« Des confrères humoristes reconnaissent d’ailleurs que, «malgré tout», Dieudonné est sans doute le meilleur d’entre eux »

J’en parlais justement avec Amine l’autre jour: Dieudonné a dépassé toutes les lignes rouges ou jaunes en matière d’antisémitisme, et a pété les plombs complètement en s’acoquinant avec Le Pen, mais il est sans doute le meilleur comique francophone avec Gad El Maleh.

J’ai cependant été très surpris de lire cela dans Paris Match (via Kamerunscoop) – morceaux choisis:

C’est par hasard qu’on tombe sur l’annonce de son nouveau spectacle. Au détour d’une page sur Internet. Aucune affiche dans ­Paris ni aucun article n’en avait parlé. La radio et la télé non plus. Depuis l’épisode du «parrainage Le Pen», les choses ont changé et la promotion est bien ­assurée. Dieudonné s’en amuse désormais sur scène dans un sketch où il ­explique qu’il a trouvé cette idée pour sortir de son black-out médiatique. C’est un peu toujours le même problème avec lui. Il fait le miel de son humour avec ce qu’il accomplit ou dit de pire, mais en sketch, c’est toujours très drôle.

Des confrères humoristes reconnaissent d’ailleurs que, «malgré tout», Dieudonné est sans doute le meilleur d’entre eux. Au gré de ses déclarations à l’emporte-pièce, sans grande cohérence, ou de son «rapprochement» avec Jean-Marie Le Pen, ses ultimes défenseurs sont aujourd’hui cois. Pourtant, si on a un minimum d’honnêteté intellectuelle, on doit reconnaître que Dieudonné reste sur scène un des comiques les plus drôles, tant dans le fond que dans la forme.

Quelques déclarations de Dieudonné:

Mon black-out médiatique, je ne m’en plains pas ni ne m’en félicite. Quoique. Je prends ça un peu comme une décoration. Je n’ai pas de producteur, pas d’attachée de presse. J’ai refusé le système de la promo télé même si j’en ai fait. Entre moi et le public, il n’y a pas de filtre.

En France, il y a plein d’artistes qui viennent me voir, mais ils n’en parlent pas, en effet. Je ne veux pas plaire à tout le monde, mais pas non plus à personne. J’ai été un humoriste choyé, et maintenant je suis le vilain de l’“axe du mal”. Actuellement, je suis dans un coin, mais tout est histoire de temps. Coluche, aujourd’hui un saint, fut à une époque aussi un paria. Et c’est un de mes modèles, Coluche. Il fallait ces étapes pour ma propre compréhension du monde et de moi-même. J’ai un parcours atypique, c’est sûr. Ce qui s’est passé autour de moi a provoqué des reproches, des rejets, mais ça se retourne finalement en curiosité. Je suis assez serein sur l’avenir, en fait.

Des regrets ? Si j’ai pu blesser des personnes par mes interventions, je m’en suis toujours excusé. Mais regretter, non, car cela signifierait que j’ai cherché à faire du mal, à blesser, à inciter volontairement à la haine. Ça non, je n’ai jamais fait ça. On peut se tromper, mais si on le fait sincèrement… J’aime aller chercher le rire sur les nœuds, dans les tabous. L’humour qui me touche, c’est celui qui fait mal. Dans mon nouveau spectacle, je parle des Pygmées, de cette femme qui allaite son enfant mort et que j’ai vu de mes propres yeux au Cameroun. C’est cet humour qui m’intéresse. Le mien je vais le chercher au plus profond de la noirceur. Il faut bien vivre, et donc il faut rire.

(…) Dans la réalité, Jean-Marie Le Pen est-il devenu ­votre ami ?
Vous ne pouvez pas écrire ça. Nous sommes tous deux bretons, nous avons des sujets de discussion même si nous sommes politiquement à l’opposé. Il évolue dans un univers politique qui n’est pas le mien. Mais c’est quelqu’un qui n’a pas peur de la provocation. C’est la personne qui collait le mieux au titre du spectacle que je joue : « J’ai fait l’con”.

Ma thèse personnelle: après sa séparation avec Elie Semoun, Dieudonné a peut-être été aigri du fait que ce dernier avait une bien plus grande couverture médiatique alors que Dieudonné a beaucoup plus de talent comique (Elie Semoun fait ainsi penser à Jamel Debbouze – un grand sens de la répartie, mais un talent comique bien moindre que Gad el Maleh ou Dieudonné, par exemple). Ses incursions dans le domaine politique – esclavage, Palestine – en 2000-2002 avaient commencé à lui attirer des critiques, puis ses vraies-fausses campagnes présidentielles (2002 et 2007) avaient connu des dérapages inquiétants. Dieudonné n’étant pas celui qui plie l’échine, il s’est entêté et a gravement dérivé. Il ne semble pas prêt de regagner son port d’attache, mais il n’est pas sûr qu’il s’en porte plus mal, selon l’adage « il n’y a pas de mauvaise publicité »…

PS: On notera que c’est dans un média aussi peu sérieux et crédible que Paris Match que l’on peut lire ces lignes relativement honnêtes à l’encontre de Dieudonné, grand comique et exécrable politicien. Ne rêvez pas d’en lire le quart de la moitié dans la presse dite sérieuse – Libération, Nouvel Observateur, Le Monde, L’Express, Marianne, Le Point… Et ce n’est pas dans ces derniers que vous auriez pu lire ceci:

Elie-Dieudo, le retour ?
« Avec Elie, je suis sûr qu’on refera un truc ensemble. Il ne faut pas qu’il soit gêné vis-à-vis de moi. Mais je l’ai rarement senti aussi près de tenter un truc ensemble. » Conviction sans doute renforcée par le fait qu’Elie Semoun, venu voir son spectacle le 14 juin, en avait profité pour monter quelques minutes sur scène. Mais c’était avant l’épisode « Le Pen ». Depuis, Elie Semoun a mis les choses au clair et la reformation n’est pas pour demain. « Dieudo se trompe. Je ne monterai pas sur scène avec lui. C’est trop empoisonné et surtout trop raciste. J’ai fait une erreur en y remontant quelques minutes. C’était une pulsion pour rire mais, naïvement, je ne pensais pas aux conséquences. » D’autant qu’Elie joue actuellement dans un film produit par Arthur qui vient lui-même de perdre un procès en diffamation que lui avait intenté Dieudonné…

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