L’aide militaire étatsunienne au Maghreb

Un article intéressant sur PBS.org sur les montants d’aide militaire versés par les Etats-Unis en 2010 et depuis 1946 mérite quelques commentaires. Si Israël est numéro 1 sur toute la période, l’Afghanistan reçevait plus en 2010, tandis que l’Egypte se trouve à la 3e place dans les deux cas – même si l’aide militaire étatsunienne n’atteint jamais le compte du ministère de la défense à la banque centrale égyptienne:

« The $1.3 billion that goes to the Egyptian army doesn’t really go to the Egyptian army. It goes to an account that stays in the U.S. for the Egyptian army to buy U.S. hardware, » said Farouk El-Baz, an Egypt-born scientist and administrator at Boston University who was an adviser to the late President Anwar Sadat.

Egypt is « totally dependent on U.S.-made military hardware, » El-Baz said, and has been since 1979, when what amounts to a U.S. monopoly on arms sales to Egypt was written into the Camp David Accords. Prior to that agreement establishing peace with Israel, Egypt’s military had been a Soviet client.

« The aid is recycled within the U.S., » said Mohammed Akacem, a professor of economics at the Metropolitan State University of Denver. Taxpayers give the money to the IRS, which disburses it to the Pentagon, which spends it with U.S. defense contractors.

The Egyptians then take the arms, which over the years have included the F-16 air-to-air combat fighter from Lockheed Martin and the M1A1 Abrams tank from General Dynamics.

« It’s what we used to call ‘tied aid’ back in the ’70s and ’80s, » said Akacem, referring to an aid agreement that stipulates that the recipient country must spend its aid money within the donating country.

Les montants versés à l’Egypte sont faramineux sur la période – plus de 57 milliards d’USD, même si ce montant pâlit par rapport aux 123 milliards d’USD versés à Israël.

Le cas de la Turquie est intéressant: si ce pays est 4e sur la période 1946-2010, avec 40 milliards d’USD soit 6,11% du total de l’aide militaire à l’étranger, il ne reçevait que 5 millions d’USD en 2010, soit 0,04% seulement de l’aide militaire US à l’étranger cette année-là.

On retrouve d’autres surprises – le Soudan reçevait ainsi près de 127 millions d’USD en 2010 – mais c’était avant la sécession du Sud-Soudan, effective en 2011, et on peut peut-être présumer que l’aide militaire allait aux forces du SPLA constituant l’ossature de l’armée du Sud-Soudan plutôt que l’armée du nord, dirigée par le président Omar Bachir, dont les Etats-Unis ont obtenu qu’il soit inculpé par la Cour pénale internationale, sur saisine – en 2005 – du Conseil de sécurité. Le Venezuela reçoit quant à lui 329.000 USD et la Chine 190.000 USD – dans ces deux cas, on peut présumer qu’il s’agit de la formation d’officiers de ces pays aux Etats-Unis ou des activités assimilées. Le montant que ne parviens absolument pas à comprendre ce sont les 127 millions d’USD pour la Russie en 2010 – si quelqu’un a des explications à ce sujet, je suis preneur…

Voyons de plus près les montants pour le Maghreb, d’abord en 2010 puis sur la période 1946-2010:

2010:

1- Tunisie $20,313,000

2- Maroc $12,322,247

3- Algérie $1,015,000

4- Libye $469,000

5- Mauritanie $407,000

1946-2010:

1- Maroc $2,334,870,797

2- Tunisie $1,776,127,354

3- Libye $99,662,397

4- Algérie $10,459,519

5- Mauritanie $4,453,616

Quelques remarques:

