« Personne dans le monde ne comprendrait que l’Allemagne interdise à ces concitoyens juifs de circoncire leurs garçons »

Je me suis toujours étonné que la question de la circoncision des garçons ne soit pas entrée plus tôt dans le Kulturkampf livrant les tenants d’une laïcité à la française (qui s’est largement exportée depuis) et les musulmans vivant en Occident. La laïcité à la française c’est cette forme de séparation de l’Eglise et de l’Etat qui:

  1. veut une séparation radicale – mais à sens unique, cf. point 3 ci-dessous – des deux s’agissant du culte musulman;
  2. adopte une séparation pragmatique et flexible s’agissant des cultes juif et chrétiens (financement public des écoles confessionnelles, financement de la rénovation ou réfaction des églises, temples et synagogues existant en 1905, régime du concordat maintenu en Guyane et Alsace-Moselle, protection des chrétiens d’Orient, jours fériés catholiques, etc);
  3. entend la séparation radicale décrite au point 1 comme concernant les rapports du culte musulman aux pouvoirs publics, mais pas comme ceux des pouvoirs publics au culte musulman, lesquels pouvoirs publics peuvent se permettre immixtions diverses et variées dans ledit culte (cf. organisation et élection du Conseil français culte musulman, CFCM);
  4. fait une distinction contra legem (cf. articles 25 et 27 de la loi du 9 décembre 1905, article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, qui a valeur constitutionnelle, l’article 9 de la Convention européenne de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales et l’article 18 du Pacte international des droits civils et politiques) entre la manifestation d’opinions ou pratiques religieuses dans la sphère privée, la seule qui serait légitime, et son interdiction dans la sphère publique (particulièrement pour l’islam – nul ne songe à interdire processions catholiques ou prières publiques catholiques sur la voie publique, même très polémiques);
  5. et qui restreint la pratique religieuse au nom de la liberté religieuse.

On a vu le voile, la viande halal, les piscines non-mixtes mais bizarrement pas  la circoncision des garçons, pratique religieuse musulmane (commune aux juifs, tout comme l’abattage rituel). C’est bizarrement dans des pays pratiquant plutôt la neutralité religieuse de l’Etat que la question a été débattue publiquement: en Suède et en Norvège, des débatteurs ont ainsi demandé l’interdiction de la pratique de la circoncision masculine sur des mineurs, au nom des droits de l’enfant, la circoncision étant vue comme une forme de mutilation. Il est vrai que des incidents dramatiques ont eu lieu, de jeunes garçons musulmans circoncis par des circonciseurs non-qualifiés et ayant eu des séquelles, allant dans quelques cas jusqu’à la mort.

En Suède, la loi (2001:499) sur la circoncision des garçons a ainsi été adoptée en 2001, et réglemente la circoncision qui ne peut être effectuée que par un médecin (une exception étant faite pour les mohels juifs, qui peuvent circoncire des garçons de moins de deux mois) – cette loi semble faire un accommodement raisonnable entre le désirs des parents de circoncire leur fils pour des motifs religieux et les droits de l’enfant à la santé et à la vie, en mettant la circoncision sous contrôle médical. Paradoxalement, la France laïque et un brin islamophobe n’a pas – encore – sauté sur l’occasion pour en faire un débat de société propice à susciter une belle unanimité contre les musulmans de France (le fait que cette pratique concerne aussi les juifs n’est pas vraiment un argument, si on considère le débat sur l’abattage rituel lors de la campagne présidentielle cette année).

De même en Allemagne: les cultes y sont reconnus, et un impôt ecclésiastique y est prélevé sur les revenus des membres des cultes reconnus (comme en Suède d’ailleurs). Mais récemment, un tribunal de Cologne a jugé (cf. le jugement intégral ici) qu’une circoncision sur un mineur était constitutive d’une atteinte à son intégrité corporelle ne pouvant être justifiée par des motifs religieux. Ce jugement d’un tribunal inférieur, dont la valeur de précédent est plus que limitée, a suscité un tollé auprès des milieux juifs et musulmans – appuyés en cela par l’Eglise catholique – et a causé la consternation du gouvernement chrétien-démocrate (CDU/CSU) & libéral (FDP) d’Angela Merkel. Le fait que les juifs soient touchés n’est bien évidemment pas étranger à la position du gouvernement et du parlement allemands de se prononcer en faveur de la circoncision religieuse – après tout, même sous le nazisme cette pratique ne fut pas interdite…

Mais les propos du ministre allemand des affaires étrangères Guide Westerwelle (FDP) doivent être soulignés:

« La résolution démontre que nous vivons dans un pays tolérant et cosmopolite. Personne dans le monde ne comprendrait que l’Allemagne interdise à ces concitoyens juifs de circoncire leurs garçons » (L’Express)

Sincèrement, que feraient les musulmans d’Europe sans les juifs pour défendre l’abattage rituel et la circoncision?

A lire sur le sujet: « Circoncision pour motifs religieux: Le prépuce de la discorde » de Céline Fercot, qui passe notamment en revue la jurisprudence française sur la question.

Amelia Andersdotter, députée du Parlement européen: « les leaders de l’Union européenne auraient pu empêcher la crise en Tunisie »

Amelia Andersdotter est l’unique députée européenne de Piratpartiet, le Parti pirate suédois, dont le programme est axé sur la défense de la liberté numérique. Présente et active sur Twitter, où elle interagit avec les autres tweepers, elle a suivi l’évolution de la situation en Tunisie, de la censure sur Internet aux massacres des derniers jours. Elle vient de publier une tribune en suédois – « EU:s ledare hade kunnat förhindra krisen i Tunisien » – sur le site de la télévision publique suédoise. En voici une traduction française par mes soins.

Les leaders de l’Union européenne auraient pu empêcher la crise en TunisieSveriges Television, 9 janvier 2010

La crise en Afrique du Nord: L’Union européenne a, selon ses traités fondamentaux, le devoir d’utiliser la politique commerciale aux fins d’encourager les droits de l’homme dans d’autres pays. Pour la parlementaire européenne Amelia Andersdotter, la balle est désormais dans le camp de Carl Bildt et ses collègues d’autres Etats membres – il faut aider les militants des droits de l’homme par le biais de sanctions commerciales.

L’immolation par le feu d’un étudiant tunisien à la fin du mois de décembre dernier a déclenché de fortes protestations en Tunisie contre le chômage et la violence du régime. Contrairement à des mouvements de protestations antérieurs qui impliquaient surtout des travailleurs, ces manifestations touchent une grande partie de la population. Des activistes numériques qui se battent contre la censure et pour la liberté d’expression ont agi et obtenu de l’aide d’un collectif international d’activistes qui a neutralisé ou hacké les sites Internet du gouvernement.

La dictature a répondu par la police militaire, et hier plusieurs avocats ont été placés en détention. En Europe, la couverture médiatique d’envergure ne date que de quelques jours. Jusque là les informations étaient éparses mais elles figurent maintenant dans les principales sources médiatiques de l’Union européenne. Suite peut-être à cette couverture médiatique, le régime a répondu par la détention de nombreux bloggeurs et activistes des droits de l’homme. Des bloggeurs et des activistes des droits de l’homme avaient bien entendu été arrêtés et torturés avant, mais probablement pas à une telle échelle.

