Liste Basri des prénoms autorisés: Chakib Benmoussa ment au parlement


Voilà ce qu’a déclaré Chakib Benmoussa, ministre de l’intérieur, dont les services sont en charge notamment de l’état-civil:

Le ministre de l’Intérieur, Chakib Benmoussa, a affirmé, mardi, qu’il n’existe aucune restriction au choix des prénoms, ni aucune liste limitative pour la liberté des citoyens en la matière.

On notera soit que le journaliste ayant rédigé cette dépêche est fermé aux choses de l’esprit, soit que le ministre l’est, ce qui serait tout de même plus grave: en effet, la loi marocaine encadre le choix des prénoms au Maroc, qui n’est pas libre. En effet, les deux premiers alinéas de l’article 21 de la loi n° 37-99 relative à l’état-civil disposent ceci:

Le prénom choisi par la personne faisant la déclaration de naissance en vue de l’inscription sur les registres de l’état civil doit présenter un caractère marocain et ne doit être ni un nom de famille ni un nom composé de plus de deux prénoms, ni un nom de ville, de village ou de tribu, comme il ne doit pas être de nature à porter atteinte aux bonnes moeurs ou à l’ordre public.

Le prénom déclaré doit précéder le nom de famille lors de l’inscription sur le registre de l’état civil et ne doit comporter aucun sobriquet ou titre tel que  » Moulay « ,  » Sidi « , ou  » Lalla « .

Les personnes disposant d’un nombre minimal de cellules grises conclueront donc que contrairement à ce qui est écrit dans l’article de presse précité, il existe des restrictions officielles et légales au choix des prénoms au Maroc. Il semblerait d’ailleurs que les cellules grises déficientes soient du côté du journaliste, car en lisant Aujourd’hui Le Maroc, on y voit Benmoussa cité reprenant à son compte les limitations précitées figurant dans la loi. Bref, méfiez-vous toujours de la presse…

Revenons maintenant à cette fameuse liste, qui aurait été dressée avec l’aide de l’historien officiel du Royaume, Abdelwahab Benmansour, serait utilisée par les officiers d’état-civil pour refuser l’inscription de prénoms non-arabes – principalement des prénoms berbères, même si elle sert aussi sans doute, pour les MRE, à éviter des Kevin Aït Lahcen ou des François-Xavier Fassi Fihri. Seul hic: elle n’a jamais été publiée officiellement.

Mais Chakib Benmoussa a menti au parlement, semble-t-il. Rendez-vous ainsi sur le site officiel du Consulat général du Maroc à Toulouse. Vous y trouverez une liste des « prénoms masculins/féminins d’usage au Maroc », qui j’avais déjà évoquée lors de mon post sur le statut juridique des langues au Maroc. Certes, cette liste ne porte aucun en-tête, mais étant publiée sur le site officiel du Consulat général du Maroc, qui est chargé des opérations d’état-civil pour les Marocains de la région, on peut présumer sans trop s’aventurer que nous avons là la fameuse liste Basri, traduite en français. Connaissant le fonctionnement de l’administration marocaine, j’imagine mal la publication de documents non-officiels sur les sites qui en dépendent…

CQFD.

PS: Pour le cas où le Consulat général du Maroc à Toulouse viendrait à supprimer ce document de son site, je l’ai téléchargé et posté ici: liste_prenoms

19 Réponses

  1. Signalons qu’il n’ya pas que les prénoms berbères qui sont incriminés, mais certains prénoms « orientaux » aussi.
    Comment se comporter aussi avec des prénoms berbères qui ressemblent à des slogans politico-guerriers et qui ne sont plus en usage depuis l’Antiquité berbère?
    Enfin, y a t-il un remède contre le mensonge en politique?

  2. @ Aïsha Qandisha > il n’y a pas que les « prénoms berbères qui ressemblent à des slogans politico-guerriers » il y en a chez les arabes aussi.

