The myth of the Egyptian revolution’s US- and Israel-friendliness

You’ve all read in Western – I use this term as a shorthand for « European and North American » – mainstream media how nice the Egyptian revolution was as neither the US nor Israel were at its core. This has always made me laugh – pretending that the popular protest movement would somehow be positively inclined – or indifferent – towards the US and Israel – well, you’d have never to have spoken to a protester to believe that. The youth movement that triggered the Egyptian revolution has its roots in the protest movement against Operation Defensive Shield and the Jenin bloodbath in 2002 as well as the US invasion of Iraq in 2003 – when students, islamists, leftists and liberals coalesced in grassroots protests.

Well, I don’t really know how these talking heads are going to try to gloss over this:

Revolution Youth Coalition refuses to meet Clinton

Ahram Online , Tuesday 15 Mar 2011
The January 25 Revolution Youth Coalition has announced it refuses to meet Hillary Clinton, US Secretary of State, during her visit to Egypt. The Coalition stated that the US administration was a vital supporter and ally of the ousted Mubarak regime.

The coalition, made up of six youth groups, said it did not welcome Clinton’s visit to Egypt and demanded that the US administration make a formal apology to Egypt’s people for its foreign policy towards the country in the past decades. They added that “the Egyptian people are the masters of their own land and destiny and will only accept equal relations of friendship and respect between the people of Egypt and the people of America.”   

The coalition’s declaration added that “the US administration took Egypt’s revolution lightly and supported the old regime while Egyptian blood was being spilled.” It also condemned past American policies towards Egypt and demanded that they be reformulated to achieve a balance between the interests of the Egyptian and American people. 

Clinton’s tour of the Middle East, which starts today in Egypt before taking her to Tunis, is the first cabinet-level visit to the region by the Obama administration since the revolutions in both countries.

And it takes an Egyptian newspaper to notice the unescapable:

Mubarak’s close relationship with Israel drew scorn from Tahrir protesters. Chants encouraging Mubarak to resign in Tahrir Square were frequently tailed with, “Tell him in Hebrew, maybe he doesn’t speak Arabic.”

Don’t tell Thomas Friedman, who surely must have written the stupidest column ever to have been published in the New York Times (Sarah Carr’s satire is quite good as well): he’s convinced the Egyptian revolution was caused by admiration for Obama and Israel…

Réforme constitutionnelle: début du dialogue avec la société civile à Casablanca

La propagande des régimes arabes a ses constantes – toute contestation est le fruit d’un complot du Mossad en Egypte (du moins sous Moubarak), d’Al Qaïda en Libye (du moins selon le Guide suprême) ou du hizb frança en Algérie. Le makhzen a au Maroc eu une certaine difficulté à identifier le bouc-émissaire: on se rappelle tous du complot sionisto-khomeiniste qui était derrière les émeutes de 1984 selon feu Hassan II, des subversifs (qualificatif favori de Driss Basri), des nihilistes chers à Khalid Naciri, des agents séparatistes que Moncef Belkhayat voit derrière chaque manifestant du 20 février – et maintenant ce sont les vilains barbus et les vilaines bâchées d’Al adl wal ihsan qui tiennent lieu de grand complot judéo-maçonnique (on dirait islamo-fasciste en France aujourd’hui) version marocaine. Jugez-en:

Casablanca: dispersion d’une marche non-autorisée de la Jamaat Al Adl Wal Ihssan
Casablanca,13/03/11- Quelque cent éléments de la Jamaat Al Adl Wal Ihssan ont tenté d’organiser une marche non-autorisée, dimanche à Casablanca, mais ont été dispersés par les forces de l’ordre, a-t-on constaté sur place.

Les manifestants se sont rassemblés devant la Place de la poste et ont tenté d’entamer leur marche avec violence, en s’en prenant notamment aux forces de l’ordre et en faisant des blessés parmi ces derniers.

Ils ont été dispersés par les forces de l’ordre qui ont procédé également à plusieurs interpellations.

Aucune demande d’autorisation n’a été déposée pour cette marche, indique-t-on auprès des autorités locales.

Dernière modification 13/03/2011 13:21.
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Mine de rien, cette dépêche est un scoop explosif: Mohamed Bensaïd Aït Idder, légendaire ex-leader de l’OADP, Mohamed Sassi, membre dirigeant unanimement respecté du PSU et Mohamed Moujahid, secrétaire général du même PSU seraient donc des taupes islamistes. Mieux encore: le siège du PSU, sis Cité du Maréchal Ameziane (habitée par des familles de militaires, dont certaines auraient lancé des objets sur les manifestants) à un jet de pierre de Lycée al khansa, avenue Mers-Sultan, là où la répression policière dans toute sa violence s’est déployée, serait donc une madrasa clandestine, véritable pépinière d’égorgeurs salafistes chiites…

Certes, des centres de propagande chiito-sionistes ont bien tenté de faire croire qu’il y aurait eu une dizaine de blessés parmi les manifestants, mais le peuple marocain ne mangera pas de cette propagande-là… 

Voyez donc comment les forces de l’ordre ont dispersé les hordes djihadistes place Mohammed V, près du siège du PSU et du côté du la rue d’Agadir:

Les deux célèbres chioukhs salafistes Mohamed Sassi et Mohamed Hafid lancent un appel au jihad

 

Un policier gifle une journaliste assistant à la manifestation

 

Une autre gifle policère pour cette journaliste...

 

Le cheikh jihadiste Mohamed Bensaïd Aït Idder lance un appel à la lapidation des femmes adultères

 

L'insoutenable violence des manifestants

 

Les vieilles ficelles de la MAP

Classique: après un discours royal ou une initiative gouvernmentale, la MAP réussit toujours à trouvers un sénat latino-américain, un hebdomadaire portugais ou un think-tank étatsunien pour s’extasier sur le Maroc des potentialités et le génie d’un Roi et d’un peuple. Si vous croyiez qu’un discours royal présenté comme opérant une rupture absolue avec le passé allait déstabiliser ces professionnels chevronnés, vous en êtes pour vos frais.

Pour preuve, cette dépêche:

Discours de SM le Roi: un think tank américain met en avant un agenda de réforme politique « sérieux »

Washington, 11/03/11- SM le Roi Mohammed VI a donné un discours « impressionnant » dans lequel Il a annoncé un agenda « sérieux » de réformes politiques, souligne vendredi le Foreign Policy Research Institute (FPRI), un think tank américain basé à Philadelphie.

« Le Souverain marocain a donné un discours impressionnant dans lequel il s’est engagé à mettre en œuvre une batterie de réformes politiques et constitutionnelles profondes et sérieuses (…) tant et si bien que le peuple a qualifié cette démarche de +Révolution du Roi+« , relève cet Institut de recherche, dans un article intitulé « La démocratie marocaine et l’avenir du Sahara« .

A la lumière de la conjoncture particulière que connaissent certains pays du monde arabe, l’approche « novatrice » du Souverain vise ni plus ni moins « une séparation des pouvoirs, la consolidation des libertés individuelles et une distribution plus judicieuse de la gouvernance sur le territoire national« , relève ce think tank.
Une feuille de route qui puise sa crédibilité des reformes déjà mises en œuvre

Soulignant la « forte adhésion » qu’a suscité le discours de SM le Roi, l’auteur de l’article, Ahmed Charai, membre du Conseil d’administration du Centre des études stratégiques internationales (CSIS, basé à Washington), affirme que les différents acteurs de la scène politique marocaine ont salué une feuille de route qui « tient compte de leurs revendications« .