  • Globalement, le Maghreb est une région peu importante dans le cadre de l’aide militaire US – au total, les 5 Etats du Maghreb ont reçu ensemble 0,67% de l’aide militaire globale des Etats-Unis de 1946 à 2010 – et cette importance est en chute libre, puisque ces 5 Etats ne totalisaient que 0,22% du total de l’aide militaire US en 2010. L’Egypte reçoit en trois ans ce que le Maghreb a reçu de 1946 à 2010. Ca choquera quelques Marocains et peut-être surtout quelques Algériens, mais le Maghreb n’est pas, militairement et stratégiquement parlant, au coeur de la vision US sur le monde qui les entoure – encore que l’évolution de la Libye pourrait changer la donne, même si l’aide militaire à strictement parler ne semble pas d’actualité pour cet Etat pétrolier.
  • Si le Maroc est le premier bénéficiaire de l’aide militaire US en valeur absolue, la Tunisie est bien évidemment la première par habitant, sa populationétant un tiers de celle du Maroc;
  • Maroc et Tunisie, tous deux au régime conservateur sur le plan politique, libéral en matière économique et pro-occidental (depuis 1961 pour le Maroc) se partagent 97% du total de l’aide militaire US sur la période;
  • La Libye et l’Algérie ont reçu très peu – pas seulement en raison de leur régime politique et des choix diplomatiques qui en ont découlé, mais aussi surtout en raison de leur caractère d’Etats rentiers, avec de très fortes entrées de devises en raison d’exportations d’hydrocarbures. Ceci n’empêche pas des liens sécuritaires très bons entre l’Algérie et les USA;
  • La Mauritanie paie bien évidemment des choix politiques malheureux vu de Washington – l’alignement sur l’Irak en 1991, et sans doute aussi une très faible capacité d’absorption de ses forces armées, de très loin le splus faibles des cinq Etats maghrébins;
  • Ces chiffres devraient être complétés par les statistiques de ventes d’armes sur la même période pour donner une image complète des liens militaires avec les Etats-Unis – mais ça ne bouleverserait pas véritablement le classement, car la Tunisie et surtout le Maroc s’équipent auprès des Etats-Unis mais également auprès d’autres pays de l’OTAN – surtout la France et l’Espagne pour le Maroc.On constate, à lire les statistiques de SIPRI sur la période 1950-2012, que l’Algérie a acheté 20 de ses 24 milliards USD d’armes auprès de l’URSS/Russie; pour la Tunisie, sur 1,9 milliards d’USD d’achats d’équipements militaires sur la même période, 768 millions d’USD sont achetés aux USA, 482 millions à la France, 217 à l’Allemagne et 134 à l’Italie – les pays OTAN ou UE représentent 96% des achats d’armement tunisiens; la Mauritanie, qui n’a dépensé que 323 millions d’USD sur cette période, en a acheté environ un tiers hors UE/OTAN, mais son premier fournisseur est la France, son deuxième l’Espagne et son troisième la Chine. Pour la Libye, les compteurs explosent: 31 milliards d’USD d’achats d’équipement militaire, avec la part du lion détenue par l’URSS/Russie, avec 23,5 milliards, et une honorable deuxième place pour la France (3,3 milliards) et une troisième place à l’Italie (1,4 milliards), des chiffres probablement en voie de changer avec le changement de régime. pour le Maroc, qui n’a pas la rente hydrocarbures de la Libye ou de l’Algérie, le montant n’est « que » de 9,5 milliards, dont 90% achetés auprès de fournisseurs OTAN ou UE, la France (3,4 milliards) et les Etats-Unis (3,3 milliards) étant au coude à coude, loin devant les Pays-Bas (508 millions) et l’espagne (500 millions). On notera les faibles montants, pour ces cinq pays, des ventes britanniques et allemandes.
  • Plus intéressant encore pour la pérennité des liens militaires, la formation des militaires est probablement l’élément le plus efficace pou nouer des liens personnels et politiques entre armées étrangères (d’où l’active politique marocaine de formation de militaires de pays francophones d’Afrique de l’Ouest, notamment à l’Académie royale militaire de Dar Beida à Meknès). On sait le rôle politique fondamental dans le régime politique algérien de l’armée, des anciens officiers de l’armée française ayant rejoint le FLN (assez tard pour certains…) – les DAF, alors que la majeure partie des officiers des générations ultérieures aura été formée en Egypte ou en URSS. Si les autres armées maghrébines ne semblent pas traversées par des rivalités aussi prononcées, difficile de se pronconcer là-dessus en l’absence de données chiffrées et crédibles;
  • Enfin, les liens avec l’OTAN – si on sait que le Maroc est le seul des 5 pays maghrébins à être officiellement un « major non-NATO ally » aux yeux du gouvernement étatsunien, l’OTAn a lancé en 1994 le Dialogue méditerranéen, qui vise – selon son document de base - à nouer des relations de coopération militaire et politique avec les pays méditeranéens. Quatre des cinq pays maghrébins en font partie, à l’exception de la Libye, invitée à participer en 2012 cependant. De nombreux exercices et manoeuvres communs ont ainsi été menées entre armées de l’OTAN et armées maghrébines, surtout le Maroc mais également l’Algérie.

The Julian Assange circus: why is Carl Bildt lying?

First, let me state that I am as adamantly in favour of Julian Assange being extradited to Sweden as I am opposed to him being extradited to the USA for any Wikileaks-related offense. Being a jurist, reading the press coverage and blog & twitter comments on the Julian Assange circus has proved very demanding – the amount of bad faith, ignorance and paranoia has been staggering, mostly on the part of the Assangistas, many of whom have not refrained from smearing the two female victims in the Swedish court case at heart of the matter.

I do not propose to comment all the idiotic allegations and comments made, too daunting a task, but will here turn to comments made by the Swedish foreign minister, Carl Bildt, and also on the behaviour of the Swedish prosecution service, Åklagarmyndigheten, in relation to their refusal to issue a guarantee that Julian Assange would not be extradited to the United States on any Wikileaks-related charge. Most Assangistas point to two possible solutions to the current legal, diplomatic and political conundrum: Swedish prosecutors and policemen could agree to his offer to be interrogated in London, at the Ecuadorian embassy, or the Swedish government could issue a guarantee that Assange would not be extradited to the USA.

The first solution is easy to dismiss: such an interrogation, taking place in a foreign embassy in a third country, would not be done under normal interrogation conditions. The Ecuadorian embassy, acting on instructions of a president who’s taken sides with Assange, would in effect be dictating the terms of that police interrogation. Furthermore, Julian Assange, who is a fugitive and has jumped bail on the UK court orders upholding the European Arrest Warrant, would be treated in a very favourable and discriminatory way as compared to other suspects. Finally, and more importantly, there would be no real possibility to confront him with the two victims under normal circumstances. The Swedish prosecuting service has said as much in a press communiqué:

Varför kan inte åklagaren förhöra Assange i Storbritannien?

