«Je suis sûr qu’une nouvelle fois l’Algérie nous surprendra…»

El Watan rendant certains de ses articles payants, voici l’entretien que ce quotidien algérien a mené avec Alain Gresh du Monde diplomatique, même s’il n’y parle pas du Maroc:

Alain Gresh. Journaliste, directeur adjoint du Monde Diplomatique

«Je suis sûr qu’une nouvelle fois l’Algérie nous surprendra…»

Taille du texte normaleAgrandir la taille du texte

le 18.04.12 | 10h00 8 réactions

   

Journaliste, directeur adjoint du Monde Diplomatique, spécialiste du Monde arabe et auteur de nombreux ouvrages sur les problèmes du Moyen-Orient, Alain Gresh nous livre ses réflexions sur les révoltes populaires qui secouent actuellement cette région.

-Le Monde arabe connaît-il un vrai «printemps» ?

On peut discuter de l’expression. On a parlé aussi de révolte, de révolution… L’important est ailleurs : il s’agit d’un mouvement qui a touché l’ensemble du Monde arabe, sans exception, de manière plus ou moins intense, avec partout des manifestations y compris en Arabie Saoudite, dont on n’a pas beaucoup parlé. Même s’il y a des différences d’un pays à l’autre, une même volonté anime ces révoltes qui ont en commun trois caractéristiques :
1. La volonté d’en finir avec l’autoritarisme et la dictature, mais pas seulement au sens politique. Avant tout au sens d’arbitraire. C’est ce que disent les gens quand ils parlent de karama – de dignité. Ils veulent vivre dans une société où ils ne sont pas soumis à l’arbitraire du fonctionnaire qui les envoie «promener», du policier qui les maltraite ou les frappe, une société où tous les agents de l’Etat respectent les citoyens. Cela va bien au-delà d’une demande de démocratie.
2. La volonté d’en finir avec l’accaparement des richesses par une minorité, avec une libéralisation économique imposée par l’Union européenne, qui ne profite qu’à la clique au pouvoir et accroît la paupérisation de la population.
3. La volonté d’en finir avec un patriarcat oppressant qui marginalise une jeunesse instruite, mieux formée que ses parents et qui ne trouve pas de travail.

Révolte contre l’arbitraire, contre l’injustice sociale, contre la marginalisation de la jeunesse : ces trois facteurs sont communs à tous les soulèvements qui secouent le Monde arabe.
L’existence d’un mouvement global se trouve confirmée par la réaction des pouvoirs. Partout, parfois même avant toute manifestation, on constate une double attitude des dirigeants : la répression, évidemment, et des largesses d’ordre économique et social. En Arabie Saoudite, en Algérie, des centaines de milliards ont été débloqués et des réformes, plus ou moins réelles, ont été promises, ce qui est une façon de reconnaître que la situation, pour la plupart des citoyens, était absolument insupportable.

-Que pensez-vous de l’attitude des pays occidentaux à l’égard de ces révoltes ? Certains prétendent qu’en sous-main, ils les auraient déclenchées…

Je récuse absolument l’idée d’une manipulation par l’étranger. Ce sont des mouvements autochtones, nationaux, contre des régimes soutenus par les Occidentaux. Jusqu’au dernier moment, la France a soutenu Ben Ali ; jusqu’à la dernière minute, la France et les Etats-Unis ont soutenu Moubarak. Pourquoi auraient-ils en même temps fomenté des révoltes ? L’imaginer est absurde  et je ne partage évidemment pas cette vision.

Cela dit, il est évident qu’une contre-révolution s’organise ; une contre-révolution interne, dirigée sur le plan régional par l’Arabie Saoudite, et une contre-révolution externe conduite par la France et les Etats-Unis qui essaient de limiter au maximum les changements. Non, les Occidentaux n’ont rien déclenché, mais ils s’efforcent d’entraver et même de briser ces mouvements.
Il est une autre vision, naïve celle-là, que je ne partage pas. Ce n’est évidemment pas le désir de voir s’installer en Syrie un gouvernement démocratique qui pousse l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis à condamner le régime de Bachar Al Assad.
Il y a en réalité une tentative de retour en force de la contre-révolution à la fois à l’intérieur de ces pays, comme on le voit en Egypte où les forces pro-Moubarak n’ont pas disparu, et à l’extérieur, avec l’appui de l’Arabie Saoudite, des pays du Golfe et des Etats-Unis.
La façon dont l’Arabie Saoudite utilise la carte de la solidarité sunnite pour lutter contre le régime syrien et accentuer des clivages anciens est très dangereuse : elle pourrait faire dévier les mouvements arabes vers des types d’affrontements confessionnels.

-Quel rôle jouent les islamistes dans ces révoltes ?