La feuille de route tracée par SM le Roi Mohammed VI puise sa crédibilité dans le vaste programme de réformes déjà mises en oeuvre depuis l’accession du Souverain au Trône, soutient le FPRI. « En effet, depuis 1999 des changements substantiels ont été introduits dans la gestion de la chose publique (…) avec la participation active, entre autres, d’anciens opposants au sein du gouvernement et de l’Institution législative« .
Des reformes qui ne manqueront pas de changer l’essence même des négociations sur le Sahara

Le Souverain « a aussi initié la mise en place d’un réseau national d’institutions de la société civile dans le but d’encourager le leadership des forces vives de la Nation, promouvoir le rôle de la femme et améliorer la situation des plus démunis« , rappelle cet Institut de recherche américain, qui cite aussi la création de l’Instance Equité et Réconciliation (IER), la première du genre dans le monde arabe, qui a pu solder le passif des violations passées des droits de l’Homme.

De telles réalisations ont valu au Maroc des « réactions élogieuses de la part de la communauté internationale et des Organisations des droits de l’Homme qui ont applaudi les efforts du Royaume visant à consolider les libertés individuelles« , souligne-t-on dans ce contexte.

Après avoir mis en exergue le caractère « impressionnant » des réformes annoncées par le Souverain, le FPRI souligne que lesdites réformes ne manqueront pas de « changer l’essence et le contenu mêmes des négociations autour de la question du Sahara » sous l’égide des Nations unies.

En effet, explique l’auteur de l’article, la feuille de route prévoit une nouvelle configuration de gestion des affaires territoriales qui confère aux présidents des Conseils régionaux le pouvoir d’exécution des délibérations desdits Conseils.

Par conséquent, a-t-il fait remarquer, un Conseil élu dans la région du Sahara équivaudra « dans les faits » à une autonomie de cette partie du Royaume, « et ce avec ou sans règlement de la question du Sahara, qui, du reste, demeure tributaire d’un engagement des Etats-Unis et de l’Union européenne« .
 Dernière modification 11/03/2011 16:53.
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Voilà donc un « think-tank » étatsunien ayant examiné dans ses moindres détails le discours royal et ausculté la réaction de l’opinion marocaine alors?

Bof. Tout d’abord, le FPRI n’est pas, et de loin, parmi les think-tanks les plus connus, généralement basés à Washington DC. Celui-ci se trouve à Philadelphia, et est marquée par un engagement musclé pour les intérêts du gouvernement étatsunien – le célèbre islamophobe Daniel Pipes en a fait l’éloge.

Ensuite, les déclarations citées ne sont pas issues de rapports, mais d’un simple article publié sur leur site, « MOROCCAN DEMOCRACY AND THE FUTURE OF THE SAHARA » (la MAP n’a bien évidemment pas donné le lien vers cet article), encore moins sourcées (pas de notes ou de liens) qu’un post de blog.

Et maintenant l’auteur de cet article: surprise, ce n’est pas Bernard Lewis, Juan Cole ou Marc Lynch, mais… un Marocain, Ahmed Charaï, dont les activités professionnelles sont surtout… au Maroc. Il dirige en effet le site d’actualités marocain très peu critique L’Observateur ainsi que la radio privée Med Radio et la société Maroc Télématique. Certes, il est également « advisory board member of the Center for Security and International Studies (CSIS)« , un think-tank autrement plus connu et établi que le FPRI, mais il ne figure pas parmi la liste d’experts du CSIS.



Voilà donc la boucle bouclée: pour démontrer le soutien international dont bénéficie le discours royal sur la révision constitutionnelle, la MAP cite un article publié sur Internet par un homme de médias marocain associé de manière plutôt périphérique à un think-tank étatsunien de second ordre.

Du beau travail, non?

C’était le temps où des boîtes de conserve et une tente deux places semblaient être un meilleur placement que les banques

Il arrive des fois qu’on tombe sur des journalistes avec le sens de la formule – ici, Andreas Cervenka du quotidien suédois Svenska Dagbladet au sujet de la crise financière qui dure depuis 2008:

Minns ni vintern 2009? Det var då konserver och ett stryktåligt tvåmannatält under några mörka veckor faktiskt framstod som ett bättre placeringsalternativ än de flesta banker. Armageddon kändes nära. Ordet nyemission var för Europas bankchefer en lika självklar del av vardagen som slipsen. Två år senare framstår det mer som en ond dröm än verklighet.

Den som idag sitter och surar i ett fuktigt tält med rester av burkravioli runt munnen känner sig nog rätt dum bredvid grannen som belånade huset och köpte bankaktier för pengarna.

Traduction:

Vous vous rappelez de l’hiver 2009? C’était le temps où, l’espace de quelques semaines, des boîtes de conserve et une tente deux places semblaient être un meilleur placement que les banques. L’Armageddon semblait proche. Les mots « augmentation du capital » faisaient autant partie du quotidien d’un banquier que sa cravate. Deux ans plus tard, ceci apparaît désormais plus comme un cauchemar que comme une réalité.

Celui qui est assis aujourd’hui à faire la gueule dans une tente humide avec des restes de raviolis en conserve autour de la bouche doit se sentir bête à côté du voisin qui a hypothéqué sa maison et qui a acheté des actions dans des banques avec l’argent.

Nicely put!

La monarchie marocaine, contributeur majeur à la liberté d’expression (en Europe)

Si on ne peut compter sur les tribunaux marocains pour apprécier de manière raisonnée et raisonnable les limites de la défense du respect dû au Roi et à l’institution monarchique ainsi que celles de la défense de sa réputation, il y a toujours la Cour européenne des droits de l’homme (Cour EDH).

Dans un arrêt récent (AFFAIRE GUTIÉRREZ SUÁREZ c. ESPAGNE, arrêt du 1er juin 2010), la Cour EDH avait à se prononcer sur l’affaire suivante.

En 1995, « un camion de la société « Domaines Royaux » appartenant à la famille royale alaouite et dédié à l’exportation d’agrumes et de fruits tropicaux » avait été arrêté par la douane espagnole à Algeciras. Après contrôle, il s’était avéré que le camion transportait 4 638 kilogrammes de haschisch. Le 18 décembre, quelques temps après cette saisie, le quotidien espagnol Diario 16 (1) publiait un article en une (les citations sont de l’arrêt de la Cour EDH):

L’article était annoncé en première page sous le titre « Une société familiale de Hassan II impliquée dans un trafic de stupéfiants ». En page 12 était publié un article plus développé sous le titre : « Cinq tonnes de haschisch découvertes dans une cargaison de la société de Hassan II ». Dans le texte de l’article étaient mentionnés des articles publiés dans « El Mundo », « Le Monde » et « Herald Tribune » qui faisaient référence au trafic de stupéfiants en tant que principale source de devises du Maroc et qui signalaient certaines personnalités politiques marocaines proches du monarque.

Cet article ne plut évidemment pas à feu Hassan II, qui porta plainte:

Considérant que son implication, celle de son entourage familial et de ses sociétés, dans le trafic de stupéfiants, était fausse et constituait une atteinte illégitime à son honneur, le 31 mai 1996, le roi Hassan II du Maroc présenta une demande en protection de son droit à l’honneur contre la société éditrice du quotidien « Diario 16 », le requérant, directeur dudit quotidien, et la journaliste auteur de l’article litigieux.

Le 17 février 1996, un tribunal de Cadix condamna trois ressortissants espagnols non liés aux Domaines royaux pour ce trafic de drogue.