En förklaring till åklagarens beslut att inte förhöra Assange i Storbritannien.
I ärenden där en misstänkt person befinner sig utomlands måste åklagaren överväga vilka förundersökningsåtgärder som är möjliga enligt svensk rätt och internationella instrument. Vidare måste åklagaren överväga vad som krävs i det enskilda fallet för att utredningen ska kunna genomföras på ett rättssäkert och effektivt sätt utan att kvaliteten åsidosätts. Åklagaren måste också överväga hur en eventuell rättegång ska kunna genomföras, om utredningen leder till att åklagaren väcker åtal, och hur ett eventuellt straff ska kunna verkställas.
I detta ärende utmynnade åklagarens överväganden i att Julian Assange begärdes häktad för de brott han var misstänkt för. Med stöd av domstolens häktningsbeslut utfärdade åklagaren en europeisk arresteringsorder.
Åklagarens bedömning är att Julian Assange av utredningsskäl behöver vara tillgänglig i Sverige under förundersökningen. Det som kan nämnas, utan att gå in på utredningsarbetet i detalj, är att det finns behov av att vid förhör med Julian Assange kunna presentera och höra honom om den bevisning som kommit fram i utredningen samt att i den fortsatta utredningen vid behov kunna genomföra kompletterande förhör med Julian Assange och andra inblandade personer.
Enligt svensk lagstiftning krävs att den åtalade är personligen närvarande vid rättegången när det gäller den här typen av brott. Om förundersökningen leder fram till att bevisningen bedöms räcka för åtal mot Julian Assange krävs hans personliga närvaro i Sverige för att en rättegång ska kunna genomföras och för att ett eventuellt straff ska kunna verkställas. Domstolens häktningsbeslut innebär att Julian Assange är häktad för att säkerställa detta.
Translation:

Why can’t the prosecutor interrogate Assange in Britain?
An explanation of the prosecutor’s decision not to interrogate Assange in Britain.

In cases where a suspect is abroad, the prosecutor must consider the preliminary actions possible under Swedish law and international instruments. Furthermore, the prosecutor must consider what is required in each case for the investigation to be conducted in a legally secure and efficient manner without sacrificing overriding quality requirements. The prosecutor must also consider how a trial could be implemented, if the investigation could lead to prosecuting the suspect, and how a possible sentence would be enforced.

In this case these considerations led the prosecutor to request that Julian Assange be put in custody for the crimes he was suspected of. Based on the Court’s decision to grant that request, the prosecutor issued an European arrest warrant.

The prosecutor believes that Julian Assange needs to be available in Sweden during the preliminary investigation for the sake of the investigation. It is to be mentioned, without going into the investigation in detail, that there is a need, when interrogating Julian Assange, to present and hear him on the evidence that has come forward during the investigation and that there is also a need, if necessary, to carry out additional interviews with Julian Assange and other people involved under the further investigation.

Under Swedish law, the defendant is required to be personally present at the trial in the case of such a crime. If the inquiry leads to the conclusion that the evidence is considered sufficient for prosecution against Julian Assange, his personal presence in Sweden will be required for a trial to be carried out and for any sentence to be enforced. The Court’s arrest warrant means that Julian Assange has been arrested to secure this.

In fact, judicial policy reasons are probably decisive: allowing a fugitive to set conditions for his interrogation in spite of the courts of the requested country – the UK – having granted an European arrest warrant request would send a catastrophic signal, giving suspects around the EU a useful tip on how to evade justice. Once the extradition procedure has been launched, any other outcome would not only be a humiliating stepdown for the two court systems involved, but also a severe setback for the European arrest warrant, seen as a substantial step forward for a speedier judiciary co-operation within the EU. To sum up: prosecutors usually interrogate suspects on their premises, and there is no reason why Assange shouldn’t be treated as any other sex crime suspect in this respect.
The other solution proposed by the Assangistas is of another order altogether. Julian Assange is a well-known activist, and US authorities are widely known to want his extradition for trial for Wikileaks’ publication of US diplomatic cables. It should however be stressed that no such extradition request has been made by the US to the UK government, despite the very close diplomatic and security links between the two, the UK being the US’ closest intelligence partner. The Assangistas therefore suggest that Sweden could issue a guarantee that it would not extradite Assange to the US for any Wikileaks-related charge.
That suggestion is more difficult to dismiss. Extradition procedures are typically of a mixed nature, where courts and governments share the final decision – it is not unknown for governments to reject an extradition request in spite of court verdict allowing it. This is the case under Sweden’s law (1957:668) on extradition – its articles 1, 14 and 15 establish that an extradition request must be lodged with the Swedish justice department, the decision being taken by the government after having heard the Prosecutor general and, if the person whose extradition is sought objects to his extradition, the Supreme Court. In the last case, the government may not however overrule the Supreme Court’s judgment that an extradition would breach the law. Article 12 adds that the government may put conditions on its decision to accept an extradition request. The deciding body is thus the government, with an input by the Prosecutor general and a veto right given to the Supreme Court in case where the requested person doesn’t accept to be extradited.

Carl Bildt, the Swedish foreign minister, has however said that he is prevented from issuing such a guarantee:

Tidigare i veckan sade utrikesminister Carl Bildt till TT att skälet till att en garanti inte kan ges är enkelt:

– Rättssystemet i Sverige är oberoende. Jag kan inte göra några uttalanden som binder rättssystemet på något sätt. Då skulle jag bryta mot den svenska grundlagen.

