Yonatan Shapira: « il n’y a pas de solution militaire, il faut faire pression sur le gouvernement israëlien »

inpersonL’ex-pilote de combat israëlien

Yonatan Shapira passe sur Al Jazeera. Il dit n’avoir aucun espoir en Obama, après avoir rencontré des membres de son équipe. Il appelle ceux qui ont voté pour lui à faire pression sur lui pour faire entendre raison à Israël. « Les morts à Gaza sont tués par des armes étatsuniennes, je le dis en tant qu’ancien pilote de combat. Il faut arrêter de regarder la télé, il faut manifester, rejoindre des groupes militants, appeler au boycott et aux sanctions. Sinon, Israël va disparaître ».

Il met toute la responsabilité de la situation actuelle sur le gouvernement israëlien. Il est tout à fait contre la guerre contre Gaza, bien qu’il travaille lui-même sur la frontière et risque donc d’être frappé par une roquette.

Il parle des crimes de guerre israëliens et appelle juifs et arabes à lutter ensemble contre le gouvernement israëlien.

Après des larmes versées sur des images d’enfants en pleurs, ces paroles m’ont mis du baume au coeur. Yonatan Shapira a fondé Combatants for Peace avec l’ancien résistant et prisonnier palestinien Souliman Khatib.

Trois infirmiers tués et la fin de la solution des deux Etats

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Moussa el Haddad, de l’hôpital Shifa, parle sur Al Jazeera – apparamment la seule chaîne à être présente à Gaza la martyre – de la pénurie de médicaments, du manque de pièces détachées. Un générateur sur deux est hors d’usage, sans pièces détachées.

Tout ce qui marche est visé, dit-il. La majorité des patients est composée de civils. 510 morts et 2.500 blessés, dont 10% d’enfants. C’est le pire qu’il a connu. Personne n’est à l’abri. Le personnel fait de son mieux. Trois infirmiers ont été tués aujourd’hui dimanche après avoir tenté de venir en aide à des blessés.

Les priorités: les médicaments, l’équipement médical et surtout l’électricité. Ce dernier point, c’est sur le plan politique qu’on peut l’obtenir. Ne comptez ni sur les Etats-Unis, ni sur les pays arabes – peut-être que la Norvège ou la Suisse pourraient obtenir cette faveur d’Israël.

Au Maroc, une collecte a été lancée – voir par exemple chez Larbi et Lady Zee. Elle dure jusqu’au 6 janvier.

Eyal Sivan, le cinéaste israëlien menacé de mort par des activistes sionistes en France, est aussi interviewé. Israël n’est pas un pays normal, dit-il, un pays qui emprisonne et isole une population d’un million et demi de personnes. Il ne faut pas oublier que le Hamas a été élu démocratiquement. C’est une drôle de vision de la normalité que présente le député likudnik israëlien Yuval Steinitz, qui est passé avant Sivan, dit ce dernier. « Gaza est le prétexte pour renforcer le moral israëlien. On est confronté à une propagande massive, on utilise Gaza pour montrer aux Israëliens qu’Israël est toujours fort. Ehud Barak était au bas dans les sondages, et maintenant il gagnerait six sièges à la Knesset aux élections législatives de février, selon les sondages. La solution des deux Etats, un palestinien et un israëlien, est finie, il reste un seul Etat qui contrôle toute la Palestine mandataire. La solution des deux Etats n’existe plus, c’est la seule façon de maintenir l’occupation. La perte de l’identité juive en cas de création d’un Etat binational? Aujourd’hui, l’identité d’Israël est le chagrin et le fusil. Un Etat binational nous donnerait la citoyenneté et la démocratie. Il nous faut créer l’égalité et pas l’inégalité, et garantir les droits de la minorité juive dans un Etat palestinien binational« .

Une remarque: les journalistes d’Al Jazeera sont exemplaires dans leur manière de poser les vraies questions aux interlocuteurs, pas seulement israëliens. Steinitz était tellement surpris par la pugnacité de son intervieweur qu’il a eu deux ou trois silences hébétés de plusieurs secondes avant de se reprendre. Un moment il dit qu’Israël est bombardée, jour après jour, depuis plusieurs mois, par les roquettes du Hamas. L’intervieweur lui demande alors s’il comprend que les Palestiniens, occupés jour après jour depuis 41 ans (en fait 42), exercent leur droit à la résistance. Steinitz est groggy debout, et il lui faut près de dix secondes pour pouvoir répondre. Ce n’est pas sur la BBC – terrible, j’ai vu un correspondant parler de l’aide humanitaire apportée par l’armée israëlienne en laissant passer quelques camions il y a quelques jours – ou TF1 qu’on verrait ça.

