links for 2010-06-06

Maroc-Hebdo sauve l’honneur

Je n’aurais jamais cru écrire un billet avec ce titre, mais je dois me rendre à l’évidence cette semaine: Maroc Hebdo sauve l’honneur de la presse francophone marocaine. Jugez-en:

Heureusement, Maroc Hebdo était là:

C’est vraiment par principe que je défends la liberté de la presse au Maroc, pas en raison des mérites des concernés…

Je me permets de citer mon père:

Salut! Revue de presse du 5 juin: Vous avez dit Israel? Circulez, y’a rien à voir!…Ou plutôt si: des films Olé Olé, Nabil Benabdallah, l’Amérique, les banques etc….Pardon! Maroc Hebdo a pour une fois sauvé l’honneur!!!   OUI, NOUS SOMMES TOUS DES TURCS!!!

Pour citer Brel:

Vous êtes tellement tellement
Beaucoup trop lourds
Que quand les soirs d’orage
Des chinois cultivés
Me demandent d’où je suis,
Je réponds fatigué
Et les larmes aux dents :
« Ik ben van Türkije ».

Bugün beni Türk sayin!

links for 2010-06-05

Machination policière au Maroc: communiqué d’Ali Amar et Zineb el Rhazaoui

Le Maroc est en train de virer en plein mode benalien – la Tunisie sous Ben Ali s’est faite la spécialiste de mises en scène et machinations tendant à présenter dissidents politiques et médiatiques comme de vulgaires délinquants de droit commun. La fermeture du Journal hebdomadaire de Boubker Jamaï et Ali Amar, habilement faite sous couvert non pas d’atteinte aux sacralités mais de non-paiement de cotisations sociales à la CNSS, a montré la voie.

Ali Amar justement: le voilà pris dans ce qui semble à première vue être une machination policière assez grossière. La police a pénétré son domicile, où il se trouvait avec une autre personne en odeur de sainteté auprès du régime, Zineb el Rhazaoui, fondatrice du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI) et fameuse pique-niqueuse du ramadan dernier. La porte de son appartement a été défoncée à 5.45 du matin, soit en dehors de la plage horaire légale en matière de perquisitions.

Voici le texte intégral du communiqué d’Ali Amar et de Zineb el Rhazaoui:

