« Sept mois après avoir acheté une frégate FREMM, le Maroc n’a toujours rien payé… »

Ce n’est pas moi qui le dit, mais Le Point:

Le futur navire amiral marocain sera baptisé Mohamed 6 , du nom de l’actuel souverain du royaume chérifien.

Mais à ce jour, un certain nombre de problèmes n’ont pas encore été réglés. Le premier est d’ordre financier. Si le contrat de 470 millions d’euros est bel et bien signé entre la France et le Maroc, les premiers sous ne sont pas encore entrés dans les caisses de DCNS. « Il n’y a rien d’étonnant à cela », dit-on tant chez l’industriel qu’au gouvernement : ces affaires prennent du temps, il n’y a rien d’inquiétant. En fait, les Marocains finaliseraient actuellement un crédit, pour lequel plusieurs banques et établissements financiers seraient encore en phase de négociation. C’est dans le cadre de cet emprunt que la banque retenue fera appel à la France pour qu’elle apporte sa caution financière, la Coface garantissant que les traites seront honorées. Or, pour cela, il faut un accord que Bercy rechigne un peu à donner.

Un manque de techniciens d’excellence

Selon une source bien informée, « si Bercy traînait trop les pieds, par exemple si la Coface estimait que le Maroc a dépassé les seuils d’endettement acceptables vis-à-vis de la France, des instructions politiques seraient données au Trésor pour passer outre ces réticences ». Le second problème est plus surprenant. Quand un pays vend un navire de guerre, il vend également la formation de l’équipage qui le fera fonctionner. Depuis des années, la France s’est dotée d’un outil paraétatique chargé de cette fonction quand il s’agit de matériel naval, NAFVCO. Or, la marine marocaine exige que NAFVCO soit mise hors circuit, et que la formation soit assurée par la marine nationale française, gratuitement de surcroît. Sachant que la formation d’un équipage coûte de 30 à 50 millions d’euros, c’est un gros cadeau que le Maroc exige du contribuable français. À la marine nationale, on se veut compréhensif : « Nous sommes prêts à cet effort, si tel est le prix de l’attachement de la marine marocaine à la France ! » Là, encore, l’avis de Bercy sera déterminant.

Enfin, dernière difficulté que les Français n’admettent que du bout des lèvres : il semble que la marine marocaine aura le plus grand mal à trouver des techniciens, officiers comme sous-officiers, pour faire fonctionner ce navire d’une extrême complexité. Les Français, eux-mêmes, ne savent pas comment ils vont pouvoir former des techniciens d’excellence à la conduite d’une machine aussi perfectionnée, et envisagent de faire concevoir des logiciels spécialisés dans l’apprentissage des systèmes de conduite et de combat des FREMM. Or, au Maroc, lancé dans la course au développement, tous les secteurs réclament des techniciens de haut niveau, que les entreprises ont déjà du mal à trouver… Renault-Nissan, qui investit un milliard d’euros dans la région de Tanger, est précisément confrontée à ce problème.

Il faudrait peut-être en informer l’envoyée spéciale du Point au Maghreb, qui a livré une analyse impitoyable de la situation économique du Maroc:

L’engouement des étrangers pour le Maroc, les grands projets de Mohammed VI, les investissements et le boom immobilier modifient le visage du royaume. Sa mue est spectaculaire. Et les Marocains diplômés rentrent au pays.

Mireille Duteil livre une substantielle piste de réflexion à la marine marocaine, confrontée à des problèmes de personnel qualifié:

Là encore, le Maroc n’a pas dit son dernier mot. Il dispose d’une réserve de matière grise à l’étranger et espère la faire rentrer au pays.

J’espère au moins que la pastilla était bonne!

PS: Petit rappel sur le contexte politique de cette vente d’armes:

Nicolas Sarkozy a mis à profit sa visite d’Etat au Maroc pour ajouter un chapitre à la remise à plat de la stratégie politique et économique française sur la scène internationale, qu’il a entreprise depuis son installation à l’Elysée.

Le président français est reparti mercredi après-midi pour Paris avec dans son escarcelle quelques contrats et engagements dans le domaine économique et commercial pour un montant total qu’il a évalué à trois milliards d’euros.

C’est le protocole d’accord signé lundi sur la construction par des groupes français du premier tronçon du futur train à grande vitesse (TGV) marocain (deux milliards d’euros, dont un pour les entreprises françaises).

C’est également toute une série de décisions annoncées dans le domaine des armements, même si rien n’a été formellement signé dans ce domaine pendant la visite de Nicolas Sarkozy.

La France vendra ainsi au Maroc une frégate polyvalente de classe FREMM (environ 500 millions d’euros), pour laquelle un document avait cependant été signé « à temps pour la visite », précise l’entourage du chef de l’Etat.

