La gauche et la droite, c’est pareil”, résume un ancien qui a vécu quantité de fermetures d’usines.

Cette phrase, mot pour mot, nombre d’ouvriers la prononcent. Marcel*, 46 ans, nous la crache avant même de préciser qu’il pointe au chômage depuis deux mois. “Moi je me battrai pas pour la France en cas de guerre”, ajoute l’homme, rencontré à moins de dix kilomètres de Florange, devant les Restos du coeur de Gandrange. Cet ancien contrôleur de la qualité de l’acier, qui ne se déplace qu’à vélo, a été licencié en 2002 par son usine située non loin, à Joeuf. Depuis, il vivote avec de petits boulots et passe ici prendre de la nourriture, “uniquement les fins de mois. C’est pas bon pour le moral de se sentir assisté”.

Le golf et la société du spectacle ont remplacé l’aciérie:

Aujourd’hui, un cinéma multiplex et son parking ont effacé l’ancienne aciérie visitée par Johnny. Outre un musée, l’une des dernières traces de ce passé sidérurgique de la ville se situe au niveau du panneau “200 mètres” du practice du nouveau golf.

Et à l’usine Peugeot d’Aulnay, menacée de fermeture en 2014, l’heure est aux syndicats jaunes:

Il y a plus d’un an, le SIA (Syndicat indépendant de l’automobile, 40% de voix aux élections du CE) accepte de participer à l’intersyndicale aux côtés de la CGT (deuxième syndicat de PSA Aulnay avec 35%)*. Tous deux politiquement et stratégiquement opposés, les premières dissensions apparaissent depuis plusieurs semaines.

Historiquement, à Aulnay, le SIA est lié à la direction. Ce syndicat descend de la CSL (Confédération des syndicats libres), allié au patronat pour briser les grèves et casser le syndicalisme lié au PC. La direction d’Aulnay – du temps de Citroën – considérait les syndicats comme une plaie. En 1982, les ouvriers immigrés y mènent une grève victorieuse pour la liberté syndicale – ce qui fit bondir la CGT de 9 à 57% et baisser le CSL de 82% à 33%. En 1984, un plan de 800 licenciements décapite la CGT. En 2002, le CSL devient la SIA. « Ce syndicat est traditionnellement la courroie de transmission des messages managériaux de la direction aux salariés« .

Le magazine rappelle que si les fermetures d’usine à Longwy ont commencé sous le premier ministre giscardien Raymond Barre, le socialiste (?) Laurent Fabius en avait accéléré le rythme entre 84 et 86. Il est vrai que les socialistes européens se préoccuppent désormais surtout de ce que dira d’eux The Economist ainsi que du respect intégral du catéchisme de Bruxelles. Et pour tenter de garder quelques voix dans l’électorat populaire, il y aura toujours le foulard islamique ou les demandeurs d’asile pour faire diversion.

Et ce n’est pas qu’en France: chez nous, au Maroc, l’USFP compte ses bastions électoraux, lors des éléctions législatives, en zones rurales, et ses élus sont des notables. Quant à Fathallah Oualalou et Habib El Malki, il y a longtemps que l’avis de la CGEM, des chambres de commerce ou des agences de notation est celui qui détermine réellement leur orientation économique. Il fut un temps, que les moins de quarante ans ne peuvent pas comprendre, où l’USFP pouvait menacer le pouvoir, c’est-à-dire le makhzen, c’est-à-dire le Roi, d’une grève générale (pour les jeunes, voir un bon dictionnaire pour le sens de ce mot).

Post-scriptum: après avoir publié la première version de ce post, je trouve dans ce même (ancien) numéro des Inrockuptibles un autre article le passage suivant, détaillant la réunion entre des syndicalistes de l’usine Ford de Blanquefort et deux conseillers d’Arnaud Montebourg:

Pour Philippe Poutou, “même si c’est déjà bien d’être reçu, la réunion n’a rien apporté au niveau du contenu. Ils se demandaient ce que l’on allait faire lors de la manif au Mondial de l’auto et nous ont demandé d’être ‘responsables’. Mais c’est la pression des salariés qui permet que les choses bougent”. Gilles Penel, élu du CE, la cinquantaine et depuis plus de vingt ans chez Ford, présent à Bercy, a senti “une certaine impuissance”. Frappé par la jeunesse des conseillers,“qui n’ont jamais dû mettre les pieds dans une usine”, il voit là “deux mondes vraiment très éloignés”.