Je n’aime pas le terme islamisme. Je ne pense pas qu’on puisse désigner d’un même vocable le Hamas, le Hezbollah, Al Qaîda, les Frères musulmans, mais il est évident que s’il y avait des élections libres dans le Monde arabe, globalement, les forces issues du mouvement des Frères musulmans auraient une majorité, relative comme en Tunisie, absolue comme en Egypte.
Toutes ces forces sont conservatrices sur le plan social et néolibérales sur le plan économique, mais en même temps, elles ont changé, non seulement parce qu’elles font allégeance, de façon formelle ou non, à la démocratie, mais parce que le mouvement qui s’est développé dans les pays arabes est un mouvement en faveur de la démocratie, du multipartisme, y compris chez ceux qui ont voté pour Ennahda.

Des contradictions internes évidentes agitent ces mouvements, et c’est la première fois qu’ils sont confrontés au gouvernement. Avant, il était facile de dire «l’islam est la solution à tous nos problèmes», mais ce discours ne tient pas quand on est au gouvernement. Bien sûr, ils sont porteurs de projets inquiétants dans le domaine du droit, du statut de la femme, et ils vont en partie en jouer, car c’est le seul domaine – le domaine des mœurs et du statut personnel –où ils peuvent continuer à tenir le même discours. Mais même là, ils se heurtent à de la contestation, on le voit bien en Tunisie où les salafistes font de la surenchère, ce qui suscite un mouvement de révolte des femmes. Mais il ne faut pas négliger le fait que toutes ces sociétés sont très conservatrices, comme le montrent les élections, ce n’est pas imposé de l’extérieur, c’est une réalité. Les pouvoirs en place ont toujours prétendu qu’ils n’étaient pas intégristes, mais ils ont créé les conditions pour que l’intégrisme se développe. Ce n’est pas vrai qu’ils ont lutté contre les islamistes, ni en Tunisie ni en Egypte. En Egypte, ils ont lutté partiellement contre les Frères musulmans, tout en islamisant totalement la société. Maintenant, le débat devient public, et il vaut mieux qu’il se pose dans des luttes politiques qu’autrement.

Certains objectent qu’il y a un risque et citent l’exemple de l’Iran. Or, ce qui se passe dans le Monde arabe aujourd’hui n’est pas une révolution comme celle qui a eu lieu en Iran. A cette époque, le discours de l’islam radical était relativement populaire et apparaissait comme une alternative. Mais après l’échec du modèle iranien et des insurrections armées en Algérie, l’aspiration à un islamisme de type radical, conservateur, n’a pas de soutien de masse suffisant pour créer une situation irréversible ni en Tunisie ni en Egypte, où l’armée est d’ailleurs beaucoup plus dangereuse que les Frères musulmans. Les Frères musulmans sont très conservateurs, mais ils sont profondément divisés, les jeunes générations aspirent à l’antitotalitarisme. Le mouvement est encore contrôlé par des vieux, mais ils ne sont plus à l’abri.

-Etes-vous optimiste pour le proche avenir de la Tunisie ?

Beaucoup plus que pour l’Egypte. L’armée n’a pas le même poids. C’est inquiétant de voir que les salafistes tenter de s’imposer. Mais ils ne sont pas majoritaires, la majorité des citoyens ne les suit pas et la plupart sont convaincus que le débat politique est la meilleure réponse aux problèmes de l’heure.Les conservateurs ont un discours bien rodé sur les mœurs, mais ils n’en ont aucun quand il s’agit du chômage, de la corruption, du devenir des jeunes, qui sont des problèmes prioritaires. C’est sur eux qu’il faut porter le débat. Les conservateurs n’ont aucune réponse à ces problèmes, or c’est là-dessus que les citoyens les jugeront.

-Quel regard portez-vous sur l’Algérie ?

Quoi qu’en disent certains, l’indépendance est une étape décisive, positive dans l’histoire de l’Algérie. Elle a permis le développement d’un Etat, la généralisation de l’instruction, la création d’un système de santé. Je récuse toute forme de nostalgie. Mais il est vrai qu’il y a eu, comme dans le reste du Monde arabe, une stagnation sociale, économique, politique – une confiscation de la Révolution qui est en train d’être remise en cause.

-Qu’il n’y ait pas eu de grand mouvement protestataire ne signifie pas que la situation soit fondamentalement différente. N’oublions pas que la révolte arabe a commencé en janvier 2011 dans les grandes villes d’Algérie presque en même temps qu’en Tunisie…

Le mouvement avait été national, n’épargnant aucune région d’Alger à Annaba. Les autorités sont parvenues in extremis à contenir les manifestations et ont lâché du lest. Mais les raisons de la révolte subsistent.  Comme dans l’ensemble du Monde arabe, les Algériens souffrent de l’autoritarisme et de l’arbitraire, de l’injustice sociale et du délaissement d’une jeunesse dont une partie importante ne rêve que d’émigrer.
Je crois qu’il y aura un printemps algérien, peut-être sous des formes différentes – les «années noires» pèsent beaucoup – mais l’Algérie ne restera pas à l’écart du grand mouvement d’émancipation qui secoue le Monde arabe. Je suis sûr qu’une nouvelle fois elle nous surprendra, qu’elle renouera avec cet élan qui, il y a cinquante ans, faisait l’admiration du monde et qu’elle insufflera un espoir nouveau non seulement dans tout le Maghreb, mais aussi sur l’autre rive de la Méditerranée.

