Sahara: With enemies like these…

Humeur estivale et approche du ramadan aidant, je faire un peu dans la pensée positive le temps d’un billet. Je n’ai pas été particulièrement obséquieux avec la diplomatie marocaine ces derniers temps, mais je dois dire que la lecture des dépêches d’agence ces derniers temps semble indiquer que j’ai peut-être été trop sévère.

Exhibit A: Kadhafi soutient l’option du réferendum (qui n’est plus évoquée dans les résolutions du Conseil de sécurité)

«Je persiste à dire que le référendum était l’unique solution» (…) «J’insiste toujours sur le référendum sans lequel il n’y a pas d’autre solution», a affirmé le guide de la révolution libyenne, soulignant qu’il faut «convaincre toutes les parties qui rejettent le référendum d’y recourir». «Il est établi de par le monde que l’on ne peut occuper, accaparer ou réprimer un groupe de personnes contre sa volonté», a-t-il encore souligné, rappelant que l’autodétermination est «un principe universel». Il a indiqué par ailleurs que le peuple sahraoui avait le droit de choisir, à travers un référendum parrainé par les Nations unies, d’adhérer au Maroc ou d’opter pour l’indépendance. «Si les Sahraouis disent non et optent pour leur indépendance, nul ne saurait les contraindre à choisir une autre solution», a souligné le colonel El Kadhafi. (La Tribune, quotidien algérien – voir aussi El Watan – what else? – qui note finement que Kadhafi ne s’est aligné non pas sur la position du Polisario ou d’une prétendue légalité internationale, mais "sur la position de l’Algérie" – from the horse’s mouth!)

On avait failli avoir peur, car des déclarations précédentes du gouvernement (?) libyen laissaient entendre – ô horreur – un soutien à l’intégrité territoriale marocaine:

Mouaâmar El Gueddafi qui a fait le tour de l’actualité africaine et internationale, s’est aussi exprimé sur la question de la tenue d’un référendum au Sahara occidental. «Il n’y pas d’autre solution que le référendum, ceux qui s’y opposent en paieront le prix», a-t-il tenu à préciser sans détours cette fois- ci tout en confiant que le défunt roi du Maroc, Hassan II était «d’accord avec cette position». Après avoir soutenu la «marocanité» du Sahara occidental, le Guide de la Libye se prononce désormais pour la tenue d’un référendum qui puisse permettre au peuple sahraoui de décider librement de son avenir.

«La Libye soutient l’intégrité territoriale du Maroc aussi bien concernant la question du Sahara que pour ce qui est des présides occupés de Sebta et Melilla et des îles Jaâfarines», avait déclaré, le 29 mai 2010 à Tripoli, Mohamed Abou Al Kacem Zaoui, le secrétaire du Congrès général du peuple libyen, avait rapporté à l’époque l’agence de presse officielle marocaine MAP. (L’Expression, quotidien algérien)

Bien évidemment, personne d’entre vous n’a oublié le feuilleton du quarantenaire de la Révolution libyenne, où un contingent des FAR devant participer au défilé officiel s’était retiré à la dernière minute, avec la délégation officielle marocaine, en raison de la présence officielle de Mohamed Abdelaziz el Marrakchi et du Polisario aux festivités – voir les posts précédents "Kadhafi humilie le Maroc – quelle sera la réaction marocaine?", "Le mirage libyen", "Officiel: Kadhafi soutient les 9%" et "Eclaircissements sur l’affaire de Tripoli".

Exhibit B: Robert Mugabe se fait le porte-parole du Polisario

M. Mugabe qui s’exprimait devant le 15e sommet ordinaire de l’Union africaine tenue dans la capitale ougandaise, Kampala, a souligné "nous devons exercer des pressions sur le Maroc afin de permettre la tenue du référendum d’autodétermination du peuple sahraoui ". A cet égard, "l’UA doit agir dans ce sens à travers la création "d’un mécanisme chargé de l’examen de cette question", a-t-il dit , ajoutant que "l’Etat sahraoui a le plein droit d’exercer sa souveraineté sur son territoire national". (ndIK: source séparatiste – je ne tiens pas à leur donner de la publicité, donc pas de lien)

Mugabe est un allié de longue date du Polisario, même si le Maroc avait frôlé la catastrophe lors d’une visite officielle du ministre marocain des affaires étrangères Mohamed Benaïssa en 2004. Lors de celle-ci, la presse officielle zimbabwéenne rapporta que le Maroc aurait demandé sa médiation dans le conflit l’opposant aux séparatistes du Polisario, information démentie par la suite par le Maroc.

Exhibit C: Mohamed Abdelaziz el Marrakchi, secrétaire général du Polisario, se rend en visite officielle en Angola

Le Président de la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD), Mohamed Abdelaziz, est arrivé dans la matinée de ce mercredi à Luanda, où il effectuera une visite officielle de deux en Angola, à l’invitation du Chef de l’Etat angolais, José Eduardo dos Santos. (All Africa)

L’Angola est sinon un des trois pays - avec la Libye et l’Ouganda (ce dernier est un autre soutien fidèle au Polisario) - dont de nombreuses ONG des droits de l’homme ne souhaitaient pas l’élection au Conseil des droits de l’homme de l’ONU il ya quelques mois…

Exhibit D: Le Commonwealth de Dominique (à ne pas confondre avec la République dominicaine) retire sa reconnaissance du Polisario

Cet Etat compte autant d’habitants qu’il y a de spectateurs à un derby Raja-Wydad – 69.725. Et il vient de retirer sa reconnaissance du Polisario lors d’une visite officielle de son premier ministre au Maroc:

Le Commonwealth de la Dominique a décidé de retirer sa reconnaissance de la pseudo "RASD", a annoncé le Premier Ministre de ce pays M. Roosevelt Skerrit dans un communiqué conjoint rendu public, jeudi à Rabat, à l’issue de ses entretiens avec M. Taib Fassi Fihri, Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération. Lors de cette entrevue, M. Fassi Fihri a informé M. Roosevelt Skerrit "des derniers développements concernant le différend du Sahara qui entrave le processus d’intégration au Maghreb". Il a relevé, à ce propos, l’appui de la communauté internationale à l’initiative marocaine d’autonomie sous souveraineté marocaine et réitéré l’attachement du Royaume au processus de négociations en cours afin de "parvenir à un règlement juste et définitif conformément aux résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies, appelant à une solution basée sur le réalisme et un esprit de compromis". Dans un souci d’encourager le processus onusien et la dynamique enclenchée par le projet d’autonomie, M. Roosevelt Skerrit a annoncé, à l’instar de nombreux pays, la décision de son pays de retirer la reconnaissance de la pseudo "RASD". M. Skerrit qui est également Ministre des Finances, des Affaires étrangères et des Technologies de l’Information du Commonwealth de la Dominique, a, dans ce cadre, manifesté l’appui de son pays aux efforts déployés sous les auspices des Nations Unies, par le Secrétaire Général et son Envoyé personnel "pour parvenir à une solution politique, définitive et mutuellement acceptable", accueillant favorablement "la volonté politique du Maroc d’oeuvrer à la recherche d’une solution de compromis basée sur le réalisme". (MAEC)

Bon, OK, je reconnais, ce dernier communiqué est à prendre au second degré qui sied à tout nihiliste qui se respecte…

Je me pose néanmoins une question: le Maroc ne pourrait-il pas envoyer Taïeb Fassi Fihri en voyage officiel en Corée du Nord, au Soudan et en Birmanie, histoire que ces pays reconnaissent enfin le Polisario? La boucle serait alors bouclée…

Eclaircissements sur l’affaire de Tripoli

J’ai déjà évoqué ici la brouille – temporaire semble-t-il – entre le Maroc et la Libye, suite à la participation de Mohamed Abdelaziz el Marrakchi aux festivités officielles des quarante années de pouvoir de Muammar Kadhafi. Parmi les explications possibles de la brouille, et surtout de l’événement l’ayant déclenché, à savoir cette participation du leader du Polisario aux festivités officielles libyennes, j’avais suggéré ceci:

Comment expliquer ce cafouillage? Il y a bien évidemment le caractère irrationnel du Guide suprême, qui ne nécessite pas de longs développements surtout de la part de quelqu’un qui comme moi n’est pas médecin toxicologue. Il y en a peut-être une autre: de tous les chefs d’Etat maghrébins, seul le Marocain était absent – Bouteflika, Benali et Mohamed Ould Abdelaziz avaient tous fait le déplacement. Contrairement à ce qui se fait lorsque le protocole royal est invoqué pour justifier l’absence royale lors de cérémonies ou festivités à l’étranger, aucun membre de la famille royale n’a été dépêché afin de présider la délégation marocaine, qui fût de fait menée par Abbas el Fassi, dont le pouvoir est probablement tout aussi fantomatique que celui de Mohamed Abdelaziz el Marrakchi. Le Guide suprême aurait-il voulu manifester son mécontentement en déroulant le tapis rouge au leader du Polisario? C’est possible – mais il serait alors peu probable que la Libye émette un communiqué aussi humiliant pour elle que celui rendu public par le Maroc. La thèse de la gaffe protocolaire semble donc, jusqu’à plus ample informé, la plus probable.

Malgré mes doutes, cette hypothèse m’avait semblé être confortée par l’arrivée à Tripoli d’une délégation dite de haut niveau dépêchée par le Roi Mohammed VI pour un entretien avec Muammar Kadhafi:

Faisant suite aux protestations marocaines contre la participation du leader du Polisario, Mohamed Abdelaziz el Marrakchi, aux cérémonies officielles du quarantenaire de la prise de pouvoir par Kadhafi, la visite de cette délégation donne l’impression que c’est le Maroc qui chercherait à s’expliquer, voire à s’excuser – signe peut-être (?) que ma théorie selon laquelle Kadhafi aurait reçu Mohamed Abdelaziz el Marrakchi en représailles contre l’absence du Roi (et de tout représentant de la famille royale) n’est pas si farfelue que ça.

En effet, dans le protocole diplomatique, en cas d’incident entre deux pays, c’est généralement le pays qui estime avoir quelque chose à se reprocher qui envoie une délégation dans l’autre pays, pour exposer ses explications et éventuellement présenter des excuses. Ceci n’a rien d’automatique ni d’obligatoire, et un pays estimant n’avoir rien à se reprocher peut parfaitement envoyer une délégation dans l’autre pays afin justement d’obtenir explications ou excuses. Dans le cas présent, on a un mélange des deux: à en croire la lettre d’excuses du Comité populaire libyen en charge des relations extérieures à l’ambassade du Maroc en Libye publiée par la MAP, la Libye s’excusait du cafouillage protocolaire commis en laissant le leader du Polisario participer aux festivités officielles. Mais ensuite, en envoyant une délégation s’entretenir avec Muammar Kadhafi, c’est comme si le Maroc tenait à expliquer quelque chose voire s’excuser auprès de la Libye.

Si ma théorie est juste, la Libye se serait ainsi excusée de ne pas avoir respecté les garanties données au Maroc sur la non-participation de Mohamed Abdelaziz el Marrakchi aux festivités officielles du 1er septembre, et le Maroc en aurait peut-être fait de même sur la non-présence d’un représentant de la famille royale auxdites festivités.