Elle sera construite à Lorient avec les frégates du même type qui seront livrées à la Marine française à partir de 2011-2012 (ce pourrait être la deuxième ou la troisième).

Le groupe Thales vendra au Maroc un système de surveillance des frontières. La France modernisera 25 hélicoptères Puma et 140 véhicules de l’avant blindés de l’armée marocaine et vendra à celle-ci quelque 600 véhicules 4X4 long rayon d’action.

Pour ces derniers marchés, si la décision politique a été prise par le roi Mohammed VI du Maroc et Nicolas Sarkozy, les négociations sont encore en cours.

Au total, ce volet militaire, y compris la frégate, représente plus d’un milliard d’euros, dit-on de même source.

13 Réponses

  1. La pire des crise, une crise de croissance.

    Le Maroc se retrouve avec des chantiers et pas de main d’œuvre…

  2. Tu lis le point !🙂
    Le bloc note de BHL était bien ?

  3. @ayoub
    Si tu creuses, peut-être qu’il lit aussi le nouvel obs !!

    @ibn kafka
    :p

  4. C’est aussi avec de la monnaie de singe qu’il compte payer le TGV?

  5. Cela étant, même si le Maroc connaît un boum économique, je ne serais pas surpris de la réalité de tels problèmes de recrutement. La plupart des pays développés ont de problèmes de cet ordre, tout bêtement parce que la vie militaire n’est plus très attractive, et que les entreprises privées font une grande consommation de techniciens spécialisés. Alors si en plus, il y a un boum économique …

  6. GroM: je ne conteste pas la pénurie de main d’oeuvre qualifiée, elle est patente dans des domaines moins techniques que l’entretien de navires de guerre. Je conteste le choix d’acheter des équipements dont le Maroc ne pourra se servir sans l’appoint de personnel étranger – surtout dans le domaine militaire!

  7. IK conteste le choix d’acheter des équipements dont le Maroc ne pourra se servir sans l’appoint de personnel étranger surtout dans le domaine militaire

    Moi je conteste le choix ….tout court.

    A-t-on vraiment besoin d’un bâtiment naval au prix exorbitant …lequel ,finalement, ne servira qu’aux défilés militaires (si j’ose dire pour un bateau) ?

    N’ y –a-t–il pas des besoins vitaux bien plus urgents à couvrir notamment dans le domaine social (hôpitaux, dispensaires, etc.)

    Et de toutes façon c’est beaucoup plus de chameaux dont on a besoin que d’une frégate sophistiquée….puisque nous sommes en guerre uniquement contre les indépendantistes sahraouis !

    Ah bien sûr, j’oubliais les « patéras »…

  8. alibaba, aux dernières nouvelles, le Sahara marocain est toujours bordé par l’Atlantique…

  9. IK : C’est vrai..et il s’étale même jusqu’à la Mer Rouge !
    Dans ce cas ..l’achat d’une frégate ultra sophistiquée est pleinement justifié !

    Son port d’attache sera vraisemblablement TIFARITI récupérée !

  10. Au temps pour moi. Je partage assez ton opinion sur la pertinence de cet achat, même si ma qualité de contribuable français fait que j’y vois au moins l’avantage d’une baisse du coût pour nous – à un moment où Sarko diminue le nb de bâtiments prévus et donc en augmente le coût unitaire …

    En fait, d’un strict point de vue coût/adaptation au besoin, la meilleure affaire pour le Maroc a certainement été l’achat de la frégate type floréal (le Mohammed V, si je me souviens bien). Un bateau marin, économique (moteurs diesel, standards civils), armé modérément, idéal pour les opérations de police hauturière … Une deuxième aurait sans doute été plus judicieuse.

  11. Ce type de décision, comme celui d’acheter le TGV (cette dernière décision est très contestée au Maroc), répond sans doute plus à des considérations de prestige et de compensation économique pour le soutien diplomatique français au Maroc. Une décision irrationnelle du point de vue économico-technique. C’est très courant en matière de dépenses militaires, même dans les démocraties occidentales: pourquoi se contenter d’un modèle ancien et qui marche bien alors qu’on peut développer un modèle ultra-sophistiqué qui marchera une fois sur deux mais qui est plus prestigieux? Voir par exp. le dernier numéro du Canard enchaîné sur la série impressionnante de problèmes techniques rencontrés par la marine française lors de la libération des otgaes du Ponant…

  12. @IK
    Si tu enlèves le « sans doute », je partage à 1000% ton Com 11.

  13. Le problème de la marine nationale dans l’affaire du Ponant, c’est que sa collection de modèles anciens n’a pas super bien marché et on peut difficilement parler, s’agissant des frégates F70 (conception late-seventies), des avisos A69 (conception late-sixties) ou de la Jeanne d’Arc (conception late-fifties), de modèles « ultra-sophistiqués » …

    Dût-ce mon inébranlable patriotisme en souffrir🙂

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