Rapport intéressant sur la lutte anti-terroriste étatsunienne au Sahara

Le Finnish Institute for International Affairs a publié en fin 2007 un rapport assez exhaustif (the-trans-saharan-counter-terrorism-initiative.pdf) sur l’iniative étatsunienne de lutte contre le terrorisme au Sahara (TSCTI) – une initiative dont certaines retombées sont bénéfiques pour le Maroc, l’existence d’une guérilla armée présente dans des camps de réfugiés au Sahara algérien, dans une zone aux frontières internationales poreuses, n’étant sans doute pas idéale du point de vue de la lutte anti-terroriste, même si rien à ce jour ne permet de lier le Polisario aux actions terroristes ayant récemment défrayé la chronique en Algérie et en Mauritanie.

Le Maroc y est désigné d’Etat périphérique dans la perspective de cette initiative, qui se focalise principalement sur le Tchad, le Niger, le Mali et la Mauritanie – l’Algérie est quant à elle qualifiée d’Etat-pivot et se voit consacrer 9 pages (2 pages pour le Maroc).

La thèse des deux chercheurs, Toby Archer et Tihomir Popovic, est intéressante: l’apparition de la TSCTI serait liée moins à des considérations géopolitiques incertaines qu’à la volonté de l’EuCom (Headquarters United States European Command) d’avoir une partie de la lutte militaire contre le terrorisme dans son périmètre d’action géographique, qui englobe l’Afrique (une action militaire étatsunienne contre le terrorisme en Europe paraît en effet difficilement envisageable) (cf. p. 10).

Florilège:

Governments in the region have readily accepted US offers of military assistance, often with motives other than assisting in the ill-defined struggle against global terrorism. It is even possible that one country in particular, Algeria, is manipulating the terrorist events that the United States points to as the justification for its presence in the region (p.8).

L’Algérie y est considérée comme la cause majeure du terrorisme dans la région:

Algeria was not covered under the original PSI, but is now part of the TSCTI. It is central to the regional security complex and arguably the cause of the terrorism in the wider Saharan region. Its inclusion in the TSCTI is therefore logical but US military involvement in the country may be a double-edged sword.

Passons à la description du cas du Maroc:

Morocco has undergone important changes since the beginning of the 1990s and, whilst it is not yet a full democracy, it has made significant progress away from autocracy and oppressive government.

Les auteurs abordent ensuite l’implication de Marocains dans le terrorisme islamiste en Europe, et les attentats terroristes au Maroc, et mettent en doute l’existence de liens organiques entre les deux phénomènes (p. 34), mais donnent des informations peu crédibles – ainsi, ils affirment, en se basant sur un article du Monde diplomatique, que 166 personnes auraient été tuées au Maroc en 2002 pour avoir été de « mauvais musulmans » (p. 34) – affirmation surprenante, on peut présumer qu’une psychose aurait saisi l’opinion marocaine si tel avait été le cas – à titre de comparaison, 166 morts en une année c’est sans doute plus que la Rote armee fraktion ou les Brigate rosse n’ont jamais tué en une seule année…

Le rapport souligne que les liens internationaux de groupes terroristes marocains se font pas avec le voisinage immédiat du Maroc, mais principalement en Europe ou en Irak (p. 35):

Nevertheless, none of Morocco’s problems with terrorism seem to be connected to the countries to its south or to the Saharan region, but rather they are internal or linked to Europe or even Iraq. Notably, the jihadi groups of Algeria do not seem to have created any operable links to the Moroccan jihadi groups: the violence that shook Algeria through the 1990s clearly was of great concern to the Moroccan authorities and, as a result, the security services did their best to insulate the country – including closing the border completely in 1994 and breaking diplomatic relations with Algeria, along with the imprisonment of many Islamist activists in the 1990s. Recent news reports (admittedly based on Moroccan intelligence sources) suggest that if there is coordination going on between North African groups, it is now taking place in Iraq, and not in Africa at all, and this coordination includes activists who are based in Europe, although it may be that the arrests that led to this information being revealed will have “dismantled [the] terrorist structure as it was being formed” as Moroccan officials have said.

On notera cependant une erreur supplémentaire, outre celle sur les 166 assassinats imaginaires, dans le bref passage relatif au Maroc: le Maroc n’a jamais rompu ses relations diplomatiques avec l’Algérie en 1994, mais simplement fermé ses frontières.

Pour être complet, le rapport évoque également les cas de la Mauritanie et de la Tunisie.

Le site du Finnish Institute for International Affairs contient par ailleurs d’autres publications intéressantes, dont beaucoup en anglais, et principalement axés sur la zone de l’Europe de l’est et balkanique et de la Russie, mais également sur le Moyen-Orient. On y trouve ainsi une étude sur les partis islamistes et le dialogue avec l’Europe, de nombreux briefing papers, rapports et d’encore plus nombreux working papers, dont un récent sur le clivage sunnites-chiites au Moyen-Orient.

Une Réponse

  1. […] si vous un problème judiciaire au Maroc, ne demandez pas l’aide du Polisario“ – “Rapport intéressant sur la lutte anti-terroriste étatsunienne au Sahara“ – ““principal parti d’opposition au Maroc, Ennahj Eddimocrati (la voie […]

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