L’année suivante, le tribunal de première instance de Madrid fit droit à la demande de Hassan II par un jugement du 25 novembre 1997:

Par un jugement du 25 novembre 1997, le juge de première instance no 61 de Madrid accueillit la demande, déclarant qu’il y avait eu une ingérence illégitime dans le droit fondamental au respect de l’honneur du roi Hassan II. Le jugement conclut que l’information était non véridique dans la mesure où elle attribuait à la société « Domaines Royaux » une implication inexistante dans le trafic de drogues, ladite société ayant été utilisée à son insu pour ledit trafic. D’après le jugement, la rédaction du titre, dans lequel apparaissaient en gras les mots « Hassan II » et « trafic de stupéfiants » était, à tout le moins, tendancieuse. Le juge prit en compte pour parvenir à sa conclusion que l’information litigieuse passa sous silence que l’opération de trafic de stupéfiants en cause, conformément à l’arrêt du 17 février 1996 rendu par l’Audiencia provincial de Cadix, avait été organisée par trois citoyens espagnols sans aucun lien avec la société « Domaines Royaux ». Ceux-ci profitèrent de l’envoi des oranges par cette société pour introduire la drogue en Espagne. Pour le juge, le fait de citer dans l’article en cause d’autres quotidiens s’étant référés à des affaires similaires de trafic de stupéfiants dans lesquelles seraient impliqués d’autres membres de la famille royale marocaine, servait à transmettre une image péjorative de la société liée au plaignant. Par ailleurs, l’information fut publiée plusieurs mois après la saisie de la drogue, ce qui la privait d’intérêt public. La journaliste en cause, le directeur du quotidien et la société éditrice furent condamnés à verser au demandeur un montant à déterminer lors de l’exécution du jugement, en guise de réparation du dommage causé, ainsi qu’à publier le jugement dans le journal.

Diario 16 fit appel de ce jugement, jugement étonnant dans la mesure où il reprochait notamment à ce journal de ne pas avoir tenu compte, dans un article publié en décembre 1995, d’un jugement rendu en février 1996 lavant la société Domaines Royaux de toute implication dans le trafic de drogue en question. La cour d’appel de Madrid, le Tribunal suprême et le Tribunal constitutionnel rejetèrent les recours de Diario 16. Certains des considérants du Tribunal constitutionnel méritent d’être cités:

« L’information que nous examinons est, dans ce sens, insidieuse. Le verbe « impliquer », pris ensemble avec le trafic des stupéfiants, est clairement négatif. Le titre en cause, situé sur la première page du quotidien, sous-entend la participation du chef d’état marocain, par le biais de la société qu’il contrôle, dans un fait constitutif de délit. Il s’agit d’une affirmation qui n’a pas été minimalement vérifiée, dans la mesure où il peut être déduit, des procédures judiciaires en cours et même des affirmations versées dans le recours d’amparo, qu’il n’y avait aucune base permettant, à ce moment-là, à la journaliste, de conclure à l’existence d’indices de ladite responsabilité criminelle.

Il pourrait être considéré que, bien que le titre pris isolément tombe en dehors de la liberté d’information garantie constitutionnellement, l’examen conjoint de l’information pourrait nous faire parvenir à une conclusion différente. Toutefois, tel que le soulignent les décisions judiciaires attaquées, la simple lecture du contenu de l’information démontre que ce n’est pas le cas. Quelques faits véridiques sont cités, notamment la prise de la drogue à la douane d’Algesiras, avec l’intention évidente de lier la société « Domaines Royaux » à ces faits, mettant l’accent sur sa structure et son fonctionnement, et insinuant un rôle de ses dirigeants dans le trafic de stupéfiants. Tout ceci, sous couvert de références génériques à des sources imprécises jamais révélées dans la procédure. Et à ce défaut de vérification informative il faut ajouter que la prise de la drogue eut lieu un an avant la publication de l’information. Le quotidien omit des données importantes telles que celles qui avaient été détenues à la suite de ladite opération policière et la façon et les moyens utilisés pour commettre le délit, données dont [le quotidien] aurait pu disposer au vu de l’enquête judiciaire terminée avant la publication de l’information ».

Le directeur de  Diario 16 a ensuite saisi la Cour EDH, estimant que son droit à la liberté d’expression protégé par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) avait été violé par l’Etat espagnol du fait de cette condamnation civile au paiement de dommages et intérêts au Roi du Maroc. Il est notable que de nombreuses ONG internationales soient intervenues devant la Cour EDH dans cette affaire – World Press Freedom Committee, Committee to Protect Journalists, International Association of Broadcasting, International Federation of the Periodical Press, International Press Institute, Inter-American Press Association, et la World Association of Newspapers.

Aux fins de choquer un lectorat habitué aux lignes rouges, je me permets de citer de larges extraits du raisonnement de la Cour EDH:

a. Principes généraux

25. La presse joue un rôle éminent dans une société démocratique : si elle ne doit pas franchir certaines limites, tenant notamment à la protection de la réputation et aux droits d’autrui ainsi qu’à la nécessité d’empêcher la divulgation d’informations confidentielles, il lui incombe néanmoins de communiquer, dans le respect de ses devoirs et de ses responsabilités, des informations et des idées sur toutes les questions d’intérêt général (De Haes et Gijsels c. Belgique, 24 février 1997, § 37, Recueil des arrêts et décisions 1997-I). À sa fonction qui consiste à en diffuser s’ajoute le droit, pour le public, d’en recevoir. S’il en allait autrement, la presse ne pourrait jouer son rôle indispensable de « chien de garde » (Thorgeir Thorgeirson c. Islande, 25 juin 1992, § 63, série A no 239A, et Bladet Tromsø et Stensaas c. Norvège, 20 mai 1999, [GC], no 21980/93, § 62, CEDH 1999-III).

26. Si la presse ne doit pas franchir les bornes fixées en vue, notamment, de « la protection de la réputation d’autrui », il lui incombe néanmoins de communiquer des informations et des idées sur les questions politiques ainsi que sur les autres thèmes d’intérêt général. Quant aux limites de la critique admissible, elles sont plus larges à l’égard d’un homme politique, agissant en sa qualité de personnage public, que pour un simple particulier. L’homme politique s’expose inévitablement et consciemment à un contrôle attentif de ses faits et gestes, tant par les journalistes que par la masse des citoyens, et doit montrer une plus grande tolérance, surtout lorsqu’il se livre lui-même à des déclarations publiques pouvant prêter à critique. Il a certes droit à voir protéger sa réputation, même en dehors du cadre de sa vie privée, mais les impératifs de cette protection doivent être mis en balance avec les intérêts de la libre discussion des questions politiques, les exceptions à la liberté d’expression appelant une interprétation étroite (voir, notamment, Oberschlick c. Autriche (no 1), 23 mai 1991, §§ 57-59, série A no 204, et Vereinigung Demokratischer Soldaten Österreichs et Gubi c. Autriche, 19 décembre 1994, § 37, série A no 302).

27. Par ailleurs, la « nécessité » d’une quelconque restriction à l’exercice de la liberté d’expression doit se trouver établie de manière convaincante. Certes, il revient en premier lieu aux autorités nationales d’évaluer s’il existe un « besoin social impérieux » susceptible de justifier cette restriction, exercice pour lequel elles bénéficient d’une certaine marge d’appréciation. Lorsqu’il y va de la presse, le pouvoir d’appréciation national se heurte à l’intérêt de la société démocratique à assurer et à maintenir la liberté de la presse. De même, il convient d’accorder un grand poids à cet intérêt lorsqu’il s’agit de déterminer, comme l’exige le paragraphe 2 de l’article 10, si la restriction était proportionnée au but légitime poursuivi (voir, mutatis mutandis, Goodwin c. Royaume-Uni, 27 mars 1996, § 40, Recueil 1996-II et Worm c. Autriche, 29 août 1997, § 47, Recueil 1997-V).

