Tänka fritt är stort men tänka rätt är större*

La critique du multiculturalisme est la mode dominante même dans des pays autrefois classés dans ce courant, de par leurs pratiques institutionnelles et politiques en matière de politique minoritaire. Mais il est parfois difficile de pratiquer cette critique à juste escient, comme le prouve cet article (en suédois, désolé) de l’universitaire Pernilla Ouis consacré à la critique du multiculturalisme, de Michel Foucault, de la lutte contre l’islamophobie et de pas mal d’autres choses.

Pernilla Ouis quand elle était musulmane

Un mot sur Pernilla Ouis: Suédoise convertie à l’islam, elle a porté le voile pendant près de vingt ans, avant de l’enlever suite à son divorce en 2008 (elle s’explique ici ). Elle a progressivement perdu la foi et se décrit désormais comme "désislamisée".

 

Tout n’est pas à jeter dans cet article, qui marque quelques points, notamment sur la notion de diffamation des religions soulevée par certains gouvernements d’Etats musulmans, mais plusieurs erreurs factuelles affaiblissent nécessairement son raisonnement:

Elle affirme pour commencer que Michel Foucault serait le Dieu des sciences sociales suédoises:

"Foucault är Gud i den svenska universitetsvärlden, inte profet, utan Gud fader själv. Inom socialvetenskaperna är det han som banat vägen för det kritiska tänkandet kring hur språket formar våra sociala praktiker, hur makten förtrycker de avvikande med sina normalitetsnormer och uteslutningsmekanismer. Foucault är far till det postmoderna tänkandet och diskursanalysen. Varje student som aspirerar på högre studier måste begripa hans storhet och förhålla sig till hans tankar. Att kritisera dem är en omöjlighet i den akademiska världen".

"Foucault est le Dieu du monde universitaire suédois, pas prophète, mais Dieu le Père lui-même. Dans les sciences sociales c’est lui qui a tracé la voie pour la pensée critique autour de la manière dont le langage donne forme à nos pratiques sociales, comment le pouvoir oppresse les déviants avec sa normativité et ses mécanismes d’exclusion. Foucault est le père de la pensée post-moderne et de l’analyse du discours. Chaque étudiant qui aspire à de hautes études doit comprendre sa grandeur et se positionner par rapport à sa pensée. La critiquer est impossible dans le monde académique"

Pas mal d’affirmations, mais aucune preuve de ce qu’elle affirme. Sans être spécialiste de la question, je me permets de douter des brigades de commissaires politiques qu’elle décrit, imposant leur orthodoxie dans un monde académique suédois acquis au postmoderne par l’effet d’une épuration idéologique. Si la pensée foucaldienne a du succès, c’est sans doute pour des raisons intrinsèques, liées à la persuasion intellectuelle de ses éléments fondamentaux. D’autre part, on pourrait objecter quant à la fixation de l’auteur sur Foucault – d’autres auteurs du même courant ont été influents, le courant marxiste ou marxisant (par exemple autour de Göran Therborn ou de Torbjörn Tännsjö) également, sans compter l’influence de Bourdieu (qui n’était ni post-moderne ni marxiste) ou l’école positiviste (Axel Hägerström surtout, toujours très influente parmi les juristes). Bref, du journalisme d’opinion classique, de l’éditorialisme comme on dit en France.

Deuxième point, plus factuel encore. Pernilla Ouis s’attaque à Andreas Malm, journaliste à l’hebdomadaire anarcho-syndicaliste Arbetaren ("Le travailleur"), ayant couvert notamment l’Iran. Il a sorti en 2009 un ouvrage ayant fait couler beaucoup d’encre en Suède, consacré à l’islamophobie en Suède, "Hatet mot muslimer" ("La haine des musulmans"). Pernilla Ouis s’irrite au plus haut point du socialisme affiché de Malm et de sa sympathie pour le Hezbollah (il avait publié une tribune le 1er août 2006 dans le quotidien linéral Expressen intitulé "Därför ska vi stödja Hezbollah" – "Voilà pourquoi nous devons soutenir le Hezbollah") et pour le FPLP de feu Georges Habache: comment ne peut-il ne pas savoir que les musulmans sont soit des chômeurs, soit des entrepreneurs, réactionnaires et conservateurs, s’insurge-t-elle. Puis elle s’avance en territoire miné – le Moyen-Orient, what else?

Malm har tidigare hävdat att han stödjer Hizbollah, eftersom en seger för dem ”producerar det mest önskvärda resultatet” (Malm i Expressen: ”Därför ska vi stödja Hizbollah”, 1 augusti 2006). Samtidigt hade Malm på sig en tröja till stöd för den marxistiskt-leninistiska gruppen Folkfronten för Palestinas Befrielse (PFLP) under denna debatt, en ståndpunkt samma Hizbollah-anhängare hade kunnat mörda honom för. (Expressen)

Malm a précédemment affirmé qu’il soutenait le Hezbollah, une victoire pour eux "produisant le résultat le plus souhaitable" (Malm dans Expressen; ”Därför ska vi stödja Hizbollah”, 1er août 2006). En même temps Malm portait un t-shirt soutenant le groupe marxiste-léniniste Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) pendant ce débat, un point de vue pour lequel un supporter du Hezbollah aurait pu l’assassiner. (Expressen)

Ce serait intéressant si c’était vrai. Mais l’Orient compliqué le demeure même pour quelqu’un ayant porté le voile pendant vingt ans. Voici en effet la réalité des liens entre le FPLP et le Hezbollah – des liens de camaraderie entre mouvements de résistance:

  • le FPLP a adressé un message de félicitations au Hezbollah pour saluer le troisième anniversaire de la "victoire" de 2006;
  • la chaîne de télévision du Hezbollah, Al Manar TV, a diffusé des reportages soutenant clairement les opérations de résistance militaire des brigades Abou Ali Mustafa, bras armé du FPLP;
  • le Hezbollah a mené des actions de résistance militaire avec la branche armée du Parti communiste libanais, tandis que le FPLP en a mené avec les branches armées du Hamas et du Jihad islamique: "De même, on imagine-ra les laïcs comme forcément persécutés par les intégristes musulmans. Vrai dans cer-tains cas, cette assertion se révèle fausse dans d’autres. Il faut alors comprendre par exemple comment le Parti communiste libanais noue des alliances avec le Hezbollah, ou comment le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) marxiste travaille souvent avec le Hamas ou le Djihad islamique, et se laisser interroger politiquement et méthodologiquement par ces nouvelles réalités" (Mouvements);
  • dans le même sens: "Marie Nassif-Debs, membre du PCL, affirme sans hésitation que le parti considère « le Hezbollah comme un parti de résistance, faisant parti d’un mouvement de libération nationale sur le plan national et arabe »[12], tandis que le FPLP confirme qu’entre le Hamas et lui-même il y a des similitudes comme le soutien à la résistance, la coordination des forces de sécurité palestinienne avec l’armée israélienne, mais également leur opposition aux accords d’Oslo, à la Feuille de Route et au piège des négociations de paix" (Café Thawra);
  • enfin: "Des cadres progressifs de discussion vont dès lors se créer entre nationalistes, marxistes, et islamistes, par exemple la Fondation Al-Quds, à leadership islamiste, et tout particulièrement la Conférence nationaliste et islamique lancée en 1994 à l’initiative du Centre d’études pour l’unité arabe (CEUA) de Khair ad-Din Hassib, situé à Beyrouth, qui se réunit tous les quatre ans, destinée à trouver des points d’accords tactiques et/où stratégiques, et à redéfinir les liens, même et y compris d’un point de vue idéologique entre la gauche, le nationalisme et l’islamisme . Le CEUA a ainsi tenu, en mars 2006 et janvier 2009, à Beyrouth, des Conférences générales arabe de soutien à la résistance, où les principales directions des organisations nationalistes, marxisantes et islamistes (notamment le Hamas et le Hezbollah) étaient fortement représentées. Près de 400 délégués issus de la gauche mondiale et du mouvement altermondialiste étaient présent à ces conférences. Ce rapprochement entre les divers groupes est permis par la centralité de la lutte contre Israël, l’interventionnisme américain dans la région, notamment l’Iraq, et la question démocratique. La collaboration va dès lors de se développer sur le champ politique, et même sur le champ militaire en Palestine et au Liban" (Café Thawra).

Et je me suis arrêté à ces deux points-là, relativement factuels de l’argumentation de Pernilla Ouis. Et on comprend comment le reste du raisonnement ne peut qu’être fallacieux: si une vision nuancée et paradoxale des phénomènes islamique et islamiste est possible, ce n’est peut-être pas dû à la "Brigade du martyr Michel Foucault" qui opérerait des assassinats ciblés dans les couloirs des universités suédoises. De même, dans le contexte moyen-oriental, une proximité tactique – car les divergences de fond sont très réelles – entre mouvements progressistes et islamistes, surtout dans le cadre de la résistance, ne relève peut-être seulement pas de la fantasmagorie d’islamo-gauchiste halluciné. Et le fait de porter ou d’avoir porté le foulard n’offre aucune garantie de compétence pour discuter de ces questions.

*Le titre de ce post signifie "Penser librement est grand mais penser juste est plus grand encore" en suédois, une citation de l’écrivain suédois Thomas Thorild. C’est la devise de l’Université d’Uppsala, qui fait débat en Suède car censée exprimer une prime au conformisme – qui définit ce qui est juste? Paradoxalement, cette critique rejoint le discours post-moderniste… Mais cette devise peut également être prise littéralement: penser librement a plus de valeur si on pense librement et que l’on a raison – ce qui présuppose bien évidemment que le fond de la pensée que l’on exprime est susceptible de vérification objective. En l’occurence, approximations et erreurs factuelles affaiblissent la thèse à l’appui de laquelle elles sont invoquées. C’est dans ce sens que l’utilise cette maxime ici.

Tel père, tel fils, même en Palestine

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La défense inconditionnelle de la cause palestinienne est en de bonnes mains:

Yasser Abbas, the son of Palestinian Authority President Mahmoud Abbas, revealed this week that he’s a self-made millionaire who started his own business shortly after the signing of the Oslo Accords.

In an interview with the Dubai-based Al-Aswak.net economic magazine, Abbas’s son, who was named after former PA leader Yasser Arafat, also declared that "a majority of Palestinians," including himself, "collaborate with Israel."

Le devouement a la cause ne paie pas:

In the interview, the first of its kind, the 46-year-old Yasser, who is a Canadian national, claimed that 25 percent of his income went to the PA budget. In return, he said, the PA government had never offered him so much as a free airline ticket or one pill of Aspirin for his daughter. (…)

The son also revealed that he owns a number of companies (Falcon Trading Group) with an annual income of $35 million. He complained, however, that he had never received any privileges due to the fact that he’s the son of the PA president.

Sa contribution à l’édification d’une société palestinienne libre et indépendante est indéniable:

One of his smaller companies, Falcon Tobacco, has a monopoly over the marketing of US-made cigarettes such as Kent and Lucky in the West Bank and Gaza Strip, he added.

