Du statut juridique des langues berbères et étrangères en droit marocain

Deux événements récents ont remis à l’ordre du jour la question du statut juridique de la – ou plutôt des – langue-s berbère-s au Maroc. Tout d’abord l’incident dans un commissariat de police casablancais, où une citoyenne, exclusivement berbérophone selon ce qu’en a rapporté la presse, avait voulu déposer plainte dans un litige successoral, mais n’avait pu communiquer avec le policier de faction, ne parlant pas l’arabe, et ce dernier ne parlant pas le berbère. Elle était cependant accompagnée de membres de l’association berbère Azetta. Précédemment, encore un cas de refus d’inscription de prénom berbère à l’état-civil a défrayé la chronique: une petite orpheline ayant fait l’objet d’une kafala, le couple berbère résidant à Larache l’ayant accueillie souhaitait modifier son prénom à l’état-civil, d’Ibtihal à Illy (prénom berbère signifiant « ma fille« ). Refus de l’officier d’état-civil, puis du juge . Le raisonnement du tribunal de première instance de Larache – le jugement a été traduit ici – est intéressant, puisqu’il ne s’est pas fondé sur le caractère ou non marocain du prénom « Illy », mais plutôt sur le fait qu’un tel prénom n’était pas adapté au statut d’enfant pris en charge au titre de la kafala, statut différent de celui de l’enfant adoptif, l’adoption n’étant pas reconnue en droit marocain, et la kafala n’entraînant aucun effet au regard de la filiation (article 149 du Code de la famille).

Qu’en est-il alors du statut juridique des langues, marocaines et étrangères, en droit marocain?

Précisions d’emblée que le droit marocain comprend très peu de dispositions spécifiques relatives aux langues et à leur statut. La Constitution se contente de proclamer, dans son préambule, l’arabe langue officielle du Royaume. Il en découle logiquement que l’arabe est la langue officielle des institutions publiques dans l’exercice de leurs fonctions officielles. Mais ceci n’épuise pas la question: rien ne dit par exemple si d’autres langues peuvent être utilisées parallèlement à la langue arabe. Rien ne dit non plus si d’autres langues peuvent se voir accorder d’autres statuts, autres que « langue officielle » – langue de travail ou d’enseignement, par exemple. Il n’y a donc, en théorie, pas de restriction constitutionnelle expresse à l’utilisation d’autres langues que l’arabe par l’administration marocaine, pourvu que la langue arabe soit utilisée dans les fonctions officielles (et notamment l’activité législative et réglementaire): on peut ainsi concevoir que d’autres langues soient utilisées en parallèle.

Cette hypothèse se vérifie en pratique. S’il n’y aucune loi relative à l’usage des langues dans l’administration, il y par contre des textes législatifs et réglementaires contenant des dispositions éparses. Plusieurs textes d’entre eux accordent ainsi un statut particulier au français: l’article 23 de la loi n° 37-99 relative à l’état civil impose ainsi que le livret de famille soit établi en caractères latins et en caractères arabes. L’arrêté du ministre de l’intérieur n° 836-03 du 21 safar 1424 fixant le modèle du livret de famille (B.O. du 5 juin 2003) est plus explicite: son article premier indique ainsi toute une série de mentions devant obligatoirement figurer en langue française, en sus bien évidemment de l’arabe. Des dispositions similaires se retrouvent à l’article 3 de la loi n° 35-06 instituant la carte nationale d’identité électronique.

De même, l’article 2 du décret n° 2-00-368 du 18 rabii II 1425 pris pour l’application de la loi n° 17-97 relative à la protection de la propriété Industrielle (B.O. n° 5222 du 17 juin 2004) dispose:

Les demandes de titres de propriété industrielle prévues par la loi n° 17-97 précitée ainsi que les demandes relatives aux actes ultérieurs afférents auxdits titres, à l’exception des décisions judiciaires qui y sont prévues, sont présentées selon les formulaires fournis à cet effet par l’Office, en langue arabe ou en langue française .

Nombreuses sont les dispositions, surtout dans le domaine économique, où les textes officiels sont bilingues – il en va ainsi du cahier des charges d’Itissalat al Maghrib, avalisé par le décret n° 2-07-932 du 23 joumada II 1428 portant approbation du cahier des charges particulier pour la réalisation des missions du service universel par Itissalat Al-Maghrib, l’article 22 du cahier des charges disposant cependant que « la version arabe fait foi devant les tribunaux marocains« .

D’autres textes réglementaires accordent un statut à d’autres langues que l’arabe, sans privilégier la langue française. Il en va ainsi du décret n° 2-01-1016 du 22 rabii I 1423 réglementant les conditions d’étiquetage et de présentation des denrées alimentaires. (B.O du 6 juin 2002), qui prévoit ceci à son article 4:

Toutes les mentions obligatoires de l’étiquetage doivent être facilement compréhensibles, rédigées en langue arabe et éventuellement en toutes autres langues et sans autres abréviations que celles prévues par la réglementation ou les conventions internationales. Elles sont inscrites à un endroit apparent et de manière à être visibles, clairement lisibles et indélébiles. Elles ne doivent en aucune façon être dissimulées, voilées ou séparées par d’autres indications ou images.

Peuvent être dispensés par arrêté du ministre chargé de l’agriculture de l’utilisation de la langue arabe au niveau de leur étiquetage, certains produits importés ou destinés à une clientèle particulière et certaines boissons fabriquées localement.

Le second alinéa vise tout particulièrement les boissons alcoolisées…

Il en va de même en matière de marchés publics: l’article 18.7 du décret n° 2-06-388 du 16 moharrem 1428 fixant les conditions et les formes de passation des marchés de l’Etat ainsi que certaines règles relatives à leur gestion et à leur contrôle. (B.O. n° 5518 du 19 avril 2007) prévoit que le maître d’ouvrage (2) prévoit « la ou les langues dans lesquelles doivent être établies les pièces contenues dans les dossiers et les offres présentées par les concurrents » – il peut donc implicitement opter pour une langue étrangère.

Et ne parlons pas de l’enseignement, où le français est la première langue étrangère, obligatoire qui plus est, et la seule langue d’enseignement des matières scientifiques à l’université.

De manière symboliquement plus importante, la publication des textes législatifs et réglementaires au Bulletin officiel du Royaume du Maroc se fait non seulement en version arabe, mais également en traduction en langue étrangère – de facto, le français – même si je crois qu’une version espagnole a existé quelques temps après l’indépendance – en vertu du décret n° 2-80-52 du 6 hija 1400 (16 octobre 1980) relatif aux éditions du Bulletin officiel.

D’autres textes réglementaires exigent d’opérateurs privés l’usage de langues autres que l’arabe. L’arrêté du ministre du tourisme n° 1751-02 du 23 chaoual 1424 fixant les normes de classement des établissements touristiques (B.O. du 4 mars 2004) pose quant à lui des conditions de connaissance linguistique d’autres langues que l’arabe – le français et l’anglais étant nommément cités – du personnel d’établissements hôteliers en vue de leur homologation (les fameuses étoiles des hôtels). Les différentes décisions du Conseil supérieur de la communication audiovisuelle avalisant les cahiers de charges des chaînes de radio et de télévision autorisées à émettre sur le réseau hertzien prévoient le plus souvent une programmation en arabe et en langues étrangères – le cahier des charges de la station du gouvernement étatsunien radio Sawa est même établi en anglais, en sus des langues arabe et française, étant cependant précisé à son article 28, que la version arabe prévaut sur les autres. Le décret n° 2-61-161 (7 safar 1382) portant réglementation de l’aéronautique civile (B.O. 27 juillet 1962, et rectif. B.O. 21 septembre 1962) prévoit, en son article 35, que les licences de pilote et de parachutiste sont délivrées en langue arabe et en langue française ou anglaise. Le décret n° 2-80-122 (5 moharrem 1402) relatif aux transports privés en commun de personnes (B.O. 4 novembre 1981) fait également obligation aux transporteurs privés d’avoir certaines inscriptions bilingues (articles 22 et 51).

Il est cependant des domaines où l’usage de la langue officielle est exclusif de toute autre langue: il en va ainsi de la justice, en vertu de l’arrêté du ministre de la justice n° 414-65 relatif à l’utilisation de la langue arabe devant les juridictions du royaume (B.O. 18 août 1965):

Article premier : A partir du 1 juillet 1965, toutes les requêtes, tous mémoires en réponse, toutes conclusions déposés devant les différentes juridictions doivent être rédigés exclusivement en arabe.