Environ 20% des Tunisiens sont connectés à Internet. L’infrastructure est bien développée et les coûts d’abonnement sont parmi les moins élevés d’Afrique du Nord. Si la couverture médiatique en Europe est une bonne chose, ça n’est pas suffisant. L’Union européenne a, en vertu de ses traités fondamentaux, le devoir d’utiliser sa politique commerciale pour encourager les droits de l’homme dans d’autres pays. Mais comme pour la Chine, la probabilité que cette méthode effective d’exercer des pressions contre des régimes nord-africains soit mise en oeuvre est très faible. France Télécom et Orange sont des acteurs importants sur le marché des télécommunications tunisien. La France a également décidé l’année dernière de tenter d’augmenter ses exportations d’armes vers la dictature libyenne. Selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) et le Peace Research Institute Oslo (PRIO), la France est un des plus grands exportateurs d’armes vers la Tunisie. Malheureusement, la politique commerciale d’une des principales économies européennes, un pays fondateur de l’Union européenne qui plus est, a efficacement bloqué toute sanction commerciale contre la Tunisie.

La Commission européenne, qui a repris la majeure partie des responsabilités en matière de politique commerciale de l’Union européenne, est néanmoins soumise aux décisions des Etats membres au sein du Conseil des ministres. Le commissaire européen au commerce Karel de Gucht et le président de la Commission José Manuel Barroso peuvent néanmoins émettre des souhaits sur le contenu de la politique commerciale européenne. Les parlementaires européens et nationaux le peuvent aussi.

La balle est cependant dans le camp de Carl Bildt et ses collègues d’autres Etats membres. Avons nous des garanties pour que le gouvernement suédois fasse tout en son pouvoir pour suivre les traités fondamentaux de l’Union européenne et aider les activistes tunisiens des droits de l’homme?

Amelia Andersdotter, parlementaire européen (pp)

Quelques brefs commentaires:

  • Amelia Andersdotter est l’une des deux parlementaires européens, avec la Néerlandaise Marietje Schaake, à demander des actes de l’Union européenne face à la sanglante répression en Tunisie;
  • si le Parti pirate a initialement surtout suivi la censure numérique en Tunisie, le ton est désormais plus général et touche toutes les atteintes aux droits de l’homme;
  • s’agissant des sanctions commerciales, il faut préciser que la politique commerciale commune de l’Union européenne est une compétence exclusive de l’UE et non des Etats membres (cf. articles 3.1.e) et du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne)- ceux-ci ne peuvent mener leur propre politique commerciale;
  • la France est citée et visée, mais elle n’est pas la seule à soutenir le régime tunisien – l’Italie, qui a de très importants intérêts économiques et migratoires en Tunisie n’est pas non plus en pointe sur le dossier des droits de l’homme en Tunisie;
  • la baronne Ashton, Haut représentant de l’Union européenne, a ponddu un communiqué sur la « situation » en Tunisie ce 10 janvier, trois semaines après le début de l »insurrection populaire;

Enfin, rappelons l’existence de l’Accord d’association entre la Tunisie et l’Union européenne:

Article 2

Les relations entre les parties, de même que toutes les dispositions du présent accord, se fondent sur le respect des principes démocratiques et des droits de l’homme qui inspirent leurs politiques internes et internationales et qui constituent un élément essentiel de l’accord.

(…)

Article 90

1. Les parties prennent toute mesure générale ou particulière nécessaire à l’accomplissement de leur obligations en vertu du présent accord. Elles veillent à ce que les objectifs fixés par le présent accord soient atteints.

2. Si une partie considère que l’autre partie n’a pas rempli l’une des obligations que lui impose le présent accord, elle peut prendre des mesures appropriées. Auparavant elle doit, sauf cas d’urgence spéciale, fournir au Conseil d’association toutes les informations pertinentes nécessaires à un examen approfondi de la situation en vue de rechercher une solution acceptable par les parties.

Le choix doit porter par priorité sur les mesures qui perturbent le moins le fonctionnement du présent accord. Ces mesures so
nt notifiées immédiatement au Conseil d’association et font l’objet de consultations au sein de celui-ci à la demande de l’autre partie.

De même, l’assistance financière de l’Union européenne à la Tunisie – 540 millions d’€ de 2007 à 2013 – peut être suspendue en vertu du réglement 1638/2006 du 24 octobre 2006 arrêtant des dispositions générales instituant un instrument européen de voisinage et de partenariat:

Article premier
Objet et domaine d’application
1. Le présent règlement crée un instrument de voisinage et de partenariat destiné à fournir une assistance communautaire en vue de l’établissement d’une zone de prospérité et de bon voisinage couvrant l’Union européenne ainsi que les pays et territoires énumérés à l’annexe (ci-après dénommés «pays partenaires»).
2. L’assistance communautaire est mise en oeuvre au profit des pays partenaires. L’assistance communautaire peut être mise en oeuvre dans l’intérêt commun des États membres et des pays partenaires et de leurs régions, dans le but de promouvoir la coopération transfrontalière et transrégionale définie à l’article 6.
3. L’Union européenne se fonde sur les valeurs que sont la liberté, la démocratie, le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’État de droit, et cherche à promouvoir ces valeurs auprès des pays voisins au travers du dialogue et de la coopération.

Article 28
Suspension de l’assistance communautaire
1. Sans préjudice des dispositions relatives à la suspension de l’aide établies dans les accords de partenariat et de coopération et dans les accords d’association conclus avec les pays et régions partenaires, lorsque les principes visés au titre I, article 1er, ne sont pas respectés par un pays partenaire, le Conseil, statuant à la majorité qualifiée sur proposition de la Commission, peut prendre toutes mesures appropriées au regard de toute aide communautaire accordée au pays partenaire au titre du présent règlement.
2. Dans ce cas, l’assistance communautaire est utilisée avant tout pour venir en aide aux acteurs non étatiques, pour des mesures en faveur des droits de l’homme et des libertés fondamentales et des mesures de soutien au processus de démocratisation dans les pays partenaires.

Enfin un regard lucide sur Millenium de Stieg Larsson


J’ai lu comme tout le monde la trilogie Millenium, de l’auteur suédois Stieg Larsson. Contrairement à beaucoup, je n’ai pas été follement subjugué. Si j’ai lu la trilogie en quelques jours, c’est parce que c’est également ce que je fais avec les rares polars que je lis – ils se lisent vite, et je les lis en vacances. Le style n’a rien d’extraordinaire – on est loin de la prose célinienne d’un James Ellroy par exemple, les personnages ne sont guère crédibles (une Lisbeth Salander n’ayant pas fait le lycée, parlant couramment l’anglais, et se sortant d’un trou avec une balle dans la tête pour revenir tuer son père à la hache) et les intrigues contiennent des failles même si elles tiennent la route. Mon verdict donc: de bons romans policiers, sans plus. Rien à voir avec le duo suédois Maj Sjöwall & Per Wahlöo, ou le Suédois Leif G W Persson, ou encore James Ellroy, Ray Chandler, Georges Simenon, Patricia Highsmith, Dashiel Hammett ou mes favoris – Janwillem van de Wetering et Nicolas Freeling. Les livres sont captivants, mais c’est passager, et la platitude relative des personnages et des dialogues est une lacune – John Grisham est bien meilleur à cet égard.

Je préfère le journaliste Stieg Larsson – avant qu’il ne devienne célèbre à titre posthume, j’achetais régulièrement le magazine anti-raciste et anti-fasciste qu’il avait créé, Expo, et ai acheté et lu un de ses ouvrages sur l’extrême-droite suédoise, « Extremhögern » (« L’extrême-droite« ).