  3. lze zèbre: C’est vrai que Seif-al-islam…. Mais j’ai été étonné de rencontrer des arabes chrétiens (Syrie & Liban) prénommés Jihad…

  4. Et c’est vrai que le prénom Oussama a été interdit dans certaines regions du Maroc après les attentats? Ent out cas, il est incontestablement vrai qu’un petit enfant musulman de 9 ans a été interdit de la chaîne de télé Gulli en France parce qu’il s’appelait Islam. Comme quoi, la connerie humaine n’a pas de limites

  5. Il faut croire que la matière grise peut devenir « blanche » chez certains !
    Si seulement ils savaient bien mentir. On leur en voudra pas autant ! Mais là, ils (journalistes et politiques) prennent les marocains pour des imbéciles heureux !!!

  6. Dans la liste du Consulat général du Maroc à Toulouse, il y a pas ni le prénom de mon oncle Anas, ni celui de ma grand mère Lalla Klthoum (en plus avec lalla!!!)
    héhéhé

  7. Que cette liste existe encore dans certains consulats à l’étranger, je voudrais bien le croire et même le comprendre. La triste réalité de la communauté qui a subi des mutations profondes avec la 2eme, voir la 3eme ou 4eme génération, c’est qu’elle a perdu l’usage de la langue et des traditions. Certains ont besoin de référentiels pour le choix difficile d’un prénom. Combien de fois, certains de ces Marocains nés en France me demandent la signification réelle de prénoms afin de se fixer sur une appellation pour leur futur enfant. Le succès de livres édités ayant pour thème la traduction de prénoms arabes avec leur signification prouve qu’il y a une demande réelle de certaines de ces « communautés » déculturées et assimilées.

    D’un autre côté, d’après ce que j’ai entendu, cette fameuse liste a perdu de son caractère référentielle avec le Dahir de 2002 qui donne une orientation un cadre générale.
    Ceci dit, sur le terrain, dans certaines localités, les employés chargés de l’enregistrement à l’Etat civil font trop de zèle en refusant certains prénoms amazighs ou arabes à caractère militant, car chargés d’idéologie.
    Les prénoms Ousama ou saddam sont mal vus et des fois refusés.
    A ma connaissance, il y a de temps en temps des refus comme l’histoire médiatisée d’un berbère qui s’est vu refusé le prenom de « BOUHOUCH ». Il a fait tout un tralala autour de ce refus en menaçant de demander l’exil à Israel. Finalement, le prenom a été accepté.

    Faut-il laisser les citoyens choisir ce qu’ils veulent comme prénom sans référentiel ? Je n’en suis pas sûr !! On va se retrouver avec des prénoms bizarres de marques de voitures, de stars ou de prénoms franchement trop politisés et idéologisés comme le prénoms de ce graçon qui s’appelle « Islam » et qui s’est vu injustement refusé de participer à une émission sur une chaine française.

    Bref, Franchement, il y a certains parents qui stigmatisent à vie leurs enfants en leur donnant des prénoms qui ne les avantagent pas comme Moulay Kafka ou Mohamed Travolta ou jean Paul Merguez ou rass Tinissa.

    En consultant la liste qui n’est pas vraiment exaustive, j’étais agreableent surpris de voir y figurer des prénoms amazighs anciens comme Yetto et Yejjou.
    Je déplore que certains berberistes soumis à une forte kabylisation sur le plan politique et idéologique, aillent chercher des prénoms dans le fin fond légendaire et mythologique en prenant des prenoms de roitelets ou de reines tribales de l’ére d’avant l’homo sapiens.