* La CGT est historiquement liée au Parti communiste français, même si les liens sont aujourd’hui distendus du fait de la disparition effective du PCF sur la scène politique nationale française (le parti est présent localement, au travers d’élus locaux et de quelques députés, le plus souvent députés-maires).

Omerta dans la presse marocaine sur la grève des pilotes de la RAM

y6fjIBaZhpsdlekuGuej9NlGo1_400
Voilà un pays dont la compagnie nationale connaît cinq grèves des pilotes de ligne en deux mois, en pleine période estivale et touristique, sachant que les rentrées de devises de ses ressortissants à l’étranger ainsi que des touristes sont les deux principales rentrées de devises du pays. Or, parcourez la presse, et vous lirez le plus souvent des communiqués de quelques lignes.

De quel pays s’agit-il – Libye, Biélorussie, Cuba? Non, c’est du Maroc dont il s’agit, et l’absence de couverture médiatique n’est – une fois n’est pas coutume – en rien le résultat d’une pression des pouvoirs publics, mais plutôt le résultat du pouvoir de l’argent.

Le conflit social dont il s’agit concerne la Royal Air Maroc, où les pilotes de lignes, dans un des mouvements de grève les plus suivis de ces dernières années au Maroc (avec un taux de grévistes frôlant les 90%), font grève non pas pour des motifs salariaux mais pour obtenir que les commandants de bord de la filière ex-low cost Atlas Blue soient de nationalité marocaine. En effet, dans un objectif qui est sans doute moins la réduction des coûts (les commandants de bord étrangers sont payés en euros, et il n’est même pas sûr que l’Etat marocain prélève des impôts sur leurs salaires) que de briser le dernier bastion syndical combatif de la RAM (même si l’Association marocaine des pilotes de ligne est une association et non pas un syndicat), la RAM a recruté environ 40 commandants de bord étrangers sur sa filière Atlas Blue, alors même que la RAM compte 130 co-pilotes marocains ayant généralement plus d’heures de vol que leurs collègues étrangers et dont certains attendent le passage au grade de commandant de bord depuis treize ans.

Bref: un conflit social opposant syndicat (que l’AMPL m’excuse de les considérer ainsi) combatif et direction braquée (pour ne pas dire bornée), dans un secteur vital pour l’économie du pays, que des millions de Marocains utilisent ou ont utilisé, on pourrait croire que des marées d’encre noire se déverseraient dans les colonnes de nos journaux nationaux. Faux, archi-faux: si Le Soir a interviewé Jalal yaacoubi, président de l’AMPL et la Vie Economique Driss Benhima, PDG de la RAM, et si L’Economiste a consacré une page entière à couvrir un assemblée générale de l’AMPL ainsi que, c’est à peu près tout. Et ne comptez bien évidemment pas lire reportages sur les passagers en colère (sauf deux articles dans L’Economiste, qui a pris position pour la direction de la RAM dans un éditorial de Nadia Salah) (1), les grévistes, les non-grévistes, ou des interviews avec les pilotes étrangers d’Atlas Blue, et bien évidemment ne vous attendez à aucun article de fond sur la création et l’échec d’Atlas Blue – vous vous croyez où, en Suède?

Certes, chacun connaît la tradition débilissime de la presse hebdomadaire marocaine de carrément fermer les portes pendant 4 ou 5 semaines durant le mois d’août, mois de l’années où leur lectorat a peut-être plus le temps de les lire, et où des MRE revenant au bled aiment à se tenir informés de l’actualité du pays. Cette débilité confine au Nobel de la c… lorsque le mois d’août coïncide partiellement avec le ramadan, période de l’année où la lecture, et pas seulement du Coran, est en hausse.

