Du danger de montrer son caleçon Superman en public (ou de diffuser un dessin animé)

Le Maroc n’a pas le monopole des poursuites pénales contre des artistes – je pense à celles contre rappeur L7aqed bien sûr – dans le monde – La Rumeur en France en sait quelque chose, qui sort de huit années d’une guérilla juridique initiée par Sarkozy, et ce sans compter les poursuites contre des citoyens ordinaires – en Jordanie, six citoyens sont ainsi poursuivis pour avoir tiré la langue au Roi, ce que Yves Gonzalez-Quijano (Culture et politique arabes, un des meilleurs blogs sur le monde arabe toutes langues confondues) appelle fort à propos "crime de lèche-majesté". Mais celles lancées au Liban contre le duo comique Rawya el-Chab et Edmund Hedded valent leur pesant de taboulé.

Leur crime? Lors d’une collecte de fonds caritative pour les enfants souffrant de maladies cardiaques, qui a lieu sous la forme d’un "man auction" (vente aux enchères lors desquelles un homme propose au plus offrant soit un service particulier – plombier, électricien, etc – ou le plus souvent un strip-tease, la somme offerte étant généralement reversée à une oeuvre caritative), Edmund Hedded a soulevé son jeans pour montrer le haut de son caleçon Superman qu’il portait ce jour-là. Que n’avait-il pas fait-là:

Rawya el Chab et Edmund Hedded, ce dernier montrant le haut de son caleçon Superman lors d'une vente aux enchères.

L’article est tombé entre les mains d’un "vieux". Un "responsable" que le rapport du spectacle a "révolté". Une "révolte" accentuée par le fait qu’une photo montrant Edmund Hedded, en pleine représentation, sur scène, en train d’exhiber quelques petits centimètres carrés de son caleçon marqué du sigle de Superman, circulait déjà.

Décidé à ne pas laisser passer la chose, ce "responsable", dont Edmund Hedded ne connaît pas l’identité, a informé les autorités judiciaires libanaises.

"Rawya el-Chab (qui animait la vente aux enchères) et moi-même avons été convoqués et interrogés au commissariat chargé de l’instruction disciplinaire. Les autorités elles-mêmes étaient perplexes quant au motif de notre convocation et nous ont rassurés à plusieurs reprises que nous n’allions pas être sanctionnés", indique le jeune comédien, qui lui même peine encore, aujourd’hui, à masquer sa perplexité.

Suite à cet interrogatoire, Edmund Hedded affirme avoir contacté plusieurs ministres et responsables qui ont également minimisé l’affaire qu’ils ont qualifiée de "ridicule". Un ministre a même confié au jeune comédien avoir été, lui-même, déjà "vendu aux enchères pour un rendez-vous romantique, il y a 30 ans".

L’affaire aurait également été évoquée par le président de la République Michel Sleimane lors d’une des séances du Conseil des ministres au palais présidentiel…

Autant dire que le caleçon d’Edmond a fait le tour du Liban.

D’où la grosse et mauvaise surprise d’Edmund à l’énoncé du jugement, le 30 novembre 2011 : "Un mois de prison et 200.000 livres libanaises d’amende pour un +stand-up comedy show+ socialement hors de l’ordinaire et pour discours extrêmement vulgaire ainsi que l’exposition du caleçon d’Edmund Hedded".

Edmund Hedded et Rawya el-Chab sont punis "au nom du peuple libanais et conformément à l’article 532 du code pénal" pour "humour, terminologie et gestes indécents sur scène".

On ne badine avec la décence dans un pays où tant de meurtres et massacres sont restés impunis, et où des chefs de milice sont chefs de partis. Récemment, deux Libanais avaient été arrétés – puis libérés – pour avoir écrit des graffitis favorables à la révolte syrienne.

On aurait bien sûr tort d’incriminer spécifiquement le Liban: on a bien vu au Maroc il y a plusieurs années de cela un ingénieur condamné à trois années de prison ferme (avant d’être grâcié) pour avoir créé une page Facebook au nom du prince Moulay Rachid (sans aucun propos critique ou injurieux d’ailleurs). En Tunisie, c’est la projection télévisée du film animé Persepolis fondé sur l’album de bandes dessinées du même nom de Marjane Satrapi qui vaut à Nabil Karoui, PDG de la chaîne privée Nessma TV un procès pénal pour lors duquel il encourt trois années de prison ferme pour "atteinte aux valeurs du sacré, atteintes aux bonnes mœurs et troubles à l’ordre public". Des émeutes violentes, initiées par des salafistes, avaient suivi la projection du film, et une pétition regroupant plus de 100.000 signatures avait éxigé des poursuites contre Nessma TV. L’intéressé est un improbable héros de la liberté d’expression – il a des portraits de Berlusconi (il en fut un partenaire d’affaires) dans son bureau, sa chaîne fut créée lors de la dictature de Benali, dont il chantait alors les louanges, et il a demandé pardon pour la diffusion du film animé, où une séquence présentait Dieu sous les traits d’un homme, chose antinomique avec le dogme musulman.

Et c’est l’Egypte qui est en passe de décrocher le pompon, puisque une série d’actions en justice ont été initiées par des avocats islamistes – une véritable engeance en Egypte, si on veut bien se rappeler que certains d’entre eux avaient par le biais d’une procédure de hisba obtenu en 1995 que le défunt chercheur en sciences islamiques Nasr abu Zayd soit déclaré apostat et divorcé de force de son épouse – contre le comédien et acteur le plus célèbre du monde arabe, Adel Imam. Deux procédures distinctes sont apparemment en cours, mais initiées par le même avocat islamiste – Adel Imam a ainsi été condamné en appel à 3 mois de prison ferme pour injure à l’islam, tandis qu’il a ce jeudi été acquitté en première instance dans une autre affaire du même type. Tête de turc des islamistes, et proche de l’ancien président Hosni Moubarak, Adel Imam illustre le pouvoir politique nouveau des islamistes, qui dominent de manière écrasante l’Assemblée du peuple égyptienne – et il illustre le risque d’avoir renversé un régime dictatorial pour finalement ne pas obtenir de réel changement en matière de liberté d’expression, comme le souligne Amnesty International. Comme le dit un membre du collectif de défense de Nabil Karoui:

« Ceux qui accusent les autres d’hérésie, qui décident qui est un bon musulman ou pas, utilisent les mêmes stratagèmes de contrôle des médias que sous Ben Ali », abonde Naceur Laouini. (écrans.fr)

On voit les limites de la révolte arabe dans les pays où elle a abouti à la chute de la dictature: l’outrage au dictateur est de plus en remplacé par l’outrage aux valeurs religieuses ou nationales; la chute de la dictature n’implique pas nécessairement l’avénement de la démocratie. Ce dilemme n’est pas propre aux pays arabes, et les réactions négatives importantes contre ces procès liberticides sont un signe d’espoir – même le parti Ennahda avait pris ses distances avec les poursuites pénales contre Karoui. Dans les pays où cette révolte n’a pas entamé les régimes autoritaires ou semi-autoritaires en place – Maroc et Jordanie notamment – c’est l’accusation de lèse-majesté qui demeure l’accusation suprême.

Dans les deux cas, des lois pénales évasives  - à dessein – permettent à des magistrats médiocres ou soumis de condamner en vertu des souhaits supposés du pouvoir ou de l’opinion, et non en vertu de la lettre et de l’esprit des lois. Encore une fois, les pays arabes n’ont pas le monopole de ces défauts-là: chaque année, la Cour européenne des droits de l’homme condamne des Etats membres du Conseil de l’Europe pour violation de l’article 10 de la Convention européennne des droits de l’homme relative à la liberté d’expression (de 1959 à 2009, 392 violations concernant 36 des 47 Etats membres ont fait l’objet de décision de la Cour - voir ce guide publié par la Cour pour une présentation de la jurisprudence pertinente en matière de liberté d’expression). La différence est cependant que la majorité des Etats membres du Conseil de l’Europe est constituée d’Etats de droit où la justice freine – tant bien que mal – les dérives du pouvoir; quand la justice marocaine, tunisienne ou égyptienne prendra une décision allant à l’encontre de la volonté du pouvoir politique ou d’une majorité de l’opinion publique sur un dossier important, ce jour-là Nabil Karoui, Adel Imam, Edmund el Hedded et Rawya el Chab pourront sans doute s’exprimer artistiquement en paix…

Quelques impressions du Maroc en général et de Chefchaouen en particulier

J’aime beaucoup le blog "Land and People" de Rami Zurayk, agronome libanais et militant. Pour le droit à la résistance à l’agression étrangère des Libanais et des Palestiniens, il s’intéresse aussi de près aux questions alimentaires, agricoles et économiques au Moyen-Orient.

La semaine passée, il était en séminaire à Chefchaouen, au Maroc. Je vous invite à découvrir ses impressions, réparties en six billets, dont voici quelques simples extraits.