  8. @ Al-Maghribi : sans me prononcer sur les usages marocains (je suis si ignorant que par exemple, j’apprends ici l’existence d’une kabylisation excessive à laquelle sont soumis — par qui ? — les berbères ; je croyais naïvement à qu’il y avait plutôt une tendance à l’arabisation), je voudrais néanoins apporter un éclairage sur les usages des ethnies roumis d’outre-méditerranée : les prénoms les plus courants, et longtemps les seuls autorisés d’ailleurs, proviennent en très grande majorité du « fond légendaire et mythologique » et reprennent très largement les noms de roitelets ou de reines tribales — voire d’empereurs, de prophètes ou de conquérants (rarement d’« avant l’homo sapiens » je le concède : ce concept est curieusement absent de notre fond s légendaire).

    Aujourd’hui les prénoms sont libres, et en fin de compte les litiges/dérapages/abus etc. sont plutôt moins nombreux qu’à l’époque où un juge pouvait refuser le prénom Djamila.

    J’ai aussi du mal à comprendre en quoi le prénom Islam serait « trop politisé et idéologisé » : outre qu’à ma connaissance l’islam n’est pas une idéologie ni une opinion politique, j’ai plusieurs amis nommés Christian et nul ne s’en est jamais offusqué.

    Et puis : la liste qui était en vigueur chez nous n’a jamais interdit les Cunégonde et autres Phillibert, qui n’« avantage » pas tellement non plus ; et ben j’vas t’dire : on s’y fait. Si, si.

  9. @cobab

    1- Concernant le prenom « Islam », je trouve cela grotesque à porter le nom d’une religion ou une doctrine philosophique, je n’ai jamais entendu quelqu’un des les autres cultures et doctrines politique politique s’appeller Monsieur Marxiste ou Monsiieu judaïsme oul madama chretienté ou Mademoiselle ultra-liberale ou Monsieur boudhiste.
    A la rigueur, il y a des prenoms composés qui peuvent passer comme « sayf al Islam » et c’est vraiment limite. S’appeler le « sabre de l’islam » ouvre la porte à tous les possibilités, genre Monsieur Butagaz du Paradis, Melle Bombe de … détonateur de… et ainsi de suite. Tout est possible f had akhir zaman.

    2. Concernant la kabylisation, je l’ai utilisé pour certains berberistes et Non Berbères. Il y a une différence entre les deux termes. On entend généralement par berberiste, un militant politique de la cause amazigh. Tous les Berberes ne sont pas berberistes comme tous les Arabes ne sont pas arabistes ou les tous les Musulmans ne sont pas islamistes.
    Oui, il y a un processus de kabylisation de certains militants politiques berberistes Marocains qui ont épousé les analyses de l’élite politique kabyle bien presente et influente au seins du Congrès Mondial Amazigh et des associations berbères actives à l’étranger. Et je trouve qu’ils ont tort parce que le contexte Marocain n’est le même que celui de l’Algérie pour au moins deux raisons :
    – le pouvoir algérien a hérité de la tradition jacobine française trop centralisatrice qui réprime les cultures régionales et ne les laisse pas s’épanouir.
    – la culture du Parti unique du FLN au pouvoir depuis l’indépendance de l’Algerie en 1962 n’a pas arrangé les choses et a ajouté une bonne couche de répression contre toute la société civile algérienne y compris la composante berbère qui continue encore à baver des affres de ce régime militaro-mafieux.
    Pour ces deux raisons, l’analyse des berberistes algeriens de majorité kabyle, est trop radicale et adaptée au contexte algerien violent mais pas au contexte Marocain qui est assez différent.

    En d’autres termes, Il y a des différences énormes entre les deux pays, au niveau de la gestion de la pluralité linguistique et culturelle.

  10. corrigé, Avec toutes mes excuses

    1- Concernant le prenom “Islam”, je trouve cela grotesque à porter le nom d’une religion ou d’une doctrine philosophique, je n’ai jamais entendu quelqu’un des autres cultures et doctrines religieuses ou politiques s’appeller Monsieur Marxiste ou Monsieur judaïsme oul madame chretienté ou Mademoiselle ultra-liberale ou Monsieur boudhiste.
    A la rigueur, il y a des prenoms composés qui peuvent passer comme “sayf al Islam” et c’est vraiment limite. S’appeler le “sabre de l’islam” ouvre la porte à tous les possibilités et délires, genre Monsieur Butagaz du Paradis, Melle Bombe de … détonateur de Sidna 3araïl… et ainsi de suite. Tout est possible f had akhir zaman.

