"HASSAN II, roi du Maroc, tenant d’une main le Coran et de l’autre un flambeau, se dresse au milieu de son peuple"

Pour reprendre la légende proposée par le réputé ethnologue suisse de l’Afghanistan (lisez son entretien avec Pierre BourdieuPierre Centlivres dans son superbe post iconographique "Leaders du monde musulman à l’affiche":

HASSAN II, roi du Maroc, tenant d’une main le Coran et de l’autre un flambeau, se dresse au milieu de son peuple, de civils et de militaires qui agitent des drapeaux marocains, saoudiens et jordaniens. Les militaires reproduisent l’attitude des marines américains à la bataille d’Iwo Jima — bataille immortalisée par la photographie Raising the Flag on Iwo Jima prise par Joe Rosenthal le 23 février 1945.

Sinon, j’aime aussi celle-là:

Fahd Yata, le 20 février, les Etats-Unis et l’OTAN: faites ce que je dis, pas ce que je fais

Sincèrement, j’aime bien Fahd Yata – tout comme j’aime bien Khalid Naciri et Khalil Hachimi Idrissi – ils me font presque oublier Moulay Ahmed Alaoui. Non, je ne suis pas sous l’influence de produits que la morale réprouve, ni en instance de demande de grima. Voici le comment du pourquoi.

Cet éditorialiste et propriétaire de l’hebdomadaire La Nouvelle Tribune (sincèrement, je ne peux pas me rappeler avoir jamais vu quelqu’un l’acheter dans un kiosque ou le lire dans un café ou dans le train), fils d’Ali Yata et frère jumeau du regretté Nadir Yata, a une ligne éditoriale identique à celle de tant d’autres éditorialistes ou bloggeurs, mais lui l’affirme avec constance et détermination depuis une quinzaine d’années: le Roi a toujours raison et ceux qui critiquent le makhzen ou demandent une démocratisation du système ont toujours tort.

C’est un éditorialiste et homme de presse d’un genre particulier – il s’est ainsi vanté dans un tweet de ne pas avoir de carte de presse:

S’agissant du mouvement contestataire du 20 février, sa religion est toute faite: il s’agit là d’un mouvement extrémiste, manipulé par l’étranger (lequel?) et Moulay Hicham, et insignifiant – des "bouffons" comme il l’a écrit dans un éditorial du 11 février…

Pis encore: dans un article récent, il écrit ainsi que "des réseaux sociaux, sous emprise américaine, actionnent le #FEB 20 au Maroc". Ca amusera sans doute Nahj addimoqrati, d’Al adl wal ihsan ou du PSU, dont de nombreux militants participent activement au 20 février, que ce sont des suppôts des Etats-Unis – de la CIA pour dire les choses crûment. Des esprits pervers s’étonneront de voir reprocher au 20 février des accointances avec des officines du gouvernement étatsunien alors même que l’Etat marocain et ses médias publics ou officieux n’ont cessé de rappeler à quel point Hillary Clinton et son State Department étaient transportés d’enthousiasme tant par le référendum que par le texte constitutionnel et muets de béatitude devant "l’exception marocaine".

Ainsi dans cet édito en date du 3 mars 2011:

M.William Burns n’est pas le premier venu. Sous-Secrétaire d’Etat, c’est-à-dire Vice-Ministre des Affaires Étrangères des Etats-Unis d’Amérique, il est le premier diplomate « professionnel » de son pays, juste en dessous de Mme Hilary Clinton, qui occupe, elle, un poste éminemment politique, aux côtés du Président Obama. M. Eneko Landaburu, ambassadeur de l’Union européenne à Rabat et représentant de sa Commission de Bruxelles, est, pour sa part, un diplomate chevronné, qui a longtemps été le premier responsable des affaires étrangères au sein de ladite commission, juste après le Commissaire européen, avant de prendre un poste parmi les plus recherchés par les Eurocrates, celui de Rabat. Quant au Washington Post, c’est, avec le New York Times, l’un des deux quotidiens les plus influents d’Amérique, connu pour la qualité et la pertinence de ses éditoriaux, le sérieux de ses analyses, l’impact de ses articles. (…)

Si les deux « grands encadrants » du Royaume, Etats-Unis et Union Européenne, par l’entremise de voix autorisées et habilités à le faire, ont ainsi relevé l’exception marocaine, c’est qu’elle existe vraiment… (…) Plutôt que de cracher dans la soupe, tirer sur les ambulances, miner le tissu politique, déstabiliser un gouvernement, ô combien imparfait certes, mais élu démocratiquement, ne serait-il pas préférable d’agir, de mobiliser et de convaincre pour aller de l’avant, en préservant les acquis ? Burns, Landaburu, la presse étrangère, ne sont pas les soutiens indéfectibles du régime. Leurs intérêts commandent qu’ils attestent de la réalité. Serait-il impossible que certains des Marocains, privilégiés de surcroît, en fassent de même ?

