Un intéressant sondage iranien


Il faut se méfier des sondages en temps et dans des démocraties bien établies, et encore plus lorsqu’ils ont lieu en Iran. Ce préalable étant fait, voici un sondage étatsunien réalisé il y a quelques mois en Iran – selon les conditions suivantes:

The poll of Iranians was conducted with a randomly selected sample of 710 Iranian adults, from rural as well as urban areas, January 13—February 9, 2008. The margin of error is +/-3.8 percent.

Interviews were conducted in every province of Iran. Professional Iranian interviewers conducted face-to-face interviews in Iranian homes. Within each community, randomly selected for sampling, households were chosen according to international survey methods that are standard for face-to-face interviewing. In some cases, a respondent did not want to be interviewed because the interviewer was of the opposite sex. Interviewers then offered to either reschedule the interview for a time when the male head of household would be present, or to have an interviewer of the same sex visit.

The poll questionnaire was developed in consultation with experts on Iran as well as the Iranian polling firm.

In addition to the poll, focus groups were conducted in Tehran with representative samples of Iranians.

Me reposant sur la fameuse citation de Cioran – « il faut avoir vécu en Espagne pour comprendre le plaisir qu’il peut y avoir à tuer un prêtre » (il parlait de l’Espagne franquiste) – et sur mes rencontres avec des Iraniens exilés, j’ai longtemps cru, comme le rapporte la presse mainstream étatsunienne et européenne, que le système de gouvernement théocratique iranien était vomi contesté par sa population, y compris sur le plan de son principe.

La prudence suggère de ne pas prendre un sondage effectué en Iran pour argent comptant – c’est d’ailleurs une précaution applicable à tout sondage effectué dans tout pays – mais faute d’autre élément de comparaison, en l’absence d’élections libres (les candidats aux élections présidentielles et législatives iraniennes sont d’abord filtrés par le Conseil des gardiens de la révolution).

Les résultats de ce sondage sont néanmoins surprenants, même si ils le sont un peu moins après réflexion. A titre d’exemple, les Iranien-ne-s interrogé-e-s sont 69% à avoir un avis défavorable sur les Etats-Unis en tant que pays et 85% sur l’administration du président Bush (p. 8) – quelle surprise… – mais seulement 37% sur le peuple étatsunien. 64% estiment possible de trouver un terrain d’entente entre « Occident » et « monde musulman » (p. 9), 57% veulent un dialogue politique direct entre Iran et Etats-Unis (p. 10) (on notera, p. 13, que 82% des Etatsuniens interrogés en parallèle sont favorables à ce dialogue politique direct), 84% estiment que les Etats-Unis veulent diviser le « monde musulman » (p. 11), 58% estiment la possession d’armes nucléaires contraire à l’islam (p. 14), et 63% souhaitent que l’Iran continue à adhérer au traité de non-prolifération nucléaire (p. 15) – bref, une option très soft et pacifique en matière de politique étrangère et de défense.

Sur le plan intérieur, et c’est là où sont les réelles surprises de ce sondage, ceux parmi les personnes interrogées qui font un peu ou beaucoup confiance au gouvernement (iranien) sont 74% contre 13% dans le cas contraire (p. 19). Beaucoup plus étonnant, ils sont 66% (75% parmi les bas revenus, 80% parmi ceux au niveau d’éducation peu élevé) à approuver le travail d’Ahmedinejad contre 22% d’opinions contraires (38% parmi les hauts revenus, 34% parmi ceux à niveau d’éducation élevé). Encore plus consternant: 45% estiment que le gouvernement est en droit de censurer les informations qu’il estime déstabilisatrices contre 31% qui estiment qu’il n’a pas le droit de censurer l’information (p. 23).

Plus rassurant, 78% des personnes interrogées estiment que la question d’une complète égalité des droits entre l’homme et la femme est importante, contre 8% seulement d’avis contraire (p. 24).

Et voici qui m’a surpris (p. 26):

When asked whether “Shari’a should play a larger role, a smaller role, or about the same role as it plays today” in the way Iran is governed, only 14 percent wanted Shari’a to play a smaller role. However, only a third wanted it to play a larger role (34%). Nearly half preferred to hold the status quo on Shari’a (45%).

Only one in three Iranians favor punishing an Iranian Muslim who converts to another religion. Asked, “Do you think that the government should or should not punish an Iranian citizen who converts from Islam to a non-Muslim religion?” 32 percent said the government should, while 50 percent said it should not.

Respondents who said, in the question discussed above, that Shari’a should play either the same or a larger role in Iranian governance—79 percent of the whole sample–were presented six aspects of the application of Shari’a’ and asked for each, “how important is [this] for the government to do?”

The highest priorities in the application of Shari’a are preventing usury and providing welfare to the poor. A 51 percent majority (of the full sample) called “preventing usury” very important, and another 16 percent said it was somewhat important. Nearly as many (48%) said “providing welfare to the poor” was very important, and another 20 percent said it was somewhat important. Forty-six percent also said “making education and healthcare available to all” was very important in applying Shari’a (somewhat: 22%).

Anti-vice aspects of Shari’a also received high ratings. Highest was “punishing those who consume alcoholic beverages in public” (45% very important, 22% somewhat), followed by “policing moral behavior such as gambling and prostitution” (43% very important, 22% somewhat).

The lowest priority was assigned to “applying severe physical punishments to people convicted of certain crimes.” Only 22 percent called this very important (28% somewhat important). Overall, though, severe physical punishments were still endorsed by half.

Une position plutôt centriste – majoritairement contre la punition des apostats, mais encore plus majoritairement favorable à la punition de ceux qui boivent de l’alcool en public – sachant que l’Iran est un des rares pays, avec l’Arabie séoudite, à appliquer pleinement le droit musulman, y compris en matière pénale. Cela m’étonne personnellement, je croyais le rejet du régime pénal islamique iranien plus fort – ne jamais croire que les exilés représentent l’opinion du pays qu’ils ont quitté, ne jamais croire que les exilés représentent l’opinion du pays qu’ils ont quitté, ne jamais croire que les exilés représentent l’opinion du pays qu’ils ont quitté…

Mais est-il tellement surprenant que certains leaders/régimes décriés de par le monde soient plus populaires chez eux qu’à l’étranger? On a bien vu que Bush a été triomphalement réélu, en connaissance de cause, et que Berlusconi a pour la troisième fois remporté des élections législatives, porté au pouvoir par l’électorat italien, là aussi en connaissance de cause. On pourrait rapprocher ces deux exemples du cas Sarkozy, longtemps ministre de l’intérieur et – un peu moins longtemps – des finances avant de se faire élire triomphalement – en connaissance de cause – sur un improbable programme de rupture et de renouveau…

Et serait-on certain que les résultats au Maroc seraient si différents? Nous avons tous en tête les résultats plus qu’ambigus des dernières législatives…

Par exemple, est-on sûr qu’une majorité de l’opinion marocaine privilégie la liberté d’expression sur la « stabilité » du régime makhzénien? Que pense le Chinois de base du Tibet? Certes, et c’est heureux, la majorité n’a pas toujours raison, et elle varie, mais il faut cesser ce nombrilisme dangereux qui veut que l’opinion partagerait toujours les options politiques qu’on – les élites notamment – lui prête…

A méditer.

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