Des dizaines milliers de manifestants à Rabat

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Voir le compte-rendu d’Agharass: comme il le dit, ont manifesté « la femme, l’étudiant, le chômeur, l’enfant, le vieillard, le politicien, le citoyen lambda, l’islamiste, le gauchiste« , à l’initiative de l’Association marocaine de soutien à la lutte du peuple palestinien.

De nombreuses photos sont disponibles sur Facebook, voir le lien donné par Agharass.

Voltes-faces, ou qui a dit que l’opinion publique n’existe pas?

Abdallah Abdallah, un dirigeant et député du Fatah en Cisjordanie, tient un discours unitaire. Il dément fermement que le Fatah serait prêt à rentrer dans Gaza sur les chars israëliens; il prétend qu’Israël ne souhaite pas que l’Autorité palestinienne (ce par quoi il faut entendre le Fatah) s’installe à Gaza. Ce n’est pas ce qu’ont dit les porte-paroles du gouvernement israëlien interviewés sur Al Jazeera, ni Ehud Barak lors de son discours hier. Et ce n’est pas conforme avec les premières réactions du Fatah au début de la guerre contre Gaza, qui, tout comme Israël, faisaient porter toute la responsabilité au Hamas.

Abdallah Abdallah a rajouté que les militants du Fatah à Gaza se battaient avec ceux du Hamas contre l’invasion, et que les Palestiniens tués en Cisjordanie ces derniers jours étaient tous des militants de Fatah.

Il y a eu ces derniers jours de nombreuses manifestations, y compris à Ramallah, fief du Fatah, appelant à l’unité et dénoncant sans aucune ambiguïté la guerre d’agression israëlienne. La révolte, en Palestine et même dans le reste du monde arabe, où Abou Mazen et ses complices arabes sont désormais ouvertement traités de supplétifs israëliens. L’influence des réactions de l’opinion palestinienne, arabe et mondiale est évidente. Il faut avoir entendu le sheikh Hamad de Bahreïn appeler à une action diplomatique arabe unifiée contre Israël, et critiquer l’Egypte, pour se rendre compte que les opportunistes les moins fermés aux choses de l’esprit sentent passer le vent du boulet.

Même le Jerusalem Post, proche du Likoud, reconnaît que les divisions sont fortes au sein du Fatah, où même des ministres du Fatah se sont révoltés:

Fatah: Let us help you fight Israel in Gaza
By KHALED ABU TOAMEH
RAMALLAH
Jerusalem Post Jan 2, 2009 0:11 | Updated Jan 3, 2009 2:13

Fatah operatives in the West Bank on Thursday criticized the Palestinian Authority leadership and accused its representatives of failing to take a « tough stance » against the current IDF military operation in the Gaza Strip.

One of them, Ziad Abu Ein, a deputy minister in the PA, called on Hamas to return the weapons it had confiscated from Fatah members in the Gaza Strip so they could help in fighting against the IDF during a ground offensive.

Abu Ein said Fatah had about 70,000 loyalists in the Gaza Strip, many of them former members of the PA security forces, who were prepared to repel an Israeli incursion.

Meanwhile, a senior aide to PA President Mahmoud Abbas launched a scathing attack on Hamas and accused it of being a puppet in the hands of Iran. He also denied allegations by Hamas and other Palestinians that Abbas was planning to return to the Gaza Strip « aboard an Israeli tank. »

Some Fatah representatives went as far as accusing the PA leaders of « collusion » with Israel to get rid of the Hamas government so they could return to the Gaza Strip.

The Fatah members, who spoke on condition of anonymity, pointed out that the PA leadership here had banned all forms of demonstrations in support of Hamas in the West Bank.

« They allowed people to demonstrate in the first two days, but then started cracking down on the demonstrators, » said a senior Fatah official. « You’re permitted to demonstrate only if you promise to refrain from voicing your support for Hamas. »

The Fatah official and some Palestinians told The Jerusalem Post that Abbas’s forces in some West Bank cities had forced merchants who were on strike to open their businesses. The strike was organized by various Palestinian factions in protest against the ongoing war in the Gaza Strip.

Another Fatah official said it was « ironic and sad » that people were demonstrating in Tokyo and London against the Israeli offensive while the PA was trying to halt such protests out of fear that they would turn into pro-Hamas rallies.

The criticism against Abbas and the PA leadership is a sign of growing divisions inside the ruling Fatah faction over how to relate to the anti-Hamas IDF campaign.

Senior Fatah members – including Marwan Barghouti, the top Fatah operative who is serving life terms in Israeli prison – are said to be « enraged » with the way Abbas is handling the conflict.