Cet arrêté ne fait que mettre en oeuvre l’article 5 de la loi n° 3-64 du 26 janvier 1965 (22 ramadan 1384) relative à l’unification des tribunaux (B.O. 3 février 1965):

Seule la langue arabe est admise devant les tribunaux marocains tant pour les débats et les plaidoiries que pour la rédaction des jugements.

Notons cependant qu’une réforme récente du Code de procédure civile permet aux parties à une procédure d’arbitrage, même si ces parties sont marocaines, de décider d’utiliser une autre langue de procédure que l’arabe devant le tribunal arbitral (cf. article 327-13). Si la sentence arbitrale ainsi rendue l’est dans une langue étrangère, une traduction en arabe doit cependant être produite si l’exécution forcée de la sentence est demandée (articles 327-31 et 327-47 du Code de procédure civile).

Lorsque des documents en d’autres langues doivent être utilisés dans un procès devant des tribunaux marocains, ils doivent donc en théorie être traduits par un traducteur assermenté. Les études dans les facultés de droit marocaines peuvent cependant se faire en langue française, des sections françaises existant dans toutes les facultés de droit du pays. Le concours d’accès à la profession d’avocat prévoit ainsi que les épreuves écrites peuvent avoir lieu soit en arabe, soit en français, les épreuves orales devant cependant obligatoirement avoir lieu en arabe (cf. l’article 6 du décret n° 2-81-276 (6 rebia II 1402) déterminant les modalités d’obtention du certificat d’aptitude à la profession d’avocat (B.O. 3 février 1982)).

Dans le domaine pénitentiaire – les prisons dépendent du ministère de la justice – le régime linguistique s’apparente par endroits à celui de l’usage exclusif de l’arabe devant les tribunaux: c’est ainsi que la correspondance des détenus avec l’extérieur étant soumise à censure, celle-ci doit être rédigée en langue arabe ou traduite en arabe afin de permettre ladite censure, conformément à l’article 90 alinéa 2 de la loi n° 23-98 relative à l’organisation et au fonctionnement des établissements pénitentiaires. (B.O du 16 septembre 1999). L’article 51 de la loi interdit cependant toute discrimination en fonction notamment de la langue, et l’article 59 alinéa 2 permet au détenu ne comprenant pas l’arabe de se faire assister devant le conseil de discipline.

Citons enfin, pour mémoire, les nombreux restes législatifs et réglementaires de l’occupation française, demeurés souvent inchangés après plus de cinquante années d’indépendance: l’article 14 du dahir du 12 août 1913 (9 ramadan 1331) sur l’immatriculation des immeubles (B.O. 12 septembre 1913) impose à tout requérant à l’immatriculation d’un terrain de présenter une traduction in extenso en langue française des documents qu’il présente à l’appui de sa demande. S’agissant des requêtes de permis de recherche en matière minière, l’article 18 du dahir du 16 avril 1951 (9 rejeb 1370) portant règlement minier au Maroc prévoit certes que les requêtes peuvent être rédigées en arabe ou en français, mais impose l’usage exclusif du français pour tous les autres documents.

Par ailleurs, il convient de préciser que l’usage des langues en matière privée, c’est-à-dire dans les relations entre personnes privées, est libre en droit marocain. Aucune disposition légale (par exemple Code de commerce, Code du travail, dahir formant Code des obligations et des contrats) n’exige par exemple que les contrats, l’affichage ou la publicité soient rédigés en une langue donnée, ni que les relations professionnelles ou les activités internes des partis politiques, des associations, des coopératives ou des sociétés aient lieu en une langue donnée – ceci distingue le droit marocain, extrémement libéral en la matière, des droits français, belge ou québecois par exemple, qui régissent de manière parfois détaillée l’usage des langues par des personnes privées.

S’agissant des langues berbères (3), leur statut légal est récent. Quelques textes épars faisaient bien, après l’indépendance, état de ces langues – citons notamment un arrêté ministériel n° 869-74 du 28 joumada II 1394 (19 juillet 1974) portant règlement du concours pour le recrutement des speakers relevant du ministère d’Etat chargé de l’information évoquant le recrutement de speakers de radio pratiquant un « dialecte berbère (tamazight, tachalhit, tarifit)« . Mais c’est l’avénement au trône de SM Mohammed VI qui laissera des traces normatives.

C’est dans le domaine de l’enseignement que la reconnaissance légale des langues berbères se concrétisa: l’article 1 de la loi n° 01-00 portant organisation de l’enseignement supérieur dispose ainsi que « l’enseignement supérieur (…) œuvre à la poursuite du développement de l’enseignement en langue arabe dans les différents domaines de formation, à la mobilisation des moyens nécessaires aux études et à la recherche sur la langue et la culture Amazigh et à la maîtrise des langues étrangères et ce, dans le cadre d’une programmation définie pour la réalisation de ces objectifs« . Mais c’est là la seule disposition de ce texte relative au berbère.

La loi n° 07-00 créant les académies régionales d’éducation et de formation contient aussi une disposition relative au berbère (article 2.1):

Dans les limites de son ressort territorial et dans le cadre des attributions qui lui sont dévolues ci-après, l’Académie est chargée de la mise en œuvre de la politique éducative et de formation, compte tenu des priorités et des objectifs nationaux établis par l’autorité de tutelle.
A ce titre elle a pour missions :
1 – d’élaborer un projet de développement de l’Académie, composé d’un ensemble de mesures et actions prioritaires au niveau de la scolarisation conformément aux orientations et objectifs nationaux et d’intégrer en matière pédagogique les spécificités et les données socio-économiques et culturelles régionales dont l’amazigh ;

La encore, une déclaration d’intention plus qu’une disposition normative. La loi n° 05-00 relative au statut de l’enseignement préscolaire va, dans son article 1, un peu plus loin:

L’enseignement préscolaire est l’étape éducative dispensée par les établissements ouverts aux enfants âgés de quatre ans révolus à six ans.

Il a pour objectif de garantir à tous les enfants marocains le maximum d’égalité de chances pour accéder à l’enseignement scolaire, de faciliter leur épanouissement physique, cognitif et affectif et de développer leur autonomie et leur socialisation par (…) la préparation à l’apprentissage de la lecture et l’écriture en langue arabe, notamment à travers la maîtrise de l’expression orale, en s’appuyant sur la langue amazigh ou tout autre dialecte local pour faciliter l’initiation à la lecture et à l’écriture.

La véritable reconnaissance de la langue berbère est venue par la création de l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) par le dahir n°1-01-299 du 17 octobre 2001. Les missions de l’IRCAM sont de concourir « à la mise en œuvre des politiques retenues par Notre Majesté et devant permettre l’introduction de l’amazigh dans le système éducatif et assurer à l’amazigh son rayonnement dans l’espace social, culturel et médiatique, national, régional et local » (article 2 du dahir). On notera avec intérêt que les espaces administratif, politique, commercial et judiciaire ne sont pas mentionnés…

Enfin, la loi n° 77-03 relative à la communication audiovisuelle (B.O. n° 5288 du 3 février 2005) inclut explicitement les productions audiovisuelles en langue berbère parmi la production audiovisuelle nationale marocaine telle que définie et privilégiée par cette loi (article 1.11).

Comme on le voit donc, aucune disposition n’accorde aux citoyens marocains le droit d’utiliser le berbère dans leurs relations avec l’administration, mais aucune disposition n’interdit non plus à cette dernière la faculté d’utiliser le berbère dans ses relations avec les administrés, mis à part le domaine judiciaire où l’utilisation de l’arabe est exclusif. A titre d’exemple, aucune disposition de la la loi n° 78-00 portant charte communale. (B.O du 21 novembre 2002) n’impose l’usage de l’arabe, exclusif ou non, dans les travaux des organes communaux.

Une question à part est celle de l’utilisation de prénoms autres qu’arabes. La loi n° 37-99 relative à l’état civil traite de la forme des prénoms autorisés à l’article 21 (1):

Le prénom choisi par la personne faisant la déclaration de naissance en vue de l’inscription sur les registres de l’état civil doit présenter un caractère marocain et ne doit être ni un nom de famille ni un nom composé de plus de deux prénoms, ni un nom de ville, de village ou de tribu, comme il ne doit pas être de nature à porter atteinte aux bonnes moeurs ou à l’ordre public.