Maurice Tarik Maschino

Remarques:

– Gresh a absolument raison sur les difficultés auxquelles seront très rapidement confrontés les islamistes au pouvoir – en Tunisie, au Maroc en Egypte et peut-être bientôt en Algérie: les questions de société – hijab, alcool, festivals, bikini et tutti quanti – peuvent animer et choquer, ce ne sont pas elles qui feront le succès à terme des islamistes – tout comme leurs prédecesseurs, c’est sur l’emploi, le pouvoir d’achat, l’accès aux services publics voire la criminalité qu’ils feront la différence, comme l’AKP.

– je ne partage pas sa remarque sur « une contre-révolution externe conduite par la France et les Etats-Unis »  – les positions de ces deux pays ont été réactives, même celle de la France sur la Libye, qui a pris position – avec le Royaume-Uni – pour l’intervention militaire en Libye par réaction à son fiasco tunisien, et en réaction au soulèvement d’une partie de la population libyenne.

– sur l’Algérie, il faudrait être fou pour faire des prédictions. Il s’agit d’un Etat rentier, ce qu’on oublie trop souvent, et l’exception libyenne ne fournit aucune indication – le pouvoir algérien n’est pas celui d’une personne, c’est celui d’une institution, l’armée, et de ses dirigeants. Contrairement à la Tunisie, à la Syrie ou à l’Egypte, il n’y a pas de figure unique pouvant rassembler contre elle le peuple algérien, vacciné durablement contre la tentation révolutionnaire par la guerre civile des années 1990. S’il est probable que les choses changeront bien un jour, la simple lecture de l’histoire politique algérienne depuis 1988 devrait inciter à de la prudence.

« Je vous invite chez votre voisin »

Dans sa grande générosité, le ministre de la coopération danois Christian Friis Bach du parti social-libéral Radikale Venstre, constatant la sécheresse structurelle frappant le Sahel, a proposé que les populations concernées s’installent ailleurs. Quelle générosité, me diriez-vous, et comme c’est étonnant de voir un ministre d’un pays ayant la législation sur les étrangers la plus rigoureuse d’Europe occidentale s’apprêter à accueillir des millions de réfugiés climatiques d’Afrique sahélienne!

Millioner af mennesker bor et forkert sted. Og måske bidrager vi til at fastholde folk på steder, de burde flytte væk fra. Når de mangler vand og regn, kommer vi og hjælper med at grave en ny brønd. Men de mennesker kommer aldrig til at klare sig selv. Det bedste var i stedet at skabe bedre muligheder inde i byerne (Jyllands-Posten 11/4/2012)

Des millions de gens habitent au mauvais endroit. Et peut-être contribuons-nous à maintenir les gens dans des endroits dont ils devraient déménager. Quand ils manquent d’eau et de pluie, nous arrivons et les aidons à creuser un puits. Mes ces personnes ne s’en sortiront jamais toutes seules. La meilleure chose serait plutôt de créer de meilleures possibilités dans les villes.

Votre étonnement vous honore: l’offre généreuse de venir s’installer ailleurs faite par Friis Bach vaut… pour le Ghana, le Niger et le Burkina Faso.

Hvor skal de så hen? kan man spørge.

– Vi skal sikre, de ikke søger mod Danmark og Europa. Men de kan flytte til mere frugtbare landområder eller hovedstæderne i Niger og Burkina Faso. De kunne også rykke længere sydpå, til Ghana for eksempel, lyder ministerens svar. (Berlingske Tidende 12/4/2012)

Où vont-ils aller, peut-on se demander.

– Nous devons nous assurer qu’ils ne cherchent pas à rejoindre l’Europe ou le Danemark. Mais ils peuvent déménager vers des campagnes plus fertiles ou les capitales du Niger ou du Burkina Faso. Ils peuvent aussi aller plus au Sud, au Ghana par exemple, répond le ministre.

Le ministre social-libéral Friis Bach développe ses considérations humanistes:

– Vi kan ikke bruge tvang. De skal bestemt selv have lov at bestemme, hvor de vil bo. Men vi skal gøre mere ud af at fortælle dem, at der er bedre muligheder andre steder. Og vi skal samtidig sikre, at de kan få et arbejde og et ordentligt liv, for hvis ikke de får det, søger de mod Europa, advarer Christian Friis Bach (R). (Berlingske Tidende 12/4/2012)

– Nous n’allons pas utiliser la contrainte. Ils auront absolument le droit de décider où ils souhaitent habiter. Mais nous allons mieux les informer sur les meilleures possibilités qui leur sont offertes ailleurs. Et nous allons en même temps nous assurer qu’ils puissent avoir un emploi et une vie acceptable, car sinon ils viendront en Europe, avertit Christian Friis Bach du parti social-libéral.