La Cour EDH va ensuite appliquer ces principes généraux à l’espèce: après avoir accepté que l’ingérence dans le droit à la liberté d’expression de Diario 16 avait une base légale, la Cour va néanmoins estimer que cette ingérence n’était pas nécessaire dans une société démocratique, critère devant obligatoirement être rempli pour qu’une restriction à la liberté d’expression soit conforme à la CEDH.

34.  Se penchant sur les circonstances de l’espèce, la Cour peut admettre que l’information litigieuse relevait de l’intérêt général, à savoir le public espagnol et notamment les lecteurs du quotidien « Diario 16 », ayant le droit d’être informés sur une question telle que celle d’un trafic de drogue où semblait être en cause la famille royale du Maroc et le roi du Maroc lui-même, et cela bien que l’éventuelle infraction ne concerne pas, à première vue, l’exercice de ses fonctions politiques. Cette question faisait par ailleurs l’objet d’une enquête devant les juridictions pénales espagnoles. La Cour réitère à cet égard que l’on ne saurait penser que les questions dont connaissent les tribunaux ne puissent, auparavant ou en même temps, donner lieu à discussion ailleurs, que ce soit dans des revues spécialisées, dans la grande presse ou au sein du public en général (Tourancheau et July c. France, no 53886/00, § 66).

35.  La Cour rappelle qu’en raison des « devoirs et responsabilités » inhérents à l’exercice de la liberté d’expression, la garantie que l’article 10 offre aux journalistes en ce qui concerne les comptes-rendus sur des questions d’intérêt général, est subordonnée à la condition que les intéressés agissent de bonne foi de manière à fournir des informations exactes et dignes de crédit dans le respect de la déontologie journalistique (Goodwin précité, § 39, et Fressoz et Roire précité, § 54). Afin d’évaluer la justification d’une affirmation contestée, il y a lieu de distinguer entre informations factuelles et jugements de valeur. Si la matérialité des faits peut se prouver, les seconds ne se prêtent pas à une démonstration de leur exactitude (Pedersen et Baadsgaard c. Danmark [GC], , no  49017/99, § 76, CEDH 2004-XI). La qualification d’une déclaration en fait ou en jugement de valeur relève en premier lieu de la marge d’appréciation des autorités nationales, notamment des juridictions internes (Prager et Oberschlick c. Autriche, 26 avril 1995, § 36, série A no 313). Toutefois, même lorsqu’une déclaration équivaut à un jugement de valeur, elle doit se fonder sur une base factuelle suffisante, faute de quoi elle serait excessive (Jerusalem c. Autriche, no 26958/95, § 43, CEDH 2001-II). Pour en venir aux faits de la cause, la Cour doit prendre en considération qu’en l’espèce, aussi bien l’arrêt du Tribunal suprême que la décision du Tribunal constitutionnel ne niaient le fait que le contenu de l’information publiée correspondait essentiellement à la réalité. Le Tribunal suprême précisait notamment dans son arrêt que le contenu de l’information en cause ne constituait pas une atteinte à l’honneur du monarque. Les principaux arguments sur lesquels s’appuyaient tant le Tribunal suprême que le Tribunal constitutionnel pour confirmer la condamnation du requérant ne mentionnaient pas le caractère inexact des données contenues dans l’article de presse mais se référaient, d’une part, aux titres de l’article en cause et, d’autre part, au fait que ledit article omit certaines données relatives aux procédures policière et judiciaire en cours, qui ensuite conduisirent à la condamnation de trois personnes de nationalité espagnole sans aucune relation avec le monarque alaouite.

36.  Concernant la première question, le Tribunal suprême soutenait que c’était dans les titres de l’information et non dans l’information elle-même où se trouvait l’atteinte à l’honneur : les titres de l’information en cause pouvaient, selon le Tribunal suprême, provoquer chez le lecteur la croyance que la famille royale marocaine était complice d’un trafic illégal de haschisch. Le Tribunal constitutionnel exposa en outre dans sa décision que la protection constitutionnelle de l’information ne pouvait pas s’étendre à des titres qui, en raison de leur brièveté, avaient pour but de semer des doutes chez le public sur l’honorabilité des personnes auxquelles il avait été fait référence dans l’information.

Si l’on pouvait à cet égard déceler dans les titres de l’information (paragraphe 6 ci-dessus) une intention claire de s’attirer des lecteurs, il convient de rappeler qu’un compte-rendu journalistique peut emprunter des voies diverses en fonction du moyen de communication – et du sujet – dont il s’agit : il n’appartient pas à la Cour, ni aux juridictions nationales d’ailleurs, de se substituer à la presse pour dire quelle technique les journalistes doivent adopter (Bladet Tromsø et Stensaas, précité, § 63).

Les titres de l’information prétendaient certes attirer l’attention des lecteurs sur des faits exposés dans le corps de l’information faisant le lien entre un trafic des stupéfiants déjà constaté et la famille royale marocaine. Il s’agissait toutefois de faits véridiques, soulignés dans les titres – et où résidait précisément l’intérêt de l’information –, que les cinq tonnes de haschich avaient été découvertes dans une cargaison d’une société appartenant à cette famille. La Cour estime qu’il faut lire le titre de l’information et son contenu dans leur ensemble, tenant compte tant du caractère véridique des faits que de l’effet d’attirer l’attention des lecteurs recherché avec le titre. Elle rappelle à cet égard que la liberté journalistique comprend aussi le recours possible à une certaine dose d’exagération, voire de provocation (Prager et Oberschlick, précité, § 38 et Bladet Tromsø et Stensaas, précité, § 59).

37.  Pour ce qui est du manque allégué de détails concernant les procédures en cours, la Cour relève que l’article publié faisait référence aux informations dont la journaliste disposait au moment de sa rédaction, et estime qu’on ne saurait exiger de l’auteur de l’information qu’elle connaisse l’issue future d’une procédure pénale en cours deux mois avant le prononcé de l’arrêt de condamnation, ni qu’elle recherche des informations policières et judiciaires qui sont, par leur propre nature, réservées.

38.  Pour la Cour, lorsque la presse contribue au débat public sur des questions suscitant une préoccupation légitime, elle doit en principe pouvoir s’appuyer sur des sources non identifiées et non renouvelées, sans avoir à entreprendre des recherches indépendantes, pourvu que les informations diffusées soient véridiques. Sinon, la presse pourrait être moins à même de jouer son rôle indispensable de « chien de garde » (voir, mutatis mutandis, Goodwin précité, § 39). La Cour n’aperçoit aucune raison de douter que le requérant ait agi de bonne foi à cet égard et estime donc que les motifs invoqués par les juridictions nationales ne sont pas convaincants.

39.  En résumé, même si les raisons invoquées par l’État défendeur sont pertinentes, elles ne suffisent pas à démontrer que l’ingérence dénoncée était « nécessaire dans une société démocratique ». En effet, la « nécessité » de la restriction, au sens de l’article 10 § 2, implique un « besoin social impérieux » (Lingens, précité, § 39 et Sunday Times c. Royaume-Uni (no 2), 26 novembre 1991, § 50, série A no 217) et doit être établie de manière convaincante. Toute limitation apportée à la liberté de presse appelle, de la part de la Cour, l’examen le plus scrupuleux. En l’espèce, nonobstant la marge d’appréciation des autorités nationales, la Cour considère qu’il n’existait pas de rapport raisonnable de proportionnalité entre les restrictions imposées à la liberté d’expression du requérant et le but légitime poursuivi. Elle estime en effet que l’information en cause n’était pas susceptible de porter à la réputation d’une personne une atteinte d’une gravité telle qu’on pût lui accorder un poids important lors de l’exercice de mise en balance que requiert le critère de nécessité visé à l’article 10 § 2 de la Convention (Tønsbergs Blad A.S. et Haukom c. Norvège, no 510/04, § 93, CEDH 2007-III). Partant, il y a eu violation de l’article 10 de la Convention.