La disposition selon laquelle les prénoms figurant à l’état-civil doivent avoir un caractère marocain n’est pas choquante en soi – elle figure dans les lois d’état-civil d’autres pays, y compris en Europe. Il faut néanmoins reconnaître que certains pays – les Etats-Unis notamment – ont traditionnellement accordé une liberté quasi-totale en la matière aux parents, permettant ainsi l’enregistrement de prénoms variés et orginaux. Conséquence directe cependant de cette liberté de choix, il est également très facile de changer de prénom, voire de nom de famille, l’identité étant fixée par le numéro de sécurité sociale. Fin de la parenthèse comparatiste.

Le problème est le sens donné par les autorités d’état-civil, qui dépendent du ministère de l’intérieur, à la notion de « caractère marocain« . Une circulaire du ministère de l’intérieur, datant du 12 mai 1997 et donc de l’époque de Driss Basri, avait ainsi dressé une liste officielle, apparemment établie par l’historiographe du Royaume, Abdelwahab Belmansour, ne reconnaissant que quelques prénoms berbères – Lahcen et Amghar pour les garçons notamment, les prénoms arabes représentant de fait la totalité des prénoms autorisés. Il est pour moi incompréhensible que seuls les prénoms arabes soient considérés comme marocains aux yeux de la loi, et la reconnaissance de quelques prénoms berbères tels les deux précités, sans doute trop répandus pour pouvoir être proscrits, montre bien l’incohérence de la position officielle: car soit les prénoms berbères ne sont pas marocains (absurde!), et alors on ne voit pas ce que Lahcen et Amghar feraient dans cette liste, soit ils peuvent être considérés comme marocains (ce que montre l’inscription de Lahcen et Amghar dans cette liste), et alors on ne voit pas ce qui justifierait l’exclusion d’autres prénoms berbères.

On notera que ce n’est pas la loi elle-même qui est discriminatoire par ses termes, mais plutôt la circulaire adoptée par la ministre de l’intérieur. Comme chacun sait, une circulaire a une valeur juridique inférieure à celle de la loi ou du réglement, et à partir du moment où la loi accorde à chaque Marocain le droit de choisir des prénoms marocains à ses enfants, une circulaire ne peut retirer ce droit, qui plus est sur un fondement ethnique discriminatoire, alors même que l’article 5 de la Constitution dispose que « tous les Marocains sont égaux devant la loi« .

On notera également que nos concitoyens de confession juive pratiquent de manière prédominante, et ce depuis la colonisation, le choix de prénoms étrangers – français le plus souvent, mais parfois espagnols ou anglais – au détriment des prénoms juifs marocains, hébreux voire arabes, pratiqués depuis temps immémoriaux. Ce choix ne leur a jamais été contesté – c’est heureux pour eux – mais aucune base juridique n’existe pour cette pratique dérogatoire au droit commun. On constate donc que les Marocains de confession juive peuvent adopter des prénoms étrangers, en dépit de l’absence de dérogation en ce sens dans la loi ou le décret relatifs à l’état-civil, tandis que les Marocains berbérophones souhaitant choisir un prénom marocain berbère ne le peuvent en dépit des termes de la loi, qui n’exclut d’aucune manière les prénoms berbères dès lors qu’ils sont marocains (4). A part ça, le Maroc est un Etat de droit…

Allons plus loin: les militants berbères réclamant la constitutionnalisation de la langue berbère, et son caractère de langue officielle vis-à-vis de l’administration, y compris judiciaire, peuvent-ils alléguer qu’elle serait imposée par les conventions internationales des droits de l’homme ratifiées par le Maroc?

Non, car le droit international ne réglemente pas la question du choix d’une langue officielle ou administrative, mais il est incontestable que le Maroc viole à certains égards les droits linguistiques de certains berbérophones – ceux ne parlant pas l’arabe et faisant l’objet de poursuites pénales, qui ne bénéficient pas, dans les faits, des dispostions relatives à la traduction figurant dans le Code de procédure pénale, ainsi que ceux souhaitant donner un nom berbère marocain à leurs enfants. Les différentes conventions internationales des droits de l’homme pertinentes ratifiées par le Maroc – PIDCP, PIDESC, Convention relative aux droits de l’enfant, Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, ainsi que la Convention de l’UNESCO concernant la lutte contre la discrimination dans le domaine de l’enseignement – ne donnent pas un droit à s’adresser à l’administration marocaine dans la langue de son choix, et à en obtenir une réponse dans cette langue, ni – à plus forte raison – n’imposent la constitutionnalisation du berbère, mais ielles indiquent bel et bien que le Maroc viole ses obligations internationales sur les deux points précités.

S’agissant tout d’abord des prénoms berbères, voici la disposition pertinente du PIDCP:

Article 24
1. Tout enfant, sans discrimination aucune fondée sur la race, la couleur, le sexe, la langue, la religion, l’origine nationale ou sociale, la fortune ou la naissance, a droit, de la part de sa famille, de la société et de l’Etat, aux mesures de protection qu’exige sa condition de mineur.

2. Tout enfant doit être enregistré immédiatement après sa naissance et avoir un nom.

Cette disposition doit être lue en relation avec l’article 2 du PIDCP, interdisant toute discrimination sur le fondement notamment de la langue:

Article 2
1. Les Etats parties au présent Pacte s’engagent à respecter et à garantir à tous les individus se trouvant sur leur territoire et relevant de leur compétence les droits reconnus dans le présent Pacte, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.
2. Les Etats parties au présent Pacte s’engagent à prendre, en accord avec leurs procédures constitutionnelles et avec les dispositions du présent Pacte, les arrangements devant permettre l’adoption de telles mesures d’ordre législatif ou autre, propres à donner effet aux droits reconnus dans le présent Pacte qui ne seraient pas déjà en vigueur.

3. Les Etats parties au présent Pacte s’engagent à:

a) Garantir que toute personne dont les droits et libertés reconnus dans le présent Pacte auront été violés disposera d’un recours utile, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l’exercice de leurs fonctions officielles;

b) Garantir que l’autorité compétente, judiciaire, administrative ou législative, ou toute autre autorité compétente selon la législation de l’Etat, statuera sur les droits de la personne qui forme le recours et développer les possibilités de recours juridictionnel;

c) Garantir la bonne suite donnée par les autorités compétentes à tout recours qui aura été reconnu justifié.

De même, l’insuffisante mise en oeuvre effective des dispositions législatives relatives à l’interprétariat et à la traduction en langue berbère au profit d’accusés exclusivement berbérophones lors de procédures pénales est en infraction avec l’article 14:

Article 14
1. Tous sont égaux devant les tribunaux et les cours de justice. (…)

3. Toute personne accusée d’une infraction pénale a droit, en pleine égalité, au moins aux garanties suivantes:

a) A être informée, dans le plus court délai, dans une langue qu’elle comprend et de façon détaillée, de la nature et des motifs de l’accusation portée contre elle; (…)

f) A se faire assister gratuitement d’un interprète si elle ne comprend pas ou ne parle pas la langue employée à l’audience;

L’article 40.2.b.vi de la Convention relative aux droits de l’enfant garantit également le droit à un interprète lors de procédures pénales.

Pour le reste, comme nous l’avons vu, la loi marocaine reconnaît le droit à l’enseignement public en langue berbère, de même que le droit à la communication audiovisuelle dans cette langue – il n’édicte en tout cas – sauf en matière judiciaire, comme évoqué antérieurement – aucune interdiction contre l’utilisation de la langue berbère dans les relations culturelles, associatives, politiques, commerciales, professionnelles ou syndicales, et si l’arabe est la langue administrative prédominante, l’état du droit actuel n’empêcherait pas que les différents parlers berbères fassent leur entrée dans le domaine administratif, où une langue étrangère, le français, a sa place depuis l’indépendance.

On comprend que les associations berbères militent pour la constitutionnalisation des langues berbères, mais l’invocation du droit international positif est inopérante: il leur faudra argumenter – et convaincre l’opinion marocaine plutôt que les fonctionnaires onusiens genevois – sur le terrain politique.

Pour mémoire, consulter le rapport de la FIDH de 2003 « Le MAROC et la question amazighe« , réclamant la constitutionnalisation du berbère mais sans indiquer quelle disposition de droit international positif l’exigerait.

