Fahd Yata, le 20 février, les Etats-Unis et l’OTAN: faites ce que je dis, pas ce que je fais

Sincèrement, j’aime bien Fahd Yata – tout comme j’aime bien Khalid Naciri et Khalil Hachimi Idrissi – ils me font presque oublier Moulay Ahmed Alaoui. Non, je ne suis pas sous l’influence de produits que la morale réprouve, ni en instance de demande de grima. Voici le comment du pourquoi.

Cet éditorialiste et propriétaire de l’hebdomadaire La Nouvelle Tribune (sincèrement, je ne peux pas me rappeler avoir jamais vu quelqu’un l’acheter dans un kiosque ou le lire dans un café ou dans le train), fils d’Ali Yata et frère jumeau du regretté Nadir Yata, a une ligne éditoriale identique à celle de tant d’autres éditorialistes ou bloggeurs, mais lui l’affirme avec constance et détermination depuis une quinzaine d’années: le Roi a toujours raison et ceux qui critiquent le makhzen ou demandent une démocratisation du système ont toujours tort.

C’est un éditorialiste et homme de presse d’un genre particulier – il s’est ainsi vanté dans un tweet de ne pas avoir de carte de presse:

S’agissant du mouvement contestataire du 20 février, sa religion est toute faite: il s’agit là d’un mouvement extrémiste, manipulé par l’étranger (lequel?) et Moulay Hicham, et insignifiant – des « bouffons » comme il l’a écrit dans un éditorial du 11 février…

Pis encore: dans un article récent, il écrit ainsi que « des réseaux sociaux, sous emprise américaine, actionnent le #FEB 20 au Maroc« . Ca amusera sans doute Nahj addimoqrati, d’Al adl wal ihsan ou du PSU, dont de nombreux militants participent activement au 20 février, que ce sont des suppôts des Etats-Unis – de la CIA pour dire les choses crûment. Des esprits pervers s’étonneront de voir reprocher au 20 février des accointances avec des officines du gouvernement étatsunien alors même que l’Etat marocain et ses médias publics ou officieux n’ont cessé de rappeler à quel point Hillary Clinton et son State Department étaient transportés d’enthousiasme tant par le référendum que par le texte constitutionnel et muets de béatitude devant « l’exception marocaine« .

Ainsi dans cet édito en date du 3 mars 2011:

M.William Burns n’est pas le premier venu. Sous-Secrétaire d’Etat, c’est-à-dire Vice-Ministre des Affaires Étrangères des Etats-Unis d’Amérique, il est le premier diplomate « professionnel » de son pays, juste en dessous de Mme Hilary Clinton, qui occupe, elle, un poste éminemment politique, aux côtés du Président Obama. M. Eneko Landaburu, ambassadeur de l’Union européenne à Rabat et représentant de sa Commission de Bruxelles, est, pour sa part, un diplomate chevronné, qui a longtemps été le premier responsable des affaires étrangères au sein de ladite commission, juste après le Commissaire européen, avant de prendre un poste parmi les plus recherchés par les Eurocrates, celui de Rabat. Quant au Washington Post, c’est, avec le New York Times, l’un des deux quotidiens les plus influents d’Amérique, connu pour la qualité et la pertinence de ses éditoriaux, le sérieux de ses analyses, l’impact de ses articles. (…)

Si les deux « grands encadrants » du Royaume, Etats-Unis et Union Européenne, par l’entremise de voix autorisées et habilités à le faire, ont ainsi relevé l’exception marocaine, c’est qu’elle existe vraiment… (…) Plutôt que de cracher dans la soupe, tirer sur les ambulances, miner le tissu politique, déstabiliser un gouvernement, ô combien imparfait certes, mais élu démocratiquement, ne serait-il pas préférable d’agir, de mobiliser et de convaincre pour aller de l’avant, en préservant les acquis ? Burns, Landaburu, la presse étrangère, ne sont pas les soutiens indéfectibles du régime. Leurs intérêts commandent qu’ils attestent de la réalité. Serait-il impossible que certains des Marocains, privilégiés de surcroît, en fassent de même ?

La constance étant le propre des seuls imbéciles, La Nouvelle Tribune allait donc publier, ce 7 juillet, cet article précité sur les accointances étatsuniennes des réseaux sociaux soutenant le mouvement du 20 février – « Des réseaux sociaux, sous emprise américaine, actionnent le #FEB 20 au Maroc« :

Il apparaît ainsi clairement que la diplomatie officielle américaine, celle qui prône, à juste titre, l’instauration de la démocratie, le respect des droits fondamentaux de l’Homme, la liberté, partout dans le monde (y compris dans l’aire arabo-islamique, comme le confirme le discours fondateur d’Obama au Caire le 5 juin 2009), et que dirige Mme Hilary Clinton, est largement épaulée, (le moins que l’on puisse reconnaître) par une diplomatie parallèle, directement inspiratrice des mouvements activistes juvéniles en maints endroits de la planète et mise en oeuvre à partir des réseaux sociaux précités. Pour ce faire, un site fondateur a été créé, « movements.org » qui organise la mobilisation par pays ou région, fabrique des stars ou des leaders (tel le cyberactiviste Wael Ghoneïm en Égypte), lance des mots d’ordre de mobilisation, prodigue des conseils organisationnels et se fait l’écho immédiat des activités et actions des mouvements qu’il a contribués à créer. Bien évidemment, notre cher pays, le Maroc, figure en bonne place dans les desseins de ces « deus ex machina » de la cybernétique américaine. « movements.org » a régulièrement rendu compte des activités du #FEB 20 et reproduit largement tous ses appels, ses commentaires, ses attaques contre le « Makhzen ». Lors de la campagne référendaire sur le projet de révision de la Constitution, le réseau-mère des activistes du 20 février, basé donc aux Etats-Unis, a pris fait et cause pour le boycott et dès le 2 juillet, reprenait en large titre, les critiques et les accusations portées par une fraction du 20 février contestant la régularité du scrutin et souhaitant la relance de la contestation dans les rues du Royaume. (…)

