« As far as Africa is concerned, there is a journalistic tradition [in France] that consists in limiting information to ethnic clichés, without any analysis worthy of the name »

Tiré d’un entretien bref mais intéressant du défunt Jean-Paul Goûteux, dénonciateur infatigable des génocideurs rwandais et de leurs complices, au Rwanda, en France et ailleurs, et auteur notamment de « La nuit rwandaise: l’implication française dans le dernier génocide du XXe siècle« .

As far as Africa is concerned, there is a journalistic tradition [in France] that consists in limiting information to ethnic clichés, without any analysis worthy of the name, and above all of transmitting the terms of French African policy without any criticism. The French media are never interested in any background questions concerning Africa. The image that they cultivate is one of ethnicity and tribalism: that is to say that they only speak of the form and the means of this sort of political manipulation, but not of the manipulation itself.

La France n’est pas seule dans ce cas, et bien d’autres pays européens ou occidentaux, pour peu qu’ils daignent couvrir l’Afrique, reprennent les mêmes travers. Par ailleurs, on le voit, le même schéma de pensée que s’agissant du monde musulman est à l’oeuvre: stéréotypes, essentialisme, immutabilité – un peu comme le disait Sarkozy à Dakar, une Afrique (ou un Orient) en dehors de l’histoire, de la sociologie ou de l’économie, et comprise via le seul prisme ethnique ou religieux.

Un des livres de Jean-Paul Goûteux sur le génocide, « Un génocide sans importance. La France et le Vatican au Rwanda« , est d’ailleurs téléchargeable gratuitement sur Internet.

Jean-Paul Goûteux était proche de François-Xavier Verschave, autre militant décédé, qui avait crée l’association Survie qui lui a justement survécu. Leur dénonciation des complicités et complaisance diverses dans le génocide rwandais a été inlassable. Ce dernier collabora notamment à la Commission d’enquête citoyenne pour la vérité sur l’implication française dans le génocide des Tutsi, dont le rapport de 592 pages est d’une lecture effrayante.

Je m’en voudrais de ne pas citer Colette Braeckman, correspondante du quotidien francophone belge Le Soir dans l’Afrique des Grands Lacs depuis plus d’une vingtaine d’années, et dont la connaissance des réalités, des hommes et des forces sociales congolaises ou rwandaises est tout bonnement admirable. Et puisque j’y suis, une mention également pour la journaliste britannique Linda Melvern, qui a longuement enquêté sur les complicités et complaisances internationales lors du génocide rwandais, et donc sur le rôle de la France.

Entre parenthèses, une remarque intéressante – au Rwanda, des prêtres hutus ont été condamnés pénalement pour génocide par le Tribunal pénal international pour le Rwanda, et des religieuses hutues en Belgique et au Rwanda, tandis que la petite communauté musulmane du Rwanda est réputée pour s’être généralement tenue à l’écart du génocide de 1994 (soigneusement préparé), alors que le rôle de la hiérarchie de l’église catholique est écrasant.

Voici ce qu’en dit par exemple le rapport officiel de l’OUA sur le génocide:

Malgré le massacre du Centre Christus, les hiérarchies catholique et anglicane ne cessèrent pas pour autant d’entretenir des relations étroites avec l’establishment Hutu. Elles n’affichaient aucune neutralité dans leurs sympathies. Il n’est pas exagéré de dire qu’elles furent au moins complices du génocide pour ne pas, au cours des années — et même durant le génocide — s’être dissociées catégoriquement de la rhétorique de haine raciale du gouvernement et pour n’avoir pas dénoncé les manipulations ethniques et les violations des droits de l’homme. (point 14.66, p.121)

Comme nous l’avons mentionné plus haut, l’Archevêque de Kigali, un Hutu, était un ferme partisan du mouvement Hutu Power et avait longtemps servi au sein du comité central du MRND, jusqu’à ce que Rome l’oblige à quitter ce poste. Les responsables de l’Église catholique ne firent rien pour décourager les tueries. Lors d’une conférence de presse donnée en juin, plus de deux mois pourtant après le début du génocide, l’Archevêque anglican refusa de condamner le gouvernement intérimaire en termes non équivoques[46]. Lorsque ce gouvernement a fui Kigali vers une nouvelle capitale temporaire, l’Archevêque catholique l’a accompagné. Selon un rapport publié par le Conseil mondial des Églises, les déclarations des dirigeants religieux semblaient souvent avoir été écrites par un relationniste au service du gouvernement intérimaire. (point 14.67, p. 121)