Les différents rapports parallèles – désignés ainsi car parallèles au rapport officiel marocain – présentés devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à l’occasion de l’examen périodique universel de la situation des droits de l’homme au Maroc donnent tous dans une tonalité militante assez peu soucieuse du raisonnement juridique – le pompon est sans doute décroché par le Congrès mondial amazigh qui parle carrément d’apartheid amazighophobe au Maroc… Le mémorandum de la Ligue amazighe des droits humains est relativement plus concret – sauf encore une fois dans le rapport allégué entre les obligations internationales du Maroc et la constitutionnalisation du berbère – de même que le rapport du Réseau amazigh pour la citoyenneté. Le caractère très idéologique et très peu juridique du raisonnement de ces associations, qui font preuve d’un amateurisme certain en la matière, fait sans doute l’affaire du gouvernement marocain, qui, s’il aura du mal à justifier l’interdiction des prénoms amazighes et l’inapplication des dispositions des articles 73, 120 et 318 du Code de procédure pénale relatifs à l’interprétation et la traduction au bénéfice d’accusés en matière pénale, aura beaucoup moins de difficultés à montrer le caractère excessif d’autres allégations.

(1) Entre parenthèses, l’alinéa 2 de cet article interdit l’enregistrement de sobriquets ou titres tels que « Moulay« , « Sidi« , ou « Lalla« …
(2) C’est-à-dire, conformément à l’article 3.10 dudit décret, « l’administration qui, au nom de l’Etat, passe le marché avec l’entrepreneur, le fournisseur ou le prestataire de services« .
(3) Si on parle généralement du tamazight pour désigner le berbère, les langues berbères parlées au Maroc sont au nombre de trois: le tamazight, le tachelhit et le tariffit.
(4) Merci aux mal-comprenants de bien noter que je ne suis pas en faveur de l’abrogation de la tolérance administrative dont bénéficient les citoyens israélites, mais simplement de l’application de la loi au bénéfice des citoyens berbérophones.

56 Réponses

  1. Toi, il faut te publier !

    Sérieux, est-ce qu’on peut publier des articles avec un pseudo dans un journal marocain ?

    Si un journaliste, comme on prétend, passe par là, merci de demander gentiment à Mr. Ibn Kafka de publier cette vue panoramique.

    Chacun pourra ensuite bâtir, et creuser d’avantage, son point de vue sur cette question fondamentale à mon sens : l’identité linguistique du Maroc.

  2. Encore un petit point,

    Si des blogueurs arabophones ou amazighs passent par là, demandez aussi à faire une traduction de ce texte et à le publier en arabe et amazigh.

    Demandez gentiment, il est capricieux le Ibn Kafka :p

  3. Les marocains sont plutôt arabophones qu’arabes. Il n’avait pas une migration massive des arabes vers Al Maghrib Al Aqssa à l’époque des conquêtes musulmanes. L’islamisation a impliqué l’arabisation d’une partie des pays. Ethniquement nous amazigh, et même des recherches génétiques ont montré cela.
    D’ailleurs, quand j’ai rencontré en France des étudiants libanais et syriens j’ai pu constater les grands différents entre ces étudiants et les étudiants marocains. Le rapport avec l’arabe écrite ou orale est très différent, et même les reflexes culturels de mes amis du moyen orient montrent bien que ne nous sommes pas « les mêmes arabes ».

    Ce que tu appel les trois langues berbères, moi je l’appel les trois dialectes. Je parle un peu Taclhite, par ma mère, et je trouve qu’au Maroc il y a une discrimination cachée et l’inconscient populaire regorge des clichés qui donnent une image négative à l’amazighophone. Rien n’empêche d’avoir deux langues officielles pour le royaume l’Arabe et l’Amazigh, mais avant ça il faut faire une relecture de notre histoire.

    Mon père disait qu’il est chrif (pour moi c’est n’importe quoi) et ne connait que quelques mots en tachlhit. Ma mère parle les deux dialectes, tachlhit et darija et dit qu’elle est une tagorramte (agorram comme chrif mais descendant des almoravides ou almohade!!).

    Moi je ne veux pas choisir entre chrif et agorram.

  4. @jeL
    Donc ?

    On en déduit quoi pour l’amazighophone que se pointe au poste de police ?

    PS : Tu viens de faire un mélange douteux entre l’acquis et l’inné 😀

  5. @7didane
    Je pense que les seuls amazighophones qui ne savent pas parler darija sont des personnes comme ma grand-mère, qui a 90 ans et a passé une très grande partie de sa vie dans son village de haut atlas en plus qu’elle n’a jamais fréquenté d’école.

    C’est comme si tu prend un 3roubi de oulad hriz et tu lui parle en français (même l’arabe classique ne pigera rien et il se dit arabe!!!)

    ps1. Je vois pas où je fais le mélange!

    ps2. je t’ai dit pas du Rhum pendant la semaine 😉

  6. @jeL
    J’ai souvent rencontré des familles de pecheurs, la 40aine, à Taghazout et la femme ne piper pas un mot d’arabe.

    C’est loin d’être des cas isolés. Tu as même des élèves ingénieurs à Rabat qui ne parle que rifains et Arabe Classique : ils découvrent la darija après 2ans de class prépas.

    PS 1 : ADN et un peu de culture. Mais je crois c’était just un abus de langage (cf D’ailleurs) 🙂
    Ton expérience montre seulement qu’en moyenne ils parlent mieux arabe que nous -> la qualité du système d’éducation ? 🙂

    PS 2 : Pas d’alcool. C’est haram ! :s

  7. @ Jel

    illa yan ogorram ghid? Ouak ouak, n’chouwa!
    Han ayarguez, n’kni orngui igourramne, n’kni ourngui gu’wakalade bla ouine rbi d’rassoullah!

    @ Ibn Kafka
    Aykifk rbi saht a youss n’Kafka! L’quist ichouane a tourite 😀

    @ 7didane
    Zayd magha t’guant!

  8. @7didane
    Je veux pas qu’on monopolise la parole, mais apprement il y a que toi et moi pour le moment. Ce matin, j’ai passé une grande partie de la matiné sur le net ; c’est la vie d’un ingénieur en france – parfois débordé parfois l’inverse –

    Revenons à nos 7wala et 7awliate :

    Les gens qui ont grandient dans des villes de Souss ou du Rif ou autres connaissent bien la darija car ils ont fréquenté des écoles où tout est mélangé et ils ne sont pas déconnécté. Ils ont un accent différent. En plus quand j’ai parlé de mon expérience, il y a pas seulement le système d’éducation, mais aussi le fait que leur langue maternelle est un dilècte très proche de l’arabe classique. Tu sais bien que darija est très différent des autres du mondes arabes.
    Et qu’il y a beaucoup d’infulence amazigh et autres bien sûr.

    Quand j’ai parlé de la culture mais plutôt de l’Histoire j’ai dit il faut la relire. Chose qui a été et qui est difficile quand on parle de l’identité linguistique marocaine. Il avait et il y a des freins : hier les nationaliste panarabe de l’Istiqlal, aujourd’hui les islamistes.

    Pour l’ADN, c’est juste une preuve de plus (scientifique donc moins contreversée) pour ceux qui ouvrent leurs bouches pour parler de l’arabité du maroc en oubliant que les amazigh ne sont pas une minorité mais une majorité (au moins par nos origines).

  9. Erratum :
    Désolé pour les fautes d’orthographe 😦

  10. @illis n’Foucault
    Je ne fais que ça, je ne fais que ça. Et depuis des mois 🙂

  11. 7didane: tu as eu deux bons articles sur la question berbère dans Le Journal d’il y a une semaine.

    Par contre, pour la traduction en berbère, je doute qu’il y aurait beaucoup de demande, vu ma conclusion…

    jeL: en fait, l’identité arabe et berbère est difficile à cerner au Maroc – ma femme par exemple se considère berbère face à un fassi et arabe face à un gaouri, c’est donc une identité souvent fluide et cumulable. Si, comme certains militants amazighs et panarabes, on considère la question d’un point de vue ethnico-racial, c’est assez délicat: quel est le Marocain qui n’a pas des origines mixtes? Mais je me rappelle d’un militant rifain affirmant la pureté de la race rifaine, protégée du métissage avec ces envahisseurs arabo-andalous par les montagnes…

    Donc le critère linguistique, berbérophone ou arabophone, est mieux indiqué, mais il est loin d’épuiser la question, puisque des arabophones peuvent se considérer comme berbères et inversement, sans parler du cumul des identités, horreur absolue aux yeux des croisés ethniques des deux bords.