On aura rarement vu une expression aussi sincère du fondement de l’humanisme libéral contemporain: il faut aider autrui parce que sinon, il viendrait vivre dans notre pays.

L’aide au développement, un peu difficile à avaler quand elle est arabe et vise les quartiers difficiles en France

Vous avez sans doute suivi la polémique autour de la répression initiée par la junte militaire égyptienne contre diverses ONG locales et étrangères, accusées de travailler en Egypte sans les autorisations requises (lesquelles autorisations sont le résultat de la législation adoptée sous Moubarak et requèrent de facto le feu vert de la Sûreté de l’Etat – toutes les conditions de transparence et d’objectivité sont donc réunies). Ah, ces pays arabes autoritaires qui se refusent à l’ouverture sur la société civile, ouverture facilitée par des bailleurs de fonds étrangers et désintéressés!

Il semblerait que la France soit en voie d’arabisation/islamisation accélérée: après des critiques de politiciens nationalistes c’est le tour de la gauche de critiquer le projet du Qatar d’allouer 50 millions d’euros aux entrepreneurs des banlieues françaises, généralement issus des minorités arabe, musulmane et africaine (les Français d’origine algérienne étaient visés par ce projet), et ce au nom de la souveraineté nationale (également chère au gouvernement égyptien).

Claude Dilain, sénateur PS: Cela fait des dizaines d’années que je dis que ces territoires ont été abandonnés par la République française. C’est donc à la République française de les réinvestir. Si ce n’était pas le Qatar mais le Mexique ou le Liechtenstein, je dirais la même chose : cette initiative aggrave cette idée d’abandon par la République.

Malgré cette aide destinée notamment à une minorité religieuse discriminée, accueillie avec faveur par les intéressés -jusqu’aux footballeurs français d’origine arabe qui rêvent d’aller jouer au Qatar – la gauche française serait rétive aux bienfaits de l’aide au développement qatarie au bénéfice des populations nécessiteuses françaises. Par ailleurs, l’aide directe du Qatar aux associations de ces quartiers à forte population musulmane suscite des craintes, étant entendu que la question musulmane en France tout comme la question copte en Egypte est avant tout une question sécuritaire:

En plus de l’absence de contreparties, s’ajoute une exigence, qu’on retrouve chez les élus de gauche comme de droite : personne n’apprécierait que le Qatar aide des associations, voire des structures politiques.

Même si ce n’est pas dit explicitement, il s’agit d’éviter de donner à l’extrême droite un argument politique sur le thème « l’islam cherche à convertir nos banlieues ».

Selon différentes personnes interrogées au cours de cette enquête, c’est pourtant bien le cas : le Qatar est en contact avec des militants associatifs. (Rue 89)

Refus de l’ingérence étrangère sous forme de soutien financier à des associations ou structures politiques? Insistance sur l’absence de contreparties politiques à l’aide financière d’obédience étrangère? Ma parole, on se croirait en Egypte…

Devant tant d’enthousiasme, le Qatar a décidé de geler momentanément son projet « banlieue », en attendant l’issue des élections présidentielles où le candidat « socialiste » est donné favori. Il faut dire que les liens du Qatar avec l’actuel chef de l’Etat français sont une version inversée des liens entre la France et le Maroc ou le Gabon:

Trois semaines après son élection en 2007, le premier chef d’Etat arabe convié à l’Elysée fut l’émir du Qatar, le cheikh Hamad bin Khalifa al-Thani. Un mois et demi plus tard, il assiste avec sa seconde épouse, la cheikha Mozah, au défilé du 14 Juillet dans la tribune officielle aux côtés du président français. Enfin, il y a quelques semaines, avec l’appui du chef de l’Etat, la femme de l’émir a été installée à l’Académie des beaux-arts. Le cas de l’Hôtel Lambert La relation qui unit le président français et le monarque qatari, « c’est d’abord une histoire d’amitié », explique un proche. « Leurs liens sont tellement étroits que rien ne passe par l’ambassadeur de France. Qu’il s’agisse de contrats ou de partenariats, l’émir appelle directement l’Elysée », glisse un diplomate français à Doha. Cette amitié serait née à l’époque où Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur, les deux hommes signant alors plusieurs accords de coopération en matière de sécurité intérieure ou de lutte contre le terrorisme. « Auparavant, nous avions des relations très fortes en matière de défense. Aujourd’hui, nos liens sont également commerciaux et culturels », commente Michel Dhé, conseiller économique à l’ambassade de France à Doha. Nicolas Sarkozy a même fait du Qatar « un levier essentiel de la politique arabe de la France », ajoute Monique Papon, responsable du groupe d’amitié franco-qatari au Sénat. Résultat : le Qatar est un partenaire diplomatique essentiel et ses investissements en France ne cessent de croître. Mais les relations politiques entre les deux pays ne se limitent pas à Nicolas Sarkozy. Ségolène Royal, Dominique de Villepin, Rachida Dati, Philippe Douste-Blazy, Hervé Morin, Elisabeth Guigou, Jack Lang ont pris l’habitude de se rendre à Doha et participent régulièrement aux dîners de l’ambassadeur du Qatar, Al-Kuwari. Bertrand Delanoë aussi. Après une vive polémique autour des travaux de rénovation de l’hôtel Lambert, l’un des plus beaux hôtels particuliers de la capitale, propriété du frère de l’émir, le maire de Paris veut inciter les Qataris à investir dans des quartiers en cours d’urbanisation, moins prestigieux que les Champs-Elysées. (Le Parisien)

