If the CIA says you’re safe, begin to worry


Mes expériences cinématographiques passées m’ont incité à commencer la biographie du Che par Jorge Castañeda (qui fût par la suite ministre des affaires étrangères du président mexicain Vicente Fox – « Compañero: the life and death of Che Guevara« : autant le dire tout de suite, c’est un chef d’oeuvre du genre biographique. Cette spécialité anglo-saxonne – j’ai des souvenirs de la biographie sur Huey Long de T. Harry Williams, où le moindre fait de l’enfance jusqu’à la mort de ce légendaire gouverneur populiste et progressiste de Lousiane était consigné, reposant sur des entretiens avec des témoins ou des archives d’époque.

Je ne recommande pas la lecture de l’ouvrage de Jorge Castañeda à quiconque souhaite se lancer dans la biographie – il ou elle y renoncerait, faute de ne pouvoir être à la hauteur. Parmi les sources, on trouve le courrier du Che à sa famille, à ses amis, des témoignages de personnes ayant travaillé avec lui, des sources officielles, des sources confidentielles, ainsi que la marée d’articles et d’ouvrages consacrés au Che et à Cuba, en espagnol, en anglais et en français. Certes, l’ouvrage peut être critiqué sur tel ou tel point – sur la mort du Che, Jorge Castañeda semble avoir été dupé par les ignobles mensonges de Régis Debray (1) – mais il est impressionnant de nuance, d’empathie et de sens critique – les passages sur la catastrophique politique économique suivie par le Che lors de son passage au ministère cubain de l’industrie (qui contraste par ailleurs avec sa politique sensée en tant que gouverneur de la banque centrale cubaine) sont sans aucune concession.

Parmi les très nombreux documents confidentiels – dont certains ont depuis été déclassifiés – cités par Jorge Castañeda, on trouve cette fascinante dépêche de la CIA, rédigée et communiquée à Langley un mois avant l’entrée triomphale de Fidel Castro, le Che et Camilo Cienfuegos et leurs partisans à La Havane, le 3 janvier 1959:

Castro has failed to prevent the majority of the Cuban people that his personality and program, in preference to Batista‘s, are worth fighting for. Cuba continues to enjoy relative economic prosperity, and a large part of the population, probably concerned that revolution would jeopardise their well-being, appears to hope that there can be a peaceful transition from authoritarian to constitutional government. (Director of Central Intelligence, Special National Intelligence Estimate, nos 85-58, « The situation in Cuba », November 24, 1958)

On se rappelle également des prévisions de la CIA sur l’avenir politique du Shah d’Iran, et on pourrait également évoquer, dans l’autre sens, leurs prévisions erronées sur le sort de feu Hassan II, donné condamné après les deux coups d’Etat avortés de 1971 et 1972…

(1) Ciro Bustos, compagnon du Che lors de la désastreuse aventure bolivienne, fût fait prisonnier. La postérité du Che, notamment par le biais du mondialement célèbre Régis Debray, prisonnier en même temps, en fît le bouc-émissaire, le traître censé avoir dénoncé la cachette du Che. Cet Argentin, qui obtint l’asile politique en Suède dans les années 70, et qui vit à Malmö, fît l’objet d’une réhabilitation suite au documentaire « Sacrificio » des deux journalistes suédois Tarik Saleh et Erik Gandini.

14 Réponses

  1. Je m’arrete sur le role reel ou suppose de Regis Debray dans l’arrestation du Che pour dire tout simplement que celui qui n’a jamais ete torture ne peut pas donner un avis sur cela. Meme si c’est Debray qui aurait livre le Che, il serait trop facile de l’accabler. Un militant revolutionnaire qui se fait arreter doit avoir une seule chose en tete, gagner du temps (48 heures) afin de permettre a ses camarades d’etre alertes et de prendre leurs dispositions en changeant de planque. Mais si cela est la recommandation faite au militant en milieu urbain, la guerilla en milieu rural a des regles tres differentes.

    S’ ajoute a cela, la solitude du torture et son besoin de soulager ses douleurs qui l’encourage a parler,…parler. Il y a ceux qui sont tres forts et qui arrivent a noyer le poisson, mais beaucoup et parmi les plus endurcis se mettent a table pour ne plus etre torture. Il y a un texte sur la torture qui avait ete ecrit par Abraham Serfaty et publie dans la revue « Les temps modernes » au milieu des annees 80, ou il decrit son face a face avec le tortionnaire. Si mes souvenirs sont bons le titre en etait « Face au tortionnaire ».