    Il est certain que la radicalisation du mouvement amazigh est due principalement à l’hostilité de l’Etat – initialement du moins – puis à son inertie actuellement. Cette histoire des prénoms berbères par exemple est moyen-âgeuse et scandaleuse, et je ne comprends pas qu’un Etat qui a un Institut royal de la culture amazighe parvient en même temps à interdire des prénoms pour cause de berbérité. Sur ce point, les accusations outrancières des associations amazighes sonnent juste.

    Cette histoire de chorfa est amusante: ma famille, considérée comme chorfa, a une branche maronite au Liban…

    Illis n’Foucault: tiens, justement, tu pourrais traduire ce post en tamazight? Je traduirais un des tiens en suédois…

  12. D’accord avec 7didane:: ton article mérite de figurer dans le plus beau canard de la place. Preuve que c’est plus qu’une affaire de badaux curieux le blog. Un espace à part entière de communication, d’information et de dialogue. Que demande le peuple?

  13. @ illis n’foucout
    our trit atskrt tamloulte gh’lblasste n l’7ijab 😉

    @ tous

    Ce qui est important est qu’il ne faut pas jouer le jeu des extrêmistes amazighs, panarabes ou islamistes.
    Personne ne peut m’imposer une seule identité, je suis Marocains : de père arabe (sa grand-mère fassia d’origine andalouse et son père tazi d’origine sahraoui), de mère soussia (de mère tachl7ite et de père d’origine mrabtti).

  14. @ Ibn Kafka

    mon chleh est trop arabisé et islamisé (hihihi), et je risque d’offusquer un certain nombre de déglingués amazigh.
    Et trop la classe si mon « Petit bréviaire des idées reçues sur la voilée » était traduit en IKEA… euh suédois je voulais dire 😀

    @ Jel

    carrément toi? La tamloulte wala l’Qtib ayarguaz!
    Han’ alghchem ddounite, ourguissent idoum illa Rbi!

  15. illis n’Foucault, is tsnn’t may gane tamloute. Je traduit:
    est-ce que tu sais c’est quoi tamloulte? c’est un fichu que les femmes amazighs de souss mettent sur la tête (cf. exemple : http://www.kasbahdutoubkal.com/i/berber_wedding_large.jpg)
    J’ai dit ça car je comprend pas la reation avec l’Qtib.
    Je pense tu parle pas très bien tachlhite, c’est pour ça.

    sinon, dounit iddoum ghiss rbi igh t’amnt guis. ighd ohoye ati oridom guiss omya!!

  16. @ Jel

    chez nous, l’qtib est aussi un fichu sauf qu’il est plus long avec des franges.

    Donc oui, j’ai très bien compris, et je te dis non merci, je ne veux ni l’un ni l’autre. Mon hijab, je le porte à la marocaine, avec des Veja, et ça me convient parfaitement!

    Pour le reste, ayna trit, tament serss!

  17. @ Jel

    la jeune fille sur la photo ne porte pas que tamloulte. Elle porte plusieurs autres bouts de tissus.
    En tout cas, elle a la classe 😀

  18. @ Ibn Kafka,
    Merci pour ces infos précieuses. J’ai l’intention de donner un prénom, à ma future fille 🙂 , qui ne sonne pas très arabe si tu vois ce que je veux dire. C’est le cas pour mon futur garçon. Sauf que pour ce dernier, j’ai l’argument qui tue : un verset coranique.
    donc l’arsenal juridique que tu as développé peut m’être utile. Tu as d’ailleurs bien mis le doigt sur cette circulaire de Basri qui empoisonne la vie à bp de nos compatriotes ayant choisi des prénoms amazighs ou autres que ceux-là. J’en connais quelques uns qui vivent en Europe, ils ont renoncé à inscrire leurs enfants à l’ambassade à cause de cette circulaire. Bref, comme l’a dit la voilée pardon illis n’foucault « akemi serebe7 rebbi » 🙂

    J’apprécie le fait que tu parles de langues amazighes et non de dialècetes parce qu’effectivement ce sont des langues et non pas des dialèctes.

    Tu as écrit « ne reconnaissant que quelques prénoms berbères – Lahcen et Amghar pour les garçons notamment,  » je ne savais pas que Lahcen était un prénom amazigh. J’ai tjrs cru que c’était d’origine arabe « al 7assan ».
    Il y a d’autres prénoms amazighs utilisés parce qu’ils étaient plus courant genre « yezza », « yetto », « mammas » celui-ci n’est plus utilisé, jugé trop moche!

    @ Illis n’foucault,
    Agorame de ce que je sais ca veut dire « ch’rif » mais tel que tu l’as utilisé j’ai cru comprendre « argaze » cad « homme/mec ». Ighi me liyi makolo yega ghane akemi serebe7e rebbi 🙂

    @ Jel,
    Dans d’autres coins du souss ils disent « addal » à ce que tu as appelé « tamloulte » 🙂

  19. @ Jel,
    Je viens de tilter, « tamloulte » se dit d’ « addal » quand il est de couleur blanche « oumelil » 🙂

  20. @une marocaine
    Les femmes de mon village natale au haut atlas mettent sur leurs têtes des fichus et généralement il y en a la couleur rouge et ça on l’appel tamloulte. Peut être ça vient de amloul car c’étaient blancs au dépard. Mais je sais pas trop, moi à leurs yeux je suis a3rab ijjam vu que mon père est arabe et ayant un nom très arabe même si ma mère est de chez eux 😉

    Le mot Agorram veut dire Noble, enfin je crois. Il y a des gens que c’est Chrif mais ça ne tient pas. Un historiens m’a dit que les descendant des Almohades et Almoravides portent ce nom.

  21. @ Jel,
    Dans les coins que j’ai visités, ce fichu comme tu l’appelles est majoritairement de couleur noir, couleur qui supporte « tekerefisse »!, avec des motifs en rouge et un p’tit chewiya de vert et de jaune. Bref, les couleurs du « 9etèbe » le fameux foulard (dans la photo que j’ai sur mon blog, ce fichu est en arrière plan, j’ai mis dessus des bijoux amazighs).

    Quant à « agorram », il faudra que je pose la question à mon frère. Perso, mes connaissances sur le sujet sont assez limitées. Mais, de ce que je sais et ce que j’ai pu constater, ce mot « agorrame » pour les hommes, « tagourramete » pour les femmes sont utilisés pour désigner les chorfas suivi tjrs par « sidi » et « lalla » (autre terme de respect utilisé par les amazighs pour s’adresser à la soeur ainée ou toute femme plus âgée que soi). Il est vraissembable qu’il désigne le noble et son utilisation a été limitée dans certaines régions à une catégorie de nobles en l’occurence les chorfas.

    @ ibn kafka,
    je me pose ces questions : pourquoi cette résistance à ne pas reconnaitre une partie très importante de notre identité ? Pourquoi ne pas proclamer l’amazigh langue officielle au même titre que l’arabe ? Pourquoi proscrire des nosm amazighs ?
    C’est peut être naif de ma part, mais franchement j’ai du mal à comprendre certains raisonnements qui s’obstinent à refuser certaines évidences que ce soit sur ce sujet lié à l’amazirité ou d’autres. Le monde gagnera en paix. Mais bon…

  22. Marocaine, à ce moment-là, on ne parle pas de proclamer la lange amazigh, mais les langues amazigh. Est-ce qu’un Soussi comprend un Riffi qui comprend un khnifri? non, il s’agit de trois langues ou dialectes différents. Et quatre langues nationales, je trouve que c’est beacoup à moins de bâtir la Tour de Babel.
    Je suis à 1000% pour la mise en valeur de la culture et des langues berbères qui sont aussi les miens, non à la politisation à outrance du problème dans le sens des Qbayliya, c’est-à-dire forcément dirigés contre l’arabe.

  23. Ibn Kafka, depuis quand l’Etat marocain se préoccupe-t-il de légiférer sur les prénoms que les Marocains donnent à leurs enfants? Ai-je raison de penser que c’est récent (post-indépendance, voire plus récent encore), et que cette rage légalistique est un des « bienfaits » de la modernité (tiens, une rubrique intéressante)?
    For the record, j’applaudis les Américains qui laissent les gens appeler leurs enfants comme ils veulent. Dans les années 60, un Getty avait nommé son fils Galaxy Gramophone (je me demande si ce pauvre homme porte encore ce doux nom).

