Deux versions successives autour du bombardement de l’école de l’UNRWA ayant fait 45 morts

Les morts civils palestiniens à Gaza, morts faute à pas de chance

Les morts civils palestiniens à Gaza, morts faute à pas de chance


On aura donc eu droit à trois versions différentes de la part du gouvernement israëlien au sujet du bombardement, par son armée, d’une école de l’UNRWA ayant accueilli des réfugiés internes – des habitants du nord et de l’est de la bande de Gaza ayant rejoint Gaza ville pour fuir les combats et bombardement plus intenses qui y ont eu lieu. Quelques heures après ce bombardement, et le décombre des dizaines – plus de 40 – de victimes civiles palestiniennes, le porte-parole Mark Ragev donnait le nom de deux combattants du Hamas, les frères « Abou Askar » (beau nom de guerre, j’imagine qu’Abderrazak El Melhaoui et Abdelhaq Bolabola étaient déjà pris), supposés composer une équipe de tireurs de mortiers actifs à partir de l’école, et morts dans le bombardement. Les tirs de l’armée israëlienne auraient ainsi visé une cible militaire légitime – des mortiers du Hamas – et aurait malencontreusement fait une quarantaine de victimes civiles incidentes.

Le lendemain, sur Al Jazeera (where else?), un conseiller juridique d’Israël apparemment en mission auprès de l’ONU, David Traub, disait que le bombardement visait des combattants en dehors de l’école, sous-entendant qu’il s’agissait d’une malencontreuse erreur. L’UNRWA affirme que des représentants israëliens lui ont tenus des propos identiques: « The IDF admitted in that briefing that the attack on the UN site was unintentional« .

En attendant la troisième version, sans doute une version améliorée du classique « désolé, m’sieur, pas fait exprès » que tous les écoliers du monde connaissent bien. Ca ne semble guère émouvoir grand monde parmi les alliés arabes et occidentaux d’Israël. La qualité des victimes, encore une fois?

Trois cliniques mobiles, marquées de croix rouges, détruites par Israël

Via ContreInfo, j’ai lu que trois cliniques mobiles – en fait des camions-ambulances – de DanChurchAid, organisation caritative de l’Eglise luthérienne du Danemark (qui entre parenthèses est église d’Etat au Danemark), ont été détruits par des bombardements israëliens alors qu’ils étaient garés sur le parking du siège de l’Union des comités pour les soins de santé à Gaza. Voici le communiqué DanChurchAid, traduit en français par Madeleine Chevassus de ContreInfo:

Un camion-ambulance avant le bombardement israëlien...

Un camion-ambulance vant le bombardement israëlien...

Un camion-ambulance après le bombardement israëlien...

Un camion-ambulance après le bombardement israëlien...

Communiqué DanChurchAid, 6 janvier 2009

L’ organisation Comités pour la Santé (Union of Healthcare Committees), mise en place par des médecins et infirmières Palestiniens, a acheté récemment trois petits camions, qu’elle a équipés pour fonctionner comme cliniques mobiles à Gaza.

Depuis le début du conflit entre le Hamas et Israël, DanChurchAid a amélioré les véhicules pour qu’ils puissent jouer le rôle des Urgences, apportant les premiers soins intensifs aux blessés de Gaza.

Nous venons d’apprendre que ces trois cliniques mobiles ont été bombardées et détruites pendant la nuit du 5 Janvier. Les véhicules étaient garés près du siège des Comités pour la Santé et ils étaient tous clairement munis d’une croix rouge et de l’indication “clinique mobile”.

”Jusqu’à présent nous avons pu aider les blessés et les souffrants, parce que nos véhicules étaient présents et opérationnels dans Gaza. Cette possibilité de secours est maintenant anéantie. Nous sommes profondément choqués que les bombardements Israëliens s’en prennent aux moyens d’aide humanitaire. » déclare Henrik Stubkjær, Secrétaire Général de DanChurchAid.

DanChurchAid a réservé d’autres fonds pour l’achat d’un nouveau véhicule pour Gaza, mais pour l’équiper en clinique mobile et le mettre à disposition dans les zones où l’aide est nécessaire, il faudra du temps.

Nous envisageons aussi la possibilité de fournir d’autres cliniques mobiles.

La version anglaise du communiqué est disponible sur le site de DanChurchAid.