    Dans un autre registre, Mandela a l’epoque ou il etait detenu a Robin Island avait une relation tres speciale avec son geolier, devenu par la suite son ami. Ceci eclaire d’une facon differente sur la relation qui pourrait se creer entre un prisonnier et son geolier. Un film montre que cette relation a ete determinante dans la negociation des annees 80 entre les autorites de l’apartheid et Mandela

  2. Hemmm…de plus de Tes filles, n’étant guère satisfait, tu étends alors ton endoctrinement à l’ensemble de tes filleuls/lecteurs !!!

  3. Erreur, Chak: ce n’est pas parce qu’il aurait parlé sous la torture qu’il faudrait accabler Debray, c’est parce qu’il se défausse, lui l’intellectuel à l’aura mondiale, sur un simple inconnu, alors que la réalité veut – peut-être, difficile de le savoir – que c’est sans doute lui qui a donné le Che.

  4. Quote : Je ne recommande pas la lecture de l’ouvrage de Jorge Castañeda à quiconque souhaite se lancer dans la biographie – il ou elle y renoncerait, faute de ne pouvoir être à la hauteur.
    ————————————————————————————
    Une chance que t’es la pour le commun des mortels🙂

  5. Il y a deux versions et forcement on se trouve partages. Dans ce cas la, mieux vaudrait ne pas s’engager trop vide contre Regis Debray parceque proche de Mitterand et d’une certaine « gauche » francaise. Que R. debray ait eu la faiblesse d’accabler un inconnu, cela est comprehensible; personne n’aoserait dire « j’ai parle et trahi le Che et la cause ».

    Cela me rappelle les peripeties de l’arrestation de Jean Moulin. Des decennies durant, les resistants , les historiens et les journalistes etaient partages sur le role de Rene Hardy qui aurait trahi le chef de la resistance francaise. Mais personne ne peut savoir ce qu’a peut etre du endurer ce suppose traitre, ou le chantage qu’il aurait subi oiu tout simplement la peur que lui aurait inspire la Gestapo. Dans la solitude face au tortionnaire, tout est possible… beaucoup doit etre excusable. Quant a vouloir se dedouaner et endosser le role de heros tout le monde le fait… chacun a sa part de narcisisme et personne n’aime reconnaitre ses trahisons… chacun a son jardin secret. « Et que celui qui n’a jamais peche lui jette la pierre » Dixit Jesus
    Andre Brink, le celebre romancier sud-africain avait fait de la prison suite a une malencontreuse erreur. Il avait donne une lettre a poster a une hotesse de l’air qu’il avait rencontre a bord d’un avion des lignes sud-africaines. Elle avait vite remis la lettre aux services secrets qui ont arrete Brink et compromis ses contacts ANC.

    Est ce que pour autant Brink n’est pas un ecriavin hors-pair?

  6. Bonjour,
    Tout le monde a donné Ernesto Guevara quant à moi. Dans ces mémoires avec Ignacio Ramonet, Fidel Castro parle d’avoir envoyé Regis Debray en Bolivie pour amasser informations et cartes topographiques du pays (My life, page 302). Dans ce genre d’histoire tout le monde a quelque chose à se reprocher ou à reprocher à quelqu’un.
    Fidel n’a jamais brisé les liens qui l’unissaient à Debray. La disparition d’Ernesto Guevara a servi plusieurs et de camps les plus antagonistes.

    Tu cites Camilo et j’en suis contente car ce dernier n’était pas communiste pas plus que ne l’était Fidel à l’époque (Che et Raul, si)

    Le plus malheureux dans cette histoire est que le symbole d’Ernesto Guevara est mis à toutes les sauces. Dénoncé par les anti comme une machine à tuer, récupéré par Fidel avec son fameux slogan pioneros por el comunismo, seremos como el Che, à la chute du mur de Berlin chute attribuée faussement à Reagan ou Gorbatchev (souvenons-nous du prix du baril à l’époque). Son souvenir (ainsi que celui de Camilo) est devenu une machine à sous lucrative et un outil de propagande bien huilée.
    On sait aussi qu’à la disparition du Che, Cuba penche définitivement du bord de l’URSS chose que Che voulait éviter car en visitant le pays il se rend compte des erreurs du stalinisme.
    Il y a une donne, dans la campagne du Che en Bolivie, qu’il ne faut pas occulter les paysans avaient peur de ces guerrilleros, la Bolivie rappelons-le n’est pas Cuba à l’époque dans le sens que Che n’a pas eu le support escompt. Le parti communiste bolivien lui tourne le dos.
    Je m’éloigne du sujet en disant que nous ne saurons jamais est quel genre d’homme aurait été Guevara. Fait important, son petit fils Caneck Sanchez Guevara (fils d’Hilda première fille de Guevara) et son fils Omar Pérez(poète) sont parmi les opposants du régime cubain chacun à leur façon.
    Excellent début de semaine