  24. @Aïcha Q.
    Effectivement, il y a3 parlés du berbère au Maroc à souss, Rif et Zayyane. Avec des variantes et des ressemblances. Parfois on trouve des mots qui ont la même racine mais avec des prononciations différentes.
    Mais, je pense que tous celà peut être unis en une langue écrite et parlée, cf IRCAM (http://www.ircam.ma)
    Certes il ne faut pas tomber dans l’extrémisme, je suis contre tout forme d’extrémisme linguistique ou religieux.

    @sanaa
    Si tu arrive à voir les Dahir cité dans :
    http://www.service-public.ma/Templates/Ar/Fiche_Front.aspx?Origin=Group&idGr=1&idSeg=1&idProc=546

  25. […] Du statut juridique des langues berbères et étrangères en droit marocain […]

  26. @ Aicha Q.,
    On est bien d’accord qu’un Soussi ne comprend pas un rifain qui ne comprend pas un Zayani. Mais comme l’a dit Jel il y a quand même un socle commun. Proclamer les LANGUES amazighres au pluriel oui pourquoi pas. Trois langues ce n’est pas la mer à boire.

    Il y a quelque chose qui m’échappe dans ton raisonnement ! Personne n’a parlé de radicalisme. Y a qu’à lire les coms. Personne non plus n’a parlé de politisation de surcroit et à outrance du problème !
    Tu sais, c’est le fait de ne pas reconnaître tout un pont que dis-je un socle de notre culture qui conduira au radicalisme ou du moins le justifier. A ce titre, le bouquin « les identités meurtrières » d’Amin Maalouf est très instructif.

    Autre chose, personnellement, il y a un truc qui m’irrite ! C’est que lorsqu’on parle de l’identité marocaine, on la résume à celle arabo-musulmane. Non mais en vertu de quoi on se permet de mettre entre parenthèse plusieurs composantes de ce que nous sommes. Et quand on ose parler de l’amazighité on place tjrs le mot « arabe » avant « amazigh » c’est à se demander si tout le monde à sécher ses cours d’histoire ! En outre, le « marocain » est le résultat de plusieurs croisements si je puis m’exprimer ainsi. Et comme dirait mon consultant/prof de socio adoré « dès que vous entendez les mots pur et pureté prenez vos jambes à votre cou et courez le plus vite et le plus loin possible » !

    Perso, je me présente en tant qu’amazigho-arbo-africaine (dans l’ordre) par mes origines. Méditerranéenne, occidentale par ma culture et humaine tout court. Citoyenne du monde.
    Et si j’ai envie de donner un prénom à mon fils qu’il soit amazigh ou autres c’est mon droit le plus strict. Encore faut-il que le Maroc mis à jour ses lois en fonction des déclarations internationales qu’il a signées. Et c’est aussi à la loi marocaine de prendre en compte les autochtones, majoritaires sont dit en passant, qui vivaient sur cette terre plusieurs millénaires avant l’avènement de l’Islam. Pour moi tout cela est tellement évident qu’il n’y a même pas à en débattre. Mais bon, tout évident que ce soit, ça ne va pas de soi !!!

    @ Jel,
    J’ai parlé avec ma référence en matière d’histoire hier. J’ai eu droit à un cours d’histoire comme je les aime 🙂
    Concernant le mot « agorram » il m’a dit que ce dernier n’avait rien avoir avec les almohades. En revanche, avec les almoravides il y a des liens. Un peu long à développer.
    Et t’as raison « agorram » mais aussi « arguerague » sont deux mots purement amazighs que les amazighs utilisaient avant même qu’ils ne connaissent l’arabe pour désigner les nobles. Quand les chorfas ont fait leur apparution au Maroc, ils ont été considérés comme nobles et qualifiés d’agorrams.

    @ ibn kafka,
    Navrée pour les quelques hors sujets. Je sollicite ton indulgence 🙂

  27. Merci Marocaine pour ta réponse, je ne t’en demandais pas tant.
    Quand je parlais de politisation à outrance de la problématqoiue berbère et de la radicalisation, il allait de soi que je ne faisais pas référence au blog et aux intervenants ici, mais à quelques mouvements faschistes berbéristes que nous devons aussi dénoncer au même titre que les autres faschismes.

  28. Ah et j’oublais : Quatre langues nationales pour le Maroc, tu ne trouve pas que c’est un facteur de division? Toi qui habite dans la patrie des droits de l’homme, pourquoi donc le breton, le catalan, le basque ou l’occitan ne sont pas déclarés langues nationales en France ? Je ne parle même pas de la Corse ou de la Nouvelles Calédonie?

  29. sanaa: l’exemple étatsunien est une alternative, mais c’est un pays d’immigrés, que n’est pas le Maroc, en plus confronté à des problèmes identitaires. Vouloir maintenir des traditions nationales dans le domaine des prénoms peut se justifier, dès lors que c’est fait de manière souple et sans aucune discrimination ethnique (pour les berbères) ou religieuse (pour les juifs).

    une marocaine: la notion d’autochtone est délicate à utiliser s’agissant des berbères (ou berbérophones?) au Maroc, sachant que le nombre de berbérophones est inférieur au nombre de personnes se considérant partiellement ou entièrement berbères. Généralement – mais je peux me tromper, je pense notamment à des pays comme la Bolivie ou le Guatemala – la notion de peuples autochtones est réservée à de faibles minorités – aborigènes, maoris, lapons, indiens au Canada et aux Etats-Unis, etc.

    Reconnaissance de-s langue-s berbère-s, oui, mais concrétement, quelle conclusion en tirer et comment appliquer de facto cette reconnaissance? Une application territoriale (des régions où le berbère pourrait être utilisé dans les tribunaux et l’administration), avec les risques évidents que cela pose, il suffit de songer à l’évolution inexorable vers le séparatisme des revendications flamandes en Belgique. Ou bien une application personnelle: chaque personne, sur n’importe quel point du territoire marocain de Tanger à Lagouira, aura le droit de s’adresser à l’administration – et à obtenir une réponse – dans la langue de son choix, ce qui est bien évidemment d’un irréalisme total?

    Il y a bien des voies intermédiaires: on pourrait reconnaître les langues berbères comme langues nationales, l’arabe restant langue officielle, et reconnaître que chaque langue a des sphéres d’utilisation distinctes. Tout choix fera de toutes façons des mécontents, notamment des extrémistes des deux bords mais principalement ceux du bord amazigh, dont certains évoquent déjà l’autonomie politique pour le Rif…

    Aïcha Q: je ne suis pas chaud non plus pour une multiplication des langues officielles, même si une constitutionnalisation à un degré ou un autre paraît inévitable pour les langues berbères (quid du hassania d’ailleurs?), mais de grâce, cessons une fois pour toutes de nous référer à ce qui se fait en France comme argument pour trancher des problèmes marocains – le protectorat est fini depuis 52 ans et la France n’est pas un modèle en Europe!

  30. ibn kafka, la référence a la France, c’est pour dire que si la patrie des droits de l’homme veille sur sa langue nationale unique, c’est sûrement pour une raison d’unité nationale. Qu’on en prenne de la graine.
    Merci de nous rappeler que le protecorat est terminé. Dans la foulée de ton raisonnement, arrêtons alors de parler la langue du colonisateur !

  31. @ Ibn Kafka,
    Merci pour les éclaircissements 🙂 Ce que je voulais dire c’est qu’il est primordial de reconnaitre notre identité dans toutes ses composantes quant à comment le faire, en l’occurence juridiquement parlant, je laisse aux spécialistes tel que toi. Mais, ce qui m’irrite c’est le fait que certains ne veulent même pas entendre parler de ce principe de reconnaissance de tous. Leur bêtise nourrit celle des radicaux de l’autre bord.

    @ Aicha Q.,
    Ibn Kafka l’a si bien dit la France n’est pas ou n’est plus un modèle en Europe !
    Si je devais t’énumérer la liste des choses qui m’irritent en France je serai là jusqu’au p’tit matin voire plus. Mais mais c’est aussi un pays que j’aime bp et dont je sais apprécier les autres facettes (la patisserie à titre d’exemple à défaut du « bordeaux » ! 😉 🙂 ))))))

  32. Alors si je suis ton raisonnement marocaine, le breton, le corse, le basque… doivent être proclamés langues nationales en france pour qu’elle soit pleinement un modèle.
    Comme le tamazight, le tarifit, le tachelhit, l’arabe…
    Refléchissez juste tous un moment. C’est une affaire de culture, de politique, de projet de société d’avenir sur le long terme, on ne peut pas balancer des choses comme ça à la légère.