Ainsi, comme on peut le constater en prenant connaissance des liens organisationnels qui existent entre le mouvement du 20 février marocain et les opérateurs de la contestation mondiale basés aux Etats-Unis, l’Administration Obama, qui s’entoure désormais dans ses déplacements officiels des « patrons » des principaux réseaux sociaux mondiaux, pratique une double démarche, qui consiste d’une part à apporter un soutien officiel à l’Etat marocain et, d’autre part, à manipuler et encourager des activistes de tous bords afin de « maintenir la pression sur le Makhzen » pour reprendre une expression à la mode chez les #FEB 20 et ceux qui les conseillent localement. En langage non diplomatique, cela s’appelle du double jeu et de l’hypocrisie… Cela implique donc, de la part de tous ceux qui se sentent concernés par l’avenir démocratique du Maroc, lequel se construit et se construira ICI, de prendre la mesure de cette immixtion clandestine américaine, mais surtout, de considérer Facebook, Twitter et autres comme des instruments de communication qu’il convient d’utiliser avec intelligence, diligence, et EN PERMANENCE.

Pour faire court: les partisans du mouvement du 20 février sont manipulés par Langley.

Mais rappelez-vous, je vous disais que la constance est le propre des seuls imbéciles: c’est ainsi que La Nouvelle Tribune, hebdomadaire dirigé par Fahd Yata, a vu un de ses journalistes invité par l’OTAN, et ce le 2 février 2011, en compagnie d’une brochette de journalistes marocains, comme en atteste ce document de cette organisation. Chacun qui connaît ce type d’opérations sait que le déplacement et les frais de séjour sont généralement payés par l’hôte – je serais surpris mais heureux d’apprendre que La Nouvelle Tribune aurait enfreint cette pratique en payant intégralement le voyage et les frais de séjour de son journaliste. Il ne s’agissait pas de couvrir un événement particulier, mais plutôt, à en croire le programme de cette journée, d’inviter des journalistes marocains afin de diffuser la bonne parole de l’OTAN et d’influencer ainsi la presse marocaine, du moins celle qui s’est prêtée à cette opération. On notera avec satisfaction que le secrétaire-général de l’OTAN, l’ex-premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen, le même qui avait refusé de rencontrer une délégation d’ambassadeurs arabes lors de la crise dite des caricatures danoises, a ici trouvé le temps de rencontrer ces sommités de la farouche presse indépendante marocaine (parmi lesquels on comptait notamment des journalistes du Matin du Sahara, de la MAP, de L’Opinion, de Libération, de Bayane al Yaoum, d’Al Alam et de Medi 1 Sat).

Ne croyez pas que cette visite ait changé quoi que ce soit à l’incorruptible indépendance d’esprit qui est la marque de fabrique de la Nouvelle Tribune. A peine son journaliste – Zouhair Yata – revenu de Bruxelles, que l’on a eu droit à une analyse dont l’indépendance d’esprit échappera aux seuls esprits bornés: « Maroc-OTAN, un partenariat stable et fort, unique sur la Rive Sud« . Florilège:

Le Maroc, qui fut un partenaire stratégique de l’OTAN tout au long de la guerre froide, participe activement à ce dialogue politique depuis 1995 et en tire une forte crédibilité auprès de cette organisation internationale. (…) Le cas du Maroc, en tant que pays non membre, reste exceptionnel et témoigne, n’en déplaise à Wikileaks, du professionnalisme de l’armée marocaine qui devrait prochainement s’engager activement dans l’Opération « Active Endeavour » de sécurisation de la Méditerranée aux côtés de l’OTAN. (…)