In messages to the PA leadership, some of the senior Fatah figures threatened to come out in public against Abbas unless he took « real » steps to exert pressure on Israel to halt the offensive. One of their primary demands was that Abbas suspend peace talks with Israel and stop security coordination with Israel and the clampdown on Hamas members in the West Bank.

Moreover, the Fatah officials demanded that Abbas release all Hamas detainees from his prisons and agree to the resumption of reconciliation talks with Hamas.

The Fatah officials are worried that the IDF operation will make their leaders appear as if they were collaborating with Israel. The Arab media has been full of unconfirmed reports suggesting that the main goal of the Israeli operation is to pave the way for the return of Abbas’s men to the Gaza Strip after they were kicked out in the summer of 2007.

On Thursday, the secretary-general of the Damascus-based Democratic Front for the Liberation of Palestine, Nayef Hawatmeh, joined Hamas in claiming that some Arab leaders, including Abbas, had apparently given Israel a green light to launch its attack.

While some Fatah members appeared to be unhappy with the IDF operation, others expressed hope that Israel would destroy Hamas.

« I have no sympathy for Hamas because of what they did to our Fatah brothers in the Gaza Strip, » said a Fatah activist in the nearby Al-Amari refugee camp. « They brought this disaster on themselves because of their crimes against our people. We will never forget what they did to us. »

Senior PA officials here strongly denied Hamas allegations that Abbas had established an emergency room to prepare for the return of his loyalists to the Gaza Strip after the collapse of the Hamas government.

Tayeb Abdel Rahim, a senior adviser to Abbas, accused Hamas of spreading « lies » and of incitement against the PA leadership. He admitted, however, that the PA had formed a special committee « to follow up on the situation in the Gaza Strip. »

The attack on Hamas was the fiercest by a top PA official since the beginning of the IDF operation. It came despite an order issued by Abbas earlier in the day banning PA and Fatah representatives from openly criticizing Hamas and Islamic Jihad.

« The Hamas leadership has disappeared, and someone needs to look after the Palestinians, » he said. « What’s wrong with the establishment of a committee to follow up on what’s happening in the Gaza Strip? Mahmoud Abbas is the president of all the Palestinians, and it’s his duty to follow up on the situation on all levels. »

Abdel Rahim denied allegations by Hamas that the PA was providing Israel with information about the whereabouts of Hamas leaders and the location of security installations.

« The information is coming from within Hamas’s ranks, » he charged. « Hamas has been infiltrated [by Israel]. »

He also denied that Fatah had set up special cells of its supporters in the Gaza Strip to help Israel get rid of Hamas and to prepare for the return of the PA.

The PA official accused Hamas of serving Iran’s agenda and of seeking to marginalize the role of Egypt, Saudi Arabia and other Arab countries in the region.

« Hamas is trying to turn this conflict into a card in the hands of the Iranians so that Teheran could later use it in negotiations with the Americans, » he said. « The Iranians want to appear as if they have influence in the region. »

Accusing the Hamas leaders of being « arrogant and political idiots, » Abdel Rahim said the Islamist movement did not believe that Israel would attack the Gaza Strip out of fear for the life of kidnapped IDF soldier Gilad Schalit and because of the upcoming general elections in Israel.

He also condemned Hamas Prime Minister Ismail Haniyeh for declaring that Hamas would not succumb even if the entire Gaza Strip were wiped out.

KHamas, dit-elle

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Avital Lebovich, la major israëlienne, porte-parole du ministère israëlien de la guerre (on dit défense aujourd’hui, et on était moins pudique au XIXeme où leur nom officiel était ministère de la guerre) qui parle en uniforme à la télé, et qui a déclaré hier « je suis une civile, et je ne garde pas des roquettes dans ma cave, moi » (certes non, l’armée israëlienne le fait pour elle, et si la Palestine était un Etat ayant une armée les résistants palestiniens pourraient se lancer dans des duels aériens, des combats navals et des échanges d’artillerie), est taclée par la journaliste d’Al Jazeera. Comme tous les porte-paroles israëliens, et comme par ailleurs les ministres des affaires étrangères et éditoriaux amis et alliés, elle fait porter la responsabilité de la guerre contre Gaza au Hamas. La journaliste lui rétorque que c’est l’armée israëlienne qui bombarde Gaza, pas le Hamas. La civile en uniforme lui sort une de ces phrases pré-mâchées par les conseillers en com’, sans répondre à la remarque de la journaliste. Le gouvernement israëlien devrait par ailleurs faire prendre des cours chez un orthophoniste à tous ceux de ses porte-paroles parlant aux médias étrangers, du moins à Al Jazeera, pour qu’ils arrêtent de prononcer Hamas Khamas (ou Hezbollah Khezbollah). Etonnant d’ailleurs que même le porte-parole Regev, qui a un accent faiblement australien, prononce également Hamas de cette manière – un Australien pourrait-il me dire si c’est là l’accent de Perth ou d’Adelaïde?