D’où ma satisfaction de voir que je ne suis pas le seul à avoir des réserves à l’égard de son style – « Man of Mystery
Why do people love Stieg Larsson’s novels?
« :

However much the book was revised, it should have been revised more. The opening may have been reworked, as Gedin says, but it still features an episode—somebody telling somebody else at length (twelve pages!) about a series of financial crimes peripheral to the main plot—that, by wide consensus, is staggeringly boring. (And, pace Gedin, it is preceded by a substantial description of a flower.) Elsewhere, there are blatant violations of logic and consistency. Loose ends dangle. There are vast dumps of unnecessary detail. When Lisbeth goes to IKEA, we get a list of every single thing she buys. (“Two Karlanda sofas with sand-colored upholstery, five Poäng armchairs, two round side tables of clear-lacquered birch, a Svansbo coffee table, and several Lack occasional tables,” and that’s just for the living room.) The jokes aren’t funny. The dialogue could not be worse. The phrasing and the vocabulary are consistently banal. (Here is Lisbeth, about to be raped: “Shit, she thought when he ripped off her T-shirt. She realized with terrifying clarity that she was out of her depth.”) I am basing these judgments on the English edition, but, if this text was the product of extensive editing, what must the unedited version have looked like? Maybe somebody will franchise this popular series—hire other writers to produce further volumes. This is not a bad idea. We’re not looking at Tolstoy here. The loss of Larsson’s style would not be a sacrifice.

Pour les films tirés de la trilogie, la version suédoise est très bonne, plus noire et captivante que les livres – l’actrice suédoise Noomi Rapace incarne parfaitement l’héroïne Lisbeth Salander. Pour une fois, on peut donc dire « attendez voir le film »…

Rétroactes:

- Stieg Larsson, auteur de Millenium et agent du makhzen chauvin et compradore

Le syndicat suédois des dockers décide d’un blocus à l’encontre de cargaisons et navires israëliens

Armes de destruction massive à destination de Gaza

Certains se demandent comment réagir au bain de sang du Mavi Marmara ce lundi. Svenska hamnarbetarförbundet, le syndicat suédois des dockers, apporte un début de réponse: ce syndicat a décidé d’un blocus à l’encontre des navires et produits israëliens du 15à 00.00 heure au 24 juin à 24.00 heure. Le motif:

Skälet till blockaden är det exempellösa kriminella överfallet på den fredliga fartygskonvojen Ship to Gaza. Ett flertal fredsaktivister mördades av israeliska kommandosoldater och övriga deltagare internerades utan någon som helst grund.

Svenska Hamnarbetarförbundet, som stödjer Ship to Gaza, vill med åtgärden protestera mot staten Israels folkrättsliga övergrepp mot en konvoj med fredsaktivister och materiella förnödenheter till den p.g.a. en likaså folkrättslig blockad lidande befolkningen i Gaza.

Svenska Hamnarbetarförbundet kräver att de för övergreppet ansvariga ställs inför rätta, att folkrätten respekteras av staten Israel och att blockaden av Gaza omedelbart hävs.

Svenska Hamnarbetarförbundet vill uppmana andra fackförbund och övriga organisationer att ta liknande initiativ och uppmanar till en allmän blockad av israeliska varor till dess det palestinska folkets rättigheter tillgodosetts i allmänhet och i synnerhet att blockaden av Gaza hävts.

traduction: La raison du blocus est l’agression criminelle inqualifiable sur le convoi pacifique de navires Ship to Gaza. De nombreux activistes pacifistes ont été assassinés par des soldats commandos israëliens et les autres participants à l’action ont été internés sans raison.

La Fédération suédoise des dockers, qui soutient Ships to Gaza, veut par cette mesure protester contre la violation du droit international par Israël du fait de l’attaque contre un convoi de pacifistes apportant des produits de première nécessité à la population de Gaza, qui subit un blocus tout aussi contraire au droit international.

La Fédération suédoise des dockers exige que les responsables de cette agression soient traduits en justice, qu’Israël respecte le droit international et que le blocus de Gaza soit levé.

La Fédération suédoise des dockers appelle d’autres syndicats et d’autres organisations à prendre des initiatives similaires et appelle à un blocus général des produits israëliens jusqu’à ce que les droits du peuple palestinien soient respectés, et en particulier la levée du blocus de Gaza.

Le communiqué indique les personnes de contact pouvant être contactées par la presse.

Si vous avez des informations sur d’autres initiatives de ce type, émanant de syndicats ou d’autres associations, impliquant un blocus, un boycott, un désinvestissement ou des sanction à l’encontre d’Israël, merci de donner des indications dans les commentaires.

Tänka fritt är stort men tänka rätt är större*

La critique du multiculturalisme est la mode dominante même dans des pays autrefois classés dans ce courant, de par leurs pratiques institutionnelles et politiques en matière de politique minoritaire. Mais il est parfois difficile de pratiquer cette critique à juste escient, comme le prouve cet article (en suédois, désolé) de l’universitaire Pernilla Ouis consacré à la critique du multiculturalisme, de Michel Foucault, de la lutte contre l’islamophobie et de pas mal d’autres choses.

Pernilla Ouis quand elle était musulmane

Un mot sur Pernilla Ouis: Suédoise convertie à l’islam, elle a porté le voile pendant près de vingt ans, avant de l’enlever suite à son divorce en 2008 (elle s’explique ici ). Elle a progressivement perdu la foi et se décrit désormais comme « désislamisée« .

 

Tout n’est pas à jeter dans cet article, qui marque quelques points, notamment sur la notion de diffamation des religions soulevée par certains gouvernements d’Etats musulmans, mais plusieurs erreurs factuelles affaiblissent nécessairement son raisonnement:

Elle affirme pour commencer que Michel Foucault serait le Dieu des sciences sociales suédoises:

« Foucault är Gud i den svenska universitetsvärlden, inte profet, utan Gud fader själv. Inom socialvetenskaperna är det han som banat vägen för det kritiska tänkandet kring hur språket formar våra sociala praktiker, hur makten förtrycker de avvikande med sina normalitetsnormer och uteslutningsmekanismer. Foucault är far till det postmoderna tänkandet och diskursanalysen. Varje student som aspirerar på högre studier måste begripa hans storhet och förhålla sig till hans tankar. Att kritisera dem är en omöjlighet i den akademiska världen« .

« Foucault est le Dieu du monde universitaire suédois, pas prophète, mais Dieu le Père lui-même. Dans les sciences sociales c’est lui qui a tracé la voie pour la pensée critique autour de la manière dont le langage donne forme à nos pratiques sociales, comment le pouvoir oppresse les déviants avec sa normativité et ses mécanismes d’exclusion. Foucault est le père de la pensée post-moderne et de l’analyse du discours. Chaque étudiant qui aspire à de hautes études doit comprendre sa grandeur et se positionner par rapport à sa pensée. La critiquer est impossible dans le monde académique« 

Pas mal d’affirmations, mais aucune preuve de ce qu’elle affirme. Sans être spécialiste de la question, je me permets de douter des brigades de commissaires politiques qu’elle décrit, imposant leur orthodoxie dans un monde académique suédois acquis au postmoderne par l’effet d’une épuration idéologique. Si la pensée foucaldienne a du succès, c’est sans doute pour des raisons intrinsèques, liées à la persuasion intellectuelle de ses éléments fondamentaux. D’autre part, on pourrait objecter quant à la fixation de l’auteur sur Foucault – d’autres auteurs du même courant ont été influents, le courant marxiste ou marxisant (par exemple autour de Göran Therborn ou de Torbjörn Tännsjö) également, sans compter l’influence de Bourdieu (qui n’était ni post-moderne ni marxiste) ou l’école positiviste (Axel Hägerström surtout, toujours très influente parmi les juristes). Bref, du journalisme d’opinion classique, de l’éditorialisme comme on dit en France.