La constance étant le propre des seuls imbéciles, La Nouvelle Tribune allait donc publier, ce 7 juillet, cet article précité sur les accointances étatsuniennes des réseaux sociaux soutenant le mouvement du 20 février – "Des réseaux sociaux, sous emprise américaine, actionnent le #FEB 20 au Maroc":

Il apparaît ainsi clairement que la diplomatie officielle américaine, celle qui prône, à juste titre, l’instauration de la démocratie, le respect des droits fondamentaux de l’Homme, la liberté, partout dans le monde (y compris dans l’aire arabo-islamique, comme le confirme le discours fondateur d’Obama au Caire le 5 juin 2009), et que dirige Mme Hilary Clinton, est largement épaulée, (le moins que l’on puisse reconnaître) par une diplomatie parallèle, directement inspiratrice des mouvements activistes juvéniles en maints endroits de la planète et mise en oeuvre à partir des réseaux sociaux précités. Pour ce faire, un site fondateur a été créé, « movements.org » qui organise la mobilisation par pays ou région, fabrique des stars ou des leaders (tel le cyberactiviste Wael Ghoneïm en Égypte), lance des mots d’ordre de mobilisation, prodigue des conseils organisationnels et se fait l’écho immédiat des activités et actions des mouvements qu’il a contribués à créer. Bien évidemment, notre cher pays, le Maroc, figure en bonne place dans les desseins de ces « deus ex machina » de la cybernétique américaine. « movements.org » a régulièrement rendu compte des activités du #FEB 20 et reproduit largement tous ses appels, ses commentaires, ses attaques contre le « Makhzen ». Lors de la campagne référendaire sur le projet de révision de la Constitution, le réseau-mère des activistes du 20 février, basé donc aux Etats-Unis, a pris fait et cause pour le boycott et dès le 2 juillet, reprenait en large titre, les critiques et les accusations portées par une fraction du 20 février contestant la régularité du scrutin et souhaitant la relance de la contestation dans les rues du Royaume. (…)

Ainsi, comme on peut le constater en prenant connaissance des liens organisationnels qui existent entre le mouvement du 20 février marocain et les opérateurs de la contestation mondiale basés aux Etats-Unis, l’Administration Obama, qui s’entoure désormais dans ses déplacements officiels des « patrons » des principaux réseaux sociaux mondiaux, pratique une double démarche, qui consiste d’une part à apporter un soutien officiel à l’Etat marocain et, d’autre part, à manipuler et encourager des activistes de tous bords afin de « maintenir la pression sur le Makhzen » pour reprendre une expression à la mode chez les #FEB 20 et ceux qui les conseillent localement. En langage non diplomatique, cela s’appelle du double jeu et de l’hypocrisie… Cela implique donc, de la part de tous ceux qui se sentent concernés par l’avenir démocratique du Maroc, lequel se construit et se construira ICI, de prendre la mesure de cette immixtion clandestine américaine, mais surtout, de considérer Facebook, Twitter et autres comme des instruments de communication qu’il convient d’utiliser avec intelligence, diligence, et EN PERMANENCE.

Pour faire court: les partisans du mouvement du 20 février sont manipulés par Langley.

Mais rappelez-vous, je vous disais que la constance est le propre des seuls imbéciles: c’est ainsi que La Nouvelle Tribune, hebdomadaire dirigé par Fahd Yata, a vu un de ses journalistes invité par l’OTAN, et ce le 2 février 2011, en compagnie d’une brochette de journalistes marocains, comme en atteste ce document de cette organisation. Chacun qui connaît ce type d’opérations sait que le déplacement et les frais de séjour sont généralement payés par l’hôte – je serais surpris mais heureux d’apprendre que La Nouvelle Tribune aurait enfreint cette pratique en payant intégralement le voyage et les frais de séjour de son journaliste. Il ne s’agissait pas de couvrir un événement particulier, mais plutôt, à en croire le programme de cette journée, d’inviter des journalistes marocains afin de diffuser la bonne parole de l’OTAN et d’influencer ainsi la presse marocaine, du moins celle qui s’est prêtée à cette opération. On notera avec satisfaction que le secrétaire-général de l’OTAN, l’ex-premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen, le même qui avait refusé de rencontrer une délégation d’ambassadeurs arabes lors de la crise dite des caricatures danoises, a ici trouvé le temps de rencontrer ces sommités de la farouche presse indépendante marocaine (parmi lesquels on comptait notamment des journalistes du Matin du Sahara, de la MAP, de L’Opinion, de Libération, de Bayane al Yaoum, d’Al Alam et de Medi 1 Sat).