Si ça vous semble farfelu, je ne suis alors pas le seul, et suis plutôt en bonne compagnie, puisque l’ancien correspondant au Maroc d’Asharq al awsat, le Soudanais Talha Gibriel, intime de feu Hassan II et de Muammar Kadhafi (il a publié un ouvrage sur les relations maroco-libyennes), est sur la même longueur d’ondes:

Que pensez-vous de la dernière crise diplomatique Maroc-Libye ?
Je pense qu’en Libye, certains responsables espéraient que Mohammed VI soit à la tête de la délégation marocaine. Ils ont donc réagi à chaud. Heureusement, cette crise s’est rapidement dissipée.

Officiel: Kadhafi soutient les 9%

Le Guide suprême de la Révolution, le colonel Kadhafi, après avoir fait un pas en avant et deux en arrière au sujet du Sahara marocain, continue sa valse-hésitation, y compris par rapport au clivage 91%/9%. Il a ainsi reçu une délégation officielle marocaine, composée de la fine fleur du monde politique marocain: le président RNI de la Chambre des représentants,Mustapha Mansouri, le ministre d’Etat MP sans portefeuille, Mohand Laenser et enfin Mohamed Lyazghi, ancien secrétaire général de l’USFP:

M. Mansouri "satisfait" des résultats de l’audience accordée par le guide de la révolution libyenne à la délégation marocaine
MAP Dernière modification 08/09/2009 21:48

Tripoli- M. Mustapha Mansouri, président de la Chambre des représentants, s’est déclaré "satisfait" des résultats de l’audience accordée, mardi à Tripoli, par le guide de la révolution libyenne, le colonel Mouammar Kadhafi, à une délégation marocaine.

Dans une déclaration à la MAP à l’issue de cette audience, M. Mansouri a indiqué que cet entretien s’inscrit dans le cadre des festivités marquant le 40ème anniversaire de la révolution du 1er septembre en Libye, précisant que la délégation marocaine a transmis au colonel Kadhafi les vœux de SM le Roi Mohammed VI à cette occasion.

La délégation marocaine, a-t-il ajouté, s’est réjouie du fait que le malentendu survenu lors de la présence d’une délégation marocaine officielle aux festivités du 1er septembre ait été dépassé, suite à la note de réponse adressée par les autorités libyennes à leurs homologues marocaines.

M. Mansouri a affirmé que le colonel Kadhafi a exprimé, lors de cette audience, son "regret" pour ce qui s’est passé, précisant que le président de la soi-disant "RASD" n’a pas été invité aux festivités du 1er Septembre, mais uniquement au Sommet de l’Union Africaine.

Il a souligné que le dirigeant libyen a émis le souhait de voir le Maroc retrouver, dans les plus brefs délais, sa place au sein de l’Union africaine, mettant l’accent sur la profondeur et la solidité des relations entre les peuples libyen et marocain et réitérant son respect et son estime pour la personne de SM le Roi Mohammed VI.

La délégation marocaine, a rappelé M. Mansouri, a répondu à plusieurs questions posées par le guide de la révolution libyenne au sujet de l’intégrité territoriale du Royaume, soulignant l’importance de la proposition marocaine d’autonomie qui est intervenue en réponse à l’appel du conseil de sécurité des Nations unies qui avait invité les parties à parvenir à une solution politique consensuelle de la question du Sahara.

Cette audience, a indiqué M. Mansouri, a été l’occasion d’évoquer l’avenir des relations bilatérales dans la perspective de la tenue prochainement à Rabat de la Haute commission mixte, ajoutant que les parties ont également passé en revue les moyens de renforcer la coopération pour l’édification du Maghreb arabe et pour dépasser tous les problèmes qui entravent la réalisation de cet objectif.

Le guide de la révolution libyenne a reçu, mardi à Tripoli, une délégation marocaine comprenant outre M. Mustapha Mansouri, MM. Mohand Laenser et Mohamed El Yazghi, ministres d’Etat.

Cette audience s’est déroulée en présence de l’ambassadeur du Maroc à Tripoli, Moulay Mehdi Alaoui et de l’ambassadeur de la Jamahirya libyenne à Rabat, M. Mohamed Abou Al Kacem Zaoui.

Faisant suite aux protestations marocaines contre la participation du leader du Polisario, Mohamed Abdelaziz el Marrakchi, aux cérémonies officielles du quarantenaire de la prise de pouvoir par Kadhafi, la visite de cette délégation donne l’impression que c’est le Maroc qui chercherait à s’expliquer, voire à s’excuser – signe peut-être (?) que ma théorie selon laquelle Kadhafi aurait reçu Mohamed Abdelaziz el Marrakchi en représailles contre l’absence du Roi (et de tout représentant de la famille royale) n’est pas si farfelue que ça. En sens contraire, on notera que Muammar Kadhafi a exprimé ses regrets, ce qui ne me semble pas être un mot très courant dans son vocabulaire. Enfin, allah ou alem, et l’affaire est close à en croire les éditorialistes du Matin du Sahara, plus prompts à s’enflammer dans le cas de l’Iran et Vénezuela

Mais autre fait marquant passé inaperçu lors des festivcités du 1er septembre à Tripoli, c’est le soutien flagrant du Guide suprême – à moins qu’il ne s’agit d’une erreur de protocole supplémentaire – au mouvement marocain des 9%. J’en ai même un preuve visuelle, via le Financial Times, peu suspect de nihilisme destructeur:
9% in Tripoli

La preuve est éclatante et indiscutable: le Guide suprême de la révolution libyenne est désormais sponsor officiel du mouvement des 9%! En voilà une bonne nouvelle en cette journée officielle – 9-9-9 - des 9%, non?