Son engagement pour une économie palestinienne indépendante et forte est inflexible:

Asked if he was doing business with Israelis, Yasser replied: "How can you get merchandise into the Gaza Strip if the Israeli and Palestinian ministers of economy don’t talk to each other? Dozens of Hamas supporters are receiving medical treatment in Israeli hospitals. Most Palestinians collaborate with Israel, while the rest live on the rain."

Par ailleurs, je vous rappelle qu’Abbas sr vient d’avoir une conversation des plus chaleureuses avec le militant pacifiste israëlien Benyamin Netanyahu:

JERUSALEM (CNN) — Palestinian Authority President Mahmoud Abbas telephoned Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu on Sunday, and the two enjoyed a "warm and friendly" conversation, Netanyahu’s office said in a statement.

During the talk, Netanyahu "recalled the cooperation between them — and the talks that they held — in the past, and noted that he intended to do so again in the future in order to advance peace between Israel and the Palestinians," the statement said.

Abbas wished Netanyahu a Happy Passover, and agreed that both sides need to work toward peace.

Self-explanatory, comme disent les juristes anglais.

Quand un ancien espion anglais parle de "la résistance palestinienne", les dirigeants arabes parlent tunnels

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Dans ce drôle de monde de janvier 2009, un ancien du MI6, Alastair Cooke, parle sur Al Jazeera English de la "résistance palestinienne", un mot que peu de dirigeants arabes prononcent.

Alastair Cooke, de Conflicts Forum: "One has to look why the tunnels exist, there was a blockade. What the Europeans are saying looks worryingly like tightening the blockade. They look like re-launching Abou Mazen rather than dealing with reality".

Dan Schueftan, professeur de cette matière de charlatans qu’est la stratégie et ancien conseiller de Rabin et Sharon (petit clin d’oeil à tous ceux qui croient qu’ily a vraiment une différence fondamentale entre Rabin et Sharon, Barak et Netanyahu, Peres et Olmert), qui fait dans du sionisme de comptoir: "If you arm the police, you don’t have to arm murderers and rapists. We are talking about a barbaric organisation, based on the Protocols of the Sages of Zion. But I agree that Israel has been rewarded, everybody else in the world have come to Charm el Cheikh, even the Arab world in its majority. The legitimate government of Palestine is Abou Mazen".

Abdelbari Atwan, fondateur d’Al Qods al Arabi, un des rares quotidiens panarabes à ne pas être inféodé à l’Arabie séoudite: "I am shocked by this propaganda. Who is terrorising the population in Gaza? It seems the israeli and some part of the international community, the Europeans, still believe in a military solution to the conflict. We have to see who is blocking the peace process, who resists full implementation of international law. To deprive Hamas from the right of arming itself is allowing Israel to come back and massacre again".

Dans un reportage, Ziad el Absi, habitant de Rafah, qui a perdu trois fils, et a quatre filles blessées, raconte comment le Palestinien qu’il est ne peut se rendre dans le pays frère voisin, où sa femme est hospitalisée, dans le coma suite aux blessures infligées lors du bombardement israëlien ayant dévasté sa maison. Il parcourt quelques débris à la recherche de souvenirs de ses fils, en vain. Il a perdu ses trois possessions les plus précieuses. Il est effondré à l’idée de ne même plus avoir de photos de ses fils, toute sa maison étant détruite.

Miss Khamas passe quelques secondes après pour dire comment le Hamas est responsable de toutes les morts civiles. Ella oublié l’Iran et Hugo Chavez (contrairement à son compatriote Dan Schueftan, qui a parfaitement retenu la checklist des mots et noms indispensables au bon propagandiste (pro-)israëlien).

Des camps d’entraînement du Hezbollah au Vénézuela, en attendant ceux du Hamas en Norvège…

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La presse mainstream est souvent prévisible. Ainsi cet article, déjà daté, du Los Angeles Times "Fears of a Hezbollah presence in Venezuela". On y décrit, sur la base exclusive de renseignements de "Western anti-terrorism officials", "Western government terrorism expert", "Western anti-terrorism official [speaking] on condition of anonymity", "U.S. Treasury Department" et "Western security official", un terrifiant complot terroriste entre Hezbollah, Iran et Vénezuela (lesdits officiels ont oublié la Bolivie et l’Equateur dans leur check-list). Parmi les lourds éléments à charge, l’existence de vols d’IranAir de Téhéran à Caracas et le fait que les douaniers vénezuéliens ne tamponnent pas tous les passeports à l’heure de la sieste. La seule preuve de l’existence de camps d’entraînement du Hezbollah en Amérique Latine est sinon une déclaration de Matthew Levitt, membre du think-tank néo-con (je sais, le terme est passé de mode) et pro-israëlien Washington Institute for Near East Policy (la liste des membres du conseil d’administration de cet institut est édifiante).

Un dossier au moins aussi solide que celui des armes de destruction massive en Irak. Et en attendant des révélations sur les camps d’entraînement du Hamas en Norvège

La radicalisation des Palestiniens, premier effet de la guerre de Gaza

J’ai été surpris d’entendre la violence du ton d’Eyad Serraj aujourd’hui sur Al Jazeera. Ce pédopsychiatre de 65 ans, fondateur du Gaza Mental Health Programme est en effet un adepte convaincu de la non-violence, et un critique tant de l’Autorité palestinienne que du Hamas. A ce titre, il a été souvent cité par journalistes et visiteurs occidentaux, qui s’attachent plus à ses belles paroles sur la paix en général que ses propos durs sur la colonisation et l’occupation ou sa condamnation véhémente de l’assassinat de cheikh Ahmed Yassine par Israël, causes fondamentales du conflit selon lui. Je ne crois pas que le New York Times, Le Matin du Sahara ou Libération se batteront pour citer ses propos sur Al Jazeera.

