Impérialisme humanitaire, Jean Bricmont et la mission civilisatrice des peuples colonisés

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Je viens de terminer la lecture d' »Impérialisme humanitaire: droits de l’homme, droit d’ingérence, droit du plus fort? » de Jean Bricmont, que vous connaissez peut-être depuis « Impostures intellectuelles« , canular génial écrit avec Alain Sokal (et dans lequel il tournait en ridicule le jargon post-moderniste, n’hésitant cependant pas à jeter le bébé avec l’eau du bain, mais c’est une autre histoire). Paru auprès de l’excellente maison d’édition – alternative et indépendante – bruxelloise Aden, qui est proche intellectuellement de ses confrères français Agone, La Fabrique, Amsterdam ou Le Temps des Cerises, cet ouvrage date déjà un peu (2005).

Pour situer Bricmont, précisons qu’il a rédigé la postface de « De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis » de Noam Chomsky, qu’il a contribué au Monde Diplomatique et Counterpunch, et qu’il ne sort pas le crucifix et la gousse d’ail lorsqu’on prononce le nom de Marx – ajoutons qu’il est membre du BRussells Tribunal, sorte de continuation du tribunal Russel qui embarassa tant le gouvernement étatsunien lors de la guerre du Viet-Nam.

L’objectif de Bricmont est clair: « mener un combat d’idées » (p. 17) et construire « un mouvement effectif d’opposition aux guerres impériales » (p. 16). Ce sont principalement les guerres d’agression contre la Serbie (1999), l’Afghanistan (2001) et l’Irak (2003) qu’il évoque, ces guerres ayant été menées exclusivement ou partiellement sur des mobiles humanitaires – mettre fin à l’épuration ethnique serbe au Kosovo, déloger le régime des Talibans en Afghanistan et le dictatorial et sanguinaire Saddam Hussein en Irak. On aperçoit ici une première faille dans le raisonnement, qui n’est peut-être qu’apparente: tant la guerre d’Afghanistan que celle de l’Irak sont menées officiellement par les Etats-Unis sur des motifs autres que l’ingérence humanitaire – les motifs apparents vont de la légitime défense (pour l’Afghanistan, repaire des commanditaires du 11 septembre, Ben Laden & cie) à la sanction du non-respect (imaginaire) de résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU en matière d’armes dites de destruction massive pour l’Irak. D’autre part, d’autres interventions – principalement étatsuniennes, what else? – ne sont pas mentionnées, telles l’invasion de Panama, l’intervention en Somalie ou celle à Haïti, qui se prévalaient également du pavillon de complaisance humanitaire.

Mais cet oubli n’est pas déterminant: car Bricmont ne cherche pas à produire une étude de plus sur le droit international du recours à la force, mais à s’attaquer à l’idéologie qui sert de justificatif politique et médiatique aux guerres précitées – les arguments invoqués devant les diplomates et juristes de l’ONU ne sont pas les mêmes que ceux présentés dans les discours officiels, tribunes libres, éditoriaux et articles de presse plus ou moins complaisants. Et le sort des femmes sous les talibans, des Kosovars sous Milosevic ou de Kurdes de Halabja sous Saddam Hussein ont tous été des éléments déterminants ayant permis, politiquement, les guerres en question. Bricmont n’a pas non plus besoin de s’acharner à démontrer la vacuité de l’invocation de la légitime défense ou de la guerre préventive, les juristes s’en étant chargés par ailleurs (voir par exemple le juriste canadien Michael Mandel et son percutant « How America Gets Away With Murder: Illegal Wars, Collateral Damage And Crimes Against Humanity », dont j’ai déjà parlé). En s’attaquant à l’argument politique le plus récurrent et le plus efficace – faire la guerre pour faire respecter le droit humanitaire – Bricmont fait l’essentiel, mais je lui reproche tout de même de ne pas évoquer le prisme anti-terroriste, très efficace pour justifier guerres et opérations militaires, en Palestine, en Irak ou ailleurs.