Le nouveau concept stratégique de l’OTAN, adopté par les chefs d’Etat et de gouvernements à Lisbonne en novembre dernier, a été l’occasion pour le Maroc de faire entendre sa voix. En effet, dès janvier 2010, les autorités marocaines ont organisé un séminaire sur le « Dialogue méditerranéen et le Nouveau Concept Stratégique de l’OTAN » sous la présidence du Secrétaire Général du Ministère des Affaires Étrangères et de la Coopération, MAEC, M.Youssef Amrani, et du Secrétaire Général Délégué de l’OTAN. D’ailleurs, les plus hauts responsables de l’Alliance, le Secrétaire général Rasmussen en tête, ont affirmé lors de ce voyage de presse que les recommandations émanant du Maroc pour le renforcement et la dynamisation du dialogue politique avec les partenaires de l’OTAN, ont été non seulement écoutées, mais concrètement prises en compte lors de l’élaboration du nouveau concept stratégique. En définitive, à l’image de son statut avant-gardiste de partenariat avec l’Union européenne, le Maroc tisse une relation de confiance avec l’OTAN depuis de nombreuses années. Cette relation privilégiée permet au Royaume d’être associé à la réflexion et à l’élaboration des politiques sécuritaires de demain et de collaborer à un dialogue politique crucial pour la paix. Force est de constater que seul un pays bénéficiant d’une réelle stabilité peut prétendre à être un partenaire aussi durable d’une organisation telle que l’OTAN. Et il est important de noter qu’aucun pays de la Rive Sud de la Méditerranée n’est en mesure de concurrencer le Maroc dans ce domaine, tant la relation que nous entretenons avec l’Alliance est basée sur un respect et une considération mutuels. Le Maroc peut donc compter sur un appui de taille pour l’aider à faire face, par la formation et l’entraînement de ses forces armées notamment, aux enjeux sécuritaires que sont le terrorisme sahélien ou le trafic de drogues et de personnes.

L’indépendance d’esprit est innée ou n’est pas, puisque La Nouvelle Tribune allait continuer à soumettre l’OTAN à une critique rigoureuse, comme dans cette tribune d’un ancien diplomate étatsunien publiée dans La Nouvelle Tribune du 30 juin, « L’OTAN doit prévaloir« .

Une carte de presse, pour quoi faire? Bonne question.

Le boycott référendaire en droit marocain

CORRIGENDUM: ce post ayant été terminé à une heure tardive, de nombreuses fautes de frappe ont été faites. Elles ont été corrigées. Le contenu est demeuré le même.

Comme d’habitude au Maroc lors des référendums constitutionnels, peu de partis prônent le non, les opposants au projet de constitution proposé par le Roi appelant le plus souvent au boycott. Cela sera le cas cette année: si l’on fait abstraction d’Al adl wal ihsan, probablement la plus populaire des organisations politiques marocaines (du moins en terme de militants) mais non reconnue, les autres partis soutenant le mouvement de protestation du 20 février – PSU, CNI, PADS, Annahj addimoqrati – sont eux tout à fait légaux.

Et comme d’habitude, se pose la question de la représentation, sur les ondes audio-visuelles publiques, des tenants du boycott. Bref rappel du cadre légal:

Si le Code électoral réglemente les campagnes électorales, la loi n° 77-03 relative à la communication audiovisuelle réglemente comme son titre l’indique la communication audiovisuelle. Si les règles spécifiques aux campagnes électorales se trouvent dans le premier texte, le principe de pluralisme, y compris politique, est affirmé dans le second texte.

I- Les dispositions pénales du Code électoral

Voyons d’abord ce qu’en dit le droit électoral. L’exposé des motifs du Code électoral, exposant les considérations et principes principaux l’ayant motivé, contient ainsi, au huitième considérant, une reconnaissance de la liberté de choix en matière électorale (y compris donc les référendums):

Sur le plan de l’expression des choix des électeurs, cette nouvelle législation consacre les principes universels en la matière portant sur la liberté, le secret et l’universalité du vote. Ces principes ont pour but de garantir la sincérité du résultat des urnes en permettant à chaque électeur de pouvoir voter pour le candidat ou la liste de son choix, librement et sans aucune sollicitation, menace ou pression.

Le considérant suivant précise:

Dans le but d’assurer cette liberté de choix, le code électoral comporte un dispositif à même d’instaurer une compétition loyale entre les partis et les candidats (…)

Il n’y a bien évidemment aucune raison d’estimer que le principe de compétition loyale ne puisse trouver à s’appliquer également aux référendums. C’est à la lumière de ces principes que les dispositions du Code doivent être lues – j’évoquerai cependant ensuite les textes internationaux applicables, qui ont valeur supérieure à la loi selon une jurisprudence marocaine de longue date.

Le principe de la liberté du vote est réaffirmé dans la deuxième partie du Code, commune à toutes les opérations électorales et référendaires, et plus précisément à l’article 39:

Le suffrage est libre, personnel, secret et universel.

Le Code souligne cependant que le vote est non seulement un droit mais une obligation – ainsi l’article 55 énonce-t-il:

Le vote est un droit et un devoir national.

Mais cette disposition est purement platonique: aucune sanction ne vient frapper l’électeur inscrit qui ne voterait pas – ni même le citoyen remplissant les conditions d’inscription sur les listes électorales mais qui ne s’est pas inscrit – bref: le Code électoral reconnaît le libre choix de l’électeur marocain de voter ou de ne pas voter (25 pays ont par contre un système de vote obligatoire), et bien évidemment de voter oui ou de voter non. Les articles 77 à 108 du Code électoral, qui répriment toute une série d’infractions liées aux élections et référendums, ne répriment pas le fait de ne pas être inscrit sur une liste électorale ou de ne pas avoir voté. Bref, comme souvent en droit marocain, certaines dispositions tiennent plus de la dissertation que de la rédaction législative.