  7. Je à 100.000% en désaccord avec toi: le comportement de Régis Debray est celui d’une raclure, d’une ordure, d’un chien, et encore, j’essaie de me retenir. Rien ne l’oblige à accuser qui que ce soit, et encore moins un militant de gauche devenu simple réfugié politique disposant d’infiniment moins de relais médiatico-politiques que lui.

    Personne ne sait réellement – sauf évidemment les tortionnaires de Bustos et Debray, et les traqueurs étatsuniens et boliviens du Che – qui a « donné » le Che, dont la situation était de toute façon désespérée. Il faudrait étudier les témoignages, des compagnons du Che et de ses pourchasseurs, ainsi que d’éventuels documents étatsuniens ou boliviens, pour tenter d’approcher la vérité, quarante ans après les faits, ce qui n’est pas une mince affaire. Et il est évident qu’il est difficile à reprocher à quiconque d’avoir parlé sous la torture, sauf s’il l’on a soi-même résisté, ce qui n’est bien évidemment absolument pas mon cas.

    Mais ce qui est certain c’est que rien, absolument rien, n’autorisait Debray à donner en pâture le nom de Bustos alors qu’il ne sait pas plus qu’un autre qui a donné le Che, sauf s’il est lui-même celui-là. C’est sa lâcheté qui me donne envie de vomir tripes et boyaux.

    Donc écrire « Que R. debray ait eu la faiblesse d’accabler un inconnu, cela est comprehensible; personne n’aoserait dire “j’ai parle et trahi le Che et la cause”  » est à mon avis totalement, absolument et radicalement faux: ce salopard de merde n’avait que se la fermer.

    Je te conseille vivement « Sacrificio », le documentaire suédois de Tarik Saleh et Erik Gandini. Ils sont allés voir Régis Debray, et la scène est d’anthologie: l’arrogance, le mépris, la fatuité du personnage feraient vomir de dégoût Marc Dutroux. Debray n’avait pas besoin de salir Bustos pour se faire mousser, et les types comme lui sont des larves – j’ai infiniment plus de respect pour un tortionnaire assumant ses crimes ou un torturé assumant ses faiblesses et indignités que pour cette cloporte humaine, ce tas de merde dans un bas de soie comme quelqu’un avait dit à propos de Talleyrand.

  8. Loula: j’en suis justement, dans l’ouvrage de Castañeda, à la partie ultime sur l’arrivée du Che en Bolivie. Fidel voulait surtout éviter, selon Castañeda, que le Che aille dans une mission-suicide, car les conditions ne s’y prêtaient pas, lancer un foco en Argentine. La Bolivie fût l’alternative choisie, après le fiasco congolais, pour garder le Che en vie tout en sachant qu’un retour à Cuba était impossible après sa rupture dramatique en 1965, avec sa fameuse lettre d’adieu, d’autant qu’il gênait Fidel dans ses relations avec les Soviétiques.

    Les Boliviens (je veux dire le PC bolivien de Monje) n’en voulaient pas – pro-soviétiques, l’évolution pro-chinoise du Che et sa fascination pour la guérilla dans un contexte qui ne s’y prêtait pas (régime relativement progressiste, avec réforme agraire et syndicats forts) les refroidissaient. Cuba ayant fait croire au PC bolivien que le Che ne serait que de passage, afin de ne pas provoquer leur refus, ces derniers ne firent rien pour aider le Che quand ils comprirent – rapidement – qu’on – Fidel – les dupait.

    Pour en revenir à cette raclure de Debray, il avait été envoyé par Fidel, selon Castañeda, afin de repérer la région la plus propice à la guérilla, et surtout convaincre le Che qu’il pouvait se rendre en Bolivie. Les communistes boliviens le savaient, et firent tout pour saboter l’action de guérilla en la mentionnant publiquement avant qu’elle n’ait commencé. Au crédit de Debray, il ne proposa pas la région quasi-désertique de Nuancuhazu où vint mourir le Che, mais celle plus propice à la guérilla d’Alto Beni. Monje du PC bolivien rendit cette option impraticable en la rendant publique. Le Che fût alors piégé dans une région où toute guérilla était vaine.