Ce qui est plus difficile à pardonner, c’est la tendance lourde, décelable déjà chez Michael Mandel et Noam Chomsky, à vouloir minimiser les exactions du nationalisme serbe en ex-Yougoslavie, selon un raisonnement manichéen: si les Etats-Unis voulaient – après bien des hésitations – s’en débarasser, c’est qu’il n’était pas si mauvais que ça (on notera en outre que la plupart des notes relatives au conflit en ex-Yougoslavie citent comme source la négationniste Diana Johnstone, qui nie et minimise le génocide de Srebrenica, pourtant reconnu par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie). Ce raisonnement me paraît erroné, même si Bricmont ironise fort justement sur ces manifestants partisans du ni-ni:

Le ni-ni

Cette expression fait référence à un slogan souvent entendu dans les manifestations contre les récentes guerres: ni Milosevic ni l’Otan; ni Bush, ni Saddam et, en ce qui concerne Israël, fait référence au fait de condamner à la fois la politique de Sharon et celle du Hamas et des kamikazes palestiniens. C’est évidemment le slogan exactement opposé au « FLN vaincra » de la guerre du Vietnam, les deux slogans étant d’ailleurs souvent lancés par les mêmes personnes à trente années de distance. Même si l’on peut reprocher au « soutien » au FLN d’avoir fait partie d’une rhétorique sentimentale (…) les slogans actuels créent plusieurs fausses symétries. D’abord, dans toutes les guerres récentes, il y a un agresseur et un agressé: ce ne sont ni l’Irak ni la Yougoslavie qui se sont mis à bombarder les Etats-Unis. (…)

Néanmoins, le problème principal pour les partisans du « ni-ni » se situe ailleurs: maintenant que Milosevic et Saddam sont en prison, que proposent-ils de faire avec l’autre partie du « ni », Bush ou les Etats-Unis? (pp. 147, 152)

La force de Bricmont c’est sa lucidité sur ce qui fait fléchir les ambitions militaires étatsuniennes:

Dernière remarque: un minimum de modestie devrait nous amener à penser que, loin de soutenir une résistance qui ne nous demande rien, c’est en fait elle qui nous soutient. Après tout, elle est beaucoup plus efficace pour bloquer l’armée américaine, au moins temporairement, que les millions de manifestants qui ont défilé pacifiquement contre la guerre et qui n’ont malheureusement arrêté ni soldats ni bombes. Sans la résistance irakienne, les Etats-Unis seraient peut-être aujourd’hui à Damas, Téhéran, Caracas ou La Havane. (p. 158)

Lorsque les Américains sont entrés à Bagdad, la question qu’ils se posaient était: à qui le tour? La Syrie, l’Iran, Cuba, la Libye? Grâce à la résistance irakienne, il est peu probable que ces pays soient envahis dans l’immédiat, même s’ils continueront à être subvertis par des moyens plus traditionnels. Cette résistance va aussi, sans doute, redonner espoir aux Palestiniens, qui en ont bien besoin. Et si, à terme, l’arme ultime qu’est l’invasion se révèle inutilisable, c’est tout le système impérial américain qui risque d’être déstabilisé. (p. 229)

On pourra, dans le même ordre d’idées, adresser des remerciements aux banques britanniques et étatsuniennes à l’origine de la crise financière actuelle, qui rendra encore plus ruineuse, et donc irréaliste, tout projet d’invasion d’envergure – ce qui n’empêchera bien évidemment pas le recours aux armes moins onéreuses pour le budget étatsunien que sont l’embargo et les bombardements, chers à l’ex-président William Clinton et dont il sera intéressant de voir si Obama reprendra, là aussi, le flambeau du mari de sa secrétaire d’Etat…

Il insiste – à juste titre, semble-t-il – sur ce point:

Un pacifiste américain, A. J. Muste, faisait observer que le problème, dans toutes les guerres, était posé par le vainqueur: en effet, il avait appris que la violence payait. (p. 206)

Ca rejoint l’observation de Clausewitz, selon laquelle l’envahisseur est toujours pacifiste, car il ne souhaite pas qu’on lui résiste…

