Bizarre, bizarre, vous avez dit bizarre

Sur Al Jazeera (la suite est ici), l’ambassadeur égyptien Hassan Issa (et ancien consul d’Egypte en Israël) parle de la nécessité de mettre fin à la « contrebande » (quel terme…) d’armes vers Gaza, via les tunnels. Il parle de l’accord de 2005 sur le mouvement et l’accès de marchandises à Gaza, passés entre Israël et Mohamed Dahlan (a.k.a. l’Autorité palestinienne), avec la même ferveur qu’un directeur de la Croix Rouge parle des Conventions de Genève. Amusant, car cet accord, considéré par Israël et ses alliés arabes et occidentaux comme la pierre sacrale de tout accord de cessez-le-feu, ne lie pas l’Egypte, qui n’y est même pas citée, au contraire des Etats_Unis – « the United States Security Coordinator« . D’autre part, cet accord présente un caractère plus politique que juridiquement contraignant.

Hassan Issa fait preuve d’empathie remarquable: « du point de vue sécuritaire, le Hamas veut des garanties, et Israël veut des garanties. Tous deux souffrent« . Il ajoute ensuite: « j’espère que le Hamas voit la situation d’une manière pratique, et qu’ils soulagent la population de Gaza de l’enfer qu’elle subit« . Alastair Crooke, ancien agent du MI6, avec de l’expérience notamment du conflit d’Irlande du Nord, ancien conseiller de Solana, fondateur de Conflicts Forum et partisan de négociations avec les groupes islamistes tels que le Hezbollah et le Hamas, fait figure de leader d’un groupe local des brigades des martyrs d’Al Aqsa en comparaison à Issa (1): « la résolution 1860 est à l’origine du problème, qui permet à l’armée israëlienne de rester à Gaza au moment . L’essence d’un accord est simple: cessez-le-feu, retrait de l’armée israëlienne simultanément à une fin des tirs de roquette. Ce sont les détails de la mise en oeuvre, avec notamment le monitoring et les passages , qui posent problème.L’Egypte a son propre intérêt dans cette négociation, c’est un médiateur, mais les objectifs israëliens sont clairs, mettre fin à l’entrée d’armes à Gaza ».

« Il faut réaliser que selon l’accord de paix avec Israël, nous ne pouvons que garder 750 policiers à la frontière avec Israël. Des policiers, pas des soldats. malgré cela, nous avons pu démanteler 180 tunnels depuis le départ de Gaza décidé par Sharon. On ne l’a pas fait en raison de la sécurité d’Israël, mais en raison de la sécurité de l’Egypte. Des tunnels sont creusés, chaque jour, nous savons qui creuse ces tunnels et pour qui – le Hamas – et pour eux c’est une entreprise commerciale ».

Que peuvent faire les pays arabes, expulser les diplomates israëliens ou mettre en place un boycott commercial d’Israël. « Oui, c’est vrai, répond Issa, les pays arabes pourraient roompre leurs relations commerciales avec Israël. Mais je ne suis pas d’accord avec le fait de rappeler les ambassadeurs: rappeler un ambassadeur, c’est la dernière étape avant la guerre. Je crois pas que nous ayions atteint ce stade ». La journaliste d’Al Jazeera, Maryam Nemazee, rétorque « mais il y a déjà une guerre dans un territoire arabe? ». Il esquive: « nous préférons garder notre ambassadeur et faire pression de cette façon ». Alastair Crooke dit quant à lui que « la première chose qu’ils [les pays arabes] pourraient faire, c’est de soutenir les Palestiniens et les Arabes. Je suis choqué d’entendre les gens parler des tunnels comme si c’était une acte répréhensible des Palestiniens, mais si on enferme 1,5 millions de Palestiniens dans une prison à ciel ouvert, si on les affame, et si on réduit les quantités d’électricité et de gaz, tout prisonnier va chercher à creuser un tunnel pour s’échapper. Tout cela est donc directement lié au siège ».