Seulement, la pratique judiciaire, contraire aux textes (un commentateur récent a eu raison de le souligner) consiste, pour les autorités, à ne pas tolérer l’expression, sur les ondes publiques, d’opinions en faveur du boycott, et à poursuivre ceux qui feraient activement campagne pour le boycott. La base légale de cette pratique? Elle est le plus souvent présentée comme étant l’article 90, qui dispose ceci:

Est puni d’un emprisonnement d’un mois à trois mois et d’une amende de 1 200 à 5 000 dirhams ou de l’une de ces deux peines seulement, quiconque à l’aide de fausses nouvelles, bruits calomnieux ou autres manœuvres frauduleuses, détourne des suffrages ou incite un ou plusieurs électeurs à s’abstenir de voter.

Comme je l’ai déjà écrit, cette disposition est interprétée abusivement comme interdisant l’appel au boycott, alors qu’elle réprime une infraction comportant trois éléments constitutifs:

  1. L’emploi de fausses nouvelles, bruits calomnieux ou autres manoeuvres frauduleuses;
  2. Un but consistant à détourner des suffrages ou inciter un ou plusieurs électeurs à s’abstenir;
  3. L’intention (mens rea) de commettre cette infraction.
Il n’est donc pas suffisant que quelqu’un incite des électeurs à s’abstenir lors d’une élection, encore faut-il que que cette intention soit matérialisée par des manoeuvres frauduleuses. Ainsi, l’emploi de fausses nouvelles présuppose que l’auteur de cette infraction sache que ces nouvelles soient fausses; les bruits calomnieux présupposent là aussi que l’auteur se soit rendu coupable de ce qui s’apparente à de la diffamation (la calomnie n’est pas une infraction pénale et n’est pas non plus définie) – et là encore, conformément à l’article 49 du Code de la presse et de l’édition, la vérité du fait diffamatoire (c’est-à-dire portant atteinte à l’honneur ou à la considération d’une personne ou d’un corps constitué) peut être rapporté par la personne poursuivie; les autres manoeuvres frauduleuses présupposent – le terme n’est pas défini, ni dans le Code électoral ni dans le Code pénal – des actes cherchant sciemment à tromper une victime.
 
Il est nécessaire de rappeler ici quelques principes de droit pénal, s’agissant d’une infraction: tout d’abord, l’article 3 du Code pénal rappelle que « nul ne peut être condamné pour un fait qui n’est pas expressément prévu comme infraction par la loi » – la loi pénale est d’interprétation stricte et ne peut s’appliquer par analogie à des cas non expressément prévus par la loi. Le simple appel au boycott, en dehors des manoeuvres exclusives visées par l’article 90 du Code électoral, ne devrait donc suffire pour l’auteur d’un tel propos encoure la sanction de l’article 90 du Code électoral.
 
D’autre part, comme rappelé plus haut, il ne suffit pas pour que l’on puisse être condamné au titre de l’article 90 du Code électoral que les deux éléments de ce délit (1) – moyens utilisés et but spécifique poursuivi – soient réunis – encore faut-il, en vertu de l’article 133 du Code pénal, que ce délit ait été commis intentionnellement. Ainsi, la simple imprudence – par exemple dans la diffusion de fausses nouvelles – n’exposera pas l’imprudent à la sanction de l’article 90 du Code électoral.
 
Ceci, c’est bien évidemment pour la théorie – si les juges marocains appliquaient correctement la loi, surtout dans des affaires à coloration politique, cela se saurait. En fait, pour me répéter, l’article 90 est mal rédigé car permettant l’interprétation erronée qu’en font tribunaux répressifs marocains – un bien meilleur libellé de cet article serait le suivant:
Est puni d’un emprisonnement d’un à trois mois et d’une amende de 1.200 à 5.000 dirhams quiconque diffuse des informations mensongères sur l’annulation des opérations de vote, la modification de la date ou de l’horaire du scrutin, la modification de l’emplacement des bureaux de vote ou toute autre modalité pratique du vote en vue de détourner des suffrages ou de provoquer l’abstention d’électeurs.
Un dernier argument de droit pénal: nous avons vu que le boycott des élections ou d’un référendum n’est pas une infraction pénale. Si l’acte principal est donc légal, comment le fait d’appeler les électeurs à commettre cet acte légal pourrait-il constituer un acte illégal? Si un lecteur peut m’indiquer un autre cas d’infraction où l’appel à commettre un acte légal est réprimé alors que l’acte en question est légal, je serais très surpris.
 
On pourrait même citer, même si ça peut sembler superflu après notre passage en revue du Code électoral et du Code pénal, plusieurs articles du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), ratifié par le Maroc et ayant donc valeur supérieure aux lois que sont ces deux codes – nous avons même vu plus haut que l’exposé de motifs du Code électoral fait référence expresse aux « principes universels » en matière du libre choix des électeurs:
Article 15
1. Nul ne sera condamné pour des actions ou omissions qui ne constituaient pas un acte délictueux d’après le droit national ou international au moment où elles ont été commises. (…)
Article 19

1. Nul ne peut être inquiété pour ses opinions.

2. Toute personne a droit à la liberté d’expression; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix. (…)

Article 25

Tout citoyen a le droit et la possibilité, sans aucune des discriminations visées à l’article 2 et sans restrictions déraisonnables:

a) De prendre part à la direction des affaires publiques, soit directement, soit par l’intermédiaire de représentants librement choisis;

b) De voter et d’être élu, au cours d’élections périodiques, honnêtes, au suffrage universel et égal et au scrutin secret, assurant l’expression libre de la volonté des électeurs; (…)

Article 26

Toutes les personnes sont égales devant la loi et ont droit sans discrimination à une égale protection de la loi. A cet égard, la loi doit interdire toute discrimination et garantir à toutes les personnes une protection égale et efficace contre toute discrimination, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique et de toute autre opinion (…);

Pour toutes ces raisons, l’utilisation de l’article 90 du Code électoral contre ceux faisant simplement campagne pour le boycott ne semble pas devoir prospérer, pour autant que d’éventuelles poursuites soient jugées par des magistrats compétents, indépendants et impartiaux.