Translation:

Earlier this week, foreign minister Carl Bildt declared to Sweden’s news agency TT that the reason why such a guarantee cannot be issued is simple:

- The Swedish court system is independent. I cannot make any declaration that bind the court system in any way. I would then be violating the Swedish constitution.

His declarations are as far as I can judge without any legal basis. As we’ve seen, Swedish extradition law clearly states that the Swedish government is the body deciding on any extradition request (with the exception of requests based on the European Arrest Warrant or the Nordic Arrest Warrant). Article 1 of that law clearly states that the government decides on extradition, and this is repeated throughout the text (articles 12, 14, 15, 17 and 21 of the law). No provision gives any court the right to decide on an extraditions request. The nearest such provision is that the government may not extradite someone for whom the Supreme Court has found that an extradition would not be in conformity with the law.

The last sentence of article 15 even says the following:

15 § Innan regeringen meddelar beslut i anledning av framställningen, skall yttrande avges av riksåklagaren. Har inte den som avses med framställningen samtyckt till att han utlämnas, skall ärendet dessutom prövas av högsta domstolen. Är det uppenbart att framställningen ej bör bifallas, skall den dock omedelbart avslås.

Translation:

Before the government takes a decision on an extradition request, an opinion is to be given by the Prosecutor general. If the person whose extradition is requested does not agree to his extradition, the case is to be transmitted to the Supreme Court. If it is manifestly evident that the extradition request should not be granted, it should however be rejected immediately.

True, no formal extradition request relating to Julian Assange has been made by the US government to the Swedish government – yet. But such a request would be ultimately decided by the Swedish government, not by the courts – unless the government would wish to overrule a Supreme Court decision that an extradition of Assange would be contrary to the extradition law (we can safely assume that Assange would object to his extradition to the US). If the Swedish government has no intention to grant such a hypothetical request, why not issue a guarantee anyway?

By doing so, the Swedish government would only make an advance, principled decision on a future, hypothetical US request for Assange’s extradition. The last sentence of article 15 of the law on extradition would allow for the government to immediately reject a request it would consider manifestly unfounded, proividing of course such a request was made. Nothing would prevent the Swedish government to make an advance statement to the effect that should any extradition request be made from a third country for Julian Assange and relating to the publication of confidential documents through Wikileaks, it would reject it. It could even cite article 6 of the law on extradition, which provides that extradition may not be sought for political crimes or for crimes of an overwhelmingly political nature.

If there is a general principle of Swedish law, or a specific provision, prohibiting an administrative body – in this case the government – from announcing in advance how it intends to decide on a specific request, I would like to know it (this is a sincere request – if better informed readers can enlighten me on this, I’d be grateful). One must furthermore note that the request in question is made by a foreign government, not by an individual. That request is of a political nature and the law on extradition does in no way prohibit the Swedish government from refusing such a request whenever it so choses. On the contrary, the law aims at safeguarding the rights of the person whose extradition is sought – for instance, no extradition is allowed of a Swedish national (article 2), or for military crimes (article 5), or for political crimes (article 6), or in the case of discrimination or persecution (article 7), or if an extradition would be inhumane (article 8) or if the person’s right to a fair trial haven’t been guaranteed (article 9). In Assange’s case, a guarantee not to extradite him to the USA would obviously be in his interest, thus being in conformity with the law’s spirit. The huge gain in working hours and litigation costs that could be saved by issuing such a guarantee to Assange’s lawyers should also be considered, not to mention the possibility for the Swedish prosecutor service to interrogate him on Swedish soil.

The real question is therefore: since there are no legal obstacles for the Swedish government to issue such  guarantee, why is it reticent to issue one? Maybe Carl Bildt has a convincing answer to that question.

The myth of the Egyptian revolution’s US- and Israel-friendliness

You’ve all read in Western – I use this term as a shorthand for « European and North American » – mainstream media how nice the Egyptian revolution was as neither the US nor Israel were at its core. This has always made me laugh – pretending that the popular protest movement would somehow be positively inclined – or indifferent – towards the US and Israel – well, you’d have never to have spoken to a protester to believe that. The youth movement that triggered the Egyptian revolution has its roots in the protest movement against Operation Defensive Shield and the Jenin bloodbath in 2002 as well as the US invasion of Iraq in 2003 – when students, islamists, leftists and liberals coalesced in grassroots protests.

Well, I don’t really know how these talking heads are going to try to gloss over this:

Revolution Youth Coalition refuses to meet Clinton

Ahram Online , Tuesday 15 Mar 2011
The January 25 Revolution Youth Coalition has announced it refuses to meet Hillary Clinton, US Secretary of State, during her visit to Egypt. The Coalition stated that the US administration was a vital supporter and ally of the ousted Mubarak regime.

The coalition, made up of six youth groups, said it did not welcome Clinton’s visit to Egypt and demanded that the US administration make a formal apology to Egypt’s people for its foreign policy towards the country in the past decades. They added that “the Egyptian people are the masters of their own land and destiny and will only accept equal relations of friendship and respect between the people of Egypt and the people of America.”   

The coalition’s declaration added that “the US administration took Egypt’s revolution lightly and supported the old regime while Egyptian blood was being spilled.” It also condemned past American policies towards Egypt and demanded that they be reformulated to achieve a balance between the interests of the Egyptian and American people. 