    2. Concernant le terme  » kabylisation », je l’ai utilisé pour certains berberistes et Non Berbères. Il y a une différence entre les deux termes. On entend généralement par berberiste, un militant politique de la cause amazigh. Tous les Berberes ne sont pas berberistes comme tous les Arabes ne sont pas arabistes ou les tous les Musulmans ne sont pas islamistes…
    Oui, il y a un processus de kabylisation de certains militants politiques berberistes Marocains qui ont épousé les analyses de l’élite politique kabyle bien présente et influente au sein du Congrès Mondial Amazigh et des associations berbères actives à l’étranger, notamment en Europe. Et je trouve qu’ils ont tort parce que le contexte Marocain n’est pas le même que celui de l’Algérie, pour au moins deux raisons :
    – le pouvoir algérien a hérité de la tradition jacobine française trop centralisatrice qui réprime les cultures régionales et ne les laisse pas s’épanouir.
    – la culture du Parti unique du FLN au pouvoir depuis l’indépendance de l’Algerie en 1962 n’a pas arrangé les choses et a ajouté une bonne couche de répression contre toute la société civile algérienne y compris la composante berbère qui continue encore à baver des affres de ce régime militaro-mafieux.

    Pour ces deux raisons, l’analyse des berberistes algeriens de majorité kabyle, est trop radicale, frontale et adaptée au contexte algerien violent mais pas au contexte Marocain qui est assez différent.

    En d’autres termes, Il y a des différences énormes entre les deux pays, au niveau de la gestion de la pluralité linguistique et culturelle.

  11. Al-Maghribi,
    Le nom Christian, veut dire chrétien en vieux français
    comme le nom Israël veut dire ce qu’il veut dire.

  12. @ Aïcha Qandicha, Bismallah rahman rahim🙂

    oui tu as raison c’est l’équivalent de mouslim qui est existe comme prénom

    Mais Islam ! A part cat stevens qui s’est rebaptisé « Yousouf islam » , il n’est pas répandu.

    De toute façon, je n’en fais pas un principe et chacun s’appelle comme il veut. Donc, je retire tout ce que j’ai dit ,vue la sensibilité du sujet.pour certains qui peuvent interpreter mes propos dans un sens contraire de ce que j’ai voulu epxrimer.

  13. Al-Maghribi, honnêtement, chacun doit pouvoir appeler ses enfants comme il veut. Il faut juste en assumer les conséquences quand ils sont lourds à porter par des bambins.
    concernant les noms berbères, il est inadmissible de refuser des prénoms amazighs, mais il faut aussi que certains berbéristes se rappelent que leurs parents portaient avec honneur des noms comme Ahmed et Mohamed.
    Pour l’anecdote, ma grand-mère berbère s’appelait Fatima et ma grand-mère arabe s’appelait Ittou.

  14. Autre anecdote, chaque fois que mes grands-parents avaient une chienne, ils l’appelaient Golda, en souvenir de golda meïr.
    Question: Ya t’il aussi une liste de prénoms pour chiens?

  15. Aïsha Qandisha :
    Tes grand-parents appellent leurs chiennes (qui aiment car sinon pour quoi ils prendront ces chiennes) Golda, un nom qui n’aiment pas (on sait pour quoi)!! absurde, no?

  16. JeL, vas savoir!

  17. Tiens, la police de la pensée patrouille à ce que je vois…

  18. Bin Aïsha tes grands-parents n’aimaient pas le prénom Golda ? C’est dit où Mister JeL (esais)

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