II – La répartition du temps de parole

Le Code électoral est clair: en matière de référendums, la participation à la campagne officielle est réservée aux partis politiques et syndicats reconnus:

Art. 112. – Sont seuls admis à participer à la campagne référendaire les partis politiques et les organisations syndicales légalement constitués à la date d’ouverture de la campagne.

Si des partis se prononcent en faveur du boycott, aucune disposition ne permet aux pouvoirs publics de leur retirer leur droit de participer à la campagne électorale officielle, la seule condition étant celle de l’existence légale à la date d’ouverture de la campagne officielle. Aucune disposition des textes en question n’évoque le cas du droit de parole pour les tenants d’un boycott – il dépend de chaque parti ayant décidé en faveur de boycott de plaider en sa faveur durant son temps de parole.

Le Code électoral est cependant muet sur la répartition du temps de parole dans les médias – radio et télévision – publics. Il faut donc se reporter au dahir  n°1-04-257 du 25 kaâda 1425 (7 janvier 2005) portant promulgation de la loi n° 77-03 relative à la communication audiovisuelle. Son article 2 pose le principe du « caractère pluraliste de l’expression sous toutes ses formes des courants de pensée et d’opinion« , principe repris ailleurs: « sous réserve de la préservation du caractère pluraliste des courants d’expression, les sociétés de communication audiovisuelle conçoivent librement leurs programmes » (article 4), « les opérateurs de communication audiovisuelle doivent (…) fournir une information pluraliste et fidèle » et « présenter objectivement et en toute neutralité les événements et ne privilégier aucun parti politique ou groupe d’intérêts ou association, ni aucune idéologie ou doctrine. Les programmes doivent refléter équitablement la pluralité de ceux-ci ainsi que la diversité des opinions. Les vues personnelles et les commentaires doivent être identifiables comme tels » (article 8).

C’est au travers des cahiers des charges que l’Etat impose des obligations en matière électorale, en faisant référence implicitement au Code électoral:

Les cahiers des charges doivent notamment prévoir les conditions dans lesquelles sont assurées les missions de service public par lesdites sociétés et relatives à :

• la diffusion des allocutions et des activités Royales ;

• la diffusion des séances et des débats de la Chambre des représentants et de la Chambre des conseillers ;

• la diffusion des communiqués et messages d’extrême importance que le gouvernement peut à tout moment faire programmer ;

• le respect de la pluralité d’expression des courants de pensée et d’opinion et l’accès équitable des formations politiques et syndicales, selon leur importance et leur représentativité, notamment pendant les périodes électorales et ce conformément à la réglementation en vigueur;

Les partis ou syndicats légalement constitués à la date du commencement de la campagne officielle peuvent donc faire campagne pour le boycott. Mais on notera que la répartition du temps de parole n’est pas égalitaire entre tenants du oui ou du non, puisque les référendums, invariablement d’initiative royale, sont généralement soutenus par la quasi-totalité des partis et syndicats reconnus.

C’est sur la base notamment de cette loi que le Conseil supérieur de la communication audiovisuelle a adopté des lignes directrices en matière de répartition du temps de parole lors de ce simulacre de campagne référendaire:

Article 3:
Les programmes de la période de consultation référendaire sont ouverts à tous les courants de pensée et d’opinion, notamment en faveur des acteurs politiques, syndicaux, économiques, académiques, culturels et sociaux concernés, en fonction des choix éditoriaux de l’opérateur audiovisuel.

Néanmoins, tout en assurant constamment la maitrise d’antenne, les opérateurs de la communication audiovisuelle devront observer un équilibre entre la pluralité des points de vue, au sein de chaque programme cité au 1.5 ci-dessus, sur la base d’une politique d’invitation équitable et diversifiée ;

Article 4 :

Les opérateurs de la communication audiovisuelle doivent observer les règles d’honnêteté et de neutralité, notamment en s’abstenant de diffuser tout programme pouvant contenir des informations fausses, des propos diffamatoires ou dénigrants, ou tout programme qui risque de perturber le cours normal de la période de consultation référendaire par son contenu ou par sa forme.

Ils veillent également à ce que leurs journalistes et animateurs observent à l’antenne le devoir d’impartialité et d’objectivité.