Et le parallèle avec le Gabon ou le Maroc semble aussi valoir pour les investissements qataris  en France: prise de participation dans la société pétrolière française Total, investissant jusqu’au fin fond de la campagne française (la Corrèze, patrie électorale de François Hollande), et investisseur dans une dizaine des principaux groupes français, l’activisme économique qatari inquiète. Et il en va de même de son activisme diplomatique, faisant craindre un alignement excessif du gouvernement français sur son bienfaiteur qatari en ce domaine -« une politique arabe bling-bling » pour citer Karim Emile Bitar – toute coïncidence avec un pays maghrébin ami de la France serait non seulement fortuite mais même étonnante…

Finalement, s’il y a un point sur lequel les gouvernements qatari et marocain se rejoignent, c’est sur leur capacité à acheter la classe politique française – si le Maroc a pris une longueur d’avance, grâce à la pastilla, Marrakech et son laxisme des moeurs, le Qatar n’est pas en reste

La leçon la plus importante du printemps arabe

Je suis à 100% d’accord avec cet activiste égyptien, Khalid Fahmy, et je crois aussi que c’est là une des leçons les plus durables de ce printemps arabe de 2011 qui est loin d’être terminé (de la même façon que 1989 n’est pas véritablement terminé en ex-URSS voire dans certains pays d’Europe de l’Est):

As someone who has been in Tahrir since 25 January, missing only a few Friday demonstrations since then, one of the most amazing things that I noticed was the conspicuous absence of slogans against foreign powers. It is not that people in Tahrir were oblivious of the role traditionally played by Saudi Arabia, Israel or the US over the past three decades in bolstering Mubarak and his defunct regime. Rather, it is that Egyptians (and I suspect Tunisians, Libyans, Yemenis, Syrians and millions of other Arabs) have felt, probably for the first time in a hundred years, that they don’t have to take their cue from Washington, London or Paris; that they are the ones who write their own history, and that they are the shapers of their own destiny. I consider this self-confidence, which is often infused with a witty, non-cynical sense of humor, to be the most important feature of the Arab Spring. And it is this self-confidence that the SCAF views as posing an existential threat and which it tries to counter with a venomous xenophobic discourse. (Egypt Independent 26/2/2012)

Il suffit de voir, exception faite de la Libye, à quel point les Etats occidentaux ont eu peu d’influence sur le cours des événements au Moyen-Orient – rétrospectivement, les historiens diront sans doute que l’invasion de l’Irak marqua l’apogée, et sans doute la fin durable, de l’influence occidentale de type post-colonial dans cette région du monde. L’Europe et les Etats-Unis demeurent des partenaires importants, mais leurs souhaits et instructions n’ont plus cours – les peuples arabes sont en train de récupérer leur souveraineté vis-à-vis de leurs anciens colonisateurs, protecteurs et parrains et ça, ça sera durable. Il n’y a sans doute que quelques potentats arabes qui ne sont pas encore au courant, un peu comme ces Espagnoles que chantait Brel dans « Knokke-le-Zoute tango« :

Les soirs où je suis espagnol
Petites fesses grande bagnole
Elles passent toutes à la casserole
Quitte à pourchasser dans Hambourg
Des Carmencitas de faubourg
Qui nous reviennent de vérole
Je me les veux fraîches et joyeuses
Bonnes travailleuses sans parlote
Mi-andalouses mi-onduleuses
De ces femelles qu’on gestapotte
Parce qu’elles ne savent pas encore
Que Franco est tout à fait mort

 

Une liste où Casablanca ne figure pas, et c’est tant mieux

La criminalité, ou plutôt la délinquance, est en nette augmentation à Casablanca, même si les chiffres officiels ne sont pas publics. Mais il faut bien reconnaître que Casablanca – et le Maroc – est loin d’égaler les records en la mtière. Prenons les statistiques sur les homicides volontaires – je viens de trouver sur un site mexicain une étude (pdf) sur le top 50 des villes où il y a eu le plus d’homicides volontaires en 2011. C’est bien simple: sur ces 50 villes, 45 sont sur le continent américain (dont 4 aux Etats-Unis), 4 en Afrique du Sud et 1 en Irak (Mossoul). Le classement se fait en fonction du taux d’homicides volontaires par 100.000 habitants. La ville la plus meurtrière du monde est San Pedro Sula au Honduras, avec un taux de 158,87 homicides pour cent mille habitants. C’est bien évidemment la calamiteuse guerre contre la drogue en Amérique latine qui est à l’origine de cette hécatombe.