Son opposition à la guerre est radicale et a le mérite d’une cohérence qui manque aux arguments de certains contre la guerre en Irak – trop chère, trop coûteuse en vies humaines – comme si elle serait plus acceptable en cas contraire; cela rappelle le fameux point de vue de Chomsky, selon lequel l’opinion étatsunienne était pas tant opposée au principe de la guerre du Vietnam qu’au fait de la perdre (du moins politiquement):

Nous devons séparer radicalement notre opposition à la guerre et notre opinion sur la nature du régime irakien. Qui accepterait que l’Inde, qui est une démocratie, envahisse la Syrie, qui est une dictature, pour y opérer un « changement de régime »? (…)

Notre opposition à la guerre doit être inconditionnelle et basée sur des principes clairs. En particulier, elle ne doit pas se baser sur le coût de la guerre, pour nous ou même pour les Irakiens, sur les risques de déstabilisation de la région, etc. De tels arguments ont été avancés lors de la guerre du Kosovo ou de l’Afghanistan et, lorsque les échecs prédits ne se réalisent pas, cela affaiblit encore plus le mouvement de la paix. Il est très possible que les Etats-Unis arrivent à leurs fins par un coup d’Etat, une insurrection ou une guerre-éclair. (…) Une opposition solide à la guerre doit partir d’une vision globale. (pp. 222-223)

Je ne peux clore ce compte-rendu sans reprendre une dernière citation de ce livre, relative à la mission civilisatrice des peuples colonisés (je ne la partage pas tout à fait, au-delà de cette superbe formule) – vous comprendrez que ce livre n’est pas à mettre entre les mains d’abonnés du New York Times, de Libération ou de L’Express, le choc serait trop fort:

Tous ceux qui préfèrent la paix à la puissance et le bonheur à la gloire devraient remercier les peuples colonisés de leur mission civilisatrice: en se libérant de leur joug, ils ont rendu les Européens plus modestes, moins racistes et plus humains. Pourvu que cela continue et que les Américains finissent par être forcés de suivre cette voie. (p. 190)

32 Réponses

  1. Ton lien sur le Tribunal Russel situe Roskilde en Norvège. C’est plutôt au Danemark que la ville se trouve (I already contacted them about it).

    Et pour faire fixation sur le-dit tribunal, faudrait un peu lire ce que les institutions qui on succédé au Tribunal Russel (le Permanent’s People’s Tribunal notamment) disent sur ton royaume favori et le Sahara Occidental. Mais je suis sur que tu fait comme les Américains dans ce cas, et trouve de quoi justifier l’injustifiable.

    Qui a dit incohérence?

  2. je sais que les concepts d’empire et d’impérialisme sont très en vogue parmi une certaine gauche depuis au moins l’empire de Toni Negri et Hardt. Je demeure, comme d’autres, assez dubitatif sur sa capacité analytique notamment en rapport avec la souveraineté (dans sa dimension la plus monolithique  »interne », mais aussi d’interdépendance et dans certaine mesure  »westphalienne ») et pas seulement. J’y préfère l’hégémonie gramscienne qui n’exclut pas l’usage de la force, mais met l’accent sur le consentement, le rôle des idées et élargi la société civile pour y inclure aussi bien l’État que les classes dominantes qui n’exercent pas seulement un pouvoir purement coercitif mais diffuse une matrice d’idées et de conceptions du monde qui sont intégrées pas les classes soumises. la résistance ne se déploit et ne s’explique pas uniquement par un projet  »contre-impérial » (donc forcément nationaliste et souverainiste) mais  »contre-hégémonique » dont porto alegre est l’expression la plus connue. Étrange donc que l’auteur parlent à la fois d’empire (synonyme de force et d’exploitation économique) et d’idées (impliquant la recherche d’une forme de consentement).

  3. Je trouve que les positions politiques de Bricmont sont intéressantes, compte tenu de son attaque contre le post-structuralisme et le post-modernisme. En général, les adversaires de ces derniers sont souvent à droite politiquement, voire versent dans l’autoritarisme, et souvent dans la glorification d’un Occident fantasmé. Mais c’est peut-être une particularité américaine surtout. En tout cas, tu me donnes envie de lire ce livre.