Résumons donc – depuis le début de la guerre contre Gaza, les faits suivants ont pu être relevés:
– bombardement de cliniques mobiles présentant les insignes réglementaires dénotant le matériel sanitaire (croix ou croissant rouge sur fond blanc);
– des tirs délibérés contre des ambulances et des infirmiers;
– des tirs délibérés contre des civils blessés tentant d’échapper aux tirs;
– tirs délibérés contre des convois humanitaires de l’UNRWA;
refus d’apporter des soins à des civils blessés;
bombardement d’écoles de l’UNRWA

Je passe sur le maintien du blocus, y compris sur les produits humanitaires, tant du côté israëlien qu’égyptien, sur le bombardement de quartiers densément habités, et sur l’interdiction d’entrer opposé aux journalistes étrangers, sous l’argument assez paradoxal que la situation en termes de sécurité n’était pas propice à leur présence, alors même que cette situation est du seul fait de l’armée israëlienne. Je passe également sur les plus de 800 morts palestiniens (onze morts du côté israëlien depuis le début de cette guerre d’agression), dont des représentants de l’UNRWA estimaient la proportion de non-combattants à entre 30 et 70%.

Je passe également sur la pureté passée des armes israëliennes: Qana en 1996 puis en 2006, les assassinats politiques israëliens euphémisés sous le vocable « assassinats ciblés » (c’est encore plus euphémisé en anglais – « targeted killings« ) et les innombrables victimes innocentes qui s’ensuivent (les médias et les gouvernants disent victimes « collatérales« ), l’assassinat de Rachel Corrie et Tom Hurndall, et les tueries massives de civils palestiniens depuis le commencement de la seconde intifada.

Ce ne sont pas des incidents: c’est une politique, délibérée ou implicite. Et si l’on rajoute à cela le traitement de diplomates de pays amis (par exemple la façon dont fût traitée une diplomate française accréditée en Israël, retenue dix-sept heures à un checkpoint israëlien) et un historique comportant des attaques armées extrémement meurtrières contre des avions de ligne (un avion de ligne libyen en 1973) ou même des navires de combat étatsuniens (l’USS Liberty), sans que ces comportements ne soient le moins du monde sanctionnés sur le plan judiciaire (ni même sur le plan diplomatique, par ailleurs), on ne peut que s’interroger sur les mécanismes politiques et médiatiques qui font que de tels comportements n’empêchent pas à jamais de parler de pureté des armes. La qualité des victimes, peut-être?

« What good has it done the Palestinians to recognise you? »

Sur Al Jazeera, un ancien ambassadeur israëlien à Washington, Zalman Shoval (Likoud), s’est fait reprendre en pleine volée par un professeur de sciences politiques irakien, Saad Naji Jawad, alors qu’il répétait le mensonge le plus courant dans la bouche des talking heads israëliens et pro-israëliens: « Hamas ne reconnaît pas Israël« . On sait que c’est faux: pas plus tard qu’en novembre 2008, Ismaïl Haniyeh a accepté le principe d’une reconnaissance d’Israël, de même que Khaled Meshaal à plusieurs reprises et dernièrement dans un entretien accordé à Alain Gresh du Monde diplomatique, et il a longtemps été clair que la question de la reconnaissance d’Israël – dans la perspective du Hamas -était d’ordre politique et tactique, pas idéologique, alors qu’Israël aurait tendance à instrumentaliser la question afin de justifier son refus de toute négociation et concession.

La réplique de Saad Naji Jawad était tout aussi fulgurante que parfaitement logique: « what good has it done the Palestinians to recognise you? » – « qu’est-ce que ça leur a rapporté que de vous reconnaître, aux Palestiniens?« . Si Mohamed Dahlan a peut-être tiré personnellement profit de cette reconnaissance, il est indéniable que du point de vue du peuple palestinien, et de la création d’un Etat palestinien, cette reconnaissance d’Israël matérialisée par le calamiteux processus d’Oslo a été désastreuse – la reconnaissance d’Israël doit faire partie de l’issue finale des négociations, pas des préalables. Abandonnant sa meilleure carte avant le début des négociations sur le fond, sur l’étendue et les modalités d’un Etat palestinien, le Fatah n’a pu que subir la poursuite de la colonisation et des tueries israëliennes.

Cette question devrait hanter les nuits et les jours d’Abou Mazen, après avoir rongé ceux de Yassir Arafat.

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