Ne croyez pas que cette visite ait changé quoi que ce soit à l’incorruptible indépendance d’esprit qui est la marque de fabrique de la Nouvelle Tribune. A peine son journaliste – Zouhair Yata – revenu de Bruxelles, que l’on a eu droit à une analyse dont l’indépendance d’esprit échappera aux seuls esprits bornés: "Maroc-OTAN, un partenariat stable et fort, unique sur la Rive Sud". Florilège:

Le Maroc, qui fut un partenaire stratégique de l’OTAN tout au long de la guerre froide, participe activement à ce dialogue politique depuis 1995 et en tire une forte crédibilité auprès de cette organisation internationale. (…) Le cas du Maroc, en tant que pays non membre, reste exceptionnel et témoigne, n’en déplaise à Wikileaks, du professionnalisme de l’armée marocaine qui devrait prochainement s’engager activement dans l’Opération « Active Endeavour » de sécurisation de la Méditerranée aux côtés de l’OTAN. (…)

Le nouveau concept stratégique de l’OTAN, adopté par les chefs d’Etat et de gouvernements à Lisbonne en novembre dernier, a été l’occasion pour le Maroc de faire entendre sa voix. En effet, dès janvier 2010, les autorités marocaines ont organisé un séminaire sur le « Dialogue méditerranéen et le Nouveau Concept Stratégique de l’OTAN » sous la présidence du Secrétaire Général du Ministère des Affaires Étrangères et de la Coopération, MAEC, M.Youssef Amrani, et du Secrétaire Général Délégué de l’OTAN. D’ailleurs, les plus hauts responsables de l’Alliance, le Secrétaire général Rasmussen en tête, ont affirmé lors de ce voyage de presse que les recommandations émanant du Maroc pour le renforcement et la dynamisation du dialogue politique avec les partenaires de l’OTAN, ont été non seulement écoutées, mais concrètement prises en compte lors de l’élaboration du nouveau concept stratégique. En définitive, à l’image de son statut avant-gardiste de partenariat avec l’Union européenne, le Maroc tisse une relation de confiance avec l’OTAN depuis de nombreuses années. Cette relation privilégiée permet au Royaume d’être associé à la réflexion et à l’élaboration des politiques sécuritaires de demain et de collaborer à un dialogue politique crucial pour la paix. Force est de constater que seul un pays bénéficiant d’une réelle stabilité peut prétendre à être un partenaire aussi durable d’une organisation telle que l’OTAN. Et il est important de noter qu’aucun pays de la Rive Sud de la Méditerranée n’est en mesure de concurrencer le Maroc dans ce domaine, tant la relation que nous entretenons avec l’Alliance est basée sur un respect et une considération mutuels. Le Maroc peut donc compter sur un appui de taille pour l’aider à faire face, par la formation et l’entraînement de ses forces armées notamment, aux enjeux sécuritaires que sont le terrorisme sahélien ou le trafic de drogues et de personnes.

L’indépendance d’esprit est innée ou n’est pas, puisque La Nouvelle Tribune allait continuer à soumettre l’OTAN à une critique rigoureuse, comme dans cette tribune d’un ancien diplomate étatsunien publiée dans La Nouvelle Tribune du 30 juin, "L’OTAN doit prévaloir".

Une carte de presse, pour quoi faire? Bonne question.

"On clame le OUI à la nouvelle constitution mais tout le processus crie le NON"

Vous trouverez ci-dessous le témoignage d’un citoyen et électeur marocain de passage dans le Souss en ce temps de plébiscite royal, qui nous livre ses impressions (pour connaître un petit peu cet électeur, il n’avait jusqu’à lors pas été particulièrement politisé):

Agadir et la région 28 au 30 juin 2011

Les grandes artères d’Agadir sont jonchées de tracts qui laissent à peine apparaitre le goudron. Leur message unique me frappe comme une massue en plein dans mon libre arbitre : "Na3am", comme une voie à sens unique que l’on me force à emprunter. Intoxiqué depuis quinze jours par ce mot devenu désormais répulsif, j’assiste aujourd’hui estomaqué à une démonstration géante m’ôtant toute once de patriotisme, celui là même que l’on m’a inculqué depuis l’enfance et qui s’étiole à chaque banderole que croise mon regard.

La région est donc victime d’une bien plus grande campagne pour le "Oui" qu’ailleurs… Tous les villages côtiers que j’ai traversé y passent: les mêmes banderoles, accrochées sur les places publiques. Des banderoles clonées. Les mêmes. Que l’on aille essayer de me faire croire que ce n’est pas la main d’un fonctionnaire qui l’a accroché… En toute illégalité…  L’entrée du port d’Agadir a lui aussi été grimé de la même banderole "Oui pour la constitution" (en arabe et en berbère).