Voyez donc comment certains nihilistes, à la solde du PNUD, de la DRS, de RSF et de Moulay Hicham, tentent de faire croire que le Maroc, ave sà sa tête le Roi, seraient des ennemis de la liberté d’expression. Aveuglés par leur haine et armés de leur seule ignorance, ils ignorent qu’après avoir contribué à faire supprimer l’infraction « offense publique à chef d’Etat étranger » du droit pénal français, la dynastie alaouite a également contribué à raffermir les droits des journalistes (espagnols, n’éxagérons rien) à couvrir une affaire de drogue impliquant le matériel des Domaines royaux. La monarchie marocaine, contributeur majeur à la liberté d’expression (en Europe) – ça n’est pas un slogan, c’est une réalité.

(1) Créé à la mort de Franco, ce quotidien révéla notamment l’existence des escadrons de la mort anti-ETA du GAL, sous Felipe Gonzalez. Il a cessé sa parution en 2001, en butte à l’hostilité irréductible du gouvernement Gonzalez.

Caricaturistes caricaturaux

Il y a des articles qui m’énervent, pas tant par la faute du journaliste que par ceux dont traite l’article. Par exemple, celui-ci du Soir, intitulé « Fédération nationale des caricaturistes Ça bloque !« .

On peut déjà se demander pourquoi des caricaturistes devraient former une fédération, car ils devraient normalement adhérer au syndicat de la presse pour défendre leurs revendications professionnelles – mais bon, pourquoi pas, c’est leur problème. car après tout, si deux wydadis diplômés-chômeurs soussis de Derb Soltane se rencontrent, la première chose qu’ils feront, après avoir siroté un noss-noss froid pendant cinq heures dans un café, c’est de déposer les statuts de l’Association Nationale des Diplômés Chômeurs Wydadis Soussis de Derb Soltane, avec réglement intérieur, charte d’honneur, bureau national, conseil national, commission administrative, commission de contrôle  et comité directeur, trésorier-adjoint inclus, et comité provisoire si affinités.

On apprend donc que cette avancée capitale dans l’histoire de la presse marocaine – la création de la Fédération nationale des caricaturistes – est ralentie par la réticence des onze caricaturistes concernés à procéder à une des formalités d’usage pour la création d’associations au Maroc, à savoir la remise d’une copie du casier judiciaire des membres fondateurs:

Le statu quo. C’est la situation qui caractérise la Fédération marocaine des caricaturistes. Après l’assemblée constitutive tenue en juin dernier à Tanger, plus de nouvelles sur cette institution. Le président de cette structure, Abdellah Dahdouh déclare que la création de cette fédération est compromise. La raison ? «Pour constituer cette fédération et pour qu’elle soit légale, nous avons besoin du casier judiciaire de tous les caricaturistes, cela fait plus d’un mois que j’ai exigé ce papier, mais personne ne me l’a remis», témoigne celui qui signe ses dessins dans un quotidien de la place. Ce dernier ajoute, que ce papier doit être retiré du tribunal et que c’est une procédure toute simple. (Le Soir)

On notera déjà qu’un caricaturiste qui aurait été condamné pour délit d’opinion en vertu notamment de l’article 41 du Code de la presse pourrait se voir refuser la qualité de membre de bureau dirigeant d’une telle fédération, même si l’article 5 du dahir n° 1-58-376 du 3 joumada I 1378 (15 novembre 1958) réglementant le droit d’association est muet sur le sort à réserver à un dossier dont un ou plusieurs des membres du bureau dirigeant de l’association n’auraient pas un casier judiciaire vierge de toute condamnation. Ce n’est pas, entre parenthèses, une disposition très libérale du droit d’association marocain…

Le caricaturiste Aassid souligne quant à lui que les dessinateurs de presse sont très occupés et que le fait de ne pas avoir retiré ce casier judiciaire du tribunal est dû à un manque de disponibilité. «Vous savez, la plupart des caricaturistes du Maroc travaillent dans plusieurs journaux et magazines à la fois et donc ils n’ont pas le temps d’aller récupérer ce document, mais cela devrait se faire incessamment», rassure Aassid.

Relisons ensemble: les caricaturistes marocains sont trop occupés pour récupérer l’extrait de casier judiciaire. Bon, je ne suis pas le défenseur le plus convaincu de l’excellence de l’administration marocaine, mais voilà donc une profession injustement oubliée lorsqu’on parle des métiers exigeants en terme de disponibilité: chirurgiens, pompiers, ministres, policiers, électriciens, plombiers – tous peuvent aller se rhabiller, car voici les caricaturistes marocains. Seuls parmi leurs 35 millions de compatriotes, pour eux pas de pause-café, de mots croisés de L’Opinion, d’enfants malades, de parents agonisants, de pause-déjeuner de deux heures ou de demi-journée de travail le vendredi. Non, les caricaturistes marocains travaillent, eux, Monsieur.

Mais cette conclusion apparaît très vite prématurée: en effet, la farniente a son bastion au Maroc – Tanger:

 «Etant donné que les caricaturistes de la région nord ont été les seuls pour l’instant à récupérer le casier judiciaire, nous avons pensé créer d’abord l’Association des caricaturistes localement à Tanger, en attendant de rassembler tous les documents nécessaires à la création de la fédération nationale des caricaturistes», confie Dahdouh dans des propos au Soir échos.

Sans doute l’héritage colonial espagnol (bien que Tanger ait été une zone internationale et non spécifiquement espagnole) joue-t-il ici: pauses-déjeuners de quatre heures, tapas, dîner à minuit, jacasseries au débit de mitraillette, voilà un bastion qui résiste au stakhanovisme luthérien des caricaturistes des autres villes marocaines. D’où la disponibilité des caricaturistes tangérois à vaquer aux corvées administratives là où ceux qui bossent pour de vrai doivent s’en remettre sans doute aux congés – pas de plage ou plutôt de grasses matinées ramadanesques, mais plutôt parcours du combattant chez les disciples de Kafka et Ionesco – à supposer que leurs employeurs puissent se passer de leurs services ne fût-ce que quelques semaines.

Mais je garde le meilleur pour la fin:

«Pour pouvoir publier nos caricatures à l’étranger nous devons être constitués en Fédération nationale avant d’aspirer faire partie d’une confédération internationale», déclare Aassid.