Voici ce qu’il dit, soulignant que la guerre contre Gaza n’est pas une aberration et que le problème est structurel:

Je fais le tour de Gaza, ils ont bombardé notre centre et l’école américaine Des dizaines de bâtiments ont été détruits, Israël est une force maléfique qui fait dans le meurtre de masse ("an evil force which is into wholesale killing"). C’est inimaginable, les scènes de destruction qu’on voit. Gaza est divisée, le nord de la bande de Gaza ne peut communiquer avec le sud de la bande de Gaza. Ils clament victoire, mais c’est la victoire du mal, des atrocités, de l’Etat terroriste appelé Israël, ce n’est pas la victoire de la paix. Mais nous sommes défiants à Gaza, nous pouvons critiquer le Hamas et d’autres organisations palestiniennes, mais le mal vient d’Israêl depuis1948, l’Etat d’Israël qui depuis sa création n’a fait que d’aller de guerre en guerre, car Israël n’a jamais respecté notre dignité et nos droits. Gaza a toujours résisté, des habitants ici sont eux-mêmes des réfugiés de 1948, et sont à leur tour des réfugiés internes. Ce que fait Israël, c’est instiller la haine. C’est l’histoire d’Israël depuis ses débuts en 1948: Israël doit être stoppé. Les enfants voudront laver l’humiliation de leur père en rejoignant le Hamas et le Jihad Islamique.

Un ancien diplomate étatsunien à Gaza confirme: les Etats-Unis ont financé et armé le Fatah contre le Hamas

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Norman H. Olsen, ancien diplomate étatsunien en poste à Gaza, confirme ce que l’on savait déjà:

Hamas never called for the elections that put them in power. That was the brainstorm of Secretary Rice and her staff, who had apparently decided they could steer Palestinians into supporting the more-compliant Mahmoud Abbas (the current president of the Palestinian authority) and his Fatah Party through a marketing campaign that was to counter Hamas’s growing popularity – all while ignoring continued Israeli settlement construction, land confiscation, and cantonization of the West Bank.

State Department staffers helped finance and supervise the Fatah campaign, down to the choice of backdrop color for the podium where Mr. Abbas was to proclaim victory. An adviser working for the United States Agency for International Development (USAID) explained to incredulous staffers at the Embassy in Tel Aviv how he would finance and direct elements of the campaign, leaving no US fingerprints. USAID teams, meanwhile, struggled to implement projects for which Abbas could claim credit. Once the covert political program cemented Fatah in place, the militia Washington was building for Fatah warlord-wannabee Mohammed Dahlan would destroy Hamas militarily.

Malheureusement pour les Etats-Unis, Israël et leurs alliés arabes, les électeurs palestiniens en ont voulu autrement:

Their collective confidence was unbounded. But the Palestinians didn’t get the memo. Rice was reportedly blindsided when she heard the news of Hamas’s victory during her 5 a.m. treadmill workout. But that did not prevent a swift response.

She immediately insisted that the Quartet (the US, European Union, United Nations, and Russia) ban all contact with Hamas and support Israel’s economic blockade of Gaza. The results of her request were mixed, but Palestinian suffering manifestly intensified. The isolation was supposed to turn angry Palestinians against an ineffective Hamas. As if such blockades had not been tried before.

Simultaneously, the US military team expanded its efforts to build the Mohammed Dahlan-led militia. President Bush considered Dahlan "our guy." But Dahlan’s thugs moved too soon. They roamed Gaza, demanding protection money from businesses and individuals, erecting checkpoints to extort bribes, terrorizing Dahlan’s opponents within Fatah, and attacking Hamas members.

Finally, in mid-2007, faced with increasing chaos and the widely known implementation of a US-backed militia, Hamas – the lawfully elected government – struck first. They routed the Fatah gangs, securing control of the entire Gaza Strip, and established civil order.

Its efforts stymied, the US has for more than a year inflexibly backed Israel’s embargo of Gaza and its collective punishment of the Strip’s 1.5 million residents. The recent six-month cease-fire saw a near cessation of rocket fire into Israel and calm along the border, yet the economic siege was further tightened.

Conclusion:

Our "good," US-supported Palestinians did not vanquish the "bad" Palestinians any more than Washington’s Lebanese clients turned on Hezbollah, despite the suffering and death of the 2006 war with Israel. Abbas sits emasculated in Ramallah. The Israelis continue to build settlements while blaming Iran for their troubles, as though the Palestinians have no grievances of their own. And we are further than ever from peace.

Ses recommandations à Obama:

That’s why President-elect Obama must reconsider his plan to appoint a traditional Washington-based Middle East envoy, reportedly former envoy Dennis Ross, and instead pursue a course that signals change. He should:

Declare his determination to pursue from his first day in office, not the final six months, full peace between Israel and all its neighbors. Only by doing so can he win support among Israelis, Palestinians, the Congress, and the international partners we’ll need to support this historic effort.

Name an outstanding peace envoy to be resident full time in the region with authority over our missions in Tel Aviv and Jerusalem. He or she must have the presidential backing and stamina to withstand the pressures and pitfalls of a comprehensive peace process over the long haul. In addition, this envoy must have authority over all US interactions with the Palestinians and Israelis and later, with other parties, reporting directly to the president in collaboration with the National Security Adviser and secretary of State. Assisted with staff comprising the US government’s foremost experts, this envoy would be the single US voice on this issue.

Empower the envoy to engage with all parties to the conflict, regardless of current prohibitions, on all issues, overturning long-established policy.

Fund a political and economic development process second only to those in Iraq and Afghanistan.

Sur le soutien étatsunien au Fatah et surtout à Mohamed Dahlan, l’Oufkir palestinien, voir l’article-révélation de Vanity Fair d’avril 2008.