Sur la question linguistique:

I was sitting next to an Algerian Engineer on the plane, and as usual, everybody speaks to me in English or French and I answer in Arabic and they say: "wow you speak really good Arabic" and then I say "it is because I am an Arab". This one didn’t register the fact that I answered in Arabic and so I borrowed his pen and filled the landing card in Arabic so he said: "wow, you write Arabic really well". And I said…

The woman at the passport control made me fill it again in French. I said "sorry for filling it in Arabic, you gave the option on the card". She said: "you have to do it in French too". (Morocco, Chefchaouen–Palestine, Gaza/1)

All these discussions were happening in French, so the French people with us (the majority) gave me their version of "you speak really good Arabic". It goes like this: "You speak really good French and you have no accent. You must be originally French". And here I say: "No, I’m an Arab but I used to read a lot of bande dessinée". And then one French person said: "You have a slight Belgian accent, you are from Belgium, right?" And I said: "I’ve never been to Belgium, but I read all the Tintin." The conversation usually ends here.(Morocco, Chefchaouen–Palestine, Gaza /4)

Panarabisme:

6 hours in a mini bus, from Rabat to Chefchaouen. We stopped a few kilometers outside Rabat, to have coffee and use the toilets and get some food. I ordered coffee in Arabic. The waiter asked me: Are you Syrian or Palestinian? I said I am Lebanese. He said, welcome to you Lebanese, and may Hizbollah always be victorious. We talked about the resistance and HA and he told me that he was at a celebration of the liberation of South Lebanon a few days ago in Rabat. He then introduced me to the staff of the café. (…)

I walk a bit and then hear some really nice music coming out of a shop. I walk in there and he has all the Arabic music one could think of, from Moroccan to Sheikh Imam and Haifa Wehbeh. We talk a bit in Arabic (after the: "you speak really good Arabic" bit…) and then a man comes in and greets me and we start talking about Arabic music and literature and he shows me his book: the Rose of Chefchaouen. His name is Mohammad Belhaj Benkhanou and the book is a translation into Arabic from the Spanish. It was originally written by Mohammad Seebary. I buy a copy and ask him to sign it. He tells me about Chefchaouen, the city of literature and poetry, founded 500 years ago when the Andalousians crossed the sea after they were driven away by the reconquista. We are Andalusians he tells me, and we only speak Arabic. We have a local dialect, more an accent but it is not another language. We are proud to welcome you in your country Morocco. I tell him it is my country, I belong to it. بلاد العرب أوطاني

Arabic is my language, my nation and my identity. (…)

People I talk to are all whole heartedly with the Palestinian cause and against Zionism. This includes Moroccans from all walks of life, writers, researchers, intellectuals, farmers and rural people. There are 3 Moroccans whose fate is unknown among the people on the boat.

Chefchaouen is breathtaking, and the landscapes are fabulous. I go through the motions of the day without really thinking about it. I will come back when Palestine is liberated and Zionism is gone and enjoy it. (Morocco, Chefchaouen–Palestine, Gaza/1)

La culture du cannabis à Chefchaouen:

We must also remember that the region of Chefchaouen is one of the prime producers of kif (cannabis) in Morocco, and that there is pressure from the Western countries to eradicate the cultivation–while there is pressure from citizen of these same countries (but especially Spain) to keep this culture alive. Governmental pressure is exerted through diplomatic power and promises of aid. Citizen pressure is exerted through local tourism and on-site consumption: the real terroir-tourism relationship is centered around the kif. Who’s winning the battle? Unclear, but we were told that the area cropped with cannabis had been reduced from 90,000ha to 60,000ha. But we also learned, that unlike all other rural areas in Morocco and in the world, the region of Chefchaouen had witnessed net demographic growth, indicating an amelioration of the livelihoods opportunities. (…)

There was, predictably a brouhaha in the room, and a lively discussion ensued, during which I shared the experience of cannabis eradication in the Bekaa and the successive failures of the internationally funded programs. Others through in their experiences of the deleterious effects of local tourism on the environment, notably in Corsica. Many of the Moroccans among us took the line defending the kif replacement programs, pointing at the impacts of farming on land resources, and to the social impacts. From what I saw there is no more environmental impacts of kif on land than with any other production (and it is much less than the impacts of large scale export-tomato production in Souss for instance) but the social impact is certainly an issue. (Morocco, Chefchaouen–Palestine, Gaza /3)

Touristes israëliens:

One last thing before I close the Morocco file for the day: I was really pissed off to find an Israeli newspaper in the hotel. The house cleaners were using it to wipe the glass. I asked Omar who also runs a hotel and he confirmed that they receive Israeli tourists.(Morocco, Chefchaouen–Palestine, Gaza /5)

Tänka fritt är stort men tänka rätt är större*

La critique du multiculturalisme est la mode dominante même dans des pays autrefois classés dans ce courant, de par leurs pratiques institutionnelles et politiques en matière de politique minoritaire. Mais il est parfois difficile de pratiquer cette critique à juste escient, comme le prouve cet article (en suédois, désolé) de l’universitaire Pernilla Ouis consacré à la critique du multiculturalisme, de Michel Foucault, de la lutte contre l’islamophobie et de pas mal d’autres choses.

Pernilla Ouis quand elle était musulmane

Un mot sur Pernilla Ouis: Suédoise convertie à l’islam, elle a porté le voile pendant près de vingt ans, avant de l’enlever suite à son divorce en 2008 (elle s’explique ici ). Elle a progressivement perdu la foi et se décrit désormais comme "désislamisée".

 

Tout n’est pas à jeter dans cet article, qui marque quelques points, notamment sur la notion de diffamation des religions soulevée par certains gouvernements d’Etats musulmans, mais plusieurs erreurs factuelles affaiblissent nécessairement son raisonnement:

Elle affirme pour commencer que Michel Foucault serait le Dieu des sciences sociales suédoises:

"Foucault är Gud i den svenska universitetsvärlden, inte profet, utan Gud fader själv. Inom socialvetenskaperna är det han som banat vägen för det kritiska tänkandet kring hur språket formar våra sociala praktiker, hur makten förtrycker de avvikande med sina normalitetsnormer och uteslutningsmekanismer. Foucault är far till det postmoderna tänkandet och diskursanalysen. Varje student som aspirerar på högre studier måste begripa hans storhet och förhålla sig till hans tankar. Att kritisera dem är en omöjlighet i den akademiska världen".

"Foucault est le Dieu du monde universitaire suédois, pas prophète, mais Dieu le Père lui-même. Dans les sciences sociales c’est lui qui a tracé la voie pour la pensée critique autour de la manière dont le langage donne forme à nos pratiques sociales, comment le pouvoir oppresse les déviants avec sa normativité et ses mécanismes d’exclusion. Foucault est le père de la pensée post-moderne et de l’analyse du discours. Chaque étudiant qui aspire à de hautes études doit comprendre sa grandeur et se positionner par rapport à sa pensée. La critiquer est impossible dans le monde académique"

Pas mal d’affirmations, mais aucune preuve de ce qu’elle affirme. Sans être spécialiste de la question, je me permets de douter des brigades de commissaires politiques qu’elle décrit, imposant leur orthodoxie dans un monde académique suédois acquis au postmoderne par l’effet d’une épuration idéologique. Si la pensée foucaldienne a du succès, c’est sans doute pour des raisons intrinsèques, liées à la persuasion intellectuelle de ses éléments fondamentaux. D’autre part, on pourrait objecter quant à la fixation de l’auteur sur Foucault – d’autres auteurs du même courant ont été influents, le courant marxiste ou marxisant (par exemple autour de Göran Therborn ou de Torbjörn Tännsjö) également, sans compter l’influence de Bourdieu (qui n’était ni post-moderne ni marxiste) ou l’école positiviste (Axel Hägerström surtout, toujours très influente parmi les juristes). Bref, du journalisme d’opinion classique, de l’éditorialisme comme on dit en France.

Deuxième point, plus factuel encore. Pernilla Ouis s’attaque à Andreas Malm, journaliste à l’hebdomadaire anarcho-syndicaliste Arbetaren ("Le travailleur"), ayant couvert notamment l’Iran. Il a sorti en 2009 un ouvrage ayant fait couler beaucoup d’encre en Suède, consacré à l’islamophobie en Suède, "Hatet mot muslimer" ("La haine des musulmans"). Pernilla Ouis s’irrite au plus haut point du socialisme affiché de Malm et de sa sympathie pour le Hezbollah (il avait publié une tribune le 1er août 2006 dans le quotidien linéral Expressen intitulé "Därför ska vi stödja Hezbollah" – "Voilà pourquoi nous devons soutenir le Hezbollah") et pour le FPLP de feu Georges Habache: comment ne peut-il ne pas savoir que les musulmans sont soit des chômeurs, soit des entrepreneurs, réactionnaires et conservateurs, s’insurge-t-elle. Puis elle s’avance en territoire miné – le Moyen-Orient, what else?

Malm har tidigare hävdat att han stödjer Hizbollah, eftersom en seger för dem ”producerar det mest önskvärda resultatet” (Malm i Expressen: ”Därför ska vi stödja Hizbollah”, 1 augusti 2006). Samtidigt hade Malm på sig en tröja till stöd för den marxistiskt-leninistiska gruppen Folkfronten för Palestinas Befrielse (PFLP) under denna debatt, en ståndpunkt samma Hizbollah-anhängare hade kunnat mörda honom för. (Expressen)

Malm a précédemment affirmé qu’il soutenait le Hezbollah, une victoire pour eux "produisant le résultat le plus souhaitable" (Malm dans Expressen; ”Därför ska vi stödja Hizbollah”, 1er août 2006). En même temps Malm portait un t-shirt soutenant le groupe marxiste-léniniste Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) pendant ce débat, un point de vue pour lequel un supporter du Hezbollah aurait pu l’assassiner. (Expressen)

Ce serait intéressant si c’était vrai. Mais l’Orient compliqué le demeure même pour quelqu’un ayant porté le voile pendant vingt ans. Voici en effet la réalité des liens entre le FPLP et le Hezbollah – des liens de camaraderie entre mouvements de résistance:

  • le FPLP a adressé un message de félicitations au Hezbollah pour saluer le troisième anniversaire de la "victoire" de 2006;
  • la chaîne de télévision du Hezbollah, Al Manar TV, a diffusé des reportages soutenant clairement les opérations de résistance militaire des brigades Abou Ali Mustafa, bras armé du FPLP;
  • le Hezbollah a mené des actions de résistance militaire avec la branche armée du Parti communiste libanais, tandis que le FPLP en a mené avec les branches armées du Hamas et du Jihad islamique: "De même, on imagine-ra les laïcs comme forcément persécutés par les intégristes musulmans. Vrai dans cer-tains cas, cette assertion se révèle fausse dans d’autres. Il faut alors comprendre par exemple comment le Parti communiste libanais noue des alliances avec le Hezbollah, ou comment le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) marxiste travaille souvent avec le Hamas ou le Djihad islamique, et se laisser interroger politiquement et méthodologiquement par ces nouvelles réalités" (Mouvements);
  • dans le même sens: "Marie Nassif-Debs, membre du PCL, affirme sans hésitation que le parti considère « le Hezbollah comme un parti de résistance, faisant parti d’un mouvement de libération nationale sur le plan national et arabe »[12], tandis que le FPLP confirme qu’entre le Hamas et lui-même il y a des similitudes comme le soutien à la résistance, la coordination des forces de sécurité palestinienne avec l’armée israélienne, mais également leur opposition aux accords d’Oslo, à la Feuille de Route et au piège des négociations de paix" (Café Thawra);
  • enfin: "Des cadres progressifs de discussion vont dès lors se créer entre nationalistes, marxistes, et islamistes, par exemple la Fondation Al-Quds, à leadership islamiste, et tout particulièrement la Conférence nationaliste et islamique lancée en 1994 à l’initiative du Centre d’études pour l’unité arabe (CEUA) de Khair ad-Din Hassib, situé à Beyrouth, qui se réunit tous les quatre ans, destinée à trouver des points d’accords tactiques et/où stratégiques, et à redéfinir les liens, même et y compris d’un point de vue idéologique entre la gauche, le nationalisme et l’islamisme . Le CEUA a ainsi tenu, en mars 2006 et janvier 2009, à Beyrouth, des Conférences générales arabe de soutien à la résistance, où les principales directions des organisations nationalistes, marxisantes et islamistes (notamment le Hamas et le Hezbollah) étaient fortement représentées. Près de 400 délégués issus de la gauche mondiale et du mouvement altermondialiste étaient présent à ces conférences. Ce rapprochement entre les divers groupes est permis par la centralité de la lutte contre Israël, l’interventionnisme américain dans la région, notamment l’Iraq, et la question démocratique. La collaboration va dès lors de se développer sur le champ politique, et même sur le champ militaire en Palestine et au Liban" (Café Thawra).

Et je me suis arrêté à ces deux points-là, relativement factuels de l’argumentation de Pernilla Ouis. Et on comprend comment le reste du raisonnement ne peut qu’être fallacieux: si une vision nuancée et paradoxale des phénomènes islamique et islamiste est possible, ce n’est peut-être pas dû à la "Brigade du martyr Michel Foucault" qui opérerait des assassinats ciblés dans les couloirs des universités suédoises. De même, dans le contexte moyen-oriental, une proximité tactique – car les divergences de fond sont très réelles – entre mouvements progressistes et islamistes, surtout dans le cadre de la résistance, ne relève peut-être seulement pas de la fantasmagorie d’islamo-gauchiste halluciné. Et le fait de porter ou d’avoir porté le foulard n’offre aucune garantie de compétence pour discuter de ces questions.

*Le titre de ce post signifie "Penser librement est grand mais penser juste est plus grand encore" en suédois, une citation de l’écrivain suédois Thomas Thorild. C’est la devise de l’Université d’Uppsala, qui fait débat en Suède car censée exprimer une prime au conformisme – qui définit ce qui est juste? Paradoxalement, cette critique rejoint le discours post-moderniste… Mais cette devise peut également être prise littéralement: penser librement a plus de valeur si on pense librement et que l’on a raison – ce qui présuppose bien évidemment que le fond de la pensée que l’on exprime est susceptible de vérification objective. En l’occurence, approximations et erreurs factuelles affaiblissent la thèse à l’appui de laquelle elles sont invoquées. C’est dans ce sens que l’utilise cette maxime ici.

54,8% au Liban, c’est une défaite électorale

Avec 53,06% des suffrages exprimés contre 46,94% pour Ségolène Royal, Sarkozy s’est vu tresser les lauriers d’une victoire éclatante. Aves 52,92% des suffrages exprimés contre 45,66% pour John McCain, Barack Obama a remporté ce qui a été décrit comme un triomphe.

Au Liban, récemment, le bloc dit du 8 mars, qui regroupe principalement le Hezbollah, Amal de Nabih Berri et le Tayyar de Michel Aoun (mais également quelques autres groupements de moindre importance, comme ceux du maronite et pro-syrien Sleimane Frangié, le druze Talal Arslane et son Parti démocratique libanais et enfin le Tashnaq arménien) a recueilli 54,8% des suffrages exprimés. Et malgré ça, le bloc dit du 14 mars, autour de Saad Hariri (Moustaqbal), Samir Ja’ja (Forces libanaises), Amine Gemayel (Kataeb/Phalanges), Walid Jumblatt (PSP) et quelques autres, a pu remporter 71 des 128 sièges en jeu, le bloc du 8 mars en remportant seulement 57. Soit dit en passant, et vous ne risquez pas de le lire de sitôt dans la presse occidentale, c’est le bloc pro-occidental qui recule lors de ces élections, perdant un siège et le bloc du 8 mars en gagnant un (voir l’excellente présentation sur les résultats des élections libanaises faite par Richard Chambers de l’IFES), comme le souligne également Philippe Edmond.

Un tel résultat ferait passer les élections présidentielles étatsuniennes de 2000 pour un modèle d’exemplarité démocratique, mais il est parfaitement conforme à la logique du système électoral et institutionnel libanais, gangréné par le sectarisme, avec une démocratie de façade se résumant à des élections qui ne se jouent guère sur les programmes mais sur les identités confessionnelles, claniques et régionales (pour un pays aussi petit que le Liban ça peut étonner, mais les clivages régionaux sont très présents et viennent s’ajouter aux clivages sociaux et confessionnels – ces derniers étant gravés dans le marbre de la loi et de la coutume constitutionnelle).

Parmi les commentaires, on aura lu que le bloc du 8 mars, dont le Hezbollah, aurait perdu car Michel Aoun aurait été désavoué par l’électorat maronite/chrétien – le Hezbollah aurait été plombé par Aoun. Le désaveu est effectivement cinglant: le Tayyar de Michel Aoun a remporté dix sièges, ce qui en fait le premier parti chrétien (même s’il ne se décrit pas officiellement comme tel), devant les Forces libanaises du soudard Samir Ja’ja, en deuxième position avec cinq sièges. Si on se rapporte aux sièges par confession (pour une explication plus fouillée sur la répartition des sièges par confession, voir plus bas), on notera que le bloc du 8 mars autour d’Amal, du Hezbollah et du Tayyar a remporté 19 sièges maronites contre 16 au bloc du 14 mars autour de Hariri, Ja’ja, Gemayel et Jumblatt (même si ce dernier semble désormais avoir un pied en dehors du 14 mars), soit un gain de trois sièges pour le 8 mars comparé au résultat des élections de 2005. Parmi les sièges des autres confessions chrétiennes, la répartition est resté stable au sein des arméniens, alors que le bloc du 14 mars a gagné trois sièges parmi les autres confessions chrétiennes (grecs orthodoxes, grecs catholiques, évangéliques et divers) aux dépens de celui du 8 mars. L’étude des chiffres est claire: c’est au sein des électeurs dits musulmans que le bloc du 8 mars a perdu des sièges (un siège en moins par rapport à 2005), ce qui traduit la tension sectaire sunnite-chiite… Encore une chose que vous ne lirez pas dans la presse (même si Deen Sharp du blog Lebanese Elections 2009 a tenté de démystifier quelque peu le résultat ces élections)!

Résumons donc: la Constitution libanaise confessionnalise les postes de députés et induit une sur-représentation du nombre des parlementaires chrétiens par rapport aux parlementaires musulmans; la loi électorale de 2008 répond à la revendication chrétienne que les députés d’une confession soient le plus possible désignés par les seuls électeurs de leur propre confession; l’inscription sur les listes électorales ne reflète pas la réalité démographique du pays, notamment à Beyrouth, dans un sens défavorisant tout particulièrement les chiites – et malgré ça, l’alliance du 8 mars Hezbollah/Amal/Tayyar aouniste remporte une majorité de suffrages et une minorité de sièges. Vous comprendrez donc aisément qu’on en parle guère dans les médias ou blogs mainstream, et pourquoi il me faut vous en parler un peu plus après le saut de page. Continue reading

Bachir Gemayel, "martyr de la liberté"

L’Orient/Le Jour est le seul quotidien francophone libanais. Il est aussi le journal officieux du patriarcat maronite. Pour savoir ce que pensent les ultras maronites, et notamment les phalangistes et les Forces libanaises, sa lecture est recommandée. La couverture faite par ce quotidien des réactions au discours électoral du patriarche maronite Nasrallah Sfeir (eh oui, le Liban est le pays des deux Nasrallah, Sfeir et Hassan, sans conteste les deux hommes les plus influents du pays) est divertissante. Récemment, le patriarche a en effet alerté ses ouailles – et l’électorat maronite est crucial – sur le danger présenté par l’actuelle opposition parlementaire, donnée favorite pour remporter les prochaines élections législatives, et composée principalement du Hezbollah et du Tayyar (Courant patriotique libre) de Michel Aoun. Pour ceux qui débarqueraient d’une autre planète, Michel Aoun est un-ex général maronite qui incarna pendant quinze ans un résistance farouche contre l’occupant syrien. Le voilà donc allié au Hezbollah, allié stratégique de la Syrie…

