Les porte-paroles israëliens citent Abou Mazen et les gouvernements arabes à l’appui de leur propagande

Sur Al Jazeera, Osama Hamdan, porte-parole du Hamas à Beyrouth, a mélangé le meilleur – en indiquant la continuité de la violence israëlienne, qui a fait des centaines de mort avant la présente guerre contre Gaza, en soulignant la disparité entre la non-reconnaissance des droits palestiniens et l’exigence de la reconnaissance du droit d’Israël à exister – et le pire – la violence israëlienne est dans leurs gènes et dans leur sang. Ila fait les promesses habituelles d’apocalypse, dont on sait pertinemment que le Hamas n’a pas les moyens de réaliser. Ce n’est pas avec lui que le Hamas remportera des victoires médiatiques.

La meilleure prestation palestinienne, avec celle de Marwan Bishara à Washington en tant qu’analyste d’Al Jazeera, est celle de Mustafa Barghouti. Bishara a souligné que les agressions militaires israëliennes, en 1978, 1982, 1987 (la première intifada), 1996, 2000 ou 2006, n’ont rien résolu. La citation du jour est la sienne: « tous les pays du monde ont le droit de défendre leurs citoyens, mais aucun pays n’a le droit de défendre son occupation. Les Palestiniens ont droit de se défendre, mais pas en tirant des roquettes contre des cibles civiles ».

Barghouti, candidat malheureux contre Abou Mazen aux présidentielles de 2005, a également bien montré les incohérences et hypocrisies de la version israëlienne des faits, et ce en dépit d’une erreur factuelle initiale, lorsqu’il a dit que le bombardement de Gaza, un territoire qu’elle contrôle et qu’elle occupe, était sans précédent depuis la répression allemande de l’insurrection du ghetto de Varsovie – il y a hélas d’autres exemples, du Sri Lanka à la Tchétchénie en passant par le Congo et le Soudan. Il a très clairement montré la disparité des moyens, et surtout l’incohérence des exigences des alliés arabes et occidentaux d’Israël, qui exigent désormais « l’unité palestinienne » – autour d’Abou Mazen bien entendu… – alors qu’ils avaient appliqué ou accepté l’embargo israëlien contre Arafat de 2000 jusqu’à sa mort, alors même qu’il y avait alors une union nationale palestinienne entre les factions, du Hamas à Fatah en passant par le FPLP. Il a demandé qu’Abou Mazen cesse tout contact avec Israël, et indiqué que le problème fondamental n’est pas le terrorisme, mais la colonisation et l’occupation (bien évidemment, l’occupation de Gaza n’a jamais cessé, comme l’ont constaté ONU et Croix Rouge).

Les différents porte-paroles israëliens ont fourni une prestation assez amusante. Il y a tout d’abord la blondasse porte-parole de l’armée israëlienne, la major Avital Leibovich, en uniforme, et déclarant, en réponse à une question du journaliste d’Al Jazeera sur les victimes civiles à Gaza, « je suis une civile et je n’ai pas de roquette dans ma cave« …

Il y a eu ensuite deux porte-paroles – le premier, avec l’air avenant d’un commissaire politique de l’Armée rouge sous Staline, représentait je ne sais plus trop quel ministère. Le second, un australien à en croire son accent, représentait la primature israëlienne.

Alors que le premier disait que le fait que des roquettes touchent encore Israël n’affectait en rien le succès de l’opération, aux objectifs plus larges: l’éradication « des structures terroristes » du Hamas – en gros, sa destruction en tant que mouvement, avec sans doute la destruction de la moitié des Palestiniens ayant voté pour lui, le second porte-parole insistait au contraire pour dire que seule la fin des tirs de roquette était visée par la guerre contre Gaza. Le journaliste le lui a fait savoir, citant Ehud Barak qui a parlé d’un « changement significatif de la situation à Gaza« , sous-entendu le renversement et la fin du Hamas en tant qu’autorité – si ce terme est adéquat – publique palestinienne, et d’une opération sur le long terme. Je doute qu’une guerre terrestre qui durerait jusqu’aux élections législatives israëliennes de février fasse plaisir aux électeurs israëliens, qui préfèrent les massacres par bombardements aériens.

L’harmonie était cependant de retour lorsque les deux porte-paroles parlaient de la nécessité de voir revenir le Fatah au pouvoir à Gaza, et lorsqu’ils ont cité à l’appui de leurs dires sur la responsabilité du Hamas dans le déclenchement de la guerre tant Abou Mazen que les gouvernement arabes.