On pourrait également faire porter le chapeau à ceux qui nous gouvernent: je ne connais pas beaucoup de pays où Premier ministre, ministre des transports et conseillers du chef de l’Etat continueraient tranquillement leurs petites vacances au pied de l’eau alors que des grèves clouent au sol des avions de la compagnie nationale et coûtent des millions d’euros par jour (entre 1,5 et 2 millions d’euros de coût supplémentaire par jour de grève pour la RAM selon les estimations). Faites une recherche frénétique: vous ne trouverez aucune déclaration de Karim Ghellab, d’Abbas el Fassi ou d’un quelconque conseiller du Roi (puisque c’est de toute façon là que les choses sérieuses se décident au Maroc).

Mais il y a aussi une autre explication, financière et publicitaire celle-là: la RAM est un important annonceur dans la presse écrite marocaine, et elle est sans doute le premier acheteur de journaux du Maroc, journaux qu’elle achète par milliers pour les offrir à ses passagers. Il va de soi que dans un contexte médiatique dur – baisse des tirages (cf. le site de l’OJD), baisse des recettes publicitaires, voire même cessation de parution de certains magazines (La Gazette du Maroc) – le journal qui souhaiterait couvrir les tenants et les aboutissants de la crise sociale qui traverse la RAM ne pourrait le faire qu’au risque de perdre un annonceur et un client…

Comme ce n’est pas dans la presse que vous pourrez trouver une discussion du contexte et des tenants et aboutissants de ce gravissime conflit social, je publierai ces jours-ci un post avec 10 questions à Karim Ghellab, ministre de tutelle de la RAM.

(1) C’est dans l’édition du 19 août:

Premièrement, les pilotes de la RAM sèment un désordre coûteux dans le transport aérien national pour préserver les avantages importants (c’est un euphémisme!) qu’ils avaient réussi à obtenir avant le traité international d’open-sky.

(…) Dans ces trois cas, ce qui compte c’est que le service public (lequel devrait être pensé uniquement comme un «service au public») soit maintenu sous la coupe de petits intérêts privés.

Les arguments sont toujours séduisants et trompeurs: avec des explications technicistes et partielles, les argumentaires négligent l’objectif de l’intérêt général, ou pis, ils le kidnappent et le détournent pour maintenir ou développer des avantages localisés, envers et contre le bon fonctionnement de l’Etat, envers et contre les efforts de mise à niveau économique et politique du Royaume.

Nadia SALAH

Extraordinaires Norvégiens: grève de sympathie avec Gaza, prix Nobel de la paix à Peres remis en cause

La Suède avait longtemps habitué le reste du monde à être la voix scandinave pour la liberté des peuples, les droits de l’homme, le pacifisme et le respect du droit international – même si cette image était bien évidemment un stéréotype présentant ses failles – la fin de la guerre froide a ainsi révélé que les gouvernements suédois successifs, même sous le tiers-mondiste Olof Palme, avaient des accords clandestins avec l’Otan en matière d’armements, de coopération militaire et en matière de renseignements. Depuis le début du processus dit d’Oslo, la Norvège semble avoir repris le flambeau.

Je vous ai déjà parlé de Mads Gilbert et Erik Fosse, les deux chirurgiens norvégiens actifs à l’hôpital Shifa de Gaza, qui ont révélé au monde occidental – les arabophones regardent Al Jazeera – les atrocités en cours à Gaza.

Sachez également qu’un des cinq membres du comité Nobel décernant le prix Nobel de la paix, l’ancien député travailliste Berge Furre, théologien et prêtre luthérien, a déclaré au quotidien norvégien Dagsavisen que le comité Nobel – dont il fait partie – devrait avoir honte que Shimon Peres, actuel président israëlien, se soit vu décerner le prix Nobel de la paix en 1994.
1231267211000_20090106-081_2349375m

Ce mardi le prix Nobel de la paix de 1994 a soutenu de tout son poids le bain de sang à Gaza.
– Nous combattons la terreur, et nous avons tout le droit de défendre nos citoyens, a déclaré le président d’Israël Shimon Peres à une délégation de l’Union européenne le même jour où 40 écoliers sont morts à Gaza.

