La santé dans les territoires palestiniens occupés

capt_photo_1231419868871-3-0La plus célèbre revue médicale au monde est l’hebdomadaire britannique The Lancet. S’il est une publication scientifique de référence, il ne s’interdit pas d’aborder, toujours sous l’angle médical, des questions politiques. C’est à cette revue que l’on doit deux estimations, calculées en fonction de méthodes épidémologiques classiques, sur le nombre de morts en Irak depuis la guerre d’agression des Etats-Unis et de leurs alliés.

Au lieu de publier un article sur l’arthrose en milieu rural bavarois, ils récidivent avec un numéro spécial sur la santé dans les territoires palestiniens occupés, « Health in the Occupied Palestinian Territory« . Les articles ont l’air d’être disponibles gratuitement, du moins pour l’instant, mais il est nécessaire de s’enregistrer. Profitez-en!

Encore une fois, je tiens à souligner comment une revue scientifique qui n’a rien de militant peut agir pour alerter l’opinion spécialisée et surtout diffuser une information sinon difficile d’accès pour les non-spécialistes. Le rédacteur en chef de The Lancet a d’ailleurs tenu une conférence de presse pour présenter ce numéro spécial, lors de laquelle il a déclaré que ce numéro spécial visait « à rendre visible l’invisible« .

Toutes proportions gardées, c’est un peu comme si le Dalloz allait publier un numéro spécial exclusivement consacré aux violations du droit international humanitaire dans les territoires palestiniens occupés, ou si le Gazzetta dello sport consacrait un numéro spécial à la situation du sport palestinien sous occupation israëlienne. Je crois que la guerre d’agression israëlienne contre Gaza produira des effets encore difficiles à cerner, mais dans un sens contraire à celui escompté par Israël et ses alliés occidentaux et arabes.

Des renseignements complémentaires sur l »état de santé en Palestine occupée peuvent être glanés sur les sites suivants:
le site du bureau de l’OMS en Palestine occupée, où on peut trouver leur dernier rapport (16 février 2009) sur la situation sanitaire à Gaza;
le site du bureau de coordination des affaires humanitaires en Palestine occupée (OCHA), avec des rapports fréquents sur la situation humanitaire à Gaza et en Cisjordanie;
– l’ONG israëlienne Physicians for Human Rights (Médecins pour les droits de l’homme);
– le blog Palestine Health Journal;
– le ministère palestinien (Fatah) de la santé;

Conspiration? Quelle conspiration?

Ca vient de la bouche du cheval, comme on dit en anglais:

Ticking off what he considered to be causes for hope for peace in the Middle East, the 2000 Democratic presidential candidate said the first has been a shift in Middle East geopolitics.

« The rise of Iran, » Kerry said, « has created an unprecedented willingness among moderate Arab nations to work with Israel. »

« This realignment can help lay the groundwork for progress towards peace, » he said.

« There is a new reality, » he said. « Moderate Arab countries and Israel alike are actually more worried about Iran than they are about each other. »

Dans un discours, il a répété cette affirmation:

I believe it because broader trends present an opening to make peace possible. In fact, I see four major causes for hope, which together comprise a case for action.

The first and most important is a tectonic shift in Middle East geopolitics. The rise of Iran has created an unprecedented willingness among the moderate Arab nations to work with Israel. This re-alignment can help lay the groundwork for progress towards peace.

On ne saurait être plus clair: ce qui est bon pour Israël est bon pour la paix, et la fausse discorde sunnites/chiites, qui existe surtout dans la tête de dirigeants arabes alliés des Etats-Unis et d’Israël, est bonne pour Israël car elle permet d’oublier l’occupation actuelle de territoires syriens, libanais (les fermes de Chebaa) et palestiniens par Israêl au profit d’une fantomatique hégémonie iranienne au Moyen-Orient.