Le mirage libyen

Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, comme en est convaincu tout lecteur attentif de la MAP. On avait déjà eu droit à un démenti libyen (rapporté par la MAP) des propos prêtés à Kadhafi, selon lequel ce dernier soutenait le droit à l’autodétermination du "peuple" sahraoui et la tenue d’un réferendum. Maintenant on a droit à un courrier adressé à l’ambassade du Maroc en Libye du Comité populaire général des relations extérieures et de la coopération internationale de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste, qui dément toute invitation officielle de Mohamed Abdelaziz el Marrakchi, président (à vie) du Polisario, aux festivités du 1er septembre à Tripoli:

La Libye confirme officiellement que la soi-disant "RASD" n’a pas été invitée aux festivités du 1er septembre
MAP Dernière modification 06/09/2009 08:05.

Rabat – L’Ambassade du Royaume du Maroc à Tripoli a reçu, le samedi 5 septembre, une note du Comité populaire général des relations extérieures et de la coopération internationale de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste, en réponse aux démarches et demande d’explication faites par le Royaume, concernant l’incident qui s’est produit lors des festivités du 1er septembre, indique un communiqué du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération.

Dans ce document, les autorités libyennes précisent ce qui suit :.

"La présence de Mohamed Abdelaziz dans la Grande Jamahiriya était liée à sa participation au sommet de l’Union Africaine, dont la "RASD" est membre, tenu à Tripoli le 31 août 2009 et consacré au règlement des conflits en Afrique. Il n’était pas invité aux festivités du 1er septembre, malgré qu’il ait exprimé son souhait d’y participer si une invitation lui avait été adressée.

Au demeurant, les Etats qui ont été invités à participer à ces festivités ont été conviés à y prendre part par des délégations officielles au niveau des chefs d’Etat ou leurs hauts représentants, par des unités militaires et des troupes artistiques, ce qui n’a pas été le cas de la "RASD", conformément à notre engagement de respecter les garanties données à nos frères du Royaume du Maroc.

Ce qui est arrivé ne sort aucunement de cette clarification. Toute contrariété qui aurait été occasionnée à nos frères du gouvernement marocain n’était peut être due qu’à des aspects protocolaires involontaires, liés à la dimension de l’évènement et au nombre élevé des invités, ce qui a causé des perturbations, choses qui se produisent dans de tels évènements.

Le Comité populaire général libyen des relations extérieures et de la coopération internationale réitère et de manière catégorique que dans le cas d’espèce cet acte n’a aucune portée politique, tout en exprimant son ferme attachement à la poursuite, au renforcement et à la consolidation des relations fraternelles et stratégiques entre les deux pays frères dans tous les domaines.

Le Comité populaire général des relations extérieures et de la coopération internationale saisit cette occasion pour renouveler à l’ambassade du Maroc à Tripoli l’expression de son respect et de sa sincère considération".

De manière assez surprenante, le communiqué libyen tel que diffusé par la MAP fait état "des aspects protocolaires involontaires, liés à la dimension de l’évènement et au nombre élevé des invités, ce qui a causé des perturbations". Ce serait donc par leur propre incompétence que Mohamed Abdelaziz el Marrakchi aurait tout de même pu assister aux festivités à partir de la tribune officielle, entre le Guide suprême et le président algérien Bouteflika.

Les photos présentées comme émanant des festivités sont parlantes – on y voit notamment Mohamed Abdelaziz el Marrakchi se faire décorer du Wissam al Fatih par le Guide suprême:

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Pour résumer, on a donc assisté au scénario suivant: le Maroc envoie une délégation ministérielle en Libye, avec un détachement militaire devant défiler, après avoir obtenu des garanties pour que le président du Polisario – présent la veille pour le sommet extraordinaire de l’Union africaine – ne soit pas officiellement présent aux festivités du 1er septembre. Mohamed Abdelaziz el Marrakchi assiste néanmoins aux festivités officielles à la tribune d’honneur, entre Muammar Kadhafi et Abdelaziz Bouteflika. Le Maroc réagit avec grande fermeté et exige publiquement des explications du gouvernement libyen. La Libye semble procéder à un mea culpa et regrette l’incident tout en assurant les "frères" marocains de ses meilleurs sentiments.

Comment expliquer ce cafouillage? Il y a bien évidemment le caractère irrationnel du Guide suprême, qui ne nécessite pas de longs développements surtout de la part de quelqu’un qui comme moi n’est pas médecin toxicologue. Il y en a peut-être une autre: de tous les chefs d’Etat maghrébins, seul le Marocain était absent – Bouteflika, Benali et Mohamed Ould Abdelaziz avaient tous fait le déplacement. Contrairement à ce qui se fait lorsque le protocole royal est invoqué pour justifier l’absence royale lors de cérémonies ou festivités à l’étranger, aucun membre de la famille royale n’a été dépêché afin de présider la délégation marocaine, qui fût de fait menée par Abbas el Fassi, dont le pouvoir est probablement tout aussi fantomatique que celui de Mohamed Abdelaziz el Marrakchi. Le Guide suprême aurait-il voulu manifester son mécontentement en déroulant le tapis rouge au leader du Polisario? C’est possible – mais il serait alors peu probable que la Libye émette un communiqué aussi humiliant pour elle que celui rendu public par le Maroc. La thèse de la gaffe protocolaire semble donc, jusqu’à plus ample informé, la plus probable.