Le 8 février, le patriarche maronite Nasrallah Sfeir appelle donc ses fidèles à voter pour l’actuelle majorité gouvernementale – connue sous le nom du 14 mars, du jour en 2005 où la coalition Hariri/Jumblatt/Gemayel/Ja’ja/Chamoun/Eddé (1) appela à manifester contre l’occupation syrienne – en menaçant le pays d’une invasion de sauterelles, des coupures de courant et d’un krach boursier en cas de victoire du bloc du 8 mars (de jour en 2005 ou le bloc Hezbollah/Amal/Aoun manifesta par anticipation contre ceux du 14 mars…):

Le patriarche maronite est celui qui porte une robe longue

Le patriarche maronite est celui qui porte une robe longue

Si le pouvoir tombe dans les mains des forces du 8 Mars, des erreurs historiques seront commises et aurons un effet fatidique sur le pays » (2)

On peut présumer que l’intervention du vénérable patriarche vise surtout l’électorat maronite de Michel Aoun, fortement tiraillé par des tentations sectaires. Ce dernier n’a pas vraiment la langue dans sa poche, et a ainsi répondu: "le patriarche ne parle pas au nom de tous les maronites"… Pour bien faire passer le message, il a boycotté une messe publique tenue par le patriarche, alors que le président (maronite), le premier ministre (sunnite) et le président du parlement (chiite) y assistaient

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Ce qui est vraiment intéressant avec la feuille de chou sectaire qu’est L’Orient/Le Jour – pas un seul journaliste non-chrétien à ma connaissance, mais je peux me tromper – c’est le caractère ouvertement sectaire des déclarations de politiciens – généralement ceux du 14 mars – ainsi que des éditorialistes maison. Petit florilège:

Sortir cette ville des décombres, c’était s’attaquer à une jungle où des hordes armées ont longtemps fait leur loi, assurant des squats à certains, monnayant leur protection à d’autres, partageant avec les chiens errants et les chats échaudés des ruelles fantomatiques mangées de végétation opportuniste. Pour ceux-là que narguait le ballet incessant des grues, il y avait, dans cette reconstruction menée tambour battant, comme un outrage à la civilisation de guerre, un mépris des prérogatives et des acquis des katiouchas et des kalachnikovs. Comme une décision unilatérale d’imposer la paix, qui était en soi une déclaration d’hostilité. Fifi Abou Dib, L’Orient/Le Jour, 12 février 2009

Si "hordes armées" fait ostensiblement référence aux milices de 1975-1990 (le rôle du Hezbollah dans les combats libano-libanais de cette époque fût limité – les combats dont j’ai connaissance opposant le Hezbollah à d’autres milices libanaises eurent lieu en 1987 et opposèrent le Hezbollah à… Amal et l’armée syrienne – this is Lebanon…), la suite fait implicitement référence au Hezbollah. Il faut connaître le racisme social persistant à l’égard des chiites au Liban, longtemps considérés comme des citoyens de seconde zone (3) et ce tant par les chrétiens – surtout maronites – et les sunnites, pour apprécier la référence aux "chiens errants et (…) chats échaudés".

L’infaillibilité du patriarche maronite Nasrallah Sfeïr est un axiome: dans un article intitulé "L’histoire, meilleure réplique aux contempteurs de Bkerké" (4), le journaliste Émile Khoury écrit sobrement et avec retenue que

"Encore une fois, les prosyriens se lancent à l’assaut de Bkerké, bille et Aoun en tête. On ne peut dire que le patriarche n’en a cure, car il a le souci moral de ne heurter aucune sensibilité libanaise. Mais il assume toujours les positions qu’impose la défense des constantes. À l’instar de ses prédécesseurs, gratifiés de la gloire du Liban, selon la formule consacrée. Par le verbe, jamais par les armes, comme certains. Et avec le seul parti pris de la cause nationale. Neutre, Bkerké ne peut l’être quand le sort du pays est en jeu. Ni quand le choix oppose le bien au mal, la liberté à l’esclavage, travesti ou non."

Les mots ne sont pas innocents: l’opposition, c’est-à-dire le bloc du 8 mars, est qualifiée de prosyrienne, sans que le bloc du 14 mars, autour de Hariri, Ja’ja & cie ne soit pareillement qualifié par rapport à ses liens privilégiés avec les Etats-Unis, l’Arabie séoudite et la France. La cause du 14 mars est "la cause nationale", à l’exclusion de la cause du bloc Hezbollah/Amal/Aoun, qui est sans doute anti-nationale ou apatride. Le patriarche maronite "le souci moral de ne heurter aucune sensibilité libanaise", ce qui laisse entendre que ceux qui néanmoins seraient heurtés, au sein du bloc du 8 mars, ne représenteraient pas, eux aussi, une autre sensibilité libanaise, mais plutôt étrangère, sans doute pro-syrienne, pro-iranienne, trop chiite en tout cas pour accéder à la qualité de Libanais.

On peut comprendre dans ce contexte que la lutte contre l’occupant israëlien soit de moindre importance:

[Le patriarche] a toujours demandé que l’armée soit déployée au Sud, tout en exigeant le retrait de l’occupant israélien. Par la voie diplomatique et juridique internationale, car le pays avait payé un prix trop lourd, en représailles dévastatrices, en invasions, pour la résistance armée.

Savourez, je vous prie: "tout en exigeant le retrait de l’occupant israélien. Par la voie diplomatique et juridique internationale, car le pays avait payé un prix trop lourd, en représailles dévastatrices, en invasions, pour la résistance armée" – or le Liban, par le biais de sa résistance, principalement mais pas exclusivement du Hezbollah, est le seul pays arabe à avoir libéré la majeure partie de ses territoires occupés sans négociation avec l’occupant israëlien, dont la déroute en mai 2000 est demeurée mémorable. L’Egypte a récupéré le Sinaï en 1979 au prix d’un accord dit de paix qui en fait le fidèle obligé d’Israël.

Ailleurs, dans le même numéro du jeudi 12 février, décidémment faste, on trouve sous la plume de l’éditorialiste Fady Noun une exaltation de primat religieux sur le politique que ne renieraient pas des disciples de Moqtada Sadr:

Ce qui est bon pour le Liban est bon pour l’Église. Le patriarche l’a dit sous toutes ses formes, au fil des mois et des années, et le synode patriarcal maronite l’a redit sans l’ombre d’une ambiguïté : ce n’est pas le Liban qui est fait pour l’Église, mais l’Église pour le Liban. L’Église est subordonnée à la patrie, dans les affaires humaines : elle en est la servante, dans les limites de sa fidélité à la vérité et des principes moraux qui en émanent. En termes profanes, dans les limites du respect et de la promotion des droits de l’homme communément reconnus, en tête desquels viennent les libertés.
Et le patriarche a jugé, au regard de la vérité et de ces droits, au regard de certaines vérités qu’il garde sans doute pour lui, qu’une victoire du 8 Mars qui lui accorderait la haute main sur les destinées du pays n’est pas bonne pour le Liban.
Le général Aoun a affirmé que le patriarche n’est pas infaillible. C’est un fait. Mais le patriarche n’a jamais prétendu que son avis politique est infaillible. Il l’offre donc pour ce qu’il vaut, en homme libre, en homme qui a veillé en conscience à assumer les responsabilités que Dieu lui a confiées, en un temps de très grandes épreuves, en un temps d’épreuves inouïes. (…)

Combien de fois d’ailleurs n’a-t-il pas été déçu, voire trompé, par son environnement politique, par cette cour de flatteurs qui l’assaille jour après jour, et dont il n’ignore ni les arrière-pensées, ni la ruse, ni les intérêts. En ce sens, sa figure rappelle irrésistiblement celle de certains prophètes de l’Ancien Testament, celle de Jérémie en particulier, continuellement contredit dans sa mission.

Le patriarche n’a certes pas reçu mandat populaire de s’exprimer sur la prochaine consultation électorale. Et il ne cherche certainement pas à se substituer à ceux qui l’ont reçu. Il est là pour éclairer notre jugement, pour jeter sur une situation la lumière de la raison, nous donner un avis aussi dépassionné et objectif que possible, un avis aux antipodes des préférences et des intérêts politiques étroits en jeu.
Nous ferions bien, dès à présent, de décider d’en tenir compte dans les choix électoraux qui nous attendent, même au prix de nos préférences et de nos sympathies personnelles. Gardons à l’esprit les conséquences historiques que nos choix pourraient nous valoir, et dont le patriarche craint qu’elles ne soient désastreuses.

Il n’y a pas que les plumitifs de ce journal paroissal à mériter la postérité – certains des politiciens libanais cités mériteraient un Panthéon à eux tous seuls, à commencer par le soudard Samir Ja’ja des Forces libanaises, héritier politique du phalangiste sanguinaire et sioniste Bachir Gemayel:

Deux soudards, dont un commis le massacre de Sabra et Chatila

Deux soudards, dont un commis le massacre de Sabra et Chatila

De son côté, le leader des FL, Samir Geagea, a appelé les Libanais à participer au 14 février pour rendre hommage à Rafic Hariri, « mais aussi à Bachir Gemayel, René Moawad, Kamal Joumblatt, Hassan Khaled et à tous les martyrs de la liberté ».

Voici à quoi ressemble un martyr de la liberté

Voici à quoi ressemble un martyr de la liberté

Bachir Gemayel, martyr de la liberté? Il est vrai que si Shimon Peres, Menachem Begin et Yitzhak Rabin sont prix Nobel de la paix, pourquoi pas? Mais citer Kamal Jumblatt dans la même phrase que Bachir Gemayel est d’un goût douteux. Voici en effet ce qu’écrit le site des Forces libanaises de Ja’ja sur la vision d’Israël de cheikh Bachir:

To Bashir, as to other non-Moslems and even some Moslems, Israel was a good example of a modern, democratic state and a potential ally for those who were working for free, democratic. western-style states in the Middle East. Toward that end, Bashir initiated communication with the leaders of the state of Israel. This relationship soon became systematic and permanent. And in spite of the unequal partnership–Israel being a strong state and Bashir Gemayel the leader of a Lebanese community only–Bashir always made the effort to work with Israel as an equal. He succeeded in nurturing a good relationship between an independent and free people and an independent and free state.