C’est une littérature intéressante. Je n’ai pas accès à la base de données Lexis/Nexis, mais il serait utile de compter le nombre d’articles de la presse étatsunienne parlant de l’Iran, d’Israël et des Etats arabes dits modérés (euphémisme pour désigner les alliés d’Israël et des Etats-Unis) à travers les ans. La « menace iranienne » est un terme qui devrait exploser, en termes quantitatifs, depuis 2003. Le rôle de la presse d’obédience séoudienne dans la mise en oeuvre de cette propagande, visant à faire croire aux Arabes, notamment ceux des pays sunnites de la ligne de front (Liban, Syrie, Egypte, Palestine, Jordanie) qu’ils sont plus menacés par l’Iran que par Israël, est vital. Et on voit comment marche la chaîne alimentaire: un éditorialiste d’obédience séoudienne écrit un éditorial sur la fourberie/cruauté/duplicité innée des chiites en général et de l’Iran en particulier, un éditorialiste étatsunien/britannique/israëlien reprend ces propos, et ensuite un ministre européen/israëlien/étatsunien s’exclame « vous voyez bien, c’est l’Iran la vraie menace, pas Israël« . Malheureusement pour les instigateurs de cette hasbara, il faut croire que l’opinion arabe ne lit pas assez le Jerusalem Post ou L’Express.

Un exemple nous est fourni avec le quotidien Sharq al Awsat – par ailleurs imprimé au Maroc – oùon retrouve le rédacteur en chef de Sharq al awsat Tariq Alhomayed, dont les éditoriaux sont assez amusants si on les prend au second degré – par exemple celui-ci « Congratulations Hosni Mubarak » – mais d’autres éditoriaux sont tout aussi édifiants, notamment celui-ci,l’éditorialiste allègue que la société dite civile marocaine appelerait à la création de comités de promotion de la vertu et de prévention du vice… On pourrait citer d’autres exemples, comme cet autre éditorialiste – rappelons que Sharq al awsat est un journal séoudien – qui se plaint du manque de pluralisme que manifesterait Hugo Chavez, élu au suffrage universel – femmes incluses – dans un scrutin libre contrairement aux monarques et présidents arabes (seul le président mauritanien récemment renversé, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, pouvait valablement se réclamer du suffrage universel).

Pour voir comment fonctionne la chaîne de transmission de cette propagande, voici un exemple: le rédacteur en chef de Sharq al awsat écrit un éditorial le 30 janvier, en pleine guerre israëlienne contre Gaza, pour désigner l’Iran comme menace contre la sécurité du Moyen-Orient.

Nasrallah and War on Egypt
Sharq al awsat 30/12/2008
By Tariq Alhomayed
(…) The only advantage to Nasrallah’s speech is that it revealed to the world what we have been saying the whole time: that Iran is a real threat to Arab security, as today it launched a war against Egypt, tomorrow against Saudi Arabia, and then the whole house of cards will collapse.

Ces propos sont ensuite diffusés à travers la planète via une chronique de l’universitaire israëlien Barry Rubin – assez peu porté sur l’introspection critique du projet sioniste – diffusée dans le cadre du Project Syndicate:

JERUSALEM – In Iran, elements from within the regime are reportedly offering a $1 million reward for the assassination of Egyptian President Hosni Mubarak because of his opposition to Hamas in the Gaza Strip. In Lebanon, the leader of Hezbollah, backed by Iran and Syria, merely calls for the Egyptian government’s overthrow.

In response to this, Tariq Alhomayed, a Saudi who is editor-in-chief of the newspaper Al-Sharq al-Awsat , describes Hamas as Iran’s tool, and argues that “Iran is a real threat to Arab security.”

Egypt’s foreign minister, Ahmed Aboul Gheit, agrees – and he is not alone. When Arab states met to discuss the Gaza crisis, Saudi Arabia vetoed any action. Even the Palestinian Authority (PA) blames Hamas for the fighting. Activists in Fatah, Hamas’s nationalist rival which runs the PA, make no secret of their hope that Hamas loses the war.