Ah oui, naïfs que vous êtes, vous croyiez peut-être que les caricaturistes devaient compter soit sur des réseaux personnels soit sur des candidatures spontanées pour être publiés à l’étranger? Erreur. Voici une liste non exhaustive des documents exigés, selon la réglementation marocaineuniversellement applicable:

  • certificat d’adhésion à la fédération nationale des caricaturistes, dûment visée par tous les membres du bureau dirigeant (leur signature doit être légalisée et ils doivent fournir copie certifiée conforme de leur casier judiciaire ne datant pas plus d’un mois);
  • quittance des cotisations d’adhérent du dernier exercice plein;
  • copie certifiée conforme du rapport moral et financier de la fédération nationale des caricaturistes;
  • extrait d’acte de naissance ne datant pas de plus de deux semaines ou, à défaut, copie certifiée conforme du livret de famille (je dis bien livret de famille et non pas livret d’état-civil et d’identité);
  • certificat de vie ne datant pas plus de trois mois;
  • certificat de résidence délivré par le commissariat de police compétent ne datant pas plus d’une semaine;
  • certificat de résidence délivré par la mouqata’a ne datant pas plus de trois jours calendrier;
  • original en trois exemplaires d’une facture LYDEC ou IAM;
  • extrait de casier judiciaire ne dant pas plus de six mois;
  • autorisation écrite légalisée du mari si la caricaturiste est une femme mariée ou du père si elle ne l’est pas;
  • autorisation préalable de l’office des changes pour tout paiement à reçevoir en devise étrangère;
  • relevé d’identité bancaire légalisé;
  • copie certifiée conforme de la carte nationale;
  • quitus fiscal ne datant pas de plus de deux mois à compter de la délivrance du certificat de vie et d’un mois à compter de la délivrance de l’extrait de casier judiciaire;
  • un exemplaire original et trois copies certifiées conforme de la caricature en question, dont les aspects techniques devront être conformes au cahier des charges fixé par arrêté ministériel;

Une fois le dossier constitué, il est ensuite déposé entre les mains du Ministère de la communication pour visa favorable, réputé acquis passé un délai de trois mois à compter de la délivrance du récepissé mais sans préjudice de l’avis du comité technique paritaire compétent (nommé par arrêté ministériel), et ensuite transmis, dans un délai qui ne peut excéder six mois, à la Fédération nationale des caricaturistes qui dispose de 5 jours francs pour transmettre le dossier à la Fédération internationale, laquelle, une fois la traduction intégrale du dossier effectuée par un traducteur assermenté près les tribunaux, la transmettra par tirage au sort à l’organe de presse étranger qui pourra retenir ou rejeter la caricature proposée. La transmission de la caricature à un autre organe de presse étranger ou la soumission d’une autre caricature est possible de manière simplifiée: outre l’intégralité des autres pièces requises pour une première demande, seuls deux exemplaires de la facture LYDEC ou IAM devront alors être fournis, et l’autorisation légalisée du grand frère ou d’un oncle paternel sera suffisante pour les femmes célibataires.

Voilà comment on devient caricaturiste marocain pour la presse étrangère.

De l’ingratitude de ces salauds de Palestiniens

Vous je ne sais pas mais moi l’ingratitude des Palestiniens commence à me taper sur le système. Non seulement le Maroc leur a offert un superbe concert d’Elton John à Rabat, avant celui que ce dernier donnera en Israël, mais en plus le Maroc a été le premier Etat à condamner le massacre du Mavi Marmara, avant même ces frimeurs de Turcs, qui se croient tout permis au prétexte qu’ils ont perdu neuf des leurs. La preuve:

Massacre israélien contre la flottille
Le Maroc, premier pays ayant dénoncé la lâche agression
Le Matin du Sahara Publié le : 04.06.2010 | 08h37

Le Royaume du Maroc, sous la conduite de S.M. le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, Président du Comité Al-Qods, a été parmi les premiers pays, tant arabes qu’islamiques, à avoir dénoncé la lâche agression israélienne contre la flottille de la liberté, en exprimant sa profonde inquiétude face à cette attitude inacceptable aux plans humain et moral, et inadmissible aux niveaux politique, juridique et diplomatique, a affirmé jeudi le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Taïb Fassi Fihri.

Dans une déclaration à l’agence MAP, le ministre a indiqué que sur cette base, le Royaume du Maroc a mis en garde que cette agression, en totale contradiction avec les dispositions du droit international, entrave les efforts déployés pour le lancement des négociations indirectes avec les Palestiniens sous l’égide des Etats-Unis.

C’est dans ce contexte, a-t-il ajouté, que s’inscrit la contribution agissante des ambassadeurs de S.M. le Roi, délégués permanents du Royaume auprès des Nations unies à New York et Genève, dans les concertations relatives à l’adoption de la résolution du Conseil de sécurité et de la décision du Conseil des droits de l’homme pour la constitution d’une commission d’enquête internationale.

Taib Fassi Fihri a souligné, d’autre part, que sur Très Hautes Instructions de S.M. le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération (MAEC), dès l’annonce de l’agression inacceptable de l’armée israélienne contre la flottille humanitaire, a mené les investigations nécessaires et les contacts appropriés pour identifier les citoyens marocains qui participaient à cette action humanitaire et assurer leur protection.

Cette action a permis d’identifier nos concitoyens, de leur porter assistance de la part de notre ambassade à Amman, en coordination avec la Jordanie sœur, en prélude à leur rapatriement, a rappelé le ministre.

Par MAP

Croyez-vous que les Palestiniens aient montré la moindre reconnaissance pour la « contribution agissante » des ambassadeurs du Royaume? Du tout. Allez en Palestine aujourd’hui, assistez aux manifestations populaires; et pas l’ombre d’un drapeau marocain, alors que drapeaux turcs pavoisent par dizaines. Si ça ne vous dégoûte pas à jamais de la question palestinienne, en tant que Marocains, je ne sais pas ce qu’il vous faut.

La police maritime de Gaza rend hommage aux victimes turques du Mavi Marmara le 6 juin

Cérémonie de la police navale de Gaza en l'honneur des 9 victimes turques du massacre du Mavi Marmara (6 juin)

Gaza, juin 2010

Bilin, Cisjordanie, 4 juin 2010

Beït Omar Cisjordanie 5 juin 2010

Al Qods 4 juin 2010

Ismaïl Haniyeh à la prière du vendredi, Gaza, 4 juin 2010

Maasarah, Cisjordanie, 4 juin 2010

Refah, 5 juin 2010

Gaza, 5 juin 2010

On ne m’enlévera pas l’idée qu’il y a là comme un soupçon de marocophobie primaire. Que Bob Ménard, Ali Amar, Mahmoud Ahmedinejad ou Jean-Pierre Tuquoi soient derrière ça ne m’étonnerait qu’à peine.

Maroc-Hebdo sauve l’honneur

Je n’aurais jamais cru écrire un billet avec ce titre, mais je dois me rendre à l’évidence cette semaine: Maroc Hebdo sauve l’honneur de la presse francophone marocaine. Jugez-en:

Heureusement, Maroc Hebdo était là:

C’est vraiment par principe que je défends la liberté de la presse au Maroc, pas en raison des mérites des concernés…

Je me permets de citer mon père:

Salut! Revue de presse du 5 juin: Vous avez dit Israel? Circulez, y’a rien à voir!…Ou plutôt si: des films Olé Olé, Nabil Benabdallah, l’Amérique, les banques etc….Pardon! Maroc Hebdo a pour une fois sauvé l’honneur!!!   OUI, NOUS SOMMES TOUS DES TURCS!!!

Pour citer Brel:

Vous êtes tellement tellement
Beaucoup trop lourds
Que quand les soirs d’orage
Des chinois cultivés
Me demandent d’où je suis,
Je réponds fatigué
Et les larmes aux dents :
« Ik ben van Türkije ».

Bugün beni Türk sayin!

Machination policière au Maroc: communiqué d’Ali Amar et Zineb el Rhazaoui

Le Maroc est en train de virer en plein mode benalien – la Tunisie sous Ben Ali s’est faite la spécialiste de mises en scène et machinations tendant à présenter dissidents politiques et médiatiques comme de vulgaires délinquants de droit commun. La fermeture du Journal hebdomadaire de Boubker Jamaï et Ali Amar, habilement faite sous couvert non pas d’atteinte aux sacralités mais de non-paiement de cotisations sociales à la CNSS, a montré la voie.