  4. Je peux t’assurer que pas loin qu’hier, j’avais une discussion sur le même sujet ( enfin, presque ) : la suprématie des législations nationales ou « universelles » dans un Etat de droit. Nous avons surtout abondamment commenté le cas de l’allemagne, qui a tjrs refusé le principe de l’universalisme. Une phrase qui est sorti, et qui résume à mon sens la prblématique : « les vainqueurs, sont ceux qui écrivent l’histoire ». Bref, c’est un long débat que j’aurais aimé mettre en billet.
    Sinon, merci pour le petit tour d’horizon et pour la lecture.

  5. lixy: ah tiens, tu n’aimes plus les néo-cons étatsuniens? Sinon, je ne suis pas sûr que le tribunal des peuples soit la continuation du tribunal Russell, que je n’ai d’ailleurs pas qualifié de manière positive ou négative, me contentant de dire qu’ils avaient embarassé le gouvernement étatsunien lors de la guerre du Vietnam.

    moul: je n’ai pas du tout l’impression que Bricmont s’inscrive dans le sillage idéologique de Negri & Hardt, au contraire, il me semble me souvenir avoir lu des commentaires négatifs sous sa plume – mais je peux me tromper. Je ne suis pas sûr que Bricmont se propose d’élaborer une théorie nouvelle expliquant le monde actuel, mais plutôt une ligne politique de franche opposition aux guerres étatsuniennes.

    La question de la souveraineté est intéressante, et je suis aussi mal à l’aise, faute d’armature théorique sans doute, lorsqu’on la dynamite au nom du droit d’ingérence que lorsqu’on la sacralise – souvent pour justifier violations massives des droits de l’homme, comme en Serbie, en Chine ou au Maroc des années de plomb.

    sanaa: Bricmont critique le post-modernisme d’un point de vue proche du matérialisme marxiste – ça montre d’ailleurs l’hétérogénéité du marxisme, qui accueille en son sein un pape des « cultural studies », Frederic Jameson. Il a cependant une fâcheuse tendance, peut-être dûe au complexe d’infériorité des Belges francophones, à idéaliser la France, et malheureusement aussi le prétendu modèle français de laïcité, que j’abhorre tant. Nobody’s perfect. Je préfère encore Chomsky – toujours est-il que ce bouquin de Bricmont a été traduit. Au fait, je te recommande vivement « French theory » de François Cusset, un petit chef d’oeuvre même si je n’ai pas tout compris dans les passages le splus théoriques.

    mounir: la question que tu abordes est extrêmement complexe du point de vue juridique, vu la variété des solutions retenues dans des pays démocratiques – suprématie des traités sur la loi, sur la constitution, nécessité ou non d’incorporer les traités ratifiés dans la loi nationale – sans compter le débat entre universalisme et spécificités, où je me sens partisan du juste milieu. Une simple lecture de la jurisprudence du principal organe au monde en matière de protection des droits de l’homme, la Cour européenne des droits de l’homme, rend compte à la fois de la diversité des solutions nationales pour défendre tel ou tel principe général ou liberté, de même que la réluctance des juges de la Cour européenne d’imposer des solutions « européennes » lorsque confrontés à des spécificités nationales très fortes, par exemple l’avortement.

  6. De tous temps, en Occident, les bons sentiments étaient nécessaires pour servir de paravent aux atrocités et à la soif de Conquête. Au nom, de quoi, si ce n’est de la mission évangélisatrice et civilisatrice des bons sauvages que s’est effectuée la colonisation de trois quarts de la planète avec son corollaire l’esclavagisme et le pillage?
    Aujourd’hui encore, il faut supporter ce discours hypocrite sur le droit d’ingérence partout dans la planète, alors que la communauté internationale et sourde et muette devant les crimes d’Israël.

  7. @Kaf: J’ai en horreur la politique etrangere des USA. Neo-cons ou pas, c’est toujours la meme chose.