After Basher’s election to the Presidency, the special relationship he developed became more evident. He was the only leader in Lebanon and the Middle East who could talk about and build upon the relationship between Israel and Lebanon without prejudice. To him, Israel was a fact and any Lebanese regional policy needed to accept Israeli’s existence as a state and consider its historical importance and weight in regional politics. He believed that Lebanon could live in peace with Israel and that such a peace could benefit both states and even help pave the way for a general Middle East peace.

Gemayel saw the 1982 Israeli "Operation Peace for Galilee" as an important development for Lebanon which would not only equilibrate Syrian influence on Lebanese politics, but could also generate a new political dynamic, which, if properly used, could lead to the simultaneous withdrawal of Syrian and Israeli troops from Lebanon. By the summer of 1982, the equilibrium of forces in Lebanon had changed and the Lebanese, he believed, finally had the opportunity to act in their best interest and invest in that change.

A propos de Bashir Gemayel, son frère Amine, qui lui succéda à la présidence libanaise en 1982 et signa un traité avec Israël vite dénoncé, embraye:

« Les Libanais devront voter pour le système qui leur convient le mieux, voire pour un mode de vie », a-t-il ajouté, notant que « de nouvelles coutumes et une culture étrangère à la nôtre sont en train d’apparaître chez nous ».

On peut présumer que ces "coutumes et culture étrangères" sont celles du Hezbollah – encore une fois, les chiites sont présentés comme étrangers au Liban – et non pas celles des salafistes de Tripoli, alliés de Hariri…

La suite:

« Il est grand temps que l’électeur chrétien recouvre son rôle et mette un terme à la marginalisation dont il a été victime depuis des décennies, a poursuivi le chef des Kataëb. Notre parti œuvrera pour que les chrétiens puissent choisir eux-mêmes leurs représentants au Parlement. Les Kataëb sont garants de la présence chrétienne. Nous sommes les principaux partenaires des autres dans le cadre du pacte national, et notre soutien à l’État est inaltérable ». (…)

Amine Gemayel a également déploré les critiques qui ont visé le patriarcat maronite dernièrement. « Le communiqué publié par Bkerké en 2000 a lancé la dynamique du 14 Mars, a-t-il souligné. Le patriarcat est le parrain de la marche vers la souveraineté et ne fait partie de la machine électorale de personne. »

Et le chef des Kataëb d’exprimer enfin la volonté du Saint-Siège, qu’il a visité récemment, que « tous les chrétiens se rallient autour de Bkerké ».

Saad Hariri, fils de Rafiq Hariri, a tenu à donner sa contribution:

Kool and the gang

Kool and the gang

Le patriarche maronite est réellement, comme l’a dit de lui Rafic Hariri, la conscience du Liban

On peut se demander si les cheikhs salafistes, pas toujours hostiles à Al Qaïda, assidûment courtisés par Hariri partagent cette appréciation…

I have a soft spot for patriarch Sfeir...

I have a soft spot for patriarch Sfeir...

(1) Fidèle à son habitude, Jumblatt a retourné casaque et penche pour une alliance avec Amal, l’autre parti chiite, dirigé par le madré Nabih Berri, tout en maintenant son opposition au Hezbollah. This is Lebanon, folks…

(2) Une citation que je livre d’ailleurs à la sagacité de ceux qui affirment que la "chrétienté" – whatever that means – serait par essence laïque, face à un monde musulman par essence incapable de distinguer le politique du religieux.

(3) Il fallut l’émergence du leadership politique de l’imam Moussa Sadr, "disparu" en 1978 en Libye, pour que les chiites deviennent une force incontournable au Liban, où ils constituent selon toute probabilité une majorité relative de la population aujourd’hui.

(4) Bkirké est la ville où siège le patriarche maronite.

الضمير العربي

Une assez belle prestation, diffusée le 27 février dernier sur des dizaines de chaînes arabes, et qui réunit le gotha de la chanson arabe, de Cheb Khaled à Lotfi Bouchnaq en passant par Nancy Ajram (je sais, elle ne présente guère de rapport avec la chanson arabe, mais bon…) – mais je n’ai pas relevé d’artiste marocain-e (je n’ai cependant pas fait attention à tous les noms d’artiste) – il est vrai que certaine artiste marockaine préfère célébrer les soixante ans de la nakba en compagnie des admirateurs d’Israël.

On relèvera l’équilibrisme des paroles, dûes à la plume du Palestinien Ahmed Al Aryan, ainsi que des images très efficaces qui les accompagnent et les illustrent – tant Rafiq Hariri que Yasser Arafat et cheikh Ahmed Yassine défilent à l’écran, et les attentats terroristes (Dar es-salaam 1998, NY 2001, Casablanca 2007, Alger 2007) imputables aux groupes jihadistes figurent aux côtés des images violentes de la colonisation israëlienne de la Palestine et de l’agression israëlo-étatsunienne au Liban et en Irak (le Golan syrien semble bizarrement éclipsé, mais c’est peut-être faute d’images, même si la désolation de Quneitra est amplement documentée). Le même équilibrisme vaut pour l’évocation de la religion, et plus particulièrement l’affaire des caricatures danoises: certaines images semblent autant dénoncer les caricatures que certaines protestations excessives contre elles, et les paroles évoquent les trois religions monothéistes en les plaçant toutes les trois sur un pied d’égalité en matière de pacifisme intrinsèque de leur message essentiel. Enfin, le sectarisme sunnites/chiites vivement encouragé par les Etats-Unis et l’Arabie séoudite est catégoriquement condamné.

Certaines images m’ont bouleversé. D’autres colportaient un message implicite – comme l’image d’un Amr Moussa désabusé et celle de dirigeants arabes, dont Boutef’, marchant piteusement sur un tapis rouge. En tout état de cause, un produit et un message très habiles.

J’ai toujours été persuadé que le rapprochement inter-arabe ne serait jamais le fait des gouvernants mais celui des citoyens – que ce soit ceux qui partagent les mêmes idéaux d’indépendance et de refus de la colonisation ou ceux qui se contentent de partager la même culture et la même envie de se débarasser de régimes parasitaires et de pesanteurs archaïques. Bien évidemment, les gouvernants arabes, sans exception, sont farouchement opposés à tout rapprochement entre peuples, même si le poids de l’opinion publique (qui n’existe pas, comme l’a expliqué Bourdieu) les contraints à une vigoureuse hypocrisie en la matière – ceci explique notamment la grande sévérité avec laquelle les pays arabes (la Syrie faisant partiellement exception) traitent les demandes de visa de ressortissants d’autres pays arabes – un Palestinien n’ayant pas la nationalité israëlienne aura ainsi infiniment plus de mal à obtenir un visa pour le Maroc qu’un Israëlien.

Bien évidemment, il coule de source que de grands clivages sociaux, économiques, historiques et culturels partagent les peuples arabes – je ne suis pas particulièrement nostalgique de Michel Aflaq. Et la solidarité arabe n’implique en aucun cas le droit d’opprimer les minorités non-arabes de ces pays. Mais il est amusant de noter la hargne et la rage avec laquelle les gouvernants et leurs porte-voix médiatiques – au Maroc, cela se double bien évidemment du clivage social a coloration linguistique opposant francophones à arabophones, les premiers n’ayant généralement aucun intérêt (1- par manque de maîtrise de l’arabe classique, et donc par souci de valoriser la langue française qu’ils maîtrisent; 2- par souci de se distinguer socialement de leurs compatriotes arabophones) à un quelconque panarabisme, ne fût-il que simplement culturel. Il suffit de lire blogs et médias francophones pour s’en convaincre – la construction européenne y est sans doute souvent plus louangée que ne l’est l’idée d’une solidarité arabe, et pas seulement parce que la première est une réalité politique alors que la seconde n’est qu’un sentiment populaire.

Il faudrait d’ailleurs que l’on m’explique pourquoi certains de ceux qui s’extasient devant la construction européenne, l’Union méditerranéenne ou – plus rarement, sans doute à cause de l’epithète – l’Union du Maghreb arabe sont si souvent réticents à l’idée d’une unité arabe (je ne pense pas nécessairement à une union arabe telle qu’elle a été conçue dans les années 60) – quoi qu’on en dise, le Maroc et l’Irak ont objectivement plus de points communs que la Slovénie et la Finlande ou le Portugal et la Suède…

Pour en revenir à الضمير العربي: ça vaut tout de même mieux que "بكره إسرائيل" de Shaaban Abdel Rahim, non?

Il y avait bien un grain de vérité dans cette chanson, écrite par Islam Khalil, mais enfin, "wa baheb Amr Moussa" – à moins que ce soit du second degré…

Par ailleurs: ce clip n’a pas été diffusé par les médias d’obédience séoudienne – l’Arabie séoudite, véritable chancre cancéreux du monde arabe, présente ainsi la particularité d’avoir nourri intellectuellement sinon matériellement Al Qaïda, et d’être simultanément le partenaire inconditionnel d’Israël et des Etats-Unis dans l’étouffement de toute velléité de résistance contre la domination de ces deux Etats au Moyen-Orient. Afin de contourner la censure séoudienne, je convie ceux qui le souhaitent de diffuser et faire diffuser ce clip, sur leurs blogs ou ailleurs, même si comme moi ils ne partagent pas tout à fait sa ligne.

Hat-tip: Label Ash et l’inégalable Culture & Politiques Arabes.