Clinton’s tour of the Middle East, which starts today in Egypt before taking her to Tunis, is the first cabinet-level visit to the region by the Obama administration since the revolutions in both countries.

And it takes an Egyptian newspaper to notice the unescapable:

Mubarak’s close relationship with Israel drew scorn from Tahrir protesters. Chants encouraging Mubarak to resign in Tahrir Square were frequently tailed with, “Tell him in Hebrew, maybe he doesn’t speak Arabic.”

Don’t tell Thomas Friedman, who surely must have written the stupidest column ever to have been published in the New York Times (Sarah Carr’s satire is quite good as well): he’s convinced the Egyptian revolution was caused by admiration for Obama and Israel…

Colin Powell and the « f*** crazies »

Pour vous dire à quel point Barack Obama est un candidat révolutionnaire (McCain le traite de socialiste, ce qui aux Etats-Unis est l’équivalent ailleurs dans le monde d’un sataniste cannibale pédophile): Colin Powell, l’ex-chef d’état-major de Bush père lors de la deuxième guerre du Golfe (1) et ex-secrétaire d’Etat de Bush fils lors de la troisième guerre du Golfe (celle qui a commencé en 2003 avec l’invasion illégale de l’Irak) lui a déclaré sa flamme, maintenant que son élection semble être plus que probable (même si elle n’est pas acquise – remember Florida 2000 et Dallas 1963). Si les larmes ne vous viennent pas encore aux yeux, il suffira peut-être de préciser que Barack Obama souhaite le voir dans son staff pour son boulot de dans trois mois, pour paraphraser les Guignols.

Car il faut dire que Colin Powell est un homme d’un courage politique extrême: ayant servi Bush père et fils dans deux guerres contre l’Irak (certes, seule la seconde était illégale), ayant contribué par son image de modéré – je ne sais pas trop ce que ça veut dire: probablement que Powell n’est ni Cheney ni Rumsfeld – à l’élection puis la réélection de Bush fils, et ayant défendu, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le 5 février 2003, l’existence de fantomatiques armes de destruction massive (2), le voilà qui accourt au secours de la victoire annoncée du candidat Obama. N’égorgez donc pas vos moutons tout de suite, et ne baptisez pas tous vos fils présents et à venir Colin: ni Guantanamo, ni Bagram, ni Abou Ghraïb n’avaient fait démissioner notre héros, qui fût lourdé comme un chaouch une fois la réélection de Bush acquise.

Le commentateur David Corn de Mother Jones a bien noté que ce choix n’avait rien de téméraire:

By Wilkerson’s explanation, the circumstances are indeed in place for a Powell endorsement this weekend. At this stage–with Obama opening a lead, McCain failing to win the last debate, the economic crisis continuing to dominate the news, and not much time left for a major change of direction in the campaign–such an endorsement would be rather significant but it would also be only 60-percent gutsy.

Granted, les adversaires d’Obama ne sont pas très sympas: comme le résume Kevin Drum, également chez Mother Jones, « Obama is a Black Muslim, Anti-Christian Socialist Plotting with an Evil Jewish Billionaire« . Il ne manque plus qu’une mention de Bob Ménard, Moulay Hicham, Ali Lmrabet et le réseau Belliraj pour qu’un Marocain ne se sente pas dépaysé.

Pas besoin d’être paranoïaque pour craindre le pire – et se rappeler du beau palmarès des années 60: JFK, Malcolm X, Martin Luther King et RFK. Pour être certain que c’est pire de l’autre côté, en dépit des jambes de Sarah Palin, il suffit de voir cet extrait d’Al Jazeera English repris par Lenin’s Tomb:

Pour en revenir à Powell, il ressort d’un livre que je suis en train de terminer – « The accidental American: Blair and the presidency » de James Naughtie - que Powell a fait son sale boulot de secrétaire d’Etat – c’est-à-dire ministre des affaires étrangères – de Bush sans conviction, conformément à la tradition du mercenariat militaire:

Referring to the Cheney-Rumsfeld-Wolfowitz group, Powell did not find it necessary to conceal his irritation and feeling of alienation from their view. He told Straw in one of their conversations that they were « fucking crazies ». (James Naughtie, « The accidental American« , Pan Books, London, 2005, p. 127).

Ce bouquin, consacré à la « special relationship » censée lier le Royaume-Uni aux Etats-Unis, contient une autre citation intéressante, faite par un intime de Blair profondément impliqué dans la formulation de la politique étrangère à 10, Downing Street à l’époque (3):

People speak of the special relationship with the United States. Not only is it misleading as far as Britain is concerned, it misses the truth. There is only one special relationship in Washington. That is with Israel, because it is the only foreign country that can affect domestic politics in America. (id., p. 207)

(1) Nonobstant le nombrilisme étatsunien, la première guerre du Golfe fût celle entre l’Iran et l’Irak entre 1980 et 1988.

(2) Soit dit en passant, pour le volet nucléaire de ces armes de destruction massive, les Etats-Unis sont le seul Etat au monde à en avoir fait usage.

(3) Cette description, donnée par l’auteur, semble correspondre à Sir David Manning.

« F… you, Barack Obama »

Titre tiré du site de Norman Finkelstein.