De toutes façons, les accolades de Kadhafi au leader du Polisario sont ce qu’on appelle un baiser de la mort: outre que le presse du Guide suprême est assez universellement défavorable, la liste des autres invités de marque à Tripoli n’a pas de quoi faire transpirer notre dream team du Ministère des affaires étrangères: Omar Bachir, le président soudanais objet d’un mandat d’arrêt international émis par la Cour pénale internationale, le pestiféré Robert Mugabe, Ali Bongo (allié marocain de marque), Benali, Ould Abdelaziz et Bouteflika, on a connu des plateaux d’invités plus relevés. Certes, si la Libye revient à un soutien franc et massif au Polisario – qui serait par ailleurs contradictoire avec l’idéologie panarabe et panafricaine du Guide suprême – ce serait sans doute une mauvaise nouvelle pour le Maroc. Mais outre qu’un soutien de Kadhafi n’est pas vraiment une victoire de relations publiques là où la question du Sahara se décide (outre Alger et Rabat, les Nations-Unies, les Etats-Unis, l’Espagne et la France), un tel soutien n’aurait guère d’influence sur la situation sur le terrain su Sahara: on imagine mal l’Algériee perdre la haute main sur le Polisario en autorisant un afflux d’armes et d’argent vers le Polisario en, provenance de Libye. Militairement, à supposer que l’Algérie renonce à son contrôle du Polisario, toute livraison d’armes au Polisario se heurterait à la realpolitik: on voit très mal l’Algérie relancer les combats militaires et donc violer le cessez-le-feu en vigueur depuis 1991 – et on voit mal comment un déferlement d’armes à Tindouf pourrait rassurer les Etats occidentaux inquiets de la prolifération d’Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQIM).

Voir aussi le post comme toujours très documenté d’alle sur le blog collectif Maghreb Politics Review, "Tripoli Trip-Up".

Kadhafi humilie le Maroc – quelle sera la réaction marocaine?

La célébration inappropriée des quarante années de pouvoir dictatorial de Muammar Kadhafi devait initialement se faire en présence d’une délégation officielle marocaine dirigée par le premier ministre Abbas El Fassi, le ministre d’Etat sans portefeuille Mohand Laenser et le ministre des affaires étrangères Taïeb Fassi Fihri, ce dernier étant sans doute l’homme fort de la délégation en termes de poids politique. Le Matin du Sahara a ainsi consacré un entrefilet à cette délégation:

Festivités du 1er septembre à Tripoli
Arrivée de la délégation représentant S.M. le Roi
Le Matin du Sahara Publié le : 01.09.2009 | 06h50

Une délégation marocaine conduite par le Premier ministre, Abbas El Fassi est arrivée, lundi en début de soirée à Tripoli, pour représenter S.M. le Roi Mohammed VI aux festivités commémorant le 40e anniversaire de la révolution du 1er septembre.

La délégation marocaine comprend Mohand Laenser, ministre d’Etat et Taib Fassi Fihri, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération.

Les membres de la délégation marocaine ont été accueillis à leur arrivée à l’aéroport international de Tripoli par Mohamed Ali Alhouij, secrétaire du comité populaire général chargé de l’Industrie, de l’Economie et du Commerce et l’ambassadeur du Maroc en Libye, Moulay Mehdi Alaoui, ainsi que par les membres de l’ambassade.

Pour l’occasion, un détachement des FAR a été dépêché à Tripoli pour participer au défilé officiel:

Aussi, sur Hautes Instructions de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Chef suprême et Chef d’état-major général des Forces Armées Royales, et dans le cadre de la célébration du 40e anniversaire du 1er septembre de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste, un détachement des FAR sera déployé à partir du 17 août à Tripoli en vue de participer au défilé du 1er septembre.

Ce détachement comprend le Drapeau des FAR et une unité de la 1er Brigade d’infanterie parachutiste des FAR.

Entourée de la Haute Sollicitude Royale, cette participation permettra de renforcer les relations entre les deux pays et d’affirmer l’identité arabo-maghrébine du Royaume du Maroc, conclut la même source.

Le Matin du Sahara se paya même le luxe d’un éditorial – "La nouvelle Libye a 40 ans" - dont la lecture est comique après coup:

Quand Mouâamar Kadhafi a pris les rênes du pouvoir le 1er septembre 1969 à la tête d’un groupe d’officiers, rien ne prédisait le tournant que son pays allait prendre par la suite. Inspiré du mouvement politique et de la pensée nassériens, le jeune colonel s’est immédiatement hissé comme le «gardien» des intérêts de la Libye. Il n’hésitera pas à prendre des décisions à la fois radicales et spectaculaires qui, à un moment où la guerre froide battait son plein, heurtaient fortement la communauté internationale, dont notamment les gouvernements anglais et américain. Il nationalisa les hydrocarbures, créera des comités populaires pour remplacer les instances gouvernementales et, dans la foulée d’une révolution à laquelle le peuple libyen adhéra spontanément, il s’érigera en «guide» de la nouvelle Libye.

Imprégné d’une culture unitaire, héraut aussi du panarabisme ambiant qui rayonnait au Caire et à Damas, Mouâamar Kadhafi n’avait de cesse de réaliser le rêve incandescent que son mentor égyptien, Gamal Abd al-Nasser, caressait d’une nation arabe unifiée du Golfe à l’Atlantique.