Bizarre, bizarre, vous avez dit bizarre

Sur Al Jazeera (la suite est ici), l’ambassadeur égyptien Hassan Issa (et ancien consul d’Egypte en Israël) parle de la nécessité de mettre fin à la "contrebande" (quel terme…) d’armes vers Gaza, via les tunnels. Il parle de l’accord de 2005 sur le mouvement et l’accès de marchandises à Gaza, passés entre Israël et Mohamed Dahlan (a.k.a. l’Autorité palestinienne), avec la même ferveur qu’un directeur de la Croix Rouge parle des Conventions de Genève. Amusant, car cet accord, considéré par Israël et ses alliés arabes et occidentaux comme la pierre sacrale de tout accord de cessez-le-feu, ne lie pas l’Egypte, qui n’y est même pas citée, au contraire des Etats_Unis – "the United States Security Coordinator". D’autre part, cet accord présente un caractère plus politique que juridiquement contraignant.

Hassan Issa fait preuve d’empathie remarquable: "du point de vue sécuritaire, le Hamas veut des garanties, et Israël veut des garanties. Tous deux souffrent". Il ajoute ensuite: "j’espère que le Hamas voit la situation d’une manière pratique, et qu’ils soulagent la population de Gaza de l’enfer qu’elle subit". Alastair Crooke, ancien agent du MI6, avec de l’expérience notamment du conflit d’Irlande du Nord, ancien conseiller de Solana, fondateur de Conflicts Forum et partisan de négociations avec les groupes islamistes tels que le Hezbollah et le Hamas, fait figure de leader d’un groupe local des brigades des martyrs d’Al Aqsa en comparaison à Issa (1): "la résolution 1860 est à l’origine du problème, qui permet à l’armée israëlienne de rester à Gaza au moment . L’essence d’un accord est simple: cessez-le-feu, retrait de l’armée israëlienne simultanément à une fin des tirs de roquette. Ce sont les détails de la mise en oeuvre, avec notamment le monitoring et les passages , qui posent problème.L’Egypte a son propre intérêt dans cette négociation, c’est un médiateur, mais les objectifs israëliens sont clairs, mettre fin à l’entrée d’armes à Gaza".

"Il faut réaliser que selon l’accord de paix avec Israël, nous ne pouvons que garder 750 policiers à la frontière avec Israël. Des policiers, pas des soldats. malgré cela, nous avons pu démanteler 180 tunnels depuis le départ de Gaza décidé par Sharon. On ne l’a pas fait en raison de la sécurité d’Israël, mais en raison de la sécurité de l’Egypte. Des tunnels sont creusés, chaque jour, nous savons qui creuse ces tunnels et pour qui – le Hamas – et pour eux c’est une entreprise commerciale".

Que peuvent faire les pays arabes, expulser les diplomates israëliens ou mettre en place un boycott commercial d’Israël. "Oui, c’est vrai, répond Issa, les pays arabes pourraient roompre leurs relations commerciales avec Israël. Mais je ne suis pas d’accord avec le fait de rappeler les ambassadeurs: rappeler un ambassadeur, c’est la dernière étape avant la guerre. Je crois pas que nous ayions atteint ce stade". La journaliste d’Al Jazeera, Maryam Nemazee, rétorque "mais il y a déjà une guerre dans un territoire arabe?". Il esquive: "nous préférons garder notre ambassadeur et faire pression de cette façon". Alastair Crooke dit quant à lui que "la première chose qu’ils [les pays arabes] pourraient faire, c’est de soutenir les Palestiniens et les Arabes. Je suis choqué d’entendre les gens parler des tunnels comme si c’était une acte répréhensible des Palestiniens, mais si on enferme 1,5 millions de Palestiniens dans une prison à ciel ouvert, si on les affame, et si on réduit les quantités d’électricité et de gaz, tout prisonnier va chercher à creuser un tunnel pour s’échapper. Tout cela est donc directement lié au siège".

La journaliste demande à Issa pourquoi l’Egypte n’ouvre pas le passage de Rafah, afin de laisser entrer l’aide humanitaire. Issa répond: "Vous réalisez sans doute qu’il y a l’accord de 2005 sur les passages frontaliers à Gaza, qui exige la présence de l’Autorité palestinienne et l’Union européenne". Il se trompe plusieurs fois: l’accord de 2005 lie Israël et l’Autorité palestinienne, pas l’Egypte, et la seule présence dont parle cet accord est celle de l'"US Security Coordinator".

La journaliste lui demande enfin pourquoi l’Egypte n’ira pas à Doha, au Qatar, pour le sommet arabe exceptionnel. La réponse d’Issa est substantiellement la même que celle figurant dans le communiqué royal expliquant la non-participation du Roi du Maroc à ce même sommet: "ce sommet va créer des frustrations chez les Arabes, chez la rue arabe, chez la populace arabe. Il n’y a pas de préparation sérieuse, il y a des problèmes bilatéraux. Ce serait contre-productif d’avoir un sommet arabe dans ces conditions". Il faut compter sur les Etats-Unis et les Européens, rajoute-til en substance.