Georges Corm: "désarmer le Hezbollah aurait été une erreur majeure"

Vous connaissez l’économiste, ancien ministre et débatteur libanais Georges Corm, dont l’histoire du "Proche-orient éclaté" est sans doute la meilleure somme en français. Il a livré un entretien intéressant a Paris Match – confirmant ainsi qu’il est possible de trouver des perles dans du fumier. 

Ne connaissant pas la politique de Paris Match en matière d’archivage sur le Net, je reproduit ci-dessous ce bref entretien:

Paris Match 22 Mai 2008 – 20:04
Désarmer le Hezbollah «aurait été une erreur majeure»

Monde. Alors que la majorité libanaise antisyrienne et l’opposition sont arrivés à un accord à Doha, Georges Corm, ancien ministre des Finances libanais, revient sur le rôle du Hezbollah dans le pays.

Reportages

Propos recueillis par Maxime Guillon
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Paris Match : Les parties prenantes de la conférence de Doha ont décidé de ne pas aborder la question du désarmement du Hezbollah. Pensez-vous que c’est une question centrale au Liban, et qu’il faudrait régler cela au plus vite?

George Corm : En fait, la coalition hostile au Hezbollah et soutenue par les Etats-Unis, la France et les autres gouvernements européens entendait bien que cette question soit débattue à Qatar. Pour eux, elle a toujours été une question centrale. Personnellement, je fais partie de ceux qui pensent que le Liban a été martyrisé par Israël durant 40 ans et que sans des garanties très solides qu’Israël ne s’en prendra pas encore au Liban, désarmer le Hezbollah aurait été une erreur majeure. Rappelons que la première attaque d’envergure de l’armée israélienne contre le Liban a eu lieu en 1968. Dix ans après, elle a occupé une large partie du sud du Liban de façon permanente. En 1982, son armée a occupé une bonne moitié du Liban, dont la capitale Beyrouth (environ 20 000 victimes au cours de la période de juin à septembre 1982).

C’est à la vigueur de la résistance du Hezbollah que le Liban doit d’avoir obtenu l’évacuation de la plus grande partie de son territoire en 2000.

Faut-il pour autant laisser carte blanche au Hezbollah?

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas un système de défense coordonné entre l’armée et la résistance populaire qu’est le Hezbollah, ainsi que l’a préconisé le Document d’entente nationale signé solennellement, en février 2006, entre le Général Michel Aoun, l’ancien général en chef de l’armée libanaise, et Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah. Toutefois, cette approche intelligente et réaliste a été rejetée par la coalition qui soutient les héritiers de Hariri et qui est appuyée par l’Arabie saoudite, les Etats-Unis et la France.

Il est fort dommage que ce document n’ait pas servi de plateforme de discussion, car penser qu’une armée régulière, aussi petite et sous équipée que l’armée libanaise, puisse être un instrument de dissuasion de la puissante armée israélienne est une illusion plus que dangereuse. Même les armées régulières de grands pays arabes bien équipées par l’URSS n’ont jamais pu tenir tête à l’armée israélienne.

Donc seul le Hezbollah peut assurer la sécurité du pays?

Seule une résistance mobile, issue et fondue dans la population peut être dissuasive. En réalité, et compte tenu aussi de notre passé houleux, et souvent douloureux avec la Syrie, l’organisation de gardes-frontières mobilisant les habitants des régions frontalières avec Israël comme avec la Syrie, est la solution d’avenir. Mais cela suppose que le gouvernement libanais ne soit pas sous la haute influence des américains et de leurs alliés dans les gouvernements arabes, comme c’est le cas actuellement, mais qu’il soit vraiment affranchi de toutes tutelles.

Evidemment, une partie des Libanais, tout comme les décideurs occidentaux et certains décideurs arabes, considèrent que l’Iran et la Syrie continuent d’être les manipulateurs du Liban à travers leur influence sur le Hezbollah ou à travers la série d’assassinats politiques qu’a connu le pays depuis 2005 et qui sont attribués de façon péremptoire au régime syrien. Les réalités du Liban sont évidemment beaucoup plus nuancées et complexes, et il est difficile de penser qu’une personnalité comme le Général Aoun, ou d’autres personnalités sunnites, druzes ou chrétiennes qui ne sont pas hostiles au Hezbollah, sont des pions aux mains de l’Iran et de la Syrie.

Quelle légitimité le Hezbollah possède au Liban? Ne l’a-t-il pas perdu en s’attaquant à des libanais?

Cela dépend des Libanais. Ceux qui se sentent proches des thèses occidentales et des gouvernements arabes modérés, pensent que le Hezbollah devrait rendre ses armes et cesser d’irriter Israël ou lui donner des prétextes de s’attaquer au Liban, comme durant l’été 2006.
Pour ceux qui, en revanche, considèrent que le plus grand danger est la politique américaine au Moyen-Orient et le soutien aveugle donné à Israël, le Hezbollah est un instrument de défense particulièrement efficace et tout à fait légitime.

La communauté chiite, dans son immense majorité, soutient ce point de vue, car ce sont les régions du sud du Liban, son berceau d’origine, là où est concentrée une grande partie de la communauté chiite qui a le plus souffert de la politique israélienne depuis 1968. Mais, beaucoup de sunnites et de nombreuses personnalités chrétiennes et, bien sûr, le mouvement populaire chrétien autour du Courant patriotique du général Michel Aoun partagent ce sentiment.

Le gouvernement de M. Siniora essaye depuis longtemps de pousser le Hezbollah à la «faute», c’est-à-dire à l’emploi de ses armes dans le conflit interne pour enlever au Hezbollah son auréole de résistant et sa légitimité. Jusqu’ici, en dépit de provocations répétées depuis 2006 dont les principales victimes étaient surtout chiites, le Hezbollah avait refusé d’employer les armes et prié ses partisans de ne pas répondre aux provocations. Les décisions du Conseil des ministres du 7 mai requérant le démantèlement du système de communication du Hezbollah ne pouvait qu’appeler une réaction vive de ce mouvement.

Certains considèrent que les affrontements initiés par le Hezbollah étaient une tentative de coup d’Etat. Qu’en pensez-vous?

La remise immédiate et spontanée des positions conquises par les armes, le plus souvent d’ailleurs par des partis alliés au Hezbollah, et non pas par les combattants de la résistance, prouvent bien qu’il n’était pas dans l’intention de la coalition alliée au Hezbollah de faire un coup d’Etat. En revanche, dans la caricature qui est souvent faite du conflit au Liban entre des «bons démocrates pro-occidentaux» et des «vilains pro-syriens et pro-iraniens» qui veulent torpiller les efforts américains de paix, toute la dimension interne de la crise a été en général passée sous silence. Dans les médias occidentaux, on a complètement oublié, qu’un coup d’Etat permanent a déjà eu lieu au Liban, par le refus de M. Siniora de présenter la démission de son gouvernement, en novembre 2006, lorsque les ministres représentant la communauté chiite ont quitté le gouvernement sans qu’ils soient remplacés. Or la Constitution libanaise et le Pacte national exigent que toutes les communautés soient équitablement représentées au sein du Conseil des ministres.

Le maintien d’un gouvernement tronqué depuis 18 mois constitue donc en lui-même un acte grave mettant en danger la paix civile au Liban.

Pour ce qui est du Hezbollah, il ne faut pas perdre de vue, quels que soient les liens idéologiques ou de financement et d’armement avec l’Iran, qu’il s’agit d’un mouvement de citoyens libanais, qui ont défendu leur terre contre l’armée israélienne depuis 1982 et l’ont payé cher, en vies humaines, égalementi. Ce n’est pas un corps étranger à la société libanaise, comme ont pu l’être les mouvements armés palestiniens dans la période 1969-1982, ou des membres de l’internationale islamiste ben ladeniste à laquelle se rattache des groupes sunnites de toutes les nationalités arabes, comme le Fath el Islam au Liban.

 

 

Plus haredi que le rabbin Loubavitch…

Je m’amuse pas mal ces derniers temps, après la semaine noire de la politique moyen-orientale étatsunienne, qui a vu:

1-L’annonce officielle de négociations indirectes entre Israël et la Syrie au sujet d’une paix éventuelle incluant le retour du Golan occupé à la Syrie (1), quelques jours après le discours de Bush devant le parlement israëlien condamnant tout dialogue avec "des dictatures et des terroristes", termes qui désignent dans le langage courant les Etats et les courants politiques qui se distinguent non pas par le seul usage de la violence et de la répression, mais par l’usage de la violence et de la répression dans un sens contraire à celui de la politique étrangère étatsunienne.  

2- L’annonce officielle de négociations entre Israël et le Hamas dans le même laps de temps - là encore, pas d’optimisme débridé.

3- La fessée déculottée du bloc du 14 mars (Hariri, Jumblatt, Ja’ja) au Liban, confirmée par les accords de Doha, laquelle fessée déculottée a placé en position difficile les alliés les plus inconditionnels des Etats-Unis au Liban, déçus que l’armée étatsunienne ne soit pas intervenue contre le Hezbollah – le rôle du gouvernement étatsunien semble effectivement difficile à cerner.

4- Un éditorialiste étatsunien, connu pour sa proximité avec Israël, ancien chroniqueur du Jerusalem Post (journal de tendance Likoud), reconnaît que ça va un peu loin:

The unsentimental analysis of men like Mr. Olmert and Mr. Barak came to mind this week as I spoke to Barack Obama about his views on Israel. He spoke with seemingly genuine feeling about the post-Holocaust necessity of Israel; about his cultural affinity with Jews (he may be the first presidential candidate to confess that his sensibility was shaped in part by the novels of Philip Roth); and about his adamant opposition to the terrorist group Hamas. He offered some mild criticism of the settlement movement (“not helpful”) and promised to be unyielding in his commitment to Israeli security.