Le passage sur les relations maroco-libyennes vaut son pesant de harira:

Il convient de souligner qu’avec le Royaume du Maroc, les relations se sont inspirées d’un réalisme où se conjuguent un sentiment partagé de solidarité et des objectifs communs. Sans compter l’amitié réelle qui existe entre les deux peuples. Au moment de son splendide isolement diplomatique sur la scène internationale des années quatre-vingts, seul le Maroc lui manifestait sa solidarité, enfreignant même la consigne tacite que les Américains et les Européens croyaient dicter aux gouvernements du monde pour la mettre à l’écart. En revanche, la Libye a opéré un tournant majeur et décisif dans sa vision du conflit du Sahara, et le président Kadhafi –dont on pouvait croire et constater même qu’il soutenait au début de l’affaire le Polisario et donc l’Algérie – s’est immédiatement rétracté. Arrivé «impromptu » au Maroc en 1984, en plein mois de Ramadan, il était accueilli à Rabat par feu S.M. Hassan II qui lui présenta les familles et les parents marocains des membres du polisario.

Le dirigeant libyen, qui n’en crut pas ses yeux, changea immédiatement d’attitude et arrêta net son soutien, politique, financier et militaire, aux séparatistes du Polisario. La fameuse «piste Kadhafi» qui voyait transiter des quantités d’armes et de matériels militaires à travers la bande désertique qui va de la Libye, via le sud tunisien, et l’Algérie jusqu’à Tindouf, n’a plus existé désormais, privant ainsi le Polisario d’un appui sans commune mesure avec ce qu’il a connu.

Le Roi du Maroc y a été de son télégramme de félicitations, qui dépasse le minimum protocolaire requis lors de ce genre d’occasions:

S.M. le Roi a salué, à cette occasion, la sagesse et la clairvoyance du guide de la révolution libyenne, qui a accompli d’importantes réalisations sur la voie du progrès, de la prospérité, du développement global au profit de son peuple, ainsi que la présence, forte et agissante, de la Libye aux niveaux régional, continental et international. Le Souverain a également fait part de sa grande fierté des liens de fraternité sincère, de compréhension cordiale, de concertation fructueuse et régulière unissant S.M. le Roi et le colonel Kadhafi, concernant les questions bilatérales, régionales et internationales d’intérêt commun.

Or, la Libye, qui assure la présidence tournante de l’Union africaine (dont le Maroc ne fait bien évidemment pas partie, reconnaissance du Polisario oblige), avait prévu pour la veille, le 31 août, le sommet extraordinaire africain – afin sans doute de gonfler la participation aux festivités du lendemain – bien que des poids lourds africains aient décliné l’invitation, tels "les présidents sud-africain Jacob Zuma, sénégalais Abdoulaye Wade, nigérian Umaru Yar’Adua et ougandais Yoweri Museveni". Dès lors, le Polisario étant membre de l’Union africaine, son leader, Mohamed Abdelaziz el Marrakchi, allait bien évidemment assister à ce sommet, qui lui offre son unique moment de respectabilité internationale. De là à se douter que le Polisario allait rester jusqu’aux festivités du 1er septembre, soit le lendemain, il n’y avait qu’un pas. Et ce fût effectivement ce qui se passa:

La Libye tend la main au «Polisario» : Les surprises du colonel
Al Bayane 2/9/2009
La délégation marocaine officielle aux festivités du 40ème anniversaire de l’arrivée au pouvoir de Mouammar Kadhafi s’est retirée, mardi, après le constat de la présence du séparatiste et néanmoins mercenaire Mohamed Abdelaziz, qui dirigeait une délégation de la prétendue «RASD». Le détachement militaire des FAR, qui devait participer au défilé officiel, a annulé sa participation et quitté Tripoli. Pourtant, le Maroc avait eu, comme lors des dernières années, des assurances sur la non participation aux festivités du mouvement crée par l’Algérie, au début des années 70 du siècle dernier, et soutenu par la Libye.

Selon la MAP,

Le gouvernement de SM le Roi exprime sa vive protestation devant cette surprenante attitude, alors que toutes les assurances avaient été données au préalable.

Le Royaume du Maroc demande aux autorités libyennes les explications nécessaires et appropriées face à ce geste inamical à l’égard des sentiments du peuple marocain.

Al Bayane rajoute la précision que les garanties libyennes avaient également été demandées lors des précédentes éditions de cette commémoration – implicitement, cela signifie que ces promesses avaient alors été tenues:

Pourtant, le Maroc avait eu, comme lors des dernières années, des assurances sur la non participation aux festivités du mouvement crée par l’Algérie

Ce ne semble pas être une erreur du service du protocole du comité populaire libyen des affaires étrangères (nom de leur ministère), puisque la propagande séparatiste sahraouie a diffusé une déclaration du Guide suprême libyen selon laquelle il soutenait le droit du "peuple sahraoui" à l’autodétermination:

l’unique solution possible à la question du Sahara passe par la voie d’un référendum d’autodétermination

Seriez-vous étonnés si je vous disais que cette déclaration a été démentie – par des officiels libyens (du moins si on en croit la MAP)?

Tripoli dément catégoriquement les propos prêtés au colonel Mouammar Kadhafi sur la question du Sahara
©MAP Dernière modification 01/09/2009 16:54

Tripoli- Des sources officielles libyennes ont démenti mardi, de manière catégorique, les propos prêtés au guide de la révolution libyenne, le colonel Mouammar Kadhafi, selon lesquels "l’unique solution possible à la question du Sahara passe par la voie d’un référendum d’autodétermination".
Les mêmes sources soulignent que ces informations véhiculées par les médias des séparatistes du "Polisario" sont "dénuées de tout fondement".

Difficile comme toujours de savoir exactement ce qui s’est passé, d’autant que la présence du gouvernement libyen sur le net est fantomatique. En dehors de la dépêche de l’agence de presse séparatiste SPS sur la déclaration initiale attribuée au Guide suprême, et la dépêche de la MAP où des "sources officielles" libyennes non identifiées auraient catégoriquement démenti ces propos, on ne dispose de pas grand chose. Le fait qui demure incontesté cependant est la participation de Mohamed Abdelaziz el Marrakchi aux festivités du quarantenaire.