On pourrait limite avancer que celles dans les places publiques auraient pu être attachées par n’importe quel fonctionnaire zélé ou par les représentants d’un parti politique, mais qui aurait autorité pour accrocher ce type d’affiche à l’entrée d’un grand port marocain?

N’est-il donc pas interdit sous nos cieux aux fonctionnaires d’influencer le vote ?

Agadir – Jeudi 30 Juin 18 heures 

Des dizaines de camions qui se suivent en file indienne et transportent des centaines de personnes entrent à Agadir. Le tapis de tracts au sol leur indique le chemin : Toute la ville vit au rythme de la propagande. Ce mot m’est venu à l’esprit plusieurs fois ces quinze jours de campagne… Je pensais l’avoir laissé dans mes manuels d’histoire lorsque Goebbels ou l’Union soviétique étaient au programme, je suis obligé à m’y résoudre, c’est bien d’abjecte propagande qu’il s’agit; ce "Oui" ressassé ad nauseam sensé nous guérir de tous nos maux, ce matraquage sans cesse répété et repris par des médias n’arrivant même pas à l’argumenter…

Dans l’absolu, j’aurai pu penser "Oui" mais la méthode en soi m’agace, elle clame le "Oui à la nouvelle constitution" sensé représenter le changement, mais tout le processus crie le "Non", il veut dire pour moi "Nos méthodes sont restées les mêmes, vous avez quinze jours pour avaler 180 articles et les approuver, et surtout n’allez pas croire que quelque chose a changé".

Pourquoi ai-je le sentiment d’être victime d’une gigantesque mascarade ?

Casablanca – 1 er juillet 
J’arrive à mon bureau de vote – Sur le mur de celui-ci est accrochée une banderole pour le "Oui". Ce dernier assaut me glace. Non, ils n’auront pas mon vote. Je fais demi-tour.

Au travail, ma collègue s’indigne "Ils ne m’ont même pas marqué le doigt!". La secrétaire, quant à elle, se justifie de ne pas y être allée "Je suis de Safi, je ne peux voter ici, en plus le Moqqadem a fait croire à ma mère que si elle ne votait pas "oui" il ne lui délivrerait plus aucun papier administratif". La secrétaire baisse le ton et réalise que ce qu’elle vient de dire diffère de la pensée unique qui sévit…

La vie au Maroc est devenue dangereusement manichéenne ; le « non » ou le « boycott » en a été assimilé à un rejet du Roi…

Forcément, ce premier juillet, le Maroc n’a pas voté favorablement pour une constitution, mais a refait un serment d’allégeance à Mohamed VI. Ce n’était pas sensé être l’enjeu de ce référendum…

Rétroactes, par ordre chronologique:

- "Ce qui ne peut pas durer dans la constitution marocaine (I)";
- "Ce qui ne peut plus durer dans la constitution marocaine (II): la méconnaissance de la souveraineté populaire";
- "Ce qui ne peut plus durer dans la constitution marocaine (III): voici ce que je proposerai au sujet des langues";
- "Ce qui ne peut plus durer dans la constitution marocaine (IV): identité et citoyenneté";
- "Le pouvoir constituant au Maroc est le Roi (I): les espoirs déçus de 1962";
- "Le pouvoir constituant au Maroc est le Roi (II): le refus constant de l’assemblée constituante élue";
- "Le pouvoir constituant au Maroc est le Roi (III): des référendums constitutionnels aux résultats invraisemblables";
- "Le pouvoir constituant au Maroc est le Roi (IV): l’élaboration de la constitution se fait au Palais";
- "And now, Morocco";
- "J’adore la constitution cambodgienne";
- "Il s’honore, dit-il";
- "Deux jours avant le discours royal, Hamid Chabat parlait des révolutions arabes comme d’un complot sioniste";
- « la question n’est pas tant de savoir s’il faut craindre une contagion du printemps arabe au Maroc que celle de savoir s’il ne représente pas une opportunité pour le pouvoir »;
- "Les vieilles ficelles de la MAP";
- "Casablanca, le 13 mars 2011";
- "Réforme constitutionnelle: début du dialogue avec la société civile à Casablanca";
- "Le Maroc, une monarchie républicaine";
- "Un conseiller du Roi préside le « mécanisme de suivi » de la réforme constitutionnelle rédigé par une commission royale…";
- "Maroc: une révolution urgente et légitime";
- "Quand la police marocaine menace de mort un journaliste militant";
- "Morocco’s February 20th protest movement for dummies";
- "Analyse du mouvement du 20 février au Maroc";
- "Me Ziane est opposé à la réforme constitutionnelle";
- "Au Maroc, le boycott électoral est criminalisé";
- "Le boycott référendaire en droit marocain";
- "Le projet de Constitution révisée: que penser?";
- "Modalités de vote des MRE: une violation flagrante du Code électoral";
- "Conseils pratiques pour déjouer la fraude lors du référendum du 1er juillet";
- "Les Marocains des Hauts-de-Seine peuvent voter six fois (au moins)";
- "Le nihilisme et l’internationale monarchiste".