There are some Jews who would be made anxious by Mr. Obama even if he changed his first name to Baruch and had his bar mitzvah on Masada. But after speaking with him it struck me that, by the standards of rhetorical correctness maintained by such groups as the Conference of Presidents and the American Israel Public Affairs Committee, or Aipac, Mr. Obama is actually more pro-Israel than either Ehud Olmert or Ehud Barak. (To say nothing of John McCain and President George W. Bush, who spoke to the Knesset last week about external threats to Israel’s safety but made no mention of the country’s missteps.)

This is an existentially unhealthy state of affairs. I am not wishing that the next president be hostile to Israel, God forbid. But what Israel needs is an American president who not only helps defend it against the existential threat posed by Iran and Islamic fundamentalism, but helps it to come to grips with the existential threat from within. A pro-Israel president today would be one who prods the Jewish state — publicly, continuously and vociferously — to create conditions on the West Bank that would allow for the birth of a moderate Palestinian state. Most American Jewish leaders are opposed, not without reason, to negotiations with Hamas, but if the moderates aren’t strengthened, Hamas will be the only party left.

Comment dit-on plus catholique que le pape en hébreu?

(1) Ne révez pas les yeux ouverts cependant: Comme d’habitude, Israël est très peu disposé à la moindre concession sérieuse.

Accord de Doha sur le Liban – cherchez l’erreur…

L’International Herald Tribune, qui n’est pas à proprement parler un brûlot antimpérialiste, titre "Lebanon agreement shifts power to Hezbollah":

An agreement reached by Lebanese political factions early Wednesday amounted to a significant shift of power in favor of the militant Shiite group Hezbollah and its allies in the opposition, who won the power to veto any cabinet decision.

The sweeping deal to form a new government promised an end to 18 months of crippling political deadlock here, and underscored the rising power of Iran and Syria, which have backed Hezbollah in a proxy battle against the governing coalition and its American and Saudi allies.

Les fins connaisseurs goûteront le ton nouveau de Walid bey, qui tranche quelque peu avec celui qu’il avait il y a quelques semaines:

"We avoided civil war," said Walid Jumblatt, a key leader of the governing coalition. He added that the agreement calls for a future dialogue on weapons, a clause that he and other government leaders hope will eventually allow them to raise the controversial issue of Hezbollah’s arsenal.

Là où il est permis d’esquisser un sourire c’est quand on lit la réaction de la Médi 1 étatsunienne, à savoir Voice of America, réaction – "US Welcomes Lebanon Agreement" – qui pourrait dérouter de prime abord:

The Doha agreement gives the Lebanese opposition, led by Hezbollah, veto power in a new cabinet and does not call for the Iranian-backed militia to disarm.

But U.S. officials say the deal does end the stalemate over electing a new president, and is far preferable to the possible alternative, a new round of Lebanese civil warfare.

The officials also say that Hezbollah, and by extension its Iranian and Syrian sponsors, sustained political damage in the Arab world when the militant Shiite group attacked government supporters in Beirut earlier this month.

Assistant U.S. Secretary of State for Near Eastern Affairs David Welch told reporters the deal in Qatar is a welcome development, and what he termed a necessary and positive step toward fulfilling the Arab League initiative on Lebanon, starting with the anticipated election Sunday of army chief Michel Suleiman as president.

Comment on dit "shit-eating grin" en arabe?

Pour mémoire, les Etats-Unis ont déclaré Hezbollah organisation terroriste et ont initialement insisté – ce n’est officiellement plus le cas maintenant – pour la mise en oeuvre de la résolution 1559 du Conseil de sécurité appelant au désarmement du Hezbollah. Ils se déclarent maintenant satisfaits d’un accord donnant à ce groupe terroriste un droit de veto au conseil du gouvernement de ses alliés libanais du 14 mars. Yeah, right. On top of it, leur fidèle allié Fouad Siniora, premier ministre libanais en exercice, est quasiment assuré de ne plus être de la partie à compter de l’élection ce dimanche du général Michel Sleimane à la présidence libanaise.

L’amusement de l’observateur va plus loin lorsqu’il lit que le président Bush a reçu le patriarche maronite Nasrallah Sfeïr – "Bush Stresses Support for Army During Talks with Sfeir" – en lui déclarant son soutien à l’armée libanaise, dirigée par le futur président, Michel Sleimane, rangé parmi les pro-syriens, armée qui a globalement été l’alliée objective du Hezbollah lors des quelques jours de guerre civile il y a plus d’une semaine. Le Washington Institute for Near East Policy, un think-tank pro-israëlien, dans une note titrée "Lebanese Crisis Ends: Hizballah Victory or Temporary Truce?", ne s’y trompe pas:

For Washington, these developments should prompt a reevaluation of how it supports the Lebanese government. Since 2005, the administration’s strategy to strengthen Beirut has been primarily to support the LAF: from 2005 to 2008, Washington provided more than $250 million in military assistance to the army, making Lebanon the second largest per capita recipient of U.S. military funding in the world. However, during the crisis, the LAF did nothing to protect the government and national institutions because of the fear that intervention would cause the army to fragment along sectarian lines. Support for the LAF is a long-term project, but will do little in the short run to help U.S. allies in Beirut.

Si on ajoute à cette brillante réussite étatsunienne l’annonce officielle de négociations indirectes syro-israëliennes sur un accord de paix, et celle de négociations avec le Hamas, quelques jours après que Bush ait écarté toute négociation avec la Syrie, le Hamas et le Hezbollah dans un discours devant le parlement israëlien, on peut avancer sans risque excessif de se tromper que cette semaine a été très difficile pour les Etats-Unis et ses alliés arabes - pensons notamment à l’Arabie séoudite, éclipsée par un Qatar qui n’a jamais brûlé les ponts avec l’Iran et la Syrie:

So the March 14th alliance appears to have beaten a diplomatic retreat that, while helping Hizbullah to consecrate its armed presence, is likely to spare Lebanon more immediate trouble. Yet the real losers may not be the loyalist camp, which could, conceivably, win another election, but rather its foreign sponsors, especially the United States and Saudi Arabia, which had pushed hard for Hizbullah to be cornered.

Ceci étant, les négociations Syrie-Israël pourraient réserver des mauvaises surprises pour le Hezbollah, du moins selon des analystes proches des Etats-Unis, qui prennent sans doute leurs voeux pour des réalités…

Un autre qui doit avoir passé une mauvaise semaine, c’est Michel Aoun, allié du Hezbollah, qui sait désormais qu’il ne sera sans doute jamais président du Liban…

Enfin, un bon récapitulatif sur l’accord de Doha est disponible sur le site de RFI:

- Une séance du Parlement doit avoir lieu dans les 24 heures suivant la conclusion de l’accord, afin d’élire un président de la République. Il s’agira de l’actuel chef de l’armée Michel Sleimane.

- Un gouvernement d’union de 30 membres doit être formé. Il comprendra 16 ministres de la majorité et 11 de l’opposition. Les 3 restants seront nommés par le président de la République.

- Les parties s’engagent à ne pas démissionner du gouvernement et à ne pas paralyser son action (c’est la stratégie que l’opposition avait pratiquée fin-2006, lorsque ses ministres avaient quitté le gouvernement)

- Interdiction du recours aux armes à des fins politiques

- Adoption de la loi électorale de 1960 (qui n’était plus en vigueur) pour les législatives de l’an prochain. Avec toutefois des amendements concernant le découpage électoral de Beyrouth (la capitale envoie 19 députés sur un total de 128 au Parlement libanais).

- Le nouveau président conduira un dialogue visant à étendre l’autorité de l’Etat dans tout le pays.

- L’autorité sur les forces de sécurité et forces militaires est entre les mains de l’Etat

- Les dirigeants libanais s’abstiendront d’user d’un langage exacerbant les tensions politiques.

"Should Hizbullah not have entered the streets of Beirut? Of course it shouldn’t have. But what choice was left? "

Lu dans Al Ahram, version anglophone de l’organe officieux du gouvernement égyptien – quand même des chroniqueurs sunnites égyptiens ont de la sympathie pour le Hezbollah dans sa lutte contre le bloc Hariri, ça en dit long sur le succès très relatif de la politique séoudo-étatsuno-israëlienne de guéguerre confessionnelle sunnites/chiites (en dehors du cas de l’Irak, très particulier, et du Liban, bien sûr):

So, it finally happened. They pushed so hard that they dragged Hizbullah into the streets of Beirut. It’s the sixth day since 7 May.

Everybody’s Beirut turned, overnight, into a Sunni city, "under attack", and later "invaded" by a "Shia/Iranian-backed militia".

For Hizbullah, the facts do not matter anymore. It did not matter how many times the secretary- general of Hizbullah, Hassan Nasrallah, asserted he did not want an Islamic republic in Lebanon. It did not matter how many times he explained that his party’s sole aim was to have a fair share in the decision-making of the country. He repeated his patience had an end vis-a-vis the government’s decisions that were alienating both the party and its followers. It did not matter how many times he assured his sole raison d’être is fighting Israel, that he cannot endlessly refrain from taking action, that the government was abusing the party’s self-restraint.

Finally, they pushed him into the corner.

Last week, the government issued two decisions, one removing a high ranking Shia lieutenant from his post in the airport. They considered the communication network owned by the party as illegal, and asked to prosecute anyone involved in it in any way.

This network is what dazzled the Israeli army in July 2006, and allowed Hizbullah to push them back.

From the party’s view, one should not read the two decrees from a short sighted, local perspective, trying to prove that what happened is a Sunni-Shia power struggle in Lebanon.

Hizbullah reads it in a different way. For them, it is a struggle between a group that would never give in to Israel, versus another group, one that would do anything to stay in power, no matter what happens to their country and people. And we are not short of such groups in the Arab world.