Le décret pris pour départager le temps de parole sur les chaînes radio-télévisées publiques précise ainsi:

Ainsi, chaque parti politique ayant un groupe parlementaire au sein de l’une des deux chambres et chaque centrale syndicale représentée au Conseil économique et social disposent de 12 minutes, réparties en deux séances d’une durée de 6 minutes chacune. A cela s’ajoutent 3 minutes pour la couverture de l’un de leurs meetings tenus à l’occasion de la campagne référendaire. Pour les autres partis représentés dans le Parlement et les syndicats de la Chambre des conseillers, ils ont droit à une seule séance de 6 minutes pour chacun. A cela s’ajoutent 2 minutes de couverture de la campagne. Les formations politiques et les syndicats non représentés au Parlement peuvent utiliser également les moyens audiovisuels pour une durée de 3 min. Pour couvrir l’un de leurs meetings, ils ont droit à une minute.

Une autre répartition du temps de parole rationnelle, s’agissant d’une opposition binaire entre le « oui » et le « non », aurait donné 50% du temps de parole aux tenants de l’un ou l’autre camp, ainsi que l’a réclamé le collectif Mamfakinch, relais sur Internet du mouvement du 20 février. Une majorité écrasante des partis soutenant le « oui », le déséquilibre fausse l’opération référendaire – et c’est voulu.

(1) Constitue un délit en vertu de l’article 17 du Code pénal l’infraction punie au minimum d’un mois et au maximum de cinq ans d’emprisonnement. Le même article prévoit que la simple imprudence peut constituer un délit mais uniquement si la loi en dispose expressément.

Journalisme d’investigation à la marocaine – « Les hommes d’affaires : Mohamed Mounir Majidi, prestance et charme retenu »

Ce n’est pas une blague – cet article a bel et bien été publié dans un quotidien marocain (pour la photo, je ne suis pas sûr que ce soit la bonne, pas le temps de vérifier):

Les hommes d’affaires : Mohamed Mounir Majidi, prestance et charme retenu
Discrétion rime très bien avec Mohamed Mounir Majidi. Dans le milieu des affaires, il est l’incarnation du charisme, de la détermination et du charme retenu.

Du haut de ses 46 ans, beau, il l’est certainement. Marié et père de deux filles, M. Majidi a tous les atouts pour plaire. Secrétaire particulier du Souverain, il est également chargé de la gestion des affaires royales. Loin de toutes formes de mondanités, le peu de temps qui lui reste est consacré à sa vie de famille. M. Majidi préfère s’éloigner du monde des relations publiques et autres dîners mondains. Il a su rester pragmatique et rigoureux en affaires et devenir au fil du temps symbole d’une brillante génération de quadras technocrates. Formé au management à l’américaine, il est également un acteur clé de l’ouverture et de la modernité du Royaume. En effet, Mohamed Mounir Majidi est la cheville ouvrière du grand festival musical Mawazine de Rabat. Une casquette qu’il a portée avec brio. Mohamed Mounir Majidi a réussi à faire de cet événement une véritable vitrine de l’attractivité marocaine. Des stars mondiales ont accepté de fouler le podium de Mawazine, portant haut le drapeau marocain. En plus de la culture, il est un supporter assidu du FUS dont il est devenu le président en 2007. Mohamed Mounir Majidi est un exemple de modestie et d’efficience.

The myth of the Egyptian revolution’s US- and Israel-friendliness

You’ve all read in Western – I use this term as a shorthand for « European and North American » – mainstream media how nice the Egyptian revolution was as neither the US nor Israel were at its core. This has always made me laugh – pretending that the popular protest movement would somehow be positively inclined – or indifferent – towards the US and Israel – well, you’d have never to have spoken to a protester to believe that. The youth movement that triggered the Egyptian revolution has its roots in the protest movement against Operation Defensive Shield and the Jenin bloodbath in 2002 as well as the US invasion of Iraq in 2003 – when students, islamists, leftists and liberals coalesced in grassroots protests.

Well, I don’t really know how these talking heads are going to try to gloss over this:

Revolution Youth Coalition refuses to meet Clinton

Ahram Online , Tuesday 15 Mar 2011
The January 25 Revolution Youth Coalition has announced it refuses to meet Hillary Clinton, US Secretary of State, during her visit to Egypt. The Coalition stated that the US administration was a vital supporter and ally of the ousted Mubarak regime.

The coalition, made up of six youth groups, said it did not welcome Clinton’s visit to Egypt and demanded that the US administration make a formal apology to Egypt’s people for its foreign policy towards the country in the past decades. They added that “the Egyptian people are the masters of their own land and destiny and will only accept equal relations of friendship and respect between the people of Egypt and the people of America.”   

The coalition’s declaration added that “the US administration took Egypt’s revolution lightly and supported the old regime while Egyptian blood was being spilled.” It also condemned past American policies towards Egypt and demanded that they be reformulated to achieve a balance between the interests of the Egyptian and American people. 

Clinton’s tour of the Middle East, which starts today in Egypt before taking her to Tunis, is the first cabinet-level visit to the region by the Obama administration since the revolutions in both countries.

And it takes an Egyptian newspaper to notice the unescapable:

Mubarak’s close relationship with Israel drew scorn from Tahrir protesters. Chants encouraging Mubarak to resign in Tahrir Square were frequently tailed with, “Tell him in Hebrew, maybe he doesn’t speak Arabic.”

