Barbarie à Naples

Pourriez-vous continuer à vous bronzer et à vous baigner en présence de deux cadavres? Le fait que ces deux cadavres soit d’une ethnie que d’aucuns estiment inférieure – les roms – changerait-il quelque chose à votre réponse?

Jugez-en – les pieds qui dépassent de dessous les serviettes de bain appartiennent à Violetta et Cristina Ebrehmovich, deux jeunes fillettes de 12 et 11 ans, accessoirement d’origine rom, mortes noyées au bord d’une plage de Naples, dans l’indifférence quasi-générale des estivantscertains avaient cependant tenté de les sauver.

La grand-mère des deux fillettes dit fort justement (sur un excellent blog rom hébergé par la Tribune de Genève):

Vous pouviez respecter leur mort et vous ne l’avez pas fait. C’est vous qui êtes malades!

La mère n’est pas en reste:

Violetta se sentait italienne, comme toutes les jeunes de son âge, elle rêvait de devenir une star. Devant son miroir, elle dansait. Elle se sentait italienne, mais elle est morte comme une rom.

L’indifférence n’est bien évidemment pas générale:

C’est cette indifférence que dénonce l’archevêque de Naples, Crescenzio Sepe, dans La Repubblica, qui a publié ces photos terribles, lundi 21 juillet. « Ces images, dit le prélat, font encore plus mal à Naples que celles de ces derniers mois de la crise des déchets. »

Mais on peut se demander qui est le plus barbare, les baigneurs indifférents ou le gouvernement italien, qui, dans une mesure digne de l’apartheid sud-africain ou israëlien, prépare une loi visant le fichage, y compris les empreintes digitales (dans sa délicatesse, le gouvernement a décidé d’en exempter les mineurs), des seuls roms – du moins ceux habitants des campements non-reconnus:

Après ceux de Naples et de Milan, les habitants des camps nomades de Rome vont aussi être fichés. Dans la capitale italienne, ce sont les opérateurs de la Croix-Rouge, avec le soutien de médiateurs culturels, qui sont chargés de faire le recensement. Celui-ci doit débuter dans l’un des 50 camps sauvages de la ville au cours de la semaine.

Touché au vif par les reproches justifiés de mesure raciste sur le recensement des roms et notamment le relevé des empreintes digitales, le gouvernement italien a décidé de généraliser les empreintes digitales à tous les Italiens, les empreintes devant figurer sur la carte d’identité à compter de 2010 (pour rappel, cette mesure existe déjà au Maroc).

Berlusconi et la Lega Nord n’existent pas dans un vide politique – rappelons que Berlusconi a été élu, pour la troisième fois, et donc en pleine connaissance de cause. La xénophobie qui se dégage de son gouvernement, et cet incident estival, ne sont pas fortuits:

Une récente enquête d’opinion nationale a révélé que 68 % des Italiens estiment nécessaire de raser les campements Roms voire d’en expulser ses habitants. 160 000 personnes seraient ainsi reconduites à la frontière, la moitié possédant pourtant un passeport italien. Ces résultats répondent aux récents actes de violence répertoriés à la périphérie de Naples.

Après une tentative d’enlèvement d’un nourrisson par une jeune tzigane, d’intenses incidents ont éclaté dans des campements de Roms à Ponticelli, contraignant les Roms à se réfugier dans le plus grand camp, protégé par la police, pendant que leurs baraques étaient incendiées.

C’est le départ immédiat des Roms que souhaitent les Napolitains qui les accusent de divers délits et d’être ainsi un facteur d’insécurité. Selon le directeur de l’organisation de défense des droits de l’homme Every One, Matteo Pecoraro, «Cette hostilité est le résultat d’un langage enflammé et d’un climat général créé par le nouveau gouvernement, mais aussi par le précédent».

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