Le Project Syndicate ne manquant pas de moyens, cette chronique de Barry Rubin est également disponible en français:

JERUSALEM – En Iran, des éléments proches du pouvoir offriraient un million de dollars pour assassiner le président égyptien Hosni Moubarak en raison de son opposition au Hamas dans la bande de Gaza. Au Liban, le dirigeant du Hezbollah qui est soutenu par l’Iran et la Syrie appelle au renversement du gouvernement égyptien.

En réponse, Tariq Alhomayed, un Saoudien rédacteur en chef du journal Al-Sharq al-Awsat, qualifie le Hamas de marionnette de l’Iran et déclare que ce pays est la véritable menace contre la sécurité du monde arabe ».

Le ministre des Affaires étrangères égyptien, Ahmed Aboul Gheit, est du même avis, et il n’est pas le seul. Lorsque les pays arabes se sont réunis pour discuter de la crise à Gaza, l’Arabie saoudite a opposé son veto à toute action. Même l’Autorité palestinienne estime que le Hamas est responsable des combats. Les militants nationalistes du Fatah à la tête de l’Autorité palestinienne ne cachent pas leur espoir de voir le Hamas, leur rival islamiste, perdre la guerre.

De même en arabe:

باري روبينالقدس ـ ذكرت بعض التقارير أن بعض العناصر من داخل النظام في إيران تعرض مليون دولار أميركي كمكافأة لمن ينجح في اغتيال الرئيس المصري حسني مبارك بسبب معارضته لحركة حماس في قطاع غزة. وفي لبنان يدعو زعيم حزب الله ببساطة، وتسانده في ذلك إيران وسوريا، إلى الإطاحة بالحكومة المصرية.

ورداً على ذلك سارع طارق الحميد ، السعودي ورئيس تحرير جريدة الشرق الأوسط، إلى وصف حماس بأنها أداة تستخدمها إيران، وزعم أن « إيران تشكل تهديداً حقيقياً للأمن العربي ».

ولقد اتفق معه وزير خارجية مصر أحمد أبو الغيط في زعمه، ولم يكن وحده في ذلك. فحين اجتمعت الدول العربية لمناقشة أزمة غزة، اعترضت المملكة العربية السعودية على اتخاذ أي إجراء. وحتى السلطة الفلسطينية تحمل حماس المسؤولية عن القتال الدائر الآن في غزة. وليس سراً أن ناشطين من فتح، وهي المنظمة القومية المنافسة لحماس والتي تدير السلطة الفلسطينية، يتمنون لو تخسر حماس الحرب.

Grâce aux bons efforts du Project SyndicateL’Economiste, Le Matin du Sahara, La Vie économique, Assabah et Assahara al Maghribiya en font partie – des journaux de toute la planète ont repris ces propos: Japan Times, The Australian, The Free Republic, Times of Malta et le The Daily Independent (Bangladesh).

Cette chronique est ensuite citée – par Jim Hoagland du Washington Post notamment, dans un article qui aurait aussi bien pu être signé par Ehud Barak ou Benyamin Netanyahu.

Couronnement du périple, l’édito initial de Tariq Alhomayed figure dans les articles de presse présumés donner la « bonne » perspective sur la guerre de Gaza sur le site de l’ambassade israëlienne aux Etats-Unis…

Ce discours idéologique sert bien évidemment l’objectif étatsuno-israëlien d’éluder le problème israëlo-palestinien – transformé en problème de maintien de l’ordre opposant gentil Fatah allié du « seul Etat démocratique de la région » (ce qui est bien évidemment faux, car jusqu’à plus ample informé Chypre n’est pas impliqué en Palestine) au méchant Hamas, terroriste, antisémite et allié de l’Iran. La Palestine devenue une affaire de simple police, Israël n’est plus un problème, lequel serait plutôt l’Iran, en raison du négationnisme de son président et de son programme nucléaire, civil ou militaire peu importe.