Deuxième point, plus factuel encore. Pernilla Ouis s’attaque à Andreas Malm, journaliste à l’hebdomadaire anarcho-syndicaliste Arbetaren (« Le travailleur« ), ayant couvert notamment l’Iran. Il a sorti en 2009 un ouvrage ayant fait couler beaucoup d’encre en Suède, consacré à l’islamophobie en Suède, « Hatet mot muslimer » (« La haine des musulmans« ). Pernilla Ouis s’irrite au plus haut point du socialisme affiché de Malm et de sa sympathie pour le Hezbollah (il avait publié une tribune le 1er août 2006 dans le quotidien linéral Expressen intitulé « Därför ska vi stödja Hezbollah » – « Voilà pourquoi nous devons soutenir le Hezbollah« ) et pour le FPLP de feu Georges Habache: comment ne peut-il ne pas savoir que les musulmans sont soit des chômeurs, soit des entrepreneurs, réactionnaires et conservateurs, s’insurge-t-elle. Puis elle s’avance en territoire miné – le Moyen-Orient, what else?

Malm har tidigare hävdat att han stödjer Hizbollah, eftersom en seger för dem ”producerar det mest önskvärda resultatet” (Malm i Expressen: ”Därför ska vi stödja Hizbollah”, 1 augusti 2006). Samtidigt hade Malm på sig en tröja till stöd för den marxistiskt-leninistiska gruppen Folkfronten för Palestinas Befrielse (PFLP) under denna debatt, en ståndpunkt samma Hizbollah-anhängare hade kunnat mörda honom för. (Expressen)

Malm a précédemment affirmé qu’il soutenait le Hezbollah, une victoire pour eux « produisant le résultat le plus souhaitable » (Malm dans Expressen; ”Därför ska vi stödja Hizbollah”, 1er août 2006). En même temps Malm portait un t-shirt soutenant le groupe marxiste-léniniste Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) pendant ce débat, un point de vue pour lequel un supporter du Hezbollah aurait pu l’assassiner. (Expressen)

Ce serait intéressant si c’était vrai. Mais l’Orient compliqué le demeure même pour quelqu’un ayant porté le voile pendant vingt ans. Voici en effet la réalité des liens entre le FPLP et le Hezbollah – des liens de camaraderie entre mouvements de résistance:

  • le FPLP a adressé un message de félicitations au Hezbollah pour saluer le troisième anniversaire de la « victoire » de 2006;
  • la chaîne de télévision du Hezbollah, Al Manar TV, a diffusé des reportages soutenant clairement les opérations de résistance militaire des brigades Abou Ali Mustafa, bras armé du FPLP;
  • le Hezbollah a mené des actions de résistance militaire avec la branche armée du Parti communiste libanais, tandis que le FPLP en a mené avec les branches armées du Hamas et du Jihad islamique: « De même, on imagine-ra les laïcs comme forcément persécutés par les intégristes musulmans. Vrai dans cer-tains cas, cette assertion se révèle fausse dans d’autres. Il faut alors comprendre par exemple comment le Parti communiste libanais noue des alliances avec le Hezbollah, ou comment le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) marxiste travaille souvent avec le Hamas ou le Djihad islamique, et se laisser interroger politiquement et méthodologiquement par ces nouvelles réalités » (Mouvements);
  • dans le même sens: « Marie Nassif-Debs, membre du PCL, affirme sans hésitation que le parti considère « le Hezbollah comme un parti de résistance, faisant parti d’un mouvement de libération nationale sur le plan national et arabe »[12], tandis que le FPLP confirme qu’entre le Hamas et lui-même il y a des similitudes comme le soutien à la résistance, la coordination des forces de sécurité palestinienne avec l’armée israélienne, mais également leur opposition aux accords d’Oslo, à la Feuille de Route et au piège des négociations de paix » (Café Thawra);
  • enfin: « Des cadres progressifs de discussion vont dès lors se créer entre nationalistes, marxistes, et islamistes, par exemple la Fondation Al-Quds, à leadership islamiste, et tout particulièrement la Conférence nationaliste et islamique lancée en 1994 à l’initiative du Centre d’études pour l’unité arabe (CEUA) de Khair ad-Din Hassib, situé à Beyrouth, qui se réunit tous les quatre ans, destinée à trouver des points d’accords tactiques et/où stratégiques, et à redéfinir les liens, même et y compris d’un point de vue idéologique entre la gauche, le nationalisme et l’islamisme . Le CEUA a ainsi tenu, en mars 2006 et janvier 2009, à Beyrouth, des Conférences générales arabe de soutien à la résistance, où les principales directions des organisations nationalistes, marxisantes et islamistes (notamment le Hamas et le Hezbollah) étaient fortement représentées. Près de 400 délégués issus de la gauche mondiale et du mouvement altermondialiste étaient présent à ces conférences. Ce rapprochement entre les divers groupes est permis par la centralité de la lutte contre Israël, l’interventionnisme américain dans la région, notamment l’Iraq, et la question démocratique. La collaboration va dès lors de se développer sur le champ politique, et même sur le champ militaire en Palestine et au Liban » (Café Thawra).

Et je me suis arrêté à ces deux points-là, relativement factuels de l’argumentation de Pernilla Ouis. Et on comprend comment le reste du raisonnement ne peut qu’être fallacieux: si une vision nuancée et paradoxale des phénomènes islamique et islamiste est possible, ce n’est peut-être pas dû à la « Brigade du martyr Michel Foucault » qui opérerait des assassinats ciblés dans les couloirs des universités suédoises. De même, dans le contexte moyen-oriental, une proximité tactique – car les divergences de fond sont très réelles – entre mouvements progressistes et islamistes, surtout dans le cadre de la résistance, ne relève peut-être seulement pas de la fantasmagorie d’islamo-gauchiste halluciné. Et le fait de porter ou d’avoir porté le foulard n’offre aucune garantie de compétence pour discuter de ces questions.

*Le titre de ce post signifie « Penser librement est grand mais penser juste est plus grand encore » en suédois, une citation de l’écrivain suédois Thomas Thorild. C’est la devise de l’Université d’Uppsala, qui fait débat en Suède car censée exprimer une prime au conformisme – qui définit ce qui est juste? Paradoxalement, cette critique rejoint le discours post-moderniste… Mais cette devise peut également être prise littéralement: penser librement a plus de valeur si on pense librement et que l’on a raison – ce qui présuppose bien évidemment que le fond de la pensée que l’on exprime est susceptible de vérification objective. En l’occurence, approximations et erreurs factuelles affaiblissent la thèse à l’appui de laquelle elles sont invoquées. C’est dans ce sens que l’utilise cette maxime ici.

Affaire Aminatou Haïdar: La diplomatie marocaine triomphe à nouveau

Je serais curieux de lire comment les commentateurs, éditorialistes et autres joueurs de flûte vont s’ingénier à présenter le dénouement de l’affaire Aminatou Haïdar, cette ressortissante marocaine quoique militante séparatiste (les deux ne sont pas incompatibles, la nationalité n’obligeant fort heureusement pas à avoir telle ou telle opinion politique) privée de son passeport et illégalement refoulée de son pays vers l’Espagne.

Après un mois de grève de la faim – même si on peut se poser des questions légitimes sur l’étendue de cette grève, un journal espagnol révélant récemment qu’elle pesait 57 kilos (pour 165 cm) après près d’un mois de grève – et des kilomètres d’articles de presse, principalement en Espagne mais aussi ailleurs, revoilà donc Aminatou Haïdar, chez elle, à Laayoune, au Maroc donc. La veille de son retour, l’inénarrable ministre marocain de la communication, Khalid Naciri, déclarait ceci:

Le Maroc n’a aucune suite à donner à l’affaire de la dénommée Aminatou Haidar, dans la mesure où ce problème ne concerne pas le Royaume, mais plutôt l’Algérie, le polisario et cette femme, a affirmé le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Khalid Naciri.
«La position du Royaume est claire là-dessus. C’est à ceux, qui ont donné des instructions à A. Haidar d’empoisonner le processus de négociations, de trouver une solution» à ce problème, a déclaré lundi soir M. Naciri, sur les ondes de Radio BBC, émettant de Londres.