Christopher Gunness de l’UNRWA dément formellement la propagande gouvernementale israëlienne selon laquelle il n’y aurait pas de crise humanitaire à Gaza.

Tous les travaillistes britanniques ne sont pas pétris dans la même boue browno-blairiste. Le MP travailliste Jeremy Corbyn dénonce la guerre israëlienne comme « irrationnelle et illégale« , et la réaction des pays occidentaux comme pathétique et embarassante.

Un « expert » militaire israëlien, Jonathan Spyer, présenté comme « chercheur« , se voit aussi présenté par l’animateur d’Al Jazeera comme ayant participé comme soldat à la guerre israëlienne contre le Liban en 2006. Excellent: trop rarement les experts sont présentés de manière complète – on dira qu’ils sont « chercheurs » dans un « centre d’études« . Le chercheur est mis à mal par l’animateur, qui rappelle que Khaled Meshaal lui a déclaré à l’antenne, en 2006, que le Hamas était prêt à la paix sur la base d’un retrait israëlien aux frontières de 1967. Il déclare de manière jubilatoire, l’oeil brillant de plaisir, avoir des amis au Fatah (quelle surprise…) qui approuvent la guerre contre Gaza, et qui auraient dit « c’est la vengeance d’Allah » (je sais, on dirait un mauvais film d’action, mais ce sont ses propos).

Deux chirurgiens norvégiens à Gaza

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NORWAC a envoyé deux chirurgiens bénévoles à Gaza, pour aider les médecins palestiniens. NORWAC finance depuis 2001 des projets médicaux en Palestine, à Gaza notamment.

Selon Al Jazeera, des ambulanciers et infirmiers ont été tués dans l’exercice de leurs fonctions.

Les hôpitaux sont submergés et sont incapables même d’indiquer leurs besoins, les ressources en sang commencent à manquer. S’il y a 500 morts, il y aussi 2.400 blessés. Les blessés sont souvent emmenés en voiture particulière. Les mots manquent à l’excellent envoyé spécial anglophone Ayman Mohyedin.

Submergés, les médecins sont obligés de faire des priorités, mais comme ils ne dorment que très peu depuis la guerre lancée il y a huit jours, des erreurs ont lieu:

Doctors at the hospital are exhausted by the constant stream of casualties, the worry about dwindling medical supplies and the threat of diesel for their generators running out, which would switch off vital life-support systems.

Yet every minute they have to make life or death triage judgements.

“We are so tired we are probably making poor decisions about who to save and who not to,” said one drawn-looking doctor. “I think we are losing patients because of this.”

L’armée israëlienne compte un mort et trente blessés, dont deux graves. Les combats ont lieu au nord et à l’est de Gaza City. Les habitants à l’est de Gaza City quittent leurs maisons à pied et doivent se réfugier dans les rues de Gaza City, femmes et enfants dormant à l’air libre (il fait 10° la nuit).

Mark Ragev, porte-parole de la primature israëlienne, décrit le Hamas comme « a formidable war machine« . La propagande israëlienne atteint des niveaux de grotesque qui rappellent les derniers jours de Saddam Hussein, h »las sans autre comparaison par ailleurs. Je crois que c’est lui qui hier décrivait le Hamas comme « a Taliban régime« . S’ils découvrent des dattes iraniennes dans les épiceries gaziotes ils parleront sans doute de complot chiite.

Sourire aux lèvres

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Le cadavre de la mère de la famille Habache, massacrée avec son mari et ses trois enfants lors du bombardement israëlien cet après-midi, a un sourire serein aux lèvres. Il lui a fallu la mort pour l’arborer. Telle est la condition du Palestinien en 2009.

John Ging, de l’UNRWA, parle de catastrophe. Il raconte que les habitants de Gaza n’ont accès ni à la télévision ni au téléphone, faute d’électricité. Cette catastrophe suit des mois d’embargo humanitaire contre Gaza, avec des quantités critiques d’alimentation et de médicaments déjà avant la guerre d’agression israëlienne.

L’UNRWA organise une collecte de fonds pour ses actions humanitaires à Gaza. Pour ceux qui vivent sur une autre planète, l’UNRWA gère et finance la plupart des services publics – alimentation, éducation, santé – dans les camps de réfugiés, en Palestine occupée, au Liban, en Syrie et en Jordanie.

Mark Ragev, porte-parole de la primature israëlienne dont je vous ai parlé hier, dit qu’Israël bombarde Gaza dans l’intérêt suprême des habitants de Gaza.

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