Pour une présentation exemplaire de cette perspective, voir cet officiel cité off the record par Gideon Rachman du Financial Times:

He believes that Iran is currently stirring up trouble in many different areas including Lebanon, the Israeli occupied territories and Iraq. Iraq he believes is becoming the “arena for a regional power struggle”, pitting Sunnis against Shia. The Sunni Arab states see themselves as engaged in an ancient struggle with the Persians for dominance of the region. Syria has become detached from its natural Arab allies and is now firmly in the Iranian camp. But it is also the “weak link” in the Iranian alliance and can expect to come under enormous pressure as a result.

As for the moderate Arab states – the Saudis, the Jordanians and the Egyptians – “they have all told me they expect this to end in war”. They are also much more concerned about Iran than Israel, because “they know that Israel is not really an expansionist power”. Indeed the moderate Arab states would like to form a de facto alliance with Israel to contain Iran – but opinion on the “Arab street” prevents them from doing it.

Ce n’est pas que l’Iran soit un modèle scandinave de coexistence et de pacifisme – on l’a vu avec les récentes déclarations d’un conseiller d’Ali Akbar Khameneï sur Bahraïn, avec lequel l’Iran a un litige frontalier portant sur trois îlots. Mais rien ne le distingue, sur ce point, du Maroc par exemple, qui a un litige frontalier avec l’Algérie, et en a eu avec la Mauritanie, ou de l’Algérie, qui a un litige frontalier avec le Maroc, ou de la Libye, en litige tant avec le Tchad, la Tunisie et Malte qu’au sujet des eaux territoriales du Golfe de Syrte, de même entre l’Egypte et le Soudan – et plusieurs litiges territoriaux existent entre pays du Golfe – entre Qatar et Bahreïn par exemple, entre Arabie séoudite et Yemen et entre Arabie séoudite et Emirats arabes unis.

La rupture des relations diplomatiques entre le Maroc et l’Iran donnera sans doute l’occasion d’étudier de plus près la hasbara anti-iranienne dans la presse officieuse et officielle marocaine.

5 erreurs de prédiction friedmanesques – liste non exhaustive

Lu sous la plume de Barrett Brown dans Vanity Fair:

In this morning’s New York Times, columnist Thomas Friedman makes a grave prediction regarding Obama and the ongoing financial crisis: “I fear that his whole first term could be eaten by Citigroup, A.I.G., Bank of America, Merrill Lynch, and the whole housing/subprime credit bubble we inflated these past 20 years.” Friedman is a three-time Pulitzer Prize winner, a staple of The New York Times, and a bestselling author, and thus this prediction should be taken very seriously—in some alternate universe where the news media is a meritocracy and Thomas Friedman is a competent observer of the world and its workings. The rest of us can probably relax.

Pour faire une liste exhaustive, il faudrait se taper à titre rétrospectif ses chroniques et livres depuis une vingtaine d’années. Je ne souhaite pas ça à mon pire ennemi – quoique…

Vous avez remarqué sinon que Thomas Friedman n’est plus pris au sérieux en dehors du circuit fermé des op-eds – un peu comme BHL en France? La critique de Matt Taibi dont je me suis déjà fait l’écho fait même penser à de l’overkill tellement Friedman ne peut décemment être pris au sérieux:

Thomas Friedman in possession of 500 pages of ruminations on the metaphorical theme of flatness would be a very dangerous thing indeed. It would be like letting a chimpanzee loose in the NORAD control room; even the best-case scenario is an image that could keep you awake well into your 50s. (Matt Taibi, Flathead, NY Press, 26/4/2005)

Matt Taibi n’est pas vraiment un fan du bonhomme il est vrai:

I’ve been unhealthily obsessed with Thomas Friedman for more than a decade now. For most of that time, I just thought he was funny. And admittedly, what I thought was funniest about him was the kind of stuff that only another writer would really care about—in particular his tortured use of the English language. Like George W. Bush with his Bushisms, Friedman came up with lines so hilarious you couldn’t make them up even if you were trying—and when you tried to actually picture the “illustrative” figures of speech he offered to explain himself, what you often ended up with was pure physical comedy of the Buster Keaton/Three Stooges school, with whole nations and peoples slipping and falling on the misplaced banana peels of his literary endeavors.