A titre de comparaison, le taux d’homicide volontaire pour cent mille habitants était en 2009 de 0,99 pour la Suède et de 1,37 pour le Maroc.

La comparaison des statistiques n’est pas toujours fiable, en raison des différences légales de définition et de l’existence de différentes catégories d’homicide – pour prendre des exemples évidents, l’infanticide ou l’euthanasie ne sont pas toujours inclus dans ces chiffres. Au Maroc, par exemple, le droit pénal d’inspiration française reconnaît ainsi l’existence de deux types d’homicide volontaire, le meurtre et l’assassinat. Ces réserves étant admises, le taux d’homicide volontaire est en général un des meilleurs indicateurs d’un niveau général de la criminalité: en effet, de très nombreux crimes (notion prise ici dans une acceptation englobant, dans un contexte juridique marocain, tant les crimes que les délits et les contraventions) ne sont pas rapportés à la police – il est ainsi exceptionnel au Maroc de porter plainte contre un pick-pocket ou en cas d’agression simple n’ayant pas entraîné d’effusion de sang. Et ne parlons même pas des infractions relatives aux moeurs – viol et attentat à la pudeur – où les victimes répugnent souvent, même en Europe occidentale, à porter plainte, rendant ainsi la comparaison des statistiques officielles internationales particulièrement bancale – si l’Australie, le Canada et la Suède sont dans le top 10 des pays en termes de taux de viol par 100.000 habitants, ça traduit sans doute plus la plus grande inclinaison des victimes de viol dans ces pays à porter plainte en raison d’un meilleur accueil par les autorités policières et judiciaires et l’existence d’un tabou social sans doute moindre qu’ailleurs.

Cette difficulté statistique de collecte d’information fiable peut, en matière d’homicides volontaires, être limitée par le recours aux chiffres émanant des autorités sanitaires – elles relèvent en général la cause de mortalité, et on peut présumer que le corps de la très grande majorité des victimes d’homicide est généralement trouvé et enterré selon les procédures légales. Mais même dans ce cas, on signale souvent un écart entre les chiffres d’homicide volontaire résultant des statistiques policières ou judiciaires, et celles issues des statistiques de mortalité tenues par les autorités sanitaires. Une étude réalisée pour le compte de l’ONU, « International statistics on crime and justice« ,  relève ce problème en matière d’homicides (voir diagramme page 11) – le Maroc y est en bas de tableau parmi les pays africains figurant dans l’étude, au même niveau que la Tunisie et l’Egypte, mais avec un taux d’homicide volontaire allant du simple au double selon que la source statistique est judiciaire ou sanitaire.

On notera d’ailleurs avec intérêt que hormis situation de guerre civile (Soudan, Irak, Yémen) ou assimilé (Algérie), les taux d’homicide volontaire des pays arabes sont très bas (la Mauritanie fait exception, mais son taux est du même niveau que celui des autres pays sahéliens), du niveau de ceux d’Europe occidentale, en dépit de niveaux de pauvreté et une population bien plus jeune (le taux de criminalité est bien plus élevé dans le segment jeune de la population, pour des raison évidentes). C’est sans doute lié à un contrôle social plus élevé et une plus faible consommation d’alcool, mais il y a là une étude sociologique intéressante à faire…

« Il ne se passera rien en Egypte, les Egyptiens ne sont pas comme les Tunisiens »

Le 23 janvier 2011, je parlais avec un diplomate autrichien et son épouse au bord d’un court de tennis. Après un certain temps on a abordé la Tunisie et le renversement de Benali et des conséquences pour d’autres pays arabes, dont l’Egypte où était basé ce diplomate. « Ca sera calme » disait-il avec l’assentiment de son épouse. J’étais plus réservé: « ça va être chaud cette année en Egypte » – et j’évoquais autant le fait que des élections présidentielles devaient avoir lieu l’automne, avec pour résultat probable l’élection de Gamal Moubarak, que le précédent tunisien. La haine palpable de l’opinion égyptienne pour Gamal Moubarak rendait certaine à mes yeux la perspective de réactions violentes à son élection/succession, même si j’étais bien évidemment loin de penser à la chute de Moubarak qui allait intervenir trois semaines plus tard.

