Le mouvement des 9%

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Si vous estimez que le Maroc est le plubopaysdumonde – traversé par une révolution silencieuse  – que seuls des nihilistes, enfants gâtés, bobos, islamo-gauchistes, séparatistes, chiites, Moulay Hicham, Abdelkader Belliraj, Bob Ménard, Ali Lmrabet, Gilles Perrault et Roger Lemerre oseraient critiquer, vous êtes exemptés de lire la suite.

Pour ceux qui estiment que dans un pays classé 120e dans le Democracy Index de The Economist (juste avant le Rwanda et juste après l’Egypte, et largué par l’Irak et Haïti), placé juste après le Montenegro et avant le Mozambique dans le Global Integrity Report axé sur la corruption, 122e dans le classement Worldwide Press Freedom Index de RSF (juste après l’Algérie et juste avant Oman),  127e dans le classement 2008 du PNUD sur l’Indice de développement humain (juste après le Botswana et juste avant Sao Tomé e Principe), 74e sur 104 dans le classement Legatus de la prospérité mondiale et 82e dans le classement Environmental Performance Index (juste après le Népal, et juste avant la Roumanie), tout n’est pas rose, et que la responsabilité en incombe à l’autorité constitutionnelle suprême du pays, vous faites partie des 9% de Marocains à la solde de Tindouf et de Téhéran.

Cette opinion, le gouvernement marocain rappelle que vous n’avez pas le droit de l’exprimer, par la bouche de son ministre de la communication, le juriste post-communiste et néo-makhzénien Khalid Naciri:

« La monarchie au Maroc n’est pas en équation et ne peut faire l’objet d’un débat même par voie de sondage »

Les hebdomadaires TelQuel et Nichane, dirigés par Ahmed Reda Benchemsi, ont été saisis aujourd’hui samedi 1er août pour avoir publié un sondage, réalisé avec Le Monde, et révélant que 91% des personnes interrogées jugeaient le bilan des dix années de règne du Roi Mohammed VI positif ou très positif. Ce score est digne d’une élection présidentielle algérienne, égyptienne ou tunisienne. Mais même ce score benalien n’est pas suffisant aux yeux du makhzen: le fait même d’exprimer une opinion sur le règne de Mohammed VI est sacrilège. Le fondement juridique de la saisie de ces deux journaux est l’article 41 du Code de la presse, selon lequel « est punie d’un emprisonnement de 3 à 5 ans et d’une amende de 10.000 à 100.000 dirhams toute offense, par l’un des moyens prévus à l’article 38, envers Sa Majesté le Roi , les princes et princesses Royaux« , combiné à l’article 77, en vertu duquel « le Ministre de l’Intérieur pourra ordonner par arrêté motivé la saisie administrative de tout numéro d’un journal ou écrit périodique dont la publication porte atteinte à l’ordre public, ou comporte les faits visés à l’article 41 ci-dessus« :

Le ministre de l’Intérieur ordonne la saisie des derniers numéros de « Telquel » et de « Nichane »
Dernière modification 01/08/2009 13:52. ©MAP

Rabat- Le ministre de l’Intérieur a ordonné la saisie des numéros 384-385, du 1-er août au 4 septembre 2009, et 212-213, du 1-er août au 3 septembre 2009, des hebdomadaires « Telquel » et « Nichane », suite à la publication d’un ensemble d’articles enfreignant les dispositions légales en vigueur.

Un communiqué du ministère de l’Intérieur a précisé samedi que cette mesure intervient en application des dispositions de l’article 77 du Dahir N/1-58-378 du 3 joumada-I 1378 (15 novembre 1958) formant code de la presse au Maroc.

Pour résumer: il existe au Maroc une autorité constitutionnelle ayant une suprématie tant sur l’exécutif qu’indirectement sur le législatif et le judiciaire, dont les actes juridiques ne peuvent en aucun être attaqués devant les tribunaux marocains, qui assure la commanderie des croyants (musulmans), et dont le bilan ne peut faire l’objet d’aucune appréciation ou débat publics.

On ne pouvait imaginer démenti plus catégorique de l’avalanche de louanges ayant déferlé pour saluer les dix années de règne du Roi Mohammed VI.

Hat-tip – pour l’icône: Annouss.

Voici la couverture du numéro interdit de TelQuel (merci Imint):

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