links for 2010-07-19

Quelques indications sur le poids stratégique du Maghreb à la Maison Blanche

Via le blog de Stephen Walt, je suis tombé sur la base de données du Washington Post qui permet de chercher des mots-clés dans la totalité des discours officiels prononcés par le président Barack Obama depuis janvier 2009. Si Stephen Walt en a tiré un hit-parade des pays étrangers cités par Obama, je me suis intéressé quant à moi aux cinq pays du Maghreb et à leur place dans les préoccupations officielles étatsuniennes (cela présuppose que les discours officiels soient un indicateur fiable de ces préoccupations, ce dont on peut discuter).

Voici donc la place qu’occupe le Maghreb dans la pensée obamienne depuis janvier 2009:

Plus précisément, le Maroc, la Tunisie et la Mauritanie ont droit à zéro mention. L’Algérie a droit à une mention – lors de la Coupe du monde et du match décisif ayant opposé les Etats-Unis (vainqueurs 1-0) à l’Algérie, et à l’occasion d’une rencontre présidentielle avec des joueuses de l’équipe féminine de Sky Blue:

I know my staff, by the way, was watching when the U.S. beat Algeria, because I could hear them whooping it up as I was having important meetings in the Oval Office. (Laughter.)

Sur la plus haute marche du podium, on retrouve bien évidemment la Libye, avec trois mentions depuis janvier 2009.

Un petit rappel à ceux qui croient que le monde entier, ou du moins l’homme le plus puissant du monde, est penché sur les derniers soubresauts de l’actualité algérienne ou marocaine. (Et une raison supplémentaire de la persistence du conflit du Sahara – no one outside Algiers or Rabat gives a damn).

links for 2010-07-09

Stockholm, encore et toujours

Quand j’habitais Stockholm je me gaussais toujours de ceux qui qualifiaient Stockholm de plus belle ville du monde (ou d’Europe pour les plus modestes). Je trouvais que cela reflétait l’arrogance suédoise, souvent paradoxalement mêlée de provincialisme et de complexe d’infériorité. Mais plus je vis à l’étranger plus je me retrouve à partager cet avis, sans doute par l’effet du contraste avec les autres villes que j’ai eu le privilège de visiter et d’habiter.

Je suis venu à Stockholm ce samedi, juste à temps pour assister au meurtre rituel de la sélection argentine par die Mannschaft, en compagnie de ma sœur à qui son mari aura eu le bon goût d’inoculer un intérêt prononcé pour la Coupe du monde. Nous promenant à Götgatsbacken à la recherche d’un café retransmettant le match, en plein soleil canciculaire (+32°), puis allant du côté de Gamla stan, le soleil, les immeubles jaunes/ocres/gris clair, le bras de mer partageant Södermalm de Gamla stan, la vue sur la ville, les flâneurs (j’aurais bien écrit les flâneuses, mais je ne tiens pas à trahir la confiance de ma femme qui m’a laissé – Dieu la bénisse – faire ce voyage d’une semaine en célibataire, et ne ferais donc aucune remarque supplémentaire sur le nombre de blondes au mètre carré), la propreté, les terrasses, bref, tout cela commence à me convaincre, nostalgie aidant, que Stockholm est bien une des plus belles villes du monde.

C’est peut-être ce qui justifie qu’elle soit si chère : un jus d’orange, un espresso et un sandwich au fromage pour l’équivalent de 80 dirhams, une paire de chaussures à resemeller chez le cordonnier pour 300 dirhams, et je ne parle même pas des boutiques. Un commerçant turc du côté de Stureplan (l’endroit le plus chic de Stockholm, concentrant boutiques de luxe et boîtes branchées), chez qui j’ai acheté une veste, me disait que les loyers mensuels des boutiques des environs (Nespresso, Tommy Hilfiger, Peak Performance et consorts) étaient aux environs de 500.000 couronnes.

J’ai pu visiter comme à mon habitude les deux principales librairies de Stockholm, Akademibokhandeln et Hedengrens, où j’ai pu trouver quelques titres intéressants, notamment sur l’extrême-droite suédoise (Sverigedemokraterna, les mal-nommés Démocrates de Suède) – ces deux librairies s’étendent sur un millier de mètres carrés, avec des rayons fournis non seulement en suédois mais aussi en anglais (voire le français, l’espagnol, l’allemand, le portugais et l’italien pour Hedengrens) – des modèles de librairies modernes, avec espace café pour Akademibokhandeln, de l’espace, des vendeurs professionnels, et même la possibilité de se faire livrer des titres commandés sur Internet (donc moins chers que ceux en vente en librairie).

Ce lundi, c’en était fini du tourisme : j’avais plusieurs démarches administratives à mener. Dès le départ, ça a mal commencé : alors que j’avais prévu de me lever tôt et de me rendre aux bureaux administratifs dès l’ouverture à 9h, je me suis réveillé à 11h… A midi, j’étais au premier arrêt, l’administration des impôts, en charge de l’état-civil en Suède ( petit détail amusant : jusqu’en 1991, c’était l’Eglise luthérienne de Suède qui était en charge de ce service public…) – j’ai un problème de retranscription erronéeà l’état-civil – comme quoi il n’y a pas qu’au Maroc où ça foire…

Alors qu’il y a quelques années, un local spécifique des impôts accueillait les administrés, quelques consultants ont du conseiller à la caisse d’assurance sociale, à l’administration des impôts et à l’office des pensions de regrouper leur service d’accueil en un seul endroit. Résultat des courses : un local surpeuplé, avec des heures d’attente, et où il faut faire la queue et expliquer son cas à une hôtesse d’accueil avant même d’obtenir le ticket de queue, avec l’obligatoire commentaire désabusé de ladite hôtesse « il y a au moins une heure d’attente » – appréciation optimiste car j’avais 85 numéros avant moi…