Dans d’autres développements, Adel Imam rejoint le grand mufti séoudien dans sa condamnation des manifestations contre la guerre à Gaza et pour le peuple palestinien (hat-tip: Taïeb Moalla):

Assabah (Tunisie), 13 janvier 2009
"Qui se moque de nous ? Qui est-ce qui a bien pu se moquer des manifestations qui sillonnent le monde contre l’arrogance sioniste ? Qui rend le Hamas responsable de ce qui se passe actuellement dans la bande gazaouite ? Je me pose ces questions, car je doute de mes capacités mentales. Commencerais- je à délirer devant ces crimes israéliens abominables ? Qui a bien pu prononcer ces propos en l’air ? Est-ce vraiment Adel Imam* ou bien l’ambassadeur israélien…au Caire ?"
Mohamed Guelbi
Traduit de l’arabe par Taïeb Moalla

Ajout du traducteur : * Adel Imam est un des plus grands comédiens du monde arabe. Il a récemment qualifié "d’inutiles" les manifestations de soutien à Gaza (plus de détails ici). Assabah, 13 janvier 2009

من السّاخــــر؟

من ذا الذي سخر من المظاهرات التي تجوب الدّنيا ضد غطرسة العدو الصهيوني؟… ومن ذا الذي حمّل «حماس» مسؤولية ما يجري في القطاع الفلسطيني؟

أتساءل لأنّي صرت أشكّ في سلامة مداركي العقلية!… فلربّما اختلت هذه المدة من هول الجرائم الإسرائيلية.

فمن ذا الذي قال وصرّح وتفوّه بألفاظه الساخرة؟… هل هو حقّا عادل إمام أم سفير إسرائيل في القاهرة؟

محمد قلبي

Autre épisode: un négociateur du Hamas au Caire est interrogé – au sens policier du terme – par un journaliste égyptien, live sur Al Jazeera. "Ne savez-vous pas qu’un mouvement de libération doit être pragmatique?". Le négociateur, qui a l’allure d’une bête traquée, répond: "ce n’est pas le Hamas qui bombarde Gaza! Nous sommes un mouvement de résistance, ne nous demandez pas de capituler devant l’occupation".

Tout comme le Maroc enfin, qui a suivi son exemple, l’Egypte boycotte la réunion extraordinaire de la Ligue arabe de Doha. Comme dirait The Angry Arab, conspiracy? What conspiracy? 

(1) En poste à Al Qods/Jérusalem, Alastair Crooke fût contraint de quitter sur pressions israëliennes (et palestiniennes, Mohamed Dahlan – who else? – estimant qu’il accordait trop d’importance au Hamas) et donc de la hiérarchie du Foreign Office, peu portés à déplaire à leur allié israëlien.

Nationale Sozialisten für Israel

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La réalité dépasse toujours la fiction, et dans la lignée de mes précédents post sur le soutien de l’extrême-droite belge et scandinave à Israël je me suis rappelé, à la lecture d’un commentaire, d’une info que j’avais lue l’année dernière, sur la création d’un site allemande de nazis pour Israël ("Nationale Sozialisten für Israel"). Certains ont cru – comme on les comprend – à un canular, mais les textes et illustrations postés sur le site semblent authentiques. Pour être honnête, l’ambassade israëlienne à Berlin n’a pas vraiment apprécié:

Ilan Mor of the Israeli Embassy in Berlin was appalled to learn of the story.

"We can handle our enemies just fine, but God save us from friends like these," he said, calling the group "absolutely preposterous."

On peut se demander si c’est si étonnant que ça: il y a bien eu des homosexuels homophobes, des femmes misogynes, des noirs et des arabes lepénistes, et des Palestiniens sionistes. S’agissant de nazis et d’Israël, il faut préciser qu’avant la réalisation du génocide juif, les autorités nazies avaient conclu un accord, dit accord de transfert ("transfer agreement" – voir le site du livre que lui a consacré Edwin Black – les trois premiers chapitres sont en ligne) avec les autorités sionistes de Palestine – représentées par l’Agence juive – consistant dans le "transfert" de juifs allemands en Palestine contre la cessation de la campagne de boycott anti-allemande initiée par les organisations juives de par le monde peu après l’élection de Hitler- environ 50.000 juifs allemands émigrèrent en Palestine sous le couvert de cet accord, qui prit fin en 1938. L’émigration de juifs allemands vers la Palestine était alors considérée comme une solution au prétendu "problème juif". Paradoxalement, c’est l’architecte de la solution finale, Reinhard Heydrich, qui fût l’artisan de cet accord de transfert du côté nazi, quelques années avant de planifier et mettre en oeuvre le génocide (1).

Plus loin encore dans l’absurde, il s’avère qu’Israël a de sérieux problèmes avec des néo-nazis israëliens, presque tous issus de l’immigration russe – nombre des immigrés russes, juifs au sens légal – israëlien – du terme, ne le sont pas au sens sociologique, assimilation soviétique/russe aidant. Citoyens israëliens cependant, il a été évoqué la possibilité de leur retirer leur citoyenneté israëlienne, obtenue sous le couvert de la loi du retour, et de les expulser.

Dans le même ordre d’idées, la guerre contre Gaza a intensifié les efforts du parti d’extrême-droite britannique British National Party de se débarasser de son lourd passé antisémite, en faisant bien sûr de la surenchère sur la défense d’Israël et des actions militaires menées à Gaza, comme le révèle Max Blumenthal, qui souligne par ailleurs que si la communauté juive britannique a pris ses distances, l’ambassade d’Israël garde le silence sur cet embarassant soutien.

Le cas du British National Party est en effet assez exemplaire. Son leader, Nick Griffin, défendait publiquement des thèses négationnistes au sujet du génocide juif. Au lendemain de la guerre contre Gaza, s’il semble se laver les mains de la guerre dans un bout de désert, comme il l’écrit, c’est pour conclure que la surive d’Israël (comme si cette survie était menacée) est dans l’intérêt national de la Grende-Bretagne: "Thus while we would oppose any move to entangle Britain in war on behalf of Israel, it is in our clear national interest that it should survive".

Il a explicitement assumé sa conversion, et les raison qui l’y ont amené:

"It stands to reason that adopting an ‘Islamophobic’ position that appeals to large numbers of ordinary people – including un-nudged journalists – is going to produce on average much better media coverage than siding with Iran and banging on about ‘Jewish power’, which is guaranteed to raise hackles of virtually every single journalist in the western world."

