CAN : Regragui, le Franco-Marocain qui n’a jamais rêvé des Bleus

Total respect à la lecture de ces déclarations de l’ex-international marocain Walid Regragui:

Quand le Maroc l’appelle en 2000 pour rejoindre la sélection, il n’hésite pas une seule seconde. Il assume, lui le binational, de défendre les couleurs de son pays d’origine :

« Le Maroc était un choix naturel pour moi, même si je suis né en France. Et puis, honnêtement, l’équipe de France ne m’a jamais fait rêver. “

Il y a quelques mois, la question des binationaux, nés et formés en France mais internationaux dans le pays de leurs parents, avait fait polémique. Jouer pour son pays d’origine n’est pas forcément un choix par dépit.

Walid Regragui, défenseur latéral ou milieu droit, arrive dans le circuit professionnel sur le tard, à 24 ans. Toulouse puis Ajaccio, Santander (Espagne), Dijon et Grenoble.

En Ligue 1, il enchaîne les prestations solides et suscite l’intérêt quelques mois plus tard de son pays d’origine, le Maroc :

‘ Le Maroc, c’est mon pays, ma culture d’origine, mon histoire familiale et mon premier coup de coeur footballistique, pendant la Coupe du Monde 86 [en 1986, le Maroc devenait la première équipe africaine à passer le premier tour d’une phase finale de Coupe du Monde, ndlr].

Je ne me suis posé aucune question. C’était le choix du coeur, d’autant plus facile que je n’avais pas fait les sélections de jeunes avec la France.’

Et dire qu’il y en a pour douter de la loyauté et du sentiment d’appartenance des doubles nationaux (1)…

(1) Full disclosure: je suis double national…

Moncef Merzouki est foutu, Caroline Fourest n’en veut plus

Un des textes les plus célèbres du célèbre dramaturge allemand Bertolt Brecht, communiste mais néanmoins doté de raison critique vis-à-vis de la dictature est-allemande, est un de mes textes politiques favoris. Face aux émeutes ouvrières à Berlin-est en 1953 il écrivit ainsi un poème, Die Lösung (« La Solution »), devenu célèbre depuis:

Die Lösung

Nach dem Aufstand des 17. Juni

Ließ der Sekretär des Schriftstellerverbands

In der Stalinallee Flugblätter verteilen

Auf denen zu lesen war, daß das Volk

Das Vertrauen der Regierung verscherzt habe

Und es nur durch verdoppelte Arbeit

zurückerobern könne. Wäre es da

Nicht doch einfacher, die Regierung

Löste das Volk auf und

Wählte ein anderes?

Traduction française:

LA SOLUTION
Après l’insurrection du 17 juin,
Le secrétaire de l’Union des Ecrivains
Fit distribuer des tracts dans la Stalinallée.
Le peuple, y lisait-on, a par sa faute
Perdu la confiance du gouvernement
Et ce n’est qu’en redoublant d’efforts
Qu’il peut la regagner.
Ne serait-il pas
Plus simple alors pour le gouvernement
De dissoudre le peuple
Et d’en élire un autre ?

(traduction Maurice Regnaut)

J’y pense souvent, à ce texte, et la dernière fois date de ce matin, en lisant cette chronique de Caroline Fourest sur le site français de Huffington Post (dirigé par Anne Sinclair, ce qui est une garantie d’empathie pour les victimes de crimes sexuels). Intitulé « Les Promesses (non Tenues) De Moncef Marzouki « , on y sent poindre une certaine impatience agacée avec ce président d’un pays souverain et récemment démocratisé qui s’obstine à ne pas partager les opinions (pour ne pas dire obsessions) de Caroline Fourest. Les chefs d’accusation sont terribles:

  • Moncef Marzouki a publié un livre d’entretiens avec un chercheur français dont Caroline Fourest ne partage la vision de l’islam politique (« toujours en France, il a publié un livre — Dictateurs en sursis — avec Vincent Geisser connu pour sa complaisance envers l’islamisme« );
  • il est soutenu par le site français d’actualités et de journalisme d’information Médiapart (« Sur le site Mediapart, qui l’a beaucoup soutenu« );
  • il n’est pas internationaliste de la façon que souhaiterait Caroline Fourest (« Il appartient à une gauche particulière, qui se dit « internationaliste » quand il s’agit de rêver à la fusion de la Tunisie et de la Libye, mais pratique volontiers nationaliste à outrance — il dirait « patriote » — quand il s’agit de puiser dans l’identité religieuse et le rejet de l’étranger occidental de quoi forger sa popularité« );
  • il manque par ailleurs aux égards dûs à la francophonie par tout bougnoule évolué (« Il feint de défendre la laïcité mais fustige moins les islamistes que les tunisiens attachés à la laïcité, comme étant une « vieille gauche laïcarde et francophone » « , « Il prône aussi un enseignement débarrassée de l’usage de la langue française, qualifié de « cancer linguistique » (1) « );
  • plus grave encore, il ne semble pas célébrer le nouvel an (« Les cérémonies du nouvel an ont été pour lui l’occasion de rappeler que les voeux n’étaient pas dans les traditions arabo-musulmanes« ).

A la place de Moncef Merzouki, je me méfierais: il n’est pas loin de perdre la confiance de Caroline Fourest, dont chacun a pu mesurer, avant le 14 janvier 2011, l’engagement sans faille contre la dictature de Ben Ali.

(1) Personne qui connaît un tant soit peu Caroline Fourest ne sera étonnée de ce que la citation dont elle fait état – Marzouki qualifiant l’utilisation du français de « cancer linguistique » – soit erronée. Le texte de Marzouki dans laquelle cette expression a été utilisée est disponible dans sa version arabe ici et en traduction française ici, et cette expression fait référence à ce qu’il appelle « le créole franco-arabe« , mélange des langues ne respectant la syntaxe d’aucune des deux, et non pas à l’utilisation du français:

Qu’est-ce qui explique donc cette défaillance linguistique, ainsi que notre crainte que « le créole » ne devienne non seulement un simple langage des jeunes de Facebook, mais un cancer linguistique encore plus grave.

La suite de l’article précise que la vision de Marzouki est de tirer la Tunisie du face-à-face linguistique et culturel avec la seule langue française, en introduisant un enseignement bilingue dans d’autres langues que le français – quelle intolérable xénophobie…

D’où la nécessite d’une deuxième « Beit al-Hikma » dont la priorité est de suivre et de traduire toutes le publications parues dans le monde, du Japon au Chili, tout en suivant les avancées de la langue de la technologie, en numérisant toute notre production culturelle écrite, et en procédant naturellement à l’arabisation de l’enseignement supérieur, conformément aux mêmes concepts et méthodologies, du Levant au Ponant.

Il faut qu’on en finisse avec la politique du face à face, où le Maghreb utilise le français, et l’Orient l’anglais, en lui substituant une politique à multiples issues, comme le fait d’avoir en Tunisie des lycées pilotes tuniso-français, tuniso-anglais, tuniso-chinois, tuniso-nippons, tuniso-coréens, tuniso-espagnols, tuniso-portugais ; les générations seront ainsi ouvertes sur différentes cultures, et on se serait ainsi affranchi de toute dépendance culturelle qui nous cantonne dans une seule langue.

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