Réforme constitutionnelle: début du dialogue avec la société civile à Casablanca

La propagande des régimes arabes a ses constantes – toute contestation est le fruit d’un complot du Mossad en Egypte (du moins sous Moubarak), d’Al Qaïda en Libye (du moins selon le Guide suprême) ou du hizb frança en Algérie. Le makhzen a au Maroc eu une certaine difficulté à identifier le bouc-émissaire: on se rappelle tous du complot sionisto-khomeiniste qui était derrière les émeutes de 1984 selon feu Hassan II, des subversifs (qualificatif favori de Driss Basri), des nihilistes chers à Khalid Naciri, des agents séparatistes que Moncef Belkhayat voit derrière chaque manifestant du 20 février – et maintenant ce sont les vilains barbus et les vilaines bâchées d’Al adl wal ihsan qui tiennent lieu de grand complot judéo-maçonnique (on dirait islamo-fasciste en France aujourd’hui) version marocaine. Jugez-en:

Casablanca: dispersion d’une marche non-autorisée de la Jamaat Al Adl Wal Ihssan
Casablanca,13/03/11- Quelque cent éléments de la Jamaat Al Adl Wal Ihssan ont tenté d’organiser une marche non-autorisée, dimanche à Casablanca, mais ont été dispersés par les forces de l’ordre, a-t-on constaté sur place.

Les manifestants se sont rassemblés devant la Place de la poste et ont tenté d’entamer leur marche avec violence, en s’en prenant notamment aux forces de l’ordre et en faisant des blessés parmi ces derniers.

Ils ont été dispersés par les forces de l’ordre qui ont procédé également à plusieurs interpellations.

Aucune demande d’autorisation n’a été déposée pour cette marche, indique-t-on auprès des autorités locales.

Dernière modification 13/03/2011 13:21.
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Mine de rien, cette dépêche est un scoop explosif: Mohamed Bensaïd Aït Idder, légendaire ex-leader de l’OADP, Mohamed Sassi, membre dirigeant unanimement respecté du PSU et Mohamed Moujahid, secrétaire général du même PSU seraient donc des taupes islamistes. Mieux encore: le siège du PSU, sis Cité du Maréchal Ameziane (habitée par des familles de militaires, dont certaines auraient lancé des objets sur les manifestants) à un jet de pierre de Lycée al khansa, avenue Mers-Sultan, là où la répression policière dans toute sa violence s’est déployée, serait donc une madrasa clandestine, véritable pépinière d’égorgeurs salafistes chiites…

Certes, des centres de propagande chiito-sionistes ont bien tenté de faire croire qu’il y aurait eu une dizaine de blessés parmi les manifestants, mais le peuple marocain ne mangera pas de cette propagande-là… 

Voyez donc comment les forces de l’ordre ont dispersé les hordes djihadistes place Mohammed V, près du siège du PSU et du côté du la rue d’Agadir:

Les deux célèbres chioukhs salafistes Mohamed Sassi et Mohamed Hafid lancent un appel au jihad

 

Un policier gifle une journaliste assistant à la manifestation

 

Une autre gifle policère pour cette journaliste...

 

Le cheikh jihadiste Mohamed Bensaïd Aït Idder lance un appel à la lapidation des femmes adultères

 

L'insoutenable violence des manifestants

 

Les vieilles ficelles de la MAP

Classique: après un discours royal ou une initiative gouvernmentale, la MAP réussit toujours à trouvers un sénat latino-américain, un hebdomadaire portugais ou un think-tank étatsunien pour s’extasier sur le Maroc des potentialités et le génie d’un Roi et d’un peuple. Si vous croyiez qu’un discours royal présenté comme opérant une rupture absolue avec le passé allait déstabiliser ces professionnels chevronnés, vous en êtes pour vos frais.

Pour preuve, cette dépêche:

Discours de SM le Roi: un think tank américain met en avant un agenda de réforme politique "sérieux"

Washington, 11/03/11- SM le Roi Mohammed VI a donné un discours "impressionnant" dans lequel Il a annoncé un agenda "sérieux" de réformes politiques, souligne vendredi le Foreign Policy Research Institute (FPRI), un think tank américain basé à Philadelphie.

"Le Souverain marocain a donné un discours impressionnant dans lequel il s’est engagé à mettre en œuvre une batterie de réformes politiques et constitutionnelles profondes et sérieuses (…) tant et si bien que le peuple a qualifié cette démarche de +Révolution du Roi+", relève cet Institut de recherche, dans un article intitulé "La démocratie marocaine et l’avenir du Sahara".