Remember Friedman’s take on Bush’s Iraq policy? “It’s OK to throw out your steering wheel,” he wrote, “as long as you remember you’re driving without one.” Picture that for a minute. Or how about Friedman’s analysis of America’s foreign policy outlook last May:

« The first rule of holes is when you’re in one, stop digging.When you’re in three, bring a lot of shovels.”

First of all, how can any single person be in three holes at once? Secondly, what the fuck is he talking about? If you’re supposed to stop digging when you’re in one hole, why should you dig more in three? How does that even begin to make sense? It’s stuff like this that makes me wonder if the editors over at the New York Times editorial page spend their afternoons dropping acid or drinking rubbing alcohol. Sending a line like that into print is the journalism equivalent of a security guard at a nuke plant waving a pair of mullahs in explosive vests through the front gate. It should never, ever happen (Matt Taibi, Flat’n all that, 14/1/2009).

J’ai trouvé à cet égard pas mal le « about me » d’une bloggeuse dont le blog porte le titre légèrement ironique « Thomas Friedman is a Great Man« :

I’m a black working mother. I love to laugh and between work and raising kids, I need a good laugh. I’m also a community member of The Common Ills. Shout outs to any Common Ills community members stopping by. Big shout out to C.I. for all the help getting this started. I am not married to Thomas Friedman, credit me with better taste, please. This site is a parody.

Je vais d’ailleurs relancer le Thomas Friedman award pour 2008, de même que le Doug Feith award – tous deux repoussés pour cause de guerre à Gaza.

Le Maroc rompt ses relations diplomatiques avec l’Iran

Inutile de faire les choses à moitié: le Maroc vient de rompre ses relations diplomatiques avec l’Iran.

Le Maroc décide de rompre ses relations diplomatiques avec l’Iran
Rabat- Le Royaume du Maroc a décidé la rupture, à partir de ce vendredi, des relations diplomatiques avec la République islamique d’Iran, indique un communiqué du ministère des Affaires étrangères et de la coopération.

Le 25 février dernier, le Royaume du Maroc avait rappelé, en consultations pour une semaine, son chargé d’affaires par intérim à Téhéran, rappelle le communiqué.

La même source précise que le Maroc avait également demandé des explications aux autorités iraniennes qui ont cru devoir singulariser le Maroc, dans le cadre d’une démarche inamicale, et publier un communiqué comprenant des expressions inacceptables, à la suite de la solidarité exprimée par le Maroc, à l’instar de très nombreux pays, à l’intégrité territoriale et la souveraineté du Royaume de Bahreïn.

Le délai d’une semaine ayant expiré, le Royaume n’a reçu aucune explication à ces actes, ajoute le communiqué.

Selon le ministère, cette attitude inadmissible, dirigée contre le seul Maroc, est doublée au demeurant, d’un activisme avéré des autorités de ce pays, et notamment de sa représentation diplomatique à Rabat, visant à altérer les fondamentaux religieux du Royaume, à s’attaquer aux fondements de l’identité ancestrale du peuple marocain et à tenter de menacer l’unicité du culte musulman et le Rite Malékite Sunnite au Maroc, dont est le Garant SM le Roi Mohammed VI, Amir Al Mouminine.

Ce type d’actions structurées et soutenues, ajoute le ministère, constituent une ingérence intolérable dans les affaires intérieures du Royaume et sont contraires aux règles et à la déontologie de l’action diplomatique.

Pour l’ensemble de ces considérations, conclut le communiqué, le Royaume du Maroc a décidé la rupture, à partir de ce jour, des relations diplomatiques avec la République islamique d’Iran.

Dernière modification 06/03/2009 17:57.
©MAP

On notera que le communiqué accuse l’ambassade d’Iran à Rabat de prosélytisme en faveur du chiisme au Maroc, ce qui place le discours dans l’orthodoxie séoudienne la plus parfaite. La menace contre le rite malékite sunnite est placé au centre du communiqué – merci pour nos concitoyens juifs – ce sont des juifs malékites?