Voici ce qu’en dit Jeune Afrique:

Un peu plus d’un mois après avoir entamé une grève de la faim et un véritable bras de fer avec les autorités marocaines, la militante sahraouie Aminatou Haidar est revenue dans la nuit de jeudi à vendredi à Laâyoune (Sahara occidental) dans un avion en provenance des Canaries (Espagne).

L’avion médicalisé dans lequel elle avait embarqué s’est posé à Laâyoune vendredi vers 00H15 locales (et GMT). Il avait quitté Lanzarote deux heures plus tôt. Selon une source policière, Mme Haidar a accompli normalement les formalités d’entrée à l’aéroport en marquant sur la fiche d’arrivée qu’elle « arrivait au Maroc« . Elle est ensuite partie dans une voiture conduite par son oncle maternel, cheikh Mohamed Boussoula. (…)

Dans un communiqué publié jeudi soir, l’Elysée a en effet annoncé que le président Nicolas Sarkozy avait demandé au Maroc de remettre un passeport à Mme Haidar.

M. Sarkozy a effectué cette démarche le 15 décembre en recevant à Paris le ministre marocain des Affaires étrangères Taïeb Fassi Fihri et en exprimant « le voeu que le royaume du Maroc puisse, dans sa tradition d’ouverture et de générosité, faire remettre à Mme Aminatou Haidar son passeport marocain à son arrivée sur le territoire du royaume« , selon le texte.

« Comme suite à cet entretien« , le roi « Mohammed VI a informé le président Sarkozy, par message, le 17 décembre 2009, de l’accord de l’Etat marocain. Dans ces conditions, Madame Aminatou Haidar peut regagner le Maroc« , ajoute le communiqué.

Vendredi, le ministère marocain des Affaires étrangères a confirmé que le Maroc avait accédé à la demande de « pays amis et partenaires » en faveur d’un retour d’Aminatou Haidar à Laâyoune, mais qu’il restait ferme sur « le respect total de la loi marocaine, par tous, sans exception et sur l’intégralité du territoire national« .

Selon un représentant du Polisario, auquel il ne faut bien évidemment pas faire confiance sur ce point précis, affirme qu’Aminatou Haïdar n’a rempli aucune fiche de débarquement à son retour sur le sol marocain – ce qui impliquerait une capitulation en rase campagne des autorités marocaines:

Baali said that Morocco this time did not require Haidar to fill out a landing card upon her arrival, which had been a flash point last month, when she wrote on a landing card that her nationality was Western Saharan, not Moroccan, Baali said.

La MAP affirme le contraire:

A. Haidar est rentrée jeudi soir au Maroc à bord d’un avion espagnol en provenance des Iles Canaries. Elle est rentrée à Laâyoune après avoir accompli les formalités d’usage auprès des services de police et de douane de l’aéroport Hassan 1-er, rappelle-t-on

Khalid Naciri laisse entendre qu’elle n’aurait pas indiqué « Sahara occidental » comme pays de destination:

Le retour de Haidar au Royaume, a-t-il affirmé, s’est effectué en conformité avec les exigences de la loi marocaine, formalités qu’elle avait refusé d’accomplir et qui avaient occasionné son départ du territoire national

J’imagine qu’on ne pourra voir une copie de la fiche de débarquement, s’il a été remplie, afin d’en avoir le coeur net?

La présidence française semble effectivement être l’acteur-clé de ce dénuement:

Elysée.fr Publié le 18-12-09 à 00:23

Communiqué de la Présidence de la République

Le Président de la République a reçu le mardi 15 décembre 2009 le Ministre marocain des Affaires étrangères et de la Coopération, M. Taïb Fassi Fihri, porteur d’un message de Sa Majesté Mohamed VI, Roi du Maroc.

Lors de cet entretien, qui s’inscrit dans le cadre du partenariat d’exception qui unit les deux pays amis, les principaux dossiers internationaux, africains et régionaux ont été évoqués. S’agissant du Sahara, le Président de la République a salué la proposition du Royaume d’une large autonomie dans le cadre d’une solution politique sous les auspices des Nations-Unies. En l’attente de cette solution, la législation marocaine s’applique.

Dans ce contexte, le Président de la République a exprimé le vœu que le Royaume du Maroc puisse, dans sa tradition d’ouverture et de générosité, faire remettre à Madame Aminatou Haidar son passeport marocain à son arrivée sur le territoire du Royaume.

Comme suite à cet entretien, Sa Majesté Mohamed VI a informé le Président Sarkozy, par message, le 17 décembre 2009, de l’accord de l’Etat marocain. Dans ces conditions, Madame Aminatou Haidar peut regagner le Maroc.

Le communiqué officiel publié par la MAP souligne le rôle de « pays amis » – la France bien sûr, et probablement l’Espagne, qui a annoncé le même jour la tenue du premier sommet UE/Maroc lors de sa présidence tournante du premier semestre 2010 (bien que ce terme soit désormais sans réelle importance en matière de relations extérieures de l’UE, théoriquement entre les mains de la Haute Représentante Catherine Ashton depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne le 1er décembre), ainsi que les Etats-Unis:

Le Maroc est ferme sur le respect total de la loi marocaine, par tous, sans exception et sur l’intégralité de son territoire
©MAP-Tous droits réservés Dernière modification 18/12/2009 10:51
Rabat – Tout en répondant positivement aux appels de pays amis et partenaires pour des raisons strictement humanitaires, le Maroc demeure ferme sur « le respect total de la loi marocaine, par tous, sans exception et sur l’intégralité du territoire national« , indique jeudi un communiqué du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération.

Voici le texte intégral de ce communiqué :

« Tout au long des dernières semaines, plusieurs gouvernements de pays amis et partenaires ont entrepris des démarches auprès des autorités du Royaume du Maroc au sujet de la question du Sahara marocain. .

Cette question, et notamment la conditionnalité introduite par les autres parties à la tenue de la 2ème réunion informelle prévue début décembre 2009 a, également, été au centre des entretiens de plusieurs responsables et dirigeants de partis politiques marocains, au cours des visites réalisées, récemment, dans de nombreux pays.

A ces occasions, les différents interlocuteurs ont souligné à la partie marocaine l’intérêt accordé, sur un plan strictement humanitaire, à la situation d’Aminatou Haidar.

Pour leur part, les responsables marocains, gouvernementaux et politiques ont partagé avec leurs interlocuteurs le contexte bien connu de l’attitude d’A. Haidar, ses motivations politiques réelles et ses véritables initiateurs.

En particulier, ils ont expliqué que la programmation de la décision d’A. Haidar, le 13 novembre dernier, s’inscrit dans une stratégie développée et initiée ailleurs. Ils ont, également, relevé que les agissements de celle-ci ne sont pas liés à la promotion des droits de l’homme mais qu’elle a, bel et bien, agi pour le compte du polisario, qui demeure un mouvement militaire et totalitaire, à la solde de l’Algérie qui l’abrite, le finance et le soutient.

Dans ce contexte, plusieurs Chefs d’Etats et hauts dirigeants des pays amis et partenaires ont demandé aux autorités marocaines de faire preuve de magnanimité et de traiter la situation d’A. Haidar dans sa dimension strictement humanitaire.

Au-delà de cette intercession, ils reconnaissent l’importance et la centralité du processus politique de négociation, sur la base du réalisme et de l’esprit de compromis, qu’il importe de protéger. Ils réitèrent, également, leur appréciation pour les efforts sérieux et crédibles qui sous-tendent l’Initiative marocaine d’autonomie. Enfin, ils conviennent que la loi marocaine, s’applique sur l’ensemble du territoire du Royaume.