    Sinon, le 1er tribunal Russell a fait place au second, qui lui a introduit plusieurs tribunaux subséquent.

    http://en.wikipedia.org/wiki/Russell_Tribunal

  8. @IK – Com 5

     » La question de la souveraineté est intéressante, et je suis aussi mal à l’aise, faute d’armature théorique sans doute, lorsqu’on la dynamite au nom du droit d’ingérence …..
    C’est au lendemain de la guerre du Biafra que le concept d’ingérence fut réintroduit dans la Communauté Internationale par certaines ONG, notamment par MSF présidée à l’époque par B. Kouchner (qui a érigé ce concept en « droit »)
    Déjà à cette époque (les années 1980), ce « concept » suscita une levée de boucliers de la part des juristes pour qui ce concept n’est pas clair et en tout cas, ses contours juridiques sont flous.
    Aujourd’hui, autant le droit international définit clairement les principes de souveraineté et de non ingérence (voir article 2 de la charte onusienne, par exemple) autant le concept de droit d’ingérence reste toujours flou et en tout état de cause, à mon avis, il n’a pas pris consistance dans le droit international.

    Mais ce flou arrange bien les grandes puissances occidentales particulièrement les USA .

  9. @ ibn kafka

    Juste une remarque marginale

    me semble que Clausewitz n’a jamais pensé que l’envahisseur etait toujours pacifiste.
    D’après mes lectures fort anciennes, je crois que Clausewitz pensait que l’envahisseur, après avoir soumis par la guerre un pays, essaie de chercher les modalités et les moyens pour réaliser la coexistence pacifique.

    En d’autres temes, l’envahisseur continue sa guerre pacificatrice par d’autres moyens plus au moins pacifiques
    C’est la condition sine quanon pour se consacrer à l’exploitation des resources humaines et naturelles du pays envahi. mais on ne peut pas affirmer qu’il est pacifiste. Il est plutôt pacificateur. Le but recherché est toujours la soumission à l’envahisseur quelqu’elle soit la forme adoptée après la victoire de l’envahisseur ( self governement à la britannique, administration directe à l’algérienne, protectorat à la marocaine ou tunisienne , génocide physique ou culturel en Amérique et l’Australie, apartheid création de républiques soviets en Asie centrale..)

    Sinon, je me joins au groupe de fans qui semble auprès d’Ibn kafka pour souligner c’est sa capacité remarquable d’analyse et de synthèse à partir d’informations venant de plusieurs sources.
    Un vrai régal ! Bravo

  10. 2eme essai d’envoi après correction de mon commentaire. Désolé

    @ ibn kafka

    Juste une remarque marginale

    me semble que Clausewitz n’a jamais pensé que l’envahisseur etait toujours pacifiste.
    D’après mes lectures fort anciennes, je crois que Clausewitz pensait que l’envahisseur, après avoir soumis par la guerre un pays, essaie de chercher les modalités et les moyens pour réaliser la coexistence pacifique.

    En d’autres temes, l’envahisseur continue sa guerre pacificatrice par d’autres moyens plus au moins pacifiques
    C’est la condition sine quanon pour se consacrer à l’exploitation des resources humaines et naturelles du pays envahi. mais on ne peut pas affirmer qu’il est pacifiste. Il est plutôt pacificateur. Le but recherché est toujours la soumission à l’envahisseur quelqu’elle soit la forme adoptée après la victoire de l’envahisseur ( self governement à la britannique, administration directe à l’algérienne, protectorat à la marocaine ou tunisienne , génocide physique ou culturel en Amérique et l’Australie, apartheid création de républiques soviets en Asie centrale..)

    Sinon, je me joins au groupe de fans qui semble se constituer auprès d’Ibn kafka pour souligner sa capacité remarquable d’analyse et de synthèse à partir d’informations venant de plusieurs sources.
    Un vrai régal ! Bravo

  11. Merci pour la référence à François Cusset, dont j’ai lu le livre qui mérite d’être mieux connu. Il a été traduit en anglais, et commenté par Stanley Fish, illustre universitaire, dans les pages du New York Times. Son livre est très intelligent, et doit être lu comme une étude sur la transmission culturelle, ses erreurs et ses richesses. Les Américains, ayant lu Deleuze, Derrida et Foucault, et tenté de les concilier, ont créé la « French theory », qui est vraiment américaine comme le dit justement Judith Butler. Cela me fait penser aux philosophes arabes de l’âge classique, qui ont lu Aristote et Platon, en attribuant au second des textes écrits par le premier, et grâce à cette erreur ont créé une pensée originale.