On notera par ailleurs qu’il y a quelques années, au lendemain des attentats du 16 mais 2003, c’étaient les salafistes et les wahabbiyines qui étaient visés par ce discours sur l’identité religieuse malékite du Maroc. Ce discours sur l’unicité du culte musulman est d’ailleurs absurde du point de vue de la charia, qui admet la liberté de choix des écoles (celle des chiites est le jaafarisme), point de vue d’ailleurs repris par l’ISESCO dont le siège est à Rabat. Et poser le principe de l’exclusivité du rite malékite est contestable en dehors même du cadre de la charia, car cela nie la liberté de conscience de l’individu. Enfin, si l’Iran, avec sa minorité sunnite (9% de la population), s’avisait d’en faire de même?

Il faut relever que cette très brusque rupture vient après un net rapprochement ces dernières années – les relations irano-marocaines après la révolution de 1979 ont repris surtout depuis 1995, avec la signature d’un accord commercial. Ainsi, sur le site du MAEC, on relève les étapes suivantes:

Le 31 mai 2006, le ministre marocain des affaires étrangères, « Mohamed Benaissa a indiqué que « l’Iran est un pays frère et ami du Maroc », soulignant que « Rabat oeuvre à la consolidation de ses relations avec Téhéran » ».

Le 18 juin 2006, lors d’une visite officielle du ministre marocain des affaires étrangères s’est rendu en visite de travail à Téhéran où il a rencontré son homologue iranien. A cette occasion, a été annoncé « accord pour la constitution d’une commission politique mixte pour l’examen des moyens de développer les relations bilatérales« . Le ministre marocain des affaires étrangères « M. Mohamed Benaïssa a mis en exergue les liens historiques et culturels liant le Maroc et l’Iran, émettant l’espoir de voir les relations bilatérales se consolider davantage, à travers l’échange de visites entre les responsables des deux pays« . Un message personnel de Mohammed VI fût remis au président iranien, que Benaïssa rencontra à cette occasion.

Le 9 juillet 2006, lors de la remise des lettres de créance de l’ambassadeur du Maroc au président iranien Mahmoud Ahmedinejad, ce dernier a mis « en exergue « la place particulière » dont jouit le Maroc auprès de la république islamique iranienne« , et a « réitéré son invitation à SM le Roi à effectuer une visite officielle en Iran, estimant que cette visite est de nature à donner une forte impulsion aux relations bilatérales« .

Le 5 février 2007, le ministre des affaires étrangères iranien était en visite officielle au Maroc (perçue du côté marocain comme l’occasion de raffermir la coopération entre les deux pays) où il a signé un mémorandum d’entente:

« Le Maroc et l’Iran ont signé, lundi à Rabat,un mémorandum d’entente portant sur la mise en place d’un mécanisme de consultations politiques entre le ministère des affaires étrangères et de la coopération du royaume du Maroc et le ministère des affaires étrangères de la république islamique d’Iran. Le mémorandum d’entente, signé par le ministre des affaires étrangères et de la coopération, M. Mohamed Benaissa et le ministre iranien des affaires étrangères, M. Manouchehr Mottaki, s’inscrit dans le cadre de «  »l’approfondissement et du renforcement des liens amicaux traditionnels«  ». En vertu de ce mémorandum, les deux parties s’engagent à «  »oeuvrer en leur qualité de pays islamiques et amis pour que leurs relations soient basées sur la fraternité, l’égalité, la coopération, la confiance, le respect mutuel du droit à la souveraineté et la préservation de l’unité territoriale, ainsi que la non-ingérence dans les affaires intérieures des deux pays » ». Dans ce contexte, le mémorandum prévoit la tenue de consultations régulières entre les deux parties afin d' » »évaluer les divers aspects des relations bilatérales et échanger les vues concernant les questions régionales et internationales d’intérêt commun ainsi que sur les développements aux plans régional et international » ». Ces consultations porteront sur plusieurs domaines, en particulier politique outre la coopération économique, commerciale, scientifique, technique et culturelle. »

