« Bah, s’il faut sacrifier 50.000 hommes »

Difficile de lire une histoire de la presse française sans tomber sur le personnage de Pierre Lazareff, ancien patron de France Soir, passé d’un tirage de 1,5 millions d’exemplaires quotidiens en 1955 à environ 30.000 aujourd’hui. Dans le dernier numéro du Canard enchaîné (26/8/2009, p.6), on peut lire une critique d’une biographie de Pierre Lazareff, qui relate l’épisode suivant:

Dans ses Mémoires, pas plus mentionnées, Edgar Faure, encore lui, rapporte qu’en 1955, alors qu’il se débat, à Matignon, avec la sanglante crise marocaine, il manque de tomber de son fauteuil en entendant Lazareff glisser: « Bah, s’il faut sacrifier 50.000 hommes« . Edgar, intrigué: « Pour parvenir à un accord avec [le sultan] Ben Youssef (père de Hassan II, chef des nationalistes et exilé à Madagascar par un précédent gouvernement)?« . Pas du tout. Chaudement installé au 100, rue Réaumur, Pierrot-les-Bretelles est prêt à laisser « sacrifier 50.000 hommes » pour maintenir en l’état le protectorat marocain!

Bien évidemment, cet épisode-là n’est que rarement mentionné et ne ternit pas la réputation de ce Julius Streicher light, autre partisan journalistique du meurtre de masse.

PS: Le Ben Youssef dont il s’agit est Mohammed V, vous aurez rectifié de vous-mêmes – il s’agit du nom donné au Roi par les Français, sans doute pour atténuer le caractère royal du personnage et la longue lignée dynastique dans laquelle il s’inscrivait.

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