Des communiqués officiels et des déclarations publiques ont été publiés dans ce sens.

Sur la base de ces clarifications et de l’impératif du respect total de la loi marocaine, par tous, sans exception et sur l’intégralité du territoire national, le Royaume du Maroc a accédé à la demande d’un retour au Royaume du Maroc d’A. Haidar

Le communiqué officiel espagnol m’a quant à lui surpris en affirmant l’applicabilité de la loi marocaine, et demeure très en retrait sur ce à quoi on aurait pu s’attendre, le Sahara étant à l’opinion publique espagnole ce que la Birmanie fût il y a quelques temps dans blogs et médias occidentaux, et le gouvernement Zapatero ayant été très durement critiqué tant par l’intéressée que par les médias et politiques espagnols, qui retrouvent toujours une unité nationale sur le dos du Maroc, des séparatistes basques & catalans aux post-franquistes du Partido Popular:

El Gobierno realiza gestiones para resolver la situación de Aminetu Haidar
La Moncloa, jueves, 17 de diciembre de 2009

El Presidente del Gobierno de España, José Luis Rodríguez Zapatero, y su Ministro de Asuntos Exteriores y de Cooperación, Miguel Ángel Moratinos, han realizado gestiones en los últimos días con las autoridades del Reino de Marruecos a fin de hacer posible el retorno de la señora Aminetu Haidar.

El Gobierno español, ante el agravamiento de la situación humanitaria de la señora Haidar, quiere hacer un nuevo llamamiento a las autoridades marroquíes para que dicho retorno pueda tener lugar a la mayor brevedad.

Este gesto honraría a Su Majestad el Rey de Marruecos y a las autoridades del Reino de Marruecos, y pondría una vez más de manifiesto su compromiso con la democracia y la consolidación del Estado de Derecho. El Gobierno de España expresa su satisfacción con las políticas de modernización y reforma emprendidas por las autoridades del Reino de Marruecos y se compromete a acompañarlas. En este sentido, reafirma su voluntad de profundizar su cooperación en el marco del estatuto avanzado acordado entre la Unión Europea y Marruecos.

El Gobierno de España comparte la preocupación de la comunidad internacional para que en las próximas semanas se puedan dar las condiciones para que se avance en las negociaciones del proceso de Manhasset, negociaciones que deben desarrollarse en el marco de los principios y arreglos de Naciones Unidas, al objeto de facilitar una solución política justa, definitiva y de acuerdo con las partes.

Mientras se resuelve el contencioso, en conformidad con la posición de Naciones Unidas, España constata que la Ley marroquí se aplica en el territorio del Sahara Occidental.

Enfin, last but not least, le communiqué du département d’Etat étatsunien, par le truchement de la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton, dont la discrétion et le peu d’entrain à commenter cette affaire étaient manifestes tout au long des trente derniers jours:

Release of Aminatou Haidar
Hillary Rodham Clinton
Secretary of State
Washington, DC, December 17, 2009
I was pleased to hear of the government of Morocco’s decision to re-admit Aminatou Haidar – a Robert F. Kennedy Human Rights Prize recipient – on humanitarian grounds following her month-long hunger strike in Spain. This humanitarian gesture is reflective of the true spirit and generosity of the Moroccan government and people, and underscores the urgency of finding a permanent solution to the Western Sahara conflict. I join United Nations Secretary General Ban Ki-Moon in calling for a fifth round of formal UN – sponsored Manhasset talks at the earliest possible date. I also want to express our strong support for personal envoy Christopher Ross and his efforts to find a solution.
PRN: 2009/1302

Du côté officiel marocain, j’ai surtout retenu les déclarations de l’accorte M’Barka Bouaidia (PAM), présidente de la Commission Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Affaires islamiques à la Chambre des représentants, de passage à Washington où elle s’exprimait devant le think-tank néo-con (what else?) The Washington Institute:

«Ce qu’il faut se demander, c’est pourquoi cette affaire a surgi en ce moment précis où le processus de négociations entre dans une phase décisive», a souligné Mme Bouaida, lors d’une rencontre-débat organisée au siége du Think tank américain «The Washington Institute».

Bien vu, mais qui a refoulé Aminatou Haïdar au fait?

Quelques commentaires, dans les limites prévisibles des articles 38 et 41 du Code de la presse, et partant du principe que si les lignes de fond diplomatiques (je suis plutôt d’accord avec La Vie Economique sur ce seul point-là), militaires et politiques des principaux Etats concernés n’ont pas bougé, ou plutôt en faveur du Maroc en fin de course, sur le plan médiatique et juridique, c’est un fiasco:

  1. Du beau boulot de la part de ceux qui ont présidé à cette débâcle médiatique, qui a galvanisé les séparatistes: en agissant de manière absolument illégale quant au fond, y compris et surtout par rapport à ses propres lois, le Maroc s’est placé dans une situation où ses arguments n’étaient recevables que des lecteurs inconditionnels du Matin du Sahara et de L’Opinion. L’arbitraire de la décision de confisquer le passeport d’Aminatou Haïdar (s’ils s’étaient contentés de cela, en l’absence de loi ou de réglement régissant la délivrance de passeports, les autorités marocaines auraient pu éventuellement écarter l’argument d’illégalité utilisé à leur encontre) et surtout de la refouler de son propre pays sont tels qu’aucune défense raisonnable devenait possible vis-à-vis de l’extérieur – qui est malheureusement la seule enceinte dont l’opinion compte aux yeus de nos dirigeants, qui n’ont jamais daigné prêter la moindre attention à l’égard de leur propre opinion, sauf en cas d’émeutes ou de risque d’attentats. Mission accomplie: même des organisations ou sites néo-conservateurs (The American Spectator) ou néo-libéraux (Freedom House) étatsuniens, en dépit des efforts surhumains prodigués par le régime marocain sur Israël et l’Iran, ne peuvent s’empêcher de critiquer la situation des droits de l’homme au Maroc en des termes très peu amènes.
  2. L’argumentaire du gouvernement marocain en matire d’autonomie étant notamment de souligner les « réformes démocratiques » mises en oeuvre au Maroc depuis le nouveau règne (« Cette initiative s’inscrit dans le cadre de l’édification d’une société démocratique et moderne, fondée sur l’Etat de droit, les libertés individuelles et collectives et le développement économique et social« ) – pour utiliser la formule d’usage – on peut se demander en quoi la perspective d’avoir pour Etat un pays dont les autorités privent arbitrairement de leur passeport et refoulent du territoire national ses propres citoyens est censé convaincre les séparatistes hésitants du bien-fondé de la réintégration au Maroc.
  3. Le dénouement est venu de l’étranger, un message envoyé à tous ceux qui souhaitent faire changer d’avis les autorités marocaines sur un sujet de pure souveraineté comme l’est celui de la nationalité et du séjour sur le territoire national. C’est plus particulièrement à Paris que l’affaire a été résolue, après l’entretien Sarkozy/Taïeb Fassi Fihri. Je m’étais attendu un moment à ce qu’une délégation de dignitaires sahraouis ou de parents prochesd’Aminatou (la tribu dont elle est issue – eh oui, au Sahara c’est fondamental – les Izerguiyine, est réputée favorable au Maroc), tout en assurant le chef de l’Etat de leur indéfectible attachement etc, implore Sa Majesté de pardonner en leur nom les agissements d’Aminatou Haïdar. Si le Maroc était un Etat de droit (mauvais raisonnement, car un Etat de droit ne prive pas arbitrairement ses citoyens de leur passeport et ne les refoule pas de leur propre pays), on aurait pu jouer la comédie d’un juge administratif annulant la décision de refoulement pour vice de forme. Mais non: le message pour tous les Marocains (et les autres, notamment à Tindouf et Alger) est – allez à l’étranger et vous obtiendrez, pressions aidant, gain de cause au Maroc – si vous êtes à Laayoune, Guercif ou Nador, passez par Paris pour vous faire entendre à Rabat.
  4. Après Rabat, ceux qui tirent le plus la gueule se trouvent sans aucun doute à Tindouf: Aminatou Haïdar est désormais et de très loin la séparatiste la plus connue en dehors du territoire marocain (« Aminatou is now the best-known activist campaigning for their rights of self-determination » constate un chroniqueur passablement pro-Polisario d’Al Jazeera International), bien avant Mohamed Abdelaziz el Marrakchi. Seul un mariage avec Brad Pitt aurait pu lui faire obtenir plus de notoriété. Il sera intéressant de voir comment se développeront les relations entre les branches algérienne et marocaine du mouvement séparatiste, entre son commandement politico-militaire algéro-tindoufien et ses sympathisants marocains, à Laayoune ou Rabat. N’ayant pas à assumer au jour le jour – elle se contente de passages à Washington pour manifester son attachement à l’Algérie – la pesante tutelle et logistique algérienne – qui réfrène les ardeurs bellicistes réitérées du leadership du Polisario ces dernières années – et ayant ses contacts avec le pouvoir algérien limités aux cocktail-parties de Washington, elle pourrait gêner le leadership séparatiste soumis à la realpolitik du parrain algérien.
  5. Je lis dans le communiqué officiel marocain qu’il est question « de l’impératif du respect total de la loi marocaine, par tous, sans exception et sur l’intégralité du territoire national » – cela vaut-il également pour l’Etat, qui a illégalement refoulé une de ses ressortissantes?
  6. La présidence de l’Union européenne – la Suède en l’occurence – avait fait une déclaration officielle s’inquiétant du sort d’Aminatou Haïdar et appelant à la réolution de son cas - aucune mention de l’Union européenne dans le communiqué officiel marocain, qui ne parle que de pays amis et de chefs de gouvernement et d’Etat amis. Ceci devrait raisonnablement exclure tant l’Union européenne, qui est une organisation internationale, que la Suède, dont on doute que le Ministère des affaires étrangères et de la coopération soit enclin à qualifier de pays ami
  7. Je suis cependant étonné – voire stupéfait – du ton relativement positif des réactions officielles espagnole et française: le Maroc s’étant placé tout seul dans une situation juridiquement, politiquement et diplomatiquement intenable, on aurait pu craindre le pire – un recul par rapport à l’acceptation du fantômatique plan d’autonomie interne par exemple, ou une extension du champ de compétence de la MINURSO pour englober la situation des droits de l’homme au Sahara. Rien de tel: au contraire, puisque tant l’Espagne que la France affirment officiellement que le droit marocain s’applique au Sahara marocain, et appellent de leurs voeux une solution politique au conflit, donc, dans le jargon particulier au conflit du Sahara, une solution n’incluant pas forcément un réferendum d’autodétermination. Et le communiqué espagnol est même élogieux, parlant de la politique de réforme et de modernisation du régime, alors que le communiqué français fait penser à un rappel à l’ordre à l’intention d’un préfet indiscipliné d’un lointain DOM/TOM – « Comme suite à cet entretien…« , ou, comme le formule plus abruptement une dépêche de l’Associated Press: « L’Elysée a annoncé que Nicolas Sarkozy avait demandé mardi à Paris au ministre marocain des Affaires étrangères Taïb Fassi Fihri de lui rendre son passeport marocain à son arrivée au Maroc. « Sa Majesté Mohamed VI a informé le président Sarkozy, par message, le 17 décembre 2009, de l’accord de l’Etat marocain. Dans ces conditions, Madame Aminatou Haidar peut regagner le Maroc », précise l’Elysée« .
  8. C’est peu de dire que la classe politique espagnole, jamais en traîne lorsqu’il s’agit du Maroc, a peu goûté la conciliante terminologie zapateresque. Comme indiqué précédemment, le gouvernement de Zapatero a été sérieusement mis en difficulté sur le plan interne dans ce dossier – même si sa déclaration officielle est on ne peut plus rassurante pour le gouvernement marocain, je crois qu’on risque d’assister à un certain reflux dans les relations maroco-espagnoles.
  9. Le Polisario, s’il remercie le président Sarkozy pour son intervention, fustige la France et l’Espagne pour avoir reconnu dans leurs communiqués que la loi marocaine s’appliquait au Sahara marocain.
  10. Meilleurs diplomates probablement que leurs collgues et alliés français et espagnols, la diplomatie étatsunienne a fait le service minimum avec un communiqué minimaliste qui n’évoque pas l’application de la loi marocaine au Sahara.
  11. Les réactions marocaines, après une période de flottement, sont hilarantes, et pas seulement celles des usual suspects (L’Opinion se surpasse à cet égard, et le Matin du Sahara publie un édito dont le titre – « Entre éthique humanitaire et devoir de légalité » – est un chef-d’oeuvre d’humour involontaire). Après un unanimisme bruyant en faveur du refoulement, des critiques commencent à se faire jour (notamment de la part du PJD), y compris dans les bastions de la pensée officielle et officieuse – du PAM (qui estimait avant le retour d’Aminatou Haïdar que son refoulement était « sage et pondéré » (1)) à L’Economiste, en passant par l’ancien ministre de la Communication Larbi Messari qui estime que le Maroc doit éviter « les erreurs qui renforceraient l’adversaire« , sans compter twitterers qui se disputent à qui a le plus et le plus tôt exprimé ses doutes sur l’opportunité de cette affaire. J’ai ainsi eu l’heureuse surprise de lire l’éditorial du Temps, très proche de l’argumentation que j’avais développée sur l’illégalité du refoulement de la militante séparatiste…
  12. Sur le plan de la simplification législative, difficile de faire mieux. Après avoir estimé qu’elle n’était plus marocaine, la position officielle du gouvernement marocain est de dire qu’elle l’est redevenue en remplissant correctement sa fiche de débarquement. Avis aux candidats à la naturalisation ou à la perte de la nationalité: oubliez le Code de la nationalité marocaine et ses procédures pesantes, prenez simplement bien soin de remplir votre fiche de débarquement selon le résultat souhaité.
  13. Qui a dit Leila/Perejil? L’éditorialiste du Temps fait en tout cas la comparaison qui s’impose.
  14. Inutile de dire que si Aminatou Haïdar trébuche dans un escalier, attrape la grippe porcine ou a des problèmes de connexion avec sa clé USB Wana, la nouvelle fera le tour du monde. Bravo les artistes!

(1) Par le biais de son secrétaire-général, le sahraoui Mohamed Cheikh Biadillah, dont le frère est un responsable du Polisario:

«Nous avons donc expliqué à nos amis Espagnols que le cas de cette personne est bien particulier. C’est une personne qui, jusqu’à hier était Marocaine, voyageait avec un passeport Marocain. Elle a décidé de renier sa nationalité en pleine connaissance de cause après avoir refusé de remplir sa fiche de débarquement».

«S’attendant à être arrêtée et malmenée, dans une stratégie bien déterminée pour faire les choux gras de la presse internationale et saper ainsi les efforts sérieux que mène le Maroc pour résoudre le conflit du Sahara, elle a été surprise par la réaction sage et pondérée des autorités marocaines et se retrouve maintenant empêtrée dans le piège qu’elle s’est elle même crée», a ajouté M. Biadillah.