Sentir les mains brûler

Berge Furre a quitté le comité Nobel au nouvel an. Il est très choqué qu’un prix Nobel de la paix est politiquement complice des atrocités qui sévissent désormais à Gaza.

- Nous devrions nous taire de honte pour ce que nous avons fait, et chercher une autre voie. Et espérer que le prix Nobel soit toujours digne. Il faut toujours bien réfléchir au prix Nobel, surtout après un événement comme celui-là, rajoute-t-il.

- Peres devrait-il rendre le prix?

- Il a eu le prix – et s’est déshonoré par la même occasion. Ca ne fait pas grand chose s’il le rend ou non, mais il devrait sentir ses mains brûler quand il le touche.

Un autre membre du comité Nobel, Ole Danbolt Mjøs, qui a également quitté ses fonctions au 1er janvier, a également exprimé sa circonspection:

- Si tu veux un commentaire à ce qu’il [Berger Furre] a dit, mon avis c’est que Peres devrait miser tout ce qu’il a de forces et de temps pour contribuer à une paix durable et rapide au Moyen-Orient, avec la position qui est la sienne, dit Mjøs à Dagsavisen.

-Devrait-il rendre le prix Nobel de la paix?

- Selon les statuts il ne peut être repris, et cela n’a d’ailleurs jamais eu lieu.

- Mais devrait-il le rendre de sa propre initiative?

- Pour ce qui est de ses réflexions et de ses valeurs je n’ai aucun commentaire.

Pour des raisons évidentes, les membres actuels du comité Nobel sont tenus à un devoir de réserve et refusent de s’exprimer sur la question. Peres avait déjà éveillé des réactions similaires en 2002, lors de la phase la plus meurtrière de la deuxième intifada, alors que Shimon Peres était ministre des affaires étrangères du gouvernement d’Ariel Sharon. Selon Dagsavisen:

Cette fois-là la membre du comité Nobel Hanna Kvanmo exprima le souhait que le prix Nobel soit retiré à Peres. Gunnar Berge craignait que Peres réduise à néant la réputation du prix Nobel et Gunnar Stålsett accusa Peres de violations du droit international.

Un député – Esper Johnsen, travailliste – du Storting – le parlement norvégien (qui désigne les membres du comité Nobel) – a ainsi demandé que Shimon Peres rende son prix Nobel:

Il est ahurissant que Shimon Peres défende l’invasion de Gaza. Il n’est pas digne du prix Nobel de la paix et devrait le rendre, déclare Johnsen.

Il m’est particulièrement difficile de voir comment souffrent les enfants à Gaza. Je pense tout le temps comme j’aurais fais moi-même si j’habitais Gaza. Nulle part où aller, et avec la responsabilité pour ce que j’ai de plus cher – ma fille. Cela me fend tout simplement le coeur.

Dans ce pays de moins de cinq millions d’habitants, 40.000 manifestants ont protesté contre les massacres à Gaza le 8 janvier, soit l’équivalent de 600.000 manifestants en France ou au Royaume-Uni.
oslo

Plus extraordinaire encore: à l’initiative du syndicat travailliste LO et du syndicat des conducteurs de locomotive a décidé, le jeudi 8 janvier, d’arrêter tout le trafic ferroviaire dans le pays ainsi que le tramway et le métro à Oslo pendant deux minutes à 16.00, en une grève symbolique de solidarité avec la population de Gaza.

L’église luthérienne, qui est une église d’Etat, a également très fermement condamné l’agression de Gaza. Sur Facebook, 22.000 Norvégiens ont rejoint un groupe demandant l’expulsion de l’ambassadeur d’Israël à Oslo.

Tack, Norge!

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 110 autres abonnés

%d blogueurs aiment cette page :