Je sors faire un tour, prendre un café, acheter le journal, et quand je reviens la queue a à peine bougé. Nous avons certes à notre disposition de très nombreux sièges, comme dans un hall d’aéroport, les locaux sont propres, les gens disciplinés et les employés de l’autre côté du guichet raisonnablement polis et efficaces – mais par rapport aux standards d’efficacité suédois on se sentait plus proche d’une moqata’a…

Je m’assieds donc et décide de terminer la lecture de l’excellent recueil d’articles du célébrissime journaliste, écrivain et militant pro-palestinien suédois Jan Guillou, et les quarts passent avec monotonie. Autour de moi, surtout des allochtones (Irak, Liban, Asie centrale, Amérique latine, Finlande, l’éventail est large), des retraités et quelques jeunes couples avec enfants. Pas du tout le même public que la veille à Stureplan…

Alors que j’entrais, j’avais fais attention à un homme d’une cinquantaine d’années, en shorts et lunettes de soleil, les bras et le visage couverts de blessures, dont certaines toujours en sang, l’air ravagé. D’origine latino-américaine, il se fît gentiment arrêter par le garde, jeune, athlétique et à la mine renfrognée, ayant un lointain air de ressemblance avec Mark Wahlberg, qui lui demanda poliment de quitter les lieux – je suppose qu’il avait du créer un esclandre précédemment.

Une demi-heure plus tard environ, je vis le même individu – un drogué visiblement – s’asseoir à un de la vingtaine de guichets, juste là ou je patientais assis. A peine eût-il le temps de s’asseoir que le garde était de retour, lui demandant instamment de quitter les lieux. L’individu contesta bruyamment : « laissez-moi, ça fait deux heures que j’attends mon tour, j’ai une affaire à traiter, c’est mon droit ». Insensible à ses arguments, le garde se fit rapidement assister d’un collègue blond et baraqué, les deux prenant le drogué par les bras pour l’emmener en dehors du local.

Je me replongeai dans la lecture de « Journalistik » de Jan Guillou lorsqu’après une demi-heure ou trois quarts d’heure j’entendis des cris et vis un attroupement à l’entrée. Je me rapprochais et vis le sol parsemé de taches de sang, puis un troisième garde allongé à l’entrée, le bras ensanglanté, une femme en train de lui apporter de l’aide. Demandant à un badaud ce qui s’était passé, il me dit qu’un homme latino-américain à lunettes de soleil avait brandi un couteau de sa poche de pantalon arrière et l’avait poignardé après avoir été empêché d’entrer. Le drogué était donc visiblement venu se venger.

Une dizaine de minutes avaient passé avant que la police ne vienne, alors même que le local en question est en plein centre-ville, à deux pas de la gare centrale et de Sergels torg. Mon tour était cependant venu au guichet, et j’ai eu de la chance : la police compensant sans doute son retard entreprit de faire évacuer les locaux, alors même que le drogué avait été pris en chasse par des témoins et arrêté après quelques minutes. J’ai pu terminer mon affaire, et ai été interrogé par la police, ayant assisté à la première scène où le drogué fut expulsé, ce qui laisse entendre qu’il y a eu préméditation lorsqu’il est revenu poignarder le gardien.

Mes pérégrinations dans les locaux administratifs n’étaient pas finis puisqu’il me fallait renouveler ma carte nationale (suédoise). Direction Rådhuset, et plus particulièrement Polishuset, la Maison de la police, d’ailleurs à quelques minutes seulement de l’ambassade du Maroc. Le temps d’y arriver et je me rends compte qu’il y a 90 numéros avant moi, un garde me précisant que j’en avais pour deux heures. Heureusement, je me suis rappelé qu’il y avait un bouquiniste – Ryös antikvariat – dans les parages et m’y suis rendu, espérant qu’il n’ait pas été fauché par la disparition quasi-inéluctable des bouquinistes à Stockholm – j’en connaissais une dizaine mais n’en retrouve qu’une poignée, le marché du livre d’occasion s’étant déplacé sur le net. Heureusement, ce bouquiniste est toujours là, et après y avoir passé une heure j’étais de retour à Polishuset pour plus d’une heure d’attente supplémentaire.

Une mère et sa fille discutaient de leur taille ; deux jeunes brunes en mini-jupe et bas noirs se faisaient gentiment draguer par le garde, un grand blond athlétique, en se déchaussant pour passer sous la toise ; deux jeunes en short et en tongs venus renouveler leur passeport semblaient confondre la police avec un kiosque, demandant à la préposée asiatique s’ils devaient absolument venir chercher leurs passeports en personne ; des enfants jouaient calmement dans les allées, tandis qu’une préposée annonçait que le système de paiement par cartes bancaires était hors d’état de marche.

Un petit moment de science-fiction maintenant : mes lecteurs marocains ne me croiront pas, mais une fois arrivé au guichet il m’a fallu au grand maximum 5 minutes pour compléter ma demande de renouvellement de ma carte nationale. Il m’a suffi de présenter mon passeport et de payer les 400 couronnes (environ l’équivalent en dirhams) pour être pris en photo par un appareil numérique et laisser ma signature. Aucune mention de mon adresse ou de ma profession, ni demande d’extrait d’acte de naissance – tout juste ai-je du remplir un formulaire spécial pour les Suédois de l’étranger. J’ai  laissé mon numéro de GSM et mon adresse e-mail pour être notifié du jour auquel je pourrais venir récupérer ma carte nationale. Toute ressemblance avec une quelconque moqata’a serait fortuite et indépendante de ma volonté…

links for 2010-07-02

links for 2010-06-30

%d blogueurs aiment cette page :