Ce même jour, toujours le 5 février 2007, le ministre des affaires étrangères iranien a déclaré porter « de la considération à «  »la gestion sage par le Maroc de la question du Sahara et soutient un règlement fondé sur le dialogue et la coopération de tous«  », déclarant soutenir « un règlement de la question du Sahara à travers une solution pacifique basée sur le dialogue et la négociation entre les parties concernées« . Le ministre iranien aura également rencontré le premier ministre marocain (Driss Jettou) – pour discuter l’approfondissement de la coopération économique – et les présidents des deux chambres du Parlement marocain.

Le 25 juillet 2007, le chef de l’autorité judiciaire iranienne, l’ayatollah Mahmud Hashemi Shahrudi, s’est rendu au Maroc pour une visite officielle où il aura rencontré notamment le premier ministre marocain Driss Jettou et le ministre de la justice marocain, Mohamed Bouzoubaa. Lors de cette visite, le dignitaire iranien a exprimé le soutien de son pays pour les efforts marocains en vue de résoudre le conflit du Sahara:

« The Sahara issue is an internal affair of Morocco; for us, we back Moroccan and international efforts regarding this issue »

Du 23 au 26 février 2008, le ministre du Commerce extérieur marocain Abdellatif Maâzouz s’est rendu à Téhéran dans le cadre de la commission mixte entre les deux pays, afin d’explorer les voies pour développer les relations commerciales entre les deux pays.

Le 29 juillet 2008, Taïeb Fassi Fahri, ministre des affaires étrangères, apporte un message au président iranien portant « notamment sur les relations entre le Maroc et l’Iran et sur l’importance d’un dialogue franc et ouvert sur les différentes questions qui concernent l’ensemble de la région« .

Le 29 octobre 2008, la vice-présidente iranienne Fatemeh Faiz Djavadi s’est rendue au Maroc en visite officielle où elle s’est entretenue avec le premier ministre Abbas el Fassi:

Le Premier ministre marocain a défendu et soutenu le ‎programme nucléaire civil iranien. « Tous les pays dont la RII ‎ont le droit de bénéficier du savoir-faire nucléaire à vocation ‎pacifique pour assurer leur progrès. », a estimé le Premier ‎ministre marocain, Abbas el Fassi, lors de sa rencontre avec la ‎vice-Présidente iranienne et présidente de l’Organisation pour la ‎Sauvegarde de l’Environnement, Fatemeh Vaez Javadi.

Le premier ministre a rajouté:

The Prime Minister also underlined Morocco’s constant support to the Islamic Ummah and its tireless efforts to uphold Islamic causes, said a communiqué of the Prime minister’s office.

Le 24 décembre 2008, le ministre marocain des affaires étrangères a reçu Mehdi Mostafavi, conseiller du président de la République Islamique d’Iran et président de la Ligue de la culture et des relations islamiques, à l’occasion de l’organisation de la Semaine culturelle iranienne au Maroc ayant eu lieu à Rabat à compter du 26 décembre: « Cette semaine, a-t-il précisé, permettra de renforcer les relations entre les deux pays et les deux peuples, de même qu’elle traduit une forte volonté politique des deux pays de consolider les relations bilatérales dans les tous les domaines« .

Mieux encore – le 12 février 2009, soit il y a trois semaines, l’ambassadeur iranien au Maroc faisait des déclarations sans ambiguïté sur l’intégrité territoriale marocaine:

L’ambassadeur de la République islamique d’Iran à Rabat, Wahid Al Ahmadi, a réaffirmé jeudi, que son pays maintient le gel de ses relations avec le « polisario », et ce depuis 17 ans.

Dans un entretien accordé à la MAP à l’occasion du 30e anniversaire de la révolution iranienne, M. Al Ahmadi a souligné que cette décision demeure inchangée et que son pays n’entretient aucune relation avec le « polisario ».

« Nous n’entretenons aucune relation ou lien avec le ‘polisario’« , a indiqué le diplomate iranien, ajoutant que cette position constante « émane de notre considération pour le peuple et le gouvernement du Royaume chérifien« .