Had the two government decrees passed without objection, it would not have stopped there. For Hizbullah, moving against the decrees was a matter of life and death.

It had tried demonstrations, sit-ins, threats and endless calls for resumption of dialogue. But this time, the government’s move was of different nature. Now, the threat was too big. The decrees were not a mere trap.

Hassan Nasrallah once said that "our weakness is caused by our strength", meaning that because the party is the "strongest" militarily, their hands are tied. Did not Nasrallah pledge his party’s guns will never be turned against fellow Lebanese?

Well, how do they justify what had happened now?

The answer comes quickly: the act was quick, with the minimum possible losses, and the streets were in the hands of the Lebanese army the next morning.

But mostly, Hizbullah considers that their weapons did not turn against their fellow Lebanese, but against traitors, a la Saad Haddad — Israeli proxies inside Lebanon.

Should Hizbullah not have entered the streets of Beirut? Of course it shouldn’t have. But what choice was left? Even now, after the show of force, the government is still ignoring the calls to start a serious dialogue that would end the political stalemate the country has been stuck in for the last three years.

Did Hizbullah lose popularity in both the Sunni and the Druze streets? Of course it did, but the loss was big before the recent events anyway. Will the wound take ages to heal? Of course, but it was already there.

Here you have a party that, in the summer of 2006, defeated Israel. Yet, it did not abuse that victory to push aside its partners in the nation. For three years, the party has been trying not to act irrationally internally, despite what the other side does: tightening their grip on power, isolating Hizbullah politically, socially and economically, and ignoring its protests.

And how was that possible? Support from the outside. Unbelievable but true.

So true that even after the past four or five days, we are still stuck in the same stalemate.

What now?

Hizbullah would answer: now someone has to convince Saudi Arabia that they should stop trying to replace the lost Sunni influence in Iraq by strengthening Sunni influence in Lebanon. Lebanon will vanish the minute it loses its diversity.

And someone has to convince the US that it cannot keep supporting a group of Lebanese politicians that cannot deliver the way US-backed Iraqi politicians did when the US invaded Iraq. Does the US really want another Iraq?

Today, it has become even clearer to Hizbullah that winning in a war with Israel is a piece of cake compared to avoiding the traps of the streets of Beirut.

Y a-t-il par ailleurs que moi qui détecte les différences sensibles entre membres de la coalition gouvernementale? La semaine dernière, le phalangiste Amin Gemayel demandait simplement une promesse que les armes du Hezbollah ne soient pas dirigées contre d’autres Libanais, soit une exigence très largement en-deça de ce qu’exige la résolution 1559 du Conseil de sécurité:

After it emerged that Hezbollah had gained control over Mount Lebanon and Jumblatt gave the order to lay down arms, Amin Gemayel, a leader of the Christian Phalange Party, came along and stipulated only one condition for holding a national dialogue: that Hezbollah make a commitment never to use weapons against Lebanese in Lebanon. This is the ironclad condition. A mere commitment. Not disarmament and not discussion on the use of weapons.

Mais Gemayel a récemment tourné casaque et très fortement durci sa position, comparant le maintien de ses armes par le Hezbollah à l’accord du Caire de 1969 – on peut se demander ce qui s’est passé ces derniers jours pour que Gemayel durcisse tant sa position (peut-être une tentative de dépasser sur sa droite Samir Ja’ja):

Ex-President Amin Gemayel said the focal point of difference being considered in Doha is Hizbullah weapons.
Gemayel, stressing that the state should have exclusive control over weapons, expressed concern that Lebanon might find itself obliged to reach an agreement with Hizbullah similar to the ill-fated 1969 Cairo Accord with the Palestine Liberation Organization (PLO) that led to the outbreak of civil war in 1975.

De l’autre côté, le ministre de la défense, Elias Murr, s’est félicité du comportement de l’armée – alors qu’il est évident qu’elle s’est plus ou moins alignée sur l’opposition Hezbollah/Aoun:

Defense Minister Elias Murr on Sunday praised Lebanese army troops for avoiding to be lured into "the trap of civil strife" between the opposition and the majority.
"You have not been neutralized, but you did not use the cannon to maintain civic order," Murr said in a message to the troops.

Et il a également conclu sur un constat qui n’est sans doute pas du goût de tous ses collègues gouvernementaux:

The army, according to Murr, would only fight "the Israeli enemy and terror."

Ca tombe bien – il se trouve que c’est également la position du général Michel Sleimane, chef d’Etat-major très proche de l’opposition, et candidat consensuel pour le poste de prochain président:

LAF commander General Michel Suleiman, in a tour of Lebanese troop positions in South Lebanon, stressed his belief that "involving the army in internal clashes only serves the interests of Israel."

Et devinez quoi? Walid bey, le grand zaïm progressiste, s’est brusquement rappelé de l’existence d’Israël:

"Dialogue is the ideal path leading to a defense strategy against the Israeli enemy," Jumblat wrote.

La propagande séoudienne contre le Hezbollah devient de plus en plus lourde, à mesure sans doute qu’est désespéré le plan fou de l’éliminer militairement: voici une chronique d’Al Hayat comparant sérieusement le Nasrallah de la résistance au Béchir Gemayel, complice de Begin et Sharon, et dont l’assassinat allait causer le massacre génocidaire de Sabra et Chatila. Le chroniqueur reproche notamment à Nasrallah de s’allier avec Michel Aoun, qui fût un moment membre de l’état-major du harki Béchir Gemayel (ce dernier point semble véridique – le livre d’Alain Ménargues, "Les secrets de la guerre du Liban", mentionne effectivement des réunions de l’état-major de Béchir Gemayel auxquelles aurait participé Michel Aoun, alors officier de l’armée libanaise, qui avait par ailleurs participé à l’assaut des phalangistes des Forces libanaises contre le camp de réfugiés palestinien de Tel al Zaatar en 1976 et rédigé le plan Najem/Aoun de confédération confessionnelle au Liban en 1980. Entre parenthèses, un des compagnons de combat de Michel Aoun à Tel al Zaatar en 1976 était le délicieux Etienne Saqr (1), alias Abou Arz, fondateur des humanistes Horas al Arz (Gardiens du cèdre), déçu par la mollesse des Israëliens au Sud Liban.

Le chroniqueur séoudien a partiellement raison – le Hezbollah, le mouvement Moustaqbal de Hariri et Solange Gemayel, la veuve de Bachir Gemayel (Forces libanaises de Ja’ja) avaient fait une alliance électorale à Beyrouth en 2005. Mais Hariri est allié, comme cul et chemise, avec le tueur Samir Ja’ja, qui a personnellement participé ou supervisé les massacres de la famille de Tony Frangié en 1976 et de Dany Chamoun en 1990, et dont les sympathies pour Israël et les Etats-Unis sont des faits notoires.

Pour vous faire une idée sinon du degré de ressemblance entre Hassan Nasrallah et Béchir Gemayel, la citation qui suit tirée du site du parti maronite qu’il créa, Forces libanaises, actuellement dirigé par le soudard Samir Ja’ja:

To Bashir, as to other non-Moslems and even some Moslems, Israel was a good example of a modern, democratic state and a potential ally for those who were working for free, democratic. western-style states in the Middle East. Toward that end, Bashir initiated communication with the leaders of the state of Israel. This relationship soon became systematic and permanent. And in spite of the unequal partnership–Israel being a strong state and Bashir Gemayel the leader of a Lebanese community only–Bashir always made the effort to work with Israel as an equal. He succeeded in nurturing a good relationship between an independent and free people and an independent and free state.

After Basher’s election to the Presidency, the special relationship he developed became more evident. he was the only leader in Lebanon and the Middle East who could talk about and build upon the relationship between Israel and Lebanon without prejudice. To him, Israel was a fact and any Lebanese regional policy needed to accept Israeli’s existence as a state and consider its historical importance and weight in regional politics. He believed that Lebanon could live in peace with Israel and that such a peace could benefit both states and even help pave the way for a general Middle East peace.

Gemayel saw the 1982 Israeli "Operation Peace for Galilee" as an important development for Lebanon which would not only equilibrate Syrian influence on Lebanese politics, but could also generate a new political dynamic, which, if properly used, could lead to the simultaneous withdrawal of Syrian and Israeli troops from Lebanon. By the summer of 1982, the equilibrium of forces in Lebanon had changed and the Lebanese, he believed, finally had the opportunity to act in their best interest and invest in that change.

Histoire de rigoler encore plus, cette autre citation, de la même page de ce site:

Gemayel praised the efforts deployed by Saudi Arabia and Kuwait in helping Lebanon, and he called for stronger relations with these two countries. "The Lebanese people," he declared, "will reserve a special friendship for the Saudis and their Arab friends."

Cela paraîtra difficile à croire pour tous ceux qui sont persuadés que l’Arabie séoudite est au centre d’un complot salafiste visant à égorger les infidèles – maronites ou autres – en direct sur Al Jazira, mais l’Arabie séoudite fût, pendant la guerre civile libanaise, résolument du côté des "christiano-réactionnaires" (2), avant de trouver un cheval gagnant sunnite sur lequel miser.

(1) La pensée de cet humaniste est par ailleurs appréciée dans les forums du bloc Hariri.

(2) Par opposition à la coalition dite "islamo-progressiste" dirigée par Kamal Jumblatt jusqu’à sa mort en 1977, coalition qui vola én éclats très rapidement, Amal se spécialisant ainsi dans le pilonnage de camps palestiniens. Un des éléments qui rend la guerre civile libanaise – ainsi que la crise actuelle – imperméable au prisme huntingtono-mandjrien de guerre des civilisations c’est justement l’absence de logique apparente des alliances, si par logique on entend un alignement des parties en présence sur les oppositions factices chrétiens/musulmans, progressistes/réactionnaires, etc…

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