Communiqué 

Casablanca, le 05 juin 2010

Violation de domicile et arrestation illégale de Zineb El Rhazoui et Ali Amar

Vendredi 4 juin 2010 à 5h45 du matin, le chef de la Police Judiciaire, ainsi que le chef de la brigade préfectorale de Casablanca, accompagnés d’environ 15 officiers et agents de la Police Judiciaire marocaine, ont défoncé la porte de l’appartement casablancais de Zineb El Rhazoui, journaliste indépendante et co-fondatrice du Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles (Mali) qui s’y trouvait en compagnie d’Ali Amar, journaliste indépendant, fondateur et ancien directeur du Journal hebdomadaire (interdit par le pouvoir marocain en janvier 2010), et auteur du livre « Mohammed VI, le grand malentendu » (Calmann-Levy 2009), ouvrage censuré au Maroc. Les dits agents d’autorité ont refusé de décliner leur identité ou de présenter leur carte professionnelle. Ils n’étaient pas non plus munis d’un mandat de perquisition ou d’amener. Zineb El Rhazoui et Ali Amar n’avaient pas reçu de convocation préalable. Dès qu’ils ont franchi le pas de la porte, les policiers ont commencé à photographier les deux journalistes et les recoins de l’appartement et les ont interrogés sur la nature de leur relation, question à laquelle ils ont refusé de répondre. Les deux journalistes qui se trouvaient dans le salon, ont reçu l’ordre de se soumettre à une mise en scène en s’asseyant sur le lit de la chambre à coucher de Zineb El Rhazoui pour y être photographiés ensemble, alors qu’ils étaient en tenue de ville. Devant le refus de ces derniers de s’exécuter, trois agents se sont rués sur Ali Amar et l’ont menotté. Les deux journalistes ont alors été immobilisés par deux agents, alors que d’autres s’affairaient à fouiller de fond en comble l’appartement, sans pour autant donner la moindre explication de ce qui justifie un tel assaut. Les agents ont continué à prendre de multiples photos, notamment du reste d’un dîner dont deux bouteilles de vin rouge vides. Ils ont ensuite démantelé les ordinateurs et les périphériques informatiques des deux journalistes qui venaient de terminer une séance de travail consistant à la rédaction d’articles pour la presse internationale. Les agents ont compulsé leur documentation de travail, ont fouillé leurs sacs, papiers et effets personnels. L’un des officiers a ordonné à un agent d’examiner la vidéothèque de Zineb El Rhazoui pour vérifier s’il s’agit de films pornographiques. L’un des photographes (qui s’est révélé plus tard être un technicien de la police scientifique) s’est rendu dans la salle de bain pour prendre des photos en plan serré d’une pastille de bain effervescente de marque Sephora qu’il a faussement identifiée comme étant un préservatif. Ce n’est qu’après les protestations répétées des deux journalistes que l’un des officiers a finalement donné quelques bribes d’explications. Il a justifié cette violation de domicile par la recherche d’un ordinateur supposément volé et le dépôt d’une plainte à ce sujet contre Ali Amar pour vol et Zineb El Rhazoui pour complicité. Lorsque Ali Amar a fourni la facture d’achat de ce matériel informatique qui attestait de sa propriété, la police a ignoré le document et saisi l’ordinateur. Les agents ont également essayé de saisir l’ordinateur portable de Zineb El Rhazoui et son disque dur avant d’y renoncer face à ses protestations. Ils ont tout de même saisi la carte mémoire de son appareil photo numérique, ainsi que les deux bouteilles de vin vides qui seront considérées comme des pièces à conviction. Avant d’embarquer les deux journalistes à la préfecture de Police de Casablanca pour les soumettre à un interrogatoire qui a duré 12 heures et demie (de 7h à 19h30), Zineb El Rhazoui a demandé à se rendre aux toilettes, les policiers lui ont répondu qu’elle pouvait le faire uniquement si elle laissait la porte grande ouverte. Bien qu’il n’y ait pas eu de violence physique ou verbale dans les locaux de la police judiciaire, de nombreuses questions ont été posées aux deux journalistes sur les aspects relatifs aux mœurs. Le Procès-verbal de Zineb El Rhazoui fait mention de la consommation de vin et indique la présence d’un préservatif chez elle. Dans celui d’Ali Amar, la police a refusé de faire mention de la facture prouvant l’origine légale de l’ordinateur. Zineb El Rhazoui et Ali Amar ont été relâchés vers 19h30. Ali Amar a été verbalement convoqué à se représenter ce jour (samedi 5 juin 2010) à 10h30 à la Préfecture de police de Casablanca.

Zineb El Rhazoui et Ali Amar

Quelques remarques:

  1. Je suis le dernier Marocain à reprocher à la police du plubopaysdumonde de prendre au sérieux le vol d’ordinateurs. Mais enfin, le chef de la police judiciaire et celui de la brigade préfectorale de Casablanca, accompagnés de 15 policiers, faisant une « perquisition » (les guillemets ‘imposent) en dehors des procédures et horaires légaux, cela rassure indéniablement quant au dynamisme de nos forces de l’ordre. Je dois par ailleurs que j’ai une affaire de chéques volés me concernant où j’ai réussi à identifier le coupable et le localiser, transmettant ces données à la police pour qu’elle l’appréhende. Si la police a réussi à connaître jusqu’à son numéro de GSM et son lieu de travail – il est fonctionnaire – cela fait plus d’un an que je n’ai plus aucune nouvelle. J’aurais dû rajouter qu’il était journaliste au Journal hebdomadaire et qu’il pique-niquait à Mohammedia durant le ramadan, cela aurait sans doute eu plus d’effet sur l’enquête.
  2. La perquisition a eu lieu à 5h35 du matin, soit en dehors de la période légale prescrite de manière expresse par le Code de procédure pénale:

    Article 62: Sauf demande du chef de maison, réclamation venant de l’intérieur ou exceptions prévues par la loi, les perquisitions et les visites domiciliaires ne peuvent être commencées avant six heures et après vingt et une heures; les opérations commencées à une heure légale peuvent se poursuivre sans désemparer.Ces dispositions ne s’appliquent pas lorsque la perquisition doit être opérée dans les lieux pratiquant habituellement une activité nocturne. Article 63 : Les formalités édictées aux articles 59, 60 et 62 ci-dessus sont prescrites à peine de nullité de l’acte vicié et de ceux qui auraient été accomplis postérieurement à cet acte.

  3. Résultat des courses: la perquisition est nulle et non avenue, et les éléments matériels saisis lors de celle-ci ne peuvent plus être invoqués contre Ali Amar et Zineb el Rhazaoui. Ah, c’est vrai, comme je suis distrait: le Maroc n’est pas un Etat de droit. Bon oubliez tout ce que j’ai dit.
  4. Sans doute inspiré par la hasbara récente cet allié du régime marocain qu’est Israël, nos pandores ont saisi bouteilles de vin, pastilles de bain prises pour des préservatifs (!), carte mémoire d’appareil photo numérique ainsi que, pièce maîtresse, l’ordinateur portable d’Ali Amar – malgré que ce dernier avait en possession la preuve d’achat. Un petit conseil désormais aux militants du MALI et aux anciens journalistes du Journal hebdomadaire: ne vous déplacez pas sans avoir sur vous la preuve d’achat de tous vos objets personnels – vêtements, montre, pastilles de bain, bouteilles de vin ou ordinateur portable.
  5. On notera que nos pandores se sont inquiétés de l’honorabilité de Zineb el Rhazaoui. On peut prévoir le même genre de montage contre elle et contre ceux qui auraient le malheur de ne pas penser selon les dernières hautes instructions, sur le modèle tunisien, à force sans doute de photos et vidéos classées X manipulées ou truquées, histoire de salir l’image et la réputation de dangereux traîtres à la Nation.
  6. On rappellera aux forces dites de l’ordre qu’au Maroc la consommation d’alcool n’est pas interdite aux Marocains réputés musulmans, mais seulement l’ivresse publique (je doute que le domicile d’Ali Amar puisse être considéré comme faisant partie de la voie publique) ainsi que la vente d’alcool à des Marocains musulmans par des débits de boissons et assimilés.

Un film israëlien déprogrammé au profit du documentaire sur Rachel Corrie de Simone Bitton

Lu sur Rue89 – une conséquence directe du massacre du Mavi Marmara, sans doute:

Vendredi, Le Monde nous apprenait que le réseau de salles Utopia, qui a des salles à Avignon, Bordeaux, Montpellier ou Toulouse, a décidé de déprogrammer un film israélien, « A cinq heures de Paris », comédie dramatique sans contenu politique, qui devait sortir le 25 juin, et de programmer à la place « Rachel », le film de Simone Bitton. Etrange destin. (Rue89)

La réalisatrice de ce documentaire sur Rachel Corrie n’est autre que la cinéaste franco-marocaine Simone Bitton, engagée de longue date aux côtés du peuple palestinien. Elle a tenu un blog consacré à ce film sur Rue89 justement.

Another extreme right-wing, racist party turns pro-Israel

Just read this on Bartholomew’s indispensable blog: the English Defence League, an islamophobic (they resent that assertion though) tinpot sect adding to the acronyms on the lunatic fringe of the British extreme right wing, is said to have taken part in a pro-Israel demonstration organised by the Zionist Federation of Great Britain and Ireland in front of the Israeli embassy in London on June 2, in support to the Israeli government’s handling of the Gaza flotilla affair:

There were about 2000 of us, including the EDL, JewishEDL set up by the wondrous Joe Bloggs who set up the LGBT EDL. (Juniper in the Desert)

The Jewish Chronicle denies this however:

Rumours that the English Defence League were planning to attend the demonstration appeared to be unfounded. One EDL member was spotted by protesters on the other side of the street but he did not join the throng (…) Israel Connect’s David Cohen expressed his relief that the EDL did not make an appearance, saying: “We wouldn’t have stood for it, and nor would the police or the CST.”(The Jewish Chronicle)

While the EDL’s participation in that particular demonstration is not averred, they otherwise bend over backwards to make public their devotion to Israel – mind you, even the neo-nazi BNP has made vociferous, pro-Israel noises. Their advances have been rejected by the mainstream Jewish organisations, however.