  33. Aïcha Q: si je suis francophone, c’est un accident de la vie – je n’ai jamais été scolarisé au Maroc. C’est un état de fait, pas un choix idéologique.

    une marocaine: la reconnaissance s’impose, mais elle ne mettra pas du tout fin aux revendications.

    Aïcha Q (bis): quoi, tu nous dis de ne pas balancer des choses comme ça à la légère? Dis-moi, on t’a piqué ton pseudo?

    😉

  34. Il y a des états qui arrivent à vivre un véritable multilinguisme, et notamment le Luxembourg, où l’enseignement est trilingue. Et la justice aussi… lors d’un procès, les trois langues sont réparties entre le juge, la défense et l’accusation. Souvent d’ailleurs au détriment des étrangers (français ou allemands) à qui on impose le luxembourgeois.

    Mais le Luxembourg est un petit pays, et riche. Le multilinguisme est un luxe, et vu l’état de l’éducation primaire au Maroc, je ne suis pas sûre que le Maroc puisse se l’offrir pour l’instant.

    Beaucoup de pays d’Afrique ont aussi un vrai multilinguisme, avec une langue véhiculaire commune, qui peut être celle de l’ancien colonisateur, pour éviter de donner la préférence à une tribu ou une autre…

    La Chine aussi pratique le multilinguisme, mais toutes ses langues s’écrivent de la même façon.

    Il y a des tas d’endroits où le berbère est encore une langue maternelle. Même à Ouarzazate, tous mes neveux et nièces sont berbèrophones, et apprennent l’arabe à l’école, et la darija peu à peu dans la rue. Mais ils continuent à parler berbère chez eux. Ca fait un mélange pas possible, et une des choses positives que je vois dans les timides réformes et la tentative d’enseigner l’amazigh à l’école, c’est d’arriver à structurer un peu cet apprentissage. Un cerveau d’enfant se forme jeune, et même si les structures amazigh et arabes sont très proches, elles ne sont pas identiques.
    Aider un enfant à maîtriser sa langue maternelle, c’est aussi l’aider à apprendre les autres.

    Les pays européens n’ont pas tous fait disparaître leurs patois ou leurs dialectes. La Suisse, l’Allemagne, par exemple, qui ont une histoire très décentralisée, ont encore des langues multiples très vivantes. La France, qui a effectivement presque fait disparaître le breton et le basque, l’a fait ‘grâce’ à une centralisation jacobine et une violence culturelle qui n’est plus imaginable aujourd’hui, et cela alors qu’il n’y avait pas, à l’époque, de revendication politique derrière l’identité de la langue.

    C’est d’ailleurs intéressant de voir les liens entre associations amazigh et celtes…

    Je suis assez d’accord sur les excès de certaines associations berbères, mais, mais… en même temps, il y a aussi un réel besoin. Quand on sédentarise des nomades, quand on alphabétise des enfants en arabe, c’est une rupture très violente avec la tradition familiale. Et quand cela ne s’accompagne pas d’un progrès économique, cela ouvre la porte à du ressentiment, et à des revendications autres, derrière l’étendard berbère.

    La question de la langue sert aussi de cache-nez à bien d’autres, ce qui ne facilite pas un débat serein.

  35. Bonjour M. Ibn Kafka,
    Vous avez écrit ici un article très intéressant et je désire le traduire (en partie, car son format est un peu trop longue pour notre plateforme) pour Global Voices. Mais d’abord je dois vous interroger sur la signifiance du mot « kafala » car le lien que vous avez crée ne fonctionne pas.
    Cote perso et d’un point de vue étrangère : mon mari est berbère arabophone ; ses parents parlaient leurs langues berbères ainsi que la darija (parmi d’autres langues). Donc, il arrive a comprendre un peu dans cette langue que ses parents ont surtout utilisée entre eux-mêmes pour que les enfants ne puissent pas comprendre, mais qu’ils ne pensaient pas d’assez importance pour l’enseigner aux petits.
    Pour quelqu’un comme moi qui est très intéressée par la diversité et la préservation des langues, cela me chagrin car mon mari ne sera pas capable d’apprendre cette langue –un genre de patrimoine a mon avis- a nos enfants (qui pour le moment n’existent pas). Tous qu’on pourra leur faire c’est peut-être de leur donner des prénoms berbères, une idée qui me plait. Mais en lisant votre article je vois que si jamais nous décidons d’élever les enfants au Maroc ce choix très personnelle pourrait les procurer des problèmes bêtes.
    Le raisonnement politique à cote, je pense qu’il est toujours un bien d’encourager la richesse de langues dans un pays. Avec des prénoms courants comme Shaniqua et LaShondra et bien d’autres prénoms assez créatifs mais non règlementés aux States la possibilité de nommer ses enfants comme on veut ne procure aucun souci légal, mais dans le domaine sociale c’est tout-a-fait autre chose. Enfin, je ne vois pas a quoi un gouvernement a le droit de s’en mêler là-dedans.

  36. Je ne donnerais pas un avis bien-pensant sur cette question.
    Etant chelha de la région de ouarzazate, laissez-moi vous dire quel bonheur fut le mien à la lecture de ce post.
    Ibn Kafka, je ne cesse de ma cultiver lors de mes passages sur ce blog, tu vas finir par devenir l’un de mes maîtres « bien pensant »…

    Merci à tous pour cette discussion, scripto, et tous ces regards critiques mais tellement bien fondés.

    Marocainement vôtre.

    illis ntmazight

  37. Marie-Aude: il y a différents pays à différents niveaux de richesse économique qui ont des politiques linguistiques bien différentes – voir l’Inde par exemple, avec vingt langues officielles si je me souviens bien, ou l’Afrique du Sud, qui en compte sept ou huit.

    Sur les pays européens et les langues régionales ou les patois, je ne serais pas aussi catégorique: généralement, la standardisation linguistique emporte ces patois – en Italie, en Allemagne (quel est le statut du souabe ou du frisien?), en Belgique néerlandophone avec l’adoption et l’imposition de l’algemeen beschaafd Nederlands (ABN), en Suède également, sans compter l’Italie. Il ya donc des choix très divergents de la part de pays proches sur le plan économique et démocratique.

    Mais tu as raison, les enjeux identitaires cachent des enjeux socio-économiques – mais là aussi, pas de règle absolue – si en Espagne, en Italie ou en Belgique, les régions autonomistes ou séparatistes sont parmi les plus riches (c’est également le cas du Sahara marocain, qui n’est précédé que de rabat et Casa en termes d’indice de développement humain), on peut voir des tendances contraires dans les revendications corses en France ou kabyles en Algérie, sans compter le Maroc où les régions berbèrophones sont parmi les plus pauvres.

    Lydia: kafala est une prise en charge d’enfants orphelins – ce n’est pas de l’adoption, interdite en islam, car l’enfant n’intégre pas juridiquement la famille de ceux qui le prennent en charge.

    J’espère que quand tu auras des enfants avec ton mari la situation juridique marocaine sera clarifiée, afin qu’ils puissent porter des prénoms berbères!

    Encourager la diversité linguistique est une chose, réglementer l’utilisation des langues dans l’administration, les organes politiques et les tribunaux une autre. En France, on peut même passer le suédois ou le kabyle au baccalauréat, mais essayez de vous adresser, oralement ou par écrit, en langue étrangère à l’administration… Mais je ne considère vraiment pas la France comme un exemple en matière de tolérance des minorités, bien au contraire, donc j’estime qu’il faut trouver une solution pour le Maroc prenant compte de la diversité de facto, et de l’utilité d’avoir une langue de communication officielle, unique ou parallèle à d’autres.

    Sur le droit des gouvernements de se mêler des noms, cela relève de l’état-civil, qui est fondamentalement une question relevant de l’Etat (même si dans certains pays européens l’Etat-civil relevait de l’Eglise, comme en Suède jusqu’en 1990).

    illis ntmazight: merci… mais comment dit-on cela en tachelhit?

