« Paris tient le Maroc pour un allié acquis quoiqu’il arrive »

Lu chez Rue89.com:

C’est la fausse note à laquelle Paris ne s’attendait pas: l’absence du roi du Maroc au sommet de lancement de l’Union pour la Méditerranée. En invoquant pour seul motif de sa défection des raisons de « calendrier », alors que l’évènement est prévu depuis de nombreux mois, Mohammed VI a visiblement voulu signifier qu’il ne s’agissait pas de cela…

En réalité, la diplomatie française a fait encore une fois les frais de son incapacité à gérer ses relations avec les deux géants-rivaux du Maghreb, l’Algérie et le Maroc. Paris est en effet parti du principe que la seule défection réellement grave au sud serait celle de l’Algérien Abdelaziz Bouteflika (…)

Comme à chaque fois qu’Alger multiplie les gestes de mauvaise humeur, la diplomatie française s’est dès lors mobilisée sans compter pour assurer l’Algérie qu’elle était un partenaire indispensable et un pilier de la future union. On ne compte plus ainsi les ministres français qui se sont succédés ces dernières semaines à Alger. La récente visite de François Fillon aura bouclé cette valse autour d’un géant gazier et pétrolier dont le marché est convoité par le monde entier, réserves en devises dépassant les 100 milliards de dollars obligent.

Ces signes de déférence ont été appréciés par Alger puisque dès le retour de François Fillon, Paris considérait « acquise » la venue de Abdelaziz Bouteflika. Quelques jours plus tard, le tête à tête entre Nicolas Sarkozy et son homologue algérien au cours du sommet du G8 au Japon est venu consacrer la priorité et la considération de la France envers l’Algérie.

(…) Ajouté au peu de goût de Mohammed VI pour les grands messes, ce trop plein d’attentions -qui montre que Paris tient le Maroc pour un allié acquis quoiqu’il arrive- aura provoqué la défection inattendue du souverain chérifien. D’autant que, cerise sur le gâteau, les responsables français ont expliqué aux Marocains la difficulté de prévoir un secrétariat de l’UPM à Rabat par le fait que… « les Algériens y sont opposés ».

On notera aussi le diagnostic très juste tiré sur le sommet de l’Union pour la Méditerranée: « Réussite médiatique mais échec sur le fond. Telle est la réalité de l’Union pour la Méditerranée« .

Sur le même thème, l’UPM, l’analyse la plus fouillée m’a semblé être celle de Dorothée Schmid, sur le site euractiv.com:

Si nous voulons avoir un projet de coopération à l’échelle méditerranéenne, nous ne pouvons pas faire l’impasse sur l’ensemble de ces équilibres politiques très fragiles. Le grand défaut de l’ensemble du projet depuis le départ a été de croire que nous pourrions parvenir à lancer la dynamique de coopération en Méditerranée alors que nous connaissions probablement les plus mauvaises circonstances politiques de ces 15 dernières années.

En 1995 nous étions quand même sur l’élan d’Oslo, sur l’idée que le processus de paix allait aboutir. Aujourd’hui la conflictualité en Méditerranée est relancée. La relation algéro-marocaine a plutôt tendance à se dégrader. Le problème de Chypre est devenu encore plus difficile à régler depuis l’adhésion d’une partie de l’île à l’Union européenne ; pour les Turcs, c’est devenu un dossier stratégique de premier plan dans leurs négociations avec les Européens. Nous sortons à peine de la crise libanaise et faisons face à la décomposition politique accélérée des territoires palestiniens. Enfin le niveau de coopération multilatérale dans la région est proche de zéro.

Depuis un an, j’émets des doutes sur l’utilité de cette « Union », qui a déjà changé plusieurs fois d’appellation et de contenu. Ce positionnement critique s’appuie sur des éléments qui n’ont pas bougé depuis 10 ans.

Il y deux niveaux de critiques. Tout d’abord, je pense que ce n’est pas le bon moment pour relancer une initiative de coopération multilatérale majeure en Méditerranée : au-delà de l’aspect rhétorique du projet, les conditions de base pour monter en puissance ne sont pas réunies. Ensuite, nous nous y sommes mal pris; la diplomatie française a ramé à contre-courant pendant des mois sur le sujet.

Le vrai problème qui n’a pas été élucidé est la question de l’articulation juridique entre l’Union pour la Méditerranée et l’Union européenne. Comment l’UPM va-t-elle s’insérer dans les structures de l’Union européenne si ce projet devient véritablement européen? Personne ne le sait. Le fonctionnement des futures institutions de l’UPM est encore assez mystérieux. Personne n’a encore exploré si les coopérations renforcées peuvent s’appliquer dans ce cadre là.

Il faudra ensuite voir si l’agenda méditerranéen peut réellement s’insérer dans les priorités politiques de la présidence française de l’UE, et à plus long terme si un consensus émerge entre partenaires européens sur une nouvelle méthode de travail. Sinon on continuera à fonctionner sur les principes du processus de Barcelone tel qu’il existait avant avec quelques innovations de projets locaux ou régionaux.

Une vision nettement plus positive de l’UPM et surtout du sommet de Paris est donnée par le site De Defensa.

5 Réponses

  1. Quelle singulière analyse, il n’est fait nulle mention du caractère néo-colonial du projet bien affirmé pourtant !
    Dont la forme serait, par exemple, un ALENA dans sa version européenne…

  2. je sais que c’est off of subject… mais ai je bien lu que le maroc est parmis les pays qui refuse acces represants des institutions religieuses non musilamanes???! (http://www.worldnetdaily.com/index.php?fa=PAGE.view&pageId=72446)

    normalement ça passerai de la pur propagande pr moi mais je te pose la question comme même vu les éclatants scoop que tu me fais découvrir sur notre système juridique, y a t il une que tu puisses m’inpressionner cette fois ci?

  3. @naouar:

    Ça ne m’étonnerais pas le moins du monde. En fait, il y de fortes chances que même le peuple Marocain approuverais ce genre de restrictions si (rêvons un peu) cela devait passer par un référendum.

    Un dictateur (tu remarquera que c’est une constante dans la liste) se doit de garder contrôle sur le domaine religieux. Particulièrement, lorsque le divin est base de « légitimité ».

    « A prince should thus take great care that nothing escape his mouth that is not full of the above-mentioned five qualities and that, to see him and hear him, he should appear all mercy, all faith, all honesty, all humanity, all religion. And nothing is more necessary to appear to have than this last quality. »

    Niccolo Machiavell, The Prince, Chapter 18.

  4. L’UPM semble bien imprégnée (voir l’image) de la politique ‘d’agitation’ (stérile) du nouveau pouvoir à paris. Faire des grandes annonces, rassembler le plus grand nombre de personnes (peu importe si c’est les pires dictateurs sur terre) avec des jolis discours, tout en se foutant d’avoir des résultats réels tangibles.

    La politique de la publicité et de l’hypocrisie, comme celle menée par l’entité sioniste qui polluent les grands-médias par les beaux discours sur la paix, tout en faisant le contraire dans la réalité, en continuant la colonisation et la transgression des lois et conventions internationales (comme le mûr d’isolement criminel et l’embargo inhumain).

  5. http://tunisie-harakati.mylivepage.com

    A voir ce site pour vous rapprohez de la Tunisie, un autre regard sur ce pays à travers une histoire vraie, encore d’actualité. Une affaire choc qui remue la Tunisie, le destin d’une femme, la vie de Sameh Harakati. Une incroyable histoire à suivre, à voir et à revoir……..avec des clips vidéos, des documents……..

    http://tunisie-harakati.mylivepage.com

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