A la lumière de la conjoncture particulière que connaissent certains pays du monde arabe, l’approche "novatrice" du Souverain vise ni plus ni moins "une séparation des pouvoirs, la consolidation des libertés individuelles et une distribution plus judicieuse de la gouvernance sur le territoire national", relève ce think tank.
Une feuille de route qui puise sa crédibilité des reformes déjà mises en œuvre

Soulignant la "forte adhésion" qu’a suscité le discours de SM le Roi, l’auteur de l’article, Ahmed Charai, membre du Conseil d’administration du Centre des études stratégiques internationales (CSIS, basé à Washington), affirme que les différents acteurs de la scène politique marocaine ont salué une feuille de route qui "tient compte de leurs revendications".

La feuille de route tracée par SM le Roi Mohammed VI puise sa crédibilité dans le vaste programme de réformes déjà mises en oeuvre depuis l’accession du Souverain au Trône, soutient le FPRI. "En effet, depuis 1999 des changements substantiels ont été introduits dans la gestion de la chose publique (…) avec la participation active, entre autres, d’anciens opposants au sein du gouvernement et de l’Institution législative".
Des reformes qui ne manqueront pas de changer l’essence même des négociations sur le Sahara

Le Souverain "a aussi initié la mise en place d’un réseau national d’institutions de la société civile dans le but d’encourager le leadership des forces vives de la Nation, promouvoir le rôle de la femme et améliorer la situation des plus démunis", rappelle cet Institut de recherche américain, qui cite aussi la création de l’Instance Equité et Réconciliation (IER), la première du genre dans le monde arabe, qui a pu solder le passif des violations passées des droits de l’Homme.

De telles réalisations ont valu au Maroc des "réactions élogieuses de la part de la communauté internationale et des Organisations des droits de l’Homme qui ont applaudi les efforts du Royaume visant à consolider les libertés individuelles", souligne-t-on dans ce contexte.

Après avoir mis en exergue le caractère "impressionnant" des réformes annoncées par le Souverain, le FPRI souligne que lesdites réformes ne manqueront pas de "changer l’essence et le contenu mêmes des négociations autour de la question du Sahara" sous l’égide des Nations unies.

En effet, explique l’auteur de l’article, la feuille de route prévoit une nouvelle configuration de gestion des affaires territoriales qui confère aux présidents des Conseils régionaux le pouvoir d’exécution des délibérations desdits Conseils.

Par conséquent, a-t-il fait remarquer, un Conseil élu dans la région du Sahara équivaudra "dans les faits" à une autonomie de cette partie du Royaume, "et ce avec ou sans règlement de la question du Sahara, qui, du reste, demeure tributaire d’un engagement des Etats-Unis et de l’Union européenne".
 Dernière modification 11/03/2011 16:53.
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Voilà donc un "think-tank" étatsunien ayant examiné dans ses moindres détails le discours royal et ausculté la réaction de l’opinion marocaine alors?

Bof. Tout d’abord, le FPRI n’est pas, et de loin, parmi les think-tanks les plus connus, généralement basés à Washington DC. Celui-ci se trouve à Philadelphia, et est marquée par un engagement musclé pour les intérêts du gouvernement étatsunien – le célèbre islamophobe Daniel Pipes en a fait l’éloge.

Ensuite, les déclarations citées ne sont pas issues de rapports, mais d’un simple article publié sur leur site, "MOROCCAN DEMOCRACY AND THE FUTURE OF THE SAHARA" (la MAP n’a bien évidemment pas donné le lien vers cet article), encore moins sourcées (pas de notes ou de liens) qu’un post de blog.

Et maintenant l’auteur de cet article: surprise, ce n’est pas Bernard Lewis, Juan Cole ou Marc Lynch, mais… un Marocain, Ahmed Charaï, dont les activités professionnelles sont surtout… au Maroc. Il dirige en effet le site d’actualités marocain très peu critique L’Observateur ainsi que la radio privée Med Radio et la société Maroc Télématique. Certes, il est également "advisory board member of the Center for Security and International Studies (CSIS)", un think-tank autrement plus connu et établi que le FPRI, mais il ne figure pas parmi la liste d’experts du CSIS.



Voilà donc la boucle bouclée: pour démontrer le soutien international dont bénéficie le discours royal sur la révision constitutionnelle, la MAP cite un article publié sur Internet par un homme de médias marocain associé de manière plutôt périphérique à un think-tank étatsunien de second ordre.

Du beau travail, non?