Dans le même temps, j’avais discuté avec une Egyptienne de mes connaissances, issue de cette bourgeoisie cairote parfaitement éduquée, bi- ou trilingue, et tout autant « libérale » du point de vue des moeurs (mais bien moins que leurs équivalents tunisiens ou marocains) que conservatrice du point de vue politique. Nous parlions de la Tunisie et je réitérais qu’à mon avis, la Tunisie aurait des conséquences en Egypte – encore une fois, je ne prédisais pas la chute du régime, mais faisais part de ma certitude que l’année politique en Egypte serait chaude. Cette interlocutrice, assez représentative de l’opinion d’une certaine couche de la bourgeoisie arabe qui ne m’est pas du tout sympathique, balaya dédaigneusement mes craintes: « Il ne se passera rien en Egypte, les Egyptiens ne sont pas comme les Tunisiens« . Je lui avais rétorqué que bien que détestant personnellement les stéréotypes, le stéréotype du Tunisien était, avant le 18 décembre 2010, justement celui qu’elle énonçait à l’égard des Egyptiens – une personne peu portée à la révolte ou à la rébellion. Je l’ai revue depuis, et j’ai eu la décence de ne pas évoquer cet échange.

Beaucoup d’autres ont probablement des souvenirs semblables. L’ami The Arabist m’a ainsi confié la surprise d’organisateurs de la manifestation place Tahrir du 25 janvier 2011, qui lui avaient confié s’attendre à quelques centaines de manifestants et furent tout aussi surpris que la police par les dizaines de milliers qui se réunirent ce jour-là. Une journaliste égyptienne, Heba Afify, raconte ainsi la réaction d’un ami de ses parents, officier des services de renseignement égyptien, à l’annonce de la chute de Benali:

Starting on 14 January, when Tunisia’s fleeing President gave Egyptians reason to believe that it was indeed possible to overthrow a dictator, the transformation of the public from an oppressed people to a revolting one could be detected.

State Fear: “Tunisian President Ben Ali fled the country following protests demanding his ouster.” I ran outside to where my parents were sitting with friends and announced the exhilarating news. As soon as I said the words, one of their friends, who was a high ranking State Security officer, jumped out of his seat, clutched his phone, and in less than a minute he was gone.

Emboldened protesters: The day following Ben Ali’s departure, there were still celebrations in front of the Tunisian Embassy in Cairo. As usual, the Central Security Forces (CSF) cordoned the gathering and wouldn’t let anyone in or out. That’s when an elderly activist started throwing himself at the cordon and tried to break it defiantly.

You can’t do this anymore, you could do it yesterday but not anymore,” he screamed. “We are men, like the men in Tunisia.” He said it with absolute conviction.

La version anglaise d’Al Ahram a dans la même veine rapporté ce qu’écrivaient les journaux égyptiens le 24 janvier 2011 – aucun n’avait vu venir la révolution…

Given the magnitude of the Egyptian revolution and its ripple effect not only in Egypt, but the region and even the world, one would think that the pre-revolution weeks were rife with talk about the upcoming uprising. However, a look into newspapers of the day before the revolution shows that the bulk of Egyptian society was blissfully unaware of what was about to happen.

On pourrait sans doute répéter à l’infini ces anecdotes, qui rappellent l’extrait fameux du journal intime de Louis XVI indiquant, à la date du 14 juillet 1789, un laconique et désormais célèbre « rien » (1)…

Mais que dire du Maroc? Au Maroc, l’inverse semble vrai: on prédit depuis des décennies la chute imminente du régime, et le voilà à compter près de 450 années de règne ininterrompu. On passe une vidéo sur Youtube avec une centaine de manifestants clamant à visage découvert « cha3b yourid is9at al nidam » et on se dit qu’il faut se préparer au Grand Soir. Et celui-ci n’arrive pas. A l’opposé, on lit dans la presse officieuse voire dans la presse étrangère, que le Maroc est un exception, que le régime s’est libéralisé et que J-Lo vient inaugurer Morocco Mall et on se dit que « jusqu’ici, tout va bien » – et ceci fait insulte à l’intelligence des Marocains. Entre espoir révolutionnaire et béatitude courtisane, la prudence est de mise.

Pour ma part, c’est la préface de l’édition française du chef d’oeuvre de John Waterbury, « Le Commandeur des croyants« , paru en 1975, qui m’a le plus marqué, et qui avec le temps me semble la plus lucide. Dans cette préface, qui ne figure pas dans la version originale anglaise du livre, John Waterbury raconte comment, alors qu’il habitait Rabat en 1965, il entend un soir de novembre des clameurs dans la rue. Venant quelques temps seulement après l’enlèvement de Mehdi Ben Barka, il s’imagine déjà assister à une révolte populaire dans Rabat, où Ben Barka avait été triomphalement élu aux législatives de 1963. Il annonce à sa femme qu’il sort et lui donne instruction d’appeler l’ambassade des Etats-Unis s’il n’était pas de retour avant minuit. Puis il sort et se rend compte que les clameurs proviennent des supporters du FUS et des FAR, dont les équipes se rencontraient pour un derby rbati…