    Sinon, je ne suis pas d’accord avec toi sur le rejet du stalinisme par el Che: de par sa tendance pro-chinoise, il tendait plutôt à le dépasser sur sa gauche, et s’il était désillusionné à son retour d’URSS c’est qu’il y trouvait les idéaux révolutionnaires, notamment sur le plan économique, dilués dans trop de pragmatisme.

  9. Ibn Kafka,
    Je suis d’accord avec toi en ce qui concerne le pragmatisme. Je reprends, je voulais écrire est qu’il trouvait l’URSS embourgeoisée, du moins les membres influents du parti. Volontariste aussi, en fait je le perçois comme une sorte d’ascète messianique dans sa volonté de vouloir libérer le monde de l’injustice. N’ayant pas vécu en Union Soviétique sous Staline, son stalinisme vient du fait qu’il devait surtout projeter sa vision d’une société « égalitaire » collectiviste, voilà l’une de ses erreurs quant à moi. Son refus justement de comprendre que la privatisation avait du bon.
    Je vais commander Castañeda, j’ai lu et relu Paco Ignacio Taibo II (Ernesto Guevara, también conicido como el Che). L’homme ne laisse pas indifférent. On l’aime ou on le déteste. Il a commis des gaffes, a exécuté aussi. Combien nous ne le saurons jamais, certains Cubains le traitent de boucher (ceux qui sont dehors), d’autres de saint. Une chose est certaine,, l’homme continuera de fasciner, il reste un modèle pour des pays en Amérique.
    latine. Selon mon humble avis, Che appartient à une ère celle du post-colonialisme et quand on sait les ravages que les cies US ont provoqué dans certains pays du continent, on peut commencer à comprendre l’homme.
    J’ai souvent des discussions à bâtons rompus avec mes amis cubains. Ils jurent que les barbus🙂 n’ont été acceptés que parce que le peuple cubain était justement instruit, politisé et syndiqué.
    Merci Ibn Kafka, cela me donnera quelque chose à faire de constructif lorsque je serai sur la Isla Grande.

  10. I.K.

    Te suivre sur le terrain historique necessite de faire de la rechereche et de consacrer beaucoup de temps, ce dont je ne dispose pas. De plus, la derniere fois ou j’ai lu quelque chose d’ ecrit par le Che, ca doit remonter a des lustres. Comme tu as du le constater, je n’ecris que de memoire et je ne me casse pas la tete a aller chercher des references, j’ecris pour le fun et je laisse l’analyse profonde aux erudits et accrocs des references Wikipedia et autres documentations.

    Le romantisme revolutionnaire semble avoir de beaux jours devant lui. Malhereusement, il est une realite, c’est que les theories guevaristes mal lues et/ou appliquees donnent parfois des resultats catastrophiques. Guevara a echoue au Congo aux cotes de Kabila pere, une vraie caricature de progressiste. Le coeur de la theorie de Guevara repose sur les foyers revolutionnaires dans les campagnes, doubles d’un mouvement insurrectionnel d’etudiants, de jeunes et de travailleurs attendant l’encercelement des villes par les campagnes pour declencher le saut final contre la fortresse du pouvoir. Apres Cuba, les rares reussites ont ete le Vietnam, le Laos et le cambodge avec un PC fort et le soutien des amis chinois et sovietiques. Le Nicargua a ete une reussite similaire a la revolution cubaine, mais pour un temps limite seulment. Les echecs sont nombreux en Amerique Latine et ailleurs. J’en veux pour preuve l’insurrection du 03 Mars 1973 a Khenifra, ou les paysans ont fini par livrer les insurges a la gendarmerie; celle des FARC, devenus un mouvement plus que douteux; ou le sentier lumineux, mouvement insurrectionnel, mais maoiste se livrant a des xaections du type Khmers rouges…

    Le romantisme, ce sont aussi le commerce des tee shirts, les produits avec l’efigie du Che, les bars qui ont emprunte le nom… tout cela me fait penser que de la ou il est enterre, le Che s’il voit le monde doit se tordre de rire devant cet interet soudain lui qui ne revait que de liberation et de justice sociale.

    La vie et l’ histoire du Che, devenue li’icone revolutionnaire, c’est un peu comme celles de Jesus pour les chretiens. Tous les deux symbolisent le martyr. On peut assimiler les deux a celui de Hussein et sa defaite de Karbalaa, qui est devenue dans la litterature arabe celebre quand on veut comparer une tristess absolue, on la qulifie de tristesse « Karbalaa ».