Don’t tell Thomas Friedman, who surely must have written the stupidest column ever to have been published in the New York Times (Sarah Carr’s satire is quite good as well): he’s convinced the Egyptian revolution was caused by admiration for Obama and Israel…

Réforme constitutionnelle: début du dialogue avec la société civile à Casablanca

La propagande des régimes arabes a ses constantes – toute contestation est le fruit d’un complot du Mossad en Egypte (du moins sous Moubarak), d’Al Qaïda en Libye (du moins selon le Guide suprême) ou du hizb frança en Algérie. Le makhzen a au Maroc eu une certaine difficulté à identifier le bouc-émissaire: on se rappelle tous du complot sionisto-khomeiniste qui était derrière les émeutes de 1984 selon feu Hassan II, des subversifs (qualificatif favori de Driss Basri), des nihilistes chers à Khalid Naciri, des agents séparatistes que Moncef Belkhayat voit derrière chaque manifestant du 20 février – et maintenant ce sont les vilains barbus et les vilaines bâchées d’Al adl wal ihsan qui tiennent lieu de grand complot judéo-maçonnique (on dirait islamo-fasciste en France aujourd’hui) version marocaine. Jugez-en:

Casablanca: dispersion d’une marche non-autorisée de la Jamaat Al Adl Wal Ihssan
Casablanca,13/03/11- Quelque cent éléments de la Jamaat Al Adl Wal Ihssan ont tenté d’organiser une marche non-autorisée, dimanche à Casablanca, mais ont été dispersés par les forces de l’ordre, a-t-on constaté sur place.

Les manifestants se sont rassemblés devant la Place de la poste et ont tenté d’entamer leur marche avec violence, en s’en prenant notamment aux forces de l’ordre et en faisant des blessés parmi ces derniers.

Ils ont été dispersés par les forces de l’ordre qui ont procédé également à plusieurs interpellations.

Aucune demande d’autorisation n’a été déposée pour cette marche, indique-t-on auprès des autorités locales.

Dernière modification 13/03/2011 13:21.
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Mine de rien, cette dépêche est un scoop explosif: Mohamed Bensaïd Aït Idder, légendaire ex-leader de l’OADP, Mohamed Sassi, membre dirigeant unanimement respecté du PSU et Mohamed Moujahid, secrétaire général du même PSU seraient donc des taupes islamistes. Mieux encore: le siège du PSU, sis Cité du Maréchal Ameziane (habitée par des familles de militaires, dont certaines auraient lancé des objets sur les manifestants) à un jet de pierre de Lycée al khansa, avenue Mers-Sultan, là où la répression policière dans toute sa violence s’est déployée, serait donc une madrasa clandestine, véritable pépinière d’égorgeurs salafistes chiites…

Certes, des centres de propagande chiito-sionistes ont bien tenté de faire croire qu’il y aurait eu une dizaine de blessés parmi les manifestants, mais le peuple marocain ne mangera pas de cette propagande-là… 

Voyez donc comment les forces de l’ordre ont dispersé les hordes djihadistes place Mohammed V, près du siège du PSU et du côté du la rue d’Agadir:

Les deux célèbres chioukhs salafistes Mohamed Sassi et Mohamed Hafid lancent un appel au jihad

 

Un policier gifle une journaliste assistant à la manifestation

 

Une autre gifle policère pour cette journaliste...

 

Le cheikh jihadiste Mohamed Bensaïd Aït Idder lance un appel à la lapidation des femmes adultères

 

L'insoutenable violence des manifestants

 

Les vieilles ficelles de la MAP

Classique: après un discours royal ou une initiative gouvernmentale, la MAP réussit toujours à trouvers un sénat latino-américain, un hebdomadaire portugais ou un think-tank étatsunien pour s’extasier sur le Maroc des potentialités et le génie d’un Roi et d’un peuple. Si vous croyiez qu’un discours royal présenté comme opérant une rupture absolue avec le passé allait déstabiliser ces professionnels chevronnés, vous en êtes pour vos frais.

Pour preuve, cette dépêche:

Discours de SM le Roi: un think tank américain met en avant un agenda de réforme politique « sérieux »

Washington, 11/03/11- SM le Roi Mohammed VI a donné un discours « impressionnant » dans lequel Il a annoncé un agenda « sérieux » de réformes politiques, souligne vendredi le Foreign Policy Research Institute (FPRI), un think tank américain basé à Philadelphie.

« Le Souverain marocain a donné un discours impressionnant dans lequel il s’est engagé à mettre en œuvre une batterie de réformes politiques et constitutionnelles profondes et sérieuses (…) tant et si bien que le peuple a qualifié cette démarche de +Révolution du Roi+« , relève cet Institut de recherche, dans un article intitulé « La démocratie marocaine et l’avenir du Sahara« .

A la lumière de la conjoncture particulière que connaissent certains pays du monde arabe, l’approche « novatrice » du Souverain vise ni plus ni moins « une séparation des pouvoirs, la consolidation des libertés individuelles et une distribution plus judicieuse de la gouvernance sur le territoire national« , relève ce think tank.
Une feuille de route qui puise sa crédibilité des reformes déjà mises en œuvre

Soulignant la « forte adhésion » qu’a suscité le discours de SM le Roi, l’auteur de l’article, Ahmed Charai, membre du Conseil d’administration du Centre des études stratégiques internationales (CSIS, basé à Washington), affirme que les différents acteurs de la scène politique marocaine ont salué une feuille de route qui « tient compte de leurs revendications« .