Ali Amar justement: le voilà pris dans ce qui semble à première vue être une machination policière assez grossière. La police a pénétré son domicile, où il se trouvait avec une autre personne en odeur de sainteté auprès du régime, Zineb el Rhazaoui, fondatrice du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI) et fameuse pique-niqueuse du ramadan dernier. La porte de son appartement a été défoncée à 5.45 du matin, soit en dehors de la plage horaire légale en matière de perquisitions.

Voici le texte intégral du communiqué d’Ali Amar et de Zineb el Rhazaoui:

Communiqué 

Casablanca, le 05 juin 2010

Violation de domicile et arrestation illégale de Zineb El Rhazoui et Ali Amar

Vendredi 4 juin 2010 à 5h45 du matin, le chef de la Police Judiciaire, ainsi que le chef de la brigade préfectorale de Casablanca, accompagnés d’environ 15 officiers et agents de la Police Judiciaire marocaine, ont défoncé la porte de l’appartement casablancais de Zineb El Rhazoui, journaliste indépendante et co-fondatrice du Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles (Mali) qui s’y trouvait en compagnie d’Ali Amar, journaliste indépendant, fondateur et ancien directeur du Journal hebdomadaire (interdit par le pouvoir marocain en janvier 2010), et auteur du livre « Mohammed VI, le grand malentendu » (Calmann-Levy 2009), ouvrage censuré au Maroc. Les dits agents d’autorité ont refusé de décliner leur identité ou de présenter leur carte professionnelle. Ils n’étaient pas non plus munis d’un mandat de perquisition ou d’amener. Zineb El Rhazoui et Ali Amar n’avaient pas reçu de convocation préalable. Dès qu’ils ont franchi le pas de la porte, les policiers ont commencé à photographier les deux journalistes et les recoins de l’appartement et les ont interrogés sur la nature de leur relation, question à laquelle ils ont refusé de répondre. Les deux journalistes qui se trouvaient dans le salon, ont reçu l’ordre de se soumettre à une mise en scène en s’asseyant sur le lit de la chambre à coucher de Zineb El Rhazoui pour y être photographiés ensemble, alors qu’ils étaient en tenue de ville. Devant le refus de ces derniers de s’exécuter, trois agents se sont rués sur Ali Amar et l’ont menotté. Les deux journalistes ont alors été immobilisés par deux agents, alors que d’autres s’affairaient à fouiller de fond en comble l’appartement, sans pour autant donner la moindre explication de ce qui justifie un tel assaut. Les agents ont continué à prendre de multiples photos, notamment du reste d’un dîner dont deux bouteilles de vin rouge vides. Ils ont ensuite démantelé les ordinateurs et les périphériques informatiques des deux journalistes qui venaient de terminer une séance de travail consistant à la rédaction d’articles pour la presse internationale. Les agents ont compulsé leur documentation de travail, ont fouillé leurs sacs, papiers et effets personnels. L’un des officiers a ordonné à un agent d’examiner la vidéothèque de Zineb El Rhazoui pour vérifier s’il s’agit de films pornographiques. L’un des photographes (qui s’est révélé plus tard être un technicien de la police scientifique) s’est rendu dans la salle de bain pour prendre des photos en plan serré d’une pastille de bain effervescente de marque Sephora qu’il a faussement identifiée comme étant un préservatif. Ce n’est qu’après les protestations répétées des deux journalistes que l’un des officiers a finalement donné quelques bribes d’explications. Il a justifié cette violation de domicile par la recherche d’un ordinateur supposément volé et le dépôt d’une plainte à ce sujet contre Ali Amar pour vol et Zineb El Rhazoui pour complicité. Lorsque Ali Amar a fourni la facture d’achat de ce matériel informatique qui attestait de sa propriété, la police a ignoré le document et saisi l’ordinateur. Les agents ont également essayé de saisir l’ordinateur portable de Zineb El Rhazoui et son disque dur avant d’y renoncer face à ses protestations. Ils ont tout de même saisi la carte mémoire de son appareil photo numérique, ainsi que les deux bouteilles de vin vides qui seront considérées comme des pièces à conviction. Avant d’embarquer les deux journalistes à la préfecture de Police de Casablanca pour les soumettre à un interrogatoire qui a duré 12 heures et demie (de 7h à 19h30), Zineb El Rhazoui a demandé à se rendre aux toilettes, les policiers lui ont répondu qu’elle pouvait le faire uniquement si elle laissait la porte grande ouverte. Bien qu’il n’y ait pas eu de violence physique ou verbale dans les locaux de la police judiciaire, de nombreuses questions ont été posées aux deux journalistes sur les aspects relatifs aux mœurs. Le Procès-verbal de Zineb El Rhazoui fait mention de la consommation de vin et indique la présence d’un préservatif chez elle. Dans celui d’Ali Amar, la police a refusé de faire mention de la facture prouvant l’origine légale de l’ordinateur. Zineb El Rhazoui et Ali Amar ont été relâchés vers 19h30. Ali Amar a été verbalement convoqué à se représenter ce jour (samedi 5 juin 2010) à 10h30 à la Préfecture de police de Casablanca.

Zineb El Rhazoui et Ali Amar

Quelques remarques:

  1. Je suis le dernier Marocain à reprocher à la police du plubopaysdumonde de prendre au sérieux le vol d’ordinateurs. Mais enfin, le chef de la police judiciaire et celui de la brigade préfectorale de Casablanca, accompagnés de 15 policiers, faisant une « perquisition » (les guillemets ‘imposent) en dehors des procédures et horaires légaux, cela rassure indéniablement quant au dynamisme de nos forces de l’ordre. Je dois par ailleurs que j’ai une affaire de chéques volés me concernant où j’ai réussi à identifier le coupable et le localiser, transmettant ces données à la police pour qu’elle l’appréhende. Si la police a réussi à connaître jusqu’à son numéro de GSM et son lieu de travail – il est fonctionnaire – cela fait plus d’un an que je n’ai plus aucune nouvelle. J’aurais dû rajouter qu’il était journaliste au Journal hebdomadaire et qu’il pique-niquait à Mohammedia durant le ramadan, cela aurait sans doute eu plus d’effet sur l’enquête.
  2. La perquisition a eu lieu à 5h35 du matin, soit en dehors de la période légale prescrite de manière expresse par le Code de procédure pénale:

    Article 62: Sauf demande du chef de maison, réclamation venant de l’intérieur ou exceptions prévues par la loi, les perquisitions et les visites domiciliaires ne peuvent être commencées avant six heures et après vingt et une heures; les opérations commencées à une heure légale peuvent se poursuivre sans désemparer.Ces dispositions ne s’appliquent pas lorsque la perquisition doit être opérée dans les lieux pratiquant habituellement une activité nocturne. Article 63 : Les formalités édictées aux articles 59, 60 et 62 ci-dessus sont prescrites à peine de nullité de l’acte vicié et de ceux qui auraient été accomplis postérieurement à cet acte.