  11. Beaucoup d’encre a coulé sur l’arrestation et l’assassinat énigmatiques d’Ernesto Che Guevara…Des écrivains, des journalistes, des militants, des compagnons, des militaires, des agents,…, des témoins qui ont survécu à l’expédition bolivienne ont tous donné des éléments opposés, contradictoires, parfois invraisemblables voire surréalistes sur la capture du Che…Le personnage fascine !

    Aucune des biographies sur le Che qui existent n’offre une concordance sur le déroulement des événements dans son périple mortel en Bolivie, ni une cohérence dans les faits…Et aucune n’apporte une réponse claire à la question: Qui a balancé le Che ?

    La thèse la plus polémique reste à ce jour celle qui pointe Régis Debray… Le 31 août 1996, à Buenos Aires, la fille aînée du Che, Aleida Guevara, a accusé Debray d’avoir « trop» … « parlé plus que nécessaire ».

    Voici un résumé intéressant publié en 1996 dans le journal « La République des Lettres » sur cette grave accusation portée à l’encontre de Régis Debray par la fille d’Ernesto Che Guevara, Aleida :

    « Régis Debray accusé de la mort d’Ernesto Che Guevara.

    Régis Debray, accusé par la fille d’Ernesto Che Guevara, Aleida, d’être à l’origine de la mort de son père en Bolivie en octobre 1967, a déclaré que cette accusation marque le « début d’une opération à long terme du régime castriste, obsédé par la création d’une opposition de gauche ».
    Aleida Guevara, 35 ans, l’un des cinq enfants d’Ernesto Che Guevara, avait affirmé dans une déclaration au quotidien argentin Clarin, que Régis Debray est directement à l’origine de la mort de son père pour avoir « parlé plus que nécessaire » après son arrestation par les forces boliviennes en avril 1967.

    « Aleida Guevara agit en service commandé et la cochonnerie stalinienne ne m’inspire plus qu’une ironie triste », écrit Régis Debray. Il s’est refusé à commenter l’accusation d’Aleida Guevara, estimant dans son texte qu’il n’a pas à revenir sur ces épisodes de la guerilla bolivienne « chaque fois qu’il sied à La Havane de cracher sur ses anciens amis.(…) L’appareil cubain s’acharne parce qu’il croit, à tort, que j’encourage de loin les réseaux de résistance. Cuba fantasme un noyau, un centre à Paris d’un projet alternatif à gauche qui ne soit pas américain ou capitaliste, dont je serais le manitou, le relais (…). Je suis maintenant un intellectuel à temps plein, la page politique est tournée, ce qui ne m’empêche pas d’avoir des amitiés, mais pas d’activité militante », a affirmé l’ancien conseiller du Président François Mitterrand.

    Régis Debray a reçu le soutien du colonel Daniel Alarcon Ramirez dit « Benigno », l’un des trois survivants cubains de la guerilla du Che en Bolivie, qui affirme aussi que la déclaration d’Aleida est « un coup bas téléguidé par la sécurité d’Etat cubaine. Debray est devenu un ennemi à abattre à partir du jour où il a rompu avec un régime dictatorial », affirme-t-il. Benigno s’est réfugié en France cette année avant de publier un livre attaquant Fidel Castro sous le titre Vie et mort de la Révolution cubaine. Aleida « n’avait que six ans quand le Che est mort »,souligne Benigno qui rappelle qu’il y eut des déserteurs boliviens dans le groupe de Che Guevara, et surtout « l’argentin Ciro Roberto Bustos, co-détenu avec Régis Debray, qui joua un rôle si néfaste ».

    Pour Régis Debray, la rupture avec Fidel Castro a été totale en 1989 avec le procès Ochoa, du nom du général cubain fusillé pour trafic de drogue avec trois officiers cubains, notamment le colonel Tony de la Guardia dont le frère Patricio purge une peine de 30 ans de prison.