La propagande de l’OTAN encore pire que celle du makhzen

La propagande de l’OTAN et des puissances qui la composent s’est souvent distinguée par une certaine habileté, la rendant souvent indistinguable de ce qui tient de discours médiatique, discours perçu souvent comme neutre. On se rappelle de la virtuosité avec laquelle l’agression illégale de la Serbie en 1999 avait été présentée par l’habile porte-parole de l’OTAN, le Britannique Jamie Shea. Le contraste avec la propagande du makhzen n’en a souvent été que cocasse – de la nationalité brésilienne d’Abraham Serfaty aux clowneries de Khalid Naciri en passant par la langue de bois en chêne massif de la MAP

The capital of war-torn Afghanistan is "probably safer" for children than New York City or London, says NATO’s top civilian representative in Kabul, despite Afghanistan being in the midst of a nine-year war.

Mark Sedwill made his original comments on a BBC children’s program airing today, responding to comments from Afghan children who said they were fearful of explosions.

“In Kabul and the other big cities, actually there are very few of those bombs. The children are probably safer here than they would be in London, New York, or Glasgow or many other cities. Most children can go about their lives in safety. It’s a very family-oriented society,” he said. (Christian Science Monitor)

On ignore si la fille de Mark Sedwill va à l’école à Kaboul…

Les armes de destruction massive de Saddam Hussein trouvées sur les bateaux de la flottille humanitaire pour Gaza

Sur la page Flickr du ministère israëlien des affaires étrangères on trouve des preuves irréfragables du terrorisme des islamo-gauchistes cannibales, pédophiles et anti-sémites embarqués sur les six navires de la flottille pour Gaza. Je vous préviens: les photos sont d’une violence insoutenable.

Exhibit A: des gilets pare-balle

Selon l'armée israëlienne, ce sont des armes

Petit problème: deux commentateurs, sans doute anti-sémites, font gentiment remarquer sous la photo ci-dessus qu’elle date de février 2006:

Blue says: In addition, IsraelMFA has to be careful with the date settings of their cameras! This picture looks like it was taken on Feb 7, 2006.. Wth?

goplayer2008 says:
EXIF data

Date and Time (Modified): 2010:06:02 10:37:58
YCbCr Positioning: Co-sited
Exposure Program: Aperture-priority AE
Date and Time (Original): 2006:02:07 04:49:57
Date and Time (Digitized): 2006:02:07 04:49:57

Exhibit b: une hache

Ceci est une arme de destruction massive

Je vous le demande, a-t-on jamais vu une hache sur un bateau?

Un autre commentateur, sans doute aussi anti-sémite, fait remarquer que la photo est datée de 2003:

Embra says:
Tiff data: Taken on January 1, 2003. Oops!

L’escalade dans l’horreur se poursuit – exhibit C: des sprays au poivre.

Futés ces Turcs pour utiliser des sprays au poivre toujours sous emballage

La haine de l’Autre atteint son paroxysme dans les commentaires:

deepvisual says:
wow
they managed to use them while they were still in their wrappers… damn those Turks are clever..
Posted 3 hours ago.

Embra says:
Tiff data: Taken on January 1, 2003.
Posted 53 minutes ago.

docteur_nic says:
My mom must be a turrurrist. She used to carry one of those in her purse.
Posted 45 minutes ago.

Je vous avais avertis: ce post n’est pas pour personnes sensibles. Voilà donc l’exhibit D: un keffieh, des couteaux de cuisine, un drapeau saoudien et des CD-roms.

Ne vous évanouissez pas tout de suite, car voici l’exhibit E: une scie électrique (sur un bateau! vraiment, ces terroristes islamo-gauchistes ne respectent plus rien).

Une scie électrique, arme de guerre

Un commentateur anti-sémite verse encore une fois dans le négationnisme:

barneygale says:
Hi. Just to confirm that the EXIF metadata points to this photo being taken in 2006:

barney@benchwood:~$ identify -verbose farm5.static.flickr.com/4047/4662965686_a91f8 bab2e_o_d.jpg | grep Date
exif:DateTime: 2010:06:02 10:38:47
exif:DateTimeDigitized: 2006:02:07 05:52:19
exif:DateTimeOriginal: 2006:02:07 05:52:19

Encore un petit effort, car voici l’exhibit F: des équipements de vision nocturne, dont chacun sait qu’ils ne sont d’aucune utilité sur un bateau naviguant en haute mer.

Attention: arme de guerre!

Le pédophile cannibale anti-sémite que je suis ne peut s’empêcher de relever la date de la photo originale:

Date and Time (Original): 2006:02:07 05:20:56
Date and Time (Digitized): 2006:02:07 05:20:56

Enfin, la preuve reine, un couteau pliable dont la lame doit faire la longueur d’un pouce, arme redoutable contre des commandos de marine armés d’armes à feu:

Si avec tout ça vous ne parvenez pas à vous convaincre du bien-fondé de l’intervention israëlienne, c’est à en désespérer de l’humanité.