  12. aïcha Q: je ne vois pas pourquoi limiter l’instrumentalisation des bons sentiments à l’Occident…

    lixy: mais il y a un autre tribunal du même type, me semble-t-il, le tribunal des peuples qui avait rendu un « jugement » passionnant sur la guerre civile algérienne…

    alibaba: l’ingérence humanitaire est plus ancienne que le Biafra, et s’était développée à l’époque coloniale – la colonisation du Congo par Léopold se fit sous couvert de lutter contre les esclavagistes arabes, de même l’intervention dans la guerre d’indépendance grecque dans les années 1820. Elle a été conceptualisée sous forme de droit d’ingérence par le juriste italien Mario Bettati, dans les années 80. Depuis, il semble avoir perdu de sa superbe vu l’utilisation faite de ce concept malheureux. Et effectivement, le concept n’a aucune reconnaissance en droit international.

    al-maghribi: je craignais que quelqu’un revienne sur cette citation, car elle n’est pas exacte et je n’ai pas la source précise. Le sens de la citation c’est que l’agresseur a toujours des intentions pacifiques car il souhaite toujours qu’on ne lui résiste pas – Clausewitz sait être ironique parfois. Clausewitz se concentrant plus sur la guerre que sur l’après-guerre, je ne suis pas sûr qu’il ait creusé ce dont tu parles, mais allah ou alem.

    sanaa: Cusset a également écrit « La décennie », que je te recommande, un réglement de comptes intellectuel avec la décennie 80 des reniements mitterrandistes et de l’avancée des nouveaux philosophes. « French Theory » est vraiment un petit chef-d’oeuvre. Et comme tu dis, les Etatsuniens ont digéré et transformé Derrida & co, qui font presque figure d’auteurs étrangers en France, tellement soumise au charlatanisme néo-philosophe s’agissant des médias, et stérilisée par le cloisonnement disciplinaire s’agissant de l’université.

  13. Parce que c’est le plus flagrant ! Parce que aucune Conquête à travers les siècles ne s’est soldée par autant de massacres et de génocides tout ça, au nom de bons sentiments, si l’on devant commencer par le commencement, c’est à dire depuis que l’Europe est sortie de ses ténèbres moyenâgeuses et commencé sa Conquête (décimation des Indiens des Amériques, des Aborigènes, esclavage…) jusqu’à l’impérialisme moderne et son lot d’horreurs….
    N’y voit pas là un quelconque racisme anti-occidental mais un regard lucide sur l’histoire de cette Conquête, (ancêtre de l’impérialisme moderne) avec la permanence évidente du même discours justificateur
    Il me vient à l’esprit notamment les débats des théologiens espagnols du milieu du 16e dont cette fameuse controverse de Walladolid dans laquelle il a été soutenu que les Indiens ont mérité la guerre par l’énormité de leurs crimes et que c’est sauver leur âme que de les coloniser.
    Bref, Si on occupe, si on tue, c’est pour le bien des sauvages (N’est ce pas Bush qui a voulu exporter la démocratie à coup de bombes aux chers Irakiens, appuyé par une large frange de la bien-pensance dont un certain french docteur, porteur de riz de son état, aujourd’hui péripatéticienne en Sarkozie, qui se désole pour le Darfour, mais bizarrement, Jamais pour la Palestine ; qui vient de faire tomber piteusement son masque dans sa saillie contre Rama Yade.

  14. Salut IK

    Trois remarques.

    1. Ne lui en déplaise, Bricmont n’arrive pas à la cheville de penseurs comme Deleuze ou Derrida, qu’on les aime ou non, c’est un fait… Et à mon avis il n’en disconviendrait pas…

    2. Le « ninisme » est une figure de style théoriser par Barthes dans Mythologie, il explique c’est un topos de la pensée « petite-bourgeoise ».