La journaliste demande à Issa pourquoi l’Egypte n’ouvre pas le passage de Rafah, afin de laisser entrer l’aide humanitaire. Issa répond: « Vous réalisez sans doute qu’il y a l’accord de 2005 sur les passages frontaliers à Gaza, qui exige la présence de l’Autorité palestinienne et l’Union européenne ». Il se trompe plusieurs fois: l’accord de 2005 lie Israël et l’Autorité palestinienne, pas l’Egypte, et la seule présence dont parle cet accord est celle de l' »US Security Coordinator ».

La journaliste lui demande enfin pourquoi l’Egypte n’ira pas à Doha, au Qatar, pour le sommet arabe exceptionnel. La réponse d’Issa est substantiellement la même que celle figurant dans le communiqué royal expliquant la non-participation du Roi du Maroc à ce même sommet: « ce sommet va créer des frustrations chez les Arabes, chez la rue arabe, chez la populace arabe. Il n’y a pas de préparation sérieuse, il y a des problèmes bilatéraux. Ce serait contre-productif d’avoir un sommet arabe dans ces conditions ». Il faut compter sur les Etats-Unis et les Européens, rajoute-til en substance.

Dans d’autres développements, Adel Imam rejoint le grand mufti séoudien dans sa condamnation des manifestations contre la guerre à Gaza et pour le peuple palestinien (hat-tip: Taïeb Moalla):

Assabah (Tunisie), 13 janvier 2009
« Qui se moque de nous ? Qui est-ce qui a bien pu se moquer des manifestations qui sillonnent le monde contre l’arrogance sioniste ? Qui rend le Hamas responsable de ce qui se passe actuellement dans la bande gazaouite ? Je me pose ces questions, car je doute de mes capacités mentales. Commencerais- je à délirer devant ces crimes israéliens abominables ? Qui a bien pu prononcer ces propos en l’air ? Est-ce vraiment Adel Imam* ou bien l’ambassadeur israélien…au Caire ? »
Mohamed Guelbi
Traduit de l’arabe par Taïeb Moalla

Ajout du traducteur : * Adel Imam est un des plus grands comédiens du monde arabe. Il a récemment qualifié « d’inutiles » les manifestations de soutien à Gaza (plus de détails ici). Assabah, 13 janvier 2009

من السّاخــــر؟

من ذا الذي سخر من المظاهرات التي تجوب الدّنيا ضد غطرسة العدو الصهيوني؟… ومن ذا الذي حمّل «حماس» مسؤولية ما يجري في القطاع الفلسطيني؟

أتساءل لأنّي صرت أشكّ في سلامة مداركي العقلية!… فلربّما اختلت هذه المدة من هول الجرائم الإسرائيلية.

فمن ذا الذي قال وصرّح وتفوّه بألفاظه الساخرة؟… هل هو حقّا عادل إمام أم سفير إسرائيل في القاهرة؟

محمد قلبي

Autre épisode: un négociateur du Hamas au Caire est interrogé – au sens policier du terme – par un journaliste égyptien, live sur Al Jazeera. « Ne savez-vous pas qu’un mouvement de libération doit être pragmatique?« . Le négociateur, qui a l’allure d’une bête traquée, répond: « ce n’est pas le Hamas qui bombarde Gaza! Nous sommes un mouvement de résistance, ne nous demandez pas de capituler devant l’occupation« .

Tout comme le Maroc enfin, qui a suivi son exemple, l’Egypte boycotte la réunion extraordinaire de la Ligue arabe de Doha. Comme dirait The Angry Arab, conspiracy? What conspiracy? 

(1) En poste à Al Qods/Jérusalem, Alastair Crooke fût contraint de quitter sur pressions israëliennes (et palestiniennes, Mohamed Dahlan – who else? – estimant qu’il accordait trop d’importance au Hamas) et donc de la hiérarchie du Foreign Office, peu portés à déplaire à leur allié israëlien.

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