Le satiriste étatsunien Jon Stewart le dit d’une autre façon:

 

Considérez ceci:

1- Indépendamment du fait de savoir s’il a assisté à un dîner en compagnie d’Edward Said et de Rashid Khalidi il y a quinze ans, Barack Obama a, de manière répétée, donné dans la surenchère pro-israëlienne depuis le début de la campagne des primaires, virant à droite pour le coup. Normal, me direz-vous: quel candidat sérieux à un mandat électoral d’importance peut se permettre des accusations de lèse-sionisme? Aucun, j’en conviens. Mais d’un autre côté, si Barack Obama se comporte comme n’importe quel candidat lors de la campagne, quelle garantie ont ses admirateurs pour qu’il ne se comporte pas comme n’importe quel président des Etats-Unis une fois élu (et c’est probable qu’il le sera)?

Déjà en 2007, toujours devant AIPAC, il annoncait la couleur:

But in the end, we also know that we should never seek to dictate what is best for the Israelis and their security interests. No Israeli Prime Minister should ever feel dragged to or blocked from the negotiating table by the United States.

Tout récemment, il a cru devoir aller plus loin dans l’alignement total sur toute politique du gouvernement israëlien, lors de son discours à la conférence 2008 d’AIPAC – ce lobby qu’il qualifie d’ami:

I want you to know that today I’ll be speaking from my heart and as a true friend of Israel.

And I know–and I know that when I visit AIPAC I’m among friends–good friends, friends who share my strong commitment to make sure that the bond between the United States and Israel is unbreakable today, unbreakable tomorrow–unbreakable forever.

(…) We know that the establishment of Israel was just and necessary, rooted in centuries of struggle and decades of patient work, but 60 years later we know that we cannot relent, we cannot yield, and as President I will never compromise when it comes to Israel’s security.

And please give me a break: ne me parlez pas de William Clinton – ce n’est pas parce qu’il a mangé du couscous avec la main lors de l’enterrement de Hassan II que William Clinton est devenu un disciple d’Edward Said – de la même façon que ce n’est pas parce Chirac a remonté les bretelles à un garde du corps israëlien qu’il était l’héritier spirituel de Salahdin ou de Gamal Abdel Nasser. Son soutien à Israël fût inconditionnel lors des désastreuses négociations de Camp David en juillet 2000, lors desquelles il fit un ultimatum inacceptable à Arafat.

2- Supposons néanmoins que l’attitude d’Obama vis-à-vis de la Palestine ne soit que le fruit du cynisme électoral – montrer patte blanche, si j’ose dire, afin de se faire élire, au prix d’étouffer ses convictions supposées sur le fardeau pesant sur le peuple palestinien. Qu’est ce qui indique dans un tel cas de figure qu’il soit amené à infléchir ses discours de campagne et à mener une politique équilibrée, et donc favorable à la partie opprimée, au Moyen-Orient? Petit rappel: deux ans après les présidentielles, un éventuel président Obama aura à faire face à des élections législatives (renouvellement de la Chambre des représentants et renouvellement d’un tiers du Sénat). Il sera sans doute également tenté, comme l’ont été tous les présidents depuis Roosevelt (à la seule exception de Lyndon B Johnson en 1968 ) de se représenter pour un second mandat en 2012. Dès lors, si le poids électoral d’AIPAC l’empêcherait d’exprimer ses vraies opinions lors de la présente campagne, ses admirateurs pourraient-ils m’expliquer en quoi ce poids électoral d’AIPAC s’évaporerait après le 4 novembre 2008?

3- Comme vous le savez, les Etats-Unis ignorent – que Dieu les prenne en pitié – les concepts de monarchie exécutive ou de nouveau concept de l’autorité. Cela signifie que le Président ne peut tout faire et qu’il doit en particulirer composer avec le Congrès, qui ne lui est pas forcément inféodé même s’il partage la même étiquette partisane – et il semble probable à ce stade que les Démocrates s’acheminenent vers une majorité accrue dans les deux chambres du Congrès. Quelles que soient les convictions personnelles du président Obama sur la Palestine – je pars de l’hypothèse non vérifiée qu’il aurait des convictions personnelles équilibrées sur la question, donc diamétralement opposées à la politique des présidents étatsuniens depuis Eisenhower (1) ainsi qu’aux déclarations officielles du candidat Obama – le Congrès, confronté aux électeurs chaque deux ans et instruit du précédent Cynthia Mc Kinney, sera lui tenu à mesurer avec plus d’acuité l’intérêt de bonnes relations avec AIPAC et Israël.

4- Quelqu’un parmi les admirateurs de Barack Obama pourrait-il m’expliquer la différence entre:

« I’ll do everything in my power to prevent Iran from obtaining a nuclear weapon. Everything »

(discours de Barack Obama devant le congrès annuel d’AIPAC, le 4 juin 2008)

« We must stop the Iranian threat by all possible means »

(discours d’Ehoud Olmert devant le congrès annuel d’AIPAC, le 4 juin 2008)

« I want the Iranians to know that if I’m the president, we will attack Iran »

« In the next 10 years, during which they might foolishly consider launching an attack on Israel, we would be able to totally obliterate them. »

(discours de campagne de Hillary Clinton, le 22 mars 2008 – Barack Obama n’a critiqué cette déclaration que timidement)

« Israel will not tolerate a nuclear Iran; and I’d like to believe that the rest of the world will not allow it to happen. All is fair in the efforts to make sure it doesn’t’ happen. »

(discours à Yale le 30 avril 2008 de Shaul Mofaz, ministre israëlien des transports et ancien chef d’état-major de l’armée israëlienne)

Bref: que ceux qui s’attendent à un président étatsunien réformiste au Moyen-Orient se préparent à la même désillusion que les réformistes iraniens qui voyaient en Mohamed Khatami, président iranien de 1997 à 2005, un espoir de changement réel.