    3. Quant à la mission civilisatrice de l’occident, je ne peux résister à donner le dernier mot à Aimé Césaire et son Discours sur le colonialisme : « Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viet Nam une tête coupée et un oeil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées. de tous ces prisonniers ficelés et interrogés, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent »

  15. Aïcha Q: je serais moins catégorique et globalisant dans mes propos – je ne crois pas à l' »Orient » et pas plus à l' »Occident ».

    nobo: le ninisme? Tu veux dire que Barthes lisait déjà Al Masae? Et n’est-il pas lui-même un petit-bourgeois?

    Sinon, comme j’ai écrit, j’ai l’impression que Bricmont réagit en marxien, sinon marxiste, matérialiste (il est d’ailleurs très négatif à toute idée religieuse, proche du consternant laïcisme français, du moins en théorie), et donc allergique au discours sur le discours et surtout, pour rebondir sur ce qui disait Sanaa, à l’utilisation qui en a été faite aux USA – comme le remarque Cusset dans son livre French Theory, plus la théorie postmoderne était théoriquement radicale, plus elle était coupée des luttes sociales.

    Pour la mission civilisatrice dont parle Bricmont, tu auras noté qu’il l’attribue aux colonisés et pas aux colons.

  16. Le problème c’est qu’en France l’accueil fait à Derrida et à Foucault (dans une moindre mesure) n’a pas été des meilleurs… Pour ma part, je trouve le marxisme de Bricmont poussiéreux et très « old school »…

    Quel penseur français ne fait pas partie de « la fraction dominée de la classe dominante » (cfr Bourdieu)…

    Sinon, il y a une anecdote rigolote concernant Barthes : il est mort écrasé par une DS (Citroen), lui qui avait consacré une chronique particulièrement dévastatrice sur cette voiture dan son fameux « Mythologies ». La voiture s’est donc vengée !

  17. Je sois du même avis que toi concernant cette globalisation terminologique. Moi même, l' »Orientale » qui te parle, suis née et vit plus à l’ouest dans mon Casablanca que beaucoup de capitales occidentales.
    Pour le reste, je crois que tu m’a compris!

  18. Nobo: effectivement, mais Bricmont partage cette approche avec Chomsky, qui n’est pas très tendre à l’égard du postmodernisme. Mais pour avoir lu quelques textes de Derrida, comment ne pas voir la portée politique de ses propos, qui rejoint celle de Chomsky et al?

    Cusset parle d’ailleurs de l’accueil froid réservé aux Derrida, Baudrillard et cie en France – ils étaient loin des querelles de chapelle universitaires – et quelqu’un comme Bourdieu en a également souffert – pas évident de s’afficher bourdieusien si on veut trouver du boulot comme maître de conf’ ou prof de socio…

    Aïcha Q: je l’espère…

  19. Espérer quoi au juste?

  20. T’avoir compris!

  21. Je te fait confiance, c’est pas bien compliqué!

  22. Ne jamais surestimer son interlocuteur…

    Dis-moi, t’aimes le ping-pong, on dirait?

  23. Je smatche comme personne depuis mes 15 ans très sérieusement. Ma balle passe tellement vite que tu n’y vois que du feu!

  24. Ne dis pas ça à un Suédois – la Suède est le seul pays à avoir pu tenir tête aux Chinois en ping-pong…

  25. J’étais juste entrain de me demander si tu n’avais pas du sang danois, vu la quantité de liens que tu nous donne en langue de vikings !!! Alors moitié suédois ou moitié danois?

  26. Il n’est peut-être pas approprié pour un auteur de mettre un commentaire sur un compte rendu de son propre livre, mais je me sens obligé de souligner que mon opposition à la guerre du Kosovo n’a rien à voir avec « l’argument manichéen » donné ici. Idem pour Mandel ou Chomsky. Pour ce qui est du livre de D. Johnstone auquel je fais référence, il est très nuancé et contient une masse d’informations en général inconnues. Le TPIY est une institution hautement politisée, à ne pas confondre avec le Tribunal (permanent) de La Haye, qui sera bientôt fermée et qui a essentiellement servi à justifier la politique occidentale en Yougolavie.