La machine à remonter le temps

Les mêmes noms qui étaient autour de Yassir Arafat au début des années 90, avec les négociations de Madrid, en passant par le calamiteux processus d’Oslo, sont toujours là aujourd’hui autour du Quisling palestinien, Abou Mazen. Je viens de voir Nabil Shaath se faire interviewer sur Al Jazeera, et ai vu récemment que Abou Alaa (alias Ahmed Qurei) était toujours présent, et Saëb Erakat n’est jamais loin. On ne change pas une équipe qui gagne. Nabil Shaath commencait à botter en touche, parlant de l’épouvantail Bush (comme si la CIA et le Pentagone ne financaient pas, n’armaient pas et ne formaient pas les milices de Fatah), implorant la Ligue arabe de se mettre d’accord (un moment d’humour un jour aussi sombre). La journaliste d’Al Jazeera ne l’a pas laisser ouvrir son robinet d’eau tiède.

Nabil Shaath n'a pas toujours nourri des sentiments ambivalents vis-à-vis de l'administration Bush

Nabil Shaath n'a pas toujours nourri des sentiments ambivalents vis-à-vis de l'administration Bush

Un autre moment de comédie a été quand Nabil Shaath a déclaré que Hamas n’étaient pas les seuls à résister et qu’Abou Mazen résistait lui aussi.

Israël envahit Gaza par la voie terrestre

En direct sur Al Jazeera: des tanks israëliens envahissent Gaza par le nord. L’UNRWA prévoit une vague de réfugiés internes de Palestiniens quittant la zone frontalière pour rejoindre le centre de Gaza. Les Israëliens ont quelques jours à leur disposition pour massacrer le plus de Palestiniens possible: la troïka européenne (ministres des affaires étrangères tchèque, français et suédois) et Javier Solana vont entamer une tournée (Egypte, Israël, Jordanie), Sarkozy entame sa tournée lundi et le 20 janvier l’administration Obama entrera en fonctions. Il ne faut pas sous-estimer la bêtise israëlienne, mais il serait étonnant que l’armée israëlienne s’installe à moyen ou long terme à Gaza. Ils se contenteront sans doute de massacrer de l’Arabe, de tuer Ismaïl Haniyeh et quelques autres dirigeants de la résistance palestinienne, et de redonner les clés de Gaza à leurs alliés du Fatah avant d’en faire sortir leurs troupes dans une quinzaine de jours. C’est de toute façon une opération illogique et irrationnelle de la part d’Israël, certes habituée du fait: il suffit d’une roquette du Hamas faisant une seule victime israëlienne pour que la guerre contre Gaza n’ait pas atteint son objectif affiché, mettre fin aux roquettes lancées sur le sud d’Israël. Et je vois mal les harkis du Fatah tirer leurs marrons du feu en interne – Vidkun Quisling et Pierre Laval n’ont pas fait long feu non plus dans leurs pays respectifs.

Le porte-parole du gouvernement israëlien, interrogé sur Al Jazeera, déclare que le retour d’Abou Mazen afin de « maintenir l’ordre » est un des objectifs de la guerre contre Gaza.

Mostafa Othman, paralysé après un premier bombardement, blessé à nouveau alors qu’il priait dans une mosquée

Israël, dont il faut reconnaître le droit à exister, a bombardé aujourd’hui samedi une mosquée à Gaza à l’heure de la prière de maghrib. Selon Al Jazeera, le bilan est de onze morts et vingt-six blessés. Parmi les blessés, Mostafa Othman, en chaise roulante après avoir été victime d’un premier bombardement israëlien, blessé par un éclat à la tête alors qu’il priait au fond de la mosquée. Ses jours ne sont pas en danger.

« Le Hamas doit cesser son agression et la riposte israélienne pourrait affecter le sort du soldat Shalit »

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Voici quelques déclarations, dont la dernière laisse entendre que le sort d’un soldat franco-israëlien serait plus important que celui de centaines de Palestiniens – la fin des violences ne serait pas bonne en elle-même, mais principalement parce qu’elle permettrait la libération dudit soldat:

Le Hamas doit s’assurer que plus de roquettes ne soient tirées en direction d’Israël.

Le Hamas veut l’ouverture du poste-frontière de Rafah seulement afin de voir l’Egypte reconnaître implicitement le contrôle de Gaza par le Hamas.

L’Iran interfère dans les affaires internes arabes.

Nous espèrons que les deux parties cesseront leurs violences afin de nous permettre de pouvoir nous remettre à travailler de nouveau pour la libération du soldat Shalit.

De qui émanent-elles?

1- De Bertrand Delanoë, qui a nommë le soldat Shalit citoyen d’honneur de Paris.

2- De Rachida Dati, Fadela Amara, Malek Boutih, Tahar Benjelloun, Malek Chebel et Soheib Bencheikh dans une tribune commune publiée dans le dernier numéro du Point.

3- Du dernier bloc-notes de Bernard-Henri Lévy.

4- D’Elie Barnavi et Bernard Kouchner, invités chez Laurent Ruquier.

5- D’un ministre des affaires étrangères d’un pays arabe.

Pour vous aider un peu, quelques pistes ici et .

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