Rétroactes:
– « Dommage collatéral de l’affaire Aminatou Haïdar: Miguel Angel Moratinos« 
– « Ma’ak ya el khadra« 
– « Pourquoi l’expulsion d’Aminatou Haïdar est illégale« 
– « Infos supplémentaires sur l’affaire de la diplomate suédoise expulsée du Maroc« 
– « Le Maroc déclare persona non grata une diplomate suédoise à Rabat« 
– « Rapport sur les violations des droits des réfugiés à Tindouf« 
– « Le mirage libyen« 
– « Eclaircissements sur l’affaire de Tripoli« 
– « Kadhafi humilie le Maroc – quelle sera la réaction marocaine?« 
– « Télégramme de félicitations de Rabat à Alger« 
– « Maroc, Algérie & Vénezuela: let me get this straight…« 
– « Maroc/Venezuela: Honni soit qui mal y pense« 
– « Rapport de Human Rights Watch sur le Sahara« 
– « Qui est Suzanne Scholte, pasionaria républicaine du Polisario?« 
– « La politique étrangère du Maroc est désintéressée« 
– « Sahara: El Bachir Mustapha Essayed sort de l’ombre« 
– « Conseil n°1: si vous un problème judiciaire au Maroc, ne demandez pas l’aide du Polisario« 
– « Rapport intéressant sur la lutte anti-terroriste étatsunienne au Sahara« 
– « “principal parti d’opposition au Maroc, Ennahj Eddimocrati (la voie démocratique)”« 
– « Toute coïncidence etc…« 

Ma chute du mur, oder niemand hat die Absicht, eine Mauer nieder zu reißen

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Wir haben uns dazu entschlossen, heute eine Regelung zu treffen, die es jedem Bürger der DDR möglich macht, über Grenzübergange der DDR auszureisen.“ Günter Schabowski, porte-parole du Politburo du SED, le 9 novembre 1989

J’avais juste terminé un stage d’études à Casa, mais mes tentatives répétées de surseoir à l’inévitable – le service militaire – avaient échoué: il faut savoir que du temps de la guerre froide, le service militaire était une chose très sérieuse en Suède. Ainsi, pas de passe-droits, et un seul sursis d’un an automatique pour étudiants: ce qui a fait que je me suis retrouvé dans un peloton avec un menuisier, un bûcheron, un caissier de supermarché, un doctorant en physique nucléaire dans une université étsunienne, un autre étudiant comme moi de la Stockholm School of Economics et le fils de l’ambassadeur de Suède au Koweït, qui rentrait de Tokyo où il étudiait la litterétaure japonaise et ses haïkus… Bref, un vrai brassage social, contrairement apparemment à ce qui est le cas en France, où je n’ai rencontré lors de mes études que trois (3) étudiants ayant accompli ou s’apprêtant à accomplir leur service.

Toujours est-il que j’avais été incorporé au régiment d’artillerie de marine KA5 de Härnösand, au nord de la Suède, bien loin de mes quartiers de Stockholm. Débarqué fin novembre, j’y ai passé mes « classes » (« gröntjänst » en suédois), durant lesquelles on apprend des choses indispensables à tout citoyen qui se respecte comme marcher au pas, récurer la cuvette des WC, dégoupiller un grenade et faire son footing avec un sac à dos de vingt kilos (pas en même temps quand même). Le lavage de cerveau fut tellement efficace que j’oubliais le nom de certaines connaissances dans le monde civil, et que j’étais heureusement tenu à l’écart des actualités nihilistes du monde d’en dehors. Survint alors ma première permission de week-end depuis le début de mon service militaire, que je choisis bien évidemment de passer à Stockholm, à plusieurs centaines de kilométres au sud de Härnösand. Je dus prendre le train, et changer de quai arrivé à Gävle. Et c’est là que je vis toutes les affiches de journaux, irréelles: « Muren föll » – « le mur est tombé« .

Car le service militaire en Suède avait une finalité: défendre la mère-patrie contre l’internationalisme prolétarien de la patrie du socialisme. Ceci n’était pas pour me déplaire: vu de Suède, l’envahisseur potentiel n’était pas encore iranien, afghan ou venézuelien, mais bel et bien soviétique. A titre personnel, vivant dans des quartiers aisés et fréquentant des écoles privées puis une école de commerce, j’étais assez à droite – quoique beaucoup moins au moment de faire mon service – et surtout très favorable à une défense nationale forte (c’est d’ailleurs toujours le cas, que ce soit au Maroc ou en Suède) afin d’empêcher la collectivisation forcée des moyens de production suédois par le paisible voisin soviétique. Un voyage de classe au lycée m’avait par ailleurs fait découvrir les chatoyants attraits du socialisme réel à Berlin-Est, avec, comme dans les films basés sur les romans de John Le Carré, de patibulaires Grenzpolizisten regardant sous les banquettes du train nous emmenant de Berlin-Ouest à Berlin-Est, les stations de métro à l’Est fermées et désaffectées, le mur et la frontière, les patrouilles de police vérifiant chaque cinq minutes les identités de ces jeunes nihilistes suédois venant semer le poison capitaliste dans les espris est-allemands, et le choc suprême, la visite d’un grand magasin est-allemand où les deux choss qui valaient la peine étaient les 33 tours de musique classique et la vodka – et je regrettais presque de ne pas avoir emmené bas nylons et paires de jeans à échanger au marché noir de Berlin-Est…

Si j’avais siffloté l’hymne national soviétique avec mes camarades d’infortune lors d’une marche forcée, ce qui nous valut de terminer les dix km restant au pas de course, c’était moins par adhésion au socialisme scientifique que parce que une génération de Suédois fans de hockey sur glace (c’était mon cas) avait entendu cette chanson lors de chaque rencontre Suède-URSS – seul l’hymne du vainqueur était joué, et que pendant la période 1977-1987 sur 50 matches entre les deux équipes, il y avait eu deux matches nuls et 48 victoires soviétiques – d’où l’appelation populaire de l’hymne soviétique, « hockeylåten« , « la chanson du hockey sur glace« . Outre la certitude délectable d’irriter au plus haut point nos officiers, guère enclins au philocommunisme, c’est donc un esprit véritablement sportif qui nous avait animé, et non pas l’internationalisme prolétarien. J’avais ramené quelques cartes postales de propagande ouest-allemande sur le mur, dont une avec la fameuse déclaration de l’architecte du mur, Walter Ulbricht, qui avait auparavant déclaré « niemand hat die Absicht, eine Mauer zu errichten » (« nul n’a l’intention d’ériger un mur« ) – ce à quoi Helmut Kohl répondit rigolard, lors de la chute mur, « niemand hat die Absicht, eine Mauer nieder zu reißen » (« nul n’a l’intention de démonter un mur« ).

Eh bein, le seul souvenir que je retiens de la chute du mur, c’est cette vision des affiches de journaux à la gare de Gävle, avec les lumières du soir et la foule, et le sentiment de débarquer de la planète mars après trois mois de vie exclusivement militaire. La révolution roumaine, avec les images de Ceaucescu conspué en direct par la foule, son arrestation puis exécution, les drapeaux roumains brandis par la foule avec un trou au milieu à la place de l’emblème communiste, et les snipers de la Securitate tirant sur soldats et manifestants, m’auront beaucoup plus marqué que la chute du mur, vécu de manière périphérique. Ce n’est qu’après coup que le slogan fétiche des manifestants est-allemands contre la dictature communiste – « wir sind das Volk » (« nous sommes le peuple« ) m’est paru comme le slogan politique le plus fort jamais exprimé.

Petit rappel: le mur de Berlin s’effondra suite à l’annonce citée en exergue de ce billet (voir aussi la conférence de presse ici) par Günter Schabowski, membre du SED (parti communiste), d’un décret autorisant chaque citoyen est-allemand à franchir librement les frontières de son pays – et le régime cessa de fait d’exister.

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