PS: Dépêchez-vous de visiter cette page Flickr, mon petit doigt me dit que certaines photos seront retirées prochainement…

Le terroriste qui mourut deux fois

La Global war on terror de Bush, continuée avec entrain sous Obama, va de succès en succès. Le dernier en date: la deuxième mort d’Abou Ayoub al Masri, pseudonyme d’un leader présumé d’Al Qaeda en irak, déjà donné mort en 2006 par l’armée étatsunienne:

The announcement by Iraqi Prime Minister Nouri al Maliki that the two top leaders of al Qaeda in Iraq have been killed after a very long manhunt was greeted by many al Qaeda watchers with skepticism. The Iraqi government and the American military have claimed to have killed Abu Ayub al Masri, the Egyptian leader of al Qaeda in Iraq, more than once in the past. Abu Omar al Qureshyi al Baghdadi, the leader of al Qaeda’s self proclaimed Islamic State in Iraq has also been reported dead or captured several times in the last few years. At other times the U.S. military has claimed he is not a real person but an invented one, a fictional leader of a fictional state. (Bruce Riedel, Brookings Institution)

L’actualité marocaine le 19 février 2010 selon la MAP

Comme vous, lorsqu’il se passe quelque chose d’important au Maroc, mon premier réflexe est de me précipiter sur le site de la MAP. Ce vendredi, dans ces heures dramatiques, j’avoue ne pas avoir été déçu. Voici dans, dans l’ordre décroissant d’importance, les informations nationales sélectionnées pour nous par notre service public d’informations:

1. SM le Roi reçoit le président de la Guinée équatoriale

2. SM le Roi Amir Al Mouminine accomplit la prière du vendredi à la mosquée Omar Ibn Al Khattab à Tétouan:

SM le Roi Amir Al Mouminine accomplit la prière du vendredi à la mosquée Omar Ibn Al Khattab à Tétouan

3. SAR le Prince Héritier Moulay El Hassan effectue une visite au SIEL:

SAR le Prince Héritier Moulay El Hassan effectue une visite au SIEL

Pour le reste, juste quelques faits divers.

Descartes n’est pas marocain, Socrate, si*

La preuve:

Réunion préparatoire à Fès du congrès constitutif de l’Union internationale de soutien au projet d’autonomie au Sahara marocain

Fès, 09/01/10 – Une réunion préparatoire du congrès constitutif de "l’Union internationale de soutien au projet d’autonomie au Sahara marocain" a eu lieu, samedi à Fès, en présence des membres de la commission préparatoire et d’un public nombreux.

Après une réunion similaire tenue samedi dernier à Laâyoune, d’autres rencontres sont prévues dans différentes villes du Royaume notamment à Oujda, a affirmé M. Mohamed Socrate, président de la commission préparatoire du congrès, programmé pour le 23 janvier à Rabat.

Cette initiative a notamment pour objectif de faire participer les membres de la société civile à la recherche d’une solution définitive à la question du Sahara marocain, qui fait l’unanimité nationale, a-t-il souligné.

Il est temps d’agir pour permettre à la diplomatie de la société civile de jouer pleinement son rôle en complément de la diplomatie officielle dans le but de faire face aux campagnes orchestrées par les réseaux associatifs des adversaires de l’intégrité territoriale du Royaume, a-t-il ajouté.

Le projet d’autonomie proposé par le Maroc est en avance par rapport à d’autres projets similaires défendus dans d’autres pays, a-t-il poursuivi.

Pour sa part, M. Al Mamoun Issalmou, coordonnateur de la commission préparatoire du congrès constitutif de l’Union dans les provinces du sud, a salué cette initiative qui aura le mérite d’apporter son soutien au projet d’autonomie, sans négliger les autres chantiers ouverts dans le pays relatifs notamment aux droits de l’Homme, à la régionalisation et à la démocratie.

Il s’est également arrêté sur les violations des droits de l’Homme dans les camps de Lahmada, estimant qu’il est temps d’agir pour aider les séquestrés de Tindouf à regagner leur pays,le Maroc.

Dernière modification 10/01/2010 11:20.
©MAP-Tous droits réservés

Une petite remarque sur le fond: voilà donc une union internationale créée au Maroc et dont le président du congrès préparatoire est marocain. Ce président dit que "cette initiative a notamment pour objectif de faire participer les membres de la société civile à la recherche d’une solution définitive à la question du Sahara marocain, qui fait l’unanimité nationale" – bref, l’objectif de cette Union internationale créée au Maroc par des Marocains est de faire participer les Marocains à la solution d’une question qui fait l’unanimité nationale au Maroc…

Est-ce un résumé fidèle ou ai-je raté quelque chose?

*Le titre fait référence à l’ouvrage de Philippe Brachet, "Descartes n’est pas marocain".

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