    Il y a une tendance regrettable chez certains, qui sont lucides lorsqu’il s’agit de démonter la propagande occidentale en ce qui concerne la Palestine ou l’Irak a accepter cette propagande à propos des Serbes ou des Russes, parce que les victimes sont « musulmanes ». Malheureusement, c’est la même machine de propagande dans tous les cas.

    Finalement, puisqu’il y a des commentaires sur ma « philosophie », je veux préciser que je ne suis pas spécialement marxiste-je suis plutôt proche du matérialisme français des Lumières, de l’empirisme anglais et du positivisme moderne (y compris Russell). En général, je défends une approche matérialiste et scientifique du monde (mais, basée sur les sciences de la nature, ce qui est très différent du marxisme).

    Je ne sais pas si j’ai un complexe d’infériorité, mais je regrette que tous ceux qui crachent sur la laicité à la française n’aient pas pu connaître la Belgique catholique et arriérée de mon enfance, et ne puissent pas bénéficier des divisions communautaires incessantes de la Belgique contemporaine.

  27. Pour t’aider à comprendre mes propos précédent, cette réponse qui rejoint mon raisonnment faite par Bricmont à la suite de la parution de son livre.
    « Depuis le début de l’ère coloniale, il y a fondamentalement en Occident une idéologie selon laquelle, parce que nous sommes des pays civilisés, plus respectueux de la démocratie et des droits de l’homme, plus développés, plus rationnels, plus scientifiques etc., nous avons le droit de faire des choses monstrueuses à des pays que nous considérons comme moins civilisés. Le christianisme, la mission civilisatrice de la république, le fardeau de l’homme blanc chez les Anglais, ont successivement servi de justification idéologique à des crimes abominables. Maintenant, l’idéologie qui tend à remplacer tout cela, c’est l’idéologie des droits de l’homme et de la démocratie. (….) ».

    Bricmont, Je crache personnellement sur la laïcité française parce qu’elle est reste une hypocrisie de plus à la sauce occidentale, bafouant le droit des autres minorités religieuses (particulièrement musulmanes sur les questions du voile notamment), mais ne s’empêchant pas de se vautrer dans son catholocisme (dont l’un des exemples est ses fêtes religieuses fériées par l’école de la République : Noël, Paques, Ascension, Pentecôte, Toussaint…).

  28. […] Impérialisme humanitaire, Jean Bricmont et la mission civilisatrice des peuples colonisés […]

  29. Milošević a bien massacré et déporté par dizaines de milliers des musulmans qui étaient chez eux et n’attaquaient personne, et c’est bien lui que le dénommé Bricmont a défendu. Et il continue toujours bel et bien aujourd’hui à propager les mensonges de ses séides

    Personne, à commencer par lui-même, n’a la moindre excuse pour prendre au sérieux les opinions de M. Bricmont en-dehors de la seule discipline intellectuelle qu’il ait jamais apprise, à savoir… la physique.

    .

  30. « Personne, à commencer par lui-même, n’a la moindre excuse pour prendre au sérieux les opinions de M. Bricmont en-dehors de la seule discipline intellectuelle qu’il ait jamais apprise, à savoir… la physique. »

    T’as raison la politique aux politiques, la physique aux physiciens et la chance au chanson.

    À ceux qui « crachent sur la laïcité à la française », merci de faire un effort et de préciser si la construction historique de la laïcité au 19ème siècle, mis une première fois en oeuvre par la commune de Paris fait parti de vos glaires.
    Sinon qu’est ce qui en fait parti ?

  31. C’est quoi cette idôlatrie? La Commune empêcherait de critiquer la laïcité à la française?

  32. Merci Bricmont d’avoir remis les pendules à l’air tout à l’heure dans l’émission « Ce soir et jamais ». Pas étonnant que Wikipédia vous présente comme un physicien belge « antisémite ».

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