  3. Résultat des courses: la perquisition est nulle et non avenue, et les éléments matériels saisis lors de celle-ci ne peuvent plus être invoqués contre Ali Amar et Zineb el Rhazaoui. Ah, c’est vrai, comme je suis distrait: le Maroc n’est pas un Etat de droit. Bon oubliez tout ce que j’ai dit.
  4. Sans doute inspiré par la hasbara récente cet allié du régime marocain qu’est Israël, nos pandores ont saisi bouteilles de vin, pastilles de bain prises pour des préservatifs (!), carte mémoire d’appareil photo numérique ainsi que, pièce maîtresse, l’ordinateur portable d’Ali Amar – malgré que ce dernier avait en possession la preuve d’achat. Un petit conseil désormais aux militants du MALI et aux anciens journalistes du Journal hebdomadaire: ne vous déplacez pas sans avoir sur vous la preuve d’achat de tous vos objets personnels – vêtements, montre, pastilles de bain, bouteilles de vin ou ordinateur portable.
  5. On notera que nos pandores se sont inquiétés de l’honorabilité de Zineb el Rhazaoui. On peut prévoir le même genre de montage contre elle et contre ceux qui auraient le malheur de ne pas penser selon les dernières hautes instructions, sur le modèle tunisien, à force sans doute de photos et vidéos classées X manipulées ou truquées, histoire de salir l’image et la réputation de dangereux traîtres à la Nation.
  6. On rappellera aux forces dites de l’ordre qu’au Maroc la consommation d’alcool n’est pas interdite aux Marocains réputés musulmans, mais seulement l’ivresse publique (je doute que le domicile d’Ali Amar puisse être considéré comme faisant partie de la voie publique) ainsi que la vente d’alcool à des Marocains musulmans par des débits de boissons et assimilés.

Le Sahara, ligne rouge en Algérie

Chacun sait que le Sahara et son statut – partie intégrante du Maroc ou une « indépendance » aux couleurs algériennes – est une ligne rouge au Maroc. Ce qui est sans doute moins connu ce que ‘il s’agit aussi d’une ligne rouge en Algérie, où professer un point de vue favorable au Sahara marocain est source de d’ennuis. Dernier exemple en date, Nessma TV, chaîne satellitaire privée arabophone à capitaux tuniso-italiens (et pas n’importe quels capitaux italiens, puisqu’il s’agit de Mediaset, une société du holding Berlusconi). Très regardée en Algérie, sa couverture de l’affaire du Sahara jugée trop favorable au Maroc lui a valu bien des déboires:

Il s’agirait du dossier « Nessma TV », la télévision satellitaire tunisienne à vocation maghrébine dont Mediaset a acquis 25% des parts il y a un peu plus d’un an (25% supplémentaires sont contrôlés par la Quinta Communications de Tarak Ben Ammar, dont Fininvest est l’un des principaux actionnaires).

C’est justement pour promouvoir Nessma TV que Berlusconi s’était rendu en Tunisie au mois d’août dernier. Cette fois-là, c’était pour une visite privée, « informelle« , qui s’était conclut dans les studios de la chaîne de télévision avec une interview encore plus « informelle » pendant laquelle il fut clair que c’était l’hommes d’affaires qui parlait, l’entrepreneur et pas le président du Conseil:

« L’Italie augmentera les canaux d’entrées réguliers pour ceux qui recherchent de nouvelles opportunités. Nous leur donnerons la possibilité de travailler, d’avoir une maison. Nous garantirons l’instruction à leurs enfants et nos hôpitaux s’ouvriront à leurs besoins« .

Des mots sortis de la bouche d’un homme qui seulement trois mois avant cette déclaration avait vigoureusement protesté contre l’émergence d’une « société multiethnique » en Italie. Mais alors, sur Nessma TV, Berlusconi se trouvait devant un public télévisé potentiel de 80 millions de nord-africains: spectateurs et consommateurs d’abord, bien avant d’être d’éventuels futurs migrants.

Mais ce projet de première télévision privée du monde arabe en partenariat européen (« une télévision libre et indépendante qui apportera bien-être et démocratie ») a buté sur l’Algérie. La cause en est le Sahara occidental, territoire revendiqué par le Maroc qui y est aux prises avec le Front Polisario, mouvement de libération populaire soutenu militairement et diplomatiquement par le gouvernement de Bouteflika.

Nessma TV serait favorable au soutien des appétits marocains, et ce serait le motif pour lequel elle ne jouit d’aucun statut juridique ou commercial en Algérie, s’y retrouvant dans une situation paradoxale: être l’une des cinq chaines les plus visionnées du pays sans pouvoir toutefois capitaliser ce succès. Car un siège légal à Alger lui est indispensable pour percevoir les recettes publicitaires.

Son dossier de demande de régularisation de statut a depuis longtemps été déposé sur une table dirigeante algérienne. Bloqué. En tout cas, selon L’Expression, au moins jusqu’à ce Berlusconi ne traverse la méditerranée pour une visite officielle.

Qui sait si… la politique étrangère italienne ne risquerait pas tout à coup de développer un imprévisible et insoupçonnable intérêt pour l’épineuse question saharienne. D’ailleurs, comme le réfère le quotidien algérien, en échange du déblocage de dossier « il faudra bien faire quelque concession« … (Daniele Sensi via Italopolis)

L’article du quotidien algérien L’Expression auquel il est fait allusion citait explicitement la position de Nessma sur l’affaire du Sahar comme cause de ses problèmes avec le gouvernement algérien:

Et l’une des plus importantes est la question du Sahara occidental, traitée par la chaîne de façon favorable à la vision marocaine. Nessma TV présente une carte territoriale du Maroc qui indexe le territoire du Sahara occidental. Même dans l’émission de jeu Qui veut gagner des millions, les questions posées par l’animateur marocain, Rachid El Ouali, aux candidats issus du Maghreb arabe, évoque l’expansion territoriale du Maroc. La question du Sahara occidental est très sensible en Algérie et son mauvais traitement risque d’avoir des conséquences considérables sur les relations entre Alger et les opérateurs privés qui souhaitent investir dans l’audiovisuel algérien.

Plusieurs télévisions ont fait les frais de cette option auparavant. C’est le cas, notamment, d’Al Jazeera qui avait décidé de créer un bureau au Maroc avec un traitement très partial sur le Sahara occidental. Il est clair que l’audiovisuel en Algérie est lié à plusieurs paramètres: la ligne politique, le dossier du Sahara occidental, la France et surtout la gestion de l’actualité politique algérienne. Donner la parole à des opposants ou des ennemis de la cause nationale pourrait fermer éternellement le bureau en Algérie. Le cas de Nessma TV et sa gestion du dossier du Sahara occidental n’est pas unique. Il expose seulement les raisons et les visions d’un pays qui aspire à garder sa vision des choses. (L’Expression)

On apprend donc que le Sahara n’est pas seulement une cause nationale au Maroc mais également en Algérie…

Résultat des courses: Nessma TV vient d’être invitée à quitter le territoire algérien par le gouvernement – cela touchera surtout sa capacité à recueillir des recettes publicitaires d’annonceurs algériens, et bien évidemment les possibilités de tourner des émissions ou des reportages en Algérie.

« Quinze jours pour quitter le territoire algérien. » C’est en ces termes que Azzeddine Mihoubi, secrétaire d’État algérien chargé de la Communication, a mis fin, le 12 mai, aux relations pour le moins houleuses entre Nessma TV et son pays. La chaîne maghrébine s’était attiré plusieurs fois les foudres des Algériens en donnant l’impression de profiter de leur marché sans considération pour les attentes du public. Tout a commencé après « la guerre du Caire », qui a éclaté au lendemain des échauffourées qui ont suivi le match de qualification pour le Mondial sud-africain de football entre les Pharaons et les Fennecs (2-0), le 14 novembre 2009. (Jeune Afrique)

Il n’est pas fait mention ici du dossier du Sahara, dont on ne sait dans quelle mesure il a pesé sur l’issue finale du dossier (ça n’a pas facilité les choses, sans doute…) mais on notera la référence à l’Egypte et aux violences liées aux matches de foot de novembre 2009. Ce n’est pas la première fois ces derniers temps que le pouvoir algérien semble prendre des décisions à l’encontre d’opérateurs économiques étrangers sur des motifs autres que strictement commerciaux – pensons aux déboires de l’égyptien Orascom dans le ciment et la téléphonie mobile ou à ceux de l’émirati Emaar dans la promotion immobilière…

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