 

(1) Une mention particulière cependant pour James Carter, qui obtint le retrait total du Sinaï par Israël en échange d’un accord de paix avec l’Egypte, et pour George Bush sr., qui, avec l’aide de James Baker, imposa un gel des garanties financières octroyées par les Etats-Unis à Israël, d’une valeur de 10 milliards de dollars, en raison de la colonisation continue des territoires occupés en 1967 (c’était bien évidemment dans le contexte de la première guerre contre l’Irak, en 1991).

Plus haredi que le rabbin Loubavitch…

Je m’amuse pas mal ces derniers temps, après la semaine noire de la politique moyen-orientale étatsunienne, qui a vu:

1-L’annonce officielle de négociations indirectes entre Israël et la Syrie au sujet d’une paix éventuelle incluant le retour du Golan occupé à la Syrie (1), quelques jours après le discours de Bush devant le parlement israëlien condamnant tout dialogue avec « des dictatures et des terroristes« , termes qui désignent dans le langage courant les Etats et les courants politiques qui se distinguent non pas par le seul usage de la violence et de la répression, mais par l’usage de la violence et de la répression dans un sens contraire à celui de la politique étrangère étatsunienne.  

2- L’annonce officielle de négociations entre Israël et le Hamas dans le même laps de temps – là encore, pas d’optimisme débridé.

3- La fessée déculottée du bloc du 14 mars (Hariri, Jumblatt, Ja’ja) au Liban, confirmée par les accords de Doha, laquelle fessée déculottée a placé en position difficile les alliés les plus inconditionnels des Etats-Unis au Liban, déçus que l’armée étatsunienne ne soit pas intervenue contre le Hezbollah – le rôle du gouvernement étatsunien semble effectivement difficile à cerner.

4- Un éditorialiste étatsunien, connu pour sa proximité avec Israël, ancien chroniqueur du Jerusalem Post (journal de tendance Likoud), reconnaît que ça va un peu loin:

The unsentimental analysis of men like Mr. Olmert and Mr. Barak came to mind this week as I spoke to Barack Obama about his views on Israel. He spoke with seemingly genuine feeling about the post-Holocaust necessity of Israel; about his cultural affinity with Jews (he may be the first presidential candidate to confess that his sensibility was shaped in part by the novels of Philip Roth); and about his adamant opposition to the terrorist group Hamas. He offered some mild criticism of the settlement movement (“not helpful”) and promised to be unyielding in his commitment to Israeli security.

There are some Jews who would be made anxious by Mr. Obama even if he changed his first name to Baruch and had his bar mitzvah on Masada. But after speaking with him it struck me that, by the standards of rhetorical correctness maintained by such groups as the Conference of Presidents and the American Israel Public Affairs Committee, or Aipac, Mr. Obama is actually more pro-Israel than either Ehud Olmert or Ehud Barak. (To say nothing of John McCain and President George W. Bush, who spoke to the Knesset last week about external threats to Israel’s safety but made no mention of the country’s missteps.)

This is an existentially unhealthy state of affairs. I am not wishing that the next president be hostile to Israel, God forbid. But what Israel needs is an American president who not only helps defend it against the existential threat posed by Iran and Islamic fundamentalism, but helps it to come to grips with the existential threat from within. A pro-Israel president today would be one who prods the Jewish state — publicly, continuously and vociferously — to create conditions on the West Bank that would allow for the birth of a moderate Palestinian state. Most American Jewish leaders are opposed, not without reason, to negotiations with Hamas, but if the moderates aren’t strengthened, Hamas will be the only party left.

Comment dit-on plus catholique que le pape en hébreu?

(1) Ne révez pas les yeux ouverts cependant: Comme d’habitude, Israël est très peu disposé à la moindre concession sérieuse.

Accord de Doha sur le Liban – cherchez l’erreur…

L’International Herald Tribune, qui n’est pas à proprement parler un brûlot antimpérialiste, titre « Lebanon agreement shifts power to Hezbollah« :

An agreement reached by Lebanese political factions early Wednesday amounted to a significant shift of power in favor of the militant Shiite group Hezbollah and its allies in the opposition, who won the power to veto any cabinet decision.

The sweeping deal to form a new government promised an end to 18 months of crippling political deadlock here, and underscored the rising power of Iran and Syria, which have backed Hezbollah in a proxy battle against the governing coalition and its American and Saudi allies.

Les fins connaisseurs goûteront le ton nouveau de Walid bey, qui tranche quelque peu avec celui qu’il avait il y a quelques semaines:

« We avoided civil war, » said Walid Jumblatt, a key leader of the governing coalition. He added that the agreement calls for a future dialogue on weapons, a clause that he and other government leaders hope will eventually allow them to raise the controversial issue of Hezbollah’s arsenal.

Là où il est permis d’esquisser un sourire c’est quand on lit la réaction de la Médi 1 étatsunienne, à savoir Voice of America, réaction – « US Welcomes Lebanon Agreement » – qui pourrait dérouter de prime abord:

The Doha agreement gives the Lebanese opposition, led by Hezbollah, veto power in a new cabinet and does not call for the Iranian-backed militia to disarm.