On peut se poser plusieurs questions sur cette affaire rocambolesque: les revirements du Guide suprême sont désormais suffisamment connus pour ne plus étonner. Le fait qu’un émissaire personnel du Guide suprême ait pu en 2006 déclarer directement au Roi Mohammed VI à Laayoune (!) que «La Libye est opposée à toute tendance à la division» ne doit donc pas étonner, ni que la Libye affirme désormais officiellement son soutien à la ligne algérienne (une déclaration du Congrès populaire général libyen en mars 2009 va en ce sens).

La première question est bien évidemment relative à la diplomatie marocaine: comment se fait-il que personne n’ait rien vu venir, tant du côté de l’ambassade marocaine en Libye que du ministre des affaires étrangères Taïeb Fassi Fihri, voire même des services secrets marocains, dont on peut supposer que le marquage à la culotte de Mohamed Abdelaziz el Marrakchi doit être l’une des premières préoccupations? Je ne serais pas surpris que quelques têtes tombent histoire de laver l’affront.

La deuxième question est relative au soutien officiel et officieux accordé par le Maroc aux intérêts libyens dans notre pays, que ce soit sur le plan économique ou médiatique. On se rappelle, s’agissant du dernier cas de figure, de la condamnation pour diffamation – sur initiative de l’ambassade libyenne au Maroc – à de très forts dommages-intérêts – 1 million de dirhams (90.000 euros) chacun, soit trois millions de dirhams au total – de trois journaux arabophones – Al Jarida Al Oula, Al Ahdath Al Maghribia et Al Massae – pour avoir dénoncé la dictature de Kadhafi et sa politique erratique. On assiste donc au paradoxe de voir un chef d’Etat étranger reconnaissant le Polisario défendu par les tribunaux marocains, et son honneur estimé à plusieurs millions de dirhams. Qu’attend Mohamed Abdelaziz el Marrakchi pour poursuivre la presse marocaine?

C’est sur le plan économique que le pouvoir marocain a ouvert les portes aux capitaux libyens: Libya Oil Holdings Limited a racheté les parts d’Exxon dans Mobil Oil Maroc, et a désormais des stations essence sous son nom (et qu’on me dise pas qu’il s’agit d’une transaction entre sociétés privées – si la Sonatrach algérienne ou la PDVSA vénézuélienne tentaient d’acquérir un réseau de stations essence au Maroc, vous croyez que cela se fera?). Petit détail piquant:

Mais là où le bât blesse, c’est que dans une correspondance dont nous avons reçu copie, c’est que les dirigeants pour illustrer leur présence sur le continent africain, avaient présenté le Royaume sans ses provinces du Sud. Une omission d’autant plus intolérable qu’elle ne peut qu’irriter tout un chacun.

Rappelons aussi les investissements hôteliers libyens au Maroc, notamment dans l’hôtel de luxe casablancais Kenzi Towers – en fait, les échanges commerciaux maroco-libyens sont relativement limités ("la balance commerciale est déficitaire en faveur de la Libye qui a été le 36e client et le 36e fournisseur du Maroc en 2007"), mais l’évolution depuis 2007, surtout en matière d’investissements libyens au Maroc, est très positive, voire même assez paradoxale si l’on tient compte de l’incident de Tripoli:

Comme l’appétit vient en mangeant, le groupe Tamoil, opérant dans le secteur pétrolier, a décidé de se joindre à la course de la prospection pétrolière dans le Royaume. Cette entreprise, qui appartenait jusqu’en juin 2007 au groupe LAP, a été cédé à hauteur de 65 % au fonds d’investissement américain, Colony Capital. Un groupe libyen qui vend des parts à des intérêts américains, pour racheter une filiale du groupe américain Exxon Mobil. Les temps ont vraiment changé. C’est ce groupe qui s’est associé à des Marocains pour créer une société maroco-libyenne baptisée « Tamoil Sakia », qui compte investir entre 100 et 150 millions de dollars dans le domaine de la prospection pétrolière à Laâyoune et dans l’approvisionnement et la distribution des produits pétroliers dans la région. Le siège de ce nouvel opérateur est basé dans la ville de Laâyoune.

Les paradoxes ne manquent pas, et la seule chose qui est sûre c’est que tant le Maroc et l’Algérie se tromperaient à prêter un quelconque crédit aux revirements incessants de la Libye, qui semble ces dernières années fonctionner surtout en fonction de ses intérêts économiques.

Comment le Maroc peut-il réagir face à cet affront diplomatique? On a vu sur quels prétextes absurdes se sont basées les décisions de fermer l’ambassade marocaine au Vénézuela (mais sans rupture des relations diplomatiques) et de rompre les relations diplomatiques avec l’Iran. On a également vu l’indécente danse du ventre marocaine en direction de l’Algérie pour quémander au régime algérien l’ouverture des frontières terrestres maroco-algériennes. Si le régime libyen est riche en contradictions et paradoxes, la politique étrangère marocaine n’est un roc de cohérence.

Une rupture des relations diplomatiques causerait tout d’abord de sérieux problèmes aux très nombreux Marocains de Libye – selon Mohamed Khachani ("Les Marocains dans les pays arabes pétroliers", Publications de l’Association marocaine d’études et de recherches sur les migrations, Rabat, 2008, p. 80), le chiffre serait entre 80.400 et 120.000 selon les statistiques consulaires marocaines et 200.000 à 250.000 selon les très peu fiables statistiques libyennes. Chacun sait l’absence totale d’Etat de droit en Libye et le sort peu enviable réservé aux nombreux étrangers arabes et africains dans ce pays. D’autre part, le Polisario pourrait retrouver une nouvelle source de revenus et d’armements qui semble avoir été tarie depuis 1984, alors même que le soutien financier algérien n’est sans doute pas à la hauteur des espérances séparatistes. Les intérêts économiques marocains en Libye (banque, bâtiment) ne sont pas inexistants, de même que ceux libyens au Maroc, mais leur importance n’est pas décisive.