Nothing really new: they’re fond of Israeli flags (oddly enough – not many nationalist movements raise foreign flags) – for instance in Birmingham last September at on the rooftop of the Dudley mosque in April this year

The English Defence League displays its affection for Israel - Birmingham, September 6 2009

Two EDL militants on the Dudley mosque rooftop, April 30, 2010.

Well, if one is to judge by the haircut of their most enthusiastic supporters, some incredulity as to the EDL’s protestation against being labelled a racist and extreme right-wing party might be called for:

The English Defence League, which started in Luton last year, has become the most significant far-right street movement in the UK since the National Front in the 1970s. A Guardian investigation has identified a number of known rightwing extremists who are taking an interest in the movement – from convicted football hooligans to members of violent rightwing splinter groups.

Thousands of people have attended its protests – many of which have descended into violence and racist and Islamophobic chanting. Supporters are split into « divisions » spread across the UK and as many as 3,000 people are attracted to its protests.

The group also appears to be drawing support from the armed forces. Its online armed forces division has 842 members and the EDL says many serving soldiers have attended its demonstrations. A spokeswoman for the EDL, whose husband is a serving soldier, said: « The soldiers are fighting Islamic extremism in Afghanistan and Iraq and the EDL are fighting it here … Not all the armed forces support the English Defence League but a majority do. » (The Guardian)

 

The Guardian’s thorough investigation is damning – a must-read.

This recent phenomenon of extreme right-wing flirtation with Israel is a growing trend in Europe. The first populist and xenophobic right-wing politician to discard any hint of anti-semitism or fascist nostalgia and to openly embrace Israel was probably (1) Netherland’s Pim Fortuyn, who set the tone for the current trend: he was openly gay, secular, paid lip-service to gender equality and limited his xenophobia to Muslim immigrants. He’s been joined now – after his death – by his fellow countryman Geert Wilders and his PVV, Danish Pia Kjaersgaard and her Dansk Folkparti, while Filip Dewinter and his Vlaams Belang (formerly Vlaams Blok) and Jimmie Åkesson and his Sverigedemokraterna have had more trouble distancing themselves from a murkier past.

For these right-wing parties and politicians to embrace Israel – apart from the fact that it might reflect a personal choice – has of course the desirable effect of shielding them from electorally and mediatically lethal comparisons with their garrulous predecessors. Anti-semitism being the most universally rejected form of racism in Western Europe, being linked to the old ways of fascism is a considerable drawback for any party taking electoral competition seriously. France’s Jean-Marie Le Pen might be the odd  (2) here, but even he made a few moves towards Israel and the Jewish community – to the extent that the former chairman of the CRIF, the French Jewish community’s umbrella organisation, Roger Cukierman, hailed Le Pen’s stupendous score at the 2002 presidential elections as a « message » to France’s Muslim community « to keep quiet »

My previous posts on this subject:

Quand l’extrême-droite scandinave soutient Israël (« When the Scandinavian extreme right-wing supports Israel);

Nationale Sozialisten für Israel;

Le Vlaams Belang invité en Israël: “ « Still, Israel is in a crucial struggle and can’t be choosy with allies now” «  (« The Vlaams Beang invited to Israel: « Still, Israel is in a crucial struggle… »);

(1) Norway’s Carl I Hagen and his Fremskrittspartiet could possibly also make that claim, although more conservative than Fortuyn.

(2) Austria and Germany are other obvious exceptions.

links for 2010-06-04

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