But U.S. officials say the deal does end the stalemate over electing a new president, and is far preferable to the possible alternative, a new round of Lebanese civil warfare.

The officials also say that Hezbollah, and by extension its Iranian and Syrian sponsors, sustained political damage in the Arab world when the militant Shiite group attacked government supporters in Beirut earlier this month.

Assistant U.S. Secretary of State for Near Eastern Affairs David Welch told reporters the deal in Qatar is a welcome development, and what he termed a necessary and positive step toward fulfilling the Arab League initiative on Lebanon, starting with the anticipated election Sunday of army chief Michel Suleiman as president.

Comment on dit « shit-eating grin » en arabe?

Pour mémoire, les Etats-Unis ont déclaré Hezbollah organisation terroriste et ont initialement insisté – ce n’est officiellement plus le cas maintenant – pour la mise en oeuvre de la résolution 1559 du Conseil de sécurité appelant au désarmement du Hezbollah. Ils se déclarent maintenant satisfaits d’un accord donnant à ce groupe terroriste un droit de veto au conseil du gouvernement de ses alliés libanais du 14 mars. Yeah, right. On top of it, leur fidèle allié Fouad Siniora, premier ministre libanais en exercice, est quasiment assuré de ne plus être de la partie à compter de l’élection ce dimanche du général Michel Sleimane à la présidence libanaise.

L’amusement de l’observateur va plus loin lorsqu’il lit que le président Bush a reçu le patriarche maronite Nasrallah Sfeïr – « Bush Stresses Support for Army During Talks with Sfeir » – en lui déclarant son soutien à l’armée libanaise, dirigée par le futur président, Michel Sleimane, rangé parmi les pro-syriens, armée qui a globalement été l’alliée objective du Hezbollah lors des quelques jours de guerre civile il y a plus d’une semaine. Le Washington Institute for Near East Policy, un think-tank pro-israëlien, dans une note titrée « Lebanese Crisis Ends: Hizballah Victory or Temporary Truce? », ne s’y trompe pas:

For Washington, these developments should prompt a reevaluation of how it supports the Lebanese government. Since 2005, the administration’s strategy to strengthen Beirut has been primarily to support the LAF: from 2005 to 2008, Washington provided more than $250 million in military assistance to the army, making Lebanon the second largest per capita recipient of U.S. military funding in the world. However, during the crisis, the LAF did nothing to protect the government and national institutions because of the fear that intervention would cause the army to fragment along sectarian lines. Support for the LAF is a long-term project, but will do little in the short run to help U.S. allies in Beirut.

Si on ajoute à cette brillante réussite étatsunienne l’annonce officielle de négociations indirectes syro-israëliennes sur un accord de paix, et celle de négociations avec le Hamas, quelques jours après que Bush ait écarté toute négociation avec la Syrie, le Hamas et le Hezbollah dans un discours devant le parlement israëlien, on peut avancer sans risque excessif de se tromper que cette semaine a été très difficile pour les Etats-Unis et ses alliés arabes - pensons notamment à l’Arabie séoudite, éclipsée par un Qatar qui n’a jamais brûlé les ponts avec l’Iran et la Syrie:

So the March 14th alliance appears to have beaten a diplomatic retreat that, while helping Hizbullah to consecrate its armed presence, is likely to spare Lebanon more immediate trouble. Yet the real losers may not be the loyalist camp, which could, conceivably, win another election, but rather its foreign sponsors, especially the United States and Saudi Arabia, which had pushed hard for Hizbullah to be cornered.

Ceci étant, les négociations Syrie-Israël pourraient réserver des mauvaises surprises pour le Hezbollah, du moins selon des analystes proches des Etats-Unis, qui prennent sans doute leurs voeux pour des réalités…

Un autre qui doit avoir passé une mauvaise semaine, c’est Michel Aoun, allié du Hezbollah, qui sait désormais qu’il ne sera sans doute jamais président du Liban…

Enfin, un bon récapitulatif sur l’accord de Doha est disponible sur le site de RFI:

- Une séance du Parlement doit avoir lieu dans les 24 heures suivant la conclusion de l’accord, afin d’élire un président de la République. Il s’agira de l’actuel chef de l’armée Michel Sleimane.

- Un gouvernement d’union de 30 membres doit être formé. Il comprendra 16 ministres de la majorité et 11 de l’opposition. Les 3 restants seront nommés par le président de la République.

- Les parties s’engagent à ne pas démissionner du gouvernement et à ne pas paralyser son action (c’est la stratégie que l’opposition avait pratiquée fin-2006, lorsque ses ministres avaient quitté le gouvernement)

- Interdiction du recours aux armes à des fins politiques

- Adoption de la loi électorale de 1960 (qui n’était plus en vigueur) pour les législatives de l’an prochain. Avec toutefois des amendements concernant le découpage électoral de Beyrouth (la capitale envoie 19 députés sur un total de 128 au Parlement libanais).

- Le nouveau président conduira un dialogue visant à étendre l’autorité de l’Etat dans tout le pays.

- L’autorité sur les forces de sécurité et forces militaires est entre les mains de l’Etat

- Les dirigeants libanais s’abstiendront d’user d’un langage exacerbant les tensions politiques.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 110 autres abonnés

%d blogueurs aiment cette page :