Au Maroc, les droits d’importation sur les montres de luxe sont de 2,75%

Ce billet est dédie à Kingstoune.

Petit exemple de mise en oeuvre des principes constitutionnels:

Préambule:
(…) le Royaume du Maroc (…) développe une société solidaire où tous jouissent de la (…) justice sociale

Article 1:
Le Maroc est une monarchie (…) sociale.

Article 35:
L’Etat garantit la liberté d’entreprendre et la libre concurrence. Il œuvre à la réalisation d’un développement humain et durable, à même de permettre la consolidation de la justice sociale (…)

De la Constitution de 2011, passons au Code douanier. Les montres de luxe, Jaeger-Lecoultre comprises, sont couvertes par la position tarifaire 9101.11.00.00. On voit là que l’Etat a eu à coeur de soutenir les jeunes promoteurs qui se lanceraient dans l’horlogerie de luxe:

– Droit d’Importation* ( DI ) : 2,5 % ( Droit Minimal )

– Taxe Parafiscale à l’Importation* ( TPI ) : 0,25 % ( Taux Normal )

La TVA de 20% s’applique.

Pour le cas où ces montres contiendraient des métaux précieux, une TVA supplémentaire s’applique:

– – Taxe sur la Valeur Ajoutée pour les Métaux Précieux ( Selon la spécialisation ) :

1 – Contenant : Platine ou Or : 5 DHS / GR. NET

 

2 – Contenant : Argent : 0,1 DHS / GR. NET

De jeunes promoteurs ont ainsi pu quitter la misère de Guercif ou de Sidi Moumen, comme peut en témoigner Olivier Gay, directeur marchés émergents de la maison Cartier:

«On a largement dépassé les objectifs que nous nous étions fixés»

Six ans après l’ouverture de votre première boutique à Casablanca et un an après votre implantation à Rabat, quel bilan tirez-vous ?

Casablanca a été la première boutique ouverte en Afrique. Le bilan est très positif. On est très content. On a largement dépassé les objectifs que nous nous étions fixés. On avait déjà beaucoup de clients marocains qui achetaient en Europe. Les résultats ont été tellement bons à Casablanca que l’on a pu ouvrir une belle boutique à Rabat. Ca nous a donné des ambitions encore plus grande.

Avez-vous l’intention de vous implanter dans d’autres villes du Maroc ?

Oui, Marrakech est la prochaine étape. Mais c’est très difficile de trouver un emplacement. Et on ne se précipite jamais car on veut le meilleur emplacement. On cherche depuis quelques années, mais on est sur de bonnes pistes. On espère pouvoir ouvrir dans les 18 mois. (…)

Trouve-t-on au Maroc les mêmes collections que dans les autres pays du monde ?

Oui, bien sûr. Il y a même plus de choix en montres joaillerie que dans certaines boutiques françaises parce qu’il y a un véritable engouement pour ces montres au Maroc. En revanche, il y a peut-être moins de produits «initiation» parce que les Marocains sont déjà initiés. Et en plus, il y a un vrai désir de produits créatifs avec des pierres et un design important.

Quels sont vos best-sellers au Maroc ?

Le créatif et tout ce qui demande beaucoup de travail de la part de nos designers marchent extrêmement bien : les collections Panthère, Caresse d’Orchidée. Dans l’horlogerie, c’est la collection Captive. La haute horlogerie a aussi beaucoup de succès au Maroc. Les gens sont à la pointe de la nouveauté et de la technologie. Plus la montre a une complexité technique importante et plus elle est demandée. Ce sont les séries très limitées qui marchent le plus. C’est aussi un investissement. On n’achète plus une montre pour le plaisir d’acheter une montre mais parce qu’on sait qu’elle prendra de la valeur. C’est comme un tableau. C’est une véritable pièce d’art. La collection d’horlogerie haute joaillerie «cirque animalier» qui se compose de trois modèles par an en 50 exemplaires est par exemple très demandée ici. (…)

Pratiquez-vous les mêmes prix qu’en France ?

Oui, exactement les mêmes. On a la chance que le Maroc n’applique plus les droits de douane sur notre secteur. (Le Soir 21-6-2010)

Mais sans doute faut-il considérer que les acheteurs de montres de luxe constituent une catégorie de personnes à besoins spécifiques conformément à l’article 34 de la Constitution:

Article 34:
Les pouvoirs publics élaborent et mettent en oeuvre des politiques destinées aux personnes et aux catégories à besoins spécifiques. (…)

Spéciale dédicace Khalid Naciri

Pour parfaire la culture du camarade-ministre Khalid Naciri et celle de certains nihilistes:

Pierre Kropotkine – Le nihilisme (1898)

A cette époque, un formidable mouvement se développait parmi la jeunesse russe cultivée. Le servage était aboli. Mais pendant les deux cent cinquante ans qu’avait duré le servage, il était né toute une série d’habitudes d’esclavage domestique, de mépris extérieur de la personnalité individuelle, de despotisme de la part des pères et d’hypocrite soumission de la part des femmes, des fils et des filles. Au commencement du siècle, le despotisme domestique régnait partout en Europe à un haut degré comme en témoignent les écrits de Thackeray et de Dickens mais nulle part cette tyrannie n’avait pris un développement aussi considérable qu’en Russie. (…) La loi n’a pas de prise sur ces choses. Un énergique mouvement social était seul capable de réformer les habitudes et les mœurs et la vie journalière en attaquant le mal dans sa racine; et en Russie ce mouvement cette révolte de l’individu prit un caractère beaucoup plus énergique et plus impétueux dans sa critique de l’état de choses existant que dans tout autre pays de l’Europe occidentale ou de l’Amérique. Tourguénev lui donna le nom de « Nihilisme » dans son célèbre roman, « Pères et Fils », et ce nom fut accepté généralement. Ce mouvement a été souvent mal compris dans l’ouest de l’Europe. Dans la presse, par exemple, on a confondu nihilisme et terrorisme. (…) C’est pourtant une erreur. Confondre le nihilisme avec le terrorisme est une méprise aussi grave que d’identifier un mouvement philosophique comme le stoïcisme ou le positivisme avec un mouvement politique, tel, par exemple, que le républicanisme.

Le terrorisme est né de certaines conditions spéciales de la lutte politique, à un moment donné de l’histoire. Il a vécu et a pris fin. Il peut renaître et disparaître encore. Mais le nihilisme a mis son empreinte sur la vie tout entière des classes cultivées de la Russie et cette empreinte persistera pendant de nombreuses années. C’est le nihilisme qui, dépouillé de ce qu’il y a eu en lui d’exagéré – l’exagération était inévitable dans un mouvement de cette sorte provoqué par la jeunesse – donne encore actuellement à la vie d’une grande partie des classes cultivées de la Russie un certain caractère particulier que nous autres Russes regrettons de ne pas trouver dans la vie de l’Europe Occidentale. C’est le nihilisme aussi qui dans ses manifestations variées donne à un grand nombre de nos écrivains cette sincérité remarquable, cette habitude de « penser tout haut », qui étonne les lecteurs occidentaux.

Je vous laisse découvrir la suite ici. C’est tiré de « Mémoires d’un révolutionnaire » de Piotr Kropotkin.

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