Plusieurs prêtres et pasteurs commirent des crimes de trahison haineux, certain sous la menace, d’autres non. Un nombre important d’éminents Chrétiens prirent part aux tueries, assassinant parfois leurs propres chefs religieux. Des prêtres remirent d’autres prêtres entre les mains des bourreaux. Des pasteurs furent témoins du massacre de leur propre famille par des gens qu’ils avaient eux-mêmes baptisés. (point 14.68, p. 121)

Seule la petite communauté musulmane du Rwandarefusa de se laisser emporter par la folie meurtrière (point 14.70, p. 122).

Il y a cependant, bien évidemment, eu des musulmans génocidaires et des catholiques victimes, et inversement, mais on peut imaginer quelles auraient été les retombées médiatiques et politiques pour les musulmans si des religieux et dignitaires musulmans avaient massivement participé au génocide. Et pourtant, si des critiques – au demeurant peu médiatisées – ont été émises à l’encontre de l’église catholique et du Vatican, on ne peut que constater que les catholiques irlandais, mexicains ou polonais n’ont pas été tenus comptables, et c’est une excellente chose, du comportement de certains catholiques rwandais. Toute ressemblance avec des situations réelles etc…

« Mieux vaut, disait Kant, l’homme politique qui a une morale que le moraliste qui n’est qu’un justificateur de la politique »

C’est de Guy Hocquenghem, dont j’ai lu il y a plusieurs années son magnifique et saignant « Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary« , et dont Lenin’s Tomb m’a rappelé dans son dernier billet qu’il était le procureur des fast-thinkers de la Nouvelle Philosophie, assez peu nouvelle et très peu philosophe finalement. Homosexuel militant, gauchiste non renégat, sa plume ne faisait pas de quartier.

Extraits:

Cher et tortueux Glucks,
En gros, comme dirait July, BHL et toi balisez le terrain ; tous deux renégats affirmés du gauchisme, mais lui passé à gauche (après l’épisode giscardien) et toi à Marie-France Garaud (dont tu vins jouer les supporters, à la télé, avant les élections, flanqué de Kouchner). BHL retrouve l’antisémitisme et le fascisme sous l’anarchisme qu’il pourfend et les « philosophies du désir », toi tu déniches l’hitlérisme sous le masque pacifiste. La police des idées est bien faite ; cette surenchère de dénonciations « paradoxales » vole bien au-dessus des différences politiciennes. Complémentarité : BHL, niché dans la gauche, son gagne-pain, comme le ver dans le fruit, déguise, comme les Castro et July, l’apostasie en fidélité (du gauchisme à la gauche) ; toi et les tiens, au lieu du reniement par continuité de façade, proposez le reniement par rupture répétée, la continuité dans le reniement; et c’est au nom de l’autocritique, de l’imprévisibilitéde la pensée selon Mai 68, que tu t’engages à droite. Fidélité contre fidélité, toutes deux factices.

Mieux vaut, disait Kant, l’homme politique qui a une morale que le moraliste qui n’est qu’un justificateur de la politique ; on peut avoir du respect pour l’homme qui s’expose au feu, pas pour le conseilleur en massacre trop sûr de n’être pas payeur, encore moins pour le philosophe qui n’use de sa subtilité que pour légitimer la raison d’État la plus cruelle.

Tu précises, te moquant des utopies tiers-mondistes à propos de « l’exemple néo-calédonien » : « À Dreux [où la campagne de Le Pen bat alors son plein], le slogan “Les immigrés à la mer” est réactionnaire et inhumain, alors que peinturluré sur une ferme dans la brousse des antipodes il devient un mot d’ordre émancipateur. » Explicitons ton ironique sous-entendu : et si c’était le contraire, « les immigrés à la mer » qui était émancipateur à Dreux, puisque ça casse la stupide utopie, et « les Blancs à la mer » véritablement inhumain ?

%d blogueurs aiment cette page :