    Souhaitant mettre un terme à la polémique après ces réponses, Aleida Guevara a finalement répondu qu’elle « ne veut plus perdre de temps avec ce personnage ». (…) « Ce que dit Debray ne m’intéresse pas. Je ne travaille pour personne, uniquement pour mon père, et personne ne me dicte mes déclarations. Je ne veux pas discuter avec un semblable personnage. Je dis uniquement ce que je ressens », affirme-telle tout en confirmant ses déclarations précédentes: « Si à sa sortie des prisons boliviennes, il avait déclaré ce qu’il pense en ce moment, il faudrait respecter son opinion. Mais, 29 ans après la mort du Che, comment peut-on croire ce qu’il écrit dans son dernier livre? », interroge-t-elle. Dans son livre, Régis Debray qualifiait notamment le Che de « cruel, fanatique et despotique ». »

    La République des Lettres, dimanche 01 septembre 1996

    http://www.republique-des-lettres.fr/740-regis-debray.php

  12. Chakazoulou,
    L’endroit où reposent les restes du Che est impressionnant par la sobriété qu’il impose et il n’y est pas seul. Justement l’auteur du livre dont parle IBN Kafka a écrit un article intéressant à lire: http://www.foreignaffairs.org/20060501faessay85302/jorge-g-castaneda/latin-america-s-left-turn.html

    Par contre, je penche tjrs vers le témoignage de Dariel Alarcon Ramirez mieux connu sous le nom Benigno.

  13. Che et Abdelkrim et son passage au Maroc…

    « Je n’ai rien à vous apprendre, vous avez Abdelkrim Khattabi » Guevara à Arafat !

    «En survolant le Rif en avion, j’ai regardé par le hublot. La région est une zone idéale pour la guérilla. C’est tout un symbole». C’est par ces paroles que Che Guevara aurait salué Abdelkrim Khattabi à l’ambassade du Maroc au Caire en 1959.

    Le défunt Abdellah Ibrahim, chef du gouvernement marocain de l’époque, aurait présenté el Commandante à Abdelkrim, à l’occasion de son passage au Caire comme émissaire de la révolution cubaine en 1959. Guevara et Khattabi se sont isolés au fond du jardin de l’ambassade pour une conversation de plusieurs heures sur l’expérience de la guerre du Rif.

    Le Che respectait beaucoup le héros de la guerre du Rif. Il avait été initié, avec Fidel et Raul Castro, aux opérations tactiques de guérilla d’Abdelkrim Khattabi par Alberto Bayo, un général espagnol d’origine cubaine, vétéran de la guerre du Rif, qui a combattu ensuite du côté républicain lors de la guerre civile espagnole. « Bayo nous enseignait comment mettre en place une guérilla pour briser une défense à la manière d’Abdelkrim face aux Espagnols », a raconté Fidel Castro à Ignacio Ramonet, directeur de la rédaction du Monde Diplomatique, dans son bouquin « Cien Horas con Fidel (Cent heures avec Fidel) ».

    Selon le témoignage de l’ex-compagnon de Khattabi, Mohand Sillam Amezyane, publié par le chercheur rifain, résident aux Pays-Bas, Mustapha Aarab dans son livre: « Le Rif entre la monarchie, l’Armée de libération nationale et le parti de l’Istiqlal », Che lui a offert un stylo lors de ses rencontres avec Abdelkrim…

    Il paraît que Che Guevara a fait deux passages au Maroc en 1959 en tant qu’envoyé spécial de la révolution cubaine à la recherche de soutiens des non-alignés.

    Le 30 août 1959, Abdallah Ibrahim alors 1er minsitre est à son bureau quand il reçoit un appel téléphonique surprenant : « Un militant istiqlalien m’a annoncé que Che Guevara était au Maroc avec trois membres de la délégation officielle cubaine. Ils étaient en état d’arrestation et assignés à résidence depuis deux jours à l’hôtel Balima de Rabat (situé en face du Parlement) » Surpris et furieux, le chef du gouvernement marocain appelle immédiatement le chef de la police marocaine, pour avoir des explications…Comment avez-vous pu arrêter une personnalité invitée par le Maroc et sans me prévenir ! ». Réponse du chef de la police qui s’appelait Laghzaoui : « On a agi sur instruction du prince héritier Moulay Hassan ».

    A l’époque le Maroc était gouverné par une équipe de gauche et proche des résistants algériens mais le Makhzen sous l’autorité du prince Hassan II était le fidèle allié de la France et des Etats-Unis. Mécontent, Abdellah Ibrahim s’est rendu immédiatement à l’hôtel Balima pour lever l’assignation sur le Che,…l’invité du gouvernement marocain…

    Extrait d’un article publié par Telquel :

    http://www.telquel-online.com/240/maroc5_240.shtml

  14. C’est effectivement fascinant. Il y aurait de quoi en faire un film – le premier ministre ignorant qu’un visiteur officiel est assigné à résidence, ce qui indique par ailleurs que le pouvoir réel n’a pas attendu nos jours pour résider au palais…

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