La feuille de route tracée par SM le Roi Mohammed VI puise sa crédibilité dans le vaste programme de réformes déjà mises en oeuvre depuis l’accession du Souverain au Trône, soutient le FPRI. « En effet, depuis 1999 des changements substantiels ont été introduits dans la gestion de la chose publique (…) avec la participation active, entre autres, d’anciens opposants au sein du gouvernement et de l’Institution législative« .
Des reformes qui ne manqueront pas de changer l’essence même des négociations sur le Sahara

Le Souverain « a aussi initié la mise en place d’un réseau national d’institutions de la société civile dans le but d’encourager le leadership des forces vives de la Nation, promouvoir le rôle de la femme et améliorer la situation des plus démunis« , rappelle cet Institut de recherche américain, qui cite aussi la création de l’Instance Equité et Réconciliation (IER), la première du genre dans le monde arabe, qui a pu solder le passif des violations passées des droits de l’Homme.

De telles réalisations ont valu au Maroc des « réactions élogieuses de la part de la communauté internationale et des Organisations des droits de l’Homme qui ont applaudi les efforts du Royaume visant à consolider les libertés individuelles« , souligne-t-on dans ce contexte.

Après avoir mis en exergue le caractère « impressionnant » des réformes annoncées par le Souverain, le FPRI souligne que lesdites réformes ne manqueront pas de « changer l’essence et le contenu mêmes des négociations autour de la question du Sahara » sous l’égide des Nations unies.

En effet, explique l’auteur de l’article, la feuille de route prévoit une nouvelle configuration de gestion des affaires territoriales qui confère aux présidents des Conseils régionaux le pouvoir d’exécution des délibérations desdits Conseils.

Par conséquent, a-t-il fait remarquer, un Conseil élu dans la région du Sahara équivaudra « dans les faits » à une autonomie de cette partie du Royaume, « et ce avec ou sans règlement de la question du Sahara, qui, du reste, demeure tributaire d’un engagement des Etats-Unis et de l’Union européenne« .
 Dernière modification 11/03/2011 16:53.
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Voilà donc un « think-tank » étatsunien ayant examiné dans ses moindres détails le discours royal et ausculté la réaction de l’opinion marocaine alors?

Bof. Tout d’abord, le FPRI n’est pas, et de loin, parmi les think-tanks les plus connus, généralement basés à Washington DC. Celui-ci se trouve à Philadelphia, et est marquée par un engagement musclé pour les intérêts du gouvernement étatsunien – le célèbre islamophobe Daniel Pipes en a fait l’éloge.

Ensuite, les déclarations citées ne sont pas issues de rapports, mais d’un simple article publié sur leur site, « MOROCCAN DEMOCRACY AND THE FUTURE OF THE SAHARA » (la MAP n’a bien évidemment pas donné le lien vers cet article), encore moins sourcées (pas de notes ou de liens) qu’un post de blog.

Et maintenant l’auteur de cet article: surprise, ce n’est pas Bernard Lewis, Juan Cole ou Marc Lynch, mais… un Marocain, Ahmed Charaï, dont les activités professionnelles sont surtout… au Maroc. Il dirige en effet le site d’actualités marocain très peu critique L’Observateur ainsi que la radio privée Med Radio et la société Maroc Télématique. Certes, il est également « advisory board member of the Center for Security and International Studies (CSIS)« , un think-tank autrement plus connu et établi que le FPRI, mais il ne figure pas parmi la liste d’experts du CSIS.



Voilà donc la boucle bouclée: pour démontrer le soutien international dont bénéficie le discours royal sur la révision constitutionnelle, la MAP cite un article publié sur Internet par un homme de médias marocain associé de manière plutôt périphérique à un think-tank étatsunien de second ordre.

Du beau travail, non?

C’était le temps où des boîtes de conserve et une tente deux places semblaient être un meilleur placement que les banques

Il arrive des fois qu’on tombe sur des journalistes avec le sens de la formule – ici, Andreas Cervenka du quotidien suédois Svenska Dagbladet au sujet de la crise financière qui dure depuis 2008:

Minns ni vintern 2009? Det var då konserver och ett stryktåligt tvåmannatält under några mörka veckor faktiskt framstod som ett bättre placeringsalternativ än de flesta banker. Armageddon kändes nära. Ordet nyemission var för Europas bankchefer en lika självklar del av vardagen som slipsen. Två år senare framstår det mer som en ond dröm än verklighet.

Den som idag sitter och surar i ett fuktigt tält med rester av burkravioli runt munnen känner sig nog rätt dum bredvid grannen som belånade huset och köpte bankaktier för pengarna.

Traduction:

Vous vous rappelez de l’hiver 2009? C’était le temps où, l’espace de quelques semaines, des boîtes de conserve et une tente deux places semblaient être un meilleur placement que les banques. L’Armageddon semblait proche. Les mots « augmentation du capital » faisaient autant partie du quotidien d’un banquier que sa cravate. Deux ans plus tard, ceci apparaît désormais plus comme un cauchemar que comme une réalité.

Celui qui est assis aujourd’hui à faire la gueule dans une tente humide avec des restes de raviolis en conserve autour de la bouche doit se sentir bête à côté du voisin qui a hypothéqué sa maison et qui a acheté des actions dans des banques avec l’argent.

Nicely put!

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