Pour être honnête, les pro-palestiniens ont également quelques poux antisémites dans leurs cheveux – on peut penser à Jean-Marie Le Pen, Alain Soral et Dieudonné. Les options du Front National sont assez pragmatiques: le 24 décembre, le Front National "condamne l’agression militaire d’Israël contre le gigantesque camp de concentration qu’est devenu Gaza"; le 12 janvier, le ton est légèrement différent:

"la manifestation pro-Hamas de Perpignan, soutenue et encadrée par la gauche, les Verts, les communistes et l’extrême-gauche a dégénéré. Le saccage et le pillage de nombreux commerces et l’agression de nombreux clients de ceux-ci démontrent une nouvelle fois que l’exploitation par la gauche radicale et certaines associations communautaristes du conflit israélo-palestinien, conduit à des violences et des menaces dangereuses pour la paix civile"

Le même jour, ces belles paroles:

lundi 12 janvier 2009
Ne pas importer le conflit ?

Communiqué de presse de Jean-Marie LE PEN

« Il ne faut pas laisser importer en France les conflits du Proche-Orient », disent, en une touchante unanimité, de nombreux responsables politiques et gouvernementaux.

Mais il fallait commencer par ne pas importer des millions d’immigrés qui par leur culture et leur religion se sentent solidaires du Hamas, quoi que l’on pense par ailleurs de ce qui se passe à Gaza.

Ce qui est en cause n’est pas l’importation d’un conflit, mais l’importation de populations non assimilables, qui restent étrangères, voire hostiles à la France, comme les manifestations de samedi l’ont rudement montré.

Au lieu de se payer de mots, il faudrait d’abord arrêter cette importation et renverser le flux de l’immigration, qui continue de déferler sur notre sol.

Je disais avant, du temps où Le Pen et Mégret cohabitaient au sein du Front National, que le Front était traversé de deux puissants courants de pensée: ceux qui détestent les juifs plus que les arabes et ceux qui détestent les arabes plus que les juifs. On voit comment, entre le 24 décembre et le 12 janvier, le Front National réussit à faire la synthèse.

(1) Méfiez-vous de ce que vous trouverez via Google sur ce sujet – 90% des liens vont vers des sites négationnistes ou nazis…

"What good has it done the Palestinians to recognise you?"

Sur Al Jazeera, un ancien ambassadeur israëlien à Washington, Zalman Shoval (Likoud), s’est fait reprendre en pleine volée par un professeur de sciences politiques irakien, Saad Naji Jawad, alors qu’il répétait le mensonge le plus courant dans la bouche des talking heads israëliens et pro-israëliens: "Hamas ne reconnaît pas Israël". On sait que c’est faux: pas plus tard qu’en novembre 2008, Ismaïl Haniyeh a accepté le principe d’une reconnaissance d’Israël, de même que Khaled Meshaal à plusieurs reprises et dernièrement dans un entretien accordé à Alain Gresh du Monde diplomatique, et il a longtemps été clair que la question de la reconnaissance d’Israël – dans la perspective du Hamas -était d’ordre politique et tactique, pas idéologique, alors qu’Israël aurait tendance à instrumentaliser la question afin de justifier son refus de toute négociation et concession.

La réplique de Saad Naji Jawad était tout aussi fulgurante que parfaitement logique: "what good has it done the Palestinians to recognise you?" – "qu’est-ce que ça leur a rapporté que de vous reconnaître, aux Palestiniens?". Si Mohamed Dahlan a peut-être tiré personnellement profit de cette reconnaissance, il est indéniable que du point de vue du peuple palestinien, et de la création d’un Etat palestinien, cette reconnaissance d’Israël matérialisée par le calamiteux processus d’Oslo a été désastreuse – la reconnaissance d’Israël doit faire partie de l’issue finale des négociations, pas des préalables. Abandonnant sa meilleure carte avant le début des négociations sur le fond, sur l’étendue et les modalités d’un Etat palestinien, le Fatah n’a pu que subir la poursuite de la colonisation et des tueries israëliennes.

Cette question devrait hanter les nuits et les jours d’Abou Mazen, après avoir rongé ceux de Yassir Arafat.

Une résolution pour rien, alors qu’Israël bombarde Gaza au phosphore blanc en pleine trève

tzipi-laughs
Pendant que je vois les images en direct d’Al Jazeera des bombardements israëliens de Gaza, avec des bombes au phosphore apparemment – selon les commentateurs – en pleine trève unilatérale apparemment, je trouve enfin le texte de la résolution qui vient d’être votée par le Conseil de sécurité. Par quatorze voix contre zéro et une abstention (Etats-Unis), le Conseil de sécurité des Nations-Unies a adopté la résolution n° 1860. En voici un extrait en anglais (pas de version française pour l’instant) reprenant les paragraphes opérationnels:

Resolution 1860 (2009) Adopted by 14 in Favour, Abstention by United States;
Also Calls for Unimpeded Humanitarian Assistance, Welcomes Egyptian Initiative

(…) 1. Stresses the urgency of and calls for an immediate, durable and fully respected ceasefire, leading to the full withdrawal of Israeli forces from Gaza;

2. Calls for the unimpeded provision and distribution throughout Gaza of humanitarian assistance, including of food, fuel and medical treatment;

3. Welcomes the initiatives aimed at creating and opening humanitarian corridors and other mechanisms for the sustained delivery of humanitarian aid;

4. Calls on Member States to support international efforts to alleviate the humanitarian and economic situation in Gaza, including through urgently needed additional contributions to UNRWA and through the Ad Hoc Liaison Committee;