Moins de deux semaines plus tard, le Maroc rappelait son ambassadeur en Iran, et après une dizaine de jours supplémentaires, le Maroc prenait l’initiative de rompre les relations diplomatiques. On peut être sûr que la position de l’Iran sur le Sahara changera en conséquence (et après vérification, en dépit des déclarations contradictoires de l’ambassadeur iranien à Alger – « M. Abyaneh dira que l’Iran a reconnu la République arabe sahraouie démocratique et reste sur cette position. On espère suite aux résolutions des Nations Unies que les discussions entre le gouvernement marocain et le Polisario vont régler ce problème » – il apparaît effectivement qu’il n’y aavait aucune représentation du Polisario en Iran – voir ici et ici, la page pertinente du site du ministère iranien des affaires étrangères n’étant pas accessible).

Autant souligner aussi que l’explication officielle marocaine de cette rupture brusque des relations diplomatiques avec l’Iran – l’atteinte au rite malékite et au rôle du Commandeur des croyants – n’a aucun commencement de vraisemblance: comment croire que ces éléments auraient brusquement surgi en moins de deux semaines, entre l’entretien officiel à la MAP – qui n’a pas pour habitude de donner la parole à des comploteurs hostiles au rite malékite et à la monarchie – de l’ambassadeur iranien et le rappel de l’ambassadeur marocain à Téhéran? Comment croire que ce « complot » présumé ait eu lieu alors même qu’une débauche d’échanges officiels de haut niveau se soit développée depuis 2005? Nous prendrait-on pour des demeurés? Et comment ne pas croire que le Maroc ait prit sa décision sur la base de critères liés au contexte moyen-oriental, Bahreïn servant de prétexte – car l’Egypte a rompu ses relations diplomatiques avec l’Iran il y a longtemps, et l’Arabie séoudite vient d’appeler il y a quelques jours les pays arabes à un front anti-iranien, et rien n’indique un changement substantiel de politique étatsunienne vis-à-vis de l’Iran. On se rappelle que le développement de la coopération entre Maroc et Iran avait valu au Maroc une volée de bois vert de la part d’opposants iraniens pro-étatsuniens (« Maroc-Iran: liaisons dangereuses » et « Maroc-Iran: suite des laisons dangereuses« ), ainsi qu’une visite du sous-secrétaire d’Etat David Welch:

Les premières réactions des think-tanks de Washington sont bien évidemment positives, et ne font bien évidemment aucune référence au prosélytisme ou au rôle du Commandeur des croyants:

Many Arab states have grown frustrated with Iran’s hard-line leadership in recent years.

Morocco’s move could be « a sign that Arab states are prepared to take a much tougher stand against Iran, » Anthony Cordesman, a Middle-East analyst at the Washington-based Center for International and Strategic Studies, said by telephone. Or at least states « not directly threatened by it. »

While small Mideast states are trying to soothe their relations with Iran because of the country’s traction around the Persian Gulf, Morocco on the Atlantic coast is far from the tensions.

« It’s almost as if we’re seeing a polarization of the Arab world, » Cordesman said.

Moderate states and U.S. allies like Morocco, Egypt or Saudi Arabia are increasingly irked by Iran’s hard-line leadership, and worried by the political clout Tehran is gaining through the successes of the Shia or even Sunni groups it backs in Iraq, Lebanon and the Gaza Strip.

Morocco’s king entertains strong ties with other Arab sovereigns, including Bahrain’s sultan, whose legitimacy was recently questioned by Iran.

Pendant ce temps, la hasbara de la presse officielle ou officieuse marocaine continue: « Le courant chiite menace la stabilité de la société marocaine et met en danger sa cohésion« . Attendez-vous à des torrents de boue ces jours-ci.

PS: le site de l’ambassade du Maroc en Iran – relativement importante, puisqu’elle comptait neuf diplomates marocains – est toujours ouvert, pour l’instant.

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