L’histoire du Maroc depuis l’indépendance confirme la déception relative de John Waterbury: révoltes du Rif et du Tafilelt en 1958, réglements de comptes violents entre mouvements de résistance jusqu’en 1960-61, émeutes de Casablanca en 1965, coups d’Etat de 1971 et 1972, tentative catastrophique de lancer des opérations de guérilla en 1973, guerre au Sahara de 1975 à 1991, émeutes de Casablanca de 1981, émeutes de Marrakech et Nador en 1984, émeutes de Fès en 1990 – et je passe sur les émeutes bien moins violentes qui ont eu lieu sous le règne de Mohammed VI, sur le surnom donné à Hassan II dans les années 70 PPH (« passera pas l’hiver ») ou sur les prévisions assez présomptueuses sur la fin de la monarchie au Maroc. Ceux qui ont sous-estimé la viabilité du makhzen l’ont payé au prix fort, et même si l’histoire n’est pas appelée à se répéter aveuglément et à l’infini, il convient pour ceux qui ambitionnent de réduire ou rendre inopérant le makhzen de bien prendre la mesure de leur tâche. Les manifestations hebdomadaires ne sont pas une stratégie politique, et le mimétisme révolutionnaire n’est pas un déterminisme.

(1) Mais voir ici pour une autre analyse de ce « rien« ‘.

La fillette en vert

Ca fait longtemps que j’ai voulu écrire ce post. Je ne suis pas un pacifiste radical: je ne suis contre l’existence d’une défense nationale, sous contrôle démocratique et sur la base du service militaire, aux seules fins de défendre le territoire national et – éventuellement – participer aux opérations de maintien de la paix de l’ONU. J’ai fait mon service militaire sans objection de conscience. Il y a trop de cas où la résistance armée est la seule alternative pour s’opposer à une agression armée pour que je cède au pacifisme intégral, dont je ne suis pas sûr qu’il soit toujours moral (la lecture de « Human smoke » de Nicholson Baker avec les nombreuses citations de Gandhi qui y figurent ne m’ont pas convaincu de la justesse de cette idéologie).  Je me rappelle une citation d’un dialogue socratique (je crois) lue dans un ouvrage d’André Glucksmann lu durant ma période néo-conservatrice, « La force du vertige » (véritable ode à l’arme atomique et brûlot anti-pacifiste), qui disait en gros que d’un point de vue moral, tuer était pire que d’être tué et que la position la plus morale consistait à ne même pas tuer pour se défendre. Cette citation m’a marqué tout autant qu’elle ne m’a pas convaincu, alors même qu’elle est logiquement imparable.

L’évolution des guerres dites d’intervention humanitaire ou de prévention, des assassinats ciblés et de l’usage des drones m’a rendu infiniment moins tolérant du discours justificateur de la guerre, qui se pare toujours d’arguments moraux – tuer pour défendre la civilisation, pour lutter contre le mal, pour faciliter la scolarisation des filles afghanes, cela ne me convainc plus. Le libéralisme B-52 (ma traduction approximative de l’expression suédoise bombhögern, littéralement la droite bombardière), qui trouve normal de bombarder un pays bougnoule ou slave quelconque afin d’y apporter les bienfaits de l’humanisme libéral, très peu pour moi. Il y assez d’humanistes et de libéraux prêts à bombarder des Afghans afin de les libérer pour qu’ils n’aient pas besoin de mon aide morale.

Puis vient un moment où je suis au-delà des mots et de la raison, ou je me sens infiniment plus proche de Gandhi que de n’importe qui d’autre. Un de ces moments a été il y a quelques semaines, en lisant le compte-rendu de cet attentat commis le 6 décembre contre un lieu de culte chiite en Afghanistan (apparemment par un groupe terroriste pakistanais), ayant fait des dizaines de morts – et surtout cette photo prise par le photographe afghan Massoud Hossaini, présent sur place, et qui a pleuré tout en prenant des photos. La fille en vert s’appelle Tarana Akbari. Je ne connais pas le nom de la fille en noir ni des enfants morts que l’on voit sur cette photo. Tarana a perdu un frère dans cette explosion.

Père de deux fillettes de l’âge de Tarana, cette image m’est particulièrement insoutenable. N’était-ce le destin de leur lieu de naissance…

Je hais ces mensonges, je hais ces belles phrases, je hais les puissants qui les prononcent et les moins puissants qui les répètent, je hais ces éditorialistes prêts à se battre pour l’Afghanistan jusqu’au dernier Afghan. Je hais la guerre.

PS: J’ai été particulièrement touché en lisant les propos du photographe, interrogé par Al Jazeera:

Would you leave Afghanistan?

It’s a very difficult question for me. Part of me, like so many others, wants to leave and live in peace.

Then I ask myself, if  I were to leave, ‘what would the name Massoud Hossaini mean?’ Now it means a professional photographer recognised by the government. Everyone knows me as a professional Afghan photographer. They know I will be there to document the scene.

If I leave what will I become?

%d blogueurs aiment cette page :