5. Condemns all violence and hostilities directed against civilians and all acts of terrorism;

6. Calls upon Member States to intensify efforts to provide arrangements and guarantees in Gaza in order to sustain a durable ceasefire and calm, including to prevent illicit trafficking in arms and ammunition and to ensure the sustained re‑opening of the crossing points on the basis of the 2005 Agreement on Movement and Access between the Palestinian Authority and Israel; and in this regard, welcomes the Egyptian initiative, and other regional and international efforts that are under way;

7. Encourages tangible steps towards intra-Palestinian reconciliation including in support of mediation efforts of Egypt and the League of Arab States as expressed in the 26 November 2008 resolution, and consistent with Security Council resolution 1850 (2008) and other relevant resolutions;

8. Calls for renewed and urgent efforts by the parties and the international community to achieve a comprehensive peace based on the vision of a region where two democratic States, Israel and Palestine, live side by side in peace with secure and recognised borders, as envisaged in Security Council resolution 1850 (2008), and recalls also the importance of the Arab Peace Initiative;

9. Welcomes the Quartet’s consideration, in consultation with the parties, of an international meeting in Moscow in 2009

Réaction de Michel Abdel Massih, juriste, interviewé par Al Jazeera: "le mot-clé est l’adjectif immédiat – cessez-le-feu immédiat, qui figure dans le premier paragraphe 1 de la résolution. Israël a déjà violé la résolution 1860 en poursuivant sa guerre. Le paragraphe 5 condamne toute violence de la part de toutes les parties, et ne va pas assez loin car ignore les violations substantielles du droit international humanitaire. Ces violations audraient d’être mentionnées dans la résolution. La résolution peut être appliquée si la volonté politique existe, avec des sanctions à la clé. Cette résolution est contraignante. Mais il faut négocier avec le Hamas pour ne pas que la résolution ne soit percue comme étant partiale. Les roquettes du Hamas, criminelles? Le problème c’est la proportionnalité, leurs actes sont disproportionnés. Le Conseil de sécurité aurait pu saisir la Cour pénale internationale. Le bombardement des écoles de l’UNRWA sont un exemple de crimes internationaux, car une opération militaire résultant dans des morts de nombreux civils est criminelle même si la mort des civiles n’est pas l’objectif visé".

Mouin Rabbani, de l’Institut d’études palestiniennes à Amman, toujours sur Al Jazeera: "les vues du Hamas n’ont pas été prises en compte. Pas d’appel au retrait immédiat et inconditionnel de Gaza, comme en 1978 et la résolution 425 relative au retrait immédiat des troupes israëliennes du Liban. Il n’y a pas de calendrier, contrairement à la résolution 1701 sur le Liban, pas de sanctions. L’abstention étatsunienne est un signal pour les Israëliens de ne pas y prêter attention et de continuer avec leur offensive. La situation est terrible mais peut empirer – l’attaque peut se poursuivre et viser le centre de Gaza. Cette résolution est difficilement acceptable pour le Hamas, qui n’a pas été consulté. Il aménera une escalade.". Pendant qu’il dit ça sur Al Jazeera, des images en direct montrent des nuages blancs et noirs après des bombardements israëliens à Gaza, qui ont lieu alors même que la résolution a été adoptée. "L’Autorité palestinienne a été très affaiblié, je ne vois pas comment Abou Mazen pourra tirer profit de la crise. L’initiative égyptienne, en liaison avec l’initiative turque, se fait au moins en contact avec le Hamas".

Riyad Maliki, ministre des affaires étrangères d’Abou Mazen, est étonné de l’abstention étatsunienne, soulignant que la résolution a été rédigée selon ses orientations.

Du côté israëlien, pas de surprise. L’ambassadeur israëlienne à Bruxelles, Tamar Catarivas-Samash, avait annoncé la couleur:

"Une trêve humanitaire permettrait au Hamas de se ressaisir. De plus, elle n’est pas nécessaire. (…)
– Des ONG jugent pourtant la situation humanitaire catastrophique…
– Cela fait partie de la guerre de propagande menée contre Israël. (…) nous ne laisserons personne, pas même l’ONU, nous arrêter avant d’avoir atteint notre objectif : mettre fin aux attaques terroristes sur le sud d’Israël. Et, dans la foulée, ramener le calme à Gaza, dont les habitants sont, eux aussi, les otages du Hamas".

On peut pas dire qu’elle va à l’encontre des instructions de sa supérieure, qui a réagi de manière prévisible à l’adoption de la résolution 1860:

"Israel has acted, is acting, and will continue to act only according to its calculations, in the interest of the security of its citizens and its right to self defense"

Le meilleur commentaire est celui du président de l’assemblée générale de l’ONU (qui se réunit en session spéciale consacrée à la situation humanitaire en Palestine occupée sur demande de la Malaisie), Miguel d’Escoto Brockmann, prêtre et ancien ministre des affaires étrangères du Nicaragua, menacé de mort et déclaré persona non grata en Israël après avoir appelé au boycott d’Israël et déclaré l’absence d’existence d’un Etat palestinien le plus grand échec dans l’histoire de l’ONU (pas d’accord: je placerai le génocide rwandais en premier):

"Je ne supporte pas cette impuissance, nous trahissons le monde de la sorte. (…) Israël ne respecte pas les résolutions du Conseil de sécurité, on le sait, mais il pourrait tout de même respecter celles de l’Assemblée générale de l’ONU – après tout, il lui doit son existence, et pas beaucoup d’entre nous peuvent en dire autant".

Et pendant ce temps, les bombardements continuent.

ADDENDUM: Voici le texte français de la résolution 1860.

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