  38. Je n’ai pas encore lu tous les com. Je voudrais juste ajouter ,si ce n’est pas déjà fait, qu’il existe une Déclaration universelle des droits linguistiques, mais je ne sais pas si le Maroc en est signataire. C’est une base juridique adéquate pour le reconnaissance du Tamazight comme langue officielle du Maroc.
    Quand à la « liste Basri », ca se voit qu’elle est faite par des non amazighs: « Lahcen » n’est pas amazigh! C’est limite caricatural. Ils ont dû pensé à Lahcen « moul pisseri »! C’est pathétique!

  39. lionne: je n’ai pas entendu parler de cette déclaration universelle des droits linguistiques – provient-elle vraiment de l’ONU? Ca ressemble en tout cas à de la soft law – le nom se rapproche de la déclaration universelle des droits de l’homme, qui n’a pas de valeur juridique contraignante. Et je ne l’ai pas vue dans la brochure officielle sur les conventions internationales des droits de l’homme signées et ratifiées par le Maroc. Je doute donc qu’elle soit d’un grand secours sur le plan juridique.

    Je crois d’ailleurs qu’à part les cas soulevés (choix du prénom, interprétariat garanti dans les procédures pénales), ce n’est pas sur une base juridique mais sur une base politique que les militants amazighs devront agir, en convaincant leurs compatriotes arabophones, très largement majoritaires (72% contre 28%), du bien-fondé de leurs revendications autrement qu’en lancant des imprécations et des accusations d’apartheid et de génocide culturel.

    ES-tu berbérophone? Si oui, y a-t-il des noms berbères inclus dans la liste Basri? Je suis incapable de les reconnaître…

  40. @ Ibn Kafka,
    « ES-tu berbérophone? Si oui, y a-t-il des noms berbères inclus dans la liste Basri? Je suis incapable de les reconnaître… »
    Je sais que tu ne t’adressais pas à moi. Mais en lisant ta question, j’ai pensé à une liste de prénoms (arabes et amazighs) publiée sur le site de la radio yabiladi.com. Ce qui est intéressant dans cette liste c’est qu’ils ont mis l’origine du prénom et sa signification. Il suffit d’être francophone pour comprendre.
    Voici le lien :
    http://www.yabiladi.com/prenom_arabe/prenom-l.html

    Sinon, je m’étais mélangée les pinceaux entre les sites yabiladi.com et bladi.net. Et je suis tombée par hasard sur cet article : « L’amazighité devant le Conseil des droits de l’Homme à Genève ». Je suppose que ca t’intéresserait. Voici le lien :
    http://www.bladi.net/17829-amazighite-conseil-droits-homme-geneve.html
    Intéressant à lire

    @ lionne,
    « ca se voit qu’elle est faite par des non amazighs: “Lahcen” n’est pas amazigh! C’est limite caricatural. Ils ont dû pensé à Lahcen “moul pisseri”! C’est pathétique! » 🙂 )))))))))))))))
    Ca m’avait surpris, je l’avais mentionné dans un com précédent, que le prénom « Lahcen » soit considéré comme amazigh !

  41. @Ibn Kafka

    Je te livre, sans commentaire, extrait d’un article publié le 18 /04/08 surr Yabiladi . com à propos de l’interdiction d’un parti marocain pour son régionalisme

    « La Justice marocaine a décidé jeudi d’annuler la constitution d’un parti politique dont le programme est basé sur « le régionalisme», a appris APA à Rabat.

    Dans son verdict, le tribunal administratif de Rabat a jugé que le « Parti démocratique amazigh marocain » (PDAM) se trouve « en situation illégale » conformément aux lois en vigueur dans le royaume chérifien.
    La formation en question, en activité limitée depuis quelques mois, serait partisane d’un « clanisme tribal démesuré », faisant même l’apologie de « la singularité amazighe» comme déterminant identitaire et idéologique, indique-t-on à Rabat.

    Les Amazighs, qualifiés de « premiers habitants du Maroc », constituent une composante essentielle dans le tissu de la société marocaine, avec plus de 30 pour cent de la population, et étaient parfois utilisés à des « fins politiciennes ».

    L’article 4 de la loi sur les partis, en vigueur depuis octobre 2006, stipule, entre autres, que « toute constitution de parti politique fondée sur une base religieuse, linguistique, ethnique ou régionale » est nulle et de nul effet.
    Une quarantaine de partis composent l’échiquier politique au Maroc. »

  42. C’est conforme à la loi, même si j’ai précédemment critiqué l’interdiction de parti à base religieuse ou ethnique.

  43. iwa et les partis dyal l7aya ? :p

  44. Bien sûr ce n’est que de la soft law, mais je me demande si ce droit n’est pas finalement le plus effectif…paradoxalement. En tout cas, il s’agit là d’une base juridique digne d’être utilisée.
    A part ca, oui je suis Amazigh (et non berbère!). Durant toute mon enfance, on m’a obligé de parler l’Arabe pour être mieux « intégrée »… Durant mon adolescence, je me rappelle des revues Amazigh qu’on s’échangeaient en cachette entre amis comme si l’Amazigh était une tare. ..Je suis assez contente du tournant que prennent les choses. Mais je suis d’accord avec toi: Il est temps que cette langue, cette culture qui constitut notre identité, soit enfin reconnue de manière officielle par la Constitution.

  45. Voici le texte de ladite déclaration élaborée avec sous l’égide de l’UNESCO : http://www.politique-africaine.com/numeros/pdf/064101.pdf

  46. Merci pour le lien! Si je comprends bien, cette déclaration n’est même pas de la soft law, puisque n’émanant pas d’une institution onusienne mais du Pen Club et d’autres ONG – elle a simplement été soumise à l’ONU. Sa valeur juridique est donc encore moindre que celle de la soft law.

    La reconnaissance officielle est nécessaire, mais ne résoud rien, et encore moins les revendications d’ONG amazigh dont j’ai pu prendre part, qui demandent un enseignement obligatoire du berbère à travers tout le pays, et l’instauration d’un bilinguisme (mais ne devrait-on pas parler de quadrinlinguisme, et quid alors du hassania?), sans plus de détails. Ca ne fait que commencer, si tu veux mon avis.

    Tu es de quelle région, si ce n’est pas indiscret?

  47. De l’Atlas pardi!

  48. Qui l’eût cru!

  49. […] masculins/féminins d’usage au Maroc”, qui j’avais déjà évoquée lors de mon post sur le statut juridique des langues au Maroc. Certes, cette liste ne porte aucun en-tête, mais […]

  50. Bonsoir,
    article très intéressant. Je suis étudiante en Master 2 et je voudrais justement faire un mémoire sur les politiques linguistiques du Maroc. Dans votre article vous parlez du statut des langues berbères. Qu’en est-il du Hassania? Savez-vous où je pourrais trouver des infos? Des bouquins à me suggérer?
    merci d’avance

  51. lalladel, mais la Hassaniya est une langue arabe, non?

  52. Bonjour Ibn Kafka,

    En connaissez-vous des problèmes de traductions dans la version arabe du D.O.C? Particulièrment des problèmes qui peuvent ou ont entrainé des litiges devant tribunaux.

    Je fais une rcherche sur la version arabe (la première, que je ne trouve pas encore), du D.O.C.

    Je vous remercie d’avance

    Sana

  53. Bonjour Sana! Non, mais effectivement le DOC a été rédigé en français en 1913 avant d’être traduit en arabe – je ne sais pas trop quand, en 1965 lors de l’arabisation de la justice je présume. Il est possible qu’il y ait des incohérences, mais elle n’ont guère d’effets légaux, la version arabe primant légalement devant les tribunaux marocains. Bonne chance et tiens moi informé. IK

  54. L’ONG Human Right Watch demande officiellement au Maroc de cesser d’interdire d’attribuer des prénoms berbères, et ce après une demande d’explication formulée par une lettre adressée au Ministre de l’intérieur.

    Il est temps de lever toutes les barrières juridiques et pratiques qui gênent les berbérophones parmi les marocains, afin de leur permettre de vivre leur amazighité en toute liberté, telle que la Constitution le permet (ou devrait le permettre)

  55. […] de plein droit le recours aux langues nationales par les justiciables devant les tribunaux selon des modalités pratiques à définir en tenant […]

  56. […] déjà écrit sur la question des langues au Maroc précédemment – la situation juridique au jour d’aujourd’hui et ce que je propose en tant que dispositions constitutionnelles en la matière – mais voici les […]

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