Reste donc la riposte classique le rappel de l’ambassadeur du Maroc en Libye, pour consultations. De vous à moi, je doute que Moulay Mehdi Alaoui, notre homme à Tripoli, fasse de vieux os à ce poste: il faudra bien trouver un bouc émissaire pour cet affront public et manifeste, et en général on préfère les trouver en bas de la hiérarchie. Ceci étant, il n’est pas exclu que l’étoile de Taïeb Fassi Fihri commence à fléchir: être informé sur les intentions libyennes, eu égard à l’importance de la participation officielle marocaine, cela relevait directement de sa compétence. Je rajouterais pour ma part les responsables sécuritaires (DGED?) chargés de suivre le Polisario et son dirigeant, Mohamed Abdelaziz el Marrakchi: n’étaient-ils pas informés de sa venue à Tripoli pour le sommet extraordinaire de l’Union africaine? Il apparaît que si, à en croire les déclarations officielles marocaines. Mais comment ont-ils pu ne pas avoir vent de sa participation aux festivités du 1er septembre? Cela devait se savoir, en Libye et en Algérie, non?

Reste que la tonalité des déclarations de Khalid Naciri – eh oui, encore à son poste celui-làtelles que reprises par Le Matin du Sahara sont très fermes, et rappellent l’engrenage iranien, où le Maroc avait demandé des explications avant de rompre les relations diplomatiques n’estimant pas y avoir eu droit:

Le gouvernement marocain a exprimé sa vive indignation de l’attitude libyenne lors des festivités commémorant le 40e anniversaire de la Révolution du 1er septembre.

Lors de la réunion hebdomadaire du Conseil de gouvernement, qui s’est tenu hier 3 septembre à Rabat, sous la présidence du Premier ministre, Abbas El Fassi, l’Exécutif a exigé également «à ce que des explications officielles lui soient fournies par les autorités libyennes sur ce qui s’est réellement passé».

Khalid Naciri, ministre de la Communication et porte-parole officiel du gouvernement, ne mâchait pas ses mots en rappelant la position ferme et intransigeante du Royaume à chaque fois que son intégrité territoriale est mise en question. «Les représentants du Maroc ont décidé de se retirer des festivités du 1e septembre à partir du moment où ils ont remarqué la présence du président de la pseudo-‘’Rasd" parmi les invités.

Le contingent des FAR, qui devait participer à un défilé à cette occasion, a reçu également l’ordre de se retirer. Le Maroc a protesté sur place contre cette attitude inamicale et attentatoire aux sentiments profonds du peuple marocain, ce que les représentants des autres délégations n’ont pas manqué de remarquer », explique Khalid Naciri, qui citait son homologue le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Taieb Fassi Fihri. K. Naciri a souligné, en outre, que le gouvernement marocain prenait acte du désengagement des autorités libyennes des garanties qu’elles avaient données, concernant la participation de la ‘‘république fantomatique" aux festivités officielles.

Pourtant, le Maroc tenait à ce que les choses soient claires dès le départ : «Nous savions que la pseudo-‘’rasd" prendrait part aux travaux du Sommet africain prévu à Tripoli. Nous avons demandé clairement aux autorités libyennes à ce qu’il n’y ait pas d’amalgame entre ce sommet et les festivités du 1er septembre. Et nous avons reçu les garanties nécessaires au plus haut niveau de l’Etat. Mais ces garanties n’ont pas été respectées », regrette le porte-parole officiel du gouvernement.

Le gouvernement marocain tient donc à ce que la Libye fournisse toutes les explications nécessaires par rapport à cet incident déplorable. « Nous attendons toujours la réponse pour comprendre ce qui s’est réellement passé. Il y a eu des bribes d’explications en off, mais nous attendons des explications officielles », affirme M. Naciri. Et de préciser que « le gouvernement aura sa position à la lumière des explications qui lui seraient fournies, sachant que le Maroc ne transigera pas quand sa cause nationale est touchée ». Rappelons que la délégation marocaine, présidée par le Premier ministre, Abbas El Fassi et désignée par S.M. le Roi Mohammed VI, sur invitation du guide de la Révolution libyenne, le colonel Mouammar Kadhafi, s’était rendue en Libye pour représenter le Souverain aux festivités commémorant le 40e anniversaire de la Révolution du 1er septembre.

Cette délégation a quitté donc les lieux de la manifestation lorsqu’elle a constaté la présence, parmi les invités, du président de la soi-disant ‘‘Rasd".

La partie intéressante des déclarations est bien évidemment "nous avons reçu les garanties nécessaires au plus haut niveau de l’Etat" – on ne sait pas s’il s’agit du plus haut niveau de l’Etat libyen directement au plus haut niveau de l’Etat marocain, auquel cas il y aurait une situation de lèse-majesté dont on sait comment le gouvernement marocain les traite. Cela laisse à mon sens présager une évolution assez ferme de la position marocaine, sauf à croire en des excuses officielles libyennes – je n’ai pas l’impression que le Guide suprême soit coutumier du fait, en dehors de celles adressées en 2003 aux familles des victimes de l’attentat de Lockerbie dans le cadre de la fin des sanctions onusiennes contre son pays.

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